Salut vous !

Un grand merci pour vos revues et vos témoignages, c'est tout simplement WOW de vous lire cette fois-ci ! On savait déjà un peu que vous aimiez nous lire (nous on aime vous écrire ^^), mais de savoir qu'on a quelquefois un impact aussi important dans vos vies, c'est vraiment... grand ! merci ;)

(on vous aurait bien répondu en privé mais il n'y avait pas de lien de connexion)


Chapitre 25 : L'histoire n'est qu'un éternel recommencement

Le lendemain, Hermione émergea sur les coups de midi et se surprit à avoir un léger sourire. Finalement, le gala de charité s'était bien passé. La Source devait avouer qu'elle avait passé une bonne soirée à deviser et à danser avec Viviane.

La Source se retourna dans son lit et enfonça sa tête dans l'oreiller, essayant de chasser de son esprit le portrait de son ancienne Impératrice, son sourire, la douceur de sa peau.

- Merde... souffla-t-elle en décidant de se lever.

Elle espérait qu'une bonne douche froide lui remettrait les idées en place. Elle ne pouvait pas succomber aux charmes de la Dame du Lac.

- Rien de bon n'en découlerait, soupira-t-elle en allumant la petite radio de la salle de bain. Souviens-toi des milliers de contentieux entre vous.

- En direct du palais de justice, une avocate a été enlevée à l'issue d'une audience. D'après nos informations, un cartel de la drogue serait à l'origine du rapt de maître Westwood qui défendait ce matin l'ex-petite amie du chef de gang...

Hermione arrêta de se déshabiller, les paroles de la journaliste se frayant un chemin dans son esprit encore embrumé de sommeil. Elle s'habilla d'un claquement de doigt et transplana pour le tribunal.

Arrivée sur place, elle découvrit une dizaine de policiers qui quadrillaient les marches du palais à la recherche du moindre indice. Hermione s'accroupit et agita rapidement le poignet, faisant parler sa magie. La scène de crime s'illumina pour elle et la brunette décrypta les informations révélées par son pouvoir.

- Quatre hommes, une berline de marque Ford, direction ouest.

L'instant d'après, un aigle majestueux s'envolait dans le ciel de National City en direction du port.


Viviane usait de tout son self-control pour ignorer la douleur et ne pas crier. Le dealer était penché sur elle, tenant entre ses mains son annulaire droit.

- Je t'ai déjà pété trois doigts et je n'aurai aucun scrupule à te péter le reste. Où se cache l'autre pute ? Demanda-t-il froidement.

La Dame du Lac se contenta pour réponse d'un regard hautain, digne de l'Impératrice qu'elle a été, et le malfrat lui déboîta le doigt. La douleur fut vive et difficilement soutenable et Viviane se sentit vaciller.

"Tiens bon, il ne te tuera pas tant qu'il n'aura pas l'information..." s'encouragea-t-elle.

La gifle bien sentie que l'homme lui décocha eut pour effet de lui faire reprendre ses esprits.

- Où caches-tu ma meuf ? redemanda l'homme en attrapant l'auriculaire.

Viviane soutint le regard fou, ne voulant baisser les yeux sur sa main torturée. Elle garda les lèvres scellées, daignant offrir à son tortionnaire un rictus moqueur.

- Tu joues à la forte-tête. On va voir si tu vas tenir sur la durée, susurra le dealer en déboîtant le dernier doigt de la main de sa captive.

Un bruit sourd se fit entendre, couvrant celui de l'os délogé. Le malfrat se tourna prestement vers la porte qui laissait entrer une lumière vive dans l'entrepôt.

- Putain de merde ! S'exclama-t-il en sortant un pistolet de sa ceinture.

Viviane tourna la tête et afficha un sourire soulagé. Hermione pénétrait dans l'espace, auréolée d'une magie sombre qui tournoyait autour d'elle. Quelques hommes de mains vidaient leur chargeur sur la déesse qui avançait en direction de la Dame du Lac et les balles ne ralentissaient pas son allure. La Source tendit la main et bougea rapidement le poignet. Le dealer s'effondra, la nuque brisée.

Un autre mouvement de la main et les armes chauffèrent à blanc entre les mains des tueurs sans que la Source ralentisse son pas ou quitte des yeux Viviane. Voir son visage en sang et sa main torturée fit encore enfler sa colère et le reste des hommes impliqués s'effondra sans qu'elle n'ait rien bougé. Elle atteignit finalement le fonds du hangar de son pas pressé et s'agenouilla devant la blonde.

- Hey, dure matinée, tenta-t-elle de plaisanter, sa magie parcourant le corps de l'avocate à la recherche du moindre problème.

- Je ne savais pas que tu faisais la grasse matinée maintenant, lança en retour Viviane.

- Que veux-tu ? Dieu est fatiguée... répondit tranquillement la Source en détachant les liens de la blonde.

Hermione soigna Viviane en quelques secondes puis l'aida à se lever de la chaise à laquelle elle était attachée. Et, dans un mouvement irréfléchi, la brunette serra dans ses bras l'ancienne Impératrice.

- Ca va aller maintenant, chuchota-t-elle.

- J'avoue que j'ai eu peur, répondit la Dame du Lac.

La brunette resserra son étreinte sur la blonde et lui caressa doucement le dos.

- Je serai toujours là, rassure-toi, murmura Hermione.

Viviane ferma les yeux, faisant muettement le vœu que cela soit vrai, et plus encore.

- Ne restons pas là, c'est lugubre, commenta Hermione en rompant l'étreinte.

Elle lui prit la main et les fit disparaître dans un craquement sonore. Le décor de l'appartement de Viviane se matérialisa et la Source la fit asseoir sur son canapé.

- Reprends tes esprits, je vais te faire un bon thé bien chaud.

- Merci, c'est très aimable de ta part.

Hermione revint quelques instants plus tard avec une tasse du breuvage infusée. Elle la tendit à la blonde qui la prit dans sa main et qui fut obligée de la maintenir des deux pour contrer ses tremblements.

- C'est fini, fit doucement la brunette en rajoutant ses mains autour de celles de l'avocate. Je peux effacer le souvenir si tu le souhaites.

- C'est tentant et je l'aurais conseillé à d'autres mais... Je veux me souvenir de pourquoi j'exerce ce métier.

- Je croyais que ça t'avait été imposé, questionna Hermione assise à ses côtés.

- Au début oui. Et c'était vraiment pénible. Une véritable punition. Mais j'ai dépassé ce stade à force de voir les démunis se faire dépouiller par des crapules.

Hermione déposa un baiser sur le front de la souveraine et lui fit un franc sourire.

- Je retrouve l'Impératrice d'Avalon, respectable, aimante et juste. Je...

La brunette se gratta la nuque et baissa la tête.

- Je vais prévenir la police que tu vas bien. Repose-toi.

- Merci d'être venue.

- Je t'ai fait, dans une autre vie, une promesse. Celle de toujours veiller sur toi. Et je suis du genre à tenir mes promesses, murmura Hermione sans lever le nez de ses chaussures.

- Alors je suis heureuse d'être encore digne de cette promesse.

- Disons que tu le redeviens.


Hermione lisait tranquillement dans le canapé quand la porte d'entrée s'ouvrit. Kara pénétra dans le salon et salua la déesse, tout sourire.

- Passé une bonne journée ? s'enquit l'ancienne Gryffondor en mettant un marque page avant de fermer son ouvrage.

- Oui, et toi ?

- J'ai une bonne nouvelle pour toi. J'ai cédé aux demandes de Miss Grant, je lui ai donné son interview, et elle va me prêter un logement. Je déménage dans trois jours.

- Tu n'étais pas obligée, tu sais que ça ne me dérange pas de t'avoir ici.

- Vous avez besoin toi et Mor-El, de tranquillité. Mais merci de m'avoir accueillie pendant ces longues semaines.

- De rien, vraiment. Serait-il possible de te demander... attends, je reviens de suite.

Supergirl ouvrit son chemisier, révélant son costume de super héroïne et disparut le temps d'un clignement d'œil. Hermione haussa les épaules et reprit son livre en espérant avoir le temps de finir son chapitre. Elle eut le temps de lire deux pages qu'un grand courant d'air passa dans l'appartement. La Source leva les yeux de son ouvrage et remarqua que Kara était de retour.

- Désolée, un cargo en difficulté dans le port. Bref, je voulais savoir si je pouvais te demander un service.

- Bien sûr. De quoi s'agit-il ? S'enquit Hermione en refermant une nouvelle fois son livre.

- Ma sœur et Maggie, ça s'est fini. Et je voulais savoir si tu pouvais passer une soirée avec ma sœur. Elle est dévastée par sa rupture, même si elle le dit pas. Et comme tu es de bons conseils et que tu as une bonne écoute, ça lui ferait sûrement du bien de passer un peu de temps avec toi. Enfin, si tu n'as rien d'autres à faire.

Hermione soupira de soulagement. Elle avait eu peur un moment que Kara lui demande de servir de coup d'après.

- Non, pas de soucis, répondit la déesse.

En fait, Hermione était peu enthousiaste à l'idée de passer une soirée avec une femme qu'elle ne connaissait pas. Mais elle était anglaise, et donc coincée dans un carcan de bonnes manières. Supergirl afficha un sourire réjoui et soulagé.

- Merci. J'arrange ça, conclut la journaliste en se saisissant de son téléphone portable.

Elle appuya sur deux touches et colla le téléphone à son oreille.

- Ouais, salut Alex. Ca va ? Toujours au DEO ? Tu penses finir vers quelle heure ? Ok, car j'ai une amie qui... se sent un peu seule et j'aurai bien passé du temps avec elle mais Mor-El a prévu une petite soirée en tête à tête. Est-ce que tu pourrais ? Merci, je te revaudrais ça. Tu passes dans une heure chez moi ? Super, à tout à l'heure.

Kara raccrocha et jeta un regard à la déesse.

- J'espère ne pas brûler en enfer pour ce petit mensonge... fit-elle, légèrement inquiète.

- Non, rassure-toi. Bon, je vais me préparer... soupira Hermione en se levant.

"Par moi-même, dans quoi me suis-je embarquée ?" songea-t-elle en se rendant dans la salle de bain.


Kara venait de lui ouvrir la porte et Alex pénétra dans l'appartement de sa soeur d'un pas trainant. La journée avait été harassante et elle regrettait d'avoir promis à sa frangine de dîner avec cette amie inconnue.

- Salut ! lança joyeusement Kara. Prête à passer une bonne soirée ?

- Ouais, se força à répondre aimablement Alex. Elle arrive quand, ta pote ?

- Elle est dans la salle de bain...

A ces mots, la porte s'ouvrit et Alex fut comme foudroyée.

- Kara... c'est... je... balbutia l'agent spécial.

- Bonsoir, fit Hermione, affable. Vous devez être Alex. J'ai beaucoup entendu parler de vous.

- Je... vous êtes... moi aussi...

La Source eut un sourire engageant.

- Prête à y aller ?

- Avec Dieu ? Euh... bafouilla Alex.

- Appelez-moi Hermione, sourit gentiment la brunette. En route ?

- Oui, mon die... Hermione, se reprit l'agent fédéral.

- Ne vous en faites pas, ça viendra tout seul.

- Kara, on se voit demain, fit Alex avec un regard appuyé avant de sortir de l'appartement, suivie d'Hermione.

Les deux femmes se rendirent dans un café et la Source était soigneusement dissimulée sous un sweat à capuche. Elles s'attablèrent au fond du bar et commandèrent des cocktails aux airs de vacances. Elles trinquèrent rapidement et s'empressèrent de boire une longue gorgée. Hermione était intérieurement satisfaite de ne pas être la plus gênée des deux. En effet, Alex n'osait pas la regarder dans les yeux et n'avait aucune idée des sujets à aborder avec elle.

- Donc, Maggie et vous, ça s'est fini, commença doucement Hermione. Vous voulez en parler ?

- Pas sure... que ce soit le genre de choses qui vous intéresse, vous êtes Di...

- Chut, pas de gros mots en public. Et contrairement à ce que vous pourriez penser, je m'inquiète du bien-être des humains qui peuplent cette terre.

Alex soupira et joua du bout de sa paille avec des glaçons.

- Je veux des enfants et elle non. Visiblement, l'amour ne suffit pas.

- Peut-être qu'elle pense qu'elle n'a assez d'amour que pour une personne en ce moment, proposa la Source.

- Mais tout le monde sait que l'amour ne se divise pas... grommela l'agent fédéral.

- Peut-être a-t-elle connu un schéma familial qu'elle ne veut pas reproduire. Se projeter dans une famille, dans le rôle de parent, ça peut être très angoissant.

- Ca veut surtout dire qu'elle ne croit pas en nous, elle ne nous fait pas confiance pour faire face...

- C'est très intime comme perception et la confiance qu'on a dans son partenaire n'entre pas en ligne de compte.

- Parce que vous en savez quelque chose ? fit Alex un peu brusquement.

- J'ai eu cinq enfants avec trois femmes différentes alors oui, répondit patiemment la Source.

Le visage de la jeune femme exprima à lui tout seul la pleine gamme des émotions humaines.

- Trois femmes, alors vous êtes...

- Humaine, amoureuse parfois. Mais pas polygame, crut-elle bon de préciser.

- Mais comment pouvez-vous être... ce que vous êtes mais humaine également ?

- C'est une très longue et passionnante histoire qui ne vous regarde pas, répliqua une voix sèche derrière Hermione.

Cette dernière se retourna pour voir Viviane qui la toisait d'un regard peu avenant. La brunette resta un instant sans voix, et son langage corporel sembla être tout un aveu à Viviane.

- En chasse de nouvelles sensations ?

- Non, répondit sobrement Hermione.

- Bonsoir, je suis Alex, la sœur de la colocataire d'Hermione.

- Vous aussi vous donnez dans le collant bas de gamme ? Hermione je te croyais plus à ton affaire, mais je suppose que le lycra change des peaux de bête agréablement.

- Alex, je te prie de bien vouloir nous excuser quelques instants, fit Hermione en se levant.

Elle se dirigea vers l'entrée du bar, faisant signe à son ancienne Impératrice de la suivre.

- Je peux savoir ce qui te prend ? S'enquit la Source. Je réconforte la sœur de ma colocataire qui vient de se faire larguer. Mais c'est quoi ton problème ?

- Si tu ne vois pas de problème à te pavaner avec cette… et bien c'est qu'il n'y en a pas, rétorqua la blonde. Je te savais serviable, mais de là à servir de pansement amoureux.

- Ce n'est pas un rencard. Ni elle ni moi ne percevons cette soirée comme telle. Et arrête de me considérer comme ta propriété.

- Qui parle de propriété ? A quel moment t'ai-je traité de la sorte ? J'ai essayé de te convaincre de bien des façons de mon amour pour toi, y compris de la mauvaise manière. Mais jamais je ne t'ai considéré comme une marchandise. Maintenant, si tu crois que c'est comme ça que je te vois ma chère, et bien je pense que tu seras assurément mieux remerciée par la charmante soeurette de SuperLycra.

Viviane avait la main sur la poignée de la porte, prête à sortir. Après tout, ce qu'elle espérait n'arriverait jamais. Hermione ne l'aimait pas, en témoignait le regard indéchiffrable que posait sur elle la Source.

- Ta mémoire est bien sélective, répondit la brunette. J'ai été ton pantin. Je t'ai pardonné mais fais le travail d'accepter de m'avoir traitée comme un objet.

Viviane allait rétorquer quand la porte s'ouvrit brusquement et que deux hommes la bousculent pour pénétrer dans le bar, arme au poing. Ils avaient le visage cagoulé et étaient tout de noir vêtus.

- La caisse ! hurla un braqueur au barman. Et que ça saute !

Le deuxième tira sur la Dame du Lac qui s'effondra dans un cri douloureux.

- Tout le monde à terre ! ordonna le tireur.

La violence sans discernement de l'attaque avait pris Hermione par surprise et l'esprit de la brunette fut un instant obnubilé par la tâche rouge qui s'élargissait sur le corsage de l'ancienne Impératrice.

"Écarter le danger avant de soigner..." se reprit-elle en voyant les clients du bar s'allonger sur le sol, terrorisés.

Elle avisa Alex sortir discrètement une arme mais ne laissa pas le temps à la moldue d'agir. D'un geste sec du poignet, la Source désarma les braqueurs avant de les endormir d'un claquement de doigt. Puis elle s'accroupit auprès de Viviane.

- Bon sang, c'est dieu ! murmura une femme en se redressant.

- J'appelle une ambulance, prévint Alex en attrapant son téléphone.

- Je m'en occupe, répliqua la brunette en s'agenouillant au côté de l'avocate.

- Ca n'est pas nécessaire, souffla la blonde en retenant le poignet de la Source.

- Ne dis pas n'importe quoi. Si je ne te soigne pas, tu seras morte avant l'arrivée des secours.

- Je sais. Mais… je n'attends plus rien de ma vie, elle a été aussi longue que nécessaire pour tenter de racheter mes erreurs. Je regrette de t'avoir autant… empêché de vivre, d'avoir autant...

- Dors, tu es fatiguée. Nous verrons cela plus tard, chuchota Hermione en passant sa main au-dessus de la Dame du Lac.

Viviane ne ressentit plus la douleur vive dans sa poitrine. Elle se sentit glisser dans l'inconscience, accompagnée par la magie douce et chaude de son ancienne générale.


Quand elle rouvrit les yeux, elle avait l'impression d'avoir perdu connaissance que quelques secondes. Aussi, elle s'attendait à se réveiller sur le sol du bar, et non pas dans une petite chambre d'hôpital. Viviane bougea la tête et vit par la fenêtrer aux rideaux mal tirés que le jour était levé. Puis, son cerveau capta la sensation d'une peau tiède contre sa main. Le regard de l'ancienne Impératrice se porta sur la gauche et un sourire étira ses lèvres en découvrant Hermione, endormie sur une chaise en plastique. La blonde baissa les yeux et vit que la Source avait pris sa main dans la sienne.

Doucement pour ne pas la réveiller, Viviane caressa doucement cette main qu'elle a toujours voulu tenir dans la sienne. Elle ferma les yeux et profita de cet instant volé qui ne se reproduira jamais. Son cœur se gonfla de peine et une larme trouva son chemin entre ses cils.

Une infirmière passa la tête dans la chambre et sourit en voyant sa patiente réveillée. Elle avisa la brunette qui dormait et la femme en blanc pénétra à pas de loup dans la pièce.

- Comment vous sentez vous ? demanda la femme.

- Bien, merci, répondit Viviane sans quitter des yeux Hermione.

- J'aimerais avoir quelqu'un qui tient autant à moi, soupira l'infirmière. Elle vous a veillé toute la nuit.

- Elle prend les choses à cœur, on ne la refera pas.

- Si vous le dites.

L'infirmière prit la tension de Viviane et parut satisfaite.

- Tout est bon, on va vous laisser sortir. Le temps de vous rhabiller, je vous apporte le formulaire. Souhaitez-vous qu'on vous appelle un taxi ?

- Non, ça ira, merci.

- A tout de suite. Et pensez à réveiller... Dieu.

La femme en blanc s'éclipsa, fermant la porte derrière elle.

Viviane ne pouvait se résoudre à retirer sa main de la prise légère d'Hermione. Le faire, c'était assurément la réveiller et mettre fin à ces instants volés, retourner dans son purgatoire et perdre à nouveau ce lien ténu que lui offrait la Source endormie.

Un petit soupir heureux s'évada des lèvres de la brunette avant qu'un léger ronflement se fasse entendre. Visiblement, l'ancienne générale n'était pas prête de se réveiller.

- À quoi rêves-tu Hermione ? Tes vies passées, futures ?

Le regard que posait Viviane sur la Source était un aveu en soi.

- Je n'ai pas su te conquérir et je t'ai perdue à jamais. Sois heureuse avec Lexa, pour les siècles à venir. Sans Initiale ou souveraine folle d'Avalon à tes trousses.

La blonde avait réussi à ses dégager de la prise endormie de sa Némésis et se levait, décidée à quitter la chambre sans troubler les songes de la brunette. Elle s'attendait à trouver dans l'armoire ses vêtements de la veille tachés de sang mais découvrit des vêtements propres et fraîchement repassés. Pas de traces brunes de sang séché, pas même le trou du projectile pour témoigner de l'attaque. Une attention d'Hermione à n'en point douter.

- Tu vas où comme ça ? questionna la voix endormie de la Source.

- J'ai l'autorisation de sortir, répondit Viviane avant de passer dans la salle de bain.

Elle laissa la porte entrouverte et, grâce au miroir, elle put voir la brunette qui se levait de la chaise, s'étirait et se massait le dos avec une grimace douloureuse.

- Je te ramène chez toi ? proposa aimablement l'ancienne générale.

- Je dois encore signer mes papiers de sortie. Tu devrais peut-être profiter d'être ici pour voir un kiné...

- Ca va passer. Comment te sens-tu ?

L'inquiétude était perceptible dans la voix d'Hermione et cela ravit la Dame du Lac.

- J'ai pensé quitter ce monde pour ne plus y revenir, fit tranquillement l'avocate depuis le cabinet de toilette. Mais tu as pris soin de moi.

- Comme si j'allais te laisser assassiner par deux malfrats...

Viviane passa la tête à la porte.

- C'est vrai que d'habitude c'est ta seule prérogative, lui répondît-elle amusée.

- Effectivement. Mais j'ai toujours une bonne raison. Ces personnes ne te connaissant pas, ils n'en avaient pas, rétorqua Hermione, un léger rictus aux lèvres.

- Pas faux. Et aujourd'hui, qu'est-ce que je représente pour toi, Hermione ? questionna Viviane en sortant de la salle de bain.

Le regard noisette, sombre, se troubla.

- Il est... trop tôt pour en parler. Et peu opportun dans cet endroit.

- Trop tard, trop tôt, mauvais endroit, soupira la blonde en déposant sa jaquette d'hôpital sur le lit défait.

- Ça t'arrive de te demander comment ta vie pourrait être différente ? Si tu devais changer une chose, quelle direction aurait pris ta destinée ?

Viviane s'arrêta un instant, réfléchissant.

- Je ne sais pas à quel moment j'aurais pu changer ma destinée et obtenir ce que je poursuis depuis...

- Mais souhaites-tu les bonnes choses ?

Hermione passa sa main sur son visage aux traits tirés.

- Désolée, je divague... Pas assez dormi. Je t'attends devant l'hôpital pour te ramener chez toi.

- Je suppose que ce que je souhaite est inatteignable pour moi, soupira la blonde désabusée, tournant le dos à sa Némésis pour vérifier qu'elle n'oubliait rien. Je ne demande s'il est possible de retourner au Mauvais endroit... plus reposant finalement.

La Source ne répondit pas et quitta la pièce d'un pas rapide au moment où l'infirmière revenait avec des papiers et un stylo. Viviane parapha chaque feuillet sans les lire, plongée dans ses pensées. L'attitude d'Hermione était des plus étranges.

- Je ne me comprends pas tout le temps, mais Hermione est un mystère de l'univers, conclut-elle pour elle-même en quittant sa chambre, laissant l'infirmière perplexe.

Elle retrouva la Source à l'endroit prévu. Cette dernière fumait assise sur un bac à fleurs, le visage partiellement dissimulé par une capuche.

- Tu n'es pas obligée de te donner plus de mal pour moi, je peux appeler un taxi pour rentrer. Ton amie d'hier a peut-être besoin de toi. Je pense que je vous ai interrompues.

- Je crois qu'elle n'a pas besoin de moi, mais d'une discussion avec son ex. Rien qu'elle ne pourra résoudre.

La Source écrasa son mégot entre deux mauvaises herbes et tendit la main à Viviane.

- Nous y allons ? Proposa-t-elle.

- Hermione, commença l'ancienne Impératrice en prenant la main tendue pour s'asseoir. J'ai besoin de savoir.

- C'est trop tôt, s'il te plaît... Laisse-moi un peu de temps pour faire le point. Ça ne fait que quelques semaines que nous avons repris contact.

- Au moins tu ne m'as pas demandé de quoi je parlais, c'est encourageant.

La brunette ralluma une cigarette et son regard se perdit dans la contemplation des volutes de fumée.

- Comment pourrais-je te répondre alors que je ne sais pas. Je suis complètement perdue.

- Tu n'hésiterais pas s'il n'y avait rien ... J'ai changé Hermione, j'ai compris que je ne pouvais pas prendre, toi seule peut choisir de me donner. Quand tu auras une réponse, quelle qu'elle soit, passe me voir. D'ici là, sois heureuse... mais ne tarde pas trop, je suis mortelle maintenant, finit Viviane en se levant, défroissant un pli imaginaire sur sa jupe.

Elle se pencha et déposa un baiser sur la joue de la brunette avant de se diriger vers la rue pour héler un taxi.


Cat faisait le tour du plateau de télé avec suspicion, recherchant toutes les imperfections qui ne rendraient pas hommage à son immense talent. Ce soir, elle allait interviewer Dieu. Elle sourit d'impatience et anticipa sans problème la tête de ses concurrents, surtout celle de Lois Lane. Elle allait l'écraser pour le Pulitzer. Personne ne viendrait plus jamais clamer que National City devait se contenter d'un média de campagne.

La journaliste regarda sa montre. Plus que deux heures avant le direct. Elle sentit l'excitation monter d'un cran. Ce moment de télévision serait l'apogée de sa carrière. Elle retourna dans son bureau pour se servir un café et réviser une dernière fois les questions qu'elle allait poser à Dieu. Elle n'avait qu'une heure trente d'interview et elle devait aller droit au but.

Son chef de la production passa la tête dans l'encadrement de la porte.

- Un problème ? s'inquiéta immédiatement la journaliste.

- Pas encore, sourit l'homme. Mais je voudrais savoir pour la maquilleuse et l'habilleuse comment on s'organise.

- Dieu est arrivé ? s'enquit Cat.

- A l'instant. Elle boit un verre de vin dans sa loge.

- Très bien, je descends. Et dites à Mario et Constance d'attendre. C'est pas gagné d'avance, mais je vais voir ce que je peux obtenir.

Cat but son café d'une traite et se rendit dans la loge. Hermione sirotait un verre de vin tout en refusant, avec affabilité et bienveillance, que le coiffeur et la maquilleuse s'approchent d'elle.

- Hermione, quel plaisir de vous voir, déclama la journaliste avant de s'asseoir à côté de la Source. Encore un immense merci d'avoir accepté de venir sur le plateau. C'est un honneur pour moi bien sûr, mais c'est tellement plus, vous allez entrer dans tous les foyers du pays ce soir.

- Oui, mais cela ne justifie aucunement qu'on touche à mes cheveux ou mon visage. Dieu s'en branle du maquillage. Ok ?

- Pas de soucis, fit Cat en levant les deux mais en signe de paix. Vous êtes bien au naturel.

- Mais ?

- Les éclairages de plateau sont parfois traitres. Une touche de fonds de teint ne nuit jamais, et je vous promets que vous n'en ressentirez aucun inconfort.

Hermione plissa les yeux.

- Seulement du fond de teint pour l'éclairage. Rien de plus, on est d'accord ?

- On est d'accord. Entre nous, je sais bien que c'est Viviane qui aura le budget maquillage à la maison, ajouta-t-elle en lui tapotant le genou avant de faire signe à la maquilleuse.

Hermione se laisse poudrer sans rien dire et, une fois le calcaire fini, attrapa son verre de vin.

- Je suppose qu'espérer avoir les questions est illusoires ?

- Est-ce qu'un coup de peigne est envisageable ? fit la journaliste avec un sourire en coin.


Lena se cala confortablement dans son fauteuil avant de tendre un pot de popcorn à Viviane. Les deux femmes étaient assises devant un écran gigantesque branché sur la chaine Catinfo.

- Je sens que ça va être un grand moment, se réjouit Lena.

- Oui, un grand moment de déception professionnelle, compléta Viviane en voyant un générique défiler.

Cat Grant était assise face à Hermione. Cette dernière avait les bras croisés sous la poitrine et affichait un air pas trop maussade.

- Pourquoi es-tu aussi négative ? s'enquit la femme d'affaires.

- Parce que je connais Hermione et il n'y a rien qui l'insupporte plus que ce qui va se passer maintenant. Mais Cat n'a pas voulu m'entendre quand je l'ai mise en garde...

- Bonjour Dieu. Comment allez-vous ? commença Cat, essayant de mettre à l'aise la brunette.

- Comme une divinité dans un monde aussi arriéré, répondit la Source avec un sourire affable.

- C'est donc un regard critique que vous portez sur notre monde.

- C'est plutôt un regard navré que je porte sur votre civilisation, rectifia la Source. Une civilisation qui commet des atrocités au nom de Dieu, alors que je n'ai rien demandé, une civilisation dans laquelle les humains sont la seule espèce animale qui battent et tuent leur femelle, une civilisation qui détruit la planète au nom de la richesse de quelques-uns au détriment du plus grand nombre.

- Et bien, voila une mise en bouche plutôt crue. Mais si vous êtes le Dieu de ce monde, pourquoi laissez-vous faire ?

- Je vous ai laissé votre libre-arbitre.

- Avec une réponse pareille, on sait de qui tenait Ponce-Pilate, fit la journaliste en croisant tranquillement ses jambes.

- Après, je peux le reprendre, menaça Hermione. Je commence à en avoir assez de toutes ces conneries faites en mon nom. Petit message aux dirigeants de ce monde : vous allez vous calmer ou je vais sévir. Et ça ne va pas être beau à voir.

- Vous n'avez que deux modes de fonctionnements donc, laisser faire ou punir ? fit Cat sans se démonter. N'y aurait-il pas moyen de trouver une autre façon de gérer le monde ?

- Non. Vous êtes binaires. Je m'adapte.

- Mais ne dit-on pas que nous sommes à votre image… Avouez que c'est questionnant, non ?

- Ce qui se dit n'est pas forcément la réalité, répliqua tranquillement Hermione en s'allumant une cigarette.

Cat semblait être aux anges, sans jeu de mots.

- Et bien c'est cette réalité selon Dieu qui nous intéresse. Dites-nous en plus. Comment devient-on Dieu, de quoi est fait votre quotidien, et finalement, est-ce que l'enfer et le paradis sont des histoires pour faire peur aux enfants ?

- Ce que je fais et ce que je suis importe peu. En revanche, je peux vous dire ce qui va vous expédier directement au mauvais endroit. Dieu se fout de l'avortement ou de ce que les gens font de leur cul entre adultes consentants. Ce qui me contrarie grandement, c'est l'exploitation du faible par le fort, c'est les trafics en tout genre, ce sont les meurtres, les viols, les vols. Ce qui me contrarie, c'est que des mecs s'en mettent plein les poches au détriment de braves gens. Ce qui me met hors de moi, c'est les enfants qui sont utilisés alors qu'ils seraient mieux à l'école. Ce monde marche sur la tête.

- Mais dites-moi Dieu, fit Cat comme un chat devant une souris, vous m'avez tout l'air de lancer une campagne d'élections...

- Non. Mais je n'hésiterais pas à destituer des dirigeants si les situations économique, écologique et sociale ne s'améliorent pas. J'ai déjà quelques noms en tête...

Cat se tourna ostensiblement vers la caméra.

- Mesdames et messieurs les dirigeants, un nouveau shérif est en ville et Dieu n'a pas l'air de plaisanter. Parlant de ça, et sur une note plus légère, quels sont vos passe-temps préférés ?

- Des passe-temps... réfléchit Hermione en se tapotant le menton. La cuisine. Il faut coucher avec qui ici pour avoir un cendrier ?

Cat resta une seconde interdite avant de se reprendre avec aplomb.

- Il est donc possible de négocier avec Dieu ?

- Non. C'est pour éviter que j'écrase mon mégot sur le sol. Ce n'est pas une attitude divine.

- Montrer l'exemple, quelle belle valeur, sourit aimablement la journaliste en faisant signe à son assistante de plateau. Et donc la cuisine, il serait possible de trouver quoi à votre table ?

- De tout. De toutes les régions du monde. J'ai un faible pour la cuisine indienne. Même si leur système de castes et leur traitement de la femme me débectent au plus haut point. J'apprécie également la cuisine asiatique et sa finesse.

- A-t-on une chance de vous croiser manger un burger-frites ?

- Plus que mon cholestérol me le permet. Sur ce, Miss Grant, vous avez des vraies questions ou je peux me tirer ailleurs ?

- J'aurais une dernière question, même si je sais par avance que vous choisirez d'y répondre ou pas... nait-on Dieu ou le devient-on ?

- La réponse se trouve dans la célèbre phrase de Simone de Beauvoir.

- Et bien, nous voici tous avec des devoirs et un livre de chevet. Dieu, merci de votre temps, chers téléspectateurs, bonsoir !

Lena éteignit le téléviseur et porta son attention sur Viviane.

- Et bien, c'était plutôt... étrange, fit la femme d'affaires.

- Moi j'ai trouvé qu'elle était très détendue et sympathique.

- Tu parles de Cat, n'est-ce pas ?

- D'Hermione. Elle aurait tout aussi bien pu partir en plein milieu de l'entrevue avec pertes et fracas ou encore faire une démonstration de ce qui attend les dirigeants corrompus s'ils ne se décident pas à revenir dans le droit chemin. Et crois-moi, ça aurait tout de suite eu plus l'air d'une téléréalité avec élimination définitive des candidats malchanceux. Alors oui, je l'ai trouvée très … cool.

- Que ne ferait pas Dieu pour un appartement à elle ! soupira Lena.

- Ou un cendrier...


4 mois plus tard

Hermione était avachie dans son canapé et lisait un livre tout en picorant dans un sachet de raisins secs. Mais la vibration de son téléphone vint troubler sa quiétude

- Miss Grant, quel plaisir ! lança la brunette en décrochant, la voix teintée d'une légère ironie.

- Que faites-vous présentement ? Demanda abruptement la journaliste.

- Je me demandais si je n'allais pas déclarer la téléréalité contraire à la loi de dieu. Pourquoi ?

- Je suis à Washington DC et je ne rentre pas à National City avant demain matin. Viviane, qui doit prêter serment demain à la cour fédérale m'a appelée pour me dire qu'elle a 40 de fièvre, une coupure d'électricité, pas d'eau chaude chez elle et des surgelés bons à jeter. Allez l'aider.

- C'est demandé si gentiment, comment refuser ? se moqua Hermione. Pourquoi ne m'a-t-elle pas appelée directement ?

- Elle ne m'a pas demandé de l'aide, elle m'a demandé de voir avec le gouverneur pour décaler la date de la cérémonie. Et mon agenda ne me le permet pas, je n'ai pas d'autre créneau avant plusieurs mois. Alors, hop hop hop, allez me la remettre d'aplomb.

Sur ces mots, Cat Grant raccrocha.

Hermione jeta le cellulaire à côté d'elle en réouvrant son livre. Cette Cat avait un culot incroyable. Sous prétexte qu'elle avait le numéro de téléphone de Dieu, elle se croyait maintenant tout autorisé. Si Viviane avait besoin d'elle, elle saurait assurément le lui faire savoir. Elle reprit la lecture de son chapitre. Cependant son attention était maintenant ailleurs. Est-ce que Viviane l'appellerait vraiment, alors que leurs dernières conversations avaient été polies et neutres. En soupirant elle rattrapa son téléphone et chercha le numéro de la blonde.

"Vous êtes sur le répondeur de Viv..."

La brunette raccrocha et secoua la tête. Elle regarda alternativement son livre et une paire de chaussure et soupira une nouvelle fois.

Elle passa les baskets et disparut dans un craquement sonore. La seconde suivante, elle apparaissait dans un couloir glacé, devant une porte semblable aux cinq autres du palier. Elle frappa énergiquement quelques coups sur la surface boisée et attendit patiemment que l'ancienne Impératrice vienne lui ouvrir. Ce qui se produisit quelques instants plus tard.

- Ah ouais, Miss Grant n'a pas menti, commenta sobrement la Source en découvrant le visage fiévreux de la Dame du Lac.

- Salut, renifla Viviane avant de tousser. Quelle est la raison de ta visite ?

- Ton amie m'a demandé de te remettre sur pied pour demain matin.

Viviane fronça les sourcils, ce qui était loin d'être terrifiant avec la goutte qui lui pendait au nez.

- Je ne lui ai jamais réclamé ça ! s'emporta l'ancienne souveraine. Je lui ai simplement demandé de reporter ma nomination.

- Mais visiblement, l'agenda de Dieu est plus flexible que celui d'un gouverneur ou d'une magna d'un groupe de presse, tu m'en vois désolée, répondit gentiment Hermione en poussant la blonde vers le salon. Putain, ce qu'il fait froid chez toi !

- Oui, des travaux sont en cours sur la voirie et les employés ont touchés divers tuyaux. Le retour à la normale est prévu pour la fin de semaine.

Hermione haussa un sourcil perplexe et finit par secouer la tête.

- Tu ne vas pas couver ta grippe ici, fit la brunette en posant sa main sur l'épaule de la Dame du Lac.

L'instant suivant, les deux femmes se retrouvèrent dans l'appartement de la Source et cette dernière entraîna Viviane jusqu'au canapé qu'elle déplia rapidement.

- Allonge-toi, je vais te chercher une couette et un thé bien chaud, fit doucement Hermione.

Grelottante de froid, transpirante de fièvre et grommelant après Cat, Viviane ne se fit pas trop prier pour céder à la chaleur de la couverture qu'Hermione étendit sur elle.

- Merci. Je n'avais plus eu aussi froid depuis les vieilles pierres d'Avalon.

- C'est la grippe, lança Hermione en se rendant dans sa cuisine.

- Je n'ai jamais été malade, c'est horrible comme sensation.

- C'est humain, tu t'y feras, répondit la voix de la Source.

Cette dernière revint quelques minutes plus tard avec un thé fumant et une assiette de soupe posés sur un plateau. Elle posa le tout à portée de main de son ancienne souveraine et, après avoir retiré ses chaussures, alla s'allonger à côté de Viviane.

- Viens par là, fit Hermione en ouvrant ses bras.

- Qu'est-ce que tu fais ? Renifla la blonde.

- Arrête de te poser des questions, répondit la brunette en roulant des yeux et en prenant d'autorité la blonde dans ses bras. Cale ta tête sur mon épaule...

Viviane se retint un instant de se laisser aller. Mais son état fiévreux et la chaleur corporelle d'Hermione prirent le dessus sur sa détermination. Lentement son corps se détendit jusqu'au sommeil réparateur.

Quand elle se réveilla, quelques heures plus tard, elle se sentait encore légèrement fébrile mais la fièvre était presque tombée.

- Hey... fit doucement la Source. Comment tu te sens ?

- Faible comme un oisillon, et ce n'est pas agréable.

La brunette fit parler sa magie et la Dame du Lac sentit un regain d'énergie.

- Mieux ? S'enquit Hermione.

- Beaucoup. Tu ne m'as pas dit que tu n'utilisais la magie que pour les choses importantes ? questionna l'ancienne Impératrice en se calant un peu mieux dans les coussins du canapé.

- C'est ce que je fais, répondit la brunette.

- Depuis quand une grippe est-elle une priorité pour la Source ? fit la blonde avec un rictus.

- J'ai bien compris que ta nomination n'était pas reportable et l'état a besoin d'un bon juge. Tu dois être en forme pour demain matin, sourit la brunette en se levant. Tu as faim ?

Viviane regardait la brunette retourner vers sa cuisine. A tout le moins, elle avait gagné une amie qui lui voulait du bien. Haussant les épaules en signe de résignation, elle choisit de se lever pour tester sa forme.

- Je pense que oui, mes derniers repas n'ont pas été fameux. Où est ta salle de bain ?

- Tu prends le petit couloir, c'est la porte de gauche. Qu'aimerais-tu dîner ?

- Te connaissant, j'ai toutes mes chances si je dis hamburger ? lança la blonde avant de disparaitre.

- Je vous prépare ça, votre Honneur.

- Mmm, j'aime bien, ça change de se faire appeler pouffiasse au téléphone par un malfrat mal dégrossi.

La Dame du Lac prit une longue douche chaude et, en sortant de la cabine, trouva un peignoir moelleux. Elle sourit en le passant, attrapa une petite serviette pour enrouler ses cheveux et retourna voir la brunette.

- Tu aurais quelque chose à me mettre sur le dos ? Demanda-t-elle.

Hermione se retourna et son regard se posa automatiquement sur le décolleté du peignoir. Elle rougit subitement et détourna les yeux.

- Désolée... Oui, bien sûr, je t'apporte ça de suite.

Quoique flattée, Viviane resta un instant surprise. Se pourrait-il qu'Hermione ait baissé sa garde au point de la trouver à nouveau désirable ? Fronçant les sourcils, elle tenta de se décider sur la marche à suivre. Profiter de l'avantage indéniable qu'elle avait en se trouvant en petite tenue et tenter la Source en laissant tomber le peignoir ? Elle n'était pas pudique mais dans ses souvenirs, Hermione l'était devant la Dame du Lac. Oui, elle pourrait jouer la tentatrice et faire tomber la brunette dans ses filets. Mais à peine l'image venait-elle de se former dans son esprit que l'avocate recula. Ce n'était plus ce qu'elle voulait, une Hermione subjuguée qui bavait sans jugement. La Source lui en voudrait et elle perdrait tout, à nouveau.

La brunette revint avec quatre pyjamas.

- Je te laisse l'embarras du choix. La viande de ton hamburger, à point, saignante ou bien cuite ?

- J'ai toujours entendu dire qu'il valait mieux bien cuire la viande hachée, relança Viviane, question de rester en bonne santé. Je suis plus sensible qu'auparavant à ce genre de précautions, condition mortelle oblige. Mais ça me fait prendre de bonnes habitudes, donc tant mieux, bavardait-elle en échangeant son peignoir pour un pyjama aussi peu sexy que possible.

Hermione acquiesça et s'affaira. Moins de dix minutes plus tard, les deux femmes étaient vautrées devant la télé et regardaient un vieux film tout en mangeant les hamburgers. Une fois le repas finit, la Source posa les assiettes vides au sol et s'allongea confortablement, son corps frôlant celui de la Dame du Lac.

- J'ai changé les draps de mon lit ce matin, je te laisse ma chambre, tu y seras mieux, chuchota-t-elle.

- Tu n'as pas à faire ça. Et ton canapé est très confortable, la preuve j'ai commencé à m'y soigner.

- J'insiste. Je ne veux pas d'ennui avec Cat Grant.

- Ca n'est pas elle qui décide.

A son tour, l'ancienne Impératrice s'allongea, entre confort et retenue.

- Si tu comptes dormir dans ce lit, essaie de ne pas ronfler, lança Viviane.

Hermione éteignit la télé et posa une bise sur le front de l'ancienne Impératrice.

- Bonne nuit Viviane.

La sempiternelle question brulait les lèvres de la Dame du Lac.

- Hermione ?

- Mmmm, fit la voix déjà endormie de la Source.

- … bonne nuit.


Hermione avait suivi la nomination de Viviane en direct à la télé, sur une chaîne d'infos locales. Elle avait écouté avec attention le discours de l'ancienne Impératrice qui l'avait impressionnée par son verbe, la justesse de son ton, son phrasé impeccable. Sur les coups de 18h30, la Source attrapa une bonne bouteille de vin et transplana pour l'appartement de son ancienne némésis. Elle frappa quelques coups à la porte, scène identique à la veille, mais ce fut une Viviane rayonnante qui lui ouvrit. La Dame du Lac fit surprise de trouver la Source sur son palier tandis que des rires se faisaient entendre derrière la blonde.

- Désolée de passer à l'improviste, fit la brunette, gênée. J'aurais dû prévenir.

Elle lui tendit la bouteille de vin.

- Félicitations pour le poste. Passe une bonne soirée.

- C'est Dieu ? Qu'elle vienne ! Fit la voix de Cat.

- Oui ! On s'amusera divinement, renchérit celle de Lena Luthor.

Viviane sourit à son ancienne générale.

- Merci d'avoir remis le chauffage chez moi, fit-elle reconnaissante.

- De rien. Bonne soirée.

- Reste avec nous, ça me ferait plaisir.

Hermione acquiesça doucement et suivit la blonde dans la pièce principale.

- Tu étais invitée tu sais.

- Mon téléphone a dû effacer le message, fit la brunette avec un pâle sourire.

- Viviane, il ne manquait que Dieu et la voilà. Tu es une femme parfaitement comblée aujourd'hui ! s'exclama Cat qui avait déjà à la main une coupe de champagne pour Hermione. Ma chère, merci de l'avoir remise sur pied, ça aurait été un beau gâchis de ne pas faire cette assermentation aujourd'hui.

- Je n'ai rien fais de bien difficile, répondit simplement la brunette en prenant son verre.

- C'est vrai qu'accomplir des miracles est votre cœur de métier, susurra Lena. Je propose de lever nos verres en l'honneur de Votre Honneur !

Les quatre femmes trinquèrent avant de boire une gorgée.

- J'ai quelques petites choses à grignoter en cuisine, fit Viviane. Hermione, tu peux venir m'aider ?

- Bien sûr...

La brunette suivit la blonde dans la pièce et Lena et Cat, après avoir échangé un regard, se penchèrent pour garder les deux en visibilité.

- Hermione, commença Viviane, je suis...

Elle ne finit jamais sa phrase. Les lèvres de la Source s'étaient posées sur les siennes et l'embrassaient tendrement.

Viviane sentit son cœur bondir hors de sa poitrine et se risqua à rendre le baiser initié. Elle laissa pourtant encore l'initiative à la brunette, lui permettant de battre en retraite pour avouer s'être laisser aller. Ca la tuerait surement, mais mieux valait être au clair sans possibilité de retour. Elle voulait être sûre de l'engagement d'Hermione.

La Source enroula ses bras autour des hanches de la Dame du lac et demanda muettement l'autorisation d'approfondir le baiser. Sure d'avoir la réponse tant attendue, Viviane se laissa enfin aller. Une main sur la nuque de la Source et l'autre au creux de ses reins, la Dame du Lac rapprocha la brunette dans son étreinte. Elle oublia ses invitées et se laissa submergée par le plaisir retrouvé d'embrasser Hermione. Sans artifices, sans sort, par sa simple volonté.

Dans son dos, la journaliste et la femme d'affaires échangèrent un regard entendu.

- On s'en va... Chuchota Lena.

Cat acquiesça, heureuse pour son amie. Les deux femmes sortirent de l'appartement à pas de loup, fermant silencieusement derrière elles, laissant les deux amantes en tête à tête.

- Je t'aime, murmura Hermione sur les lèvres de la Dame du Lac.

- Et c'est le plus beau cadeau que tu puisses me faire. Je t'aime, Hermione.

Les doigts de la Source vinrent se perdre dans la chevelure blonde.

- Je crois que tes amies sont parties... Désolée, souffla la brunette.

- Ce n'est pas avec elles que j'ai envie de passer la soirée, et la nuit, répondit la Dame du Lac d'une voix au ton plus sourd.

Hermione déboutonna le chemisier de la nouvelle juge et fit glisser le vêtement, découvrant les épaules de la blonde. Elle les parcourut de baisers, redécouvrant la peau satinée de la Dame du Lac.

- Hmmm... ton parfum est toujours aussi enivrant, soupira de plaisir la Source.

Viviane offrait sa peau aux baisers de la brunette avec délectation et frissonnait à chaque toucher. Elle était tellement sûre que ça n'arriverait plus jamais qu'elle n'osait interrompre la chose au risque de se réveiller, fiévreuse et seule dans son lit.

- Tu nous conduis vers un endroit plus... horizontal ? demanda la blonde.

Hermione fit parler sa magie et la Dame du Lac éprouva la sensation particulière du transplanage. Les deux femmes se retrouvèrent la seconde suivante dans la chambre de la Source. Cette dernière ôta rapidement ses chaussures et prit les mains de la nouvelle juge dans les siennes.

- Viviane, j'ai toute confiance en toi, fit doucement la brunette. Je voudrais te faire un cadeau...

- Tu deviens bien sérieuse pour un simple cadeau, s'inquiéta la nouvelle juge.

Hermione caressait du pouce les mains de la blonde toujours prisonnières des siennes.

- J'ai été... longue à me décider à franchir le pas. Je voulais être certaine. Certaine que tu avais changé, certaine de ce que je voulais. J'en suis aujourd'hui convaincue.

Elle se tut quelques instants, cherchant les bons mots.

- Si j'ai demandé à la Source, dans mon rêve, à être accompagnée, c'est que je ne veux pas être la seule détentrice d'un pouvoir surhumain. Je reste humaine, c'est mon principal défaut. Je commets des erreurs, comme tout le monde. Lexa... ne reviendra pas dans ce monde, et il n'est pas prévu que nous nous revoyions avant quelques siècles.

Hermione grimaça, peu satisfaite de son discours.

- Ce que j'essaie de dire, maladroitement, c'est que je ne veux pas avoir de la puissance et toi non. Je ne veux pas que cette différence aboutisse à nous éloigner, ou à te faire sentir en infériorité. Certes, je ne peux pas faire de toi une demi-Source mais...

Viviane fronça les sourcils, sentant que ses doigts picotaient.

- Je veux te donner de la magie. Que tu puisses être en capacité de... t'opposer à moi si jamais j'en viens à mal agir, conclut Hermione en déverrouillant la source de pouvoir de la Dame du Lac.

- Hermione, non... Je, j'ai confiance en toi et ton jugement. Et j'ai assez de caractère pour me passer de magie...

Viviane parlant en luttant contre ce flux vivant qui l'emplissait d'une énergie que chacune de ses cellules réclamait.

- Et j'ai confiance en nous. Tu as changé et je ne suis pas Morgane.

Viviane plongea son regard polaire dans les perles brunes de la Source avant d'acquiescer, puis de s'abandonner à ce déferlement jouissif de pure magie dans ses veines. Hermione s'attarda à ressentir chaque cellule s'épanouissant à nouveau, apaisant le corps gracile de la blonde de caresses légères.

- Ça va ? s'enquit la Source.

- Une partie de moi revit... alors oui, ça va.

Parfaitement consciente qu'elle avait brisé le moment intime que les deux femmes partageaient, la brunette restait immobile, laissant à Viviane le soin de reprendre ou non ce qu'elles avaient entamé.

La Dame du Lac, lovée dans les bras de la Source, ressentait les picotements de la magie dans le bout de ses doigts.

- Je me demande si je me souviens, murmura-t-elle en activant cette magie pour doucement caresser son amante.

Un gémissement franchit les lèvres de la brunette qui ferma les yeux de plaisir.

- Oui... tes souvenirs sont intacts... murmura Hermione.

La blonde eut un petit rire coquin.

- En piste, ma Source. Nous avons des millénaires de temps perdus à rattraper.


Vous avez aimé ? haï ? Tout est possible ! Mais sachez que les personnages sont totalement libres de leurs choix et que les auteures ne les manipulent jamais !

Sygui et Link