Bonjour ! ^^

Désolée de mon retard. Il s'est passé beaucoup de choses pour moi durant cette fin de semaine. Mais je suis là ! Et je vous promets que vous aurez cette histoire jusqu'à la fin !

Je remercie mes revieweuses : Rinku13, Zeugma412, Noumea, Suchi-story et Elayan. :)

(L'univers et les personnages appartiennent à JK Rowling)

Bonne lecture ! ^^


Chapitre 5 ― Tensions et désillusions

Durant toute la matinée, Filius avait enseigné avec un tel enthousiasme qu'il était tombé plus de trois fois du haut de sa pile de livres. Il s'était relevé chaque fois en s'esclaffant, hilare, en encourageant les élèves à rire avec lui. Malgré l'épuisement d'une nuit presque blanche, son humeur était au beau fixe. Il était convaincu qu'Aurora adorerait autant que lui sa nouvelle virilité. Et comme il était libre cet après-midi, il en profiterait pour reprendre de l'Hominuserum.

Parmi les élèves bruyants, Filius descendait l'escalier de marbre d'un pas sautillant, en direction de la Grande Salle où le déjeuner était servi. Lorsqu'il atteignit le sol, il manqua de heurter le sac à main du professeur McGonagall qui marchait d'un pas pressé en direction des cachots.

― Oh, pardon, Filius, dit-elle, un peu haletante. Je vous ai fait mal ?

― Pas du tout, ça va, rassura Filius en remontant ses lunettes. Ça va même très bien ! C'est une journée magnifique aujourd'hui, vous ne trouvez pas ? Vraiment magnifique !

― Vraiment ?

Le professeur McGonagall le dévisagea d'une drôle de manière, comme si sa bonne humeur l'étonnait.

― Vous êtes sorti avec Aurora hier soir, non ? demanda-t-elle après un moment.

― Mais oui, répondit Filius en se balançant d'avant en arrière sur ses courtes jambes.

― Et ça s'est bien passé ?

― Mais oui, répéta-t-il sans ciller, mais McGonagall resta incrédule.

― J'ai pourtant entendu parler d'un homme qui vous aurait insulté aux Trois balais. C'est vrai ?

Filius se rembrunit aux souvenirs cuisants de la veille, mais il retrouva vite son sourire. Rien ni personne n'allait ébranler son bonheur actuel. Cette journée lui appartenait.

― Les nouvelles vont vite, on dirait, plaisanta-t-il en se frottant l'oreille. Mais ne vous inquiétez pas. J'ai déjà oublié cet homme.

― Savez-vous au moins qui c'était ? insista McGonagall.

― Non, répondit Filius qui commençait à se lasser du sujet. Je n'en sais rien, et pour tout vous dire, je m'en moque bien. Ce rustaud ne m'intéresse pas. Avez-vous déjà déjeuné ? Parce que moi, je meurs de faim.

― Je mangerai plus tard. J'allais voir Severus dans son bureau.

― Dans ce cas, passez une belle journée, Minerva. À plus tard !

Et avant que McGonagall ne puisse rajouter quoi que ce soit, il s'éloigna vers la Grande Salle en chassant toutes ses pensées inutiles pour ne focaliser que sur Aurora et sa potion prometteuse.

.

Minerva regarda le professeur Flitwick trottiner entre les foules d'élèves, surprise de le voir aussi rayonnant. Après de telles humiliations aux Trois Balais, surtout devant Aurora, elle avait été certaine de le retrouver dévasté. Comment avait-il fait pour garder le sourire ? Il ne s'interrogeait pas même sur l'identité de cet effronté. Était-il au moins conscient que des malfaiteurs pouvaient rôder autour de l'auberge dans le but de s'infiltrer au congrès ?

Les jumeaux Weasley descendaient l'escalier en compagnie de Lee Jordan. Lorsqu'elle croisa leur regard railleur, cette même sensation de moiteur chaude s'alluma dans son ventre. Elle ne comprenait toujours pas ce phénomène, mais ce devait signifier que les effets de sa potion de Vieillissement se dissipaient de nouveau. Avant de rajeunir devant tout le monde, précipitamment, elle s'engouffra dans l'escalier qui menait aux cachots et parcourut les sombres couloirs en priant pour ne pas rencontrer d'élèves sur son chemin. Elle s'arrêta devant le bureau du professeur Rogue, changea son sac de main et frappa.

La porte s'ouvrit avec un grincement sinistre et le maître des potions apparut, le visage cireux entre deux rideaux de cheveux graisseux. Minerva ouvrit la bouche pour parler, mais devant son regard pénétrant, elle se figea sans rien dire, le souffle coupé. La sensation de chaleur qu'elle éprouvait dans son ventre venait brusquement de se répandre dans tout son corps, comme un courant électrique, si puissant qu'elle en mouilla sa culotte.

― Oui ? dit Rogue avec lenteur.

Minerva cligna des yeux, complètement déroutée.

― Heu... je..., balbutia-t-elle en peinant à reprendre ses esprits. C'est au sujet de la potion de... Est-ce que je peux entrer ?

Il n'était pas prudent de rester dans le couloir avec son apparence de jeune fille. Silencieux, Rogue s'écarta de l'encadrement et elle entra dans le bureau, les doigts crispés sur son sac.

La pièce était sombre, mais chaleureuse. Un feu dans la cheminée réchauffait l'endroit et projetait des lueurs rougeoyantes sur les bocaux et les ouvrages des étagères. La porte du laboratoire était ouverte, laissant s'échapper quelques nuages de vapeurs.

― Comment avance l'antidote ? demanda Minerva.

― J'y travaille depuis ce matin, répondit Rogue en refermant la porte. Mais l'analyse n'est pas très claire. Je ne comprends pas pourquoi un remède contre les rhumatismes a pu avoir comme effet le rajeunissement.

― Mais vous allez bien trouver, dit Minerva avec appréhension.

Rogue la regarda d'un air impassible, les yeux reflétant les flammes de l'âtre. Sa haute silhouette drapée de noir lui conférait une belle allure imposante.

― Je finis toujours par trouver, assura-t-il d'une voix à peine audible. Ne vous inquiétez pas.

Minerva fut submergée de nouveau par cette indicible chaleur dans son corps. Rogue lui faisait déjà de l'effet la veille, mais maintenant, c'était exagéré. D'où lui venait-il soudain ces puissantes pulsions ?

Se raclant la gorge, elle reprit avec assurance :

― J'ai eu un malaise en cours.

― Un malaise ? répéta Rogue en haussant un sourcil.

― Oui. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais une heure après avoir pris ma dernière dose de potion, environ, ma vision s'est tout à coup brouillée, puis mon ouïe s'est révélée défectueuse. J'ai aussi dû souffrir d'un mal de dos subit et d'inflammations plus intenses qu'avant.

― Ne m'en dites pas plus.

La cape virevoltant, Rogue traversa la pièce et s'arrêta devant une étagère derrière son bureau, où il se saisit d'un vieux grimoire qu'il ouvrit devant lui.

― J'avais oublié ces effets indésirables, dit-il en tournant les pages. Combien de doses avez-vous prises depuis ce matin ?

― Cinq, répondit Minerva, inquiète. C'est grave ?

― Ça pourrait le devenir...

Rogue trouva la page qu'il cherchait et la lut silencieusement, les yeux bondissant de chaque côté de son nez busqué. Minerva s'approcha lentement, appréhensive, et déposa son sac sur le bureau.

― Qu'est-ce que ça dit ? demanda-t-elle en essayant de lire par-dessus son épaule, humant au passage un délicieux parfum de musc.

― Qu'il est déconseillé de dépasser la quatrième dose, au risque de subir les désagréments de la vieillesse, répondit Rogue avant de refermer le livre avec un bruit sec. Je suis vraiment désolé, Minerva. J'aurais dû vous informer de ce détail hier. J'ai été distrait.

― Ce n'est pas grave, rassura Minerva qui se garda de lui faire remarquer que c'était la deuxième maladresse dont il faisait preuve depuis la veille. Mais maintenant, qu'est-ce que je fais ?

― Limitez vos doses. Prenez-les uniquement pour les cours.

― Uniquement ? Mais le dîner ! protesta Minerva tandis que Rogue replaçait l'ouvrage sur l'étagère. Je ne peux pas me montrer comme ça à la Grande Salle !

― Demandez à un elfe de vous apporter vos repas dans vos appartements. Si quelqu'un vous interroge sur vos absences à la Grande Salle, vous n'aurez qu'à prétexter une surcharge de travail.

― Mais nous ne sommes qu'en début de trimestre.

Rogue lui refit face et Minerva se retrouva si près de lui qu'elle subit une troisième bouffée de chaleur moite. Sa culotte n'avait jamais été aussi détrempée. Pourquoi lui provoquait-il autant de réactions en cet instant ? Était-ce un autre effet indésirable de la potion ?

― C'est temporaire, assura calmement Rogue, dont l'haleine suave invitait irrésistiblement au baiser. De mon côté, je continue l'élaboration de l'antidote. Je parviendrai bien à un résultat d'ici la fin de la journée.

Minerva fit signe qu'elle comprenait, puis il y eut un silence imprégné du crépitement des flammes. Tandis qu'ils s'observaient d'assez près, Minerva dut se faire violence pour ne pas se jeter à son cou. Au bout d'un moment, Rogue plissa les yeux d'un air soupçonneux.

― Vous sentez-vous bien ? interrogea-t-il.

― Oui, mentit Minerva, en s'évertuant à maîtriser le tremblement dans sa voix. Je vais très bien, pourquoi ?

― Vos pupilles sont dilatées.

Minerva s'enflamma subitement de la tête aux pieds. Il était en train de la décrypter.

― Ah oui ? dit-elle en feignant l'indifférence. C'est probablement parce qu'il fait sombre dans votre bureau.

― Et maintenant vous rougissez, continua Rogue, la dévisageant sans merci. Et ça n'a rien à voir avec les lueurs du feu. Il se passe quelque chose en vous, en ce moment... quelque chose qui vous gêne... beaucoup... Je peux... ?

Sans attendre sa permission, il leva la main, et d'un long doigt fin, lui effleura lentement le bras. Minerva sentit son cœur effectuer un saut périlleux. Mais que faisait-il ? Pourquoi rendait-il la situation plus laborieuse qu'elle l'était déjà ?

Les yeux de Rogue étincelaient tandis que Minerva, malgré son désir sulfureux de lui céder, s'appliquait de tout son être à maîtriser la tempête qu'il lui déclenchait dans la poitrine. Elle ignorait à quoi il jouait, mais il était hors de question de le laisser s'introduire de la sorte dans son espace personnel.

Elle amorça un pas en arrière, mais il lui passa une main ferme derrière le dos et la plaqua contre lui. Minerva ravala un cri en s'agrippant à sa robe noire, respirant à plein nez son odeur de musc. Comme la lave d'un furieux volcan, les émotions jaillirent en elle si intensément qu'elle perdit totalement le contrôle. Il fallait qu'elle l'embrasse d'urgence. Mais lorsqu'elle approcha ses lèvres des siennes, Rogue la relâcha tout aussi brusquement et s'éloigna avec un claquement de cape.

― Intéressant, commenta-t-il avec un sourire en coin. Pardonnez-moi, Minerva, mais je devais vérifier par moi-même...

Minerva eut l'impression de recevoir un seau d'eau glacée sur la tête. Elle se rétracta en redressant ses lunettes sur son nez, honteuse.

― Je... je ne sais pas ce qui m'a pris, balbutia-t-elle à mi-voix. C'est sûrement la potion. Je ressens de drôles d'émotions depuis que... que...

― C'est seulement lorsque vous êtes sous votre jeune apparence que vous ressentez ces pulsions sexuelles ?

Ses derniers mots la firent tressaillir. Il n'était pas nécessaire d'aggraver le malaise avec des questions aussi directes.

― Oui, répondit-elle en le fusillant du regard. Ce doit être un effet secondaire.

Rogue fonça les sourcils comme s'il réfléchissait, les yeux tournés sur la boîte remplie de fioles qui était restée sur le bureau. Minerva en profita pour essuyer la sueur sur son front, en espérant que Rogue lui épargne ses moqueries. L'humiliation lui était insupportable. Comment avait-elle pu se rendre aussi ridicule ?

Rogue prit une longue plume d'aigle dans un encrier et se pencha sur un bout de parchemin pour y noter quelques mots.

― Avez-vous éprouvé ces pulsions avec quelqu'un d'autre aujourd'hui ou c'est seulement avec moi ? interrogea-t-il sans lever les yeux.

― Seulement avec vous, mentit Minerva.

Elle n'allait quand même pas lui révéler que ses élèves lui faisaient aussi de l'effet. Sa dignité souffrait assez comme ça. Cependant, pour qu'il ne se fasse pas d'idées, elle s'empressa de préciser :

― C'est parce que vous êtes le seul que je vois quand je suis comme ça. Je suppose que je me comporterais comme une débauchée avec n'importe qui.

― C'est ce que je pense aussi, admit Rogue en remettant la plume dans l'encrier. Avez-vous d'autres symptômes à part celui-là ?

― Non. Pas à ma connaissance.

Il se redressa et regarda Minerva de son éternel air impénétrable, les bras croisés.

― C'est assez curieux, cet effet secondaire, dit-il en murmurant presque. Pour obtenir ces réactions dans votre corps, en plus de cette apparence si bien recréée de jeunesse, il aurait fallu ajouter plus d'un ingrédient à la potion, et avec un tel soin qu'il semble impossible que l'erreur soit simplement due au hasard.

― Vous pensez que quelqu'un aurait volontairementaltéré la préparation ? s'étonna Minerva, incrédule. Mais pourquoi avoir voulu faire ça ?

― Je n'en ai aucune idée.

Le feu crépitait dans l'âtre, dispensant sa chaleur dans toute la pièce. Minerva passa un doigt dans le collet de sa robe dans une tentative vaine de se rafraîchir, puis pensa aux jumeaux Weasley. Ces derniers auraient pu s'être introduits dans le bureau de Rogue pour lui jouer un tour. Ce serait leur style. En tout cas, s'ils s'avéraient être les coupables, ils pouvaient être assurés de passer avec elle le pire quart d'heure de leur vie.

― Avez-vous parlé à Filius ? demanda Rogue, naturellement, comme si ce qui venait de se passer entre elle et lui n'avait jamais eu lieu. L'avez-vous interrogé sur l'identité de cet homme aux Trois Balais ?

― Il ne le connaît pas et ne sait pas non plus son nom, répondit Minerva. Il prétend aussi l'avoir déjà oublié, comme s'il ne voulait pas en parler. Il avait l'air plutôt heureux. Je vous avoue que ça m'inquiète qu'il ne prenne pas plus de précautions.

― Il devrait être plus vigilant, en effet, admit Rogue, les sourcils froncés.

Il replongea un moment dans ses réflexions, puis reprit :

― Merci, Minerva. Maintenant, si vous le voulez bien, je vais me remettre à mon analyse.

― Oui, bien sûr, dit-elle en reculant vers la porte. Je ne vous dérange pas plus longtemps. J'espère que vous réussirez à obtenir cet antidote bientôt. J'attendrai de vos nouvelles.

Elle fut sur le point de sortir, quand elle s'aperçut qu'elle oubliait son sac. Derrière elle, Rogue le lui tendait en esquissant un sourire espiègle. D'un air d'excuse, Minerva revint sur ses pas et le reprit en éprouvant un frisson dans l'échine. Malgré ses cheveux gras, Rogue restait désirable, et d'autant plus maintenant qu'il savait ce qu'il lui provoquait comme effet. Minerva se surprit à souhaiter qu'il profite de sa faiblesse et qu'il lui fasse l'amour sauvagement sur son bureau. Son sexe pulsait d'envie dans sa culotte trempée. Mais Rogue resta immobile, les yeux luisant dans les lueurs du foyer.

― N'approchez personne sous cette forme d'adolescente dépravée, d'accord ? conseilla-t-il dans un souffle. Vous pourriez le regretter.

Minerva se sentit s'empourprer.

.

― C'est impossible que Rogue se soit vengé simplement parce que tu t'es emportée contre lui.

― Je pense comme toi, admit Pomona tandis qu'elle appliquait sur l'écorce de son Snargalouf étourdi une pommade contre les ecchymoses. Mais allons le voir quand même. Si ce n'est pas lui le responsable, il pourra toujours m'aider. Mes cours commencent dans une heure.

― Tu pourrais toujours faire croire à tes élèves que tu es un remplaçant, suggéra Rolanda, appuyée contre le mur, les bras croisés. Si tu joues bien ton jeu, personne ne te reconnaîtra.

― Peut-être... mais je vais espérer que Rogue sache m'aider. Je termine de soigner ma plante et on y va. Je suis au moins heureuse qu'elle se soit réveillée.

.

Dans son laboratoire, Severus peinait à se concentrer sur son analyse. Il avait chaud dans les vapeurs de son chaudron et ses pensées se fixaient constamment sur le professeur McGonagall. Si elle savait qu'il avait usé de legilimancie sans son consentement, elle serait sûrement furieuse. Mais il avait été incapable d'y résister. Jamais personne ne lui avait montré des yeux aussi affamés. Même en version gamine, elle avait été terriblement excitante. Quelle torture d'avoir dû s'empêcher de lui faire l'amour sauvagement sur son bureau, comme elle l'avait si ardemment fantasmé ! Quel dommage aussi qu'il ait fallu une erreur de potion pour qu'elle le désire ! Si seulement elle pouvait rester dans cet état même après avoir bu l'antidote, ce serait l'extase.

Severus essuya ses tempes en sueur et se força à se concentrer sur ses éprouvettes. Il devait donner des cours dans une heure ― même si ses élèves étaient tous des ahuris qui donnaient l'impression de ne jamais saisir grand-chose sur l'art subtil des potions ―, et il devait retourner ce soir aux Trois Balais. Il ne disposait plus de beaucoup de temps. Et il souhaitait ne pas faire attendre trop longtemps McGonagall.

Il l'imaginait en femme mûre, comme il la préférait, plus appétissante, en train de succomber de nouveau à lui, quand des coups à la porte de son bureau l'arrachèrent brusquement à ses rêveries. Il relâcha ses éprouvettes, intrigué. C'était peut-être Dumbledore. Ou alors c'était le professeur McGonagall qui revenait l'alerter au sujet d'un nouveau symptôme émoustillant. À cette dernière pensée, il sortit aussitôt de son laboratoire et alla ouvrir.

C'était un homme inconnu, aux joues rondes et aux cheveux bouclés, vêtu d'un pyjama. Severus se refroidit.

― Oui ? dit-il d'un ton presque menaçant.

― Bonjour, Severus, dit l'homme d'un air nerveux. Je ne sais pas si vous me reconnaissez... ?

― Non, répondit Severus avec indifférence. Qui êtes-vous ?

Avant que l'homme n'ait pu répondre, Madame Bibine apparut dans le couloir derrière lui, les yeux aussi jaunes que ceux d'un félin.

― Pouvez-vous nous laisser entrer ? demanda-t-elle. On n'en a que pour quelques minutes.

Severus hésita. Il n'avait pas de temps à leur consacrer. L'analyse de la potion était sa priorité.

― Je suis occupé, informa-t-il.

― Mais nous, c'est important ! répliqua Madame Bibine. Alors, vous allez nous laisser entrer tout de suite, merci !

Déterminée, elle s'avança droit sur Severus qui fut obligé de s'écarter pour les laisser passer.

― Mon ami est dans le pétrin, reprit Madame Bibine en s'arrêtant au milieu du bureau.

― Oui, continua l'homme qui tira sur la chemise de son pyjama. Je me suis réveillé comme ça ce matin. Je ne comprends pas ce qui s'est passé. Avez-vous une idée, vous ?

― Il faudrait d'abord m'expliquer quel est le problème, dit froidement Severus.

Madame Bibine échangea un regard éloquent avec l'homme.

― Ce n'est décidément pas lui, dit-elle.

― Probablement pas, acquiesça l'homme avant de se tourner vers Severus, dubitatif. Vous n'êtes pas du genre à vous venger de vos collègues, hein ?

― De quel collègue parlez-vous ? demanda Severus qui commençait à perdre patience.

― De moi, bien sûr, dit l'homme.

Severus serra les dents. Il avait horreur qu'on le tourne en bourrique.

― Désolé si je peux vous paraître impoli, dit-il en s'efforçant de maîtriser son irritation, mais je n'ai aucun souvenir d'avoir travaillé avec vous. Vous seriez d'ailleurs aimable, monsieur, si vous consentiez enfin à me dire qui vous êtes.

― Je suis Pomona Chourave, répondit-il en écartant les bras d'un air désespéré. Le professeur de botanique. Vous me reconnaissez, maintenant ?

L'information mit un certain temps à pénétrer l'esprit de Severus qui demeura un moment sans réaction. Méfiant, il promena les yeux sur l'homme, s'attardant sur ses cheveux en bataille, ses joues pleines et son nez arrondi. Les traits de son visage, ses mimiques féminines, ainsi que le maintien de son corps lui rappelait en effet le professeur Chourave. Était-ce une blague ?

― Très bien, dit Severus sans sourciller. Que s'est-il passé ?

― Je me suis réveillé comme ça ! se plaignit l'homme en ressaisissant le devant de son pyjama. Quelqu'un m'a jeté un maléfice, mais je ne sais pas qui ni pourquoi. Il faut absolument que je retrouve mon apparence normale avant une heure.

― Est-ce que vous pouvez l'aider, Severus ? demanda Madame Bibine en joignant les mains sous son menton. Peut-être que vous connaissez le contre sort.

― Je ne sais pas.

― Alors, peut-être qu'Alastor...

― Il n'en sait pas plus que moi !

Severus détestait Maugrey et sa manie de le considérer à tort comme un Mangemort en liberté. Ancien Auror ou pas, contrairement à ce que pensait Dumbledore, cet idiot ignorait tout et ne ferait jamais un meilleur professeur de Défense contre les forces du mal que lui.

― Je suis aussi sinon plus compétent que lui en matière de magie noire, reprit Severus avec défi. Et je connais, en fait, ce maléfice.

Madame Bibine et son ami soupirèrent de soulagement.

― Merlin, merci ! s'exclama-t-elle. Et c'est quoi, ce maléfice ?

Severus se dirigea vers l'étagère derrière son bureau, la cape ondulant derrière lui, et effleura du doigt les reliures en cuir.

― C'est un maléfice créé par des mages noirs à l'époque de Morgane Le Fay, destiné à punir les femmes coupables de séduction, informa-t-il d'une voix basse, presque inaudible. Aujourd'hui, on l'utilise surtout pour les transgenres, mais comme il reste assez complexe à réaliser, et dangereux, il continue à faire partie des listes noires. Le sorcier ou la sorcière qui prononce l'incantation s'expose lui-même à des risques.

Il se saisit d'un lourd grimoire qu'il affectionnait particulièrement, qui sentait bon le moisi, et le feuilleta lentement, s'attardant de temps à autre sur quelques images de sorciers en proie à de cruelles souffrances. Madame Bibine et son ami s'approchèrent de lui, curieux.

― Vous trouverez l'antisort là-dedans ? demanda l'homme.

― Je crains qu'il faille d'abord retrouver le responsable du maléfice, dit Severus en s'arrêtant à la page désirée, où était représentée une femme affublée d'un phallus grotesque. C'est une incantation aux effets cadenassés, c'est-à-dire que le responsable est le seul à pouvoir lever le maléfice.

― Quoi ? s'horrifia l'homme. Vous voulez dire que je pourrais rester comme ça à jamais ?

― Mais comment on va faire pour retrouver ce salaud ? demanda Madame Bibine, tout aussi choquée, qui employait rarement des mots injurieux. Je veux dire, faudra-t-il interroger chaque personne de ce château ? Et comment savoir si le coupable ne nous mentira pas ?

― Vous n'aurez qu'à vérifier leur peau, informa Severus avec un effort vain de paraître navré. L'incantation laisse des marques noires au niveau des côtes, comme des hématomes. Vous pouvez aussi vous adresser à Dumbledore. Il pourra vous aider à retrouver le coupable. Quant à moi, c'est tout le temps que je pouvais vous offrir. J'ai une potion à rendre pour ce soir.

Avec un profond soupir de consternation, l'homme se laissa tomber dans la chaise derrière le bureau.

― C'est un cauchemar ! gémit-il avec des intonations efféminées. Comment je vais faire ?

― Ne t'inquiète pas, on va trouver, encouragea Madame Bibine en venant lui frotter l'épaule. D'abord, pour tes cours, la meilleure solution est de t'y rendre en te faisant passer pour un remplaçant. On discutera après de ce qu'on va faire.

― Mais comment je me présente ? objecta l'homme. Je n'ai rien dans ma garde-robe d'assez masculin.

― Bah, Severus n'a qu'à te prêter l'un de ses habits.

Severus referma le grimoire avec un bruit sec, les regardant d'un air menaçant. Il n'aimait pas qu'on lui emprunte ses affaires personnelles. Après tout, cet homme n'avait pas encore de preuves d'être réellement le professeur Chourave.

― Vous devriez plutôt prendre congé et aller directement voir le directeur, conseilla-t-il.

― Nous irons le voir après les cours, assura Bibine. D'abord, prêtez-nous des vêtements. Le temps presse, tout de même. Allez !

.

Du haut de ses longues jambes, Filius effectuait de grands pas dans les couloirs. Il venait d'avaler une petite quantité d'Hominuserum, juste assez pour profiter d'au moins une heure avec sa nouvelle taille. Il voulait épargner sa potion pour pouvoir en jouir le plus longtemps possible. Une heure, c'était amplement suffisant pour rencontrer Aurora et lui demander de sortir avec lui ce soir.

Des armures s'alignaient contre le mur. C'était étrange de pouvoir les regarder sans devoir lever la tête. Filius s'arrêta devant un heaume et observa sur la visière étincelante son reflet un peu déformé. Avec sa mâchoire carrée et ses yeux pétillants derrière ses lunettes rondes, il était trop beau pour qu'Aurora puisse le reconnaître. D'ailleurs, il ne tenait pas à être reconnu. Pour éviter les possibles moqueries, il valait mieux s'inventer une nouvelle identité. Et il avait déjà son idée en tête.

Avec un petit rire viril, il lissa ses cheveux du plat de la main, passa un doigt sur sa moustache bien trimée et se remit en mouvement. De temps à autre, il croisait des élèves sur son chemin qu'il toisait de haut sans pouvoir s'en empêcher. Jamais il ne s'était senti aussi puissant. Ses muscles tendaient sa chemise propre qu'il avait agrandie à l'aide d'un sortilège de métamorphose.

Il s'engagea dans l'escalier qui menait à la tour d'astronomie et monta les marches en colimaçon avec toute la facilité du monde. À peine haletant, il tira sur les pans de son veston et s'approcha des appartements d'Aurora, aussi confiant qu'un hippogriffe.

La porte s'ouvrit avant même qu'il eut le temps de frapper. Par habitude, il releva la tête, pour ensuite s'apercevoir qu'Aurora, à présent, était beaucoup plus petite que lui. Sa tête ne lui dépassait pas même le menton. C'était elle qui devait maintenant lever les yeux pour le regarder. Et il trouva cela très excitant.

D'abord surprise de sa présence, Aurora recula d'un pas, puis lui sourit gentiment.

― Bonjour, dit-elle. Je peux vous aider ?

Manifestement, elle ne l'avait pas reconnu, ce qui se conformait à ses plans. Filius sourit à son tour, de la façon la plus charmante qu'il soit, et lui répondit en improvisant, d'une voix mûre et profondément masculine :

― On m'a dit que la meilleure vue était au sommet de cette tour. Savez-vous où je peux trouver l'accès au balcon ?

Aurora l'observa avec une étrange expression, les yeux à demi plissés. Peut-être tombait-elle déjà sous son charme ?

― Vous n'avez qu'à suivre le couloir, informa-t-elle en tendant le bras. La porte se trouve tout au bout. Mais... est-ce que je vous connais... ?

― Me connaître ? s'étonna Filius dont le cœur accéléra d'un coup sa cadence. Non, pourquoi ?

― Comme ça..., dit-elle en penchant la tête sur son épaule, le scrutant attentivement. Votre visage, étrangement, me rappelle quelqu'un... mais je n'arrive pas à... trouver... Seriez-vous parenté, par hasard, avec quelqu'un qui travaille ici ?

Filius décida alors de jouer avec prudence.

― Oui, répondit-il en glissant les pouces dans les poches de son pantalon. Je suis, en fait, le cousin du professeur Flitwick.

― Flitwick ! C'est ça ! s'exclama Aurora dont le visage s'illumina. Oui, c'est à lui que vous me faites penser ! Vous avez le même sourire. Mais c'est intéressant. Je ne savais pas qu'il avait un cousin. Qu'est-ce que vous venez faire ici ? Vous êtes en visite ?

― Je suis en visite, exactement.

― Venez-vous assister au congrès ?

― En effet.

― Pardon, on ne s'est pas présentés.

Aurora balaya sur son front une mèche de cheveux libérée de sa longue tresse et lui tendit sa main brune.

― Je suis le professeur Aurora Sinistra. J'enseigne l'astronomie.

― Moi, c'est Fili... heu... Fali... Fallusio Flitwick.

Filius jura mentalement. Ce n'était pas le moment de bégayer. Pour se redonner une contenance, il lui serra la main en la retenant un peu, question de lui provoquer quelques frissons avant de la relâcher.

― Je travaille dans un laboratoire de sortilège, continua-t-il en repoussant ses lunettes sur son nez. À Londres. Mon cousin m'a demandé de l'aider un peu sur un projet. Ça fait d'ailleurs quelques jours que je me suis installé chez lui.

― Quelques jours ? dit Aurora, surprise. Il ne m'en avait pas parlé.

― Vraiment ? dit Filius en feignant un air incrédule. C'est étrange. Pourtant, je suis plutôt charmant. Je ne vois pas pourquoi il aurait oublié de vous parler de moi.

Le sourire d'Aurora se figea sur son visage, comme si elle ne savait plus quoi dire sur le moment. Alors Filius bomba le torse et poursuivit de sa voix séductrice :

― En tout cas, lui m'a beaucoup parlé de vous...

― C'est vrai ? s'anima-t-elle en retrouvant aussitôt son sourire naturel.

― Parfaitement, assura Filius qui s'avança d'un pas vers elle, soutenant son regard d'ébène. Il m'a raconté à quel point vous étiez agréable, intelligente et... belle. Et il n'a pas tort. Vous avez de très jolis yeux, professeur Sinistra.

Aurora rougit brusquement, comme aux prises d'une bouffée de chaleur. Filius se félicita mentalement d'arriver à l'émouvoir aussi facilement. Bientôt, il l'aurait dans son lit.

― Vous ne parlez plus, professeur Sinistra ? murmura-t-il en s'approchant davantage, brûlant d'envie de la toucher. Vous allez bien ?

― Il... il vous a vraiment dit tout ça ? demanda-t-elle timidement.

Filius émit un petit rire.

― Absolument, affirma-t-il. D'ailleurs, si ça vous dit, je vous invite ce soir à boire un verre avec moi.

― Pardon ? dit Aurora en haussant les sourcils.

― Mais oui, vous savez, dit Filius qui posa enfin les doigts sur son bras, se délectant de la chaleur de sa manche. Juste vous et moi, aux Trois Balais. Nous ferions plus ample connaissance...

― C'est gentil à vous, mais non. Je ne suis pas intéressée.

Sa réponse le prit tellement au dépourvu qu'il éclata de rire.

― Quoi ? dit-il. Qu'est-ce que vous dites ?

― J'ai dit que je n'étais pas intéressée, répéta-t-elle en lui repoussant doucement la main. De toute façon, j'ai du travail ce soir. Et je dois y aller. Heureuse d'avoir fait votre connaissance, monsieur Flitwick. On se reverra au congrès.

Puis elle s'éloigna sans même se retourner, sa longue tresse se balançant au-dessus de ses fesses. Filius resta planté sur place, bredouille et incrédule.


À suivre...

La suite la semaine prochaine sans faute ! :)