_ « Je savais que j'allais tomber sur toi un de ces jours mais, je ne pensais pas que ça serait littéralement ni aussi rapidement … »

_ « Ça fait tellement longtemps … depuis que je … » hésita Quatre.

_ « Depuis que tu es arrivé chez les audacieux dirons-nous » coupa-t-elle sa gêne.

_ « Ton père ? » Demanda l'audacieux.

_ « Ne fait pas celui qui ne sait pas s'il te plait et je ferai de même pour le tiens ».

_ « Tiens, tiens qu'est-ce qu'on a là ? Une petite altruiste, une future sans-faction. » Les interrompra Éric.

_ « Elle te surprendra, j'en suis certain » Assura Quatre avant de s'éloigner pour aider le nouvel audacieux qui venait de sauter.

_ « C'est ce qu'on verra » lança le second instructeur sur un air de défi autant à son collègue qu'à son élève.

Les nouvelles recrues non natives de la faction furent confiées aux bons soins d'Éric et de Quatre. Éric se fit d'ailleurs un malin plaisir de leurs montrer le dortoir mixte et sans aucune intimité. Il le fut beaucoup moins quand il vit que cela ne gênait en rien son nouveau bouc émissaire. A vrai dire, elle s'intégrait même trop bien avec les autres pour être une vraie altruiste. Et il n'était vraiment pas décidé à donner raison à cet arriviste de Quatre. Ils avaient toujours été en concurrence et aujourd'hui encore, ils savaient tout deux qu'ils jouaient ici leur place de leader et il ne la laisserait pas passée.

Alors quand au détour d'un couloir, la nuit venue il vit la fameuse Daisy sortir du dortoir, il la suivie. Elle rejoignit Quatre sur le toit. Ils s'assirent cote à cote partageant une bière. Malheureusement, il ne parvenait pas à entendre ce qu'ils se disaient.

_ « C'est si fou de te voir ici ? » souprira le garçon.

_ « Pas dans le bon sens j'imagine vu ton expression » dit-elle sans même le regarder.

_ « A vrai dire je n'en sais rien. Depuis que je suis ici, je fais tout pour oublier le passé et là tu arrives et me rappelle tout ce que j'ai laissé.

_ J'ai aussi choisi de quitter cette vie et je comprends je ne vais pas t'en merder plus. Il y a juste une chose que je tenais à te dire, on était amis j'aurai juste voulu une explication … » expliqua-t-elle en se levant pour partir. Tobias lui attrapa le bras pour l'empêcher de s'en aller.

_ « Daisy ! On était bien plus qu'amis tu le sais bien. Je ne veux pas faire une croix sur ce qu'on a vécu ensemble, je … » Tout en prenant le visage de son ancien amour dans ses mains, il l'embrassa tendrement. Puis, il la fixa un moment. C'est elle qui brisa le silence.

_ « Il faut se rendre à l'évidence on est loin de la magie d'antan. Tobias et Daisidéria s'aimaient mais Quatre et Daisy ne sont qu'amis ». Conclut-elle après ce baiser sans émotion mise à part une lointaine nostalgie de deux adolescents en manque d'amour vivant dans les dures règles des altruistes.

Après avoir brisé la glace en mettant les choses au clair, les deux jeunes gens reprirent leur complicité là où ils l'avaient laissé deux ans plus tôt. Eric lui n'en perdit pas une miette, même sans avoir entendu leur conversation. Il avait eu ce qu'il voulait : la copine de Quatre, du pain bénit pour passer ses nerfs. D'ailleurs, il ne se fit pas prier pour lui faire savoir. Dès qu'elle se fut suffisamment éloignée de Quatre sans être trop près du dortoir il la prévint :

_ « Donc tu es la petite copine de Quatre. C'est trop mignon. » ironisa l'instructeur.

_ « On n'est pas ensemble » répondit-elle simplement sans cesser de marcher. Il du se mettre en travers du couloir pour avoir toute son attention. Cette gamine, bien qu'elle ait une apparence de femme très bien formée à vrai dire, l'agaçait énormément.

_ « Tu couches juste utile alors. » Commenta Éric pour la choquée et la faire sortir de ses gonds.

_ « Oui ça doit être ça » Acquiesça la jeune femme. Décidément, il devait l'avouer, Quatre avait raison, elle l'impressionnait. Ses réactions n'étaient pas celles d'une altruiste, elle était une audacieuse sans aucun doute. Mais il était impossible de donner raison à son rival. Il la casserait, il trouverait sa faille pour mieux la détruire après.

_ « Tu sais quoi ? On va bien s'amuser tous les deux, ma jolie » la menaça le jeune homme tout en caressant une mèche des longs cheveux blancs de Daisy. Elle retira sa main sans ménagement. Content de l'effet qu'il avait produit sur sa prochaine proie. Il s'éloigna dans un rire sadique.

Elle était un défi de plus, une récompense qu'il gagnerait contre Quatre, un petit plus dans sa course au pouvoir. Elle n'avait peut-être rien d'une altruiste mais elle avait vécu avec eux. Le combat l'achèverait bien vite. Même si elle avait l'air teigneuse, les muscles et la technique lui manquaient.

Teigneuse, elle l'avait toujours été. C'était toujours elle qu'on reprenait enfant. Celle qui courrait partout, qui parlait fort et qui avait les cheveux ébouriffés. Quand sa mère est morte elle a commencé à s'assagir, à se faire plus discrète. Elle n'allait plus beaucoup à l'école, restait dans son coin … Le seul qui la comprenait vraiment, son seul véritable ami dans le monde, finalement très hypocrites des altruistes, c'était Tobias. Lui aussi avait perdu sa mère, lui aussi avait un père difficile. Ils se retrouvaient l'un dans l'autre, ils n'étaient pas du même monde que les autres enfants. Ils rêvaient déjà de leur vie ensemble chez les audacieux. Ils en avaient parlé tant de fois. Mais il était parti sans lui dire en revoir.

Son père était déjà si mal, elle était tellement sollicitée qu'ils ne se voyaient presque plus. A vrai dire, il était la seule personne de l'extérieur qu'elle voyait en dehors des quelques malades qui venaient voir son père. Il était venu le jour de son anniversaire. Ils avaient parlé de tout ce qu'ils feraient pour fêter leurs anniversaires ensembles lorsqu'ils seraient des audacieux. Il l'avait embrassé plus fort encore que les fois précédentes et dans la chaleur d'une nuit d'été, ils avaient fait l'amour pour la première fois.

Le lendemain matin, il était rentré chez lui comme si de rien n'était mais il n'est jamais revenu. Jour après jour, elle l'attendait mais elle finit par comprendre que le jour était venu pour lui. Il était parti. Malgré tout, elle n'était pas triste, l'un d'eux avait réussi à partir. Il avait tenu sa promesse, il était devenu un vrai audacieux, sans regret, sans peur. Elle n'était pas comme lui, son cœur d'altruiste la retenait encore. Elle espérait seulement qu'elle serait prête à le suivre un jour. Et que le jour venu, elle ne flancherait pas. C'est ce qu'elle espérait aussi ce soir là en se couchant après les menaces d'Éric. Non, elle ne flancherait pas ! Elle serait forte, elle n'avait plus le choix.