Hey hey !

Pas trop chaud ? Pour tuer le temps en attendant le rafraichissement, voici un nouveau chapitre !

Bonne lecture !


Chapitre 12 : Nouvelle vie à Tondc

Cela faisait un mois qu'Hermione avait fui Polis après avoir assassiné le Roi Roan, se réfugiant à Tondc sous la protection d'Anya. Elle s'était construit une petite maison en périphérie de ville et se tenait à l'écart de la population, souhaitant éviter des regards hostiles ou des représailles. Et, de toute façon, à quoi bon se lier à des gens alors qu'elle n'était pas sûre de rester dans ce village, voire sur ce continent.

Regardant la pluie qui dégoulinait des feuilles des arbres entourant son "home sweet home", la Source se demandait même si elle ne devrait pas tout simplement changer d'univers. Si seulement Emily ne l'avait pas tirée de son repos éternel et n'avait pas eu la mauvaise idée de confier la moitié de sa magie millénaire à Lexa. La brunette se retrouvait tiraillée entre l'envie irrésistible de partir loin et sa conscience professionnelle. Elle ne devait pas laisser Lexa avec une puissance que la native ne maitrisait pas dans un univers sur le point de s'autodétruire. Elle colla son front contre la vitre fraiche et soupira douloureusement. L'éternité allait être très, très longue.

Son regard capta au centre du village un attroupement inhabituel pour cette heure matinale. Chassant momentanément l'image de la Heda de sa tête autant que les sensations désagréables qui accompagnaient cette évocation, Hermione attrapa sa veste en cuir et décida d'aller voir ce qui se tramait.

Plus elle s'approchait des Trikus, plus elle sentait une ambiance lourde, froide, en parfaite adéquation avec le temps. Des hommes dressaient un bucher funéraire sous le regard d'une femme aux yeux rougis.

- Je retourne auprès de lui, murmura tristement la native.

- Excusez-moi, que se passe-t-il ? s'enquit doucement la Source.

Les natifs la regardèrent tandis que la femme s'engouffrait dans une petite hutte. Tous avaient reçu consigne d'Anya d'être aimables avec la discrète étrangère qui s'était installée dans leur village. Et c'était la première fois qu'ils entendaient le son de sa voix et qu'elle venait se mêler à eux depuis son arrivée. Habituellement, elle se contentait de quelques pas en compagnie de la chef de clan. Mais ce n'était guère le bon jour pour tenter de tisser des liens.

- On prépare un rite funéraire pour le p'tit Noé. Le médecin Skaikru ne lui a donné que quelques heures à vivre, répondit fraichement un homme en disposant des bûches au sol.

- Le médecin Skaikru est un âne. Conduisez-moi à l'enfant, ordonna Hermione.

- Elle a déjà sauvé certains d'entre nous pourtant, contr a-t-il, la dévisageant avec suspicion.

- Ce n'est qu'une mortelle, elle ne peut pas accomplir de miracle. Moi, si. Conduisez-moi à l'enfant, répéta Asalhir.

Le Triku avait entendu des histoires à propos de cette femme. Certains au village, surtout les vieilles femmes, murmuraient que c'était une déesse. Que ses pouvoirs étaient démentiels et qu'elle était toute puissante. Peut-être était-ce vrai, après tout. Hochant la tête, il lui fit signe de la suivre jusqu'à la hutte.

- Anna, l'étrangère veut te voir, annonça-t-il.

Hermione leva les yeux au ciel. Etrangère, elle l'avait toujours été, quels que soient les mondes qu'elle avait visités. Entrant dans la hutte, le bruit d'une respiration plus que laborieuse lui serra le coeur. Le pauvre enfant n'en avait plus pour très longtemps. La Source alla s'agenouiller à côté de la paillasse et posa ses mains sur la tête et le coeur du garçon.

- Des antibiotiques auraient pu le sauver. Monde de sauvages... maugréa-t-elle en faisant parler sa magie.

La brunette chassa l'infection du corps de son patient qui reprenait des couleurs au fur et à mesure des secondes qui s'écoulaient. Près du lit, la mère marmonnait des semblants de prière tout en se tordant les mains d'angoisse.

La respiration de l'enfant se fit plus facile, plus fluide, et il finit par ouvrir les yeux.

- Ca va gamin ? demanda Hermione avec un sourire.

L'enfant acquiesça et la Source lui caressa les cheveux.

- Repose-toi. Une bonne journée au lit et tu seras parfaitement guéri.

Alors qu'elle se relevait, la mère tomba à genoux devant elle et lui prit les mains.

- Merci, lui dit-elle les yeux plein de larmes, vous êtes une déesse venue sur terre.

- En fait, je suis une déesse ressuscitée, rectifia Hermione avec un mince sourire.

- Comment puis-je vous remercier ? Je n'ai pas grand chose, mais c'est à vous.

- Tout ce que je veux, c'est que vous preniez un peu de repos. Je vais vous laisser dormir avec votre fils, vous êtes épuisée. Bonne journée madame.

Laissant la mère se remettre de la peur de perdre son enfant, Hermione sortit de la hutte en remontant le col de sa veste. Elle interrompit pourtant son geste en remarquant l'attroupement et le murmure constant qui régnait à l'extérieur.

- Un problème ? demanda-t-elle en haussant un sourcil.

Le silence se fit avant qu'une femme s'approche.

- Il a dit que vous l'aviez sauvé, le p'tit Noé, commença-t-elle en montrant un homme dans la foule maintenant silencieuse.

- J'ai donné un petit coup de pouce à son système immunitaire, commenta la brunette avant de se reprendre sous le regard perdu de la Triku. Oui, il est tiré d'affaire, demain il recommencera à faire des bêtises.

Une nouvelle femme s'avança, l'air peu sure d'elle-même.

- Mon homme... il a une vilaine blessure, la chasse... un ours et heu, ben, il a pas voulu aller là-bas, expliqua-t-elle en montrant du menton la direction du camp Skaikru. Sauf que maintenant, même le chien s'en approche pas tellement ça pue... alors heu, ben, si c'était pas trop vous demander...

- Où a-t-il été mordu ? demanda Hermione.

- A la main, répondit la femme avec une grimace. Elle devient noire et un liquide sort de la plaie.

- Amenez-le moi, je vais guérir cette gangrène, ordonna la Source.

La femme ne se le fit pas dire deux fois et partit en courant chercher son compagnon. Ils revinrent tous deux quelques minutes plus tard et Hermione prit entre ses mains le membre blessé.

- Oui, c'est moche à voir... commenta-t-elle en voyant la chair putréfiée.

Pour la deuxième fois de la matinée, elle activa son pouvoir et chassa la nécrose, reconstituant la peau et détruisant l'infection.

- A la prochaine morsure, venez me voir sans attendre, fit la Source en lâchant la main de l'homme.

Le silence autour d'elle était quasi religieux et tout le village semblait s'être assemblé pour la voir.

- Bon, et bien si ça ne vous embête pas, je vais rentrer chez moi, fit la brunette en se sentant maintenant mal à l'aise d'être le centre d'attention de tous les Trikus.

Elle tourna les talons et fila vers sa maison, sans oser regarder derrière elle les natifs rassemblés. Une fois à l'abri des regards, elle s'autorisa à respirer. Enfin, elle se sentait utile. Elle avait aidé deux familles aujourd'hui, et c'était gratifiant.

- Je devrais poursuivre... songea-t-elle à haute voix en allant se servir un café. Je pourrais ouvrir un dispensaire. Je dois en toucher deux mots à Anya, qu'elle me trouve un lopin de terre sur lequel construire un petit hôpital de campagne. Voire un labo, pour développer des médicaments, des vaccins, ce genre de chose. Ouais, je serais utile et ça ferait passer les siècles...

L'idée lui sembla agréable et le temps lui parut soudain moins morose. Continuant à réfléchir, elle se servit son café en chantonnant.

Quelques coups furent frappés à sa porte et Anya passa une tête par l'entrebâillement.

- Salut ! Je peux entrer ?

Hermione l'invita d'un geste de la main et servit à la chef de clan une tasse de café.

- Tu as impressionné mon peuple, commença la blonde.

- Je sais. Tu n'as pas mis de temps à venir. Ca tombe bien, je voulais savoir si je pouvais installer un petit hôpital.

- J'allais te le demander.

Hermione sourit avant de redevenir sérieuse.

- On va s'entendre sur quelque chose dès le départ. Je ne suis pas là pour rendre tes guerriers invincibles. Je veux travailler pour la paix, pas pour la guerre.

- Je te demande seulement de soigner mon peuple. Je ne fais pas totalement confiance aux Skaikrus et je n'ai plus de guérisseuse. Si tu gardes mes gens en bonne santé, tu auras ma reconnaissance éternelle.

Hermione but d'une traite sa tasse avant de la reposer sur le comptoir de la cuisine. Elle frotta ses mains et des petites étincelles de pouvoir crépitèrent.

- Donne-moi un terrain de libre et à la tombée de la nuit, tu auras le plus bel hôpital de ce monde.


Deux silhouettes indéterminées se faufilaient dans les ruelles de Polis, slalomant d'ombres en ombres silencieusement.

- C'est n'importe quoi, susurra l'une d'elles.

- Arrête de pester et suis-moi, je te promets que tu vas adorer ça.

- Si quelqu'un voit l'Heda et l'Ambassadrice des Skaikrus se déplacer comme des voleuses, je suis pas sure...

- Personne ne nous remarquera. Alors détends-toi et prépare-toi à passer une bonne soirée.

- Tu peux me dire où on va ? insista Lexa.

Les deux jeunes femmes s'enfonçaient dans la partie la plus déserte et détruite de l'ancienne ville. Lexa passait son temps à épier chaque recoin, inquiète de prendre des risques inutiles alors qu'elle se devait à sa charge.

- Clarke...

- Encore un instant, chuchota la blonde qui les faisait pénétrer dans les restes d'un bâtiment.

Elle slaloma habillement entre les décombres, s'enfonçant plus profondément dans les soubassements. Après une dernière volée de marches, Clarke poussa une lourde porte et entraîna Lexa dans une vaste salle souterraine au plafond voûté.

- Nous sommes dans les caves d'un musée, chuchota-t-elle. Il y a des peintures magnifiques. Viens par là...

- Qu'est-ce qui t'a pris de traîner dans cette partie de Polis ? Je suppose que tu étais toute seule en plus ! Tu te rends compte, tout le monde sait que tu es avec moi, tu aurais pu te faire enlever, pour faire pression sur moi, ou pire ! Te faire tuer comme...

- Comme Costia, fit doucement Clarke qui avait profité de la diatribe de sa compagne pour allumer une lampe à alcool et rabaisser le globe dessus. Mais ce n'est pas arrivé. Regarde...

Lexa tourna la tête pour voir ce que son amante lui montrait. Et elle se trouva subjuguée par la plus belle chose qui lui avait été donné de voir. C'était une peinture d'hommes sur un radeau.

- Par les Hedas du passé, jura-t-elle en s'approchant.

Elle déposa sa main sur le tableau suivant les courbes des couleurs et les aspérités des coups de pinceau.

- Je comprends ce qu'elle voulait dire, chuchota-t-elle, laissant son regard embrasser l'entrepôt souterrain, s'arrêtant sur une statue, un buste, une nouvelle toile.

- Alors ? Tu ne regrettes pas de m'avoir suivie ? s'enquit Clarke en se collant contre le dos de l'heda.

- C'est... magnifique, finit-elle par dire en se retournant dans l'étreinte.

Elle se laissa aller à regarder la lumière danser dans les yeux de sa compagne, dégagea doucement une mèche de cheveux blonds derrière son oreille et posa ses lèvres sur celles de Clarke.

- Merci.

- De rien, murmura Clarke sur les lèvres de l'Heda. Visitons cette caverne aux merveilles, d'accord ?


Hermione sifflotait sur le perron de son dispensaire. Déjà un mois qu'elle avait ouvert le lieu et accueillait régulièrement les Trikus qui avaient dépassé l'étape de la méfiance. Elle se sentait bien, à sa place comme un vieux médecin de campagne qui vit tranquillement et se trouve souvent payé d'un pain ou d'un poulet. D'ailleurs, il allait falloir qu'elle recommence à courir, son ordinaire s'étant grandement amélioré.

Ne voyant personne s'approcher, elle retourna à son laboratoire et, après s'être consciencieusement lavé les mains, se remit à la préparation d'un antibiotique efficace. Observant les molécules au microscope, elle ne prêtait plus attention à son environnement. Elle sursauta, quelques minutes plus tard, en entendant la cloche de la porte d'entrée sonner.

- Bordel, grogna-t-elle en replaçant sa lamelle dans le petit frigo qu'elle s'était confectionné. J'arrive ! lança-t-elle plus fort pour prévenir de son retour dans l'entrée.

Elle se lava les mains histoire de laisser les problèmes loin du lieu des soins et passa dans la salle d'attente.

- Anya ? Un souci ?

La native était accompagnée d'une femme qui, par son allure, devait être une Skaikru.

- Je te présente le Docteur Abby Griffin, médecin des Skaikrus, qui s'inquiète de ne plus avoir de patients Trikrus. Comme tu en es la raison, tu pourrais lui expliquer ce que tu fais, sourit la chef de clan.

Hermione leva un sourcil envers la guerrière avant de tendre la main à la médecin.

- Enchantée, docteur Griffin.

- Anya m'a dit que vous prodiguez des soins ? questionna la Skaikru.

- Effectivement.

Les réponses plus que courtes de la brunette firent froncer les sourcils d'Abby.

- Quelle est la question que vous n'osez pas poser, Docteur ? fit aimablement la Source, bien que son regard n'eût rien d'invitant, ce qui fit sourire Anya.

- Et bien, pour être honnête, je m'inquiète un peu pour ces gens. Au camp Jaha, nous avons une unité médicale de dernier cri.

- Et vous pensez que je suis un charlatan, c'est ça ?

- Et bien…

- Griffin, vous êtes de la famille de Clarke, c'est ça ?

- Oui, répondit Abby, méfiante. Je suis sa mère.

Hermione hocha la tête avant de se diriger vers sa cafetière.

- Café ?

- Non merci.

La Source s'alluma une cigarette et se planta devant la Skaikru.

- Je vais mettre les choses au clair. J'ai deux formations de médecin : une sorcière à l'Institut Sainte Mangouste, l'autre moldue à l'université de Cambridge. Je suis médecin généraliste, chirurgien et médecin légiste. Je pratique la médecine depuis deux millénaires. J'ai opéré plus de patients qu'il y a d'étoiles dans le ciel. Donc je sais très bien ce que je fais. Rassurée ?

Abby prit le temps d'évaluer la femme devant elle, peu sûre de ce qu'elle était sensée comprendre.

- Deux millénaires…

- Au moins vous n'avez pas retenu médecin légiste, fit la Source avec un rictus.

Abby la dévisagea et le rictus d'Hermione s'agrandit.

- Je suis une déesse. On ne vous l'avait pas dit ?

La médecin avait beau rester stoïque, son non-verbal parlait pour elle. L'incrédulité le partageait avec crainte.

- Je fais souvent cet effet-là, conclut la brunette en tirant une nouvelle bouffée de sa cigarette.

- Vous êtes une déesse ? répéta la Skaikru.

- Du genre sympa et bienveillant sauf si on me fait chier.

- Asalhir, je te laisse présenter ton hôpital au Docteur Griffin ? A plus tard ! fit Anya avant de s'éclipser, laissant les deux médecins en tête-à-tête.

- Suivez-moi, lança Hermione en s'engageant dans un couloir. Ici, vous avez cinq chambres pour des patients qui ont besoin de repos.

Abby restait silencieuse en observant les pièces décorées avec goût, à l'ambiance chaleureuse, loin des images d'hôpitaux austères qu'elle avait vu dans des livres.

- Habituellement, les patients peuvent repartir après les soins, mais je préfère en garder certains qui ont besoin de lever le pied et de reprendre des forces, confia Hermione avant de passer dans une autre pièce. Ici, vous trouvez mon laboratoire. J'essaie de créer des médicaments, des vaccins, ou des vitamines.

- Anya vous a appelé Asalhir, c'est un nom que j'ai déjà entendu.

- Clarke je suppose. J'espère que ma mauvaise réputation ne m'a pas précédée.

- Clarke a mentionné que vous aviez soigné certains de ses amis d'une fièvre après avoir tué notre ancienne chancelière qui cherchait à prendre le commandement. Que vous étiez la personne qui avait permis la paix entre mon peuple et celui d'Anya. Et que le peuple des glaces a une dent contre vous depuis que vous avez assassiné leurs deux derniers souverains. Mais surtout que le châtiment voté par le Conseil des Ambassadeurs à votre encontre était une honte, répondit Abby.

- Vous avez peur de moi ?

- Vous avez le projet de m'assassiner ?

- Non. A vrai dire, je vous trouve assez sympathique, répondit Hermione.

Abby s'autorisa un léger sourire.

- Vous m'en voyez soulagée. Et je me dis qu'on pourrait sans doute démarrer une collaboration. Après tout, vous comme moi souffrons de n'avoir personne avec qui discuter médecine.

- J'ai dépassé le stade de la discussion depuis longtemps. Je veux apporter un peu de modernité à ce monde qui en a cruellement besoin. Dans mon monde d'origine, très peu de personne mourrait d'une bronchite. Ici, au moindre rhume, c'est l'hécatombe.

- Je suis dans une situation identique. Aujourd'hui, j'ai à peine de quoi subvenir aux besoins des deux groupes que je côtoie. Je n'ai que peu de ressources pour amener les conditions de salubrité et de santé à un autre niveau. Comment voyez-vous notre collaboration ?

- Aucune idée. Vous n'êtes pas une sorcière. Aussi, je ne vois pas comment nous pourrions travailler ensemble. Je pourrais y remédier aisément, mais je ne vous connais pas.

Abby ouvrit la bouche puis la referma, sans prononcer de parole sous le regard amusé de la Source.

- Vous… vous pourriez faire ça ?

- Je suis la mère de toutes les créatures magiques de tous les univers. Je peux tout faire... ou presque.

La clochette de l'entrée retentit et Hermione arbora un air sérieux.

- Excusez-moi, des patients m'attendent, fit-elle en se rendant dans la salle d'attente.

Trois hommes l'attendaient, l'un soutenu par les deux autres. Le blessé avait la jambe gauche ouverte et son tibia était visible et fracturé.

- Asalhir, aidez-le par pitié ! Un loup nous a attaqués.

- Venez avec moi, fit Hermione en les conduisant à une chambre.

La brunette aida le blessé à s'allonger et observa avec attention la blessure.

- Quelle approche préconisez-vous ? questionna-t-elle la médecin qui avait suivi et se tenait dans son dos.

- Anesthésie, réduction de la fracture, recherche des lésions nerveuses, drainage, sutures, rééducation.

- Excellente procédure, qui peut cependant le laisser boiteux. Maintenant, admirez ce que la magie peut faire.

Elle frotta ses mains et approcha ses paumes de la blessure.

- Premièrement, je désinfecte, expliqua-t-elle tandis que des étincelles s'échappèrent de ses doigts. Ensuite, je reconstruis l'os.

Abby observa le pouvoir de cette étrange femme remodeler l'os de la victime. Puis les tissus se régénérèrent, la plaie se referma et la cicatrice s'estompa pour disparaitre complètement. Le tout n'avait pris que trois minutes.

- Restez au repos jusqu'à demain matin. Interdiction de courir ou de porter des charges lourdes, indiqua Hermione à l'homme qui se relevait, ravi et soulagé.

- Oui déesse. Merci pour tout. Ma femme va faire du pain aujourd'hui, souhaitez-vous que je vous apporte une miche ?

- Si cela ne vous prive pas, ce sera avec plaisir, sourit la brunette. Allez, filez, et faites attention quand vous vous aventurez dans la forêt.

- C'est aussi simple que ça ? murmura Abby, abasourdie, une fois les hommes partis.

- Ca paraît facile car je maîtrise le sujet et que je suis la magie. Pour le sorcier lambda, c'est bien plus compliqué, expliqua Hermione.

- Sorcier… Et vous affirmez pouvoir développer cette condition chez n'importe qui.

- Je suis la mère de toutes les créatures magiques, répéta la brunette, un brin agacée de ne pas se faire comprendre la première fois. Je peux insuffler le pouvoir chez n'importe quelle créature. Après, c'est comme n'importe quel don, il se travaille... dur.

- Vous êtes quelqu'un de surprenant.

- Et de très occupée, conclut Asalhir avant de repartir vers son labo, se désintéressant de la conversation, pressée de retourner à ses recherches et de s'éloigner de ses semblables, surtout une, qui apparemment souhaitait s'incruster.

Et effectivement, loin de se laisser désarçonner, Abby emboîta le pas de la déesse pour continuer à découvrir les lieux. Se rendant compte qu'elle était suivie, Hermione se retourna.

- Vous êtes encore là ? demanda-t-elle, surprise.

- A l'évidence, oui, répondit Abby sans se démonter.

Hermione haussa les épaules, se lava les mains et prit la petite lamelle qu'elle avait réservée au frigo pour la glisser dans le microscope.

- Que faites-vous ? s'enquit la Skaikru.

- Un antibiotique... Vous n'avez rien à faire sur votre camp Gaia ?

- Jaha, rectifia Abby. Et non. Pas depuis que les Trikus viennent vous voir.

Hermione haussa à nouveau les épaules.

- Dans ce cas, rendez-vous utile et branchez la centrifugeuse.

Abby regarda autour d'elle et avisa le matériel désigné.

- Comment avez-vous fait pour créer tout ça ? l'interrogea-t-elle en connectant la machine à la prise. Et l'électricité, comment la générez-vous ?

- Je suis la Source, fit Hermione, comme si c'était la réponse à toutes les questions de la Skaikru. Vous savez synthétiser de la vitamine C ? Le scorbut se répand comme une traînée de poudre en ce moment...

- Je dois avoir ce qu'il faut au camp, mais...pourquoi vous embêter à passer à travers un processus chimique si vous pouvez simplement créer le produit fini ? réfléchit la médecin en fronçant les sourcils.

Hermione ne répondit pas tout de suite, prenant le temps de noter quelques phrases dans un calepin. Puis elle se saisit d'une autre boite de pétri et observa à la loupe le résultat avant d'afficher un air peu satisfait.

- Parce que je ne veux pas être quelqu'un d'irremplaçable et d'indispensable. Les cimetières en sont pleins. Mon produit anti-poux n'est pas encore au point, soupira-t-elle à regret. Sur ce, Docteur Griffin, c'était un plaisir de vous rencontrer.

- Je suppose que c'est une façon polie de m'inviter à ne pas revenir. Ravie cependant d'avoir fait votre connaissance.

- Je serai toujours à votre disposition si vous avez besoin de moi, répondit la brunette, les yeux vissés sur le microscope.

- Je n'hésiterai pas. Et j'espère qu'il en sera de même pour vous. Bonne journée, Déesse, conclut simplement Abby en quittant le petit laboratoire où la Source continuait à officier.

- Ces moldus... soupira Hermione avant de se saisir d'une pipette. Aujourd'hui, je fabriquerai cette foutue vitamine C.


Lexa écoutait d'une oreille distraite les échanges entre les ambassadeurs qui tergiversaient sur les dédommagements que devraient payer les hommes des montagnes pour tous leurs forfaits. Mais l'esprit de la Heda vagabondait ailleurs que dans les comptes des morts et de vivants à saigner à blanc. Devant ses yeux s'étiraient les couleurs chatoyantes qui avaient caressé ses iris quelques nuits avant. Les tableaux que lui avait révélés Clarke habitaient depuis l'esprit de la brune qui ne cessait de penser à ce qu'avait été le monde avant. Avant le primefire. Avant la convoitise des hommes pour un pouvoir absolu qui les avait réduits à néant. Comme cet Icare qu'elle avait vu tomber du ciel pour s'être trop approché du soleil.

Soupir.

Clarke regardait du coin de l'oeil son amante et ne rata pas cette inspiration lourde. Sans cesser d'écouter les échanges, elle tourna une partie de son attention vers la brune.

Lexa continuait à laisser son esprit vagabonder et de fil en aiguille, penser à Icare et à son envol l'amena naturellement à se remémorer le vol mémorable qu'elle avait fait avec Hermione. Penser à la sorcière suprême lui fit froncer les sourcils.

C'est le silence qui s'éternisait qui lui fit prendre conscience que la virulence des échanges s'était tue. Tous les ambassadeurs avaient tourné leur regard vers le trône et semblaient attendre. Certains avaient même rentrés leur tête dans leurs épaules.

- Heda, un problème ? s'autorisa à questionner l'ambassadrice du cinquième clan.

- Aucun, fit la commandante de sa voix posée. Je ne demanderai aucun dédommagement aux hommes des montagnes. Le docteur Tsing a été exécutée selon les règles de l'Alliance, le sang a été versé. Le président Dante nous a assuré de la pleine coopération de son peuple, et cela rachètera les fautes commises.

Lexa pria pour ne pas avoir répondu à côté et se promit de rester concentrée jusqu'à la fin de la séance. Clarke leva la main et l'Heda lui donna la parole d'un geste du menton.

- Et qu'en est-il du projet de modernisation ?

Lexa regarda longuement son amante. Aucun sourire n'étirait ses lèvres et chacun attendit sans oser bouger un sourcil. Clarke aurait dû savoir qu'elle n'avait pas avancé sur le sujet, passant son temps libre, très limité, dans ses draps.

"Et bien, ça t'apprendra à penser au cul de ton amante avant de penser au ventre de tes tribus !" claqua férocement la voix d'un Heda du passé dans son esprit.

- Asalhir n'est plus en charge de cette mission et je n'ai encore trouvé personne pour entamer ce chantier. Cependant, si vous avez des noms à suggérer, je suis toute ouïe, répondit posément la commandante.

- Et heu… du point de vue des idées à mettre en œuvre… est-ce que… vous avez des éléments que…, se risqua un ambassadeur.

- Et faire revenir Asalhir ? C'est possible ? Coupa la rousse de la cinquième tribu.

- Vous n'y pensez pas, réagit l'ambassadeur du peuple des sables. Elle a assassiné la reine et le roi du peuple des glaces.

- Et elle a été puni, rétorqua la rousse. Donc, si on veut avancer, on a besoin d'elle.

Le brouhaha reprit de plus belle, qui demandant la tête de l'ancienne conseillère de la Heda, qui demandant son amnistie. Lexa restait de marbre, repoussant aussi loin que possible dans les tréfonds de sa mémoire les images d'Hermione mourante sur le sol poisseux d'un cachot.

- Nous pourrions envoyer une délégation pour prendre contact avec la déesse, suggéra Dante.

- J'en parlerai avec Anya des Trikrus, mentit Lexa. En attendant, Wallace, Clarke, vous allez travailler ensemble pour faire des propositions d'améliorations de nos conditions de vie. J'attends du concret pour la prochaine réunion des Ambassadeurs. La séance est levée.

La brune se leva et quitta la salle avant tout le monde, sans se soucier de son amante qui lui faisait signe. Il fallait qu'elle aille passer ses nerfs sur quelque chose avant d'espérer la prendre dans ses bras.


Et voilà le travail !

La suite la semaine prochaine !

Bises et bon week-end !

Link9 et Sygui