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Chapitre 13 : Le docteur Griffin

Hermione sifflotait un air léger tout en prélevant à la pipette les quelques gouttes de glycérine qu'elle voulait rajouter à sa préparation pour la stabiliser. Elle leva le tube à hauteur de ses yeux pour en vérifier l'aspect avant de prendre son crayon posé sur son oreille pour ajuster ses notes. Son petit calepin était plein de formules gribouillées et de schémas dont certains semblaient être des mouvements de baguette.

- Maintenant, il me faudrait... commenta-t-elle à voix haute en tournant sur elle-même. Et forcément j'en ai besoin et j'en n'ai plus, grogna-t-elle. Severus ne serait vraiment pas fier de moi. Si je ne mets pas de l'essence de violette là-dedans, ça va être inutilisable, râla-t-elle.

Délaissant la paillasse, la brunette ôta sa blouse blanche et se rendit dans la cuisine pour se servir une tasse de café. Elle huma longuement son breuvage avant de prendre visiblement plaisir à le sentir glisser dans sa gorge.

- Je n'ai pas d'essence de violette et je n'ai pas le temps d'en faire avant que la potion tourne. Du gâchis.

Elle réfléchit quelques instants et, se grattant la nuque, eut une rapide grimace.

- Le docteur Griffin en aurait peut-être, songea-t-elle à voix haute. Ca me donnera l'occasion de m'excuser auprès d'elle.

La Source attrapa une deuxième tasse qu'elle remplit de café et sourit.

- Finalement, c'est un mal pour un bien, commenta-t-elle pour elle-même en se rendant sur le pas de la porte du dispensaire, humant avec plaisir l'air non pollué et l'arôme de café.

Ce faisant, elle avisa quelques personnes qui s'avançaient dans sa direction. Elle détailla le groupe, essayant de voir qui était blessé ou malade, mais rien ne laissait présager un souci de santé dans l'allure décidée des Trikus.

- Asalhir, c'est vrai ce qu'on raconte ?

- Bonjour, fit-elle patiemment.

- A toi aussi déesse, répondit humblement la mère du petit Noé. On s'inquiète, Asalhir, on ne veut pas que vous partiez. Vous avez amené la santé aux Trikus et on vous en sera toujours reconnaissants. Dites-nous quoi faire pour vous convaincre de rester.

- De quoi parlez-vous ? Je ne pars pas. Je ne compte pas partir.

- Je vous l'avais bien dit, sourit largement un des chasseurs qui avait encore ses deux jambes grâce à la Source. Polis, c'est pas pour vous Asalhir.

- Je ne comprends pas. Quel est le rapport avec Polis ?

- Il parait que l'Heda va vous ordonner de retourner à Polis afin de travailler pour elle, répondit une jeune fille.

- Elle peut ordonner, je n'obéirai pas. Je suis au-dessus des lois humaines, répondit Hermione avec une pointe de colère.

- Mais c'est peut-être important, osa un Triku qu'Hermione identifia comme un des bergers du clan. Après tout notre Heda doit penser à tous, alors qu'on pense juste à nous… sans vous offenser Asalhir.

- Si c'est important, qu'elle vienne me trouver, gronda Hermione avant de tourner les talons, disparaissant dans un craquement sonore.

L'instant d'après, elle se retrouva devant l'Arche, son apparition faisant sursauter un garde qui somnolait. Ce dernier la dévisagea en clignant des yeux, puis afficha un sourire affable.

- J'vous reconnais, vous êtes la déesse qui a soigné mes potes et éviter la guerre avec les natifs.

- Exactement. Je viens voir le docteur Griffin. Pouvez-vous m'indiquer où la trouver ? fit Hermione en s'efforçant d'être aimable alors qu'elle avait juste envie d'étriper une certaine brune de sa connaissance.

- Bien sûr. Vous rentrez par-là, le couloir jusqu'au bout et à gauche, c'est son bureau. Si elle y est pas, allez à droite, c'est l'hôpital.

- Merci pour les info.

- Merci à vous de nous aider, relaça le garde avec un grand sourire.

Hermione hocha la tête et suivit le trajet indiqué par le garde. Elle trouva la mère de Clarke dans un bureau à peine plus grand qu'un placard à balai. La médecin était penchée sur une liasse de feuilles et fronçait les sourcils. L'ancienne Gryffondor frappa quelques coups sur le mur et Abby se redressa avant de froncer à nouveau les sourcils.

- Bonjour Docteur, commença Hermione sans entrer dans la pièce. Je vous dérange ?

- Disons que ce n'est pas le meilleur moment pour discuter, fit fraichement la Skaikru. Je suis sur un cas assez complexe.

L'air peu avenant de la médecin la cueillit à froid et ne fit qu'accroitre sa propre frustration.

- Et il ne vous vient pas à l'esprit que je pourrais vous aider ? C'est vrai ça, médecin, déesse, je n'ai aucune des compétences requises pour analyser le dossier que vous tenez... s'agaça Hermione.

Abby la dévisagea sans paraitre ouverte à la suggestion avant de soupirer et de lui faire signe de la rejoindre en désignant la chaise disposée sur le côté du bureau.

- Désolée, ça fait longtemps que je n'ai pas de consoeur et, à date, disons que vous ne vous êtes pas montrée très ouverte aux partages de compétences.

- Alors disons que c'est une manière détournée de vous présenter mes excuses pour la façon peu cavalière dont je vous ai reçue il y a quelques jours, et le début d'une collaboration ?

- J'avais fini par penser que c'était un truc de déesse de se montrer peu avenante.

Hermione s'installa face à la médecin et attrapa les feuilles que lisait Abby.

- Vous permettez ? demanda-t-elle sans attendre de réponse.

- J'ignore de quelle maladie mon patient est atteint, et c'est assez frustrant, avoua la Skaikru.

- Ca va être votre lot quotidien dans les prochains mois, et c'est normal. Vous viviez dans un environnement aseptisé, ce qui n'est plus le cas, répondit la déesse avec un léger sourire. Je vous passerai quelques livres sur les maladies courantes que vous pourrez rencontrer. Et, pour ne pas faire durer le suspense plus longtemps, il s'agit d'une simple toxoplasmose. Vu que le patient est un homme de 20 ans, pas besoin d'un traitement, il ira mieux d'ici quelques jours.

La blonde reprit les feuilles tendues vers elle et les relut avec attention pour faire le lien entre les symptômes et le diagnostic.

- Est-ce qu'il faut mettre en place des mesures de prophylaxie ?

- Pas vraiment, juste faire passer le message que le carpaccio ou le tartare, c'est pas conseillé.

Abby eut un léger rire et sourit à Hermione.

- Je ne savais pas que les divinités étaient dotées d'humour.

- Je suis l'exception qui confirme la règle. Mais cela vient sûrement du fait que j'étais mortelle avant de devenir une déesse.

- Est-ce que je me fourvoie si je dis que vous agissez plus comme une humaine que comme une déesse ?

- Que voulez-vous dire par là ? questionna la brunette en tendant la tasse de café qu'elle avait prévue pour la médecin.

- Et bien, vous semblez choisir de souffrir alors que vous pourriez ne pas vous l'imposer, proposa Abby avant de prendre une gorgée du breuvage offert. Qu'est-ce ? C'est... particulier.

- Du café. Je ne peux vivre sans. Pour répondre à votre première assertion, depuis ma résurrection, j'ai eu le temps de m'interroger sur la Source que j'ai été et celle que je voulais être. La Source Initiale était une entité immatérielle, sans sentiment, froide et calculatrice. Je l'ai défaite et les univers s'en sont mieux portés. J'ai été une Source assez passive dans mes interactions avec les mortels, me contentant de gérer les catastrophes magiques et autres conflits avec une autre demi-source. Mais ici... j'ai dans l'idée d'être une déesse bienveillante et accessible. Au départ, j'avais accepté de devenir l'Origine de toutes magies pour sauver l'humanité et je compte bien tenir cette promesse. Pour y arriver, je dois m'appuyer sur mon humanité, donc souffrir pour comprendre ce que vous traversez au quotidien.

- De là à subir ce que vous avez vécu, il y a une marge non ? Rien ne vous obligeait à être torturée de la sorte.

- Ce châtiment a permis d'asseoir l'autorité de la Commandante et de calmer temporairement les velléités du Royaume des glaces. Donc, d'éviter une guerre sanglante.

Abby dévisagea la brunette, interdite.

- J'ai du mal à croire que vous avez encaissé cette horreur dans le but unique de consolider l'Alliance des clans. Si tel était le cas, pourquoi vous êtes-vous exilée à Tondc ? C'est à Polis que votre pouvoir devrait s'exercer, au côté de la Heda.

- J'ai été renvoyée de mon rôle de conseillère, répondit doucement l'ancienne Gryffondor. Et il se peut que je me sois un peu emportée quand le bourreau a essayé de me tuer.

- En tout cas, la commandante ne vous en tient pas rigueur puisqu'il se murmure qu'elle va vous rappeler à Polis.

Hermione ne put s'empêcher de se cabrer comme un cheval rétif. Quoi qu'elle en dise, penser à Lexa la mettait en colère. Et visiblement la brune ne savait toujours pas demander plutôt qu'exiger.

- Qu'elle essaye. Toute déesse que je suis, il y a des limites à ce que je peux endurer, proposa-t-elle avec une grimace en guide de réponse.

Abby hocha la tête, visiblement en train d'essayer de comprendre comment une entité toute puissante avait pu aller jusqu'à risquer sa vie. Visiblement, il y avait quelque chose qui la dépassait.

- Je vous questionne et je profite de vous dans la gestion de mes diagnostics, mais vous étiez venue pour quelque chose en particulier ?

- Oui, je n'ai plus d'essence de violette et je voulais savoir si vous pouviez m'en fournir.

- Je … oui bien sûr, je pense que j'en ai dans la réserve. Suivez-moi, proposa-t-elle en se levant, comme ça je vais vous faire visiter par la même occasion.

- Avec plaisir.

Hermione suivit la médecin dans les couloirs de l'Arche et eut le loisir de découvrir le lieu de vie des Skaikrus.

- C'est assez étroit, commenta sobrement la Source en découvrant une cellule qui servait de chambre.

- C'est un vaisseau spatial à l'origine. Il n'était pas prévu pour des centaines de personnes. Disons que ce fut convivial.

- Je pourrais vous... commença Hermione avant de se raviser. Non, rien, désolée. Allons chercher l'essence, voulez-vous ?

- Et bien c'est ici, fit la médecin en ouvrant un placard avec un trousseau de clés pendu à sa ceinture. Et vous en avez besoin pour ? questionna-t-elle en lui tendant une fiole remplie d'un liquide translucide.

- Des pastilles contre la toux, sourit la brunette. Sans ça, ajouta-t-elle en voyant Abby hausser un sourcil interrogateur, la mixture est tout simplement infecte.


Quelques jours plus tard

- Y'a quelqu'un ?

La voix résonna dans la petite pièce de l'accueil, vide. Abby s'aventura un peu plus avant dans le dispensaire, sans toutefois se sentir légitime de le faire. La déesse l'avait éconduite lors de sa première visite, elle n'était pas certaine d'être la bienvenue. Même si leur seconde entrevue s'était passée de bien meilleure façon.

Du bruit se fit entendre dans le bureau de la brunette et Abby se racla la gorge.

- Asalhir ? C'est le docteur Griffin !

- Oui, entrez, je... Je suis... Bref, venez, je vous en prie.

Fronçant les sourcils, la Skaikru avança jusqu'à la pièce et trouva la brunette debout sur son bureau, en équilibre sur une pile de livre, occupée à changer une ampoule au plafond.

- Que me vaut le plaisir de votre visite, docteur ? s'enquit la déesse sans un regard vers elle, concentrée à sa tâche.

- Et bien, je … vous voulez que je vous tienne ? Ca m'a l'air périlleux comme situation, vous sur des livres en équilibre instable, de l'électricité, une ampoule fragile...

- Je devrais m'en sortir, assura tranquillement Hermione dans un sourire en se tournant enfin vers la nouvelle venue.

Le mouvement fit changer le point d'équilibre de la brunette. Un livre bougea sous le poids et sortit de la pile. Asalhir chuta en arrière et dégringola du bureau pour se retrouver allongée sur le sol, immobile. Abby se précipita à ses côtés tandis que la brunette peinait à retrouver son souffle, coupé par la violence de la chute.

- Ne bougez pas, ordonna la médecin en regardant sans toucher s'il y avait un semblant de blessure.

Elle s'apprêtait à palper la tête de la Source pour s'assurer de n'y trouver ni bosses, ni creux quand cette dernière repoussa doucement les mains de la Skaikru.

- C'est bon, docteur Griffin. Ne vous en faites pas, c'est pas ma première chute.

- Où avez-vous mal ? demanda la médecin.

- Juste à l'épaule, rien de grave, fit Hermione en s'asseyant. Je me suis bien vautrée. Et j'ai toujours pas de lumière au plafond. Chiotte.

- Vous vous soignez ou je m'en occupe ?

- Dans cinq minutes, il n'y paraîtra plus. Vous veniez pour quoi, chère consoeur ?

- Je venais vous proposer d'aller faire un tour dans les bois entre Arcadia et Tondc.

Hermione leva un sourcil tout en forçant pour se remettre debout.

- Les environs ne sont déjà pas sûrs le jour, alors la nuit... fit remarquer la déesse, pointant l'inconscience de la femme.

- Avec vous, je ne risque rien. J'aimerais vous montrer les plantes que j'utilise pour notre pharmacie, avoir votre avis, peut-être vous en faire découvrir qui sait ? Notre science est différente de celle que vous avez eu l'occasion de côtoyer.

- Une promenade à but scientifique ? Oui... D'accord, pourquoi pas.

La brunette épousseta ses vêtements et attrapa une veste en cuir noir suspendue au mur.

- Allons-y, fit gaiment la déesse.

- Si vous avez une chaise, nous pouvons régler votre problème d'ampoule avant de partir, proposa Abby en montrant le plafonnier toujours éteint.

- Ça peut attendre demain. Et je suis une déesse, je peux réussir à changer une ampoule.

- La démonstration n'est pas probante, répliqua la médecin avec un sourire avant de s'en retourner sur ses pas.

- Vous me vexez ! J'ai quand même des qualités ! rétorqua la brunette en suivant Abby.

- C'est vrai, vous faites des pastilles à la violette.

Le fond de l'air était frais mais le ciel, dégagé. La lune éclairait de ses rayons argentés la forêt, créant une atmosphère particulière.

- C'est magnifique, soupira d'aise Abby. J'ai rêvé de ce moment toute ma vie. Marcher à l'air libre, dans la nature sauvage, loin des couloirs de l'Arche...

- Je peux imaginer. C'est vraiment étroit comme lieu de vie. Vous n'avez jamais songé à construire quelque chose à l'extérieur du vaisseau ?

- Nos ressources sont trop limitées... murmura Abby.

Elle se tut un instant et Hermione devina que la médecin était plongée dans des pensées peu agréables.

- Si je peux aider, n'hésitez pas, fit Asalhir.

Abby lui jeta un regard en biais.

- Vous en faites déjà beaucoup pour l'humanité. Et pour peu de remerciements.

- Je n'attends rien de particulier. Juste que les humains vivent en harmonie et en paix.

- Sans vouloir paraitre ingrate, pour le moment, le résultat escompté n'est pas là.

Hermione prit le constat de plein fouet et ne répondit pas. Après tout, sa consoeur avait tapé dans le mille. L'ancienne Gryffondor avisa une petite plante dont les feuilles humides brillaient d'une douce lumière argentée et s'agenouilla devant elle, invitant Abby à la rejoindre.

- Ceci peut-être très utile pour soigner les brulures. Et cette plante pousse toujours au pied d'un saule. Avec l'écorce, vous pourrez fabriquer du paracétamol.

Abby s'accroupit à son tour et tendit la main en direction de la fleur. Ses doigts effleurèrent ceux de la déesse qui n'avait d'yeux que pour la nature silencieuse.

- J'aime la nature, elle est plus forte que l'humanité et en même temps elle lui pardonne, continuait la Source en laissant ses yeux vagabonder devant elle. C'est beau n'est-ce pas ? ajouta-t-elle en souriant devant une famille de musaraignes aux yeux fluorescents.

Abby acquiesça de la tête, le regard posé sur le profil de la brunette.

- Il vous fallait quelque chose en particulier ? s'enquit Hermione.

- Est-ce qu'on peut marcher ? proposa la blonde. Pour être franche, la botanique m'intéresse mais ce soir j'avais envie d'être juste dehors, hors du camp, avec une amie. J'ai pensé à vous, dit-elle en avançant sur un chemin tracé par quelque animal sauvage, Hermione cheminant à ses côtés. Est-ce que je peux vous considérer comme telle ou bien c'est incompatible avec votre statut de déesse ?

- Aucune incompatibilité avec cet honneur, assura la brunette.

Abby sourit.

- Tant mieux. Comment passez-vous votre temps ici, en dehors de vos recherches et de vos patients ?

- Je fais du sport, je cultive un potager, je joue de la flûte... énuméra la déesse sur ses doigts. Je tue le temps infini de mon éternité.

- C'est triste de le voir comme ça, répondit la Skaikru après quelques instants de réflexion. Tuer le temps...

- Je cuisine aussi. Je m'essaie à la pâtisserie. Et sans mauvais jeu de mot, mes croissants sont divins.

- Il va falloir me les faire goûter, sourit Abby.

- Je vous en apporterai lors de ma prochaine visite à l'Arche.

- Il va me tarder de vous revoir.

Un grognement féroce retentit dans la nuit, suivi du cri d'un loup. Hermione se redressa, aux aguets.

- Je vais vous raccompagner. La nuit, les routes ne sont vraiment pas sûres.

- Il faudra recommencer. J'apprécie beaucoup votre compagnie.

- Je vous assure de la réciproque, docteur Griffin.

- Abby, lui sourit la blonde.

- C'est noté, Abby, répondit Hermione en attrapant délicatement le coude de sa consœur.

L'instant d'après, les deux femmes apparurent devant les grilles gardant le camp des Skaikrus.

- Un thé pour vous remercier de la compagnie ? proposa la médecin.

- Une infusion, si vous avez. J'ai peur de ne pas dormir si je prends de la théine à cette heure, confia Hermione.

- Parfait, j'ai des plantes indigènes séchées qui n'attendent que nous et un peu d'eau chaude.


La soirée n'était pas très avancée et le soleil commençait à disparaitre à l'horizon. Abby avait pris place dans une jeep qui avait quitté Arcadia plus tôt pour Tondc. Raven avait décidé de monter une antenne de transmission plus puissante dans le village et la médecin avait profité de l'occasion pour aller voir sa consœur divine. Le véhicule soulevait un nuage de poussière, annonçant à l'avance l'arrivée des voyageuses. Freinant enfin sur la place principale, la voiture s'immobilisa et Abby se laissa aller sur le dossier de son siège en soufflant de satisfaction.

- Ces routes ne sont vraiment pas faites pour des voitures, même tout terrain.

- C'est certain que tenir le volant est un avantage, rit la grande brune en débarquant pour aller saluer Anya qui s'avançait vers elle.

- Raven, Docteur Griffin, bon voyage ? s'enquit la chef de clan. Que nous vaut le plaisir de votre visite à une heure aussi... tardive ?

- Je voudrais voir un dossier avec vous, répondit Raven. Et pour le docteur Griffin...

- Savez-vous si Asalhir est à sa clinique ? demanda Abby.

Anya eut un léger sourire et secoua la tête.

- Pas à cette heure-ci. Vous la trouverez chez elle. La petite maison à la sortie du village, par là, indiqua la chef de clan.

- Et bien, bon travail mesdames, lança la médecin en s'éloignant d'un pas rapide.

Elle prit la direction indiquée par la chef de clan, impatiente de découvrir l'antre d'une déesse. Cependant, alors que les contours de la maison se dessinaient, un bruit sourd et régulier se fit entendre.

- Que fait-elle ? murmura Abby, intriguée.

Plus elle approchait, plus le bruit se précisait. De la musique. Elle s'arrêta un instant pour écouter, essayant de reconnaitre un air, sans succès. Elle reprit sa progression, attentive aux différents types de sons, cherchant à identifier les instruments composant l'ensemble.

- Comment fait-elle pour écouter de la musique ici ? se questionna-t-elle, pour le principe, puisque la déesse avait tous les moyens à sa portée. Et quelle est cette musique et cette chanteuse qui s'époumone à tue-tête ?

- Get outta my way, way , Outta my way , Got no more to say , He's taken your place, Get outta my way !

La médecin se planta devant une fenêtre et, après quelques secondes, sourit. Asalhir chantait, dansait et semblait s'amuser grandement. Abby se fit la réflexion que c'était la première fois qu'elle voyait la déesse agir comme une simple mortelle, laissant tomber la façade austère de la divinité toujours dans le contrôle.

Lorsqu'arriva la fin de la chanson, la Source s'essuya le front de sa manche et Abby toqua à la fenêtre, faisant se retourner la brunette.

La gêne fut visible dans le regard de la déesse qui finit par hausser les épaules avant d'aller ouvrir à sa consœur.

- Abby, que me vaut le plaisir ? s'enquit Hermione.

- Raven venait à Tondc pour des histoires d'antenne de transmission et j'ai sauté sur l'occasion de vous rendre visite. Et je ne regrette pas, c'était un vrai plaisir de vous voir aussi...

- Ridicule, grommela la brunette vaguement vexée de s'être fait prendre dans une posture aussi peu divine.

- Heureuse, proposa la médecin. Vous me faites penser à un chat. Toujours calme, dans la mesure, mais avec ses quarts d'heure de folie.

Hermione se gratta la nuque, hésita quelques instants et finit par tendre la main à la médecin.

- Vous voulez danser ? proposa-t-elle.

Abby la regarda un instant, interloquée.

- Vous voulez que je... Avec plaisir, sourit-elle en prenant la main tendue.

La Source claqua des doigts et une nouvelle musique s'éleva dans les airs.

- C'est la première fois que je danse avec une déesse, fit Abby.

- J'espère que ce ne sera pas une expérience traumatisante, sourit Hermione.

La médecin posa sa main sur l'épaule de la brunette et se laissa enlacer par elle. Main dans la main, elle suivit les pas proposés par Hermione. Les débuts un peu maladroits leur tirèrent un ou deux rires tandis qu'elles évitaient de se marcher sur les pieds. Mais rapidement, elles s'accordèrent sur le rythme et l'enchainement se fit plus fluide et agréable.

- C'est très agréable, je dois l'avouer, confia la Skaikru.

Hermione entama une série de pas un peu plus rapides et Abby se laissa mener dans une étreinte plus rapprochée. Puis, la chanson se termina et Asalhir recula de quelques pas.

- Mon quart d'heure de folie est terminé, fit-elle doucement.

- Merci de m'y avoir invitée, répondit-elle sans quitter le regard noisette. J'espère être là lorsque ça se reproduira.

- Je vous préviendrai. J'allais regarder un film. Vous voulez vous joindre à moi ? Je pourrais même faire du popcorn.

- Et bien, je n'ai aucune compétence en ingénierie des communications, donc Raven n'a pas besoin de moi, et comme je n'ai rien d'autre de prévu, je vais accepter volontiers votre offre. Quel film comptiez-vous voir ?

- Indiana Jones et la dernière croisade.

- Je n'ai aucune idée de ce que c'est.

- C'est parfait. Je pense que vous allez adorer.


Abby venait de passer une matinée bien remplie avec Raven. Avec le concours de l'ingénieure, la médecin avait remis à niveau le scanner médical de l'Arche. Des lunes que la machine n'était plus fonctionnelle et il avait fallu toute l'ingéniosité de la latino pour venir à bout d'inventer les pièces manquantes. Souriante, elle sortit du vaisseau, Raven sur ses pas.

- S'il y a une personne que je suis ravie d'avoir avec nous, c'est bien toi. Encore merci d'avoir mis tout ce temps à réparer l'irréparable.

- Y'a pas de quoi Abby. Et puis vous savez bien que ça tient plus du jeu que du travail pour moi. En plus, ça m'évite de tourner en rond comme pas mal d'entre nous. Regardez, c'est de pire en pire, illustra-t-elle en pointant du menton deux jeunes qui semblaient perdus, marchant sans but.

Les épaules de la médecin s'affaissèrent.

- Voilà ce qu'a apporté l'envie de Jaha de retrouver la cité des lumières... murmura Abby. Je ne sais pas ce que contiennent les pilules que notre ancien chancelier distribue, mais il faut surveiller cela. Bellamy est parti pour Polis prévenir Clarke et Lexa.

- Vous vous entendez bien avec la déesse. Vous pourriez lui en toucher deux mots... suggéra Raven.

- Effectivement mais j'ai des scrupules à la mêler à cela.

- Ça m'a pas l'air catholique, vous devriez lui en parler. Si elle juge que ce sont des histoires d'humains, elle est assez grande pour passer son chemin, non ?

- Je pense que nous devons nous débrouiller par nous-mêmes. Nous ne pouvons pas toujours compter sur une intervention divine. Et si la situation devient hors de contrôle, ce sera à Lexa de faire appel à la déesse.

Raven regarda la médecin par en-dessous.

- On n'est pas sorti du bois alors.

- Je vais attendre que Bellamy revienne de Polis et nous dise ce que Lexa et Clarke comptent faire. Et si besoin, j'alerterai moi-même Alsalhir.

- Ne tardez pas trop, fit sombrement la latino qui regardait un regroupement de jeunes ressemblant à des décérébrés.


Un chapitre tranquille avant l'action, la pure, la vraie !

Bonnes vacances, gros bisous et à très vite,

Bises,

Sygui et Link9