Bonjour ! :)

Merci à Rinku13, Suchi-story, Chocomy, Destrange, Harryliada et Zeugma412 pour vos gentilles reviews !

(L'univers et les personnages appartiennent à JK Rowling)

(Il se peut que certains détails ne correspondent pas tout à fait au canon des romans, mais je fais de mon mieux ^^')

Je vous souhaite une bonne lecture ! :)


Chapitre 4 ― Cinquième membre et malaise dans la classe

Pomona avait du mal à respirer. La tête entre les mains, elle tournait en rond dans sa chambre en essayant de comprendre la signification de ce cauchemar. Comment se faisait-il qu'au courant de la nuit, elle soit devenue un homme ?

― Il faut que je voie Rolanda ! gémit-elle.

Sans prendre la peine de se changer ― après tout, sa garde-robe ne contenait aucun vêtement d'homme ―, elle sortit en pyjama et prit la direction des appartements de Rolanda.

Pendant qu'elle arpentait les couloirs vers l'aile Ouest, elle fouillait dans ses souvenirs, à la recherche d'un indice qui pourrait expliquer sa transformation. Était-ce dû au contact d'une plante ? À quelque chose qu'elle avait mangé ? À un maléfice ? Quelqu'un serait-il caché derrière cette mauvaise blague ?

Durant un instant, Pomona pensa à Maugrey. Cet ignoble personnage métamorphosait les élèves en fouine. Pouvait-il s'amuser aussi à ensorceler ses collègues ? Mais dans quel but ? Il aurait fallu qu'il lui en veuille pour ça. Or, elle ne lui avait rien fait. À moins que Rolanda ait parlé contre elle... ?

Pomona chassa cette dernière hypothèse de son esprit. Rolanda était sa meilleure amie. Elle ne pouvait pas la trahir.

Arrivée devant la porte de Rolanda, Pomona ne prit pas la peine de frapper. Elle entra en trombe dans le bureau tapissé d'affiches et de trophées de Quidditch et se rendit directement dans la chambre.

― Rolane ? appela-t-elle de sa voix grave masculine. Tu es là ?

Le lit aux draps à imprimé de vifs d'or était défait. Sur la table de chevet, à moitié enfouie sous les pages d'un magazine de sports sorciers, se trouvait la baguette de Rolanda. Son amie, apparemment, venait juste de se lever. Des bruits d'écoulement d'eau provenaient de la salle de bain.

― Rolane ? répéta Pomona en s'approchant de la porte restée entrouverte.

À l'intérieur, Rolanda poussa un cri en fermant le robinet et laissa tomber sa brosse à dents dans le lavabo. Elle était à moitié nue, vêtue seulement d'un pantalon bouffant et d'un soutien-gorge de sport. Ses yeux jaunes écarquillés, elle se couvrit instantanément la poitrine de ses mains.

― Qu'est-ce que vous faites là ? s'écria-t-elle. Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? Qu'est-ce que vous faites dans ma salle de bain, à m'épier comme ça ?

― C'est moi ! dit Pomona qui s'empressa de la rassurer.

Elle fit un pas vers son amie, mais Rolanda attrapa une ventouse de toilette et la brandit devant elle.

― N'approchez pas ! menaça-t-elle. Je vous avertis, je sais me défendre !

― Mais Rolane... !

― Reculez !

Elle fit mine de la frapper et Pomona battit aussitôt en retraite. Précipitamment, elle recula dans la chambre jusqu'au lit contre lequel elle manqua de trébucher.

― Mais Rolane, écoute-moi !

― Pourquoi me tutoyez-vous ? demanda Rolanda en s'approchant d'un pas prudent, agrippée à son arme improvisée comme si elle affrontait un mage noir. On se connaît ?

― Mais oui, c'est moi ! répéta Pomona avec agacement. Tu ne me reconnais pas ? Pomona !

― Quoi, Pomona ? Qu'est-ce que vous lui avez fait ?

Rolanda éleva la ventouse au-dessus de sa tête, l'air effrayé.

― Je vous jure... que si vous avez touché un seul cheveu de Pomona...

― Mais arrête tes conneries, je te dis que c'est moi ! Je suis Pomona ! Pomona, c'est moi !

Rolanda fronça les sourcils.

― Pomona... ? répéta-t-elle.

― Oui ! affirma Pomona, contente qu'elle comprenne enfin. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais je me suis réveillée comme ça ce matin. C'est complètement dingue ! On dirait que j'ai subi un maléfice.

― C'est une blague ?

Pomona soupira de découragement. Elle ne s'était pas attendue à ce que son amie soit aussi difficile à convaincre.

― Attends, je vais te prouver que c'est moi, dit-elle en se tournant vers la table de chevet.

Mais lorsqu'elle voulut toucher la baguette, Rolanda lui jeta la ventouse par-dessus la tête et bondit en avant.

― Ne touchez pas à ça ! s'écria-t-elle en la faisant basculer sur le lit.

― Mais tu es folle !

― Qu'est-ce qui me dit que vous n'inventez pas cette histoire dans l'unique but de me tendre un piège ?

― Je veux juste faire un Patronus ! protesta Pomona qui se débattait sous elle, clouée sur les draps. Tu verrais alors que c'est moi !

― Ça pourrait être aussi une ruse pour me jeter un sort !

― Et si je te disais que Neville Londubat est mon meilleur élève, que je crois être asexuelle et que le célibat me convient ?

Rolanda se redressa au-dessus d'elle avec une expression bouche bée. Pomona crut durant une seconde qu'elle avait réussi à la convaincre, mais Rolanda répliqua avec indignation :

― Je dirais que vous nous espionnez dans les vestiaires, espèce de pervers !

― Mais non ! grogna Pomona, découragée. Je n'espionnais pas ! Puisque je te dis que je suis vraiment Pomona !

― Dans ce cas, vous connaissez notre poignée de main rituelle !

― Absolument !

Heureuse de cette excellente idée, Pomona se redressa sur un coude et donna la main à Rolanda qui l'empoigna, à califourchon sur elle. Leurs doigts exécutèrent la danse, sans aucun faux geste, les mouvements précis. À la fin, au moment où il fallait se donner l'accolade, Rolanda se jeta en bas du lit et recula en se couvrant la bouche des mains.

― Mais c'est vraiment toi ! s'exclama-t-elle.

― Mais oui ! répondit Pomona sur un ton d'évidence. Tu m'étonnes de ne pas m'avoir reconnue.

― Je pensais que tu étais un imposteur qui voulait me... me duper.

― Te duper pour quoi ?

― Je ne sais pas ! Depuis l'émeute à la Coupe du Monde, je me méfie de tout le monde ! Oh, Popo, excuse-moi ! Pardonne-moi, je ne savais pas.

― Ce n'est pas grave, rassura Pomona qui descendit du lit en s'époussetant.

― Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ?

― Je n'en sais rien. Comme je viens de te le dire, je me suis réveillée comme ça. On dirait que quelqu'un est venu pendant la nuit pour me jeter un maléfice. Qu'est-ce que tu en penses ?

Rolanda s'approcha avec curiosité et lui palpa le biceps à travers le pyjama.

― Tu es un homme partout ? interrogea-t-elle.

― Oui, répondit Pomona en grimaçant. Mon corps est dégoûtant. Je suis couverte de poils.

― Tu as aussi le... ?

― Le quoi ?

― Bah, dans ton pantalon...

Pomona la regarda d'un air ennuyé.

― Qu'est-ce que tu en penses ?

― Je peux voir ?

― Rolane ! s'indigna Pomona dont les joues s'empourprèrent.

― Bah quoi ? se défendit Rolanda, les bras croisés sur son soutien-gorge. Ce n'est pas vraiment le tien, qu'est-ce que ça change ? Et puis, ce n'est pas tous les jours que j'ai la chance de voir un homme nu.

― Tu es vraiment vicieuse !

― Oui, et alors ? Cesse donc de faire la pudique et montre-moi !

Pomona soupira. Après tout, pourquoi pas ? Il était vrai que son amie ne tirerait pas beaucoup de plaisir auprès de son Maugrey. Son corps à elle, au moins, aussi peu séduisant soit-il, n'était pas broyé de cicatrices. Cette pensée la fit ricaner intérieurement.

― Bon, d'accord, dit-elle en tirant sur l'élastique de son pyjama. Je te montre, mais tu ne te moques pas, d'accord ?

― Enlève tout ! exigea Rolanda.

Pomona baissa son pantalon et enleva sa chemise qu'elle laissa tomber à ses pieds. Jamais elle n'avait vu les yeux de Rolanda scintiller autant. On aurait dit deux pépites d'or en fusion dans ses orbites. Elle contemplait tout avec tellement d'intensité que Pomona ne put s'empêcher d'en être contrariée. Il lui avait semblé que son corps de femme était dix fois plus beau que celui-là. Qu'avait-elle à s'émerveiller pour si peu ?

― Il est superbe, ce corps ! commenta Rolanda en fixant ce qui lui pendait entre les jambes. Je me demande jusqu'à quelle taille il peut prendre s'il bande. Je peux toucher ?

― Non ! refusa Pomona qui arrêta son geste de justesse. Ça suffit, tu exagères !

Elle ramassa son pyjama et entreprit de se rhabiller avec humeur. Rolanda fronça les sourcils.

― Désolée, dit-elle d'un ton vexé. Je ne voulais pas te mettre dans cet état. Pourquoi tu es en colère, soudainement ?

― Parce que j'ai l'air d'un homme alors que je suis une femme ! s'emporta Pomona en finissant de boutonner sa chemise sur son torse velu. Tu trouves peut-être ça drôle, mais moi, je ne m'amuse pas du tout ! J'ai des cours cet après-midi ! Qu'est-ce que je vais faire si je ne retrouve pas mon apparence normale à temps, hein ? Et est-ce que je vais même la retrouver un jour ?

Il y eut un silence durant lequel toutes deux s'observèrent, puis Rolanda ferma les yeux en se passant la main dans ses cheveux courts.

― Tu as raison, excuse-moi, dit-elle. Je suis bête. Ne t'inquiète pas, je vais t'aider. Il faut penser à quelqu'un qui aurait pu vouloir se venger contre toi. Tu as une idée ?

― Maugrey ? confia Pomona avant même de réfléchir.

Rolanda parut perplexe.

― Pourquoi Alastor ? demanda-t-elle. Pourquoi il t'en voudrait ?

― Je ne sais pas, marmonna Pomona qui se garda de lui révéler son antipathie contre lui. Je pensais à lui comme ça... parce que Minerva m'a dit qu'il avait déjà puni un élève en le changeant en fouine...

― C'était un accident ! protesta Rolanda. Il ne recommencera plus, il me l'a dit !

― C'est bon, c'est bon, tempéra Pomona. Dans ce cas, oublions Maugrey.

― Il faut réfléchir à ce qui s'est passé hier. Est-ce que tu aurais fait quelque chose qui pourrait justifier de mériter une telle blague ?

Pomona plongea dans ses réflexions, mais Maugrey continuait à l'obséder. D'ailleurs, elle n'aimait pas la façon avec laquelle Rolanda le défendait. On aurait dit qu'il comptait plus pour elle que sa meilleure amie.

Rolanda faisait les cent pas dans la chambre et Pomona suivait distraitement du regard sa taille fine qui apparaissait sous son soutien-gorge. Elle était vraiment bien faite. Son ventre plat, percé d'un joli nombril creux, semblait aussi doux que du satin.

― Rusard ! lança Rolanda en la faisant sursauter. Tu crois que Rusard aurait été capable de se venger pour avoir dû nettoyer le hall derrière toi ?

Surprise, Pomona repensa à ses traces de boues et aux injures que le concierge avait profanées contre elle. Mais c'était absurde.

― Son travail est justement de nettoyer derrière les autres, objecta-t-elle. Pourquoi se vengerait-il sur moi ? À ma connaissance, il ne jette pas des maléfices à tout le monde qui répand de la boue dans les couloirs. Et puis, je te rappelle qu'il est un Cracmol...

Rolanda se planta devant elle, l'air songeur.

― Ça ne l'empêche pas d'user de certains objets maléfiques pour parvenir à ses fins, dit-elle. Je pense qu'il faudrait quand même enquêter sur lui. Il avait l'air vraiment furieux, tu sais...

― Et qu'est-ce que tu proposes ? demanda Pomona, sceptique.

― D'aller l'interroger sur le champ... après m'être habillée, bien sûr...

.

― Si tu croques ce côté, tu feras suffisamment de température pour que McGonagall te dispense de faire son cours.

― Ensuite, tu n'auras qu'à avaler l'autre moitié pour calmer aussitôt la fièvre.

― Mais c'est merveilleux, ce truc ! s'extasia Lee Jordan.

― Merci beaucoup, intervint soudain Minerva qui venait d'entrer dans sa classe bruyante et qui arracha la sucrerie des mains des jumeaux.

Tous les élèves se turent sur le champ. Comme toujours, Minerva ne tolérait pas le chahut, et encore moins les blagues de mauvais goût. Derrière leur table, les jumeaux échangèrent un regard contrarié.

― Bien, reprit-elle, sévère, en allant se poster devant son bureau sur lequel remuait une grande boîte contenant une vingtaine de lézards vivants vert vif. Je suppose que vous avez déjà étudié avec le professeur Maugrey les sortilèges informulés ?

Quelques marmonnements peu enthousiastes lui répondirent. C'était toujours comme ça. Les sortilèges informulés étaient complexes à réaliser et nécessitaient beaucoup d'efforts mentaux.

― Vous procéderez de la même manière dans mon cours. Chacun recevra un lézard, et en utilisant uniquement les sortilèges informulés, vous devrez le changer en hermine. Le schéma est au tableau. Jordan, vous serez aimable de distribuer pour moi les lézards, merci.

Lee Jordan, un garçon noir aux dreadlocks, se leva d'un air ennuyé et alla prendre la boîte sur le bureau. Pendant qu'il se déplaçait entre les travées, Minerva s'inspecta discrètement les mains et s'assura d'y retrouver sa peau parcheminée normale. Elle en était déjà à sa quatrième dose de potion depuis ce matin et guettait le moment où elle allait devoir s'en administrer une nouvelle. C'était angoissant. Il s'agissait qu'elle manque de boire à temps et elle perdrait la face devant tous ses élèves.

― Jordan ! aboya-t-elle dès qu'elle le vit en train de faire tournoyer un lézard par la queue devant les jumeaux pour les faire rire. Contentez-vous de respecter le matériel, merci !

Jordan termina de distribuer les reptiles et ramena la boîte sur le bureau avant de retourner s'asseoir avec ses amis. Les élèves autour leur jetaient des regards amusés.

― Vous pouvez commencer, reprit Minerva qui entreprit de circuler entre les tables pour superviser leur travail. N'oubliez pas que la concentration est primordiale pour y parvenir. Mettez-y toutes vos forces mentales.

Comme la plupart des élèves étaient encore novices en la matière, quelques-uns se permirent de tricher en murmurant les formules au lieu de les penser. Angelina Johnson, pour sa part, se débrouillait plutôt bien. Des poils blancs poussaient déjà entre les écailles de son lézard. En passant devant elle, Minerva la récompensa de vingt points, puis s'arrêta devant les jumeaux Weasley dont le teint avait viré au cramoisi à force de se concentrer.

― Visualisez bien le sortilège que vous souhaitez lancer, conseilla-t-elle. Il faut aussi prononcer clairement la formule dans votre tête.

― Hé, regardez ses couilles ! se récria Lee Jordan qui souleva son lézard par la queue. Il a les couilles d'un rat, c'est pas possible !

― Jordan ! interrompit Minerva tandis que les jumeaux s'esclaffaient. Est-ce que c'est trop vous demander de faire preuve d'un peu plus de maturité ?

Lee Jordan perdit son sourire et reposa son lézard sur sa table.

― Désolé, professeur, marmonna-t-il. Mais ce n'est pas de ma faute si mon lézard commence sa transformation par les couilles.

― C'est parce que vous dirigez mal vos pensées, critiqua Minerva.

― Qu'est-ce que vous voulez dire ?

Minerva s'apprêta à lui apporter une explication rationnelle, quand l'un des jumeaux parla à sa place :

― Tu penses trop au sexe, mon pote. Ça se ressent dans tes sorts.

― Même pas ! répliqua Lee Jordan en le frappant de sa baguette. C'est toi, le pervers sexuel ! Tu veux que je te rappelle sur qui tu fantasmes ?

― C'est lui ! protesta l'autre jumeau qui poussa son frère de la main. Pas moi !

― Ça suffit ! claqua Minerva d'une voix forte.

Les gloussements et les éclats de rire qu'avaient provoqué leurs plaisanteries dans la classe se turent immédiatement. Minerva les regardait successivement tous les trois, droit dans les yeux. Elle savait que Lee Jordan faisait allusion à ce qu'ils s'étaient dit la veille derrière la tapisserie et elle ne souhaitait absolument pas approfondir ce sujet. Tandis qu'elle essayait de deviner qui, entre les deux garçons roux identiques, était George, celui qui avait évoqué cette fausse envie de la baiser, une étrange sensation de moiteur chaude se réveilla dans son ventre. Soudain, elle désira grimper sur la table, agripper l'un des jumeaux par la tête et écraser ses lèvres sur...

Elle cilla plusieurs fois pour revenir à elle, scandalisée. Mais d'où lui venaient soudain ces idées ?

― Ça va, professeur ? demanda Lee Jordan d'un air moqueur.

Aussitôt, elle retourna à son bureau en examinant ses mains. Elles lui apparaissaient tout à coup plus lisses, ce qui signifiait qu'elle devait vite prendre sa nouvelle dose de potion.

― Continuez vos exercices, dit-elle en plongeant la main dans son sac. Je veux voir des hermines parfaites d'ici une heure.

Elle trouva la bouteille qu'elle cherchait et se retourna dos aux élèves pour boire ses gorgées. Le goût âcre de la potion la fit grimacer.

.

― Enfin, il est là ! dit Rolanda tandis qu'elle et Pomona marchaient dans un couloir bordé d'armures.

Rusard était occupé plus loin, en maugréant, à frotter avec un linge une civière tachée d'encre. En s'approchant de lui, Rolanda redressa les épaules dans une attitude confiante et le regarda en croisant les bras. Rusard, les bajoues frémissantes, parut méfiant.

― Je peux vous aider ? grinça-t-il avec impatience.

Pomona guetta sa réaction, se demandant s'il n'allait pas la reconnaître derrière ses traits d'homme, mais tandis qu'il lui jetait un coup d'œil interrogateur, il semblait la considérer comme n'importe quel inconnu.

― Hier, commença Rolanda, le professeur Chourave et moi sommes entrées dans le hall...

― Et elle y a mis de la boue partout, acheva Rusard en grognant. Ce n'est pourtant pas compliqué de s'essuyer les pieds avant d'entrer.

― Vous étiez assez furieux, oui, reprit Rolanda. Pourtant, c'était juste un peu de boue.

― C'était peut-être juste un peu de boue, comme vous dites, s'emporta Rusard dont les yeux globuleux s'écarquillèrent, mais après une matinée entière à nettoyer des éclaboussures de morve de troll dans la salle des trophées, ça devient la goutte qui fait déborder le chaudron ! Et Dumbledore qui refuse toujours d'expulser Peeves !

Soufflant comme un bœuf, il plongea son linge dans un seau d'eau sale à ses pieds et se remit à frotter la civière de l'armure.

― Regardez ce qu'il a encore fait, fulmina-t-il. Il se croit malin à dessiner des moustaches partout dans le château.

― Je comprends, dit Pomona avec agacement. Mais il reste que ce n'était pas une raison de se venger sur le professeur Chourave !

― Se venger ? répéta Rusard en la regardant d'une drôle de façon. Que voulez-vous dire ? Je l'ai juste un peu injuriée. Si ça l'a insultée, elle n'a qu'à mieux se conduire la prochaine fois. La seule personne ― enfin, la seule chose ― sur qui je désire vraiment me venger, c'est Peeves ! Et puis, d'abord, qui êtes-vous, monsieur ? Vous êtes son frère ? Vous avez une drôle de ressemblance avec le professeur Chourave. Vous avez passé la nuit ici ?

Pomona lissa son pyjama sur son ventre et échangea un regard incertain avec Rolanda.

― Désolée de vous avoir dérangé, monsieur Rusard, dit celle-ci en le saluant de la tête. Nous vous laissons travailler. Bonne journée.

Et elle entraîna Pomona le long du couloir.

― Ce n'est pas lui, chuchota Rolanda dès qu'elles furent assez loin pour ne pas être entendues du concierge.

― Je vois ça, répondit Pomona en replaçant dans son pantalon son cinquième membre. De toute façon, je m'en doutais déjà. Il n'a pas la capacité à jeter un pareil maléfice.

― Mais c'est qui, alors ? Il y a quelqu'un d'autre qui aurait pu être furieux contre toi hier ?

Pomona réfléchit. Elle pensa alors à son Snargalouf et à la façon dont le professeur Rogue l'avait assommé d'un sort pour contre-attaquer ses tentacules. Elle avait réagi malgré elle avec un excès de colère contre lui. Après cet épisode, peut-être avait-il voulu lui faire payer son manque d'indulgence ? Aurait-il osé l'empoisonner d'une discrète goutte de potion dans son verre ?

― Tu penses à quelqu'un, là ? demanda Rolanda qui l'observait pendant qu'elles marchaient.

― Oui, répondit Pomona qui replaça à nouveau sa virilité imposante. Mais je doute que ce soit lui. Ça ne lui ressemble pas de faire ça.

― Dis toujours.

― Rogue.

― Rogue ? s'étonna Rolanda d'un air incrédule. Mais qu'est-ce qui te fait penser ça ?

Pomona lui fit signe de la suivre jusqu'à son bureau pour pouvoir en discuter plus tranquillement. Elle avait hâte de s'asseoir. Ce ver de chair accompagné de ce lourd sac de boules entre ses jambes gênait sa démarche. Il n'arrêtait pas de se prendre dans l'entrejambe de son pantalon.

― C'est si encombrant que ça ? remarqua Rolanda tandis que Pomona se tripotait l'engin pour une énième fois.

― Tu n'as pas idée ! s'exclama-t-elle, énervée. Je ne sais pas comment les hommes font pour supporter ça toute leur vie.

― Tu as essayé de placer ça de l'autre côté ?

― Hein ?

Rolanda l'arrêta net, et sans avertissement, lui plongea la main dans le pantalon. Pomona se raidit instantanément. En deux temps trois mouvements, son amie venait de déplacer le tout dans l'autre jambe du vêtement.

― Voilà ! dit-elle en ressortant la main qu'elle frotta contre l'autre d'un air naturel. Les hommes ont toujours un côté qu'il préfère. Peut-être que le tien est à gauche. C'est mieux, là ?

Pomona la regarda avec des yeux ronds.

― Tu viens de m'agresser sexuellement ! dit-elle avec un certain malaise.

Rolanda éclata de rire, ses yeux jaunes pétillant.

― Mais non ! s'amusa-t-elle. C'était amical. Et puis, il aurait fallu que cette bite soit la tienne.

― Ça n'empêche pas que je...

Mais Pomona s'interrompit. Elle n'allait tout de même pas lui dire qu'elle avait éprouvé de drôles de sensations lorsqu'elle l'avait touchée. Son sexe gonflait dans son pantalon. Aussitôt, elle se détourna pour ne rien laisser paraître et se remit en mouvement le plus naturellement possible.

― Ça va, c'est bon, reprit-elle d'un ton qu'elle s'efforça de garder détaché. Mais ne fais plus ça. Un élève ou quelqu'un d'autre aurait pu nous surprendre.

.

Minerva circulait dans sa classe tandis que les élèves poursuivaient en silence leurs exercices de métamorphose. La majorité des lézards étaient à présent dotés d'une fourrure immaculée. De temps à autre, une formule murmurée s'échappait de la bouche d'un élève qui resserrait aussitôt les dents. Les jumeaux Weasley, quant à eux, étouffaient de fous rires en comparant leurs reptiles démesurés. Minerva les tenait toujours à l'œil.

Soudain, Lee Jordan poussa un cri et elle se retourna vers lui.

― Il m'a mordu ! se plaignit-il en suçotant son doigt.

Son lézard velu, sur sa table, lui montra des dents acérées, puis sauta sur le sol. Aussitôt, Minerva sortit sa baguette pour l'immobiliser, mais tandis que la créature se faufilait entre les pieds des élèves qui sursautaient sur leur chaise en criant, sa vue se brouilla subitement et elle ne parvint plus à voir sa cible.

― Il s'échappe ! s'écria l'un des jumeaux.

Minerva cilla plusieurs fois en remontant ses lunettes sur son nez, mais rien n'y fit, elle voyait comme à travers une vitre givrée. Un tumulte de rires s'élevait autour d'elle. Elle dut improviser rapidement.

― Rattrapez-le, vous, dit-elle en touchant le bras de Jordan. Vous êtes responsable de votre lézard.

― Mais ce n'est pas le mien ! protesta la voix d'un des jumeaux.

Lorsque Minerva s'aperçut qu'elle ne s'adressait pas à la bonne personne, elle se reprit aussitôt :

― Bien sûr, excusez-moi. Jordan ?

― Je l'ai ! répondit ce dernier dont la voix lui parvint à travers le chahut, à l'autre bout de la classe. Je l'ai pétrifié d'un sortilège informulé. Je suis plutôt brillant, non ?

― Tu gères ! complimenta l'un des jumeaux, amusé.

Minerva vit la silhouette de Jordan, surmontée de dreadlocks, se dessiner devant elle au milieu des formes floues du décor. Il semblait lui tendre sa créature sous le nez.

― Est-ce qu'il ressemble suffisamment à une hermine, professeur ? demanda-t-il.

― D'après vous ? répliqua Minerva qui s'efforçait du mieux possible de cacher sa soudaine myopie.

Lee Jordan marmonna des paroles inaudibles.

― Pardon ? dit Minerva en fronçant les sourcils.

― Il m'a l'air bien ! répéta Jordan d'une voix plus forte, mais qui lui parvenait maintenant comme si elle était sous l'eau.

Minerva commença à s'affoler intérieurement. Qu'est-ce qui se passait avec ses sens ? Était-ce cette potion qui lui infligeait ces effets indésirables ? En avait-elle trop pris lors de sa dernière dose ? Avec une horrible appréhension, elle se passa les mains dans le visage et vérifia au toucher si sa peau ne s'était pas couverte de nouvelles rides. À son grand soulagement, elle lui semblait normale.

― Professeur, est-ce que ça va ? lui cria un jumeau dans l'oreille, comme si ça faisait plusieurs fois qu'il se répétait.

Minerva sursauta et reprit vite contenance.

― Oui, répondit-elle avec orgueil. Je vais bien, merci.

Vers son bureau, elle progressa entre les travées en prenant garde de ne pas trébucher contre un sac ou un manuel laissé par terre, quand une affreuse douleur au dos la cambra. Elle plaqua une main sur sa souffrance, abasourdie. La situation s'empirait dangereusement. Si ça continuait, elle allait devoir dispenser les élèves de la fin de leur cours.

Quelqu'un lui empoigna le bras. Minerva entendit vaguement des voix inquiètes, mais ses propres doigts attiraient maintenant son attention. Les inflammations étaient revenues, mais d'une force multipliée par dix. C'en était trop. Elle ne pouvait plus faire semblant. Elle devait envoyer un élève chercher d'urgence le professeur Rogue.

Cependant, au moment où elle fut sur le point de demander du secours, tous ses malaises s'estompèrent brusquement. D'un coup, sa classe lui apparut nettement devant le regard et tout le vacarme que causaient les élèves agités à leurs tables lui assaillit les oreilles.

― Silence ! aboya-t-elle en se redressant et tout le monde se tut.

Les jumeaux l'entouraient, dont l'un lui tenait toujours le bras. Minerva les remercia d'un froid signe de tête et leur intima de retourner s'asseoir.

― Ce n'était qu'un malaise passager, rassura-t-elle en s'efforçant d'empêcher ses mains de trembler. Tout va bien. Vous pouvez rattraper vos lézards et vos hermines et poursuivre votre travail.

― Vous êtes sûre que ça va ? s'inquiéta Lee Jordan qui était resté debout, sa bête poilue pétrifiée entre les mains.

― Je vais à merveille.

― Vous avez mangé quelque chose ? interrogea l'un des jumeaux, intrigué.

― Non.

― Ou bu quelque chose ? demanda l'autre jumeau.

― Non ! répéta Minerva avec agacement. Je n'ai rien pris. C'est seulement dû à l'âge et à la fatigue, voilà. Rien d'alarmant. Maintenant, allez-y et continuez. Vous avez perdu assez de temps.

Les élèves s'exécutèrent en récupérant leurs créatures et en échangeant des regards perplexes, mais les jumeaux restèrent immobiles derrière leur table.

― Au fait, dit l'un d'eux en prenant un air décontracté. La métamorphose humaine, c'est pour quand ? Ce trimestre-ci ?

― Non, le prochain, répondit sèchement Minerva. Pourquoi ?

― Ah, c'est dommage, on avait hâte d'essayer la métamorphose sur notre physique.

Des gloussements parcoururent la classe. Méfiante, Minerva examina par-dessus ses lunettes les jumeaux de la tête aux pieds ― de leurs cheveux roux désordonnés à leurs chevilles qui dépassaient de leurs pantalons trop courts. Se moquaient-ils d'elle ?

― Je ne vois pas en quoi vos physiques vous gênent, dit-elle lentement.

― Ils sont trop jeunes, nos physiques ! se lamenta l'un.

― Regardez-nous, professeur, on dirait deux bambins, renchérit l'autre. Nous préférions être plus vieux.

― Parce que c'est mieux d'être vieux, termina le premier avec humour. Même si vieillir peut parfois causer quelques petits désagréments...

Les gloussements dans la classe se muèrent en éclats de rire. Minerva, pour sa part, demeura froide. Elle se demandait même ce qui pouvait tant amuser les autres. Ce que les jumeaux disaient était dénué de sens, d'autant plus qu'ils lui donnaient l'impression de manquer de tact.

― Retenue, dans mon bureau, ce soir, sept heures, déclara-t-elle d'un ton abrupt. Je ne tolère d'impertinence de personne.

― Quoi ? s'exclamèrent les jumeaux d'une même voix.

― Mais pourquoi ?

― On n'a rien fait, on disait juste que...

― Ça suffit et reprenez votre travail ! interrompit Minerva, énervée. Il vous reste vingt minutes et je veux des hermines parfaites avant la fin de ce cours !

Pendant que les jumeaux se rasseyaient d'un air contrarié, Minerva se laissa tomber derrière son bureau et se tortilla les doigts sur sa robe. Elle espérait que ces malaises soient bel et bien passagers. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer ?


À suivre...

Nous verrons Flitwick au prochain chapitre, ne vous inquiétez pas. ^^

À la prochaine pour la suite.

Et je vous souhaites de joyeuses Pâques ! :)