Bonjour bonjour !

Le soleil vient (presque) de se lever et c'est l'heure du nouveau chapitre !

Bonne lecture !


Chapitre 7 : Un problème d'atomes

Le garde Thomas commençait à peine à se remettre de sa frayeur de la veille. Il prit une grande inspiration, la troisième en cinq minutes, et relança sa balle en mousse contre le plafond. La petite sphère rebondit sur les dalles anti-feu et il la rattrapa souplement.

Son regard se posa sur l'écran et, voyant une silhouette féminine planter devant la grande porte du Mont Weather, il plissa les yeux. Puis, reconnaissant la femme, il poussa un hurlement de pure terreur. Tandis que la monstrueuse créature croisait les bras sous sa poitrine, attendant visiblement qu'on lui ouvre, le surveillant décrocha son téléphone et composa nerveusement le numéro du président.

- Président Wallace ? attaqua-t-il tout de go, sa voix aigue lui arrachant une grimace. ELLE est revenue. Oui, elle-même. Le monstre. Je la fais pa... patienter ? Oui, à tout de suite.

Le garde Thomas raccrocha et se racla la gorge avant d'activer le micro.

- Bon... bonjour Docteur Granger. Nous n'avons capturé aucun sauvag... aucun de vos hommes depuis hier, bafouilla-t-il, sentant le sang pulser dans ses tempes.

- Je sais, je ne viens pas pour vous tuer.

La réponse rassura grandement le garde qui s'autorisa un discret soupir de soulagement.

- Euh... donc... C'est pour quoi ?

- Je viens vous vendre un calendrier. Pour les bonnes œuvres du commandant Lexa, poursuivit sérieusement la brunette, son regard noisette ne quittant pas la caméra. Ne me dites pas que vous avez déjà donné, je serai contrariée.

- Euh... pardon ?

Le brune roula des yeux et soupira.

- Vous avez bien quelqu'un qui fait office de chef ici ? Je veux lui parler. C'est important.

- Oui... j'imagine, répliqua la garde, marchant sur des œufs. J'ai appelé le Président Wallace, il est en route. Il sera là d'ici quelques minutes. Mais... euh... sans vouloir m'immiscer dans ce qui ne me regarde pas, je peux savoir à quel sujet ?

- Une nouvelle apocalypse nucléaire, d'une autre envergure que la première. Et le Mont Weather n'y résistera pas.

Le garde Thomas sentit son coeur tomber dans sa poitrine et se dit qu'il allait s'évanouir avant l'arrivée de son chef.

- Vous plaisantez ? demanda le surveillant, son corps se couvrant de sueurs froides.

- Vous avez dû remarquer hier que je n'étais pas femme à faire des blagues. Surtout que j'ai bien compris que votre société n'était pas sensible aux traits d'esprits sur les atomes et autres radiations.

- Donc, si vous ne venez pas nous tuer pour vous abriter dans le Mont Weather qui ne résistera pas à cette nouvelle apocalypse, vous venez demander notre aide ? s'enquit Thomas.

- En fait, je viens vous proposer mon aide, répondit la brunette. Mais pour cela, je dois parler à votre chef.

La porte de la salle de contrôle et le Président Dante Wallace pénétra d'un pas rapide. Il s'avança jusqu'au micro et posa la main dessus.

- Qu'a-t-elle dit ? murmura Dante pour le garde Thomas.

- Une nouvelle apocalypse nucléaire se dessine, notre forteresse va être pulvérisée et elle nous propose son aide, résuma le surveillant.

Dante ôta sa main du micro et prit sa voix de parfait politicien.

- Bonjour Docteur Granger. Le surveillant Thomas m'a informé de votre échange. Pouvez-vous m'en dire plus au sujet de cette apocalypse ?

- Les centrales nucléaires présentes sur tout le territoire n'ont pas été entretenues correctement depuis près de cent ans et les coeurs des réacteurs vont entrer en fusion. Pour faire simple, ça va exploser, expliqua la femme.

- Pourquoi nous en avertir ? demanda le Président.

- Je peux vous aider mais pour cela, j'ai besoin d'une carte du monde de toutes les centrales connues avant le primefire. Pouvez-vous me trouver cela dans vos archives ?

- Oui bien sûr. Et en échange, que puis-je obtenir de vous ?

- La vie sauve.

La réponse claqua comme un coup de fouet et l'éclat métallique dans les yeux de la femme coupa l'envie au président de tenter toute négociation.

- Vous aurez les documents, nous vous les apportons dans dix minutes. Cependant, une question. Qui êtes-vous ?

Un rictus narquois étira les lèvres du Docteur Granger.

- D'accord, d'accord... Je comprends ce qui se passe... commença la brunette. Être face à la perfection, c'est si rare. Tu te sens tout drôle, tout bizarre... C'est adorable ! Les humains ne changent pas, ils aiment les stars. Ouvre les yeux, c'est parti... Tu peux te pincer, oui, c'est bien moi, Asalhir! Un vrai demi-dieu, ces cheveux, ce corps... Oui c'est moi le plus beau c'est moi le plus fort ! Comment vous le dire ? C'est pour vous les hommes que j'ai créé l'univers ! C'est naturel, c'est pour vous, vous les hommes. Je suis un demi-dieu très ordinaire !

Dante Wallace haussa les sourcils et regarda avec incompréhension le garde Thomas qui se grattait la nuque.

- Je me moque, je suis taquine. Je viens de vous faire un passage d'un vieux dessin-animé. Bref, elle vient cette carte ? s'impatienta la brunette en tapotant sur le cadrant de sa montre. Faut-il que je vienne la chercher moi-même ?

- Non, surtout pas ! s'exclama Wallace. Promis, dans dix minutes, un homme en combinaison viendra vous l'apporter ! Ne bougez surtout pas !


Hermione apparut sur ce qui semblait être un ancien parking envahi par la végétation. Le bitume défraîchi était déformé par des racines d'arbres et la mousse couvrait le reste d'un grillage qui avait connu des meilleurs jours.

- Si la nature n'était pas là, je l'aurais inventée. Rien de mieux pour effacer les traces humaines inutiles, marmonna-t-elle en tournant sur elle-même pour constater à quel point l'homme avait bafoué son environnement.

Elle se mit en route vers un portail immense qui ne servait plus à rien, suspendu par un seul gond comme un pantin désarticulé. Elle le poussa devant elle dans un crissement sinistre du métal contre le sol défoncé.

- J'adore l'ambiance, grimaça-t-elle.

Elle traversa une cour en direction de la centrale, tout en observant les alentours. Elle avait la sensation d'être dans un film apocalyptique de série Z.

- La réalité a rattrapé la fiction, soupira-t-elle en pénétrant dans le bâtiment.

A l'instant même ou elle franchit le seuil, elle dressa une bulle de magie protectrice. La température était anormalement élevée dans l'entrée de la centrale.

- Je sens que ça va me péter à la gueule... maugréa-t-elle, sa voix résonnant dans le bâtiment vide.

Elle avisa le reste d'un plan d'évacuation accroché sur un mur et tenta de repérer la salle de contrôle. Ne voyant aucune indication susceptible de l'aider, elle s'engagea dans le couloir, cherchant des pictogrammes pouvant l'orienter. Elle poussa la porte menant à la cage d'escalier et elle descendit prudemment les marches, s'attendant à être attaquée par des rats mutants ou des araignées radioactives. Plus elle s'enfonçait dans les tréfonds de la centrale, plus la chaleur devenait étouffante, l'air irrespirable et la lumière, rare.

- Je crois qu'en vieillissant je deviens claustrophobe, fit-elle à voix haute pour se sentir moins seule.

Mais l'écho sinistre qui lui revint lui donna la chair de poule. Arrivée au dernier sous-sol, elle voulut pousser la porte mais retira aussitôt sa main. Le métal était brulant et la Source regarda les cloques qui se formaient sur sa paume. Elle renforça sa protection magique et balança un rai de magie qui sortit la porte de ses gonds.

La bouffée de chaleur qui l'atteignit avant que la porte ne se couche au sol lui coupa la respiration un instant. Reprenant le contrôle de son corps, elle s'avança avec précaution dans la nouvelle salle. Une lueur inquiète teinta son regard lorsqu'elle aperçut l'eau lourde sensée refroidir les barres d'uranium en train de bouillonner. Elle chercha autour d'elle une console d'activation de refroidissement, un levier quelconque, voire un gros bouton rouge avec gravé le mot urgence, mais rien ne semblait pouvoir l'aider.

- Je suis médecin, moi. Pas ingénieur... souffla-t-elle.

Elle retira sa veste et son pull, la chaleur devenant vraiment intenable.

- Voyons si la magie surpasse la technologie.

Elle leva les mains, prête à jeter un sort, quand son regard se posa sur sa peau. Cette dernière était devenue sèche, parsemée de crevasse. Les yeux noisette se portèrent sur les avant-bras dont l'épiderme subissait le même sort.

- Merde, j'me fait irradier !

Elle renforça sa barrière magique et lança aussitôt un sort violent sur le coeur du réacteur. Ce dernier se couvrait au fur et à mesure d'une épaisse couche de glace qu'Hermione faisait grossir de plus en plus, jusqu'à atteindre trois mètres d'épaisseur.

- Lyfa, tu me manques, grimaça-t-elle en forçant encore la dose, tout en sentant que le transfert d'énergie entamait dramatiquement sa propre protection.

Elle agrandit et consolida autant qu'elle put le cocon de glace avant de transplaner hors de la centrale, sentant les radiations qui attaquaient les cellules de son corps.

Elle réapparut sur les rives de la rivière Potomac et se laissa tomber dans le fleuve pour refroidir sa peau en feu. La Source resta immergée quelques secondes pour ensuite gagner la surface de l'eau et inspirer profondément. Enfin, fatiguée d'avoir déployé autant d'énergie et de magie, elle regagna la terre ferme, s'allongea sur l'herbe et ferma les yeux, tentant de chasser la nausée qui la prenait à la gorge.

Sachant qu'elle ne pouvait pas rester inconsciente dans un environnement aussi hostile, elle puisa dans ses réserves et se concentra sur la source de pouvoir d'Emily. Après l'avoir localisée, la brunette disparut dans un craquement sonore, espérant que la dragonne saurait quoi faire d'une déesse irradiée et sur le point de s'évanouir.


Lexa ramena sur ses épaules la fourrure qui rendait la position immobile dans le froid à peu près tenable. Déjà quatre heures de veille à la noirceur depuis l'orée du camp des Skaikrus et la lune avait à peine entamé sa course dans le ciel. Anya à ses côtés, elles épiaient les mouvements dans le camp et devinaient l'organisation de ces étrangers à la lueur de leurs torches.

- Ce sont des gosses paumés... murmura-t-elle à son ancienne mentor. Ton armée n'en fera qu'une bouchée. Et à vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Je te donne deux jours pour les rencontrer et tenter une médiation.

Ayna restait concentrée sur son observation du camp. Après quelques instants, elle rompit le silence.

- Quel est son objectif pour cette négociation, Heda ? En faire un treizième clan ? Les inviter dans le notre ? Les exclure et les tenir en marge de ton peuple ?

- Peu importe. Evite la guerre, c'est tout ce que je te demande. Je ne veux pas que tes troupes soient mobilisées sur ce front alors que l'armée des glaces menace Polis et les autres clans.

La guerrière acquiesça d'un mouvement de tête.

- Il en sera fait selon ta volonté, Heda.

La conversation fut interrompue par l'arrivée discrète d'un soldat qui se pencha sur Lexa.

- Désolée de vous déranger, Heda, mais la Guérisseuse veut vous parler. C'est au sujet d'Asalhir, elle serait souffrante.

La commandante se crispa imperceptiblement avant de se rendre compte que le froid qu'elle ressentait ne venait pas de l'extérieur mais de l'intérieur de son être. Aussi silencieusement que possible, elle quitta son poste de surveillance, intimant à Anya de poursuivre son observation, et se dirigea vers le village de Tondc. Aussitôt Emily dans son champ de vision, Lexa allongea le pas.

- Que se passe-t-il ? lança-t-elle à la guérisseuse. J'espère que c'est important.

La dragonne lui fit signe de la suivre et l'emmena dans une hutte. Lexa découvrit son alter ego allongée sur un lit, inconsciente. Sa peau était grise et couverte de sueur. Des cernes noirs creusaient son visage et ses traits semblaient figés dans une expression douloureuse. L'image que renvoyait la Source était loin de ce que Lexa connaissait de son aînée, qui dégageait habituellement assurance et force tranquille. Le coeur de la jeune commandante se serra douloureusement, bien qu'elle n'en laissa rien paraître. Qu'était-il arrivé à la Source et qu'avait-elle fait depuis qu'elle s'était éclipsée ?

- Fais quelque chose pour elle, ordonna la brune. Elle souffre.

- J'ai déjà jeté quelques sorts, avoua la Guérisseuse, sa voix trahissant l'impuissance. Heda, nous sommes à quelques mois d'une nouvelle apocalypse nucléaire. Les centrales de l'ancien monde vont exploser les une après les autres, et la presque totalité de la surface de la planète va être rasée. Asalhir a réussi à éteindre une centrale, mais il en reste des milliers. Et voyez dans quel état l'ont mis les radiations.

L'information faisait son chemin dans l'esprit de la brune et les commandants précédents l'alimentaient en histoires de l'apocalypse initiale. Si Emily disait vrai, le problème d'Anya serait rapidement résolu, comme le sien avec la reine des glaces. Et la solution ne lui apparaissait pas. Si Hermione, la source de la puissance par excellence, n'avait pas réussi dans son projet de détruire une seule source nucléaire sans dommage, comment elle et son peuple le pourraient-ils ?

Emily regardait la jeune femme débattre en son for intérieur. Et elle voyait clairement la confusion se battre avec sa raison.

- Heda, vous devez l'aider.

- Et que veux-tu que je fasse ?

- Vous avez sa puissance et son savoir et vous pouvez...

- Je ne peux rien, je ne sais rien, rétorqua froidement la brune. A me donner des leçons de politique, elle en a oublié l'essentiel, me donner le mode d'emploi de toute cette énergie.

- Idiote...

Le murmure rauque fit se retourner les deux femmes vers le lit de fortune. Hermione semblait avoir repris conscience, mais la respiration sifflante de cette dernière inquiétait la commandante.

- Toujours le mot pour rire, Asalhir, répondit cette dernière tandis qu'Emily vint s'agenouiller à côté du lit de fortune.

- Pour une fois que tu m'appelles par mon titre... je dois avoir une sale tête...

- Guide-moi, ordonna Lexa en s'approchant à son tour du lit pour prendre délicatement la main brûlée de la Source. Aide-moi à te sauver. Sinon tu ne passeras pas la prochaine heure.

La commandante sentit un léger picotement au bout des doigts avant qu'une sorte de souvenir s'empare d'elle. L'expérience de son aînée imprégna son esprit et la cadette sut exactement quoi faire. Aussi la jeune femme se concentra et laissa pour la première fois parler sa magie de manière consciente. Son pouvoir se répandit dans le corps d'Hermione, détruisant toutes les radiations qui empoisonnaient les cellules.

- Elle a reprit des couleurs, l'encouragea Emily. Continuez, Heda. Essayez de vous occuper de sa brûlure à la main.

Le pouvoir réparateur reconstitua l'épiderme calciné, la commandante s'appliquant dans l'utilisation de ses nouvelles capacités. Elle voulait démontrer qu'elle était une excellente élève, qu'elle était digne d'être l'autre moitié de cette entité qu'elle avait encore des difficultés à concevoir, à cerner.

"Nous sommes tout par notre essence, mais rien par notre matière." répondit la voix d'Hermione dans son esprit. "Notre puissance est sans fin mais notre condition de mortel nous rappelle d'être humble. C'est un équilibre difficile à trouver et il m'arrive encore de m'égarer."

"Comme par exemple vouloir éteindre un feu nucléaire qui couve ?" proposa Lexa en interrompant son sort, satisfaite de l'état de son aînée.

"Exactement. Mais c'est mon côté "je me sacrifie pour tout le monde"..."s'excusa Asalhir.

- C'est moi qui vais devoir veiller sur toi ? se moqua gentiment la Heda.

"Je m'en voudrais de faire perdre son temps au commandant." répondit la Source.

- En attendant, repose-toi. On reparlera de tout ça demain. Et à cette occasion, je te ferai passer l'envie de refaire quelque chose d'aussi dangereux sans m'en parler.

- Hmmm... Et y'a quelqu'un pour me tenir me tenir au chaud cette nuit ? murmura la Source, les yeux toujours clos. Il fait froid dans ce plumard et tu as retiré les radiations qui me réchauffaient.

Un instant déstabilisée par la demande et pas vraiment sure de comprendre, Lexa fronça les sourcils.

- Tu veux des fourrures en plus ? proposa-t-elle de sa voix posée. Je peux demander à ce qu'on t'en apporte, continua-t-elle en faisant signe à Emily qui trottina vers la sortie.

- Lexa, je gèle. Sérieusement, répondit la Source en claquant des dents. Y'a bien un de tes hommes ou femmes qui pourrait venir s'allonger contre moi. Promis, je ne porterai pas atteinte à son intégrité, mais la chaleur corporelle est le seul moyen dans ton monde de m'aider.

- Très bien, finit par acquiescer la commandante. Après ce que tu as fait pour nous, on te doit bien cela, répondit l'Heda.

Elle avait une observation à poursuivre avec Anya mais, pour une raison profonde qu'elle ignorait et qu'elle ne chercha pas à découvrir, elle se refusait que quelqu'un d'autre qu'elle s'allonge dans le même lit que son aînée. Et puis, Lexa était séduite par l'idée de se reposer elle aussi dans la chaleur de quelqu'un. Le temps de se défaire de ses vêtements et la brune souleva la couverture pour s'allonger contre la Source.

- Merci de te dévouer, murmura la sorcière.

- Comme je te l'ai déjà dit, après ce que tu as fait pour nous, c'est la moindre des choses.

- Hmm... ça, c'est la réponse de l'Heda. Et qu'en pense Lexa ? murmura Hermione.

- Lexa va essayer de ne pas avoir les mains baladeuses, répondit la jeune femme, l'amusement se faisant entendre dans sa voix, tout en étendant son bras pour accueillir son aînée contre elle.

- Bonne idée, chuchota la trentenaire en calant sa tête dans le creux de l'épaule de sa cadette. Ce serait regrettable de me chauffer alors que je suis trop fatiguée pour être à la hauteur. Je serai vraiment contrariée que tu penses que je n'assure pas...

La répartie tranquille de la Source amena un fin sourire sur les lèvres de la commandante.

- Je ne cherche pas de relation, je suis l'Heda.

Hermione entendit une tension dans la voix de la jeune femme.

- Dis m'en plus.

- Costia, commença la brune après un moment de silence, elle s'appelait Costia. J'ai trouvé sa tête tranchée sur mon lit une heure avant mon premier combat, un cadeau de la reine Nia. Mais j'ai remporté le conclave. Et je me suis jurée qu'il n'y aurait plus jamais personne à mes côtés. Je ne veux pas qu'une telle horreur se reproduise.

- Tu ne peux pas mettre les gens que tu aimes sous cloche. A vouloir protéger les personnes qui nous sont chères, on fait des erreurs, et on se coupe de toute humanité, avec le risque de devenir un tyran sans âme. Lexa, ne suis pas cette voie. Continue de vivre. Car l'éternité est très longue... surtout quand on est seule, conclut la Source dans un murmure.

- Je connais déjà la solitude de l'Heda et j'en ai payé le prix. Il n'y a donc aucune surprise dans ce que tu me dis. C'est mon choix, me consacrer à mon peuple, je le ferai toujours passer en premier, quoique ça puisse me couter.

Hermione poussa un soupir douloureux.

- Cet endroit fait ressortir le pire de l'humanité. Ce monde ne ressemble en rien à ce que j'ai connu. Je tuerai pour écouter de la musique, ou avoir un instrument entre les mains. Je voudrais voir des tableaux, aller au musée, à l'opéra. Danser ! Je rêve d'un tango, d'une valse. Caresser un chat qui ronronne devant un bon feu de cheminée. Mais ici... Il n'y a que violence et cela me tue à petit feu. Et je crains qu'il en soit de même pour l'humanité.

- Si la situation n'était pas désespérée, Emily ne t'aurait pas ressuscitée. Je ne comprends pas ce que tu ressens, mais je compatis sincèrement, répondit la commandante qui sentait toujours le corps frissonnant de la Source contre le sien.

Hermione ouvrit les paupières et plongea son regard noisette fiévreux dans les yeux gris qui la sondaient.

- Finalement, je me suis trompée. Cet univers n'est peut-être pas à jeter, murmura Asalhir avant de refermer les yeux. Surtout ne change pas.

La brune fut surprise par le compliment détourné de son mentor et se demanda si elle était sincère ou si les effets de la centrale la faisaient délirer.

- Tu as le cerveau encore irradié ? s'enquit la commandante.

- Si tu laisses Lexa sortir de la carapace de commandante que tu t'es forgée, tu seras une grande Heda.

Lexa se laissa aller sur la couche de paille en soupirant.

- Je suis la meilleure guerrière au sang noir de ma génération, mais de là à dire que je serai le bon guide pour mon peuple… j'en suis aux balbutiements de mon commandement et déjà les ennuis s'accumulent. Tu m'as dit avoir été une dirigeante dans ton temps, que ferais-tu si tu étais à la place ?

- Les règles qui régissent ton monde sont très différentes de celles des univers que j'ai connus. Cependant, je peux te montrer quelque chose.

Un souvenir s'imposa dans l'esprit de Lexa et la jeune femme ferma les yeux, attentive à ce qui se déroulait sous ses yeux.

Hermione était debout face au Magenmagot au grand complet. Les hommes et les femmes qui composaient l'assemblée ne la quittaient pas du regard, aussi elle faisait attention à sa gestuelle, à son phrasé. Elle voulait que le projet de Minerva soit voté et elle y consacrait toute son énergie.

- Quel avenir voulons-nous offrir à la jeune génération, celle qui dirigera notre communauté dans les prochaines années ? Quelle aide voulons-nous apporter aux parents de ces enfants ? Et surtout, quel message voulons-nous donner au monde moldu ? Celui du repli ? De l'ignorance ? Du mépris ?

Elle fit une courte pause et regarda une par une les personnes du premier rang.

- Deux ans que moldus et sorciers se sont rencontrés, dans de tragiques circonstances. Mais l'entraide fut là et ensemble, nous avons reconstruit notre société sur les ruines du rejet pour certains, de l'incompréhension pour les autres. Ce fut un premier pas, effectué de part et d'autre. Mais il faut aller plus loin. Les évènements de ses dernières semaines ne peuvent être ignorés et nous encouragent à avancer dans la découverte de nos deux mondes. La haine est fondée sur l'ignorance, sur la peur de ce qu'on ne connait pas. Aussi, le projet de Minerva McGonagall ici présente sera la première pierre, les fondations de cette société naissante. Une société dans laquelle moldus et sorciers cohabiteront dans la paix et l'entraide.

La neuvième sage jeta un coup d'œil sur sa droite et observa rapidement Minerva, assise confortablement dans un fauteuil. L'ancienne directrice de Poudlard avait les mains jointes sur ses jambes croisées et écoutait avec attention le discours de son ancienne préfète.

- En tant que Ministre de la Magie, j'approuve totalement le projet qui vous est soumis aujourd'hui, et je suis convaincue que vous verrez tout comme moi l'intérêt de le mettre en œuvre pour la rentrée prochaine. Je vous remercie.

La plupart des membres du Magenmagot applaudirent bruyamment et la Ministre s'approcha de leurs rangs pour serrer les mains qui se tendaient. Le Président finit par réclamer le silence et Hermione s'installa à côté de Minerva pour assister au vote. Les deux femmes restèrent silencieuses alors qu'une multitude de mains se levaient pour approuver le projet, qui fut adopté à quatre-vingt pour cent des voix.

Lexa ouvrit les yeux et regarda la Source toujours blottie dans sa chaleur avec admiration.

- Tu parles super bien. Même moi j'aurai voté ton truc, sans savoir de quoi ça parle.

- Ca s'appelle la rhétorique. Bien maîtrisée, cela peut éviter quelques batailles, bailla Hermione.

- La plupart des clans pourraient être sensibles à des réformes bien amenées. Mais certaines tribus sont hostiles et la voie du sang n'est pas toujours évitable.

- Il te faut calmer les tensions et gérer les susceptibilités. Car la voie du sang mène à ce genre de choses.

La seconde suivante, un nouveau souvenir prit possession de la conscience de Lexa.

Hermione apparut devant le 10, Downing Street et fut impressionnée par le nombre des officiers de police déployés. Elle s'avança de son pas vif et passa sous le cordon jaune déroulé devant la demeure officielle du Premier Ministre. Ce dernier l'attendait en contemplant la façade endommagée.

- Bonjour, Hermione.

- Monsieur le Premier Ministre, salua l'enchanteresse.

- Etant donné que vous m'avez sauvé la vie hier, c'est Edward, pour vous.

La neuvième sage eut un léger sourire et observa rapidement le mur effondré.

- Vos experts ont fini de tout analyser ? demanda-t-elle posément.

- Oui… Il va falloir reconstruire et…

Hermione agita rapidement la main et les briques au sol s'élevèrent pour se poser les unes sur les autres. De la poussière volait entre les différentes couches de pierre pour former une espèce de ciment et, quelques secondes plus tard, le mur fut comme neuf.

- Pour le petit coup de peinture, je ne peux rien faire pour vous… dit-elle, amusée.

Edward Sflitt regarda la Ministre de la Magie, éberlué.

- Tous les sorciers sont capables de faire ça ? demanda-t-il, admiratif.

- Non, je suis une des rares, répondit la neuvième sage.

- Un jour, il faudra que vous me parliez de vous.

- Autour d'un bon café et de quelques muffins, ça me paraît faisable.

- Demain dix heures ? proposa le Premier Ministre.

- Vous êtes toujours aussi impatient ? se mit à rire Hermione. Appelez ma secrétaire, je suis incapable de vous dire ce que je vais faire cet après midi… Bref, vous vouliez me voir pour quoi ?

- Entrons, voulez-vous…

Sflitt ouvrit la porte et laissa Hermione pénétrer la première dans l'immeuble. Il ferma la porte derrière lui et les deux ministres gagnèrent un petit salon.

- L'attentat a été revendiqué, finit par lâcher le moldu en servant deux tasses de café. Toujours noir avec un sucre, le matin ?

- Tout à fait. Un message a été laissé ?

- On a reçu une lettre ce matin à Buckingham Palace, adressée au Roi. Les auteurs lui demandent « d'arrêter tout contact avec votre monde et de dissoudre ce gouvernement corrompu » sous peine de représailles sanglantes.

- Y avait-il une personne précisément visée, ou c'est l'intégralité du gouvernement ? demanda l'enchanteresse, perplexe.

- Aucun nom, donc sécurité maximale pour tous, répondit sombrement le Premier Ministre. Il serait bien que vous ayez une escorte de… d'Aurors, c'est ça ?

- Rassurez-vous, on me l'a déjà proposée. Mais je suis assez grande pour assurer ma sécurité.

Sflitt haussa les épaules et finit d'une traite son café. Il regarda sa montre et étouffa un juron.

- Je vais être en retard au palais. Je vous dépose ?

- C'est gentil, mais j'ai mon propre moyen de locomotion, répondit Hermione avec un sourire.

Elle vida sa tasse et la posa sur le buffet.

- Allons-y, du travail nous attend ! soupira-t-elle.

Les deux ministres sortirent de l'immeuble et l'enchanteresse regarda, amusée, les policiers qui observaient d'un air appréciateur un groupe de jeunes femmes sortant d'un pub. Une jolie rousse attira son attention et elle eut un sourire attendri. La femme lui rappelait Ginny avec vingt ans de moins.

« Merlin, que le temps passe vite ! »

Un moteur rugit et elle s'arracha de la contemplation du groupe féminin. Ses yeux s'écarquillèrent alors que deux individus sur une moto s'arrêtèrent devant eux.

- Hey ! s'exclama un policier. L'accès est interdit ! Descendez du véhicule !

Les deux personnes casquées brandirent des pistolets et vidèrent leurs chargeurs sur les deux ministres. Les jeunes filles hurlèrent dans la rue, tandis que le désordre s'emparait des policiers en faction et que d'autres coups de feu retentissaient dans le nuage des gaz d'échappement de la moto qui repartait en trombe. Hermione sentit une terrible douleur déchirer son thorax, une autre vriller son épaule avant qu'elle ne s'écroule sur le bitume dans un liquide chaud et poisseux. A ses côtés, Edward Sflitt gisait dans une marre de sang, un trou au milieu du front.

La vision de l'enchanteresse fut troublée et elle sombra dans le froid et les ténèbres alors que des sirènes se faisaient entendre au loin.

Lexa inspira profondément, prenant conscience qu'elle avait retenu sa respiration. L'attaque avait été rapide et elle ne s'y était pas attendue. Tout comme la Hermione du souvenir, qui n'avait pas eu le temps de réagir.

- Mais tu es la Source et tu as survécu.

- Je n'étais pas la Source à l'époque, et survivre n'est pas une fin en soi. Apprendre oui. J'ai appris tous les jours et comme les Heda du passé te permettent de naviguer dans ton monde aujourd'hui, je vais te donner la Connaissance de tout ce que ta nouvelle condition d'Origine de toutes magies va te permettre d'accomplir. Mais cela ne t'empêchera pas de souffrir d'erreurs que tu feras. Et c'est ce qui fera de toi une meilleure Source, compréhensive de ce que vivent tes contemporains.

- Payer de ma personne parce que je suis Heda, j'en ai conscience et je l'ai accepté. C'est exposer la vie d'un proche que je ne veux plus faire. C'est une souffrance que je ne veux pas revivre.

- Ne dis pas ça. Et surtout, surtout, ne fais pas le choix à la place de l'autre. J'ai eu quatre filles, confia Hermione. Et trois épouses. Toutes ont été en danger. Mais jamais je ne regretterai mes familles.

- Décris-les moi.

- Il y a eu Minerva... Tu l'aurais adorée. Une farouche combattante au caractère bien trempé. Tu as vu Regina, la méchante reine, la femme dans toute sa sensualité. Ensuite, Maura, celle qui me correspondait peut être le plus. Elle était aussi... Etrange, intelligente et pas à sa place que moi. Mais celle qui fut l'Amour de ma vie, la moitie de mon âme, celle qui fut mon oxygène, ma raison, c'est Aliénor. L'autre moitié de l'origine de toutes magies. La Souveraine dans toute sa splendeur. Toujours à faire passer son peuple avant elle. Tu lui ressembles sur certains points.

- Lesquels ? s'intéressa encore plus Lexa.

- Elle savait mettre de côté ses sentiments pour l'intérêt de son pays, j'en ai fait les frais. Elle était d'une intelligence rare, d'une grande classe... A cote d'elle, j'avais l'impression d'être un sac poubelle. Et c'était une grande guerrière…

Lexa sentit que la brunette ne disait pas tout ce qui traversait son esprit à propos de cette souveraine mais retint ses questions.

- C'est pour ça que tu as préféré mourir ?

- J'en avais assez de toutes ces guerres. J'ai fait ce que j'avais à faire pour mettre les humains de tous les univers en sécurité et j'ai passé la main. Malheureusement, j'ai été terrassée par une crise cardiaque un peu trop tôt à mon gout. Et je suis triste d'avoir abandonnée Maura, elle ne méritait pas d'être veuve à 75 ans.

Lexa laissa le silence s'installer, resserrant son emprise autour de son aînée.

- Que te faudrait-il pour être heureuse ? finit-elle par demander.

La réponse ne vint pas et la commandante tourna son regard pour se rendre compte que la brunette s'était finalement endormie.

- Quand nous rentrerons à Polis, je chercherai ces choses qui te manquent tant et je te les montrerai. Peut-être regretteras-tu un peu moins d'être à nos côtés.


Et voilà le travail ! Encore une victoire de super canard ! ^^

Bon week-end,

Bises,

Link9 et Sygui