L'idée de faire des friandises en forme de 'Marques des Ténèbres' ne me plaisait guère et, pour tout avouer, j'avais l'impression de jouer avec le feu... mais bon, au moins maintenant, ils ne tombaient plus de leur chaise lorsque je disais son nom à voix haute.
Enfin pour le moment, c'était à moi de créer les premiers moules graver chaque détail dans le métal, avec le tatouage de Barty comme modèle...
Seule dans une partie reculée de l'appartement au dessus du local où j'avais dû emménager, je travaillai mes plaques de métal, ou plutôt une qui, comme les trente autres, avait subi un sortilège protéiforme, me permettant ainsi de gagner du temps sur les gravures.
Les courbes complexes, les aspérités, les arrondis... il me fallut plusieurs fois m'y reprendre, réajuster, réaplanir... mais ce n'était jamais bien... jamais..
Alors, chaque fois que je fixai le plafond la nuit, chaque fois que les ronflements étaient trop bruyants, je me levai et retournai travailler. Mais plus le travail avançait, plus j'avais l'impression d'avoir des fourmis dans les doigts.
- « T'es au courant que les humains sont pas sensés vivre la nuit. » dit soudainement une voix derrière moi.
- « Je préfère m'avancer dans mon travail. » répondis-je sans détourner les yeux de mon travail.
- « Tu sais.. » dit-il en attirant une chaise vers lui c'était George. « J'ai l'impression que tu prends ça trop à cœur. » continua-t-il en s'asseyant pour toute réponse, je soupirai et posai mes outils.
- « Je veux juste que ça marche... »
- « Mais tu n'es pas toute seule et, on vient à peine d'ouvrir, c'est normal que ce ne soit pas encore la cohue dans le magasin il faut du temps... » dit-il en s'accoudant au bureau. « D'ailleurs, on a fini les pendus réutilisables... au moins ça fera apprendre sans s'ennuyer... » rit-il en attrapant une des plaques que j'avais travaillé.
- « Et les chapeaux dont tu m'avais parlé, vous les avez déjà testés ? » demandai-je espérant rester sur ce sujet.
- « Ouais, ça marche assez bien, mais on veut voir si des sorts un peu plus nocifs sont aussi rejetés... tu sais, histoire de rendre la notice un peu moins floue... » répondit-il en tournant la pièce entre ses doigts. « Sortilège Protéiforme ? » demanda-t-il en regardant les autres morceaux de métal ; j'acquiesçai. « T'as fait du bon travail... » ajouta-t-il en le reposant.
- « Si tu savais à quel point j'ai galéré avec l'arrondi de la tête de mort... » grognai-je en me passant une main sur le visage.
- « J'imagine à peine.. » rit-il en passant un bras autour de mes épaules. « mais faut que tu penses à toi aussi... prends une pause, lis un livre, fais un tour... s'enfermer dans le travail c'est jamais bon... »
- « Je sais... mais j'ai l'impression que rien n'avance... » dis-je en frottant le dos de ma main gauche.
- « 'Seul on va vite, à plusieurs on va loin', tu connais ? » demanda-t-il en penchant sa tête vers moi j'acquiesçai. « Je sais que t'as pas vraiment l'habitude... mais on est tous les trois dans le même bateau t'as pas besoin d'être à tous les postes en même temps... laisses-nous faire notre part du travail et ne te forces pas, ok ? » dit-il en me secouant doucement.
- « Ok. » murmurai-je en souriant ; il sourit.
- « Allez, va dormir. » dit-il en enlevant son bras.
Regardant une dernière fois mon bureau, je soupirai et me levai avant de me diriger vers la porte et éteindre la lumière d'un Nox.
Une autre semaine passa et, comme les garçons avaient promis de retrouver leur frère et sœur à la gare, je m'occupai de la boutique... ou du moins, essayais de m'occuper de la boutique sans faire peur aux premiers années qui me fuyaient presque...
Mais bon, je voulais au moins prouver que je pouvais me débrouiller, prouver que j'étais digne de confiance... mais c'était tellement étrange d'être au milieu de tellement de personnes qui posaient des questions, reculaient quand je leur demandais s'ils trouvaient leur bonheur... Ça m'agaçait au plus haut point ! C'était comme si j'étais à nouveau à Poudlard... Pourtant, je m'efforçais d'être patiente, gentille, donner le plus d'informations possible, être précise...
'Imbéciles...' pensai-je en regardant deux gamins sortir juste après être entrés.
- « Excusez-moi ? » demanda soudain quelqu'un derrière moi. « Avez-vous encore ses crèmes canaris sont sans danger... » demanda une mère qui, quand je me tournai vers elle, me regarda étrangement ; sa main se resserra sur celle de sa fille.
- « Nous les avons tester nous-même, les effets se dissipent en un peu moins d'une heure. » répondis-je en affichant un sourire.
- « Merci nous en prendrons une boîte. » dit-elle en pinçant les lèvres sans dire un mot, j'allai vers l'étagère, en pris une et, suivie par les deux, je me dirigeai vers le comptoir où j'encaissai les sept Mornilles avant de leur donner leur achat.
- « Bonne journée. » lançai-je en les regardant s'en aller elles ne répondirent rien. Ma langue claqua contre mon palet et, jusqu'à dix-huit heures, je m'occupais du magasin, empêchai quelques canailles de voler des friandises et, une fois fermé, je passai un coup de balai, remis tout en ordre et, fulminante, je retournai en haut pour m'occuper de Barty.
Plus tard dans la soirée, les Jumeaux arrivèrent avec des blousons verts criard que je n'avais jamais vu.
- « Nouveaux blousons ? » demandai-je en sortant les assiettes du placard.
- « Ouaip cuir de dragon. » dit Fred en l'ajustant, un sourire plastré sur le visage.
- « Et- » commença George en sortant un sac de derrière son dos. « on t'a pris ça ! » annonça-t-il en me le tendant. Un peu hésitante, je posais les assiettes sur le plan de travail et, un peu hésitante, je pris le sac, le posai sur la table et en sortis une robe de sorcier du même vert que leurs blousons.
- « La vendeuse a dit que c'était possible de raccourcir si c'est trop grand... » dit Fred. « mais George avait l'air certain que c'était ta taille. » rit-il en donnant un coup de coude à son frère.
- « Et qui a insisté pour du vert, Monsieur 'ça ira bien avec ses yeux' ? » taquina George en lui retournant une bourrade. Riant silencieusement, je regardai le tissu, faisant passer mon pouce dessus je n'avais jamais rien vu de tel.
- « Essaie-la... » dit soudainement l'un d'eux un sourire au visage, je partis dans la chambre que je partageais avec Barty et enfilai la robe avant de poser mes autres vêtements sur mon lit.
La robe était longue et resserrée à la taille avec un vert différent pour la partie supérieure du vêtement qui ressemblait beaucoup à une chemise à manches 'bouffantes'... elles étaient toutefois un peu courtes.. mais peut-être était-ce fait exprès...
- « Liz, Forge demande si t'as besoin d'aide ! » taquina George. « Eh ! Pas dans les côtes ! »
- « J'arrive. » répondis-je en regardant si la robe ne traînait pas trop par terre. Soupirant, j'avançai vers la porte mais ma main ne se posa pas sur la clenche... est-ce que je faisais si peur que ça... ? Lentement, je tournai la tête et, sur une chaise, Barty regardait dans le vide, ses petites rides, formant, dans l'ombre, comme un faible sourire j'ouvris la porte.
Les bras ballants, je pressai ma langue contre mes dents... et avançai jusqu'à la table où les deux m'attendaient.
- « Tada.. » dis-je avec un sourire un peu gêné les deux se retournèrent me regardèrent des pieds à la tête mais ne dirent rien... aucune expression... rien... je sentais mon cœur accélérer et, pour éviter à mes mains de se contracter, je me mordis la langue...
- « Bon, je m'incline frérot avec une couleur comme ça, j'aurais jamais besoin de lunettes pour voir ses yeux. » complimenta George d'un air théâtral je ne pus réprimer un sourire, soulagée. « Allez, tourne un peu qu'on voit ! » demanda-t-il en se tournant un peu plus sur sa chaise.
Je sentis le rouge me monter aux joues et tournai sur moi-même lentement et certainement avec l'élégance d'un troll unijambiste mais ils souriaient encore plus.
- « Ça te va mieux que celle du bal. » lança Fred après quelques secondes, le sourire jusqu'aux oreilles. « t'avais l'air coincée dedans... » rit-il, sans doute en se souvenant de ma démarche gauche... maudite tenue !
- « Bah, elle devait pas l'être tant que ça ! » rit George en se penchant en avant. « Après tout, elle a survécu à mes pieds ! »
Le souvenir des pieds-cognards de George me revint en tête et, je ne sus pas trop si je devais en rire ou me pincer les sinus... mais eux en avaient tellement ri que j'avais un moment eu peur qu'ils ne s'étouffent.
- « Ah.. » dit-il en essuyant une larme de son yeux. « j'suis pas près d'oublier... »
- « A-alors, elle te plaît ? » demanda Fred quand sa respiration se fut un peu calmée. Joyeusement, j'allai je contournai George et m'arrêtai devant la table, entre les deux.
- « Merci George- » dis-je en plantant un baiser sur sa joue. « Elle est magnifique, merci Fred. » lui répondis-je en l'embrassant sur la joue. « Ah mince ! Le repas ! » m'exclamai-je quand mon regard alla vers la casserole et les légumes que j'avais commencé à couper.
- « Attends, j'vais t'aider. » dit George en transplanant à côté de moi dans un craquement sonore. « Eh Freddie tu viens aider ? » lança-t-il en regardant vers la table il ne répondit pas. Inquiète, je me retournai et vis Fred se tenir la joue, l'air totalement médusé..
- « Il va bien ? »
- « Oh, t'inquiètes, ça m'a fait ça aussi la première fois. » dit-il en haussant les épaules.
Secouant la tête lentement, je m'affairai à faire réchauffer le ragoût pendant que George mettait la table et, quand nous passâmes enfin à table, Fred sembla avoir repris un peu de consistance. Cependant, je dus finir mon assiette assez vite car il était déjà dix heures et Barty n'était toujours pas couché.
- « T'en fais pas, Fred va faire la vaisselle. » dit George en plaçant les trois assiettes et tous les couverts dans l'évier. Tranquillisée, je retournai dans la chambre, changeait de tenue en pliant soigneusement la nouvelle, amenai Barty dans la salle de bain, lui brossai les dents, le changeai puis sortis et le mis dans son lit avant d'aller moi-même me coucher.
Les jours passèrent et, de plus en plus, le magasin se transforma en point de ralliement pour tous les élèves qui trouvaient leurs vacances moroses. Enfin, je n'allais pas m'en plaindre... au moins les garçons étaient là pour parler aux clients pendant que je m'occupais du stock, des commandes et nouveaux produits. D'ailleurs, George avait eu une très bonne idée en plaçant les objets les plus brillants et remuants en vitrine... Quand à la pancarte des 'Pousse -rikiki'... je venais à peine de la placer que des gens avait afflué pour en acheter.
'Quand je pense que les Moldus font la queue à la pharmacie pour des laxatifs...' me dis-je en étiquetant les différentes bouteilles de philtre de rêve éveillé. Une potion fantastique, un peu comme une drogue douce... mais malgré les mines réjouies de ceux qui l'avaient utilisé, de l'extérieur ils avaient l'air... uhm... plus qu'absents...
- « Uhm, e-excusez-moi ? » appela soudainement une voix un peu rauque surprise, je me retournai et vis devant moi un homme au sourire fatigué et des yeux affreusement cernés.
- « Oui ? » demandai-je en reposant mes fioles. « que puis pour vous ? »
- « Et bien.. j'ai vu que vous vendiez des pendus réutilisables... mais il n'y a pas de prix... »
- « Oh ! » m'étonnai-je. « Attendez, je vais vérifier. » dis-je en attirant la liste des produits et prix à moi. « Alors voyons voir... pendu... pendu... pendu... Ah ! C'est dix Gallions. » dis-je en relevant la tête de ma liste l'homme sembla un peu gêné mais sourit tout de même.
- « Je vous l'achète. » annonça-t-il.
- « Bien, alors passons à la caisse je vous prie. » dis-je en sortant de la réserve l'homme me donna le pendule et derrière le comptoir, j'ouvris la caisse. « C'est pour quelqu'un ? » demandai-je en levant les yeux vers lui.
- « Oui, ma fille passe ses BUSEs cette année, » expliqua-t-il. « mais elle est tellement angoissée, j'espère que ça l'aidera pour ses révisions... alors j'ai pensé que pour son anniversaire, on pouvait faire un extra.. » dit-il en se grattant sa barbe de quelques jours. Je continuai à l'écouter pendant que, le pendule glissait dans un carton que je recouvrait de papier cadeau aux couleurs chatoyantes.
- « Et voilà pour vous. » dis-je en posant le pendule sur le comptoir, le sourire aux lèvres.
- « Merci beaucoup. » dit-il en le faisant léviter. « Vous savez, je vous envie un peu rien qu'avoir du travail c'est fantastique. » murmura-t-il un peu mélancolique. « Mais bon, faut jamais baisser les bras allez, merci encore et ne l'oubliez pas cette semaine, » dit-il en s'éloignant. « elle arrive toujours quand on le souhaite le moins. » ajouta-t-il en montrant vaguement le ciel du doigt.
Un peu surprise par ses paroles, je le regardai s'en aller et constatai que, sur son chemin, les gens avaient tendance à lui jeter les mêmes regards craintifs ou hésitants. Lentement, je sortis de la salle principale et retournai dans la réserve où, d'un pas de plus en plus rapide, je me précipitai vers le calendrier que nous avions c'était pour la semaine prochaine.
- « Liz on a un- ça va pas ? » demanda la voix d'un des jumeaux.
- « Ça va... » répondis-je en poussant des cheveux de devant mes yeux. « Qu'est-ce qu'il y a. ? » demandai-je en me tournant vers lui en forçant un sourire.
- « Des employés du ministères veulent voir les chapeaux bouclier tu peux t'en occuper ? » demanda Fred après quelques secondes de silence.
- « Bien sûr. » répondis-je en le suivant dans l'arrière boutique. Là, se trouvaient trois hommes en costume à l'air horriblement suffisants... un Percy en triple, en somme.
- « Bien Messieurs, je vous laisse en de bonnes mains. » dit-il en s'éloignant.
- « Bien, » dis-je lorsqu'il fut sorti. « si vous voulez bien me suivre. » dis-je en passant devant eux. Je les emmenai un peu plus loin et, en passant pris un caisse de chapeaux bouclier et allai dans un endroit un peu plus dégagé. « Le concept, » commençai-je en ouvrant la boîte. « est très simple le simple port de se chapeau permet d'être durablement à l'abri des sortilèges mineurs à modérés. » expliquai-je mais les trois se regardèrent pas totalement convaincus.
- « Pourriez-vous nous faire une démonstration ? » demanda l'un d'eux en faisant un geste évasif vers le chapeau que je tenais dans les mains.
- « Bien sûr. » dis-je en enfilant le chapeau sur ma tête et en posant ma baguette sur une caisse loin de moi avant de me reculer un peu. « Je vous en prie, jetez-moi un sort. » dis-je confiante.
Un peu hésitant, le plus jeune d'entre eu avança, sa baguette pointée sur moi.
- « Stupéfix ! » prononça-t-il avec peu de conviction par réflexe, je sentis mes mains se refermer sur elles-mêmes, mais, quand le sort arriva sur moi, il ricocha et toucha un mur. Tous les trois semblèrent abasourdis et se mirent à parler ensembles.
- « Voulez-vous essayer ? » demandai-je en revenant vers eux le jeune accepta et, un autre, d'une cinquantaine d'années lui lança un Immobilus mais ce même sort ricocha sur une caisse.
- « Eh bien, » commença le troisième en écrivant quelque chose sur son carnet. « Nous vous remercions de votre accueil et, attendez-vous à recevoir un bon de commende dans les prochains jours. » dit-il avant de me tendre la main je la serrai puis ils partirent, mais le jeune me vis le jeune me lancer un dernier regard... Ma langue passa furieusement sur ma lèvre je n'avais pourtant rien d'un loup-garou, bon sang !
Ce soir là, j'attendis que les Jumeaux aient fini de mettre la recette du jour en sûreté pour leur faire part d'un problème de taille.
- « Ah~ ça c'est une bonne journée ! » dit George en s'affalant sur l'un des fauteuils.
- « Ouais, beau travail Lizzy. » dit Fred en me donnant une tape sur l'épaule. « Les types du ministère avaient l'air ravis ! Qu'est-ce qui a ? » demanda-t-il en se penchant au dessus de mon épaule.
- « Je pense qu'on devrait prendre une personne en plus pour servir les clients. » répondis-je en décollant mes mains jointes de devant ma bouche.
- « Quoi ? » s'étonna-t-il en tirant une chaise et s'asseyant juste à côté de moi.
- « Je fais peur aux clients. » répondis-je sans les yeux toujours fixé sur le mur en face de moi.
- « Toi ? Tu- attends, je t'ai vu parler à ce type là il avait pas l'air effr- »
- « C'était un loup-garou ! » m'exclamai-je en me tournant brusquement vers lui. « Et il croyait que j'en était un aussi ! » murmurai-je en rebaissant la tête. « Les autres clients me fuis... » soupirai-je en passant mes mains sur mon visage.
- « Eh... » murmura-t-il en passant une main autour de mes épaules. « Tu ressembles pas à un loup-garou... ou alors t'as un bon épilatoire. » rit-il mais je n'avais pas le cœur à ça.
- « Prenez quelqu'un d'autre pour le travail en salle. » coupai-je en me levant puis allai dans la chambre pour m'occuper de Barty. S'il y avait bien un endroit et une chose qui me calmait, c'était passer du temps avec lui.
