PROMPT : Guerre Froide
Harry avait été légèrement sonné de l'afflux de courrier qui arrivait pour lui. Mais également des articles de journaux qui ne parlaient que de lui, louant son courage.
Il avait répondu à ses amis, prenant plaisir à avoir des nouvelles de Hermione et Neville, cependant, il avait pour l'instant refusé toute visite.
Il se sentait bien au Manoir, étrangement. Drago était égal à lui-même, et il appréciait cette normalité. Lucius l'avait appelé dans son bureau, pour le remercier chaleureusement de sa protection face au Ministre. Harry n'aurait jamais pensé que l'adjectif "chaleureux" puisse être appliqué à Lucius Malefoy, mais le fait était que ce dernier lui avait montré à quel point il avait été touché de son geste. Puis, une fois sorti du bureau, ni l'un ni l'autre n'avait plus évoqué l'affaire, comme si Lucius avait compris que Harry ne cherchait pas les louanges.
Narcissa l'avait serré dans ses bras, avec un léger sourire. La femme glaciale lui avait montré qu'elle était une mère et une épouse aimante, douce. Elle n'était pas aussi démonstrative que Molly Weasley, mais… Mais elle aimait sa famille également, et semblait prête à tout pour leur bonheur.
Harry avait été invité chez les Weasley au Terrier, et après hésitation, il avait accepté. Il était fâché avec Ron et Ginny, mais il ne pouvait pas oublié que Molly et Arthur l'avaient accueilli chaleureusement et l'avait traité comme un membre de la famille.
Lorsqu'il arriva au Terrier, il fut aussitôt englouti dans l'étreinte de Molly. Elle l'examina sans cesser de se réjouir de sa présence, et de le voir en pleine santé. Derrière elle, Fred et George ricanaient en lui faisant des gestes d'encouragement, et Harry leur sourit, soulagé de voir qu'ils ne le rejetaient pas.
Arthur lui offrit une accolade virile, l'air un peu gêné. Puis Fred et George se pressèrent autour de lui, blaguant comme à leur habitude.
Molly les appela à table et l'ambiance se fit soudain moins chaleureuse quand Ron et Ginny arrivèrent, un air renfrogné sur le visage. D'un coup, il y eut un relent de Guerre Froide au Terrier… Pas d'insultes déclarées mais des regards désapprobateurs et colériques.
Ron n'oubliait pas son humiliation lors de la Bataille, et Harry le surveillait du coin de l'œil.
La matriarche servit Harry généreusement sans cesser de babiller. L'arrivée de Percy, pressé et l'air important, refroidit une fois de plus l'atmosphère. Le jeune homme avait été témoin de l'humiliation que Harry avait infligé à Fudge et apparemment il lui en voulait…
Harry soupira en picorant un peu de nourriture dans son assiette, l'appétit coupé.
- Oh Harry, mon chéri. Tu devrais manger un peu plus. Je suis sûre que tu ne te nourris pas correctement, mais je vais remédier à ça, tu vas voir.
Fred et George gloussèrent s'attirant un regard noir de leur mère.
- C'est gentil Madame Weasley, mais je vais bien.
- Tu es trop maigre. Et tu as besoin de repos.
Harry hocha doucement la tête, sachant par expérience qu'il n'arriverait pas à se faire entendre par la femme empressée.
Encouragée, Molly continua.
- Tu devrais venir habiter ici Harry. Tu ne peux pas rester dans ce Manoir ignoble, avec ces gens.
- Je suis parfaitement installé Madame Weasley.
- Harry, Mon chéri… Les Malefoy ne sont pas des gens fréquentables. Vraiment. Tu ne devrais…
- Je suis assez grand pour prendre mes propres décisions. Les Malefoy sont mes amis.
Molly pinça les lèvres, l'air furieux. Arthur détournait le regard, non sans jeter quelques coups d'œil de reproches à Harry.
Harry poussa la nourriture dans son assiette, l'air agacé. Il ne pouvait pas croire que Molly se permette de telles réflexions, pas après que son fils ait attaqué leur propre camp pendant la bataille par jalousie.
Molly piocha quelques bouchées dans son assiette furieusement, avant de se lever, mains sur les hanches.
- Écoute Harry. Je sais que tu ne t'en rends pas compte mais ces… Mangemorts se servent de toi pour leur liberté. Regarde comme tu as parlé au Ministre !
Percy approuva avec force et Harry reposa sa fourchette, définitivement écœuré.
Sans se rendre compte du regard vert de Harry qui brûlait de colère, Molly continua.
- Tu devrais te reprendre un peu mon garçon. Te reprendre et voir où sont tes véritables intérêts. Je vais préparer un lit pour que tu viennes ici, le temps pour toi de te reposer et…
Furieux, Harry la coupa.
- Vous n'êtes pas ma mère.
Molly hoqueta, choquée que Harry ne lui coupe la parole. Le jeune homme se leva, les sourcils froncés, les poings serrés.
- J'ai accepté votre invitation, parce que je vous appréciais. Vous avez été un véritable soutien quand nous nous sommes rencontrés. Je suis venu malgré la trahison de plusieurs de vos enfants. L'un a attaqué nos alliés par jalousie, l'autre m'en veut de ne pas avoir cédé au chantage d'un politicien véreux qui n'a jamais su dire la vérité. J'avais confiance en vous, Madame Weasley. Et voilà que vous insultez mes amis, qui m'ont aidé et soutenu. Qui m'ont recueilli et soigné.
Le jeune homme haletait, essayant de ne pas perdre le contrôle, de ne pas se mettre à hurler. Molly était blême, et semblait sur le point de se mettre à hurler ou de fondre en larmes. Pourtant, Harry reprit, impitoyable.
- Je suis venu ici, parce que je pensais que vous vouliez juste me voir, profiter que la guerre était derrière nous, qu'il n'y ait plus de danger. Un repas tranquille, sans plans pour ne pas être tués par les Mangemorts. C'était une erreur.
Les larmes commencèrent à couler sur les joues de la matriarche.
- Mais Harry ! Je veux juste ton bonheur…
- J'étais parfaitement heureux jusqu'à ce dîner.
Avant de faire demi-tour, Harry se tourna vers les jumeaux qui semblaient figés. Pour une fois, ils étaient terriblement sérieux.
- Fred, George. L'argent que j'ai investi dans votre affaire est toujours à vous. Je n'ai pas l'intention de revenir sur ma parole.
Les jumeaux échangèrent un regard.
- Nous comprendrions…
- …si tu changeais d'avis. Mais…
- Nous sommes honorés de ta confiance.
Harry sourit et se détendit légèrement face à leur façon d'être, égaux à eux-même. Puis, il les salua, lança un bref signe de tête en direction de Arthur, puis quitta le Terrier.
Une page de sa vie se tournait.
