Bonjour ! :)

Je suis malade aujourd'hui, mais ça ne m'empêche pas de publier ce nouveau chapitre pour vous. Vous faites partie de mes priorités. Et puis, vos compliments me font toujours un très grand bien.

Un grand merci à Rinku13, Suchi-story, Harryliada, Zeugma412, Elayan et Destrange pour vos gentilles reviews !

(L'univers et les personnages appartiennent à JK Rowling)

Bonne lecture ! :)


Chapitre 3 ― Transformations magistrales

La lune scintillait à la fenêtre de la salle de bain, entre deux pots de moly à fleurs blanches. Pomona sortit de sa baignoire et se saisit d'une serviette. Elle avait cru qu'un bain chaud lui aurait débarrassé la tête de Rolanda et Maugrey, mais en vain. Elle pensait toujours à eux, sans parvenir à se réjouir du bonheur de son amie. Pourtant, Rolanda avait bien le droit d'aimer qui elle voulait.

Soupirant, elle s'avança dans sa chambre, la serviette autour de la taille, et s'arrêta près de son lit au-dessus duquel grimpaient des lierres. Elle épousseta les feuilles qui jonchaient l'oreiller, ouvrit les couvertures pour y trouver son pyjama abandonné là et alla faire face au grand miroir près de la commode. Devant la glace, elle laissa tomber la serviette et son pyjama à ses pieds et inspecta son corps nu.

― Qu'est-ce que tu en penses ? demanda-t-elle en s'adressant à une pousse de noisetier dont les branches camouflaient une partie du miroir. Mon corps n'est pas mal, non ?

Elle caressa sa taille moyenne, mais bien prise, ses fesses charnues et son ventre moelleux. Elle n'avait toujours pas le sublime corps svelte de Rolanda, mais ses rondeurs possédaient toutefois un joli charme. Et puis ses seins, contrairement à son amie, étaient ronds et généreux, de quoi attiser le désir de beaucoup d'hommes. Elle se les empoigna à pleines mains pour en savourer la douceur, puis elle pensa qu'il était bon d'être une femme. Il n'y avait rien à envier aux hommes. D'ailleurs, lorsqu'on parlait de grâce, les hommes n'arrivaient pas à la cheville des femmes, encore moins lorsqu'on s'appelait Maugrey Fol Œil.

― Oh, Rolanda ! soupira Pomona en laissant retomber les bras de chaque côté. Mais qu'est-ce que tu lui trouves, à la fin ? Et puis, c'est avec moi que tu devais aller à ce congrès !

Le temps était meilleur quand il n'y avait pas d'hommes pour les séparer.

Pomona observa sa moue dépitée dans la glace, ses cheveux bouclés, encore humides, retombant sur son front. Durant un bref moment, elle repensa à ce dernier petit pain du panier, à la Grande Salle, et s'imagina à la place de Maugrey, en train de faire rougir Rolanda. Elle secoua la tête pour chasser ces idées insensées. Elle était fatiguée et s'embrouillait un peu.

Elle ramassa son pyjama à ses pieds, l'enfila devant le miroir dans lequel elle jeta un dernier coup d'œil à son joli corps potelé, puis alla se glisser sous les couvertures de son lit.

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Minerva se frottait les jointures pendant qu'elle parcourait les couloirs en direction des cachots. Elle était un peu nerveuse. C'était idiot, mais depuis qu'elle avait percuté le professeur Rogue au coin d'un mur, elle redoutait de le revoir. Elle avait peur d'éprouver de nouveau cet étrange coup de foudre. Pourtant, elle avait passé l'âge des amourettes, sans parler qu'il était infiniment plus jeune qu'elle. C'était ridicule. Elle devait se ressaisir.

Arrivée devant la porte du maître des potions, elle redressa les épaules, lissa ses cheveux pour vérifier l'état de son chignon bien serré et épousseta le devant de sa longue robe qui lui descendait jusqu'aux chevilles. Elle frappa trois coups. Le professeur Rogue ouvrit presque aussitôt.

― Je vous attendais, dit-il de sa voix grave et basse, l'expression impénétrable.

Minerva observa son visage cireux, son nez crochu et ses longs cheveux gras qui lui descendaient le long des joues comme deux rideaux noirs. Rogue était toujours le même : un jeune homme sombre et réservé, qui n'avait pas grand-chose de séduisant. Il n'y avait donc aucune raison de s'angoisser.

― Bonsoir, Severus.

― Votre remède est prêt, dit-il en l'invitant à entrer.

Minerva le remercia d'un signe de tête et s'approcha du bureau où l'attendaient dans une boîte une dizaine de fioles.

― Vous en aurez pour deux mois et demi, poursuivit Rogue qui referma la porte presque sans bruit. Je vous en fabriquerai d'ici là si vous en avez encore besoin.

― Merci.

― Avez-vous vu Filius ?

Minerva se tourna vers lui, les sourcils froncés.

― Pourquoi ?

― Apparemment, sa soirée aux Trois Balais s'est mal passée, informa Rogue en se déplaçant vers la cheminée dans laquelle crépitaient quelques flammes. Il est allé boire un verre avec Sinistra et un homme s'est alors moqué de lui en le comparant à un gobelin.

― À un gobelin ? s'indigna Minerva. Mais pour qui se prenait-il ? Vous savez qui c'est ?

Rogue attrapa une bouteille de vin sur le manteau du foyer et revint vers elle, la cape ondulant à ses talons.

― Non, répondit-il calmement. Mais j'aimerais bien le savoir. Peut-être pourriez-vous enquêter là-dessus et demander à Filius des informations sur le sujet ? Je me serais volontiers occupé de cette affaire, mais comme je n'incite guère aux confidences...

― Très bien. Je lui parlerai.

Minerva n'arrivait pas à y croire. Qui est-ce qui avait pu oser insulter le professeur Flitwick aussi cruellement ? Cette soirée avec Aurora devait être la plus importante de sa vie et voilà que cet ignoble personnage s'était permis de la ruiner complètement. C'était injuste.

Au moment où Minerva décidait d'aller consoler Filius au plus vite, Rogue leva sa bouteille pour la lui montrer, les sourcils haussés, et lui proposa soudain :

― Restez-vous pour un verre ? C'est un vin de sureau.

Minerva resta sans voix. Depuis quand le professeur Rogue l'invitait-il à boire un verre en soirée, au beau milieu de la semaine ? Au même moment, d'indicibles frissons l'envahirent. Pendant qu'il attendait patiemment sa réponse, il était redevenu séduisant. La façon dont il la regardait en silence, impassible, la façon dont il se tenait debout, confiant, sa longue cape noire qui lui attribuait une belle prestance...

Elle cligna des yeux en balayant brusquement toutes ces pensées déplacées. S'il lui demandait de rester, c'était évidemment pour parler d'un sujet important. À quoi pensait-elle ? Elle irait voir Filius plus tard.

― Oui, je veux bien, merci, répondit-elle enfin, s'efforçant d'avoir l'air naturel.

Les yeux noirs de Rogue scintillèrent. Tranquillement, il se rendit à son armoire dans laquelle il se saisit de deux coupes et alla s'asseoir dans un fauteuil devant la table basse. Minerva vint s'installer près de lui, sur le bout du canapé en cuir élimé, les mains sur les genoux, et observa, à la lueur de la cheminée, ses gestes précis et dotés d'une certaine élégance pendant qu'il versait le vin. Ses longs doigts semblaient habiles. Minerva se demanda ce que ça ferait comme sensations de les avoir sur elle, quand il la tira brusquement de ses rêveries en lui tendant une coupe pleine. Elle cilla.

― Merci, dit-elle.

Elle allongea la main pour prendre la coupe, mais ses jointures s'enflammèrent subitement et elle referma le poing contre sa poitrine en étouffant un gémissement. Rogue déposa alors la coupe sur la table et s'empressa d'aller chercher une fiole sur le bureau.

― Tenez, dit-il. Vous devriez boire ça maintenant. D'une traite. Les effets seront instantanés et vous soulageront.

Minerva hocha la tête avec reconnaissance. Elle prit la fiole dont elle ôta le bouchon de liège et but tout le contenu. Le liquide goûta la veille prune rassise. Elle ne se rappelait pas que le goût de cette potion soit aussi horrible, mais elle s'efforça de tout avaler en réprimant toute grimace de dégoût. Rogue se rassit dans le fauteuil et s'y adossa confortablement, sa coupe à la main.

― Alors ? s'enquit-il.

― Ça va mieux, merci, rassura-t-elle en posant la fiole sur la table.

L'inflammation était encore là, mais elle avait confiance qu'elle partirait bientôt. Elle attrapa sa coupe et, d'une grosse gorgée de vin, rinça le mauvais goût dans sa bouche. Elle regarda ensuite les flammes qui dansaient dans l'âtre, attendant que Rogue reprenne la parole, mais il resta silencieux. Elle prit donc les devants et entama la conversation :

― Cet homme qui a insulté Filius, pensez-vous qu'il s'agissait d'un simple caprice ou il l'a fait dans un but précis ?

― J'ignore s'il s'intéresse au congrès, si c'est à quoi vous pensez, dit Rogue dont le visage rougeoyait dans les lueurs du feu. J'ose espérer que non.

― Je l'espère aussi. C'est assez dangereux de présenter une telle création.

― Elle sera utile aux Aurors. Avec ce Localisateur, on pourra plus facilement dénicher les objets maléfiques et les détruire.

― Ou s'en servir, dans le cas où la création tomberait entre les mains d'un partisan de magie noire.

― C'est pour cette raison qu'après l'exposé, il faudra qu'elle se retrouve vite en sûreté au Ministère.

Minerva but à sa coupe et se frotta la main qui la tenait. L'inflammation persistait. Peut-être que la potion était moins efficace quand on la combinait avec du vin. Rogue l'observait de nouveau en silence, comme si c'était elle qui devait lui parler d'un sujet important. Mais qu'attendait-il d'elle, au juste ? Il ne cherchait tout de même pas que de la simple compagnie ?

― Hum..., fit-elle alors, avec hésitation. À part ça... comment a été votre journée ?

― Comme d'habitude, répondit-il d'un ton sarcastique. Je m'acharne toujours à insérer sans réels succès des connaissances dans le crâne épais de mes élèves. L'intelligence est une qualité trop rare, je trouve.

Minerva émit un petit rire.

― Vous êtes trop dur envers vos élèves.

― Vraiment ? dit-il en esquissant un fin sourire. Racontez-moi alors comment était votre premier philtre de Paix ?

― Plutôt bien, répondit Minerva en fouillant dans ses souvenirs. J'étais moins douée en potion qu'en toutes autres matières, mais je me rappelle avoir obtenu néanmoins un E.

― Et voilà ! Ce n'est pas compliqué. Où sont donc passés les élèves dans votre genre ? Il semblerait que le quotient intellectuel chez les jeunes diminue considérablement au fil des années.

― Je ne suis pas d'accord, j'en connais de très bien. Hermione Granger, par exemple. Ne me dites pas qu'elle n'est pas douée dans vos cours.

Rogue se tut, le regard reflétant les flammes qui crépitaient doucement dans la cheminée.

― Ce n'est pas pareil, reprit-il dans un murmure. Elle est peut-être brillante, mais elle manque cruellement de maturité. Encore un peu de vin ?

Sans attendre de réponse, Rogue s'avança dans son fauteuil et se saisit de la bouteille qu'il approcha d'elle, de sa coupe presque vidée. Minerva eut un sourire surpris.

― Vous voulez m'enivrer ? railla-t-elle.

― Peut-être bien, répondit-il, tout aussi ironique. Ça ne vous ennuie pas de rester encore un peu ? J'apprécie votre compagnie.

Le compliment agit en Minerva comme une vague de chaleur. Serait-ce possible ? Il était un peu cynique à ses heures, mais il y avait quelque chose en lui qui la fascinait. Pendant qu'elle le laissait remplir sa coupe, elle contemplait une fois encore la finesse de ses gestes et le calme mesuré sur son visage. Si seulement il n'y avait pas cet écart monumental entre leurs âges...

.

Filius était assis sur le bord de son grand lit, les yeux fixés sur la bouteille posée au sommet d'une pile de livres sur la table de chevet. Son cœur tambourinait entre ses côtes. Était-il sur le point de commettre une bêtise ?

Le souvenir de sa sortie ratée avec Aurora le torturait. Il voulait juste être aimé. Il voulait juste être accepté pour une fois. Alors, s'il suffisait de grandir pour pouvoir profiter d'un peu de bonheur, pourquoi se priverait-il ? Cette potion était sa seule chance s'il voulait un jour gagner le cœur d'Aurora.

Filius avala sa salive et prit la bouteille dont il tira sur le bouchon de liège. Il devait d'abord expérimenter les effets tout seul avant de s'en servir en public. Le résultat serait peut-être désastreux. Peut-être qu'il se retrouverait plus laid qu'il l'était déjà.

Craintif, priant Merlin, il but une infime gorgée au goulot, puis il reposa la bouteille et attendit, les yeux fermés étroitement. Au bout d'un moment, il rouvrit les paupières pour inspecter ses mains et ses jambes, mais rien n'avait changé. Il était toujours le petit homme minable qu'il était. Dépité, il poussa un long soupir. Peut-être n'avait-il pas bu assez de potion ?

Il reprenait la bouteille, quand un violent spasme le jeta au pied de son lit. Il se releva aussitôt, éberlué. Son corps s'était mis à trembler, les membres secoués en tout sens. Des ondes de choc s'emparaient de ses os. Venait-il de s'empoisonner ? Il retomba sur le sol en gémissant de terreur. Rien ne lui disait que la potion n'était pas périmée. Il aurait dû vérifier la date d'expiration.

Des bruits de déchirures retentirent. Il s'aperçut que ses vêtements rapetissaient sur son corps et l'étouffaient. Lorsqu'il voulut porter la main à son collet pour s'aider à respirer, son bras se balança plus loin que prévu, d'une longueur impressionnante. Stupéfait, il remua de longs doigts au bout de sa main. La potion semblait fonctionner. Il venait de grandir de trois fois sa taille normale.

― Ouais ! s'exclama Filius, fou de joie.

Il avait cessé de trembler et à présent il se sentait parfaitement en forme. Il se hâta de se relever. Dès qu'il se redressa sur ses longues jambes, cependant, il perdit l'équilibre et retomba en plaquant ses grandes mains sur le sol. Il fit une deuxième tentative. Cette fois, il parvint à rester debout, mais il avait l'impression de se tenir sur des échasses. D'une démarche vacillante, les bras écartés pour garder le ballant, il se déplaça vers la salle de bain.

― Wouaoh ! s'extasia-t-il en se penchant pour se regarder dans le miroir au-dessus du petit lavabo. C'est merveilleux ! Je rêve !

Son visage avait pris des dimensions plus séduisantes. Ses yeux, derrière ses petites lunettes rondes, qui d'habitude étaient rapprochés, s'étaient écartés de façon à obtenir un regard plus attirant. Son nez s'était allongé, plus droit, mieux dessiné au-dessus de sa moustache, et son sourire, resté le même, était cent fois plus beau à présent que sa mâchoire avait troqué sa forme triangulaire pour une forme plus carrée.

― Mais je suis tellement beau ! s'esclaffa-t-il en caressant ses joues et ses oreilles parfaites. Ah, si Aurora me voyait, elle tomberait tout de suite folle de moi !

Il se plaqua une main sur ses lèvres, surpris. Il venait de s'apercevoir que sa voix avait mué, pourvue à présent d'intonations graves et caressantes.

Au comble du bonheur, il se mit à chanter et arracha les lambeaux de sa chemise trop petite pour mieux contempler ses pectoraux virils dans la glace. Il se débarrassa également de son pantalon qui ressemblait maintenant à un short. Son corps était élancé et musclé, exactement comme les hommes qu'on retrouvait sur les pages de Sorcière-Hebdo. Et que dire de son sexe !

Filius l'empoigna de toute sa main et le caressa avec grande fascination. Jamais il n'avait vu un tel engin. Une sensation de plaisir l'inonda. Il entra vite en érection.

― C'est trop beau pour être vrai, souffla-t-il en se frottant plus vite. C'est trop beau... trop beau... trop beau...

Sa respiration s'accéléra. Il grogna de jouissance et éjacula en éclaboussant le miroir.

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Le professeur McGonagall parlait maintenant de ses tâches administratives et Severus l'écoutait avec désintérêt. Il ne savait plus ce qu'il avait espéré en lui proposant de rester avec lui ce soir-là. McGonagall n'avait rien changé à son comportement. Elle était toujours flegmatique, austère et dépourvue de tendresse. Comment avait-il pu croire qu'elle s'intéresserait à lui après l'avoir simplement enlacée dans le couloir ? Au moins, il était fixé : comme toutes les femmes de cette planète, McGonagall n'avait aucune envie de l'embrasser. Il devait arrêter d'espérer des miracles.

Cependant, il continuait d'admirer cette femme munie d'une intelligence hors pair. Du temps où il était élève, elle le fascinait déjà. Ce genre de personne l'avait toujours attiré, que ce soit un homme ou une femme. Ce n'était pas nécessairement sexuel. C'était davantage un désir émotionnel que physique, comme une soif de connaissance mêlée à un fort désir d'acquérir autant de renom plus tard. Dumbledore lui faisait ce même effet, ainsi que le Seigneur des Ténèbres, avant que ce dernier n'ait osé le trahir.

Severus changea de position dans son fauteuil tandis que Lily revenait le hanter pour une énième fois. Pourquoi ne pouvait-elle pas le laisser tranquille ? Certes, il ne cesserait jamais de l'aimer et irait jusqu'au bout de ses moyens pour venger sa mort, mais parfois il était bon de rêver à de nouvelles aventures. Il se demandait ce que ce serait que de vivre un amour réciproque. Hélas, les gens le croyaient insensible, alors qu'en réalité, il avait simplement été torturé par la vie. La peur de devoir subir d'autres trahisons le contraignait à se fermer aux autres. Il avait perdu confiance envers tout le monde, y comprit lui-même. Mais un jour, peut-être, quelqu'un lui apporterait cette compassion qui lui manquait tant et qui l'aiderait à surmonter ses souffrances. Mais ce jour, de toute évidence, n'était pas encore arrivé...

McGonagall parlait à présent des délégations de Beauxbâtons et Durmstrang qui arriveraient le mois prochain pour le Tournoi des Trois Sorciers. Severus était plutôt absorbé par les traces pourpres que le vin dessinait sur les parois de sa coupe. Il se faisait tard. Il souhaitait qu'elle se taise, mais en même temps il n'avait pas envie qu'elle parte tout de suite. Malgré lui, même s'il savait que c'était inutile, il espérait toujours déceler, à un moment ou un autre, à travers ses sévères lunettes, juste un infime désir pour lui. Quand elle l'avait percuté dans ce couloir, il avait tout de même éprouvé quelques émotions agréables. Et puis, dans le halo rougeoyant du feu, elle paraissait étrangement plus belle que d'habitude...

― Je vous ennuie ? demanda soudain McGonagall, d'une voix sèche, après s'être interrompue au milieu de son monologue. Si vous êtes fatigué, je ne vous imposerai pas ma présence plus longtemps.

― Vous ne m'ennuyez pas, mentit Severus en gardant son masque d'impassibilité. Mais il est vrai qu'il se fait tard. Comment vont vos doigts ?

― Bien, répondit-elle en les remuant sous son nez. Ça a pris du temps, mais la douleur a fini par partir.

― Ça a pris du temps ? Que voulez-vous dire ? La potion n'a pas agi instantanément ?

― Non. Elle agit seulement maintenant.

― Impossible !

Severus s'avança dans son fauteuil et attrapa la fiole vide sur la table. Il enleva le bouchon et renifla le goulot. L'odeur rappelait celle du vieux pruneau, mais il ne se souvenait pas de l'effluve qui aurait dû s'en dégager.

― Avez-vous constaté un goût différent entre cette potion et la dernière que vous avez prise la semaine passée ? interrogea-t-il, appréhensif.

― Elle m'a semblé plus difficile à avaler, admit lentement McGonagall. Mais ce n'était pas si différent que les autres doses... Enfin, je crois...

― Vous auriez dû me le dire tout de suite !

Severus se leva en abandonnant la fiole et sa coupe sur la table et se dirigea à grandes enjambées vers son laboratoire. Il ramassa le grimoire près du chaudron et revint vers son bureau sur lequel il l'ouvrit à la bonne page. Les chandelles à proximité diffusèrent leur faible lueur sur le texte qui décrivait l'aspect de la potion contre les rhumatismes si on l'avait bien préparée. Severus sortit une fiole pleine de la boîte et tira sa baguette de sa poche. À l'aide d'un Lumos, il examina la couleur au travers le contenant en verre et réalisa que la potion, qui aurait dû préserver une teinte magenta, avait viré au violet bordeaux. Comment avait-il pu ne pas l'avoir remarqué plus tôt ?

― Quelque chose ne va pas ? s'inquiéta McGonagall qui venait le rejoindre.

Severus éleva sa baguette pour l'éclairer et son cœur fit un bond. Dans la lumière vive, il voyait maintenant nettement pourquoi McGonagall avait semblé plus belle devant le feu. Sa peau s'était raffermie et avait perdu toutes ses rides. Elle avait rajeuni d'au moins quarante ans. C'était une jeune fille d'environ seize ans qui se tenait devant lui, avec le chignon, les lunettes rectangulaires et la robe du professeur McGonagall. Severus resta figé d'effarement.

― Quoi ? demanda McGonagall, d'une voix plus claire, mais qui préservait toute sa sécheresse habituelle. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi me regardez-vous comme ça ?

― Restez calme, conseilla Severus dans un murmure. Tout va s'arranger, je vous le promets.

Mais ses paroles ne parvinrent qu'à l'affoler davantage.

― Severus, dites-moi ce qui se passe ! insista-t-elle en lui arrachant la fiole des mains. Qu'est-ce qui ne va pas avec cette potion ?

― Je ne sais pas. Je vais devoir enquêter là-dessus.

― Quoi ?

McGonagall le regarda avec des yeux effrayés. Des yeux ronds, bien découpés et dépourvus de cernes. Des yeux sains et jolis qui appartenaient uniquement à la jeunesse. Severus continuait à la détailler d'un air pétrifié, sans savoir comment lui annoncer qu'il avait commis une erreur. Il ne commettait jamais d'erreur en temps normal. Comment allait-elle réagir en apprenant sa maladresse ?

McGonagall passa enfin les doigts sur son visage et palpa avec précaution ses pommettes rouges d'enfants.

― J'ai le teint vert, peut-être ? avança-t-elle.

Severus hésita, puis fit lentement non de la tête sans rien dire. C'est alors qu'elle surprit ses jeunes mains satinées.

― Mais qu'est-ce que... ? balbutia-t-elle, la respiration s'accélérant. Severus, qu'est-ce que vous m'avez fait ?

― Je vous dis que tout va s'arranger, répéta-t-il en s'évertuant à cacher sa propre panique. Il y a eu une erreur pendant la préparation, mais je vais tout arranger. Il s'agit simplement que je découvre ce qui s'est passé exactement pour arriver à concocter un antidote et...

― Un antidote ?

Une franche horreur se lisait à présent sur le visage de McGonagall. Elle le fixa durant un bref moment, les lèvres entrouvertes, puis elle laissa tomber la fiole sur le bureau et s'éloigna en lançant des regards affolés autour.

― Avez-vous un miroir ? demanda-t-elle.

― Non, pas ici, répondit Severus qui n'appréciait pas assez son reflet torturé pour vouloir le croiser souvent. Le seul que j'ai est dans ma salle de bain.

McGonagall fonça aussitôt sur la porte rongée d'humidité, qui donnait sur ses appartements, et l'ouvrit à la volée. Dès qu'elle disparut derrière, Severus s'effondra sur la chaise derrière son bureau, une main sur le front, la tête rejetée en arrière. Il pressentait le pire. Elle n'allait jamais lui pardonner ça. Déjà, il l'entendait hurler depuis sa chambre :

Par tous les Dieux ! Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Severus ! Dites-moi que je rêve !

Severus crispa les paupières avec découragement, mais dès qu'il l'entendit revenir vers lui d'un pas colérique, il s'empressa de se relever et d'adopter l'allure la plus détendue possible. Les jolis yeux de McGonagall derrière ses lunettes lançaient à présent des éclairs dangereux.

― Donnez-moi tout de suite quelque chose pour remédier à ça ! ordonna-t-elle en s'arrêtant devant lui, de l'autre côté du bureau, haletante. Un bézoard ! N'importe quoi !

Des mèches s'étaient libérées de son chignon, comme si elle s'était pris la tête à deux mains devant la glace. Severus haussa les sourcils.

― Je dois d'abord analyser la potion et trouver la cause de votre transformation avant d'élaborer un quelconque antidote, expliqua-t-il calmement. Un bézoard est inutile contre une erreur aussi complexe que celle-ci.

― Mais enfin, Severus ! s'emporta-t-elle. Je ne peux pas rester comme ça ! Qu'est-ce qu'on va dire de moi ? Et mes élèves ? Je suis en cours demain matin ! Et je ne veux même pas imaginer leur réaction, dit-elle en se passant une main dans le visage. Encore moins la réaction de Dumbledore... Je vous en prie, Severus, aidez-moi !

― Je suis désolé.

Je ne sortirai pas d'ici sans avoir retrouvé la totalité de mes rides ! s'écria-t-elle en frappant le bureau du poing.

La baguette de Severus, qui avait été posée là, roula et tomba sur le sol avec un bruit sec. Severus, pour sa part, resta stoïque, sans aucune réaction autre qu'un regard froid. McGonagall recula, comme soudain honteuse de son comportement.

― Je... excusez-moi..., dit-elle à mi-voix. Ce sont les émotions. Le choc. Je... je ne sais pas quoi faire...

Ses mains tremblaient.

― Commencez par vous calmer, suggéra Severus. Ainsi, il nous sera plus facile de trouver des solutions.

McGonagall approuva d'un signe de tête désemparé et se détourna de lui comme pour reprendre ses esprits. Severus en profita pour réfléchir à toute vitesse. McGonagall avait raison, elle ne pouvait pas enseigner le lendemain dans cet état et lui non plus ne souhaitait voir la réaction de Dumbledore à ce sujet. Il se sentait déjà stupide d'avoir raté une simple potion de premier cycle, sans devoir endurer les moqueries en prime. Il devait absolument régler ce problème maintenant. Mais comment ? Il ne trouvait aucun moyen ingénieux.

― Avez-vous au moins une potion de Vieillissement ? demanda McGonagall en revenant vers lui, les bras en croix sur sa poitrine. Peut-être que je pourrais prendre ça, en attendant que vous trouviez l'antidote ?

― C'est une idée, considéra Severus qui se demanda pourquoi il n'avait pas lui-même trouvé cette solution. C'est une idée même très bien. Je vais voir s'il m'en reste dans ma réserve...

Il partit de ce pas dans son laboratoire et trouva avec soulagement une grosse bouteille de potion de Vieillissement. Il revint dans son bureau en la montrant à McGonagall dont les joues reprirent instantanément des couleurs.

― Parfait ! dit-elle en s'emparant de la bouteille comme si sa vie en dépendait. Croyez-vous que ça va marcher ? Est-ce que je retrouverai mon apparence d'avant ? Combien de gorgées je dois avaler ?

― Ça dépend. Quel âge avez-vous ?

― Maintenant ou avant ?

― Les deux. Chaque gorgée ajoutera une dizaine d'années à votre âge actuel.

― Mais je n'ai aucune idée de mon âge actuel ! J'ai l'air d'avoir combien ? Dix-neuf ? Vingt ans ?

― Je dirais plus seize ans... ou même quatorze si vous défaites vos cheveux...

McGonagall émit un rire nerveux.

― Quand même pas. Mes seins ont terminé leur développement. Je suis au moins sûre d'avoir plus de quinze ans, dit-elle avant de se masser la poitrine comme pour vérifier ses dires.

Un frisson remonta en Severus qui se perdit un moment dans la contemplation de son geste. Mais dès qu'elle surprit son regard, il détourna aussitôt les yeux en camouflant son trouble de tout son être.

― Bien, reprit McGonagall en se raclant la gorge. Alors, nous allons estimer que j'ai entre quinze et vingt ans. De toute façon, l'âge exact n'est pas important si les gorgées de la potion rajoutent les années par dizaine.

― C'est vrai. Cette potion n'offre pas de précision. Il va falloir y aller au pif. Quel âge avez-vous ? En vrai ?

McGonagall afficha un air pincé en le regardant par-dessus ses lunettes, qui la fit soudain ressembler à une élève impertinente.

― On ne vous a jamais enseigné, cher Severus, qu'il ne faut jamais demander son âge à une dame ?

― Oui, mais...

― Alors, n'insistez pas. Je peux calculer moi-même le nombre de gorgées que je dois prendre. Merci beaucoup.

Et d'un air hautain, elle tourna les talons vers les appartements de Severus où elle alla se cacher pour boire sa dose. Severus dut se retenir de justesse de lui enlever par erreur des points à sa maison.

Un peu plus tard, McGonagall revint dans le bureau en écartant les bras pour lui montrer le résultat. Elle avait heureusement repris son apparence normale, avec ses rides aux coins des yeux et son air de sagesse. Severus se surprit même à la trouver plus attrayante ainsi. Au moins, elle ne ressemblait plus à une élève insolente.

― Alors ? demanda-t-elle en attendant avidement sa réponse.

― Vous êtes parfaite, répondit-il. Personne ne remarquera de changement. Vous n'avez qu'à garder la bouteille et reprendre une dose chaque fois que vous sortirez de chez vous. Les effets durent environ une heure.

McGonagall serra la bouteille contre elle, l'air craintif. Des mèches de son chignon dégringolaient encore sur ses tempes.

― D'accord, dit-elle. Je ferai ça. En attendant, je compte sur vous pour me fabriquer vite un antidote.

― J'y veillerai. Je ne vous laisserai pas longtemps dans cet état, ne vous inquiétez pas. Je me pencherai là-dessus dès demain.

― Merci.

Et lorsqu'elle quitta la pièce en refermant la porte, Severus laissa échapper un long soupir de soulagement. Ça aurait pu être pire...

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Le lendemain matin, Pomona se réveilla en grommelant. Elle avait passé une nuit agitée. Elle avait rêvé que Maugrey se transformait en sanglier velu et lui courrait après pour l'éloigner de Rolanda. Ensuite, Rogue tuait son Snargalouf d'un coup de pied et elle retrouvait, pour une raison insensée, tout son poids d'avant, ce qui brisait son amitié avec Rolanda. C'était n'importe quoi.

Engourdie de fatigue, elle se tira du lit avec peine et marcha d'un pas lourd vers la salle de bain. Un soleil radieux illuminait la fenêtre entre les pots de moly. Elle releva le couvercle de la cuvette, se retourna en baissant le pantalon de son pyjama et s'assit avec un bâillement ensommeillé. Lorsqu'elle eut terminé, elle voulut s'essuyer, mais elle rencontra un obstacle majeur à sa tâche. Il y avait comme un gros ver enflé coincé dans son sexe, qui émergeait de ses poils pubiens, plus abondants que d'habitude.

Aaaargh ! hurla Pomona en se relevant en sursaut.

Qu'est-ce que c'était que ça ? En panique, elle s'inspecta de plus près en manipulant la chose avec dégoût. Elle s'aperçut que ce n'était pas un ver, mais une partie d'elle-même, un cinquième membre, plus exactement, qui avait vraisemblablement poussé là pendant la nuit.

― Mais c'est pas vrai !s'écria-t-elle d'une grosse voix enrouée. C'est pas vrai ! C'est pas vrai ! C'est pas vrai ! Merlin, j'ai même des couilles !

Précipitamment, elle se rua au lavabo et regarda son reflet dans le miroir. Elle manqua de faire une crise cardiaque. Elle avait toujours ses cheveux bouclés, ses joues rondes et ses yeux noisette, mais son visage avait pris des traits horriblement masculins. Elle avait même une pomme d'Adam. Et puis, elle n'avait plus de seins. Sa poitrine, sous son pyjama, n'était plus qu'un champ désert de poils.

Noooooooon !

Elle s'était transformée en homme.


À suivre...

La suite la semaine prochaine ! :)