Le temps s'étirait, mais rien ne se passait. Une, puis deux minutes s'écoulèrent. Rikku finit par serrer les poings et les mâchoires, puis ferma les yeux en crispant les paupières. Des larmes commencèrent à couler sur ses joues. Elle se détourna de l'image immobile et baissa la tête. Elle pleurait silencieusement. « Idiote. Idiote, idiote, idiote. Tu espérais vraiment que ça marcherait ? Juste, juste parce que tu le voulais désespérément, tu as voulu croire que ça pouvait marcher... ça ne pouvait pas marcher. Tu ne le reverras jamais. Jamais. »

Les larmes coulaient sur ses joues, des sanglots serraient sa gorge sans encore éclater, elle ne pouvait simplement pas envisager ce qu'elle devait...

« Rikku. »

Le coeur de Rikku manqua un battement et elle écarquilla les yeux d'un coup, libérant les dernières larmes qui roulèrent sur ses joues mouillées. Ce seul mot qui venait de résonner derrière elle dans le silence irréel de l'Au-delà avait été prononcé par une voix grave et profonde, un peu rauque, la voix qui hantait ses pensées depuis des années. Elle n'osait plus bouger.

« Rikku. J'apprécie la vue, mais tu devrais tout de même te retourner. »

« Oh ! », s'exclama Rikku, en se retournant d'un coup. Elle se sentit rougir. Il était là.

Devant elle se dressait Auron, toujours semblable à lui-même dans son manteau rouge, son épée sur l'épaule. Mais il ne flottait plus au-delà de la plate-forme rocheuse, il était debout sur le rebord de pierre, et d'un pas lourd mais souple descendit sur le sol. Ils se faisaient face à quelques mètres de distance et Rikku n'osait plus bouger ou parler. Auron déposa son épée en l'appuyant contre un rocher. Puis il entreprit d'ouvrir son col. Rikku sentit les larmes revenir, mais pas par désespoir cette fois-ci. Elle ne se souvenait pas qu'il ait jamais ouvert son col pour quelqu'un d'autre qu'elle. Elle murmura : « Tu es là… tu es venu...

-Ta façon de m'appeler était … très convaincante. Mais je ne pourrai pas rester, ni te suivre hors d'ici.

-Je… Je m'en doutais. Mais... pour le moment… tu es là…

-Oui. Pour toi. »

Il tendit la main vers elle, elle avança la sienne en réponse et marcha vers lui comme dans un rêve. Il lui saisit le bout des doigts, l'attira plus près de lui et posa la main au bas de son dos, juste au-dessus de ses fesses. Un frisson courut le long de la colonne vertébrale de la jeune femme, elle tressaillit mais se reprit. Elle leva lentement les mains et saisit les lunettes d'Auron pour les lui ôter. Elle les replia et les lui glissa dans une poche de son manteau. Elle esquissa un sourire tremblant et murmura « Auron... ». Il sourit lui aussi, et la jeune femme lui caressa la joue. « Tu as froid, dit-elle. » « Toi aussi, répondit-il en augmentant légèrement la pression de sa main dans son dos. Ça va s'améliorer. »

Il posa l'autre main sur le côté de la gorge de sa compagne, enveloppant son oreille et l'os de sa mâchoire et il attira son visage vers lui tout en se penchant à sa rencontre, pour lentement l'embrasser sur les lèvres, en un baiser extraordinaire, intense, passionné sans être brutal, amoureux. Rikku s'abandonna contre lui, s'accrocha à lui de ses mains resserrées sur le manteau rouge. Elle se sentait fondre sous la chaleur qui passait entre eux, qui semblait augmenter dans la paume d'Auron contre sa joue, qui semblait de plus en plus émaner de lui.

Pourtant, alors que le baiser se prolongeait délicieusement, une autre chaleur naquit dans le bas du ventre de Rikku. De la chaleur, et surtout un désir impérieux. Ce fut elle qui rompit le baiser pour murmurer : « Auron, dis-moi, dis-moi que cette fois… , que cette fois tu… tu voudras… Que je ne suis plus une petite fille… »

Il déplaça légèrement sa main pour caresser son sourcil et sa tempe du pouce, avec un sourire un peu amusé.

-J'ai vu, Rikku. Tu es une superbe jeune femme. Tu es belle, et désirable.

-Tu le penses vraiment ? Tu me trouves belle ?

Il laissa échapper un petit rire, et se pencha vers elle pour murmurer à son oreille : « Tu es belle… à faire bander un mort. » En disant cela, il accentua la pression de sa main au bas du dos de la jeune femme pour la plaquer étroitement contre lui… et lui permettre de constater qu'il disait vrai. Rikku inspira brusquement, et sans y penser se cambra, accentuant ainsi la pression de leurs corps l'un contre l'autre. Elle rejeta la tête en arrière en fermant les yeux pour mieux goûter la sensation du corps d'Auron contre elle, avant de les rouvrir pour croiser son regard. Elle murmura :

-Auron… Je veux faire l'amour avec toi…

-Je sais, répondit-il avant que Rikku cette fois-ci n'unisse leurs lèvres en un nouveau baiser passionné, toujours cramponnée au devant du manteau rouge.

Rikku fut presque reconnaissante quand Auron rompit le baiser, pour respirer plus librement quelques inspirations, tant son souffle s'était accéléré. Mais son rythme ne ralentit pas, au contraire, quand Auron commença à l'embrasser dans le cou et au creux de l'épaule, tout en faisant glisser sa main largement ouverte le long de sa colonne vertébrale, sur toute la surface de son dos, avant de venir effleurer ou presser sa taille, ses hanches, ses fesses et ses cuisses.

La jeune femme relevait le menton pour mieux s'offrir aux lèvres de son compagnon, elle arquait le dos pour suivre le mouvement de sa main. Des exclamations de surprise étouffées se mêlaient à sa respiration haletante aux sensations que les caresses et les baisers d'Auron éveillaient en elle. Elle voulait que cela continue, qu'il continue de la toucher, mais elle sentait aussi monter en elle le désir de le toucher à son tourt, d'être en contact avec sa peau à lui.

Elle laissa descendre ses mains sur l'étoffe rouge du manteau jusqu'à ce qu'elles se referment sur la ceinture, et ses doigts de voleuse ouvrirent rapidement la boucle. Elle fit passer ses mains à l'intérieur du manteau et remonta vers les épaules pour l'ôter. Auron avait ralenti ses caresses pour lui faciliter la tâche, et quand le haut du manteau quitta ses épaules, ce fut lui qui termina de l'enlever avant de le draper sur les épaules de Rikku. Elle ferma les yeux et se laissa envahir par la chaleur et l'odeur d'Auron qui imprégnaient le vêtement.

Elle les rouvrit bientôt pourtant, bien décidée à ne pas se contenter d'ôter à Auron son manteau, pour emblématique qu'il soit. Toutefois, elle hésita un instant en avançant les doigts, ne se sachant trop comment continuer, et il en profita pour saisir ses poignets, en disant : « Attends. » Avant qu'elle n'ait pu protester, des pyrolucioles se mirent à scintiller sur le corps du guerrier, et ses vêtements se dissipèrent en une nuée de bulles de lumière, le laissant aussi nu que Rikku . Plus, même, puisque c'était maintenant elle qui portait son manteau sur les épaules.

La jeune femme écarquilla les yeux puis cligna plusieurs fois des paupières, surprise. Son regard quitta le visage d'Auron pour descendre vers son torse. Elle savait déjà qu'il était musclé elle connaissait le relief de ses bras, et puis autrefois, pendant le pélerinage de Yuna, elle avait parfois tenté d'espionner les garçons quand ils se lavaient dans une rivière, mais toujours de loin et à travers les buissons, et jamais longtemps de peur d'être surprise... Mais là, c'était différent. Elle pouvait le regarder autant qu'elle le désirait.

Auron avait... un corps de guerrier, des muscles sculptés par et pour l'effort, solides, harmonieux, pas les muscles d'un playboy prétentieux. Les cicatrices de ses blessures ne parvenaient pas à briser l'impression de force qui émanait de lui. Les mains de Rikku suivirent son regard, et elle les posa doucement sur la peau de son compagnon. Elle murmura :

-Auron... Tu es... Tu es vraiment... waouh.

Le guerrier rit doucement. Il avait lâché Rikku et la laissait explorer sa peau à son tour. Elle faisait glisser lentement ses mains sur les bras et le torse de son compagnon. Elle effleurait ou pressait plus fort, suivait le relief de muscles, le long des épaules, du cou, sur la ligne des clavicules, le long du sternum. Auron n'était pas très démonstratif, mais quelque chose pulsa d'une façon agréable dans le ventre de Rikku quand elle réalisa qu'il respirait plus vite. Elle suivait des yeux le trajet qu'elle dessinait avec ses doigts, sur les pectoraux, descendant vers le bas des côtes, vers les abdominaux et ... plus bas. La jeune femme se mordit les lèvres et releva la tête en entendant Auron dire, sur un ton où perçait une pointe d'amusement : « Tu rougis. » Elle détourna le regard sur le côté, vers le sol, en marmonnant :

-Eh bien... oui. Probablement parce que je n'ai jamais... que je suis... toujours... enfin... tu sais ?

Il lui prit le menton pour ramener son regard vers lui et reprit :

-J'avais compris. Mais pourquoi, Rikku ? Tu as toujours été curieuse de nouvelles choses...

-Parce que je voulais que ce soit toi, Auron, répondit-elle sans hésiter.

Il ne répondit pas. Il la regardait sans fléchir. La réponse de Rikku n'avait pas semblé l'étonner.

Après quelques secondes, il murmura simplement : « Dans ce cas... » avant de prendre le visage de la jeune femme entre ses mains pour l'embrasser à nouveau. Un baiser lent d'abord, mais décidé, insistant, et Rikku réagit très vite sa respiration s'accéléra à nouveau, elle passa les bras autour du cou de son compagnon pour maintenir elle aussi leurs lèvres plus fortement unies. Elle sentit Auron ébauché un sourire contre sa bouche. Il fit glisser l'une de ses mains dans le dos de la jeune femme jusqu'au creux de ses reins tandis que l'autre enserrait sa nuque et il intensifia encore le baiser.

Rikku se sentit fondre et brûler à la fois, et une délicieuse tension palpitait dans son ventre. Elle s'abandonna contre Auron, et leurs peaux, leurs corps se pressèrent l'un contre l'autre. Les jambes de la jeune femme menaçaient de céder sous son poids comme de la gelée. Il dut s'en rendre compte, et d'un seul élan, dans un mouvement souple, il se pencha sur elle en l'embrassant plus ardemment, la fit basculer et se redressa en la soulevant dans ses bras, toujours enveloppée dans le manteau. Elle poussa un cri de surprise et s'accrocha comme une naufragée à son cou, avant de comprendre ce qui lui arrivait et de s'alanguir avec bonheur dans les bras de son compagnon.

C'était une délicieuse façon de sentir la force de ses bras, de son torse. Elle se sentait à la fois à sa merci et totalement en sécurité. Il la portait sans effort apparent, elle avait l'impression que le monde se résumait à lui, sa force, sa chaleur, la douce pression de ses bras qui l'enveloppaient. Elle enfonça son visage dans le creux entre le cou et l'épaule d'Auron, pour mieux respirer l'odeur de sa peau et oublier tout ce qui n'était pas lui.

-Tu vas me donner le vertige, murmura-t-elle avec un petit rire étouffé.

-J'espère bien, souffla-t-il en réponse à son oreille.

-Mmmh, fit Rikku en faisant glisser ses lèvres dans le cou du guerrier, sur sa gorge, entre frôlements et baisers, jusqu'à atteindre son oreille pour y chuchoter :

-Oui… Fais-le… Fais-moi perdre la tête…

-A tes ordres , lui répondit-il.

A ces mots, la jeune femme sentit sa respiration s'accélérer à nouveau, et quand quelques instants plus tard Auron l'embrassa avec fougue, son ventre se serra dans un spasme de désir et elle gémit doucement. Il la serrait étroitement, l'embrassait avec ardeur, impérieusement, et elle n'avait pas la moindre envie de lui résister. Soudain il se laissa tomber à genoux, et elle cria de surprise. Il la coucha ensuite sur le sol puis s'allongea tout contre elle, penché sur elle, presque sur elle.

Il l'embrassait, encore, toujours, sur les lèvres, dans le cou, sur la gorge, sur les épaules, et il la caressait, sa main libre glissait de son visage à ses jambes, alternant entre longs mouvements glissés et pressions insistantes. Son poids sur elle la plaquait par moments contre le sol.

L'univers de Rikku se réduisait à Auron : la chaleur de son corps, son odeur émanant de lui en même temps que du manteau qui la protégeait de la froideur de la pierre sous elle, le goût de sa peau quand elle réussissait à y poser ses lèvres entre les halètements et les gémissements qu'elle ne parvenait pas à contenir, le son de sa respiration qu'elle entendait et qui s'accélérait aussi, le jeu de ses muscles sous ses paumes alors qu'elle s'accrochait à lui et l'attirait contre elle, la sueur qui recouvrait maintenant son corps et sur laquelle elle sentait glisser ses doigts.

Il semblait à la fois prendre possession du corps de la jeune femme avec ses caresses, mais aussi chercher tous les moyens d'y faire monter le désir. Il soulignait ses hanches, recouvrait son ventre de sa paume, montait plus haut à chaque passage en effleurant la peau sensible de l'intérieur de ses cuisses, prenait à l'évidence un malin plaisir à ne pas toucher ses seins et déjouer les mouvements qu'elle faisait pour les mettre sur le trajet de sa main, comme s'il voulait qu'elle attende, attende encore, n'attende plus que cela, et par les machines c'était exactement ce qu'elle ressentait, elle voulait qu'il pose sa main là, qu'il calme ou exacerbe, elle ne savait plus, les fourmillements qu'elle ressentait. Et finalement, enfin, il le fit, emprisonna son sein droit sous sa paume, pressant, caressant, modelant, et Rikku se cambra brusquement :

-Ah !… Auron !…

Il insista, et son autre main vint se poser sur le sein gauche de Rikku. Il était maintenant à genou entre ses cuisses, penché sur elle, et elle aurait été incapable de dire à quel moment il s'était retrouvé là.

Pendant un moment elle ne pensa à rien, se laissant submerger par les sensations, laissant son corps bouger de lui-même pour s'offrir toujours davantage aux caresses et aux frôlements, et aux baisers, car maintenant Auron parcourait aussi sa peau de ses lèvres. Rikku haletait, laissait échapper des gémissements, murmurait et criait tour à tour le nom de son amant. Il embrassait le cou, la gorge de sa compagne tout en caressant ses hanches, effleurait ses seins des lèvres alors que ses mains modelaient ses épaules ou ses fesses, faisait glisser sa bouche le long de sa cuisse.

Les yeux fermés, Rikku s'abandonnait à lui. Elle ne savait plus ce qu'elle faisait, ses mains passaient des cheveux de son compagnon à ses épaules, ou se refermaient sur le tissu du manteau sous elle. Auron était attentif à ses réactions, insistait quand un mouvement faisait réagir la jeune femme et lui faisait pousser des gémissements de plaisir, suivait ses mouvements pour répondre à ses désirs, ou au contraire déjouait ses attentes pour intensifier son désir.

Et puis Auron vint s'allonger sur elle, le visage dans son cou, la bouche contre son oreille, et murmura son nom : « Rikku... » C'était sa voix, son extraordinaire voix profonde et rauque, mais mêlée à sa respiration lourde, rapide, et chargée de désir. En l'entendant, Rikku eut l'impression qu'un arc électrique parcourait ses muscles. Elle se cambra et gémit : « Mmmh ! Ah ! Auron... » car elle savait, elle savait ce qu'il voulait lui dire, ce qu'il lui demandait. Elle sentait la main du guerrier qui tenait fermement sa hanche, elle sentait ses genoux contre l'intérieur de ses cuisses, prêts à les écarter davantage, elle sentait la tension des mouvements de reins qu'il retenait encore, elle sentait les balancements presque inconscients qui naissaient dans ses propres hanches…

Elle inspira brutalement, déglutit et haleta : « Ah ! Auron… Je… Auron ! » Elle ne parvenait pas à former les mots, pas même le « Oui ! » que tout son être criait silencieusement. Alors elle attira Auron plus étroitement contre elle, les mains agrippées au bas de son dos, contre elle et plus encore, tandis qu'elle écartait un peu plus les cuisses. Il suivit son invitation, et se coucha sur elle, et la chercha, la trouva, et la pénétra lentement, d'un mouvement continu et maîtrisé, tout en murmurant encore son nom, ardemment.

Rien n'aurait pu éteindre le désir de Rikku, et certainement pas la douleur passagère de la résistance opposée par sa virginité. Elle l'accueillit même avec joie : c'était pour elle la preuve que ce qui lui arrivait était réel, que ce n'était pas un rêve.

Son désir brûlait, flambait, et naissait le plaisir, plaisir physique transcendé, sublimé par le désir émotionnel, la joie sauvage d'avoir Auron à elle, d'être à lui, comme elle l'avait si souvent rêvé. Elle se donnait tout entière, sans aucune retenue ou hésitation. Il trouvait exactement les mouvements qui enflammaient ses sensations. Le sentir ainsi, si prêt, en elle, avec elle, son souffle contre son oreille, ses halètements mêlés aux siens, son nom qu'il répétait plus ardemment d'instant en instant, alors qu'elle criait le sien, c'était... c'était...

Et le plaisir explosa en elle, la saisit, la jeta hors d'elle-même. Elle cria une dernière fois le nom d'Auron, cambrée comme un arc à sa rencontre, et retomba dans ses bras, tremblante, hors d'haleine, accrochée à lui, gémissante et désorientée.

Il la serra contre lui, murmurant son nom encore et encore, mais avec douceur maintenant, mêlé avec des mots d'amour, jusqu'à ce que la respiration de la jeune femme, lentement, s'apaise et que les spasmes de plaisir qui la secouaient encore s'espacent et s'évanouissent. Rikku demeurait immobile, les yeux clos, respirant l'odeur de la peau de son amant, tandis qu'il lui caressait doucement le dos du bout des doigts, sans desserrer son étreinte.

Pendant de longues minutes, elle resta ainsi, paisible, apaisée, envahie de plénitude. Elle avait le sentiment d'être à sa place. Elle ne sentait pas le froid de l'air, la dureté de la pierre. Elle ne sentait que la présence d'Auron et c'était comme si le temps avait cessé d'exister.