Le week-end arriva bien trop lentement à mon goût et, pour la première fois depuis Lockhart, je sus à quel point c'était difficile de se contrôler quand on n'avait que l'envie de tuer son prof pendant un cours. Enfin, le lundi arriva bien top vite à mon goût et, de plus en plus, les moments où je m'occupai de mes devoirs ou de Barty furent les seuls moments où je pus me calmer... En fait, je ne savais pas trop pourquoi, mais quand je dirigeai mon attention vers lui, j'avais la fâcheuse tendance de ne penser à rien... de faire les choses de façon mécanique.. mais c'était des plus agréables.
Enfin, ma sérénité passagère fut chamboulée une fois de plus par cette satanée Ombrage
LE MINISTÈRE VEUT RÉFORMER L'ÉDUCATION
DOLORES OMBRAGE NOMMÉE GRANDE INQUISITRICE
Dans une initiative inattendue, le ministère de la Magie a publié hier soir un nouveau décret qui lui permettra d'exercer un contrôle sans précédent sur l'école de sorcellerie de Poudlard.
« Depuis un certain temps déjà, les responsables du ministère étaient de plus en plus préoccupés par certains agissements qu'on pouvait observer à Poudlard, nous a déclaré Percy Weasley, le jeune assistant du ministre. Il s'agit aujourd'hui de répondre aux inquiétudes exprimées par des parents alarmés qui sentent que l'école prend une direction qu'on ne saurait approuver. »
Ce n'est pas la première fois, ces dernières semaines, que le ministre, Cornélius Fudge, établit de nouvelles lois pour améliorer le fonctionnement de l'école de sorcellerie. Déjà, le 30 août dernier, le décret d'éducation numéro vingt-deux établissait que, dans le cas où l'actuel directeur ne serait pas en mesure de proposer un candidat à un poste d'enseignant, le ministère serait chargé de choisir lui-même la personne qualifiée.
« C'est ainsi que Dolores Ombrage a pu être nommée professeur à Poudlard, indique Weasley. Dumbledore était incapable de trouver quelqu'un. Le ministre a donc choisi Ombrage qui, bien entendu, a remporté un succès immédiat. Elle a en effet totalement révolutionné l'enseignement de la défense contre les forces du Mal et a pu fournir au ministre des informations recueillies sur le terrain à propos de ce qui se passe réellement dans l'école. »
C'est cette dernière fonction que le ministère a désormais officialisée grâce au décret d'éducation numéro vingt-trois qui crée à Poudlard le poste de Grand Inquisiteur – en l'occurrence de Grande Inquisitrice.
« Il s'agit d'une nouvelle étape passionnante dans le projet du ministère de traiter concrètement le problème de ce que certains appellent la « baisse de niveau » à Poudlard, souligne Weasley. L'inquisitrice aura le pouvoir d'inspecter ses collègues enseignants et de veiller ainsi à ce qu'ils se montrent à la hauteur de leur tâche. Le professeur Ombrage s'est vu offrir ce poste en plus de celui d'enseignante et nous avons le très grand plaisir de vous annoncer qu'elle a accepté d'en assumer les responsabilités. »
Ces nouvelles initiatives ont reçu le soutien enthousiaste des parents d'élèves de Poudlard.
« Je me sens beaucoup plus tranquille, maintenant que je sais que Dumbledore est soumis à une évaluation juste et objective de la façon dont il exerce ses fonctions, nous a ainsi déclaré Lucius Malefoy, quarante et un ans, que nous avons pu joindre hier dans son manoir du Wiltshire. Nombre de parents d'élèves soucieux des intérêts de leurs enfants se sont inquiétés de certaines décisions excentriques de Dumbledore au cours de ces dernières années. Aujourd'hui, nous sommes heureux de savoir que le ministère surveille la situation de près. »
Parmi ces décisions excentriques, on rappellera diverses nominations dont nous avons déjà fait état dans ces colonnes, notamment celles du loup-garou Remus Lupin, du demi-géant Rubeus Hagrid et de l'ex-Auror paranoïaque Maugrey « Fol Œil ».
Les rumeurs ne manquent pas, bien sûr, pour affirmer qu'Albus Dumbledore, autrefois manitou suprême de la Confédération internationale des sorciers et président-sorcier du Magenmagot, n'est plus en état de diriger la prestigieuse école de Poudlard. « Je pense que la nomination de l'inquisitrice est un premier pas pour garantir à l'avenir que Poudlard sera dirigé par quelqu'un en qui nous pourrons avoir toute confiance », nous a déclaré hier soir un membre du ministère. Deux juges du Magenmagot, Griselda Marchebank et Tiberius Ogden, ont démissionné pour protester contre la création du poste de Grand Inquisiteur à Poudlard.
« Poudlard est une école, pas un poste avancé du cabinet de Cornélius Fudge, affirme Mrs Marchebank. Il s'agit une fois de plus d'une tentative abjecte de discréditer Dumbledore. »
(Pour plus de détails concernant les liens présumés de Mrs Marchebank avec des groupes subversifs de gobelins, voir page 17.)
- « Voilà qui est bien impartiale comme décision... » grognai-je en observant avec dégoût le visage souriant d'Ombrage sur la première page.
- « Excusez-moi. » dit soudainement une petite voix à ma gauche le gamin du dortoir. « E-est-ce que je pourrais.. euh... lire l'article après vous ? » demanda-t-il visiblement nerveux. Je jetai un coup d'œil au gamin, puis à l'article avant de fermer les yeux et lui passer ce véritable torchon. Certes Skeeter n'était plus là, mais elle au moins n'avait jamais été ne serait-ce que proche de tenir les rênes du gouvernement.
- « Je te le laisse bonne lecture. » maugréai-je en sortant de table. Si cette bonne femme avait maintenant presque autant de pouvoir sur les enseignants et l'école que Dumbledore, alors il ne faudrait pas longtemps au Ministère pour la faire asseoir derrière le bureau de directrice... Mais pour discréditer Dumbledore au point de le faire quitter l'école en le démettant de ses fonctions, il faudrait bien plus qu'une interview du père Malefoy.
Ce jour là ce passa sans trop d'accroc, malgré les éclairs qui semblaient fendre l'air chaque fois que mon regard croisait celui d'Ombrage. Je n'avais pas racheté de livre et refusai d'ouvrir celui qu'elle avait posé sur ma table je resterai peut-être polie et calme, mais je n'avais aucune raison de me torturer l'esprit avec des stratégies minables et dépassée quand je pouvais fixer les traits gravés dans le bois de mon bureau et essayant de voir si je parvenais, de mémoire, à me réexpliquer mon cours d'histoire de la magie ou encore à me citer les différentes possibilités d'utilisation des pierres de lune dans la confection de potions.
Un des seuls point positif de la journée en cours, fut d'ailleurs le cours de potion. Rogue nous avait rendu nos devoir, soi-disant noté comme au jours des BUSEs, mais, avoir un E avec lui, annonçai un O assuré le jour de l'épreuve. La leçon d'aujourd'hui traita donc de la solution de force qui, à terme, devait avoir une belle couleur turquoise.
- « Alors les cours ? » demanda la voix d'un des Jumeaux quand je remontai des cachots.
- « Un E. » répondis-je en me calant sur leur rythme, ils étaient accompagné d'un autre garçon Jordan je crois...
- « Effort Exceptionnel ? T'es finalement retournée au cours d'Ombrage sans lui jeter de sort, alors. » rit Fred en me donnant une tape sur l'épaule je souris, la blague n'était pas si mal.
- « Enfin, t'as déjà eu un cours d'inspecté ? » demanda George.
- « Non, vous ? »
- « Ouais, Enchantement elle était dans un coin à griffonner sur un carnet... mais bon, tu connais Flitwick, pour lui c'était une invitée.
- « Et elle a posé des questions ? »
- « Quelques unes dont à Alicia... elle voulait savoir ce qu'elle pensait des cours en général. » dit Fred d'un ton dégagé.
- « Et elle lui a répondu qu'ils étaient tous très intéressants. » ajouta Jordan en arrivant devant la porte de la Grande Salle.
- « Bon, allez salut. » dis-je en me séparant d'eux pour retrouver un repas consistant. Plus tard dans la soirée, après avoir fait manger Barty puis fini tous mes devoirs, je fis le fis marcher dans ton l'entrepôt pendant une bonne trentaines de minutes avant de le préparer pour aller au lit.
Le lendemain, j'eus vent des agissements les plus récents d'Ombrage. Apparemment, elle avait mené à bien deux inspection rien que le mardi, dont une chez Gobe-Planche et l'autre chez cette bonne vieille McGonagall... et à en juger par son expression et son caractère habituel, elle n'avait pas dû se laisser marcher sur les pieds... pas comme Trelawney qui, bien que je ne la portais pas dans mon cœur, me fit un peu de peine.
La fin de semaine arriva à une lenteur ahurissante et, pour le cours de potions, nous eûmes droit à la réédition de la solution de force.
- « Bien. » dit Rogue en ignorant totalement les petites toussotements ridicules d'Ombrage. « étant donné l'incapacité de certains a préparer une solution de force qui vous permettrait d'atteindre une note supérieur à 'Troll' à leur BUSE, je me vois dans l'obligation de vous faire refaire cette préparation. Ceux qui n'y parviendront pas, écoperons d'un zéro, ainsi que quinze points de moins pour leur maison. » dit-il en croisant les pans de sa cape sur son torse. Sa lèvre supérieur se leva peu après à la manière d'un chien prêt à mordre. « Chacun. » ajouta-t-il d'un ton sinistre beaucoup semblèrent disparaître derrière leur chaudron.
Confiante, je sortis le morceau de parchemin sur lequel j'avais mis les indications de la dernière fois, et me mis au travail. Tout ce passa plutôt bien, sauf quand Rogue passa dans les rangs et arriva au niveau d'une élève particulièrement stressée. Celle-ci était en train de vérifier les étiquettes sur un bocal d'ongle de Griffon quand un grondement sourd résonna.
Elle avait alors dû laisser tomber le bocal entier dans le chaudron car, à ce moment là, je vis le liquide déborder et, avant qu'elle ne se reçoive tout sur la tête, je tirai ma baguette de ma poche.
Glacius !
Pensai-je en pointant ma baguette vers la masse informe de liquide rougeâtre le tout se figea immédiatement. Comme mon cerveau quand Rogue enleva cinquante points à Poufsouffle mais bon, d'un côté je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir je savais parfaitement qu'il ne fallait pas lancer de sort pendant le cours... enfin bon au moins ça lui avait permis de garder un antidote pour la prochaine fois.
Le lundi seize, vers seize heures quarante-cinq, je me rendis dans le bureau d'Ombrage au troisième étage et toquai à la porte.
- « Entrez. » dit-elle peu après d'un ton mielleux. J'ouvris alors la porte et, à ce moment, je sentis mon cœur s'arrêter les longs rideaux foncés, les objets étranges et merveilleux, la Glace à l'ennemi et tout ce qui rendait cette pièce passionnante... mais à présent, cette mine d'or s'était transformée en un camaïeu de rose accommodé de dentelles. Il y avait des vases de fleurs séchées sur des napperons dégoulinants de dentelles et broderies, un collection d'assiette représentant des chatons qui engloutissait la totalité du mur.
- « Bonsoir Mademoiselle Smithen. » dit-elle soudainement. Ça ne me fis pas reprendre mes esprits à proprement parlé, car j'avais déjà l'impression que cette ambiance venait de me les voler.
- « Bonsoir. » dis-je simplement m'efforçant de rester calme.
- « Je pense ne pas avoir bien entendu. » dit-elle soudainement, sa voix plus fluette qu'à l'accoutumé.
- « Bonsoir, Professeur Ombrage. » dis-je d'une voix mielleuse.
- « Bien, je vois que vous pouvez être bien élevée quand vous vous donnez du mal. Allez, asseyez vous. » dit-elle en me montrant une petite table encombrée de dentelles devant laquelle elle avait placé une chaise à dossier droit. Un morceau de parchemin m'y attendait déjà.
À cet instant, je ne sus pas exactement quelle force me permis de ne pas dégainer ma baguette et lui faire subir le sortilège Doloris, mais je parvins, malgré mes mains tremblantes et ma mâchoire crispée, à me refréner. Seule ma langue passa furieusement sur mes lèvres elle ne l'emporterait pas sur le long terme.
Lui tournant le dos, je posai mon sac et m'assis sur la chaise.
- « Non, Mademoiselle Smithen, vous prendrez une de mes plumes personnelle. » dit-elle en posant à côté du parchemin une plume noire, longue et mince dont la pointe faisait penser à la lame d'un dard de Billywig. « à présent, je veux que vous écriviez : ''Je dois le respect à mon professeur'' dit-elle en penchant sa tête blafarde au dessus de mon épaule.
- « Combien de fois ? » demandai-je en me penchant sur le côté tout pour ne pas sentir son parfum affreux. Elle se lavait avec ?!
- « Oh. » dit-elle en se redressant. « Autant de fois pour que cela reste gravé dans votre mémoire. » répondit-elle avec une étrange impression d'allégresse dans la voix. 'Gravé ?' me demandai-je en jetant un coup d'œil à la plume.
Prenant la plume, je me rendis compte que quelque chose manquait et me baissai donc une fois de plus pour chercher mon encrier.
- « Je crois vous avoir dis d'utiliser uniquement cette plume, Mademoiselle Smithen ! » pointa-t-elle.
- « Je ne fais que chercher mon encrier- »
Ses sourcils se levèrent l'espace d'un instant et, juste après, une expression se rapprochant de celle de Peeves avant qu'une Bombabouse ne tombe en plein sur Rusard, se dessina sur son visage.
- « Vous n'en aurez pas besoin. » dit-elle en prenant un liasse de parchemins qui étaient sur son bureau. Je levai un sourcil, mais retournai au parchemin. Là, j'appuyai la pointe mais, quand elle atteignit le parchemin, je remarquai qu'un grain aggloméré de quelque chose venait de se briser.
Les sourcils froncés, j'observai la pointe de la plume, mais n'y trouvai rien. Je me concentrai alors sur l'espèce de poussière marron foncé qui était sur le parchemin.
Du bout du doigt, j'en pris un peu, le regardai, le sentis et, après l'avoir écrasé entre mon pouce et indexe, je le goûtai mes yeux s'écarquillèrent. Du sang ?!
- « Je ne vous entend pas écrire. » dit soudainement la voix enfantine d'Ombrage.
- « Je crois, Professeur, que vous avez oublié de nettoyer la lame de votre plume. » dis-je en restant dos à elle.
- « La lame de ma plume ? » se moqua-t-elle.
- « Oui il y a encore le sang de Potter dessus. » pointai-je en me tournant vers elle. « Encore une fois, je ne suis pas experte en Magie noire, mais je dirais que vous n'êtes pas exactement dans les clous, regardant la loi. » pointai-je avec une joie mauvaise.
- « Enfin, je ne vois pas du tout de quoi vous parl- »
- « Vous êtes une piètre menteuse. » dis-je en prenant la plume entre mes doigts. « Je me demande d'ailleurs, ce que ce cher ministre penserait de vos méthodes ? »
À ce moment, elle fut secouée d'un petit rire aiguë pas exactement ce à quoi je m'attendais, mais je fis de mon mieux pour ne pas le lui montrer.
- « Ma chère enfant, » commença-t-elle en s'approchant de moi avant de se pencher en avant, ses mains jointes. « pensez-vous réellement que le ministère prendra en compte les divagations d'une jeune fille qui a passé un an sous l'aile d'un fou ? » demanda Ombrage en penchant sa tête légèrement sur le côté mon sourire s'effaça.
- « ''Je dois le respect à mon professeur'', c'est bien ça ? » demandai-je en me retournant.
- « C'est exact. » dit-elle, d'un ton triomphant. Je me mis alors à écrire sur le parchemin la même phrase encore et encore jusqu'à ce que ma main soit baignée de mon sang.
Trente minutes plus tard, quand le parchemin fut trop engorgé pour empêcher mon sang de tomber et que ma vision commença à vaciller, elle me demanda de me lever et de venir à elle je le fis, le sourire toujours aux lèvres.
- « Donnez-moi votre main. » dit-elle en tendant la sienne je le fis.
Baf
Ma tête partis sur le côté, mais mon sourire resta intact.
- « Qu'est-ce que cela ?! » s'exclama-t-elle en me tenant la main plus fermement, ses yeux ronds.
- « Eh bien ? » m'étonnai-je en relevant les yeux vers elle. « ''Je dois le respect à mon professeur'', non ? » demandai-je en souriant. « Vous ne m'avez pas précisée lequel. » pointai-je en relisant les mots qui étaient à présent gravés dans ma chair.
Je dois le respect à Barty Croupton jr.
- « Vous n'avez rien contre moi. » ris-je en la regardant dans les yeux mais ils se plissèrent soudain, comme si elle venait d'avoir une idée.
- « Bien au contraire, » dit-elle en me lâchant la main, un sourire plastré sur son visage. « j'ai une école entière contre vous. »
Mes lèvres se tordirent en une grimace avant que mes dents ne se montrent sous un sourire en coin.
- « Essayez. » dis-je en attirant mon sac vers moi. La main pendante, j'ouvris la porte et sortis dans le couloir sombre.
- « Ce ne sera pas la peine de revenir dans mon bureau. » dit-elle avant que la porte ne se referme totalement sur la seule source de lumière. Mais après tout ça, le frais des couloirs et l'obscurité silencieuse, je me sentis comme apaisée.
Seule, marchant dans les couloirs, les dédales ou les passages étroits, j'arrivai d'un pas rythmé à l'entrepôt. La roche écartée, j'entrai et scellai l'entrée.
Soudain, je sentis quelque chose... je me rendis compte de quelque chose 'Elle va s'en prendre aux autres ?!' murmurai-je en plaquant ma main devant ma bouche. Une école entière contre moi... Allait-elle reproduire ce qui s'était produit lors de ma troisième année ? Allait-elle essayer de me faire passer pour une Née-Moldu tellement désespérée qu'elle serait capable de s'allier avec des Mangemorts et embrasser leur cause ?!
C'était absurde ! Une Née-Moldu dont la grand-mère avait été tuée par des Mangemorts... personne ne pourrait faire cr- Mais encore une fois, ils avaient réussi à faire croire à la folie de Potter, la sénilité de Dumbledore...
- « Et Rogue qui a pris sur lui pour me prévenir... » grognai-je en agrippant mon bras. « Je suis trop bête ! » pleurai-je en avançant vers mon lit, puis m'y assis. « Tu aurais fait quoi à ma place, hein ? » murmurai-je en me tournant vers Barty. Une mèche couleur paille séparait son visage en deux alors, d'un main, je la chassai avant de lentement refermer ses yeux.
Lentement, j'enlevai mon uniforme, me changeai et, après avoir enfilé mon pyjama, je poussai Barty doucement et m'allongeai sur le dos, tout au bord du lit. Le feu éternel crépitai et la respiration sifflante à côté de moi étaient à présent les seuls bruits dans la pièce... et, bizarrement, là où avoir été agrippée par lui en fin d'année et maintenant... en train de dormir juste à côté... je me sentis... à mon aise... comme calmée...
Je tournai la tête vers lui et, sortant du coussin, je vis la lueur des flammes passer sur ses innombrables taches de rousseurs et rides naissantes composant alors l'essentiel de son visage impassible. Je revoyais encore son expression de dément, ses yeux bruns exorbités et ses cheveux en bataille, collés à son front par la transpiration...
Je détournai alors le regard vers le plafond, me remémorant à quoi le bureau ressemblait, l'odeur du bois dans la cheminée, du thé et des sisymbres séchées... la joie quand il reconnaissait mon travail, la fierté lorsqu'il me posait des questions sur les balais... Mais à présent, tout ça était terminé... je fermai les yeux en soupirant.
« Qu'est-ce que vous cherchiez à faire avec ça ? Qu'est-ce que vous comptiez prouver ? »
« Prenez vos responsabilités et levez la tête ! »
À ce moment, un autre sourire s'étala sur mon visage et un sentiment de chaleur envahit ma poitrine. Soudain, un ronflement sonore résonna juste à côté de moi surprise, je sursautai et tombai du lit. Les yeux ronds, je restai là un moment, essayant de comprendre ce qui venait de se passer. Mon regard se dirigea sur Barty qui, la bouche ouverte, ronflait gaiement je ne pus m'empêcher de rire.
Quand mon rire se calma, je retournai sous la couette, fermai sa bouche en poussant son menton vers le haut.
- « Merci. » murmurai-je avant de me tourner vers l'extérieur du lit et fermer les yeux.
Le reste de la semaine passa encore plus lentement que la précédente, mais, une chose intéressante arriva jusqu'à moi. Apparemment, Granger passait d'élève en élève pour savoir qui serait intéressé par de vrais cours de Défense contre les forces du mal... Elle avait également prévu, lors de la sortie à Pré-au-Lard, de faire se réunir les intéressés à la Tête de Sanglier... mais je ne savais pas vraiment si je pouvais m'y montrer... En effet, le pub était mal fréquenté malgré le fait qu'il soit possible pour les élèves d'y aller... mais ce qui m'inquiétait vraiment, était l'éventualité que Ombrage soit là-bas... et si elle me voyait en compagnie des autres, elle ne se gênerait pas pour se faire la main sur eux...
Mais depuis quand avais-je peur d'une simple bonne femme ?! Je prononçais le nom de Voldemort sans ciller, avais volé une baguette magique dans une taverne et invoqué à de multiples reprises la Marque des Ténèbres... j'avais survécu aux Acromentules, à un Feudeymon, aux Mangemorts...
J'irais là bas, même s'il fallait pour cela que je sois déguisée en Murlap !
Un peu moins de trois semaines passèrent entre le jour de ma retenue, et la date de la première sortie à Pré-au-lard. Heureusement, en fouillant un peu dans les vieilles armoires des classes inutilisées, je trouvai une robe noire un peu longue pour moi ainsi qu'un voile tout aussi épais et sombre.
Le matin donc, avant tout le monde, je me levai, préparai Barty, lui donnai à manger, fourrai mon voile et robe fans un sac et, avec mon autorisation de sortie signée de la main de mon tuteur, je me rendis devant Rusard. En quelques secondes, je fus libre de me rendre dans le hameau et, enfilai la robe trop longue par dessus mon uniforme avant de m'entourer du voile et ranger ma robe de sorcier habituelle dans mon sac.
Déguisée, je me dirigeai vers le pub. Il était presque à la sortie de Pré-au-lard. De petite taille, avec une enseigne en bois représentant une tête de sanglier tranchée, imbibant le linge blanc sur laquelle elle était posée. D'un pas de sénateur, je m'en approchai et, sans hésiter, je poussai la porte avant d'entrer.
Ça sentait fortement l'étable là dedans et l'état de l'intérieur ne fit que me conforter dans l'idée que la femme de ménage avait dû se casser les deux bras. Néanmoins, j'avançai vers le bar sous le regard de quelques personnes avinées qui, comme moi, ne voulaient apparemment pas montrer leur visage.
- « Veut quoi ? » grogna-t-il en essuyant un verre avec un torchon sale.
- « Une Bièraubeurre. » répondis-je sèchement en essayant de rendre ma voix plus aiguë. Le barman tendis alors la main sous le comptoir et en tira une bouteille crasseuse qu'il posa sans grâce devant moi.
- « Deux Mornilles. » annonça-t-il. Fouillant sous mon voile, je sortis le porte monnaie de Skeeter et en prélevai deux pièces d'argent que je posai à plat sur le comptoir avant de partir vers la cheminer. Je m'assis alors sur la chaise et attendis patiemment que la réunion commence.
Environ quinze minutes plus tard, j'entendis la porte s'ouvrir et et vis le trio avancer d'un pas hésitant dans la salle. Les pauvres chéris regardaient tout autour d'eux n'étaient ils donc jamais venus ici ? N'avaient-ils donc jamais été faire un tour dans l'Allée des Embrumes ?
Cependant, le sourire que cette pensée avait accroché à mon visage, se dissipa lorsque je remarquai les regards qu'ils me lançaient tous les trois.
- « Tu ne crois pas qu'Ombrage pourrait se cacher là-dessous ? » entendis-je Potter dire je fronçai les sourcils... ça en devenait insultant !
- « Ombrage est plus petite que cette femme, » entendis-je avant que le niveau de vois de Granger ne baisse encore.
- « Non. » répondit soudainement Potter d'un ton sec. « Surtout qu'il ne s'agit pas vraiment de devoirs. »
Quelques secondes plus tard, ils commandèrent une Bièraubeurre chacun et allèrent s'asseoir à une table qui devait être à à peu près cinq mètres de moi heureusement que le pub était petit.
Les minutes passèrent et, quand Granger regarda sa montre, une raie de lumière divisa la salle à travers l'épais nuage de poussière, mais il fut bientôt caché par une foule compacte et à en croire l'expression du barman, il n'avait jamais vu autant de monde dans son pub.
Dans l'ordre, il y eut Longdubas, Dean Thomas, les sœurs Patil ainsi que la fille qui avait accompagné Cédric au bal. S'en suivirent d'autres Gryffondors, dont Johnson, Bell, Spinnet, les frères Crivey et encore d'autres dont je ne connaissais pas la nom... pour faire court, ils étaient vingt-cinq après l'arrivée des Jumeaux et Jordan.
- « Deux ou trois personnes ? » dit Potter d'une voix rauque en s'adressant à Granger. « Deux ou trois personnes ? »
- « Bonjour. » dit Fred qui fut le premier arrivé au bar. Il se tourna alors et compta rapidement ceux qui étaient arrivés. « Nous voudrions… vingt-cinq Bièraubeurres, s'il vous plaît. »
Le barman jeta alors son torchon sale sur son épaule et, pendant qu'il faisait passer les Bièraubeurres sur le comptoir, Fred les faisait passer à tous.
- « Merci. » dit Fred en les distribuant. « Allongez la monnaie, s'il vous plaît, je n'ai pas assez d'or pour payer tout ça… » Tous se mirent alors à fouiller leurs poches à la recherche de Mornilles. Et bien, vingt-cinq... c'était toujours cinq fois plus que ce que j'espérais. Une fois les bouteilles payées, ils prirent tous place autour et en périphérie de la table... Fred et George étaient d'ailleurs juste devant moi.
- « Heu… » dit Granger d'une voix légèrement plus aiguë qu'à l'ordinaire, « eh bien, heu… bonjour »
Le groupe ne sembla pas emballé.
- « Alors, heu… bon, vous savez pourquoi vous êtes ici. Heu… donc, Harry a eu l'idée… Je veux dire, j'ai eu l'idée… que ce serait peut-être bien pour les gens qui veulent étudier la défense contre les forces du Mal, et je veux dire étudier vraiment, pas se contenter des idioties que nous fait faire Ombrage, parce qu'on ne peut pas appeler ça des cours de défense contre les forces du Mal… »
- « Bravo ! » dit Anthony Goldstein, cela sembla du courage à Granger.
- « Donc, j'ai pensé que nous devrions peut-être prendre nous-mêmes les choses en main. Elle marqua une pause, lança un regard en biais à Harry, puis continua :
- « J'entends par là apprendre à nous défendre pour de bon, pas seulement en théorie, mais en jetant réellement les sortilèges… »
- « Tu veux quand même réussir l'épreuve de défense le jour des BUSE, non ? »
- « Bien entendu ! » répondit aussitôt Granger. « Mais, plus encore, je veux suivre un véritable entraînement défensif parce que… parce que… parce que Lord Voldemort est de retour. »
La réaction ne se fit pas attendre, tous sans exceptions notables, ne purent s'empêcher de recracher leur boisson ou trembler, voire piailler à la simple évocation de ce nom.
- « Enfin… c'est notre projet, en tout cas, reprit Hermione. Si vous décidez de vous joindre à nous, il faudra voir comment nous ferons pour…
- « Où est la preuve que Tu-Sais-Qui est de retour ? » demanda d'un ton assez agressif le garçon blond qui jouait dans notre équipe.
- « Eh bien, Dumbledore le croit… » commença Granger.
- « Tu veux plutôt dire que Dumbledore le croit, lui, » dit-il, en désignant Potter d'un signe de tête.
- « Et toi, tu es qui ? » demanda Ron d'un ton agressif.
- « Zacharias Smith. » répondit le garçon, « Et j'estime que nous avons le droit de savoir exactement ce qui lui fait dire que Tu-Sais-Qui est de retour. »
- « Écoute, » reprit aussitôt Granger. « ce n'est vraiment pas l'objet de cette réunion… »
Mes sourcils se froncèrent Diggory était mort. Remettre ça sur le tapis ne servirait à rien... juste a créer encore plus de tension...
- « Ce qui me fait dire que Vous-Savez-Qui est de retour ? C'est que je l'ai vu. Mais Dumbledore a déjà raconté l'année dernière à toute l'école ce qui s'était passé et si vous ne l'avez pas cru, lui, alors vous ne me croirez pas, moi, et je n'ai pas du tout l'intention de perdre l'après-midi à essayer de convaincre qui que ce soit. »
- « Tout ce que Dumbledore nous a dit l'année dernière, » répliqua Zacharias avec dédain. « c'est que Cedric Diggory a été tué par Tu-Sais-Qui et que tu as ramené son corps à Poudlard. Il ne nous a donné aucun détail, il ne nous a pas expliqué comment Diggory avait été tué et je pense que nous aimerions tous savoir… »
- « Si tu es venu pour entendre raconter ce qui se passe exactement quand Voldemort assassine quelqu'un, je ne peux rien pour toi. » l'interrompit Potter.
- « Je ne veux pas parler de Cedric Diggory, d'accord ? Alors, ceux qui sont venus pour ça peuvent repartir tout de suite.
- « Donc, » reprit Granger, la voix à nouveau suraiguë, « comme je le disais… si nous voulons apprendre à nous défendre, nous devons nous organiser, décider de la fréquence des cours, de l'endroit où…
- « C'est vrai que tu arrives à faire apparaître un Patronus ? » des murmures s'élevèrent dans le groupe.
- « Oui. » répondit Potter, un peu sur la défensive.
- « Un Patronus corporel ? »
- « Heu… Tu ne connaîtrais pas Mrs Bones, par hasard ? » demanda-t-il.
- « C'est ma tante, » dit-elle. « Je m'appelle Susan Bones. Elle m'a parlé de ton audience disciplinaire. Alors, c'est vrai ? Tu as fait apparaître un Patronus en forme de cerf ? »
- « Oui. »
- « Ça alors, Harry ! » s'exclama Lee. « Je ne savais pas du tout ! »
- « Maman a demandé à Ron de ne pas répandre la nouvelle. » déclara Fred. « Elle dit que tu attires suffisamment l'attention comme ça. »
Je dus bouger un peu sur ma chaise par Merlin que se voile me grattait ! S'en suivirent des éloges à n'en plus finir sur Saint Potter... sauf un...
- « Tu essayes de te défiler pour ne pas nous montrer ce que tu sais faire ? » intervint Zacharias.
- « Tiens, j'ai une idée pour toi et si tu la fermais ? »
- « Enfin, quoi, dit-il, on vient tous ici pour qu'il nous apprenne des choses et là-dessus, il nous raconte qu'il ne sait rien faire du tout.
- « Ce n'est pas ce qu'il a dit, grogna Fred.
- « Tu veux qu'on se charge de te laver les oreilles ? » demanda George en sortant d'un des sacs de chez Zonko un long instrument de métal à l'aspect meurtrier.
- « Ou n'importe quelle autre partie de ton corps, nous on n'est pas difficiles, on veut bien te coller ça où tu voudras. » ajouta Fred.
'Pas difficiles, hein ? On verra la prochaine fois, je vous demanderais de m'aider à laver Barty vous ferez moins les malins...' me dis-je en levant un sourcil.
- « Bien, alors, » reprit précipitamment Granger, « essayons d'avancer… Le premier point, c'est : sommes-nous tous d'accord pour suivre des cours que nous donnerait Harry ? » Il y eut un murmure général d'approbation. Zacharias croisa les bras sans rien dire, trop occupé sans doute à surveiller l'instrument que Fred tenait à la main.
- « Bien. » dit Granger, soulagée. « Alors, la question suivante, c'est à quel rythme va-t-on le faire ? À mon avis, il faut au moins une séance par semaine, sinon ça ne vaut pas le coup… »
Le reste de la réunion se résuma en peu de choses réticence, secret et dévotion. Aucunes date n'avait été fixée, le lieu où devait se passer les cours n'avait pas encore été choisi et finalement, la plupart de ceux qui avaient été ici, ne savaient même pas s'il s'engageraient.
Je pris congé quand la feuille arrêta de circuler aucune raison pour moi de rester plus longtemps et de toute façon, si je ne m'étais pas débarrassée très vite de ce voile, j'aurais éternué pour la nuit des temps.
Enfin bon, maintenant on était au moins fixé sur la nature du sondage de Granger et m'inclure dedans ne serait pas vraiment l'idée du siècle... à moins de vouloir saborder l'initiative.
