PROMPT : Le bon vieux temps
Harry était étalé sur le lit de Drago aux côtés de ce dernier. Ils contemplaient le plafond, côte à côte.
- Et maintenant Malefoy ?
Le blondinet soupira.
- Tu es le bienvenu ici. Tu as ta chambre et mes parents sont ravis de t'héberger. Le Manoir est suffisamment grand pour t'offrir l'intimité dont tu as besoin.
Harry hésita un bref instant.
- Je te remercie…
- Mais ?
- Mais je ne veux pas être un acte de charité. Je… Je ne veux pas m'imposer.
Drago se leva à demi sur ses coudes et lui jeta un regard.
- Nous te devons la vie, Potter. La vie et la liberté. Cependant… Cependant mes parents considèrent que tu fais partie de la famille, tu sais. Ce n'est pas une invitation par obligation.
Harry sourit faiblement.
- Et toi Malefoy ?
L'ancien Serpentard eut un sourire carnassier.
- Tu te souviens le bon vieux temps ?
- Lorsque que nous nous détestions ?
- Précisément.
Le Sauveur eut un moment de doute et une ombre passa sur son visage.
- Qu'essaie tu de me faire comprendre ? Que tu me déteste encore ?
Drago grogna.
- C'est l'impression que je te donne ?
- Tu as toujours été excellent acteur, Malefoy.
Le blondinet roula jusqu'à se trouver sur Harry, l'immobilisant sous lui. Il l'embrassa doucement.
- Tu as l'impression que je ferais ça si je te détestais ?
Harry gloussa en se dégageant, avant de s'asseoir.
- Toi et tes parents. Vous ne me devez rien. Je…
- Conneries.
- Je n'attends rien, Malefoy.
- Et nous, nous ne te faisons pas l'aumône.
- Alors quoi ?
- Alors tu appartiens à notre famille. Nous nous serrons les coudes. Nous restons ensemble.
Le visage de Harry refléta le choc et il secoua doucement la tête comme pour s'éclaircir les idées.
- Pourquoi ?
Il avait soufflé sa question, d'une voix tremblotante.
Drago avait rougi et détourné le regard. Il y avait des choses entre eux qui restaient suspendues. Non dites. L'un comme l'autre, ils n'étaient pas à l'aise avec ce qu'ils éprouvaient, et ils prenaient soin d'éviter le sujet.
Puis, avec une nonchalance étudiée, le blond consentit à lâcher une réponse, l'air indifférent.
- Je ne te déteste plus.
Harry soupira doucement.
- Moi non plus.
Ils échangèrent un sourire.
Harry contempla un long moment le jeune homme face à lui, et sentit son cœur accélérer alors qu'il se demandait quels étaient ses sentiments.
Drago Malefoy avait été une épine dans son pied à Poudlard, au début de leur scolarité. Celui avec qui il devait composer, le trouvant toujours complotant contre lui. Il était aussi celui qui n'avait jamais été impressionné par son statut de Sauveur et l'étiquette de héros que tout le monde lui collait.
Drago avait été celui qui lui maintenait les pieds sur terre. Celui qui faisait courir l'adrénaline dans ses veines. Il le faisait se sentir vivant, pleinement.
Il avait refusé d'accepter son amitié, à cause de Ron. Certes, Malefoy avait insulté celui qui avait été son premier ami. Mais… Mais Ron avait également insulté la famille de Malefoy sans que Harry n'y trouve rien à redire. Avec le recul, Harry regretta son erreur de jugement. D'autant plus après la trahison dont il avait été victime.
Un bref instant, face au regard gris qui le dévisageait sans animosité, Harry se demanda ce qui se serait passé s'il avait serré la main tendue. S'il était devenu ami avec Drago Malefoy. Aurait-il été envoyé à Serpentard par le choixpeau ? Aurait-il eu autant de répugnance à entrer dans la maison des verts et argent ?
Serpentard avait été la maison de celui qui avait tué ses parents. Mais… Mais Gryffondor avait été la maison de celui qui avait trahi ses parents. Un ami proche qui devenait un traître… L'histoire avait tendance à se répéter.
Le Gryffondor sentit ses joues chauffer alors qu'il parvenait à la conclusion qu'il ne voulait pas quitter Drago. Ils passaient de bons moments ensemble.
Il aimait leur complicité. Leurs petites disputes, leurs défis incessants.
Il aimait embrasser Drago. Le prendre dans ses bras.
Il aimait lorsque le blond venait le rejoindre dans son lit pour l'enlacer lorsqu'il hurlait aux proies d'un cauchemar.
Pour autant, il ne se voyait pas dire ce genre de choses à voix haute. Ça ressemblait bien trop à une déclaration romantique, à quelque chose qu'il n'était pas prêt à s'avouer à lui-même.
D'aussi loin qu'il se souvienne, il avait rêvé d'une famille, d'enfants. Certainement pas d'un aristocrate prétentieux blond au caractère exécrable.
Face à lui, Drago contemplait le Gryffondor perdu dans ses pensées. Son lion apprivoisé, mais si dangereux encore.
Il avait été surpris de l'affection immédiate de ses parents envers lui. Lorsqu'il avait demandé à sa mère la raison de leur amitié envers Harry Potter, Narcissa avait gloussé avant de lui répondre quelque chose d'insensé. "J'espère que tu comprendras rapidement".
Il avait pesté et haussé les épaules. Après tout, que ses parents adulent Potter l'arrangeait bien puisqu'il n'était pas décidé à se séparer du jeune homme.
Il s'était convaincu qu'il aimait garder un œil sur lui, parce qu'il était une fichue tête brûlée. Il fonçait avant de réfléchir, et Drago était parfait pour jouer l'arrière garde, celui qui venait récupérer le Survivant et soigner ses blessures.
Il appréciait leurs joutes verbales. Ce n'était plus les choses ignobles qu'ils se lançaient quand ils étaient enfants, mais Harry était probablement l'une des rares personnes à lui répondre sans le craindre. Il n'avait jamais fait cas de sa position sociale, de sa richesse, de son nom. Et c'était plaisant. Délicieusement plaisant.
Pour autant, il aimait avoir l'impression que le Sauveur avait besoin de lui, quand il le consolait après ses terribles cauchemars. Il sentait son cœur s'emballer lorsqu'il prenait son corps mince et frissonnant entre ses bras et qu'il l'apaisait en lui embrassant le front et en lui murmurant des paroles rassurantes.
Par dessus tout, Drago Malefoy adorait ouvrir les yeux le matin pour se rendre compte qu'il avait toujours son ami serré contre lui.
Ça sonnait de façon mièvre et il préférait être torturé plutôt que de l'avouer. Pour autant il avait cessé de lutter contre l'idée. Maintenant la guerre était finie et l'avenir leur appartenait.
