Coucou !
En direct de mes vacances, voici le nouveau chapitre ! Avec de l'action, si, si, on vous jure !
Bonne lecture !
Chapitre 14 : Des pilules et des hommes
Hermione sifflotait une suite de Bach tout en faisant l'inventaire de sa pharmacie au dispensaire. Elle avait sorti tous ce qui était flacons, pilules et onguents sur sa paillasse et triait consciencieusement ce qui était encore utilisable et ce qui ne produirait plus d'effets, ou pas ceux escomptés. Son carnet de travail se remplissait de potions à refaire, d'ingrédients à collecter dans la nature, et d'annotations diverses sur les meilleurs moments pour réaliser les cueillettes et les temps de préparation. Elle anticipait son emploi du temps futur et se sentait heureuse de se savoir occupée.
Patiemment, une fois sa tâche faite, elle replaça les divers contenant dans ses armoires, classés par pathologie, ordonnés selon l'alphabet et elle soupira d'aise en contemplant l'ordre quasi parfait de son officine qui lui rappelait l'espace de travail si bien ordonné de Maura. Tendant la main vers une fiole, elle la replaça de façon à ce que l'étiquette manuscrite soit lisible et suspendit son geste un instant. L'écriture n'était pas la sienne et lire "essence de violette" calligraphié de la main d'Abby lui rappela que la blonde ne l'avait pas honorée de sa visite depuis au moins deux longs mois.
La Source fronça légèrement les sourcils. Les mois précédents, Abby avait trouvé toutes les occasions possibles pour venir la saluer, prendre un café. Elle avait même cru s'apercevoir que la blonde n'était pas insensible à sa personne par de petites attentions que la Skaikru avait envers elle. Et puis, plus rien. Avait-elle fait une plaisanterie douteuse à la Merlin ? Un geste déplacé à la Pansy ?
Songeuse un instant encore, elle finit par reposer le flacon à sa place, secouant la tête de dépit.
- Décidemment, je ne suis pas à ma place dans ce monde.
Anya galopa jusqu'au centre de Tondc et arrêta sa monture avant de sauter de selle et de lancer les rênes à un de ses hommes. Elle s'engagea d'un pas rapide sur un chemin de terre qui menait à la petite maison excentrée, en périphérie du village. Alors qu'elle s'approchait, une douce mélodie se fit entendre et la chef de clan se laissa emportée par les notes égrenées. En pénétrant à l'intérieur, elle découvrit Asalhir qui marchait, les yeux fermés, jouant de sa flute traversière. Les doigts habiles frappaient délicatement les clés et le souffle régulier donnait vie à une musique quasi divine.
La dernière note retentit, vibrant longtemps dans l'air, puis le silence envahit la petite habitation.
- Tu as fait bonne route ? demanda doucement la Source en posant son instrument.
- A merveille. En revanche, la situation devient critique à Polis...
- Je m'en moque, se renferma la brunette.
Anya se planta devant son amie et lui enfonça un doigt entre les cotes. Des semaines qu'elle tentait d'aborder les problèmes de l'Alliance avec la Source qui faisait la sourde oreille. Mais aujourd'hui, elle ne pouvait plus attendre.
- Je ne parle pas d'une querelle entre clan, mais d'une catastrophe de grande envergure.
- Les centrales ? s'enquit Hermione, les sourcils froncés.
- Non, pas encore, grâce à toi. Ce qui nous préoccupe est tout autre. Un connard des Skaikrus distribue des pilules aux gens depuis des semaines et ça les fait devenir apathiques.
- Tant mieux pour eux.
Anya lui sourit tristement et secoua la tête.
- Tu ne comprends pas. Au début, c'était anecdotique. Des hommes du ciel qui gobent un cachet pour oublier leurs morts, leurs conditions de vie… Ca nous faisait de la peine, à nous les Natifs, mais c'était leur problème. Mais depuis quelques jours, les cachets se répandent à une vitesse hallucinante, se propageant à toutes les tribus. Les gens deviennent dingues. Ils en viennent à menacer les personnes saines pour qu'ils gobent leur foutue pilule. Ca fout les jetons. J'ai vu une nana prête à se trancher la gorge pour que son mec avale ce truc.
Hermione était attentive au récit de son amie, enregistrant le moindre détail et réfléchissant déjà à ce qu'elle pouvait faire pour arranger la situation. Avant de se rappeler que Lexa n'avait pas fait appel à elle, que l'Heda était l'autre moitié de la Source, qu'elle était donc apte à gérer ce problème. Et qu'elle-même n'était qu'une vieille Source inutile, balancée aussi bien au rebus que dans un cachot, juste bonne à être baisée et torturée pour le bon plaisir d'une sauvage.
- Au début, les tarés étaient parqués en prison mais ils ont réussi à s'évader et leur nombre grossit d'heure en heure. En partant, j'ai dû décapiter un de mes gardes qui a essayé de m'enfoncer une pilule dans le gosier. Seuls quelques Skaikrus sont sains et se sont enfermés dans leur vaisseau pour trouver une solution à cette pandémie.
- Et Abby ? demanda l'ancienne Gryffondor, la peur qu'il soit arrivé quelque chose à son amie lui vrillant les intestins.
- Elle est en sécurité. Mais Polis sombre dans le chaos, les différents clans tombent les uns après les autres, et l'Heda est débordée. Elle... Elle demande ton aide. Elle va venir cette nuit pour discuter avec toi.
Hermione blêmit subitement et sentit son cœur se serrer.
- Elle n'a pas besoin de moi. C'est l'autre moitié de la Source, elle peut gérer cette situation, répondit-elle en rangeant l'étui de sa flûte.
- Tu ne lui as toujours pas pardonné ? J'comprends.
- Anya, je suis désolée, mais je ne peux pas. Je ne veux pas la voir. Je ne veux pas l'entendre. Je ne veux même pas respirer le même air qu'elle.
- Asalhir... Je sais combien ça te coute. Mais je te le demande : sauve mon peuple.
Le regard que tourna la Source vers Anya n'était pas de bon augure.
- Il n'a pas à payer les erreurs de jugement de l'Heda, reprit la blonde. Les ambassadeurs ne sont pas représentatifs de leur peuple. Et tous ne t'ont pas condamnée. Les Skaikrus et les hommes des montagnes étaient contre ton châtiment. Et même la rousse de la cinquième tribu a pris ta défense. Ne laisse pas tomber ce monde pour quelques connards.
Hermione acquiesça lentement, les arguments de la chef de clan faisant mouche. Les gens qui l'avaient condamnée n'avaient pas été élus par le peuple, mais désignés par leur propre caste.
- Si la situation l'exige, j'interviendrai, concéda doucement la Source.
- Merci Asalhir... Je sais combien ça te coûte. Et je sais aussi que tu prends toujours les bonnes décisions.
Anya sourit et vint poser ses lèvres sur la joue de la brunette. Hermione allait rétorquer qu'il lui arrivait de faire un paquet de conneries quand un guerrier passa une tête dans la hutte.
- Désolé de déranger mais Bellamy et le docteur Abby demandent audience. C'est urgent, à ce qu'ils ont dit.
- Le docteur Griffin... Lui aurais-tu tapé dans l'oeil, Asalhir ? susurra la chef de clan. Je remarque qu'elle passe de plus en plus de temps ici.
- Ne vas pas t'imaginer une situation qui n'existe pas, répliqua la brunette en fronçant les sourcils.
- Pas mon genre, ma Source, se moqua ouvertement la blonde.
- De toute façon, si tu avais raison, elle aurait eu confiance en moi et elle m'aurait parlé de cette histoire de pilules, ce qui n'est pas le cas. Et cela fait des semaines qu'elle n'est pas venue me voir. Quod erat demonstrandum.
Anya sortit de la hutte mais repassa une tête, claquant des doigts.
- Tu viens avec moi, Asalhir, c'est non négociable. Même si tu parles ton charabia de déesse.
Hermione roula des yeux et, fourrant les mains dans ses poches, suivit la blonde jusqu'au bâtiment central. Anya marcha jusqu'à son trône et invita la Source à se placer sur sa droite. Puis, la chef de clan dévisagea les deux Skaikrus. La médecin avait le visage blême de celle qui n'avait pas dormi depuis des jours et le jeune homme semblait extrêmement nerveux, sursautant au moindre bruit.
- Bellamy, Abby, que nous vaut le plaisir de votre visite ? s'enquit la blonde.
- Lexa devait venir vous rencontrer ce soir mais... nous avons reçu un appel radio de Clarke il y a une demi-heure. La tour Polis est assiégée. Les... sympathisants d'Alie veulent Lexa, commença Abby. Raven a découvert que les pilules distribuées sont des puces électroniques qui court-circuitent le cerveau et prennent possession de l'esprit des gens qui les avalent.
- Qui est Alie ? Et quel rapport avec l'Heda ? demanda Anya en coulant un regard à Hermione qui ne comprenait visiblement pas plus qu'elle.
- Alie est une intelligence artificielle. C'est elle qui est à l'origine des puces. Et il s'avère que la flamme des Heda, implantée dans la nuque de Lexa, est la version 2.0 du programme. Alie1 veut mettre la main sur le logiciel pour se mettre à jour car la version initiale comprend une faille permettant de la désactiver.
Anya fronça les sourcils et se tourna vers Hermione.
- Tu comprends quelque chose, Asalhir ?
- Non, je suis une déesse, pas une informaticienne, répondit la brunette dans un haussement d'épaules.
- Et qu'attendez-vous de nous ? reprit la chef de clan.
- Lexa et Clarke doivent nous rejoindre et, quand Raven aura localisé la commande de désactivation, la Commandante devra avaler la pilule et pénétrer la cité des lumières pour éteindre Alie1. Mais pendant ce temps, nous serons vulnérables aux attaques des sympathisants d'Alie1. Nous aurons besoin de vous pour assurer notre sécurité et notre tranquillité pendant les opérations, répondit la médecin en osant pour la première fois poser son regard sur Hermione.
- Donc si je comprends bien, vous avez attendu que la situation soit ingérable pour appeler la cavalerie, fit la déesse avec un rictus désabusé.
- Cavalerie ? questionna Bellamy un peu perdu.
- Ca ne vous est pas venu à l'esprit que j'aurais pu vous aider avant que ça dégénère ? C'est à ça que servent les amis, ajouta-t-elle en coulant un regard peu avenant vers Abby. Mais à présent, je suis renseignée sur mon utilité.
- Asalhir, je ne voulais... commença Abby d'un ton penaud.
La radio accrochée à la ceinture de Bellamy crachota, coupant court à la diatribe de la skaikru, et le jeune homme prit la communication.
- Bellamy, annonça-t-il, tendu.
Un grésillement lui répondit et l'ancien garde de l'Arche régla la fréquence.
- La connexion est mauvaise, fit-il. Pouvez-vous répéter ?
- Ici Heda. La tour est envahie. Nous sommes bloquées au dernier étage, fit Lexa, une tension palpable dans son intonation.
Hermione sentit son cœur manquer un battement. Six mois qu'elle n'avait pas entendu cette voix. Elle qui pensait être sevrée découvrit qu'elle était encore remuée par la voix grave de la Commandante.
« Merde… Comme si j'avais besoin de ça... » songea la brunette.
- Comment va Clarke ? demanda Abby d'une voix plus aigüe qu'à l'accoutumée.
- Elle s'est enfermée dans ses appartements. Nous craignons qu'Alie se serve d'elle pour me forcer à avaler la puce, expliqua la Commandante.
Anya sentit plus qu'elle ne vit Hermione se mouvoir. La brunette arracha le micro des mains de Bellamy.
- Heda, c'est Asalhir. Emily peut vous faire sortir de là. Est-elle avec vous ? demanda calmement Hermione, mettant de côté sa rancœur en entendant la peur de sa cadette.
Un silence lui répondit et Anya dévisagea la Source.
- Lexa ? Insista Hermione.
- Emily a été crucifiée par Titus il y a une heure, répondit la Commandante. Je la vois de mes appartements. Elle est toujours vivante... pour une poignée de minutes, tout du moins.
Hermione rendit le micro à Bellamy et se pinça l'arête du nez, visiblement contrariée. La chef de clan l'observait avec gravité, devinant les sentiments contradictoires qui assaillaient son amie.
- Bellamy, je ne pourrais pas venir vous rejoindre, poursuivit Lexa. Vous devez trouver une autre solution pour débrancher Alie1.
- Nous n'avons pas le temps ! s'exclama Abby. Seule ta puce peut nous permettre d'accéder à la cité des lumières en toute autonomie. Asalhir, pouvez-vous intervenir ? S'il vous plait. Sauvez-les. Je vous en supplie.
Anya se leva et leur fit signe de se taire.
- Asalhir ? fit plus doucement la chef de clan.
La question en sous-entendait une autre. Hermione prit une grande inspiration et acquiesça.
- J'y vais, murmura la Source. Rendez-vous dans trente minutes au camp Gaia.
- Camp Jaha. Mais il s'appelle Arkadia maintenant, rectifia Anya dans un sourire soulagé. Merci, Asalhir.
- Mille mercis, fit Abby, soulagée que la déesse prenne les choses en main.
- Moi aussi j'ai été mère, murmura Hermione.
Sur ces mots, elle disparut dans un craquement sonore et Anya demanda à Bellamy de lui donner le micro.
- Heda, Asalhir est en route pour venir vous chercher. Préparez-vous à évacuer. Et assurez-vous d'être tous sains.
- Merci Anya, fit la voix de la Commandante.
- Ce n'est pas moi qu'il te faudra remercier, soupira la blonde avant de couper la communication. En route, nous n'avons pas beaucoup de temps ! En espérant que votre Raven aura trouvé la faille...
Emily ne sentait plus la douleur. En toute honnêteté, elle devait avouer qu'elle ne sentait plus rien, si ce n'était ses forces qui l'abandonnaient. Elle avait pris conscience que sa longue vie allait s'achever sur cette croix, châtiment imposé par son petit-fils Titus. Les minutes s'égrenaient inlassablement et la dragonne se demandait, sachant pertinemment qu'elle n'aurait jamais la réponse à sa question, comment aurait été sa vie si elle n'avait pas accédé aux dernières volontés de feu son grand-père Merlin. Que se serait-il passé si elle avait laissé Asalhir dans sa tombe en compagnie du Docteur Isles et qu'elle était restée dans son monde d'origine ?
La lassitude s'abattit sur elle et elle ferma les yeux. Sa vie allait s'achever et jamais elle n'aurait l'occasion de s'excuser auprès d'Asalhir. Sa grand-mère Maléfique serait furieuse. Emily, dernière de sa race, était la honte des dragons.
- Je paie pour mes pêchés, murmura-t-elle.
- Tout s'arrangera si tu avales la pilule, grand-mère, fit doucereusement Titus qui assistait à l'agonie de son aïeule.
La dragonne garda les paupières closes, ne supportant pas de voir le visage dénué d'émotion de son petit-fils.
- Non, rien ne s'arrangera, répondit-elle.
- Tu ne ressentiras plus aucune douleur, aucune tristesse. Tu seras libérée, insista le gardien de la Flamme.
- Je ne serais plus humaine. Titus, tu as avalé cette chose pour qu'Heda ait le temps de se mettre à l'abri. Je ne rendrai pas ton sacrifice vain.
- Tu es dévorée par les regrets. Prends cette pilule et ta souffrance disparaîtra.
- Je regrette d'avoir échoué à tous vous protéger. J'ai essayé de les repousser, mais je ne voulais pas tuer notre peuple. J'aurais dû en sacrifier quelques-uns pour le bien du plus grand nombre.
Un bruit assourdissant retentit et Emily perçut une vive lumière à travers ses yeux clos. Une silhouette auréolée d'or se dessina et la vieille femme afficha un sourire.
- Asalhir... murmura la guérisseuse.
L'instant d'après, elle se trouva dans une étreinte protectrice et une main chaude vint se poser sur sa joue.
- Vous êtes venue me chercher... murmura la vieille femme d'une voix éteinte.
- Bien sûr, je n'allais pas te laisser mourir. Pas après ce que tu as fait pour moi, répondit doucement la déesse.
La dragonne ouvrit les yeux et le sourire réconfortant de sa Créatrice lui réchauffa le cœur.
- Je suis désolée pour...
- Ca n'a plus d'importance, Emily. Reste calme le temps que je te soigne.
La magie de la Source pénétra son organisme, régénérant les tissus abimés, compensant la perte de sang et lui redonnant quelques forces. Hermione interrompit son sort et leva la tête pour observer le dernier étage de la tour de la ville. Des hommes escaladaient les murs à mains nues, tentant désespérément d'atteindre l'étage dans lequel s'étaient retranchées Lexa et ses troupes. Le regard de l'Origine de toutes magies se fit noir et la dragonne sentit la magie ténébreuse tournoyer autour d'elle.
- Transplane pour le camp des Skaikrus, je vous y rejoins rapidement avec les autres.
Emily se releva et s'inclina devant sa Créatrice avant de disparaître dans un craquement sonore. Hermione serra les dents et regarda une nouvelle fois le dernier étage de la tour Polis. Elle n'avait aucune envie de s'y rendre, n'avait aucune envie de faire face à Lexa et Clarke, mais l'avait promis à Anya.
- C'est vraiment pour toi que je le fais... murmura-t-elle avant de disparaître dans un craquement sonore.
Lexa et Indra étaient adossées contre la porte de la chambre de la Commandante et tentaient de compenser la pression exercée par leurs assaillants.
- Ils vont finir par rentrer, grimaça la guerrière à la peau d'ébène.
- Et on les accueillera épée à la main, feula Lexa en poussant sur ses jambes pour peser de tout son poids. A trois, on lâche et on se poste contre le mur gauche.
Indra acquiesça et la Commandante commença le décompte. Les deux femmes bondirent de concert pour se réfugier de l'autre côté de la pièce et elles tirèrent leurs lames de leurs fourreaux. La porte trembla sous les assauts des partisans d'Alie 1 et le mobilier érigé en rempart fut bousculé.
Le cœur de Lexa rata un battement alors que la barricade s'écroulait et que des mains venues du couloir déblayaient les meubles afin de se frayer un chemin vers la pièce.
Une vibration secoua le mur contre lequel les deux femmes étaient appuyées et la Commandante ne put retenir un cri de stupéfaction quand deux mains perforèrent le plâtre. Les doigts couverts de poussière blanche l'agrippèrent par les épaules et la tirèrent violemment en arrière, lui faisant traverser le mur. La violence du choc lui coupa la respiration et la poigne assurée sur sa tunique l'envoya glisser sur le sol. Sa course s'arrêta aux pieds de Clarke qui constata avec soulagement que sa petite amie était vivante.
- Tu vas bien ? demanda la leader des Skaikrus en se baissant sur la brune.
- Que se passe-t-il ? grommela Lexa avant de tousser.
Un autre bruit sourd et la Commandante leva les yeux pour voir Indra couverte de poussière blanche, tenue par l'épaule par une Hermione au visage sombre. Entraînant la guerrière à la peau d'ébène à sa suite, la Source attrapa le poignet de Clarke et posa son pied sur l'estomac de la Commandante.
La seconde suivante, alors que les sbires d'Alie pénétraient dans les appartements de Clarke, les quatre femmes disparaissaient dans un craquement sonore.
Les quelques personnes rassemblées sur la place publique d'Arkadia virent apparaître le groupe de femmes comme Anya le leur avait dit. Mais cette dernière eut un rictus sadique lorsqu'elle remarqua la position de la chef suprême de l'Alliance, au sol, sous la botte de la Source. Le tableau était clair. Même si Lexa était la moitié de la Source, Hermione n'en avait cure et la remettait à sa place. Anya plongea son regard dans celui de la brunette en secouant la tête d'amusement.
Hermione attendit quelques secondes avant de lever le talon et de se détourner de son bourreau. Clarke se baissa aussitôt et tendit la main à Lexa pour l'aider à se lever. La Commandante eut un regard noir pour Indra dont la commissure des lèvres frémissait, la guerrière retenant avec peine un éclat de rire.
Hermione fila loin du groupe pour aller s'asseoir sur une buche qui trainait, faisait sauter une cigarette d'un paquet qui paraissait sans fin, sans se préoccuper plus longtemps des retrouvailles.
- Marre de ces conneries, commenta-t-elle pour Emily qui passait à côté d'elle avant de rejoindre Lexa.
- Merci Asalhir, murmura Anya.
- Mon vrai prénom, c'est Hermione. Asalhir, c'est juste pour les abrutis que je fais flipper. Et ils sont de moins en moins nombreux, grommela la Source en se faisant tout de même entendre par plusieurs.
- Les abrutis ? questionna aimablement la chef des Trikus, arrachant un sourire à la brunette.
Leur complicité flagrante sauta aux yeux de Lexa qui époussetait ses vêtements. Hermione soutint son regard mais elle finit par baisser la tête alors que Clarke serrait la Commandante dans ses bras et l'embrassait. La Source se leva en semblant se désintéresser de la suite et s'éloigna de la place, cherchant un endroit où elle serait au calme.
Anya n'avait pas besoin de tourner son regard vers la brunette pour savoir ce qu'elle était en train de faire. Elle s'intéressa bien plus à ce que Lexa affichait comme air. Du soulagement d'être en vie et que ses proches le soient également. Mais Anya remarqua une petite gêne dans l'attitude de son ancien second alors que Clarke était toujours pendue à son cou.
"Faut dire qu'elle n'a jamais été très démonstrative en public..."
- Quand vous aurez décidé de vous y mettre, vous saurez où nous trouver, lança-t-elle à la cantonade avec moquerie en empruntant les pas de la Source.
Elle finit par tomber sur elle, derrière l'abri à salaison, et la brunette avait rallumé une cigarette sur laquelle elle tirait nerveusement.
- Si tu veux retourner à Tondc, je comprendrais, fit Anya.
- Je pense que c'est ce que je vais faire. Après tout, Abby nous a bien dit qu'ils avaient un plan qui ne m'inclut pas, il leur fallait juste la clé qui est dans la tête de la Heda, et c'est bien la seule chose qu'il y a là-dedans. Ils n'ont plus besoin de moi maintenant.
- C'est plus compliqué que cela, fit Lexa en s'approchant. Hermione, je peux te parler ? En privé ?
La Source, qui voulait plus que tout répondre non, se raidit. Son corps réagissait négativement à cette proximité qu'elle ne voulait plus et ses poils dressés autant que le gout amer de bile dans sa bouche la renseignait très clairement sur ce qu'elle voulait faire. Mais elle était l'Origine de toutes magies, elle avait à sa charge la sécurité de ce monde et de ses habitants. Ainsi, sa condition de déesse exigeait qu'elle se montre raisonnable car la situation était critique. Et si Lexa n'avait rien de crucial à lui demander, elle pourrait toujours partir après avoir mis une bonne gifle à la Commandante. Aussi, sans se retourner, elle hocha silencieusement la tête et Anya, après avoir regardé alternativement les deux femmes, rebroussa chemin, les laissant en tête à tête.
- Comment vas-tu ? entama la brune en s'avançant un peu vers la Source, cherchant comment entamer le dialogue.
Entendant le mouvement, Hermione bougea de quelques pas, de façon à maintenir une distance entre elles. Elle se sentait ridicule à ne pas se tourner pour faire face à la Commandante. Mais la voir lui faisait mal, et elle avait encore sur ses rétines l'image de sa cadette se tenant sur son trône durant 21 jours de torture, ayant une certaine proximité avec la leader des Skaikrus. Et malgré les six mois écoulés, cela lui avait fait encore plus de mal que les 400 coups de fouet au moment où elle les avait reçus.
- J'ai besoin de toi. Je vais devoir avaler la pilule pour pénétrer dans la cité des lumières. Raven va me guider pour trouver la commande de désactivation d'Alie 1. Je veux que tu m'accompagnes.
- Tu n'es pas en position pour m'ordonner quoi que ce soit. Fais donc ce périple avec Clarke.
- Si Clarke avale la puce, elle deviendra un sujet de l'intelligence artificielle. Mais toi, tu n'as pas besoin d'avaler la pilule pour te connecter à mon esprit et ainsi venir dans le code informatique.
- Va te faire foutre, Lexa.
La Heda prit une grande inspiration et s'agenouilla devant Hermione.
- Aide-moi, s'il te plait.
- Lève-toi, tu es ridicule, cingla la Source.
- J'ai besoin de toi, poursuivit la brune sans changer de position.
- Qu'as-tu fait ces six derniers mois ? A la situation chaotique dans laquelle se trouve ton peuple, je devine que tu n'as pas pris la peine de demander à Emily de t'apprendre à te servir de ta puissance... Tu es une Source pathétique, et une dirigeante exécrable. Démerde-toi, Heda. Tu as tout ce qu'il faut en toi pour te tirer de cette situation. Je ne viendrai pas te tenir la main.
- J'ai suivi des leçons avec Emily et ce n'est pas encore concluant. Nous poursuivons l'apprentissage quand mes journées me le permettent mais les progrès tardent à se faire sentir.
Lexa se releva, ne quittant pas la brunette des yeux. L'affrontement dura quelques secondes qui parurent à l'une comme à l'autre s'étirer sur une éternité. Hermione avait l'impression que le regard de la brune brulait sa peau. La Source voulait répondre non à la demande et transplaner loin d'ici. Mais elle avait plus de deux milles ans maintenant et elle n'allait pas fuir. Et elle n'allait pas se faire prier. Elle n'était pas ce genre de personne.
- Je veillerai à la sécurité d'Arkadia, concéda-t-elle. Mais je ne te rejoindrai pas dans le code informatique.
- Très bien, je vais le faire seule. Mais donne-moi les pierres noires, explicita-t-elle en tendant sa main sans s'approcher.
Hermione vint se planter devant Lexa et l'écrasa de toute sa prestance, faisant tournoyer sa magie sombre et ancestrale.
- Tu ne sais pas t'en servir, Heda, murmura-t-elle en insistant sur le titre de sa cadette. Si ton corps venait à mourir, j'emprisonnerais moi-même ton pouvoir. Je serai à tes côtés en un clin d'œil et je poserai une dernière fois mes mains sur ta personne pour t'arracher le pouvoir que tu n'aurais jamais dû posséder.
- Qu'il en soit ainsi, Asalhir, lui retourna-t-elle.
La brune se recula avant de tourner les talons et de s'éloigner en direction de l'Arche, sans un regard en arrière.
Hermione secoua la tête, navrée. Que lui avait-il pris d'accepter partiellement la demande de la jeune femme alors que tout ce qu'elle voulait, c'était s'éloigner afin de ne pas souffrir ?
Anya serrait fermement le manche de son épée et son regard balayait sans cesse les environs. Elle avait posté ses troupes autour d'Arkadia et elle-même surveillait le couloir qui menait à la salle informatique. Plantée sur le seuil de la porte, elle faisait barrage de son corps. Elle coula un rapide regard à Lexa qui était installée sur un fauteuil tandis que Raven pianotait sur un clavier d'ordinateur sans quitter les écrans de ses yeux creusés par la fatigue.
Clarke tenait la main de la Commandante et lui murmurait des paroles d'encouragement à l'oreille. Cependant, l'Heda semblait mal à l'aise, absolument pas dans son environnement, entourée de toutes ces machines. Et cela, Anya le comprenait. Elle non plus n'était pas dans son élément, avec cette technologie. Abby, quant à elle, reliait l'Heda à des machines pour surveiller les constantes vitales de sa patiente.
- Une fois la pilule avalée, tu seras propulsée dans la cité des lumières. Je te guiderai autant que possible en codant le chemin jusqu'à la commande de désactivation, expliqua Raven sans un regard pour Lexa.
- Compris, affirma gravement la Commandante.
La main de Clarke serra celle de son amante.
- Tu vas y arriver, j'ai confiance en toi.
- On compte tous sur vous, renchérit Jasper, les bras croisés sur son torse.
Lexa acquiesça et prit dans sa main la pilule que lui tendait Abby.
- Prête ? demanda la médecin.
- Prête, répondit la Commandante avant de gober la puce.
Clarke la rattrapa avant que son amante, inconsciente, ne glisse de sa chaise. Aidée par sa mère, elle la redressa et la cala convenablement.
- C'est bon, je l'ai sur les écrans, prévint Raven.
- Elle est dans la place, ajouta Jasper.
Anya tiqua et porta son attention sur le jeune homme qui avait un sourire étrange. Une alarme s'alluma dans son esprit et elle fit deux pas pour se saisir de la tête du garçon pour la percuter violemment contre un mur. Les yeux de Jasper roulèrent dans leur orbite et il s'écroula au sol comme une poupée de chiffon.
- Putain, il a prévenu Alie, siffla la chef de clan. Vous n'aviez pas vu qu'il était possédé ? Merde, au lieu de vous bécoter, ça vous arrive d'assumer vos responsabilités ?
Clarke secoua la tête, blême, et alla se poster près de Raven.
- Aide Lexa à débrancher cette chose au plus vite, ordonna la blonde d'une voix dure.
- Je fais ce que je peux... grimaça l'informaticienne en pianotant de plus belle.
Hermione jeta son mégot au loin et leva la tête, attirée par un bruit incongru. Elle plissa des yeux en voyant une ligne noire à l'horizon qui semblait se mouvoir. Son coeur manqua un battement quand son cerveau décrypta l'image. Des centaines d'hommes qui marchaient sur Arkadia. Des sbires d'Alie.
- Qui les a prévenus de la présence de Lexa ? marmonna la Source en retirant sa veste pour retrousser ses manches.
Elle avança rapidement puis courut en direction de l'entrée principale du campement des hommes du ciel. Les guerriers d'Anya étaient impatients d'en découdre avec les zombis de l'intelligence artificielle et cela promettait un bain de sang.
"Je dois empêcher cela..." songea la Source en faisant parler sa magie.
Un dôme lumineux couvrit Arkadia et les troupes Trikrus poussèrent une exclamation surprise. Hermione tourna les talons et s'enfonça dans ce qui fut autrefois l'Arche et trouva rapidement la salle informatique.
- Anya, on a un problème, maugréa la Source en pénétrant dans la salle.
- Ouais, cet enfoiré a cafté, grogna la chef de clan en désignant un homme évanoui. Enfin, maintenant, il pourra pas dire grand chose.
- J'ai protégé le site d'un sort. Si les esclaves d'Alie arrivent jusqu'ici, c'est que je serai morte, informa Hermione avant de poser ses mains sur les tempes de Lexa.
L'instant d'après, leurs Sources étaient connectées et l'Origine de toutes magies fut projetée dans un tourbillon de couleurs et de sons.
Quand Lexa ouvrit les yeux, elle était allongée sur un banc en bois. Elle se redressa et regarda autour d'elle. Des bâtiments hauts comme des montagnes lui masquaient l'horizon. Des gens dans des vêtements étranges marchaient dans des allées recouvertes de pavés ou d'un revêtement gris foncé.
"Du bitume." Lui souffla la voix de la première Commandante.
Même en plein jour, ce qu'elle voyait était triste. Peu d'arbres, pas d'herbe. La nature semblait être bannie de ce lieu et la jeune femme se sentit mal, elle qui avait grandi dans des forêts dangereuses, certes, mais luxuriantes. Elle se leva et observa son allure. Elle avait conservé ses vêtements d'Heda et elle sentait le poids rassurant des deux épées dans son dos. Elle tourna sur elle-même pour tenter de se repérer, cherchant les indices que devait distiller Raven pour la guider dans cet endroit inconnu et oppressant. Ce faisant, elle bloqua sur l'image d'Hermione, assise sur le bord d'un trottoir, en train de s'allumer une cigarette. La Commandante fronça les sourcils. La brunette n'était pas là quelques secondes plus tôt. Était-ce une invention de son imagination pour tenter de la rassurer ? Dans ce cas, son esprit était plutôt taquin. La brunette était toute de noir vêtue, avec une longue veste en cuir qui devait lui arriver aux talons. Et les yeux de la Source étaient cachés derrière une paire de lunettes aux verres noirs.
- Quand tu auras fini de me déshabiller du regard, on pourra se mettre en route. Car j'compte pas arpenter le bitume le temps que tu te décides. J'ai passé l'âge de tapiner.
La voix glaciale tira l'Heda de ses pensées et cette dernière cacha derrière une expression neutre les sentiments contradictoires qui la traversaient.
- Tu es vraiment ici ? demanda la Commandante. Quel est cet accoutrement ?
Hermione tira longuement sur sa cigarette avant de se lever.
- Alors... Qui va l'emporter ? répondit Asalhir, ignorant les questions de sa cadette. La pilule bleue ou la pilule rouge ?
- Que fais-tu ici ? Insista Lexa.
- Un des Skaikrus était un espion d'Alie1, et il a balancé à sa patronne que tu avais pénétré sa belle ville. Tu es en danger.
La Source tira une dernière bouffée et jeta au loin son mégot.
- Clarke ne mérite pas que tu l'abandonnes... Non, en fait je m'en fous. Mais il y a des milliers de tes concitoyens qui sont prisonniers de cette merde. Alors je vais faire en sorte que tu réussisses.
La Commandante se sentit rassurée, même si les mots étaient cinglants. Hermione était venue l'aider alors que quelques minutes plus tôt, elle lui avait signifié qu'elle se moquait bien de ce qui pourrait leur arriver.
- Merci, fit-elle.
- Je me fous aussi de tes remerciements. Une fois Alie1 désactivée, tu disparais de ma vie. Compris ?
Lexa plissa les yeux un instant avant d'acquiescer de la tête. Puis elle reporta son attention sur son environnement.
- Une idée de la direction à prendre ? Je sais même pas comment Raven va se débrouiller pour nous guider, fit la Commandante d'une voix qu'elle espérait assurée.
La Source regarda autour d'elle et désigna du menton un feu tricolore qui clignotait.
- Par-là... indiqua la brunette avant de traverser une première rue.
Passant à côté d'une benne à ordures, elle attrapa un long tuyau de fer qui en émergeait.
- Tu comptes faire quoi avec ça ? demanda Lexa qui la suivait comme son ombre.
- Nous défendre.
- Ca ne servira à rien, objecta la Commandante. Raven m'a expliqué que les gens ne ressentaient pas la douleur dans la cité des lumières.
Les lèvres de la Source s'étirèrent dans un rictus mauvais et l'Heda devina le regard de prédateur derrière les verres teintes.
- Challenge accepté, murmura la brunette.
La cadette tira une épée de son fourreau et la tendit à son aînée.
- Plutôt que de les tabasser en pure perte de temps, prends ça, ça te sera plus utile.
Hermione se retourna et, même si elle était légèrement plus petite que Lexa, la domina de toute sa hauteur et de sa prestance.
- Si tu tues un homme ici, c'est son esprit que tu détruis. Il mourra donc dans notre monde. C'est ça que tu veux ? Assassiner des gens qui sont esclaves d'une intelligence artificielle ? Mais qu'attendre d'une femme qui m'a condamnée à crever dans un cachot puant, ne put s'empêcher d'ajouter la brunette.
- Je ne veux pas tuer mon peuple, répondit sèchement Lexa entre ses dents. Utilise ta magie pour les neutraliser sans dégâts.
- Nous sommes dans un programme informatique, pas dans la réalité. Mes pouvoirs sont inexistants ici. Tu sauras que la magie et la science ne font pas bon ménage.
Lexa remarqua la tension dans les épaules de son ancienne amante, la crispation dans sa mâchoire volontaire. Elle avança sa main vers le visage de la brunette et, attrapant les lunettes, les retira délicatement.
- Alors pourquoi m'as-tu rejointe en sachant que tu n'aurais aucun moyen de te défendre ? Pourquoi es-tu venue m'aider ? Réellement ? demanda Lexa.
Le regard noisette se troubla et la main d'Hermione arracha les lunettes pour les replacer sur son nez.
- Tu parles à Asalhir. Pas besoin de sortilèges pour botter le cul de sauvages. Allons-y, le temps presse. Nous devons sauver ton précieux peuple.
Hermione repéra un carrefour où tous les feux de signalisation passaient au rouge et se dirigea prestement dans cette direction sans se préoccuper de la Commandante. Elle pressa le pas en constatant que plusieurs passants se retournaient sur son passage.
- Si tu continues de traîner, Clarke sera veuve avant d'être appareillée.
Lexa accéléra son allure, évitant de croiser le regard des passants qui la dévisageaient.
- Pourquoi remets-tu sans arrêt Clarke au centre de nos conversations ? lâcha la Commandante, agacée.
- Peut-être parce que tu es avec elle...
« Que tu m'as remplacé par une plus jeune… » songea la brunette avec un poids dans la poitrine.
- Je suis au courant. Mais au milieu d'une situation catastrophique pour mon peuple, je n'ai pas envie de discuter avec toi de la femme qui est dans mon lit.
- Alors arrête de parler et avance, lâcha la brunette.
« Ne pense pas à ça. Reste concentrée, tu n'es pas dans ton élément ici. » s'encouragea-t-elle.
La Source jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule et attrapa Lexa par le coude pour l'entrainer dans une ruelle.
- Alie1 lâche ses sbires, murmura la Source. Ils convergent vers nous. Faut qu'on trouve cette putain de console de désactivation. J'ai hâte de sortir de la matrice.
- La matrice ?
- Laisse tomber. Référence cinématographique de momie.
Les deux femmes arrivèrent au bout de la ruelle et découvrirent qu'elle était fermée par un haut grillage. Lexa l'agrippa et le secoua de toutes ses forces dans l'idée de le faire céder, en vain.
- Ca doit être un firewall... murmura Hermione, pensive.
De l'autre côté du grillage, une porte apparut sur un mur. La Source ôta ses lunettes et ses yeux se plissèrent.
- Raven a trouvé l'accès. Je vais te faire sauter par-dessus le grillage et tu vas désactiver cette merde, indiqua la brunette.
- Je ne vais pas te laisser toute seule derrière.
- Tu vas surtout m'écouter et arrêter de me contredire, siffla la Source en voyant déjà des personnes s'engager dans la ruelle. Tu sautes, tu ouvres la porte, tu cherches la console et tu la bousilles. Ca doit être dans tes cordes, même pour une sauvage comme toi...
Les sbires d'Alie continuaient d'affluer, certains tenant des battes à la main, d'autres des chaines de vélo ou encore des lames.
- Tu comptes te battre contre eux ? demanda Lexa.
- Oui, répondit Hermione en croisant ses mains, paumes vers le ciel. Pose ton pied, je vais te faire la courte échelle.
- Tu vas ressentir la douleur.
- Pour ça, il faudrait qu'ils arrivent à me toucher. Grouille, tu n'as plus beaucoup de temps, s'impatienta la brunette.
Lexa s'approcha et posa ses mains sur les épaules de la Source pour prendre son appui.
- Fais attention à toi, lui dit la Commandante avant de déposer son pied dans les mains croisées de la brunette.
Cette dernière prit une grande inspiration et propulsa sa cadette dans les airs. Lexa attrapa la barre métallique sur laquelle était accroché le grillage et, faisant balancer son corps, passa par-dessus sans difficulté. Quelques secondes plus tard, elle tombait souplement de l'autre côté du firewall.
Hermione avait retiré sa veste en cuir pour la jeter au loin et faisait maintenant tourner au-dessus de sa tête son arme improvisée.
- Bien, à moi les zombis, grogna la brunette avant de bloquer le tuyau contre son bras.
La main sur la poignée de la porte, la Commandante jeta un dernier coup d'œil par-dessus son épaule, inquiète. Mais ce qu'elle vit la laissa sans voix. La brunette s'élançait vers l'attroupement et en pleine vitesse, se laissa tomber au sol et glisser à hauteur de genoux, distribuant les coups de barre tournoyante au-dessus de sa tête. Les assaillants tombaient comme des quilles balayées par une force violente.
- Comment fait-elle ça ? Et sans magie ?
Lexa détourna le regard et poussa la porte matérialisée par Raven. Elle se trouva dans une salle blanche qui comportait, en son centre, une table toute aussi blanche. Une femme brune l'y attendait, avec un sourire soulagé.
- Bonjour Lexa, fit une voix familière.
- Heda Becca ?
La femme acquiesça et un levier se matérialisa sur la table.
- Tu n'as plus que quelques secondes pour désactiver Alie1. Sa mise à jour est presque achevée.
Lexa tendit la main pour la poser sur le levier quand une deuxième femme, copie conforme de la première, apparut.
- Ne fais pas ça, Lexa, tu condamnerais ton peuple ! s'exclama la nouvelle venue.
- Alie1, je présume, fit fraîchement la Commandante.
- Tu ne comprends pas. L'apocalypse nucléaire est proche. Dans quelques jours, semaines tout au plus, la terre sera ravagée sur 99% de sa surface. L'espèce humaine s'éteindra. Alors qu'ici, elle vivra éternellement.
- A quoi bon vivre dans un rêve éveillé ? lança Lexa, ses doigts se refermant sur le levier.
- Ce n'est pas un rêve, mais une matrice. Vous vivrez vos vies ici, à l'abri de la souffrance, de la famine, de la maladie. Je fais cela pour protéger l'espèce humaine. Tu es l'Heda, tu dois veiller sur ton peuple, insista Alie1.
Lexa posa son regard sur Becca.
- Elle a été effectivement conçue pour ça, concéda la première Heda. Mais ce n'est pas la manière de faire. Désactive-la, vous trouverez une solution, j'en suis certaine.
- En une poignée de jours ? Ce n'est pas possible, rétorqua Alie1. Heda, tu as juré de protéger ton peuple. Laisse-moi finir la mise à jour.
La porte de la salle s'ouvrit et Lexa tourna la tête pour voir Hermione entrer et refermer le panneau métallique sur elle. La brunette luttait visiblement contre des hommes d'Alie qui tentaient de bloquer la fermeture mais, d'un coup d'épaule bien placé, réussit à sceller l'ouverture. Hermione souffla en se retournant et Lexa découvrit l'ampleur du désastre. La Source avait le nez cassé, un oeil poché, une lèvre fendue et son tee-shirt noir était partiellement déchiré, laissant entrevoir un soutien-gorge de la même couleur.
- T'attends quoi ? grommela Asalhir en laissant tomber son tuyau qui roula au sol dans un bruit assourdissant. Désactive cette merde !
- Je réfléchis, feula Lexa. Tu n'as pas tous les tenants et aboutissants.
Hermione se laissa glisser contre le mur et s'assit sur le lino impeccable. Sa main couverte de sang plongea dans sa poche et en sortit une cigarette à moitié tordue.
- C'est quoi le problème ? marmonna la Source.
- L'apocalypse nucléaire... on n'a pas beaucoup de temps avant que la terre soit détruite, répondit Lexa, tendue.
- Tu n'as plus que vingt secondes avant la fin de la mise à jour, pressa Becca. Baisse le levier.
- Tu trouveras la solution, maugréa Hermione en allumant sa cigarette d'une main tremblante.
- Quinze secondes.
- Je ne suis pas sûre ! lâcha la jeune femme. Si je veux être certaine de sauver mon peuple, je n'ai qu'à...
- Dix secondes !
- Nous trouverons une solution ! Maintenant, baisse ce foutu levier ! aboya Hermione, interrompant sa cadette, tandis que Becca poursuivait le décompte.
"Nous trouverons. Ensemble..." songea Lexa.
Elle abaissa le levier tandis que Becca annonçait qu'il ne restait qu'une seconde au décompte de la mise à jour. Un bruit étrange, comme celui d'une ventilation qui s'arrête, se fit entendre et la pièce fut plongée dans l'obscurité.
Quand la lumière revint, Lexa papillonna des yeux et son regard tomba sur Clarke qui soupirait de soulagement.
- Tu as réussi, souffla la leader des Skaikrus, l'admiration se lisant dans son regard.
La jeune blonde prit son amante dans ses bras pour l'embrasser et se pelotonner dans son cou, heureuse de pouvoir la serrer contre elle après avoir douté jusqu'à la dernière seconde la revoir en vie. Ce faisant, Lexa vit Anya, au-delà de la Skaikru, soutenant une Hermione portant les mêmes séquelles de son combat que dans l'univers d'Alie1. Les regards des deux Sources se croisèrent un instant avant que l'aînée se détourne pour quitter la salle, les mâchoires crispées.
La Commandante se dégagea doucement de l'étreinte de Clarke et déposa un court baiser sur ses lèvres.
- Je dois voir quelque chose avec Asalhir, je reviens rapidement.
- Il y a un souci ? S'inquiéta Clarke.
- L'apocalypse nucléaire arrive plus vite que prévu, répondit sombrement Lexa avant de tourner les talons et de filer à la suite de la Source.
Sortant rapidement dehors, elle vit la chef de clan et la Source discuter ensemble, la brunette tirant sur une cigarette tachée du sang qu'elle avait encore sur les doigts.
- Asalhir! appela la Commandante tout en s'approchant rapidement, comme persuadée qu'elle allait s'éclipser avant qu'elle ne la rejoigne.
La Source se tourna et lui jeta un regard qui, pour une fois, exprimait juste ce qui semblait être une immense lassitude. Et une pointe d'agacement, devait avouer Lexa.
- Que veux-tu ? soupira la brunette.
- Te remercier. Tu ne voulais pas venir dans la cité des lumières et pourtant, tu l'as fait.
- Ouais, je suis peut-être qu'une vieille déesse bonne pour le rebut, mais j'ai quand même de temps en temps une utilité pour l'humanité, fit amèrement la Source.
- Je n'ai jamais dit que... commença Lexa.
- Laisse tomber, coupa froidement Asalhir.
- Je n'aurais pas réussi sans toi. Mon peuple aurait été condamné à n'être qu'un fantôme dans un ordinateur.
Hermione lui jeta un regard peu avenant.
- T'as hésité dans la machine, ça a failli nous coûter la vie. Tu as pensé à ton peuple. Mais toi, que voulais-tu ? Etre libre de mourir ou faire semblant de vivre ?
- Je...
- Oui, tu es l'Heda, ça, on le sait tous, lui coupa-t-elle la parole avant qu'elle ne la prenne. La Commandante en chef des Natifs, la responsable de leur survie, celle qui donne des ordres et qui ne veut pas en recevoir. Tu gonfles tout le monde avec ça parce que tu te caches derrière ça. Mais sous le masque austère de la Commandante, il y a une femme. Toi, fit-elle en tapant de l'index sur la poitrine de la brune, Lexa, quel est ton rêve ? Quels sont tes désirs, tes envies, tes projets ? Quand tu te seras autorisée à exister, tu seras la leader que tu es sensée être. Et tu prendras les bonnes décisions. En attendant, tu n'es qu'un pantin articulé par des principes inutiles.
La brune la regardait, interdite. Elle ne s'était pas attendue à un cours, de philosophie lui avait soufflé Becca, et ne savait pas quoi répondre.
- Sur ce, j'ai rempli mes obligations. Je rentre, maugréa la Source.
- Ne crois pas que je vais te laisser partir. Nous avons besoin d'une discussion. Une où nous n'éviterons pas les sujets qui fâchent, fit Lexa, les mains sur les hanches, arborant une posture de Commandante qui ne souffre pas la contestation.
Hermione haussa un sourcil avant de grimacer.
- Merde... j'crois qu'il y en a un qui m'a défoncé l'arcade sourcilière. Quels sujets qui fâchent ?
Lexa fit un pas de plus en direction de la brunette et baissa la voix.
- Je veux une discussion où tu me dis sans détour ni artifice ce que tu veux vraiment, murmura la Commandante. Une discussion où tu me dis ce que tu ressens, ce que tu attends de moi, et pas de ma fonction. Puisque tu m'incites à faire la part des choses entre Lexa et Heda, je t'invite à en faire de même entre Hermione et Asalhir.
Anya leva elle aussi un sourcil, mais bien plus ironique, en regardant la brunette qui la fusilla du regard avant de se retourner vers la Heda, son regard embrassant le lieu dans son ensemble.
- La discussion n'a pas lieu d'être, c'est aussi simple que ça. Je n'attends plus rien de toi en particulier. Vis ta vie, ne me mêle plus à ça. Et puis, ta femme t'attend, ajouta-t-elle en lui indiquant une direction par-dessus son épaule.
- Nous sommes les deux moitiés d'une divinité. Nous devons nous entendre, insista Lexa.
- Mesdames, je vous laisse, je suis sûre que Clarke meurt d'envie de me faire visiter les tréfonds d'Arkadia, intervint Anya. Pas de bêtises, ajouta-t-elle en bousculant Lexa avant de s'éloigner.
Un silence s'installa pendant que la Source attrapait une nouvelle cigarette. Cette dernière renifla, grimaça et attrapa son nez pour le redresser dans un craquement sinistre. Elle prit une inspiration et afficha un air satisfait.
- Tu veux que je te soigne ? proposa Lexa.
- Gaspille pas ton pouvoir pour ça... grommela la Source en dédaignant l'aide offerte.
Elle inspira profondément avant de reprendre.
- Je t'aiderai à gérer le problème nucléaire qui se profile, dit-elle du bout des lèvres. Mais n'attends rien d'autre.
Lexa hocha faiblement la tête, regardant devant elle en mordillant nerveusement sa lèvre inférieure. Les mimiques n'échappèrent pas à la Source dans la périphérie de sa vision. Elle se ferma aux sentiments qui tentaient de monter en elle.
- J'aurais aimé que tu restes mon amie... mais je comprends que ce n'est pas possible après ce que j'ai fait, murmura l'Heda.
- Je sais que tu penses être seule sur ton trône, toute la journée. Je sais que tu penses être seule avec cette puce dans ta tête, malgré les voix des Heda qui t'ont précédée. Cependant, si tu regardes bien autour de toi, tu remarqueras que tu n'es pas seule. Titus, Anya, Emily, Clarke et tant d'autres sont à tes côtés, sans rien demander.
- Mais toi, tu n'es pas là.
- Pas faute d'avoir essayé, répondit Asalhir. J'ai beau être une déesse, à l'impossible nul n'est tenu. J'ai pour principe de ne jamais faire deux fois la même erreur.
Hermione la salua d'un signe de tête et disparut dans un craquement sonore, laissant la Commandante seule. Cette dernière secoua la tête et reprit le chemin de l'Arche, son esprit à présent concentré sur l'apocalypse nucléaire qui se profilait.
Et voilà le travail !
La suite quand je pourrais car je n'aurai pas de connexion internet ! Mais j'arriverai peut-être à trouver une solution.
D'ici là, portez vous bien et profitez du soleil !
Bises,
Link9 et Sygui
