PROMPT : Angleterre Victorienne
Le chantage que Shakelbot appliquait sur Harry avait mis en rage Lucius et Narcissa. Severus, prévenu, avait pincé les lèvres et juré que ce fichu Auror allait le regretter.
Drago n'avait pas dit un mot de plus, depuis qu'il avait informé ses parents.
Harry lui avait jeté un regard colérique, puis avait soufflé. Enfin, il avait redressé les épaules et annoncé calmement qu'il irait.
Lucius avait eu le même regard que son fils. Et si la situation n'était pas si grave, Harry aurait laissé échapper un ricanement moqueur.
Son regard décidé avait fait taire les protestations bien que Severus eut émis un grognement agacé. Un bref instant, Harry eut l'impression de retrouver son acariâtre professeur, celui qui le détestait et qui ne perdait jamais une occasion de l'enfoncer ou de se moquer de lui.
Harry était donc parti et cette fois seul en direction du chemin de Traverse. Shakelbot lui avait donné rendez-vous au Chaudron Baveur, en lui précisant qu'il avait réservé une petite salle pour y discuter en toute tranquillité.
Lorsque Kingsley arriva, Harry était déjà présent et d'une humeur particulièrement sombre.
- Harry, je suis heureux de te voir.
- Ce n'est pas réciproque.
- Ne sois pas si catégorique. Je ne fais pas ça contre toi, mais pour le bien de tous.
La bouche de Harry se tordit en une grimace écœurée.
- Oui… Le bien de tous. J'ai déjà donné.
Un instant l'homme eut l'air gêné et détourna le regard, mais il se reprit rapidement. Il lui tendit une liste de papiers, que Harry prit, méfiant.
- C'est mon discours.
Le jeune homme grogna et attrapa les parchemins. Avec un soupir résigné, il en prit connaissance.
Si Harry avait été en colère à cause du chantage odieux dont il était la cible, la lecture du discours le fit écarquiller les yeux sous le choc. Il releva la tête, les yeux plissés.
- C'est une plaisanterie ?
Shakelbot soupira.
- C'est ce que le monde sorcier attend Harry. Ne te préoccupe pas de la politique. C'est bien ce que tu voulais, non ?
- Je voulais également que mon image ne soit pas utilisée.
- C'est…
- Kingsley, si vous me dites que c'est pour le bien de tous, je vous jure que je vous lance un sort.
Ils s'affrontèrent du regard, et un bref instant Harry pensa à Drago et le remercia mentalement pour toutes ces années d'affrontement et d'insultes. Grâce à Drago, il était immunisé et avait un sens de la répartie qui s'était développé au fil des années.
L'Auror se leva et fit quelques allées et venues.
- Harry, je ne te laisse pas le choix de toutes façons.
- Vraiment Kingsley ? Vous voulez donc m'obliger à approuver des projets de lois dignes de l'Angleterre Victorienne ?
- Et bien, il me semble que tes nouveaux amis n'ont pas vraiment… le choix. N'est-ce-pas ?
Les yeux verts de Harry brillèrent de rage pure et une vague de sa magie percuta Kingsley, le faisant légèrement vaciller. L'Auror ne montra pas son inquiétude pourtant, essayant de rester impassible.
Il prit son temps pour respirer un peu et se calmer. Il n'avait pas l'intention de détruire le Chaudron Baveur à cause d'une explosions de rage après tout. Il se voyait mal expliquer que victime du chantage d'un Auror il avait perdu son calme…
Il se souvint de la conversation avec Lucius, et il sourit doucement, d'un air prédateur. Ce n'était pas une expression habituelle sur le gentil et naïf Harry, et le jeune homme constata avec plaisir que l'homme face à lui - tout expérimenté qu'il fut - était totalement déstabilisé.
Il jeta d'un air dédaigneux la pile de parchemins sur la table. Et cette fois, il n'eut pas besoin de se forcer pour prendre cette expression. Il était réellement écœuré des pseudo-propositions de l'homme, qu'il pensait plus ouvert.
Ce dernier pensait presque retourner au début de l'ère industrielle, gangrenée par les principes archaïques. Shakelbot, celui qui se réclamait du camp du bien, prévoyait de réduire les cracmols presque à l'état d'esclaves… De limiter les droits des créatures magiques, d'appliquer la peine de mort pour vider Azkaban.
Il se pencha en avant, doucement.
- Pour l'instant, vous avez le projet de devenir Ministre. Cependant… Vous n'êtes pas encore élu, n'est-ce-pas ?
Après un silence tranquille, Harry poursuivit, avec un léger sourire.
- Actuellement, et bien que je n'aime pas le personnage, c'est Fudge qui est aux commandes. Fudge qui a fait un serment inviolable avec moi.
Kingsley ricana.
- Il ne sera pas toujours là.
Harry haussa les épaules.
- Effectivement. Cependant… Vous ignoriez peut être qu'il était très… lié avec Lucius ? Plus exactement, Lucius a toujours su comment parler à cet homme pour obtenir ce dont il avait besoin.
L'Auror fronça les sourcils, mais il ne se méfiait pas - pas passez - d'un adolescent un peu trop maigre. Même si ce dernier était extrêmement puissant, et venait de mettre un terme à une guerre sanglante de plusieurs décennies…
Le jeune homme poursuivit, d'un ton léger.
- Fudge serait très mécontent de savoir que vous essayez de l'évincer tout en essayant de lui faire trahir son serment - au risque d'y laisser sa peau. Et un Auror désavoué qui n'a le soutien de personne - et surtout pas du Sauveur… je ne suis pas sûr que vous puissiez remporter quoi que ce soit.
- Dumbledore…
- Oh. Ce cher Directeur. Toujours à jouer au marionnettiste ? Et bien… on peut toujours tenter non ?
Shakelbot grimaça et grogna presque.
- Que veux-tu Harry dans ce cas ?
- Moi ? Rien. Je suis venu par curiosité mais également pour vous prévenir, Kingsley.
L'adolescent se leva et se dirigea vers la porte. Au moment où il allait l'ouvrir, il parla sans se retourner.
- Je ne suis pas stupide. Pendant que nous étions ici… Et bien Lucius est allé voir son vieil ami Fudge. Je l'ai certes menacé, mais Lucius semble persuadé qu'il obtiendra de meilleurs résultats en se montrant … diplomate. J'ai hâte de voir sa réaction, car, voyez-vous Kingsley, j'ai parié…
Harry sourit tristement au son étranglé que fit l'Auror. Il avait réellement apprécié cet homme quand il l'avait rencontré. Il avait eu du respect et de l'affection pour lui. Jusqu'au moment où il l'avait fait chanter. Maintenant, il voyait un homme ambitieux de plus. Trop ambitieux.
Doucement, il sortit, refermant la porte doucement. En silence.
