En me levant le lendemain dans mon pot, je m'étais dit que j'avais dû rêver, que tout ce que le professeur Maugrey m'avait dit n'avait été que le fruit de mon imagination, que je m'étais raccrochée à ça pour me sentir mieux... et plus tard ce soir là, j'étais restée comme une idiote dans mon pot à relire des livres que j'avais déjà lu et relu des centaines de fois... ça ne pouvait pas être vrai... j'avais rêvé et il n'y avait plus rien à faire maintenant, à part espérer des jours meilleurs.
Le vendredi arriva rapidement et, alors que l'heure de Défense contre les forces du mal venait de se finir, le professeur Maugrey me demanda de rester à la fin du cours.
- « Vous aviez oublié les cours de perfectionnement ? » demanda-t-il sans une once d'animosité. Je me retournai immédiatement, horriblement gênée.
- « Désolée je.. j'étais préoccupée... » mentis-je en me rappelant que je pouvais mettre ça sur le compte de l'enterrement qui aurait lieu ce dimanche.
- « Un professeur devrait normalement vous accompagner à Londres et vous rechercher.. » dit-il en claudiquant vers son bureau. Je restai figée un temps, me demandant comment il pouvait en savoir autant mais, à ce moment, je me souviens qu'il s'était renseigné auprès des autres professeurs, et si Dumbledore n'avait pas eu la langue si bien pendue, alors un autre avait pris le relais. « Allez, venez, on va voir ce que vous valez... » dit-il en passant devant moi. Je le suivis et après avoir fermé la porte derrière moi, je le rejoignis timidement devant le tableau.
Là, je l'observai chercher différents bocaux dans les rangements de son bureau. L'un contenait encore des araignées et l'autre était remplis de choses ridiculement petites, remuantes et noires instinctivement je fis un pas en arrière.
- « Bon, maintenant imaginons que vous êtes dans un lieu inhospitalier et que vous ne voulez pas vous faire repérer que feriez-vous ? » demanda-t-il en se tournant vers moi.
- « Eh bien... uhm, est-ce que ça se passerait la nuit ou le jour ? » demandai-je en essayant de calmer ma voix tremblante.
- « La nuit. » répondit-il au bout d'un moment. Je réfléchi quelques secondes et, mon style d'opération habituel me sembla le plus apte.
- « Je m'arrange pour avoir un élixir d'Ailuro sur moi et utilise un Assurdiato sur tout ceux que je croise... » dis-je un peu incertaine.
- « Un Assurdiato ? » demanda le professeur perplexe.
- « Euh, j-j'ai euh... lu ça dans un livre de cours... je.. » balbutiai-je en essayant de trouver une excuse pour avoir été dans la réserve pour lire dans les vieux livres de cours... mais je savais que ça ne servait plus à grand chose de mentir... après tout, s'il était enclin à m'aider après m'avoir vue agresser une élève... alors aller sans autorisation dans la réserve...
« C'était noté dans un livre de la réserve... » admis-je en baissant un peu les yeux.
- « Et vous l'avez déjà utilisé ? » demanda-t-il l'air intéressé.
- « P-pas souvent... » dis-je en relevant brièvement les yeux vers lui. « R-Rusard n'a pas l'oreille très fine... il me suffisait juste de faire taire Miss Teigne... » expliquai-je en sentant le rouge me monter aux joues. Pourquoi je lui racontais tout ça ? Pourquoi aussi facilement ?! Mais quand je levai les yeux vers lui, je me rendis compte que sa bouche et toutes les cicatrices de son visage étaient tirées en ce qui, étrangement, me parut être le même regard d'approbation que quand j'étais parvenue à repousser l'Imperium...
- « Très bien. Sortez votre baguette et jetez-moi ce sort. » s'exclama-t-il en s'éloignant de moi de quelques pas mais je ne bougeai pas. Je ne pouvais pas risquer de blesser quelqu'un, surtout un professeur... « Et bien ? Allez, sortez votre baguette. » insista-t-il, son œil magique fixé sur la poche dans laquelle la bombe à retardement était rangée.
- « J-je sais pas si c'est une bonne idée Monsieur... » balbutiai-je en serrant mes poings. « Je ne voudrais p- »
- « Vous avez peur de votre propre baguette, Smithen ? » grogna-t-il incrédule.
- « Non c'est juste... » commençai-je avant de laisser mes yeux aller vers les siens je perdis mes moyen et mon mensonge aussi mauvais soit-il. « elle n'en fait qu'à sa tête... » murmurai-je en la sortant de ma poche. « Je n'arrive pas toujours à doser la puissance de mes sorts... parfois elle lance un sort autre que celui que je veux lancer... » murmurai-je en contemplant les épines noires grossièrement coupées du manche. « C'était un véritable cauchemar... » dis-je en refermant mes deux mains sur l'objet de bois.
- « Puis-je la voir ? » demanda-t-il en approchant une main noueuse tendue vers moi j'hésitai un moment, mais la lui tendis tout de même. Il l'étudia un moment, sembla vérifier s'il n'y avait pas de trace de fissures ou autre.
Soudain, il agita la baguette et, aussi tôt, une craie se précipita vers lui.
- « Cette baguette est en très bon état... » grogna-t-il en me la tendant. Je le regardai, perplexe. « Depuis quand pose-t-elle problème ? » demanda-t-il au bout d'un moment.
- « Depuis Août... » répondis-je en me remémorant la nuit dans la forêt interdite.
- « Et vous n'avez pas pensé à demander ? » remarqua-t-il d'un ton étrangement neutre.
- « Ma grand-mère était dans le coma à Ste Mangouste, je travaillais ici comme bonne à tout faire et j'avais passé une année entière à être fliquée par tout Poudlard... je pense que si j'avais raconté que ma baguette avait des problèmes, ils ne m'auraient plus lâchée d'une semelle. » répondis-je en fronçant les sourcils à la simple évocation de ma troisième année.
- « Je ne pense pas que le problème vienne de la baguette elle-même. » dit-il après quelques secondes de silence. « Vous l'avez achetée chez Ollivander je suppose ? » demanda-t-il j'acquiesçai. « Vous a-t-il donné des indications quelconques concernant cette baguette ? » demanda-t-il pendant que son œil magique scrutait le bois sombre.
Je tentai de rassembler les quelques souvenirs qu'il me restait de ce jour là... Ollivander était relativement vieux, avec des cheveux en bataille et des habits aussi démodés que défraîchis... et il m'avait plusieurs fois dit quelque chose...
- « Je crois qu'il m'a répétée plusieurs fois que la baguette m'avait choisie... et que je devais... faire attention à son caractère je crois... ? » dis-je incertaine. Je n'avais pas vraiment prêté attention à ce qu'il m'avait dit car j'étais bien trop heureuse de devenir une véritable sorcière... si seulement j'avais su...
- « À son caractère ? » demanda Maugrey en la fixant de ses deux yeux. « De quoi est-elle composée ? »
- « Uhm... prunellier... et crin de licorne... je crois... » dis-je en regardant plus attentivement la baguette. Pour tout dire, j'étais plus sûre du bois dans lequel elle avait été taillée que de la composition de son cœur.
- « Prunellier... » dit-il pensif. « une bonne baguette pour pratiquer la magie noire et je crois... » dit-il en le regardant de plus près. « qu'elle devient totalement loyale à son premier utilisateur qu'après avoir vécu avec lui, des moments difficiles... » expliqua-t-il. Soudain, son œil magique se leva et me dévisagea je déglutis. « Vous l'aviez avec vous quand votre grand-mère a été attaquée ? » demanda-t-il d'un ton encore plus sérieux qu'à l'accoutumée.
- « Oui, mais si ça l'avait vraiment rendue loyale- »
- « Quand sont survenues ces dysfonctionnements ? Dans quel genre de situations vous trouviez-vous ? » demanda-t-il en se redressant.
- « Et bien... la première fois j'étais entourée de Gytrashs... puis un Botruc... et des Acromentules... » dis-je en réduisant de plus en plus le volume de ma voix...
- « Des moments de détresse donc. » conclut-il sans me demander plus de détails sur le pourquoi du comment... et je l'en remerciai grandement ! « C'est une hypothèse comme une autre, mais peut-être qu'elle vous juge trop douce et a pris le dessus pour être sûre de vous protéger... »
- « Me protéger ? En me faisant tuer des gens et des animaux ? » m'exclamai-je incrédule.
- « Le lien entre vous doit être fort... » grogna-t-il. « Une autre baguette se serait contentée de vous laisser en plan. Votre peur est certainement la seule chose qui vous sépare. » ajouta-t-il en s'éloignant une fois de plus. « Tâchez de vous mettre d'accord... je vous laisse vingt minutes, après ça vous lancerez votre sort. » annonça-t-il en montant les escaliers qui menaient à son bureau, me laissant ainsi seule avec ma baguette dans la salle de classe déserte.
'ooookkkkk... et je la convainc comment ?' me dis-je en regardant la baguette dans ma main. Je devais lui montrer que je savais me défendre... mais comment et surtout : de quoi ?
'Réfléchissons qu'est-ce qui me fait le plus peur au monde ?' me demandai-je en m'appuyant au bureau. Pendant pas loin de dix minutes, je repassais toutes les choses effrayantes que j'avais rencontré, mais aucune ne pouvait être présente ici ! Pas dans les dix minutes qu'il me restait ! 'À moins que-'
Je me précipitai en haut des marches et ouvris la porte du bureau à la volée.
- « Professeur ! Est-ce que vous auriez un Épouventard ici ?! » demandai-je tout en tenant le vieux rideau noir sur le côté.
- « Troisième tiroir de la quatrième fenêtre en sortant... » dit-il avec une once de perplexité.
- « Merci ! » dis-je en sortant aussi vite que j'étais venue. Je me dirigeai vers le tiroir en question et, comme de juste il tremblait.
L'excitation du moment avait laissé place à un stress grandissant et je me défis de ma robe de sorcier car je commençai sérieusement à étouffer dedans. Je sortis ma baguette et me rendis compte que je tremblais.
'C'est rien, ce sera une pierre tombale, comme la dernière fois... tout ira bien' me répétai-je en respirant profondément.
Allez, Alohomora
Accio tiroir
murmurai-je en pointant ma baguette dans la direction du meuble il s'ouvrit d'un coup... J'attendais et, après quelques secondes, un nuage de fumée noire s'en échappa. L'Épouventard me jaugeait sans doute... il devait chercher la chose que je redoutais le plus au monde...
Quelques secondes passèrent et quand je commençai à croire qu'il était mort... un murmure s'éleva...
-is
Endoloris
À ce moment là, mon sang se glaça et je sentis mes mains devenir moites le nuage noir informe s'était élevé et, en un instant, un masque noir aux traits étranges apparu.
Une longue silhouette noire et filiforme se tenait à présent devant moi et, lentement, avançait vers moi : je reculai d'un pas ma baguette toujours pointée devant moi.
Endolorisss
vociféra-t-elle une fois de plus et, dans mon esprit revinrent les sensations de mes os qui se disloquaient, mes cris se mêlant à ceux de ma grand-mère et les rires aigrelets des ombre noires qui nous avaient attaquées.
Ma main tremblait et la peau de ma lèvre inférieure commençait à se déchirer lentement sous mes dents la silhouette leva sa baguette vers moi.
Je devais garder mon sang froid... je devais me calmer... me calmer... 'calme' murmurai-je en fermant les yeux. 'C'est du passé. Ces types ont fui cette nuit là... ils ont fui devant cet éclair de lumière verte...' me dis-je avant de rouvrir les yeux.
Morsmordre
- « Riddikulus ! » prononçai-je en me focalisant sur cet éclair vert et la silhouette qui l'avait succédé. Soudain, la chose se contorsionna et, en une fraction de seconde, la chose se transforma en un casse-noisette.
Wingardum Leviosa
murmurai-je avant de guider le petit objet de bois dans son tiroir puis le refermai.
Je sentais encore la sueur sur mon front et mon cœur battre la chamade, mais pour la première fois depuis longtemps, j'eus à nouveau la sensation de pouvoir affronter tout et n'importe quoi... le sentiment que, cette baguette en main, rien ni personne ne pourrait m'arrêter...
Un vague sourire sembla s'étirer sur mes lèvres et, au moment où j'allai refermer le tiroir à clef, elle tourna toute seule je me retournai immédiatement juste à temps pour voir le professeur Maugrey ranger sa propre baguette.
- « Allez, en piste. » grogna-t-il en montrant le sol devant lui d'un coup de tête je m'avançai jusqu'à l'endroit désigné.
- « Vous êtes sûr de vouloir essayer ? » demandai-je les bras le long de mon corps, ma baguette fermement calée entre mes doigts. J'avais entendu les autres parler de la sorcière qui avait pensé que c'était une bonne idée de crier 'Bouh !' dans son dos le premier avril... je savais comment ça avait fini... et je savais aussi que sa paranoïa ne connaissait pas de limites... alors pourquoi me laisser lancer un sort sur lui... ?
- « Ce sera à vous d'arrêter le sort... » répondit-il en en ignorant totalement ma question. « et si vous ne réussissez pas j'enlèverais des points à Poufsouffle. » ajouta-t-il je restai interdite... et sans doute avais-je tiré une tête hilarante car il ne put retenir un petit ricanement.
- « C'est ça ! Moquez-vous... » maugréai-je en levant ma baguette vers lui.
Assurdito !
Prononçai-je en espérant de tout mon cœur ne pas me planter ça faisait vraiment longtemps que je n'avais pas utilisé ce sort... mais le petit vortex dont je pensais me souvenir apparu et, à première vue, rien de dommageable n'était arrivé...
- « Vous m'entendez ? » demandai-je en abaissant ma baguette rapidement.
- « Parfaitement » répondit-il après quelques secondes après mon sourire tomba.
- « Vous n'entendez pas de grésillement ? » demandai-je d'un ton déconfit.
- « Aucun... » répondit-il une fois encore, avec un battement de quelques secondes je fronçai les sourcils. Ce n'était pas normal.
- « Je vais le relancer alors » avais-je articulé sans qu'aucun son ne sorte de ma bouche.
- « Très bien... » dit-il et, pour la première fois, je me rendis compte que son œil magique avait rapidement regardé plus bas que mes yeux...
- « Hey ! Vous lisiez sur mes lèvres ! » m'offusquai-je en plantant mes poings sur mes hanches son visage se contorsionna en une chose que je n'aurai en temps normal pas associé à un sourire.
- « Vous êtes vive d'esprit c'est bien. » dit-il en jetant un Finite Incantatem sur sa propre personne, puis claudiqua jusqu'au bureau où il ouvrit l'un des bocaux. Soudain, il pivota sur lui-même et un éclair de lumière traversa la pièce jusqu'à moi.
Protego horribilis !
Pensai-je en tentant de dévier le sort j'y parvins mais d'autres arrivèrent à toute vitesse sur moi et, au bout du quatrième, je perdis le contrôle et me réfugiai derrière un bureau.
Periculum
pensai-je en projetant, de ma baguette, une nuée d'étincelles rouges vif. Je voulus alors en profiter pour jeter un autre sort mais, au moment où je me tournai-
Je fus frappée de plein fouet et, les yeux dans le flou... je me sentis glisser au sol avant que ma vision ne vire au noir complet.
Je ne savais pas depuis combien de temps j'étais assise contre cette table, mais quand mes yeux se rouvrirent, la première chose que je vis, était le professeur en train de ranger des affaires dans son bureau. À tâtons, je cherchai le bord du bureau contre lequel j'étais adossée et me relevai péniblement. Je voulus le rejoindre et le plancher grinça sous moi et je vis sa tête tourner légèrement mais son expression semblait... agacée... ?
Je ne savais pas vraiment quoi dire... est-ce que je l'avais déçu ? Est-ce qu'il espérait que je tiendrais plus longtemps dans un duel ? Est-ce qu'il regrettait de m'avoir trop montée la tête...
Il m'avait dit que j'avais du potentiel... mais au final, je n'avais été capable que de lancer un Assurdito basique... et me protéger de quelques maléfices... mais quelque chose me disait que ce n'était pas suffisant...
- « Vous vous laissez submerger bien trop facilement. » grogna-t-il sans se retourner je regardai le plancher en rentrant de plus en plus ma tête entre mes épaules, mes mains jointes au bout de mes bras pendants.
- « Désolée... » murmurai-je sans oser lever les yeux.
- « Vos mouvements sont lents et que pensiez-vous faire avec vos étincelles ? » demanda-t-il d'un ton un peu rêche.
- « J-j'avais pensé créer une div- » commençai-je avant de me rappeler d'une chose son œil était magique et pouvait certainement voir à travers des portes... donc des étincelles... je serrais un peu plus mes mains.
- « Oui, ça aurait pu marcher, mais pas sur moi. » dit-il en se tournant finalement vers moi son visage étrangement dénué de colère. « Il ne faut pas toujours jouer les mêmes cartes ! Votre adversaire ne sera pas toujours le même et certains ne compterons pas sur leur vision ! » expliqua-t-il en poussant sa crinière grise en arrière. « Vous devez apprendre à vous adapter ! Observer, trouver les faiblesses de l'adversaire, les exploiter et frapper fort ! »
Je me sentis soudain stupide mais, je savais très bien que sa jambe était un inconvénient majeur pour lui... et sans doute pouvais l'aveugler avec un sort plus puissant... Mais pourquoi n'y avais-je pas pensé à ce moment là ? Pourquoi avais-je laissé passer une telle opportunité de lui prouver que je pouvais faire quelque chose correctement... ?
- « Survivre à une créature qu'on a déjà étudié n'est pas la même chose que de se défendre face à un sorcier... je suppose que vous n'avez jamais pratiquer l'art du duel magique... » dit-il bien plus doucement.
- « Non, monsieur... » murmurai-je en serrant un peu plus ma baguette.
Soudain, un poids se posa sur mon épaule et dans un sursaut, je laissai timidement mes yeux regarder vers son visage.
- « On va remédier ça. » dit-il en me secouant doucement par l'épaule je relevai les yeux vers lui légèrement surprise. Alors il n'allait pas me dire de partir ? Je sentis un sourire stupide s'étirer malgré moi sur mes lèvres...
- « Je ferais de mon mieux. » dis-je précipitamment d'un ton enjoué. À ça, il me donna trois tapes sur l'épaule avant de s'en aller vers la porte puis l'ouvris.
- « Allez, les autres doivent déjà être entrain de dîner. » dit-il en tenant la porte ouverte. Mes yeux s'écarquillèrent le ciel dehors était déjà sombre. 'J'ai vraiment était inconsciente pendant si longtemps ?' me demandai-je en récupérant mon sac.
Je passai la porte et me dirigeai vers la Grande Salle quand un tissu vert entra dans mon champ de vision.
- « Mademoiselle Smithen. » appela la voix de McGonagall.
- « Professeur ? » demandai-je en me tournant vers elle, un sourire encore ancré sur mon visage.
- « Je tiens à vous présenter mes condoléances. » dit-elle après que son expression de surprise se soit dissipée la mienne fit de même. « Et vous annonce que le professeur Rogue vous accompagnera à l'enterrement... dimanche à quinze heures trente devant le portail du parc. » ajouta-t-elle si j'avais été un chat, j'aurais déjà les oreilles plaquées en arrière... Rogue allait venir ?! Juste pour m'y amener et revenir, hein ?
Aucune de nous deux ne bougea et, au bout d'un moment, sa main sembla vouloir se lever, mais elle ne fit que les joindre devant elle.
- « Soyez forte. » me dit-elle en passant à côté de moi, me laissant dans le Hall, complètement ahurie... qu'est-ce qu'elle venait de me dire ?
Je la suivis du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse derrière les lourdes portes de la Grande Salle mes sourcils se froncèrent. 'Soyez courageuse, hein ?' me dis-je en repensant à toutes les fois où j'aurais eu besoin de ses paroles là... mais qu'aucun de ces tocards ne m'avait montré la moindre sympathie... c'était d'ailleurs elle qui n'avait pas arrêter de dire à Dumbledore que je ne devais pas rester ici... que je n'avais pas ma place là...
Je ricanai 'forte, je le deviendrais.' me dis-je en passant la grande porte Maugrey était déjà avec les autres professeurs. 'Oui, je le serais.' me promis-je en m'asseyant.
Le surlendemain, je restai dans l'entrepôt qui me paraissait de plus en plus vide à mesure que les heures passaient... J'avais décidé de m'entraîner, de lancer autant de sorts que possible... mais à chaque fois que mon regard se posait sur mon vieux pull ou sur le Nimbus inachevé... j'avais comme un moment de latence... comme si je n'étais plus là...
- « Ça ne sert à rien ! » vociférai-je en abaissant ma baguette... mais je ne pouvais pas rester assise là à me morfondre, ça ne ferait que me consumer... Je décidai de sortir et, quand j'arrivai devant le Lac j'eus une profonde envie de courir... et c'est ce que je fis...
Chemise attachée à mes hanches, en débardeur et en jupe, je fis le tour complet du Lac et, ,pour toute la durée de cette course, je ne pensai à rien... rien si ce n'est à mettre un pied devant l'autre, éviter les branches, les racines, les pierres... et, quand j'arrivai devant la falaise qui supportait le château, je m'arrêtai... en sueur, fatiguée, le souffle court, les jambes tremblantes, mais l'esprit calmé et vidé...
Mon regard dériva alors vers ma montre quatorze heures... j'avais encore le temps de me changer... Je me dépêchai de retourner dans le l'entrepôt, utilisai un sortilège d'Aquamenti pour me laver puis enfilai des habits moldus faire apparaître suffisamment d'eau dans la bassine m'avait pris beaucoup de temps... mais c'était un bon entraînement...
à quinze heures pile, je sortis de mon sanctuaire et me dirigeai vers le portail au fond du parc...
Je savais que j'avais pas loin de quinze minutes d'avance... mais apparemment, Rogue en avait aussi.
- « Je vais finir par croire que vous ne pouvais plus vous passer de moi... » ricanai-je en voyant l'expression de dégoût de Rogue.
- « Le professeur Dumbledore- »
- « Fait confiance à votre œil aiguisé pour me surveiller je sais. » coupai-je en croisant mes bras sur mon torse. « Et bien ? » Rogue leva un sourcil inquisiteur. « Votre bras. Passez-moi votre bras qu'on en finisse. » dis-je en montrant son bras d'un geste de main.
Sa langue claqua contre son palet et il tendit un bras en ma direction.
- « Vous récurerez les cachots de font en comble, Smithen. » dit-il quand ma main approcha de son bras.
- « Pas de problème. » répondis-je en l'agrippant et, quand nous apparûmes dans une ruelle vide, je lâchai son bras et me mis à marcher vers la rue devant moi des bruits de pas résonnèrent derrière moi et je me retournai.
- « Vous avez peur que j'ai caché des poisons illicites dans le cercueil ? » demandai-je en regardant Rogue se rapprocher.
- « Avec vous, on n'est jamais sûr de rien. » répondit-il simplement en passant à côté de moi. Je soupirai longuement mais le suivi tout de même jusqu'à ce que nous entrions par une autre ruelle peu fréquentée. Au bout de celle-ci, nous trouvâmes une porte de petite taille par laquelle nous passâmes nous étions enfin à l'intérieur de l'église.
Dans le silence, je passai une autre porte qui nous fit déboucher sur la salle principale où seul un homme se trouvait
- « Mademoiselle Smithen, je suppose ? » demanda-t-il en tendant sa main je la serai. « Artemis Fletchley- et vous êtes son tuteur je présume ? » demanda-t-il quand ses yeux arrivèrent enfin à distinguer Rogue dans la pénombre je manquai de m'étouffer.
- « Non, je ne suis là que sur demande de monsieur Dumbledore. » répondit-il avec le même voix traînante qu'à l'accoutumé je remerciai Merlin qu'il n'en soit rien. Rogue en tuteur, non seulement ça aurait été la chose la plus étrange du monde, mais j'aurais encore préféré manger un Scroutts. Toutefois, je constatai que les vêtements de Rogue ne l'avait pas intrigué plus qu'autre chose sans doute était-il un sorcier... ou un Cracmol...
- « J-je vois... » dit le vieil homme en se reculant un peu son crâne échevelé montrait clairement qu'il suait bien plus qu'avant. « Vo- la défunte est dans le cimetière... si vous voulez bien me suivre ? » balbutia-t-il sans vraiment oser regarder dans la direction du professeur. Il partit aussitôt vers une porte dans le fond de l'église et, une fois cette porte passée, nous arrivâmes dans un petit cimetière où un cercueil de bois simple nous attendait il était déjà fermé.
Je regrettais de ne pas avoir pu la voir une dernière fois... de ne pas avoir été à ses côtés... de ne pas l'avoir réconfortée... mais plus que des regrets, je m'en voulais parce que je savais que c'était pour moi qu'elle avait joué à ce concours... que c'était pour moi qu'elle s'était aventurée dans un monde qu'elle ne connaissait que très peu et qui pouvait être aussi beau que dangereux...
En regardant le cercueil de bois sombre, je revoyais encore le lit d'hôpital, les infirmières qui passaient de temps à autres... son visage paisible mais dénué d'expression... comme si elle n'était déjà plus là...
J'aurais voulu avoir la force de pleurer... de ne pas avoir peur que les autres voient mes faiblesses... mais j'avais promis... promis d'être forte... promis de tout faire pour le devenir... Alors je me forçai à sourire... me forçai à effacer les images de cet hôpital, de cette chambre froide et des cris... après tout, n'était-ce pas mieux de garder en tête l'image que j'avais eu d'elle durant le match Irlande/Bulgarie ? Son visage marqué par la joie et l'excitation... les couleurs vives et les acclamations de la foule... c'était à ça que je voulais l'associer... à cette joie, à cette énergie et à toute la douceur qu'elle m'avait donnée...
Oui, sourire c'était la meilleure chose à faire. Deux ou trois psaumes furent récités et, quand Fletchley eu fini, nous sortîmes tous trois nos baguette et, d'un Wingardum Leviosa collectif, nous soulevâmes le cercueil pour le déposer en contrebas, dans le trou creusé à cet effet.
Fletchley reboucha le trou et, quand la pierre tombale fut posée, j'y fis apparaître un bouquet de fleurs.
- « P-peut-être voulez-vous être seule avec la défunte... » balbutia le vieil homme qui devait certainement essayer de faire comprendre à Rogue qu'il devait s'éloigner.
- « Ce ne sera pas la peine. » dis-je en me tournant vers lui. J'aurais dû le faire quand elle était encore là... quand elle pouvait encore me dire si oui ou non j'avais été une bonne petite-fille... pleurer ici et maintenant en demandant pardon pour ne pas avoir réussi à la sauver... c'était stupide et vide de sens.
Sans plus de paroles, nous repartîmes et, après avoir effectivement récuré plus de la moitié de la superficie des cachots, je retournai dans mon entrepôt où je m'affalai sur une caisse. Mes mains étaient raides et fripée à cause de l'eau, mes yeux étaient encore endoloris de la différence de lumière qu'il y avait eu entre les cachots et le parc, mais j'étais au moins trop fatiguée pour penser à mes problèmes je m'endormis rapidement.
