Tout était très sombre ici... les grandes fenêtres avaient majoritairement été obstruées par de grand rideaux sombres qui semblaient couler du plafond jusque sur le plancher brun et usé. Il y avait une petite table en bois bancale devant une cheminée où un feu, la seule source de lumière ici, brûlait de tout bois, une grande vitrine remplie d'objets aussi étranges que fascinants contre le mur qui était à ma gauche et, juste derrière moi, une grande malle avec pas moins de sept cadenas... et eux, à n'en pas douter, ne devais pas s'ouvrir avec un simple Alohomora...

Mais, au moment où un bruit métallique arriva à mes oreilles, je tournai la tête vers le professeur Maugrey je ne voyais pas vraiment ce qu'il faisait... et depuis qu'il m'avait dit de m'asseoir sur ce petit tabouret... il n'avait pas dit un mot... et moi non plus...

J-je savais pas... quoi faire... quoi penser... je... j'arrivai même pas à garder mes yeux sur son dos... alors si c'était pour me faire la leçon...

Le silence était lourd... et la seule chose que j'arrivai encore à faire, c'était regarder les ombres danser sur les veines du bois en grattant les croûtes de mes cicatrices les plus récentes...

J'avais vraiment tout foiré... si j'avais pas été renvoyée la dernière fois... là... c'était tout vu... peut-être que Barjow me laisserait bosser au noir... ? Mais y'avait aussi le tuteur... j'avais même pas demandé qui c'était... j'étais tellement sûre qu'elle...

Soudain, une odeur prononcée de thé emplie mes narines et, quand je regardai devant moi, je vis une vieille tasse décorées avec des petites fleurs bleues de partout, sur une sous-tasse verte dépareillée tenue par une mains noueuse. Lentement, j'approchai mes deux mains et, prenant la sous-tasse de part et d'autre, je secouai la tête de haut en bas faiblement... mais je ne bus pas... je restai juste comme ça assise avec les jambes serrées l'une contre l'autre, le dos voûté, les épaules tombantes et les yeux rivés sur le reflet étrange de mon visage dans le liquide sombre.

Un peu plus loin devant moi, j'entendis le claquement distinctif des griffes métalliques contre le plancher puis, après une pause, le soupire fatigué d'un fauteuil éventré. Il s'était assis... mais mes yeux ne bougeaient pas...je ne bougeais pas... je n'y arrivais pas... et ça ne servait plus à rien... plus rien... je ne servais plus à rien...

Une goutte tomba dans la tasse, puis une autre la rejoignit timidement... je baissai un peu plus la tête sur ma tasse... je voulais pas qu'on me voit comme ça... je voulais pas qu'on me prenne en pitié... je voulais pas être si... faible... j'avais pas le droit de me lamenter sur mon sort... j'avais pas le droit... 'je peux pas me le permettre !' me dis-je en serrant de plus en plus mes doigts sur la sous-tasse qui se brisa...

mais je ne cherchai même pas à m'éloigner de la brûlure du thé... ça ne servait plus à rien... je n'avais déjà plus rien à perdre... Rogue me l'avait dit... j'avais perdu la face... ma famille... mon seul ami... ma volonté... mamie... tous... ils m'avaient tous abandonnée...

J'enfouis mon visage entre mes mains, je sentais mes mâchoires trembler et même la pression de mes mains ne suffisait pas à arrêter les larmes... elles ne faisaient que les dévier... les rediriger partiellement... mais elle finissaient toute inexorablement par me revenir... faisant ainsi naître sur ma langue un goût salé qui me répugnait...

Soudain, les claquements reprirent et, plus ils se rapprochaient, plus les hoquets qui me secouaient semblaient s'amplifier il s'arrêta. Et, quand une main vint se poser sur mon épaule, mes mains se refermèrent sur les quelques mèches de cheveux qui dépassaient et mes larmes redoublèrent.

Je m'attendais à ce que son poids m'enfonce... me face descendre un peu plus bas... teste ma force... mais elle resta là... tangible... légère... mais inébranlable...

Plusieurs fois, je crus qu'elle allait aussi partir et ma laisser là... mais elle ne me quitta pas en lentement, je la sentis se déplacer d'une épaule à l'autre... doucement... ça faisait si longtemps... si longtemps...

Mon hoquet avait fini par se calmer et après plusieurs secondes, la mains me quitta dans une suite de claquements... mais, avant que le sentiment de solitude ne revienne, une autre tasse de thé arriva devant mes yeux mais je ne la pris pas.

- « Buvez, ça vous feras du bien... » grogna-t-il sa voix moins forte qu'à l'accoutumé.

- « Je vais juste la casser... » murmurai-je les yeux toujours fixés sur le sol.

- « Pas grave... j'ai jamais aimé ce service de toute façon... » grogna-t-il toujours en me tendant la tasse. Je ne répondis rien... mais, tout aussi lentement que la dernière fois, je pris la tasse et la portait à mes lèvres on aurait dit du Darjeeling... elle adorait ce thé...

- « Dumbledore n'est pas là... ? » demandai-je au bout d'un moment.

- « Si. » il répondit en s'asseyant une fois de plus sur son vieux fauteuil.

- « Alors pourquoi m'avoir amenée là, on est passé devant son bureau en plus ? » murmurai-je en laissant la tasse sur mes genoux. Je soupirai et me levai pour poser la tasse sur la petite table devant moi. « je vais aller prendre mes affaires... » murmurai-je en me redressant.

- « Très bien... » grogna-t-il en s'enfonçant dans son fauteuil. « Mais vous aurez du mal à faire croire à ça... » ajouta-t-il en prenant une gorgée de thé. 'Quoi ?' me dis-je en me retournant.

- « Qu'est-ce que vous voulez dire... ? » demandai-je à la fois intriguée et perplexe.

- « Sans se souvenirs d'un événement, c'est très difficile de témoigner... » répondit-il simplement.

- « Sans souv... vous les avez... » balbutiai-je en reculant quelque peu.

- « Juste oubliettés. » répondit-il en posant sa tasse pour chercher sa flasque. Il en pris une longue gorgée et, après que les spasmes se soient calmés, il la rangea. « J'ai horreur des gens qui attaquent dans le dos... et le petit Diggory devrait revoir ses méthodes. » ajouta-t-il en fronçant ce qui lui restait d'arcade sourcilière.

- « Mais c'est moi qui ai attaqué... » murmurai-je en me remémorant la scène. « Je dois... prendre mes resp- »

- « Je ne pense pas que c'était sur un coup de tête.. » coupa-t-il. « Elle t'as parlé de ta grand-mère c'est ça ? » demanda-t-il je serrais les poings, comment pouvait-il être au courant ? « Dumbledore m'en a fait part... » ajouta-t-il. Alors comme ça le vieux criait ma misère sur tous les toits ?!

- « Et il vous a raconté ça comme ça entre deux blagues de troll ? » demandai-je d'un ton sarcastique. « je me demande bien à quelle partie les gens ont le plus ri. Après tout, la misère c'est la base de l'humour, non ?! » dis-je un rictus s'étirant machinalement sur mes lèvres.

- « Je lui ai moi-même demandé. » répondit-il mes yeux se fixèrent sur lui... mais je n'aurais su dire s'ils étaient emplis d'incompréhension ou de haine.. en vérité... je ne savais pas quoi dire non plus... qu'est-ce que je pouvais répondre ça ? Il avait demandé aux autres mais voulait quand même m'aider ? … non, lui aussi devait sans doute avoir peur... peur que ça tourne au vinaigre et qu'il soit pris ded-

- « Dumbledore a déjà eu du mal à les convaincre de ne pas vous renvoyer la dernière fois... » grogna-t-il en relevant le bas de son pantalon jusqu'à ce que la fixation de sa jambe de bois soit visible. « Le Ministère a peur. » ajouta-t-il en décrochant une sangle. « Depuis Vous-savez-qui, tous ces pontes Fudge et Croupton... les électrons libres leurs font peur et s'il y a du potentiel, il feront tout pour s'en débarrasser... » expliqua-t-il en détachant la dernière boucle. « Mais ils ont oublié qu'à une époque, le potentiel était la meilleure arme. » ajouta-t-il en l'enlevant complètement.

Je ne savais pas quoi dire... pas quoi faire... je ne savais même plus pourquoi j'étais debout au milieu de la pièce... pourquoi j'avais ressenti de la haine... Est-ce que... quelqu'un... pour la première fois... Je sentis des larmes me monter aux yeux... mais ce n'était pas de tristesse... pas de douleur ni même de colère... quelqu'un... finalement... trouvait que j'avais du potentiel... ?

- « Si vous comptez encore pleurer, prenez la bassine qui est à votre gauche. J'ai pas envie de traverser mon bureau à la nage quand » dit-il en posant sa jambe de bois à côté de lui. « je vous proposerais d'optimiser vos capacités. » grogna-t-il en prenant une gorgée de thé.

- « Vous êtes sérieux ? » demandai-je au bout d'un moment. C'était pas possible ! Jamais un prof ne ferait ça... il s'attirerait des ennuis... « Vous risqueriez- »

- « Petite, on m'a tiré de ma retraite pour enseigner une année, je ne risque pas mon avenir en m'opposant à un système adepte du nivellement par le bas. » trancha-t-il avant de finir sa tasse. « Allez, finissez votre thé ce sera bientôt l'heure d'aller dîner. » ajouta-t-il en se calant dans son fauteuil.

J'acquiesçai et, après avoir séché mes larmes d'un revers de manche, je m'assis et portai la tasse à mes lèvres. Certes le thé était froid, mais il y avait quelque chose de réconfortant... Quelque chose qui avait rendu le feu dans l'âtre plus accueillant, et l'ombre de cette pièce moins menaçants.