Me revoilà ! :)

J'espère que cette suite vous plaira.

Tout d'abord, un gros merci à Rinku13, Harryliada, Minerphile, Destrange, Noumea, Zeugma412 et Elayan pour vos reviews. Vous êtes déjà plusieurs et ça me fait chaud au cœur. :')

Un merci tout particulier à Rinku13 pour sa présence avec moi durant toute la rédaction de cette histoire, pour sa motivation, son enthousiasme et son aide précieuse pour la relecture. Je suis choyée de l'avoir auprès de moi. :')

(L'univers et les personnages appartiennent à JK Rowling)

Bonne lecture ! :)


Chapitre 2 ― L'Hominuserum

Filius gravissait l'escalier en colimaçon de la tour d'astronomie. Lorsqu'il arriva au sommet, ses courtes jambes étaient en guimauve. Il détestait les hautes marches interminables. Il se retrouvait toujours en sueur.

Essoufflé, il s'appuya contre une fenêtre et sortit de sa poche un mouchoir avec lequel il s'épongea le front. Dehors, le ciel rougeoyait. Il commençait à être tard. Filius avait hésité trop longtemps avant de se décider. Attendre à la dernière minute avant d'inviter quelqu'un à sortir ce soir même n'était pas l'idée la plus géniale. Et si elle refusait ? Ou pire encore, si elle se moquait de lui ? Soudain, il eut l'impression d'être sur le point de commettre la pire bêtise de sa vie.

― Je suis fou ! souffla-t-il.

Son cœur s'accéléra pendant qu'il s'imaginait rouge de honte devant une Aurora éclatée de rire. Il secoua la tête. Il avait été stupide. Il devait se sauver de là avant que la principale concernée le surprenne dans le couloir menant à ses apparentements.

Il pivota sur ses talons et mit le pied sur la première marche, prêt à fuir, mais il s'immobilisa. Dans ses pensées, la question revenait le tourmenter : et si c'était vrai... ?

Contrairement à lui, le professeur McGonagall avait un don pour lire les gens. D'un seul coup d'œil par-dessus ses lunettes rectangulaires, elle devinait leurs émotions et leurs intentions, sans pratiquement se tromper, et décelait tout aussi facilement les mensonges. Elle était notamment la meilleure pour régler les conflits entre élèves comme entre collègues. Or, si elle avait perçu des sentiments amoureux dans le regard d'Aurora...

― C'est ça ! murmura-t-il en ramenant le pied dans le couloir. Je dois oser ! Je suis capable !

Après une profonde respiration, il lissa ses cheveux de chaque côté de son crâne, passa un doigt sur sa moustache et tira sur les pans de son veston. Il fit trois pas confiants dans le couloir, mais ce fut plus fort que lui, il se dégonfla de nouveau comme un vieux pneu crevé.

Il se frappa le front. C'était ridicule. Même s'il s'avérait qu'elle l'aimait bel et bien, il ne serait jamais à la hauteur ― dans tous les sens du terme. Comment pourrait-il seulement l'embrasser sans devoir l'obliger à se pencher au-dessus de lui ?

Des pas s'élevèrent au bout du couloir et le sang de Filius ne fit qu'un tour. Il reconnaissait la manière de marcher d'Aurora, avec le claquement caractéristique de ses souliers aux talons plats et les bruissements de sa longue robe. Elle descendait sans doute pour le dîner. Paniqué, il retourna dans l'escalier, mais à cause de ses jambes trop courtes, qui l'obligeaient à sauter les pieds joints d'une marche à l'autre, il ne put la devancer. Il aurait fallu qu'il se laisse dégringoler jusqu'en bas comme un tonneau, mais il n'avait plus vingt ans.

― Professeur Flitwick ? s'étonna Aurora dans son dos. Mais qu'est-ce que vous faites là ?

― Je descendais dîner ! glapit-il de sa voix aiguë, sans s'arrêter. J'étais juste venu prendre de l'air au sommet de la tour !

― Prendre de l'air ? Mais pourquoi ici ? Je pensais que vous n'aimiez pas cet escalier.

― L'exercice reste bon pour ma santé.

Il continua de sautiller dans l'escalier tant bien que mal, pressé d'aller se cacher, mais il heurta bientôt les jambes d'Aurora qui était venue lui bloquer le passage de toute sa robe.

― Filius, qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle d'un ton inquiet. Vous avez l'air nerveux.

Filius se figea sur sa marche, les yeux levés vers son visage au teint mat, sans savoir quoi dire pour se justifier. Il n'aurait jamais dû venir. Il n'aurait jamais dû écouter les conseils du professeur McGonagall. Il se sentait si stupide, si minuscule, si stupidement minuscule.

― Filius, vous pouvez tout me dire, rassura Aurora. Je ne vous jugerai pas.

Elle sourit alors si tendrement qu'il parvint à se calmer dans un souffle. Après tout, il était vrai qu'elle était gentille. Comment pouvait-il penser qu'elle se moquerait de lui ? Aurora était un ange. Il pouvait lui faire confiance. Il n'avait qu'à prendre son courage à deux mains et se lancer.

― Je... en fait, j'allais vous voir, révéla-t-il enfin, la voix couinante. Je voulais vous demander si... mais je me suis senti ridicule, alors j'ai rebroussé chemin... excusez-moi...

― Qu'est-ce que vous vouliez me demander ?

Les joues d'Aurora rosirent, comme si elle connaissait déjà la réponse. Filius hésita avant de répondre :

― Si vous vouliez... prendre un verre avec moi... Mais seulement si vous en avez envie ! ajouta-t-il précipitamment, le cœur battant. Sinon, je comprendrai. Je ne vous oblige à rien. Je veux dire... si vous trouvez cela ridicule, je comprendrai aussi. Merlin, je suis sûrement déjà ridicule...

Maintenant, il n'arrivait plus à regarder Aurora dans les yeux. Pris d'un excès de honte, il voulut la contourner dans le but de s'enfuir de toute urgence et de ne plus jamais revenir dans ce monde, mais elle se décala d'un bond pour l'empêcher de passer.

― Oui, dit-elle.

Filius releva si brusquement la tête qu'il s'étira un muscle du cou.

― Oui, quoi ? couina-t-il en se frottant la nuque. Oui, je suis ridicule ?

― Oui, je veux bien prendre un verre avec vous, Filius, précisa-t-elle, les yeux scintillants d'émotions. C'est même très gentil de votre part de m'inviter.

Un poids énorme s'ôta des épaules de Filius. Il se sentit soudain si léger qu'il eut envie d'éclater de rire. Il en croyait à peine ses oreilles.

― Vous voulez vraiment ?

― Mais oui ! dit Aurora qui sembla s'amuser à le voir aussi incrédule. J'adore parler avec vous. Vous êtes intéressant et plein de passions. Je voulais moi-même vous inviter à sortir, mais... j'avais peur de vous déranger. Vous étiez si absorbé dans la création de votre Localisateur.

― Vous vouliez aussi m'inviter... ?

Une boule de bonheur enfla dans la poitrine de Filius. Maintenant, il voulait danser.

― Dans ce cas, c'est parfait ! s'extasia-t-il. Quand est-ce que vous êtes libre ?

― Hum... Ce soir ? Enfin, peut-être que ce n'est pas l'idéal pour vous. On est quand même en plein milieu de la semaine et...

― Ce soir ! Pas de problème ! Que dites-vous des Trois Balais ? Nous partirions après le dîner.

― Ça va être super.

Tout était comme dans un rêve. C'était le plus beau jour de sa vie. Filius descendit avec Aurora, euphorique à l'idée de passer la soirée ensemble, et remercia mentalement le professeur McGonagall d'avoir deviné juste sur les sentiments de sa collègue.

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Pomona remuait distraitement la cuillère dans sa tasse tandis qu'elle observait Rolanda, à l'autre bout de la table des professeurs, en compagnie de Maugrey Fol Œil. Elle n'entendait pas ce qu'ils disaient, mais à en juger par leurs éclats de rire, ils devaient s'amuser. Pomona ne comprenait toujours pas ce que son amie trouvait à cet homme. Il avait le visage si ravagé de cicatrices qu'on aurait dit qu'il sortait d'un broyeur à déchets. Il lui manquait également une bonne partie du nez. Et surtout, son gros œil magique, bleu électrique, qui roulait dans tous les sens indépendamment de son œil normal, donnait la chair de poule. On ne savait jamais qui il était en train d'épier.

― N'êtes-vous pas en train d'épier le professeur Maugrey, ma chère ?

Pomona détourna aussitôt les yeux sur sa tasse. Le professeur McGonagall, assise à côté d'elle, l'observait par-dessus ses lunettes.

― Non, pas du tout, mentit Pomona. Enfin, si... peut-être... Vous ne le trouvez pas un peu... ? Je veux dire...

― Inquiétant ? acheva McGonagall à voix basse, avant de se saisir de la théière devant elle. Oui, je l'avoue. Figurez-vous qu'il a de drôles de manières d'infliger des punitions. Je l'ai surpris l'autre jour, à métamorphoser un élève en fouine pour lui servir de leçon. Vous vous rendez compte ?

― Il a fait ça ? s'étonna Pomona.

McGonagall affirma d'un hochement de tête en terminant de se verser du thé. Au même moment, le professeur Flitwick arriva de son petit pas chaloupé et escalada la pile de coussins sur la chaise près de Pomona. Il avait l'air joyeux, tout comme le professeur Sinistra qui prenait place également, à côté de lui. En les voyant, McGonagall afficha un air mutin et se pencha à l'oreille de Pomona :

― Regardez-moi ces deux tourtereaux, murmura-t-elle. Ne sont-ils pas adorables ?

Pomona sourit pour la forme, mais franchement, elle ne s'y intéressait pas. Ce qui la préoccupait, en ce moment, c'était cet homme hideux au rire rocailleux au bout de la table, qui offrait le dernier petit pain du panier à Rolanda. Celle-ci rougissait, complètement soumise à son charme. Mais quel charme ? Pomona n'arrivait toujours pas à comprendre ce que son amie lui trouvait.

― Qu'est-ce qui se passe, Pomona ? demanda alors McGonagall, la scrutant de nouveau de ses yeux perçants. Il est rare de vous voir aussi morose. Le professeur Maugrey vous a-t-il fait quelque chose ?

― Non, rien, rassura Pomona en serrant sa tasse entre ses mains. C'est... mon Snargalouf. Il est malade depuis la semaine dernière. Infestation de larves de Billywig. Je me demande si ma plante ne va pas survivre, c'est tout.

McGonagall continua de l'observer, comme si elle n'était pas dupe, mais n'insista pas. Elle s'intéressa plutôt au contenu de la tasse de Pomona. C'était une boisson spéciale qui fournissait son corps en vitamines dans le but d'obtenir plus vite la silhouette parfaite de Rolanda. Elle en préparait depuis trois mois, avec des feuilles d'arbrisseaux autofertilisants. Mais McGonagall n'avait pas besoin de le savoir.

― C'est une simple tisane pour ma santé, expliqua Pomona avant que sa collègue ne l'interroge. J'ai souvent mal au dos après le désherbage.

― Je vois, compatit McGonagall, le nez plissé. Moi, ce sont mes jointures qui s'enflamment depuis quelque temps. Ce n'est pas toujours drôle de vieillir. Mais ajoutez donc un sucre à votre tisane. Vous verrez, ça réconforte.

Pomona rechigna à l'idée de tricher dans le cadre de son régime sans sucre raffiné, mais s'exécuta pour lui faire plaisir. La douce gorgée chaude qu'elle avala ensuite fut délicieuse. McGonagall avait raison. Le sucre la réconforta. Un peu.

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Après le dîner, Filius se rendit dans ses appartements, tout fébrile de joie, et troqua son petit veston pour une chemise propre à rayures, plus décontractée. Il passa ensuite à la salle de bain. Devant son lavabo installé à sa hauteur, il se brossa les dents, repeigna ses cheveux de chaque côté de sa raie bien nette et s'aspergea d'eau de Cologne. Il voulait paraître à son avantage. Il voulait que tout soit parfait et que cette soirée soit inoubliable.

Un peu plus tard, dans le hall, Filius descendit l'escalier de marbre et déglutit en voyant Aurora Sinistra qui l'attendait devant les portes d'entrée. Comme toujours, elle était magnifique. Elle portait à l'occasion une jolie robe noire à imprimé étoilé, ajustée à sa taille fine et dotée d'un décolleté en V qui laissait entrevoir la naissance de ses seins délicats. Ses longs cheveux rattachés en natte derrière son dos dégageaient son cou gracile comme à l'accoutumée. Tandis qu'elle calait une mèche noire rebelle derrière son oreille, elle sourit timidement et le rose revint colorer ses joues mates.

― La dernière fois que je suis allé aux Trois Balais, dit Filius alors qu'ils marchaient à présent sur le chemin de Pré-au-Lard, l'atmosphère était un peu tendue. Sirius Black rôdait dans les parages. Je suppose qu'il est loin d'ici en ce moment. Enfin, je l'espère. Pourvu qu'il ne revienne pas de sitôt. Je n'aime pas les Mangemorts en liberté.

― Vous parlez comme le professeur Maugrey, fit remarquer Aurora qui réajustait sous la brise nocturne sa cape sur ses épaules. Lui non plus n'aime pas les Mangemorts en liberté. En tout cas, ne vous inquiétez pas, personne ne gâchera notre soirée. Je suis contente d'être avec vous ce soir, Filius.

Filius sentit son cœur battre la chamade. Le regard d'Aurora reflétait la lumière jaune des premières vitrines du village. Quelques sorciers déambulaient près des auberges. Filius et Aurora longèrent la grand-rue et pénétrèrent dans le pub Les Trois Balais.

En milieu de semaine, l'endroit s'avéra tranquille. Aux tables, un couple se tenait amoureusement les mains près d'une fenêtre et un groupe de sorciers coiffés de chapeaux pointus conversait à voix basse près du bar. Madame Rosmerta, la jolie femme à la poitrine généreuse que les habitués de la place connaissaient bien, s'y tenait derrière, occupée à essuyer un verre. Filius la salua et s'approcha du haut comptoir qui le surplombait.

― Qu'est-ce que je peux vous offrir, ma chère Aurora ? demanda-t-il.

― Je ne sais pas, qu'est ce que vous prenez, vous ? dit Aurora en observant distraitement les amoureux.

― Je prends toujours le sirop de cerise soda. Il est servi avec une boule de glace et j'adore ça.

― Je vais prendre ça aussi, alors.

― Bon choix, approuva Madame Rosmerta qui se pencha au-dessus du comptoir pour mieux regarder Filius de l'autre côté. Alors, deux sirops de cerise soda ?

Filius affirma d'un signe de tête en lui tendant quelques Mornilles à bout de bras et attendit parmi les tabourets tandis que Madame Rosmerta allait s'affairer derrière le bar. Pendant ce temps, Aurora alla s'installer près de la cheminée. Madame Rosmerta revint vite avec les boissons décorées d'une ombrelle et contourna le bar pour les tendre à Filius qui les prit en claquant la langue.

― Miam ! Ça va être bon ! Merci, ma chère Rosmerta.

Il se pressait de revenir auprès d'Aurora, qui étendait sa cape sur le dossier d'une chaise, quand la porte des toilettes s'ouvrit à la volée. Filius n'eut pas le temps d'esquiver l'homme qui en sortait et qui trébucha contre lui. Dans des éclaboussures de sirops de cerise, ils s'écroulèrent tous les deux sur le sol, l'un par-dessus l'autre. Aurora poussa un cri.

― Filius !

― Putain de Merlin ! s'exclama l'homme qui se releva avec fureur, dégoulinant. Mais regardez où vous allez, nabot de malheur ! Vous avez failli me casser le cou !

― Je... je suis désolé, couina Filius en glissant dans la flaque de sirop. Je suis vraiment désolé...

― Est-ce que ça va ? demanda Madame Rosmerta en s'élançant vers eux.

Tous les clients les regardaient. Filius bouillonnait de honte. La soirée commençait mal.

― Ce n'est pas grave, Filius, je vais arranger ça, rassura Aurora en sortant sa baguette.

D'un sort, elle lui nettoya la chemise et fit disparaître le dégât sur le sol pendant que Madame Rosmerta ramassait les bris de verres et les ombrelles.

― Je vous en ramène deux autres, dit la propriétaire avant de retourner derrière le bar.

― Et moi ? se plaignit l'homme, la tignasse en bataille, en désignant son pantalon mouillé. Personne ne s'occupe de moi ?

― Vous n'avez pas de baguette ? demanda Aurora.

― Si, mais c'est lui qui doit nettoyer, pas nous ! À ce que je vois, il est juste réduit, pas infirme !

Aurora lui jeta un regard indigné et entraîna Filius vers la table.

― Ne l'écoutez pas, c'est un con, chuchota-t-elle.

Filius grimpa sur la chaise avec peine et s'assit en serrant les dents. L'homme aurait pu lui épargner ses insultes. Maintenant, il se sentait minable.

Tandis que l'homme, d'un pas désinvolte, s'éloignait vers le bar en sortant sa baguette, Aurora mit les coudes sur la table et, comme pour se hâter de le détendre, entama la conversation avec un sourire :

― Alors ? Vous sentez-vous prêt pour le congrès ?

― Je suis un peu nerveux, répondit Filius de sa voix aiguë, le menton au niveau de la table. Mais j'ai bien préparé mon exposé. Tout devrait bien se passer.

Il lui expliqua les grandes lignes de ce qu'il préparait, et à mesure qu'il parlait, il parvint à retrouver plus ou moins son entrain. Madame Rosmerta revint leur porter leurs nouveaux verres et la première gorgée sucrée lui fut réconfortante. Comme lui, Aurora se lécha les lèvres avec délice. La soirée redevenait agréable, jusqu'à ce que l'homme au bar, un whisky à la main, lança soudain d'une voix forte :

― Qu'est-ce qu'un gobelin dans un pub ?

― Je ne sais pas, répondit Rosmerta d'un air circonspect, de nouveau à son torchon.

― Un supplice ! déclara-t-il en ricanant. Parce que c'est un petit-qu'a-le-verre ! Vous comprenez ? Un petit calvaire ! Ha ha !

Le groupe d'hommes aux chapeaux pointus, à leur table, éclata de rire. Rosmerta jeta un coup d'œil en direction de Filius qui détourna les yeux, le visage enflammé. Aurora se hâta de reprendre la conversation en faisant semblant de rien, mais l'homme continua, la voix vibrante :

― J'en ai une autre ! Vous savez comment font les gobelins pour se torcher ?

― Monsieur, s'il vous plaît, pria Rosmerta en lui faisant signe de chuchoter.

Mais l'homme ne l'écouta pas, tourné maintenant vers le groupe de sorciers.

― Ils courent tout nuls dans l'herbe ! Ha ha !

― Monsieur, si vous ne baissez pas le ton, je vais être obligée de vous demander de quitter mon auberge ! menaça Rosmerta dans le tumulte de rires ravivés chez le groupe de sorciers.

L'homme se tut en décochant à Filius un regard sardonique. Aurora soupira en ramenant son verre à sa bouche, les paupières crispées d'embarras. Quant à Filius, il se faisait violence pour s'empêcher de courir se cacher. La situation s'envenimait. Pourquoi cet homme s'amusait-il à le tourner en ridicule ?

― Où... où en était-on ? demanda Aurora d'une petite voix.

― À... heu... Je n'en sais rien, je ne me rappelle plus de quoi nous parlions...

― Ah oui ! se souvint Aurora en retrouvant, d'une habileté spectaculaire, son enjouement. Nous parlions de votre exposé ! En tout cas, je suis sûre que vous serez fantastique. J'ai hâte de vous y voir. Les gens seront impressionnés, c'est sûr, tout comme moi. D'ailleurs, je suis déjà curieuse de savoir quelle sera votre prochaine création. Avez-vous déjà de nouveaux projets en vue ?

Filius voulut répondre, mais l'homme échevelé le déconcentrait. D'un pas vacillant, le verre toujours en main, il venait de rejoindre le groupe de sorciers et s'asseyait en reprenant ses blagues de mauvais goût. À présent, il chuchotait, mais comme plus personne ne parlait dans le pub, on pouvait aisément entendre ce qu'il disait :

― Je connais une femme qui adore baiser avec des gobelins...

― Parlez-moi de vous, Filius, reprit aussitôt Aurora en élevant la voix. Quels sont vos prochains plans après votre Localisateur ?

― Chaque fois qu'elle fait l'amour avec l'un d'eux, elle lui crie toujours : « Dépêche-toi de finir et monte m'embrasser ! »

Des rires éclatèrent une fois encore. De la sueur froide ruissela sur les tempes de Filius. Il serrait les poings si fort sous la table que ses ongles s'enfonçaient douloureusement dans ses paumes.

― Filius, ne l'écoutez pas, implora Aurora en lui tendant une main. Vous n'avez rien à voir avec ses horribles blagues.

― Mais ça, continua l'homme impitoyable, c'est si le gobelin ne prend pas toute la nuit à essayer de grimper sur le lit...

L'homme imita alors un maladroit voulant sauter sur la table et son public s'esclaffa de plus belle.

― Le pauvre courtaud ! déplora-t-il avec méchanceté. Au moins, il ménage ses genoux quand il veut lui faire une gâterie contre le mur !

Ça suffit ! s'écria Aurora en se levant si brusquement que sa chaise se renversa avec un bruit sonore.

Tout le monde se tut et la regarda. L'homme, qui s'était figé en plein mouvement grossier, la langue sortie, referma la bouche et se leva à son tour, lentement, un sourire en coin.

― Quoi ? dit-il de la façon la plus insolente qu'il soit. J'ai dit quelque chose ?

― C'est quoi, votre problème ? s'emporta-t-elle d'une voix tremblante. C'était un accident ! Vous ne l'avez pas vu, il ne vous a pas vu, c'est tout ! Pourquoi vous acharner comme ça sur lui ?

L'homme feignit un air perplexe.

― Attends, je ne comprends pas, dit-il en s'approchant d'un pas chancelant comme s'il était ivre. Vous êtes en train de me dire que votre... petit ami se sent visé par mes blagues de... gobelins ? Ha ! Comme c'est mignon...

Filius sentit le sang pulser à ses oreilles. C'en fut trop. Cédant à ses impulsions, il se projeta en bas de sa chaise, dégaina sa baguette et la pointa droit vers l'homme qui s'empressa de sortir aussi la sienne.

― Non ! paniqua Aurora en se ruant entre eux pour les arrêter. Non, ne faites pas ça ! Filius, il n'en vaut pas la peine !

― Pas de duels dans mon pub ! intervint Rosmerta depuis le bar. Rangez ça tout de suite !

Des larmes brûlantes débordèrent des yeux de Filius qui ne parvint pas à les retenir. Dans un sanglot étouffé, il abaissa sa baguette et s'enfuit vers la sortie. Aurora cria son nom derrière lui, mais il ne se retourna pas.

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Dans les vapeurs de son chaudron, Severus laissa tomber un Bulbe sauteur dans la mixture bouillonnante. Sa préparation, qui prit une teinte magenta, était presque prête. Il n'avait plus qu'à la laisser mijoter sur le feu durant une heure exactement et le professeur McGonagall pourrait avoir son remède.

L'horloge suspendue au mur de pierre émettait de faibles tic-tac. En y jetant un coup d'œil, Severus s'aperçut qu'il avait consacré beaucoup de temps à cette potion alors qu'il était censé surveiller régulièrement les alentours des Trois Balais. Il n'avait pas très envie d'y aller, encore moins d'entrer dans ce pub qui lui rappelait de mauvais souvenirs du temps de sa scolarité, mais comme il devait respecter les ordres de Dumbledore, il ferait mieux d'y aller tout de suite, pendant que sa potion mijotait.

À grands pas, il traversa son laboratoire noyé de vapeurs et sortit dans son bureau où il attrapa sa bourse dans un tiroir et sa cape sur le dossier de la chaise. Un peu plus tard, il marchait dans Pré-au-Lard, sous le ciel d'encre, illuminé par les lampadaires des boutiques fermées.

Lorsqu'il pénétra dans l'auberge des Trois Balais, l'endroit s'avéra désert. On n'y voyait aucun client, ni aux tables ni au bar. Severus fut tenté de repartir, mais il était plus prudent de rester un peu, question de s'assurer que tout allait bien.

― Bonjour, professeur Rogue, salua aimablement Madame Rosmerta qui arriva derrière le bar, les mains à plat sur le comptoir. Qu'est-ce que je vous sers ?

― Un whisky Pur Feu, répondit Severus en venant s'installer sur un tabouret.

Madame Rosmerta se pencha derrière le bar et réapparut avec une bouteille et un verre dans lequel elle versa un liquide ambre. Severus sortit quelques Mornilles de sa bourse, qu'il posa sur le comptoir, prit le verre et but une gorgée épicée qui lui réchauffa la gorge. L'alcool avait le don d'apaiser ses tensions.

― C'est plutôt calme, ici ? s'enquit-il.

― En général, oui, en semaine, mais ce soir..., répondit Rosmerta en grimaçant. Disons que j'ai dû mettre un client dehors, tout à l'heure.

― Vraiment ? s'intéressa Severus. Quel genre de client ?

― Oh, un idiot bourré qui n'arrêtait pas de brailler des blagues de gobelins. Plutôt pathétique. Mais si vous aviez vu la mine du professeur Flitwick... Il était venu boire un verre avec l'une de vos collègues, dont je ne me rappelle plus le nom...

― Le professeur McGonagall ?

― Non, elle, je l'aurais reconnue, dit Rosmerta sur un ton d'évidence. C'était une plus jeune, jolie, à la peau brune. Enfin, peu importe. Pendant qu'il marchait vers sa table avec les verres, le petit Flitwick, sans faire exprès, a trébuché contre cet homme qui ensuite l'a carrément persécuté pour se venger. J'ai dû intervenir pour éviter un duel. Flitwick est parti en pleurant, le pauvre. J'ai encore de la peine pour lui.

Severus fronça les sourcils. Le professeur Flitwick était un homme de grand renom. Tout le monde, d'habitude, lui vouait un grand respect. Pourquoi cet homme aurait-il adopté un comportement aussi irrévérencieux à son égard ?

― Il vous a dit son nom ? interrogea Severus, attentif.

― Non. Il ne m'intéressait pas.

― Vous pouvez me le décrire, dans ce cas ?

― Grand, mince, malpoli, la barbe mal faite, dépeigné, des yeux persifleurs... Attendez... Pensez-vous qu'il soit dangereux ? demanda Rosmerta qui paraissait soudain craintive.

― Je vais espérer que non et qu'il soit simplement un idiot bourré, comme vous dites. C'est la première fois qu'il venait ici ?

Madame Rosmerta haussa les épaules.

― S'il est déjà venu avant, je ne m'en souviens pas. J'ai beaucoup de clients, vous savez.

― S'il revient, contactez-moi aussitôt, dit Severus en reprenant son verre. On n'est jamais trop prudents.

La deuxième gorgée continua à le réchauffer, mais il resta néanmoins tendu.

.

Dans un tumulte infernal, une chaise percuta l'armoire remplie de livres qui s'écroulèrent par terre. Une étagère venait de céder, mais ce n'était pas suffisant. De toute sa rage, Filius attrapa la table basse du salon et la renversa sur le côté. Des chandelles, un encrier, une plume et des rouleaux de parchemin s'éparpillèrent devant la cheminée. Il poussa le fauteuil, jeta une lampe par terre, lança à bout de bras un buste réduit de Serdaigle qui fit éclater un miroir fixé au mur. Une pluie de bris volèrent en tous sens et se répandirent sur le tapis. À bout de force, Filius se laissa tomber à genoux au milieu du désordre et fondit en sanglots.

Pour une soirée inoubliable, c'était réussi. Personne n'allait oublier ce moment humiliant aux Trois Balais. Filius avait été stupide de penser qu'il pourrait séduire Aurora. Jamais elle ne pourrait l'aimer. Comment pouvait-on être amoureux d'un être qui avait gardé toute la laideur et le ridicule de ses ancêtres gobelins ? S'il était puceau, ça allait de soi.

Dans les débris de miroir devant lui apparaissait son visage hideux, ruisselant de larmes derrière ses lunettes de travers, les cheveux en désordre. Avec son nez retroussé et ses oreilles décollées, il était repoussant. Il aurait plus de chance avec un troll. Mais pourquoi la vie en avait-elle décidé ainsi ? Pourquoi ne pouvait-il pas être un humain, lui aussi, comme les autres ? Pourquoi ne pouvait-il pas être beau et grand ?

Avec désespoir, il s'imagina pouvoir se transformer en la personne de ses rêves et ainsi parvenir à charmer Aurora. Il la prendrait par la taille, la regarderait du haut de sa stature, les yeux baissés sur les siens, et l'embrasserait comme un homme bien viril. Aurora serait folle d'amour pour lui. Si seulement c'était possible...

Tout à coup, une idée lui traversa l'esprit et il se releva comme sur des ressorts. Il existait effectivement une potion pour les hybrides, qui permettait de prendre l'apparence d'un humain normal. C'était l'Hominuserum. Il l'avait lu quelque part. C'était une potion difficile à préparer, mais peut-être que le professeur Rogue en gardait un flacon dans sa réserve.

Un instant plus tard, parcouru d'adrénaline, Filius arpentait les sombres couloirs des cachots en direction des appartements de Rogue. Ce denier était sorti au moment où Filius rentrait. C'était donc le moment d'en profiter pour fouiller ses potions avant qu'il ne revienne.

La porte était déverrouillée. Après un coup d'œil à l'intérieur pour s'assurer que personne ne se cachait dans les ombres autour, Filius pénétra sans bruit dans le bureau et s'avança en regardant les bocaux sur les étagères, à la lueur des torches, dans lesquels flottaient d'affreuses petites créatures mortes, et qui rendaient l'endroit plutôt effrayant. Filius frissonna et se pressa vers la porte entrouverte tout au bout, qui laissait échapper des filets de vapeurs.

Lorsqu'il entra dans le laboratoire, un nuage d'émanations chaudes l'étouffa. Filius toussa en humant des odeurs âcres. Il ignorait ce qui mijotait dans le chaudron sur la table, mais c'était loin d'être appétissant. Battant l'air des bras pour disperser les vapeurs, il s'intéressa plutôt à la grande étagère qui se dessinait au fond de la pièce. Filius contourna la table et leva la tête pour contempler l'immense meuble qui le surplombait de toute sa hauteur. Des milliers de flacons s'y entassaient. Sa potion devait bien s'y trouver.

Filius sortit sa baguette et la pointa sur l'étagère en murmurant :

Accio Hominuserum !

Rien ne se produisit. Les potions devaient être protégées contre les sorts. Filius soupira en rangeant sa baguette et commença à fouiller le rayon du bas. Il s'aperçut que les flacons étaient rangés par ordre alphabétique. L'Hominuserum, dans ce cas, s'il y figurait, devait se retrouver sur la deuxième tablette tout en haut, saturée de vapeurs. Et lui, comme il était petit, naturellement, ne pouvait pas l'atteindre.

Filius respira un bon coup pour ne pas s'emporter de nouveau contre sa petite taille et regarda autour, réfléchissant. Il y avait une chaise, mais elle ne serait pas assez haute. Il y avait aussi une pile de chaudrons dans un coin, mais que pourrait-il en faire ? Ce serait trop long de les empiler sur la chaise l'un par-dessus l'autre sans que tout s'écroule. Il ne voulait pas non plus se servir de la table et risquer de perturber la préparation qui y mijotait.

Finalement, tout simplement, il décida de grimper sur l'étagère. L'écart entre les rayons était parfait pour lui servir d'échelle. De plus, cette méthode ne laisserait aucune trace derrière lui, susceptible de trahir sa visite dans ce laboratoire.

Après s'être relevé les manches, il entama alors sa progression prudente sur la façade de l'imposante étagère. Il se débrouillait plutôt bien. Il avait toujours été agile pour l'escalade. Arrivé à la hauteur de l'avant-dernier rayon, il s'agrippa fermement au bois et survola des yeux les étiquettes en plissant les paupières dans les épaisses vapeurs. Il tomba exactement sur ce qu'il cherchait.

― Oui ! couina-t-il de bonheur.

L'Hominuserum était là. Il y en avait trois grosses bouteilles.

Le cœur battant, il en saisit une, et comme il l'enfonçait de peine et de misère dans sa poche, il manqua de lâcher prise sur l'étagère. Dans un sursaut, il se raccrocha à deux mains sur la tablette, mais dans son geste précipité, il heurta du doigt un flacon de verre qui vacilla et tomba en bas du rayon. Aussitôt, il voulut le rattraper, mais il ne parvint qu'à le cogner dans les airs, le projetant ainsi plus loin. Le flacon atterrit directement dans le chaudron sur la table.

― Mince ! glapit Filius, horrifié.

Il se dépêcha de redescendre. Il sauta sur le sol, grimpa ensuite sur la chaise et regarda sur la table jonchée d'ingrédients. Le chaudron continuait de bouillonner tranquillement. Avec un peu de chance, tout n'était pas perdu. Filius dégaina à nouveau sa baguette, et d'un sort qui fonctionna cette fois, fit jaillir le flacon hors de la potion. Hélas, à son grand dam, le fond du récipient en vitre s'était brisé, ce qui avait libéré tout son contenu dans la mixture.

La porte dans le bureau claqua. Filius eut un haut-le-corps en manquant de tomber en bas de la chaise. En panique, il se hâta de fourrer le flacon et ses bris dans son autre poche, nettoya d'un sort les éclaboussures sur la table et sauta du haut de la chaise. Il se plaqua contre le mur près de la porte juste au moment où le professeur Rogue entrait dans son laboratoire, la cape voltigeant dans son sillage. Dans son dos, Filius s'éclipsa dans le bureau, marcha rapidement sur la pointe des pieds et sortit en ouvrant et en refermant la porte le plus silencieusement possible. Il l'avait échappé belle.


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La suite, la semaine prochaine...