Chapitre 15 - Des sourires, des sourires, encore des sourires
Point de Vue - Kim
J'avais passé la nuit entière à ressasser l'après-midi de la veille, à me rappeler les moments biens, et à me maudire pour toutes les idioties que j'avais sorti. Il faut que je vous prévienne, je surpense tout (je ne sais même pas si c'est un vrai mot ?!). C'est vrai qu'o avait passé un super moment, et même si on semblait tous vraiment bien s'entendre, peut-être que je lui avait fait peur ? Est-ce qu'il me trouvais ennuyeuse ? J'aurais jamais dû lui parler de mon histoire débile de sirène je-sais-pas-quoi. Mais pourquoi je disais toujours n'importe quoi, moi, c'est pas vrai ! Est-ce qu'il avait remarqué les poils sur mon ventre ? Est-ce que je m'étais rasé les jambes ? Je ne sais même plus *emoji qui pleure mais qui rigole en même temps* ! (Interruption de la Kim féministe jusqu'au bout des ongles : une fille ne devrait se raser que si elle le fait pour elle, pour se sentir bien dans son corps, parce qu'elle préfère, et pas parce que la société nous a enfoncé dans le cliché qu'une femme non-épilée n'est pas "belle") Maintenant que j'y pensais, et si Leah ne m'aimait pas ? Elle m'avait dévisagé plusieurs fois, peut-être qu'elle se disait que j'étais trop nulle ? Peut-être- *Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip*
-"Stupide réveil, je pestai."
Enfin, je devais quand même me lever à un moment ou à un autre. Mais juste 5 minutes, ça ne faisait pas de mal... non ? Je refermais les yeux.
Pour les rouvrir une minutes plus tard. Littéralement. Quelle bonne idée (notez le sarcasme) j'avais eu de mettre mes alarme à 6h30, 6h31, 6h32, 6h33, 6h34, 6h35 et 6h40. Je nierais bien en bloc que je suis la seule personne assez tarée pour faire ça, mais je pense que c'est le cas, alors...
Enfin trêve de bavardages (ce qui est un peu triste puisque je me parle à moi-même là). Je me levais. Je me douchais. Je descendais. Je mangeais. Je remontais. Je m'habillais. Je redescendais. Je pris mes affaires et mes clés. Je sortis. Très excitant comme programme, non ?
Une fois dehors, je pris mon vélo et enfonçai un de mes deux écouteurs dans mon oreille (la sécurité, c'est important). Je lançais ma playlist Why Don't We (désolée mais je suis une limelight dans l'âme, moi).
Le chemin pour aller à l'école était plutôt agréable (ne nous méprenons pas, le chemin, hein, pas la destination). Je longeai une partie de la forêt, puis je passai devant quelques maisons. Un peu plus loin, j'apercevais la mer, puis je traversai une ou deux rues , et j'arrivai au lycée, alors que Trust Fund Baby résonnait dans mon écouteur. Je souris : l'entendre me mettait toujours de bonne humeur.
Après avoir accroché mon vélo, j'entrai à l'intérieur du bâtiment, et je me dirigeai vers mon casier. Il n'était que 7h30, alors il me restait encore une bonne demi-heure avant le début des cours. Après avoir récupéré mes affaires, je m'installai sur une des tables extérieures de la cantine, et sortis Orgueil et Préjugés de mon sac. Alors que Just to See You Smile se lançait, je commençai à lire, mais n'allai pas très loin, puisque quelques minutes plus tard, quelqu'un s'asseyait en face de moi. Je levai les yeux. Jared.
Il me souriait. Il me faisait vraiment fondre, ce sourire. Je retirai mes écouteurs, et fermai mon livre.
-"Salut."
Salut ? Salut ?! Sérieusement ? Mais c'est pas possible d'être aussi nulle ! Il n'y a pas plus dénué d'intérêt que "salut" ! Arghhhhh. Pourtant, ça ne semblait pas le déranger.
-"Salut, me répondit-il alors que son sourire s'élargissait encore plus.
-Tu...euh, tu voulais me dire quelque chose ?
-Non, me dit Jared toujours avec son grand sourire."
Je fronçai les sourcils.
-"Je voulais juste passer du temps avec ma copine.
-Oh."
Le rouge me monta aux joues, et je baissai les yeux. C'est je que je voulais depuis des années, bien sûr, mais ça semblait un peu... irréel. Je m'étais toujours dit que ça resterait éternellement mon premier amour, mais que ça ne serait jamais retourné. Que j'aimerai Jared de tout mon petit coeur d'adolescente, puis que je grandirai et que je passerai à autre chose, qu'une fois le lycée finit, quand je ne le verrai plus tous les jours, mes sentiments s'estomperaient un peu, en quelque sorte. In continuerait sa vie, et moi la mienne. Je m'étais faite à l'idée que je n'avais pas ma place dans son avenir. Alors quand il m'avait invité à sortir, quand il m'avait embrassé, et puis juste qu'il soit venu me parler en premier lieu ? Ça avait fait volé en éclats tout ce que je pensais savoir. Je m'étais mise à espérer que peut-être... peut-être ce n'était pas totalement sans espoir. Je savais qu'on était très différents, qu'on avait des modes de vie, des rêves, des espoirs et des aspirations peu similaires, qu'on ressentait les choses différemment. Mais malgré ça, j'avais toujours bien aimé l'idée que les contraires s'attirent. Donc, même si j'adorais me dire que je sortais avec Jared, ça me faisait encore un peu bizarre.
Je dus faire une tête étrange, parce qu'il me demanda avec ce que je crus être une pointe d'inquiétude dans la voix si j'allais bien.
Ce fut à mon tour de sourire. J'acquiesçai.
Puis je me souvint de quelque chose. Attention, ça risque de vous paraitre des plus futiles.
-"Euh, Jared... tu sais que je suis pas, comment dire, cool, pas vrai ? T'as sûrement pas envie que tes amis te voient avec moi."
Il ouvrit de grands yeux.
-"Mais ils t'adorent ! Même Paul !"
Je réprimai un gloussement, et lui fit remarquer que je ne faisais pas référence aux garçons.
-"Ben alors, si c'est pas les garçons, on s'en fout. Ce que les autres peuvent bien dire sur nous, c'est leur problème à eux. Si leur vie est tellement ennuyante qu'ils ont besoin de parler de la nôtre, alors tant pis pour eux. Moi, je veux être là avec toi. Toi aussi... pas vrai ?"
Je hochai la tête.
-"Alors parfait."
Il me prit la main au dessus de la table. Il entrelaça nos doigt, et je me sentis... bien. Tellement bien. Juste le fait de sentir la chaleur de sa main autour de la mienne m'apaisait. J'avais l'impression que du moment qu'il était à mes côtés, j'aurais pu faire n'importe quoi (désolée, je suis vraiment trop clichée).
Une dizaine de minutes plus tard, la sonnerie retentit. Je me levai, suivie de près par Jared. Nous restâmes quelques secondes face à face. Je me tenais droite comme un I, un peu gênée et ne sachant pas quoi faire.
Il me sourit, et me prit dans ses bras. Au bout de quelques instants, il relâcha son étreinte, et se dirigea vers le couloir en marchant à reculons, ce qui le fit se cogner dans un mur. Je riai, puis lorsqu'il eut disparu à l'angle du couloir, je me dépêchais de rejoindre ma salle de classe.
Point de Vue - Jared
La journée passa terriblement lentement. Déjà que je n'étais pas tellement fan de l'école (étonnement), mais aujourd'hui, je n'avais aucun cours avec Kim. J'avais tellement envie de la voir ! J'ai l'air ridicule, pas vrai ? C'est ce que devait penser Paul, parce qu'à chaque fois qu'il me donnait un coup de coude pour me ramener à la réalité, il levait les yeux au ciel et je l'entendais murmurer dans sa barbe :
-"Elle l'a transformé en petit chiot tout mollasson, c'est pas possible d'être autant une guimauve !"
Plus tard, au déjeuner, je cherchai Kim des yeux lorsque quelqu'un s'assit en face de moi, me bloquant la vue. Katie. Urgh. C'était la dernière personne que j'avais envie de voir. Bon d'accord, peut-être pas la dernière, j'imagine que les suceurs de sang, ou d'autres déchets humains comme les dictateurs ou les parents qui battent leurs enfants sont quand même plus hauts qu'elle sur ma liste. C'est pas que je m'aimait pas Katie (enfin, un peu quand même), mais elle représentait tout ce que Kim n'était pas, et me rappelait constamment celui que j'étais avant, avant ma transformation, avant mon imprégnation. Et je sais que c'était un peu lâche et que je n'avais pas tellement le choix, mais je ne voulais pas faire face à mon ancienne vie, si je peux le dire ainsi.
-"Salut, Jared, dit-elle, me ramenant à la réalité.
-Hum... Salut, répondis-je d'une voix distante, essayant d'apercevoir Kim par-dessus son épaule.
-C'était juste pour vous inviter à ma soirée le semaine prochaine, qu'est-ce que vous en dites, les garçons ?, continua-t-elle avec un grand sourire.
-Ouais, on vien-, commença à répondre Paul.
-Je te dérange peut-être, Jared ?, interrompit Katie.
-Un peu, ouais."
J'ouvris de grands yeux, me rendant compte que j'avais parlé à voix haute. Pas que ménager l'égo fragile d'une petite princesse était ma priorité, mais c'était quand même un peu violent.
Elle haussa les sourcils, l'air choquée, et se leva en soufflant bruyamment, suivie par ses amies.
Lorsqu'elles furent hors de portée de voix, Jacob se mit à rire.
-"Il faut que je t'avoue que c'était magnifique.
-Merci, répliquai-je, souriant moi aussi."
Plus tard dans la journée, après la fin des cours, j'arrivai à intercepter Kim avant qu'elle ne parte. Elle venait de dire au revoir à son amie Anna, et s'apprêtait à monter sur son vélo.
Je surgis devant elle, ce qui la fit sursauter.
Elle me fit un grand sourire. Qu'est-ce que je l'aimais, ce sourire.
-"Salut.
-J'espère que je ne dérange pas, tu dois rentrer tout de suite ?
-Pas à la seconde, mais il va bien falloir que je rentre chez moi à un moment.
-Quoiiiii ?!, dis-je en feignant d'avoir l'air choqué. Tu dois rentrer chez toiiii ?"
Elle ria.
-"C'est préférable.
-Si tu y tiens vraiment, d'accord, d'accord, je crois que je vais arriver à ne pas voir la magnifique personne en face de moi jusqu'à demain matin, dis-je d'un air dramatique avec un sourire en coin."
Elle se mit à rougir furieusement.
Je pris délicatement ses joues dans mes mains, et me penchai vers elle. Je posai mes lèvres sur les siennes. Au bout de quelques secondes, elle recula, et leva les yeux vers moi. Son coeur battait la chamade. Je lui souris (des sourires, des sourires, encore des sourires, toujours des sourires), l'enveloppai de mes bras, et la soulevai du sol en nous balançant de droite à gauche (dis comme ça, ça doit vraiment avoir l'air ridicule, mais je vous jure que dans ma tête c'est très mignon).
Je la reposai par terre, et la lâchai. Après s'être dit au revoir, elle prit le chemin de sa maison, et je la regardai partir. Je le suivis des yeux quelques secondes, puis me retournai pour aller rejoindre les garçons. En partant, je crus voir du coin de l'oeil Katie, mais je n'y prêtais pas grande attention, et nous allâmes chez Sam.
