Le vendredi arriva rapidement et, après avoir encore perdu je ne sais plus combien de points pour avoir 'raté' mon antidote en potions et fait mon 'devoir supplémentaire' par dessus la jambe, j'étais vraiment d'une humeur massacrante. Toutefois, la réponse de Barjow me mit du bôme au cœur il avait accepté et, avec vingt Gallions dans la poche, je me sentais paradoxalement plus légère.
Mais cette légèreté me quitta quand, dans la Grande Salle, je trouvai une lettre blanche avec une adresse bidon au dos. Je ne comptai pas l'ouvrir, mais apparemment, ce n'était pas une option.
L'enveloppe s'ouvrit soudainement et déversa sur moi un liquide qui me brûla la main gauche.
La douleur était ignoble mais, au final, c'était comme les brûlures des Scroutts... mais en plus important...
- « Hey Smithen ça v- »
- « Dégage ! » grognai-je en tenant ma main. Les dents serrés, je pris mes affaires et en sortant, j'entendis des ricanements derrière moi. Je tournai quelque peu la tête et, quand je vis trois Poufsouffles glousser en montrant la lettre du doigt, quelque chose en moi voulu vraiment les faire passer par les fenêtres...
'Alors vous aimez rire... ? ' marmonnai-je en les fixant du coin de l'œil.
Rictusempra
murmurai-je avant de reprendre mon chemin et, jusqu'à ce que je sorte du Grand Hall, j'entendis les rires incontrôlés s'amplifier malgré la distance. Sur le moment, j'hésitai à aller en cours avec Rubeus ou bien à aller à l'infirmerie pour soigner ça... mais je ne pouvais pas me permettre de rater ne serait-ce qu'un seul cours...
Episkey
murmurai-je en fixant ma main les plaies se refermèrent, mais les rougeurs étaient toujours présentes et le cloques encore gonflées... Soupirant, je fis demi tour et montai à l'infirmerie où Mme Pomfresh était en plein rangement.
- « Madame ? » appelai-je elle se raidi puis se tourna vers moi puis, après avoir soupiré, elle vint vers moi, regarda ma main, puis m'entraîna vers l'armoire à pharmacie. Pendant plus d'une demi heure, elle me fit plonger ma main dans une décoction qui sentait la mort puis me banda la main.
- « Encore heureux que tu saches un peu te soigner... » marmonna-t-elle en enroulant une bande étroitement autour de ma main je serrai les dents. « voilà, » dit-elle en lâchant ma main. « Il faudra au moins deux jours pour que toutes les pustules disparaissent..., d'ici là, n'enlève pas les bandages. » ordonna-t-elle en me tenant la porte.
Je me contentai de hocher la tête et allai directement devant la porte du cours de métamorphose... retourner avec les Scroutts maintenant était une mauvaise idée et je ne me sentais vraiment pas de manger avec l'envie de vomir que ce liquide m'avait donnée.
- « Ça va être une lonnnngue journée... » murmurai-je en regardant ma main que j'essayai désespérément de faire bouger malgré la raideur qui s'installait.
Les deux heures suivantes se passèrent calmement... même si je sentais une nuée de regards me scruter et que le professeur McGonagall semblait être intéressée par l'histoire derrière mes bandages... mais je m'en moquai ! Moi, tout ce que je voulais, c'était finir ma journée et pouvoir enfin passer un peu de temps avec mini-Krum... voire, chercher un éventuel acheteur pour mon Nimbus 2000... mais il faudrait que je répare les quelques brindilles qui avaient été cassées lors de ma chute et peut-être même refaire le verni... l'humidité du placard avait apparemment entamé la première couche...
Mais il y avait encore le cours d'Enchantement... puis l'Histoire de la magie... et deux heures de Défense contre les forces du mal... et comme si ce n'était pas suffisant, je n'étais pas allée manger ce midi ! J'avais trop peur de vomir à cause du pu qui suintait de temps à autres à travers mes bandages... mais j'avais tellement faim...
'Quelle abrutie...' me dis-je en vérifiant que je n'avais pas fait trop de fautes en prenant des notes mais mon attention était souvent autre part Maugrey avait laissé une pomme sur son bureau... 'Allez, plus que deux heures... et je pourrais aller me chercher quelque chose dans les cuisines... peut-être qu'en insistant bien... ou en refilant un vêtement bariolé à Dobby...' me dis-je en entendant mon ventre grogner.
Vigilance constante
ces deux mots me revenaient à chaque fois que j'entendais le bois de la jambe du professeur taper contre le plancher et, malgré l'intérêt que j'avais pour son cours sur la création du sortilège de l'Imperium, la seule raison pour laquelle mes yeux avaient du mal à le quitter, était parce que depuis maintenant une heure, il se trimbalait avec cette maudite pomme... la posait sur le bureau d'un élève qui, bien sûr, n'oserait la toucher pour rien au monde de peur que son œil de voit... mais surtout d'être forcé à bondir comme Malefoy... 'la fouine bondissante...' ça lui allait bien... et puis, après avoir marqué quelques mots sur le tableau, il revenait, reprenait ça pomme se promenait un peu avec pendant quelques minutes puis recommençait...
'une demi-heure...' me dis-je en regardant ma vieille montre. Soudain, une chose verte passa devant mes yeux et, relevant légèrement là tête, je vis la pomme... juste devant mon nez... Je regardait le prof mais, comme il l'avait déjà souvent fait, il ne fit même pas mine de me regarder et continua son cours... et bizarrement... ça me faisait plaisir... et à mesure que les minutes passaient, je sentais un sourire essayer de s'étaler sur mes lèvres... pour une fois, pour la première fois depuis longtemps... j'avais l'impression qu'on ne ressentait pas le besoin de me surveiller comme si j'étais une bombe à retardement... comme si j'étais... quelqu'un de 'confiance'... ?
Mais je me ravisai vite il ne pouvait pas me faire confiance ! Si pas même Dumbledore avait confiance en moi, alors un ex-Auror complètement parano dont la phrase fétiche était 'vigilance constante', ne pouvait pas me faire confiance... pas à moi... pas à une 'Serpentard refoulée'... pas si les autres professeurs lui avait dit ce qui s'était passé l'année précédente...
'Nan...' me dis-je en regardant une fois de plus cette pomme... ça devait être un test... ou alors c'était Rogue qui lui avait refilé une pomme empoisonnée en lui disant de la faire passer pendant son cours... après tout, le vieux corbeau avait promis de nous empoisonner avant les vacances de Noël...
C'était dur, et mon estomac tressaillait à chaque fois que mes yeux voyaient le vert du fruit... mais je tins bon, je ne toucherai pas à cette pomme, je ne risquerai pas un empoisonnement et, ni Rogue ni Maugrey n'auraient le loisir de m'enfoncer !
Finalement, le cours se termina et, soulagée, je rangeai mes affaires la pomme était toujours là. Je tournai la tête vers la sortie et vis que le professeur Maugrey attendait en tenant la porte.
- « Allez, sortez d'ici, vous avez cours, non ? » grogna-t-il, visiblement impatient de pouvoir partir. Je ne répondis rien et, attrapant le fruit, je me hâtai vers la porte.
- « Vous n'empoisonnerez personne aujourd'hui... » dis-je en lui tendant la pomme. Il la regarda pendant un moment sans rien faire n'avait-il donc pas l'intention de la récupérer ? Je restai un moment comme ça, puis lui collai la pomme dans les bras et m'en allai immédiatement sans me retourner...
Croc
Interpellée par ce son, je me retournai juste à temps pour voir le prof mastiquer puis croquer à pleine dent dans la pomme que je lui avait rendu... 'MAIS IL EST FOU !' hurlai-je intérieurement en voyant ce qu'il venait de manger...
Complètement ahurie, je restai là à le regarder s'en aller par un passage secret... mais, pourquoi, si elle n'était pas empoisonnée, avoir baladé cette pomme de bureau en bureau... et surtout, pourquoi l'avoir laissé aussi longtemps sur le mien ?! Pourquoi faire une telle chose ?! Lui qui avait tellement peur d'être empoisonné et reniflait tout ce qu'il mangeait...
Et même, si cette pomme était pour lui... alors pourquoi ne pas l'avoir récupérée à la fin du cours ? Et pourquoi ne l'avait-il pas pris quand j'avais voulu la lui rendre ? Pourquoi était-il resté là à la regarder ?... 'Peut-être' me dis-je en regardant graduellement vers les pavés érodés. 'Peut-être... était-ce un test... ? Peut-être, avait-il été prévenu de ce qui s'était passé l'année dernière... et... au lieu de les croire directement...
Non ! Impossible ! Il les aurait crus ! Tous ! McGonagall, Chourave, Rogue, Dumbledore... tous, pour lui et tous les autres, sont des personnes de confiance... il les aurait crus... alors pourquoi ?
Mais quand j'avais regardé, son visage, bien que difficile à lire à cause de l'état déplorable de ce dernier, m'avait semblé être plus tendu que d'habitude... mais pas en un sourire crispé et narquois comme Malefoy... pas non plus en une expression désagréable de dégoût comme Rogue... et encore moins l'aspect pétillant mais calculateur de Dumbledore... non, juste... un air un peu contrarié... ? 'Mais qu'est-ce que je suis entrain de raconter moi ?! C'est Fol œil dont je parle ! Pas d'un ado à cours de lotion anti-acnéique !' me dis-je à la limite de me donner un coup sur la tête. Fallait que j'arrête d'y penser, ça vaudrait mieux pour moi.. et de toute façon, j'avais beaucoup de choses à faire... 'peut-être qu'en changeant la couleur du Nimbus, j'arriverai à le faire vendre par les Jumeaux...' pensai-je en passant le portrait du Pierrot.
Malheureusement pour moi, je n'avais pas été autorisée à retourner dans les cuisines car a petite Winky avait, apparemment, développé une certaine haine envers moi... était-ce parce que j'étais polie quand je demandait quelque chose aux autres elfes de maison? Ou bien était-ce parce que je lui rappelai quelqu'un ou des mauvais souvenirs... ?
Enfin, bref, le fait est que, pendant encore deux heures, je dus restée à jeun... Et par Merlin, j'étais heureuse que ce soit le week-end... j'aurais au moins le temps de vérifier si je n'avais pas écrit d'âneries dans mes devoirs... la faim était vraiment pire que le sommeil pour ce qui est de la concentration.
Je soupirai longuement en laissant ma tête reposer sur la table de bois de la bibliothèque. 'faim...' murmurai-je en tournant ma tête sur ma gauche une main bandée. Je me redressai et tentai de faire bouger mes doigts pas moyen, ils étaient complètement raides.
Soudain, je sentis une deuxième flamme brûler mon estomac et durcir les muscles de mon visage... mais ils n'en valaient pas la peine... ces imbéciles n'étaient rien et ce n'étaient que des égratignures... rien de plus et rien de moins.
Finalement, la cloche sonna et, poussée par la faim, je fus l'une des premières à entrer dans la salle où quelques personnes étaient déjà attablées. Encore quinze minutes et tout à coup, une multitude de plats apparurent sur les tables. Sans même attendre que les autres ne disent quoi que ce soit, je me servis et, pendant que tous grognaient en me lançant des regards noirs, je rattrapais enfin les repas que j'avais du sauter.
- « Eh, vous avez vu la pomme que le prof baladait de table en table ? » demanda un garçon chétif aux cheveux blonds.
- « Ouais, c'était vraiment bizarre.. » répondis un autre la bouche pleine.
- « Elle était empoisonnée tu crois ? » demanda soudainement une fille aux cheveux crépus, tirés en une queue de cheval qui ne pouvais pas maintenir autant de volume.
- « C'est Maugrey Fol Œil, un morceau et on aurait bien pu transformer tous en Scroutts »
Tous les quatre frissonnèrent. 'Mais pourtant, cette pomme' pensai-je en levant les yeux vers la table des professeurs et finalement, vers lui. 'il l'avait mangé...' murmurai-je en le regardant boire dans sa flasque alors que la cruche était juste à côté de lui.
En même temps, il devait s'y attendre... 'vigilance constante'... il le répétait suffisamment pour qu'en seulement une semaine on l'ai retenu... mais alors pourquoi moi ? Pourquoi m'avoir testé plus longtemps que les autres ? Je n'avais rien contre lui... ou alors il avait du penser que m'attaquer la dernière fois l'avait fait passer sur ma liste noire... mais jamais je ferais une chose pareille ! Jamais je ne pourrais me permettre de faire ça ! Je n'avais pas vraiment d'endroit où vivre... et rester à côté de la forêt interdite était un plus pour trouver des ingrédients et les revendre...
Soudain, je me sentis observée et, revenant à moi, je me rendis compte que j'avais encore les yeux fixés sur Maugrey il ne me regardait pas directement... mais j'étais sûre que son œil magique ne m'avait pas oubliée.
Totalement claquée, j'allai immédiatement dans le dortoir et, une fois mes dents brossées et changée en pyjama, je me glissai dans mon pot mini-Krum n'y était pas.
- « Krum ? » appelai-je inquiète mais d'un voix assez basse. « t'es où ? » murmurai-je quand seules le crépitement des flammes me répondit. « Mini-Kru- » appelai-je un peu plus fort en sortant une jambe du pot.
Ma voix mourut au moment où j'entendis quelqu'un taper en rythme sur le bois du passage secret. Immédiatement, je me précipitai sans mon pot, sautai presque à l'intérieur et m'y terrai jusqu'à ce que les rires se soient suffisamment éloignés. Mais s'ils trouvaient mini-Krum...
Soudain, j'entendis des petits bruits secs venir de derrière moi et, quand je regardai, je vis mini-Krum marcher sur le rebord du pot.
- «Lawrence ? » appela soudainement une voix que je reconnus être celle de Diggory. Immédiatement, j'attrapai mini-Krum et le tirai dans le pot tout contre moi. « tu sais où est Smithen ? » demanda-t-il.
- « Pourquoi ? T'as le béguin pour les cas avancé de dragoncelle ? » demanda-t-il d'un ton narquois.
- « Non. » répondit-il calment. « Mais en temps que préfet, je dois m'assurer du bien être des élèves de ma maison et ell- »
- « C'est pas une Poufsouffle ! » interrompit-il. « Elle en a l'apparence, elle en avait l'air, mais elle n'est pas une Poufsouffle ! Le Choixpeau a fait rentrer un déchet de Serpentard chez nous ! » ajouta-t-il en élevant le ton.
- « Tu ne devrais pas parler comme ça d'un membre de ta propre maison. » rétorqua Diggory froidement.
- « Je te l'ai dit, c'est pas un membre de ma maison. Elle dort même plus ici si tu veux savoir » annonça-t-il en s'éloignant. « Tu auras peut-être plus de chance en allant voir dans la Chambre de secrets, elle a du y retourner depuis le temps... » ajouta-t-il avant de disparaître derrière la cloison qui menait au dortoir des garçons.
Assise au fond de mon pot, je posai ma tête contre mes genoux et, une fois les bruits de pas éloignés, je laissai échapper un soupire que je retenais depuis bien trop longtemps.
À ce moment, je sentis une petite main se poser contre la mienne je levai vaguement les yeux et, étrangement, mes lèvres arrêtèrent de trembler et la brûlure de mes larmes se fit plus douce.
- « Merci... » murmurai-je en posant doucement mon front contre le sien. « merci beaucoup... »
