Autant que pour le chapitre précèdent, je reposte et corrige (un peu je cherche toujours un Beta) des chapitres.
Comme d'habitude les personnages ne m'appartiennent pas, je vous invite à commenter car j'aime vous lire, et je cherche une Beta.
CHAPITRE II
Un papa, une maman
Louis Chedid
25 Mars 1979 :
« Vincent K. Pepper a disparu. »
28 Mars 1979 :
Qu'est-ce que j'ai fait hier soir ? Le gros trou noir. Esther était allongée en travers de son lit, seule ; des vêtements jonchaient le sol et ses vieux rideaux étaient grands ouverts. La lumière percuta douloureusement sa rétine : instinctivement elle referma ses yeux. Plongée dans le noir, elle essaya de résumer la situation. Ils avaient fêté les dix-neuf ans de James. Elle avait passé l'après-midi à le préparer avec la rouquemoute, un horrible moment, cette conne n'avait cessé de parler de sa décoration à chier, et de sa famille dont tout le monde se fout comme de l'an quarante ! James était super content et tout le tralala. Jusqu'ici, pas de soucis, outre le fait que leurs enfants auraient besoin d'un psycho-mage, vu leur comportement, sérieusement, ça ne se fait pas de se rouler une pelle comme ça devant nous, un peu de tenue merde ! Elle avait bu, beaucoup et vite certes. Mais pour sa défense, l'alcool n'était-il pas le meilleur ami de tout jeune démuni en pleine guerre ? Pour sûr, tous les alcooliques vous le diront. Après cela, plus rien. Le néant. Eh bah merde alors ! Peu à peu, elle essaya d'adapter ses yeux à la luminosité ambiante. Pourquoi se coucher à poil ? Esther se leva, attrapant son pull au passage pour se couvrir au minimum. Sirius avait l'air d'avoir déserté l'appartement. Elle prit une potion anti-gueule de bois et finit sous la douche. En sortant elle tomba nez à nez avec James ravi, visiblement.
« Toujours vivante ? Vous étiez bien torchés hier soir, vous n'avez pas trop fait de conneries en partant.
— Non, non. » Elle en avait sans doute fait des conneries, mais de là, à s'en souvenir, non… Bah ça ne devrait pas être si grave.
1 Avril 1979 :
Contrairement à ce que les gens pouvaient penser de Severus Rogue, il savait être chaleureux. Certainement pas avec James Potter ou Sirius Black, il ne fallait pas trop lui en demander, non plus au pauvre bougre. Lorsqu'il avait décidé de l'être, il l'était, voire même presque accueillant. Sa mère l'avait tout de même bien élevé, et, si d'aventure vous le rencontriez, il ne jouerait pas avec l'étiquette ou dans les phrases à rallonge, non très peu pour lui, mais il savait recevoir et être reçu, bien que cela arrive assez peu. Si bien que lorsqu'il reçut son meilleur ami, chez lui - ou chez sa mère, cela revenait au même - il avait sorti les petits biscuits, le thé, et il avait même viré la poussière qui recouvrait les bibelots qui trainaient dans le salon, comme cet horrible service en porcelaine de Chelsea. Ce service à thé n'était pas spécialement laid, mais à force de trainer dans le salon. Et si ça ne tenait qu'à lui, il serait déjà au grenier. Mais bon, visiblement sa mère l'aimait trop pour le ranger, ou même le dépoussiérer …
Lorsque Lucius transplana dans son salon, ils s'installèrent sur le vieux Chesterfield, tout en discutant de l'actualité et de toutes choses dont Severus se moquait bien. Qu'est-ce que ça pouvait lui faire que la BSA (bourse sorcière anglaise) fasse faillite ? Il n'avait même pas d'action, c'est tout juste s'il pensait parfois à s'acheter des vêtements, avant qu'ils partent en lambeaux. Alors la bourse... Comme toujours, Lucius venait, faisait le tour du salon sans dire un mot, seul le bruit de sa canne tintait sur le parquet, puis il faisait demi-tour et s'asseyait en face de son ami. Lucius ne jugeait pas, il veillait au changement de la décoration de sa mère, enfin ça c'est ce qu'il disait. Chez les Rogue on ne vivait pas dans le faste, contrairement aux Malefoy. Mais à force de rester avec ce drôle d'oiseau de nuit, il en avait pris certaines habitudes, comme prendre le thé, lui qui a dix-neuf ans ne s'était jamais trop intéressé à cela. Avant, il se contentait d'une bière au beurre.
Lucius n'était pas une âme désagréable, loin de là, un peu maniéré, voire carrément excentrique, quand il avait, dans le privé, quelques grammes d'alcool dans le sang. Non décidément, hormis ses convictions qu'il ne partageait pas toujours, Lucius était un homme agréable à côtoyer. Mais bon de là à le faire admettre à Esther, toujours aussi bornée, non ça jamais il ne s'entendrait. Ils partageaient pourtant des points communs, mais la fierté à ses raisons que Severus ne connaissait pas.
Sa mère arriva les bras chargés une petite demi-heure après, de bien bonne humeur ; elle sourit chaleureusement à Lucius, ce qui était assez rare, et partit dans la cuisine. Sa mère se méfiait du blond comme de la dragoncelle, elle le trouvait bien trop suffisant et il la prenait de haut. Pour une ancienne aristocrate de son rang, Lucius était bien présomptueux. Tout aussi étonné que l'homme puisse l'être, il prit sa cape et partit, mais avant il déposa sur la table une petite boîte noire signée Zonko. Non ça il n'ouvrirait pas.
2 Avril 1979 :
Remus, heureux, passa la porte de la chambre de bonne qu'il occupait, respirant cette odeur si familière d'humidité qui régnait dans la pièce depuis qu'il l'avait achetée à la fin de ses études à Poudlard. Le peu d'économie qu'il avait dans son porte-monnaie y était parti. Même si la pièce était insalubre, dans le fond elle n'était hantée par aucun mauvais souvenir, et en temps de guerre, tout le monde ne pouvait pas se permettre d'avoir un chez soi, où l'on se sente bien et sans mauvaises réminiscences. Pour cacher les quelques inondations, il avait accroché des posters trouvés dans des magazines. Ça donnait un drôle d'effet de se réveiller et de se trouver face à face avec Led Zeppelin. Il en riait toujours, ou du moins souriait. L'homme n'avait jamais compté le nombre de fois où James lui demandait comment avait dormi la star.
Au-dehors, le vent avait cédé sa place à la pluie, battant contre les vitres. Londres était morne et lugubre, pas une once de lumière de joie ne bourgeonnait dans cette période merveilleuse qu'était le printemps, attendue avec impatience par une croix sur un calendrier par toutes les personnes ayant marre de cette météo déprimante. La rue était désertée par les rires et la vie humaine. La seule chose que Remus voyait par ses carreaux n'était qu'une multitude de parapluies noirs. Seuls les tintements du clocher de Saint Georges animaient les lieux. Les bras ballants et emmitouflé dans une épaisse couche de tissu, le Gryffondor observait la ville se dévoilant à ses yeux. Cela fana son sourire. Remus posa ses valises sous son lit, et à peine l'eut il fit, il transplanait directement chez James.
10 Avril 1979 :
« Zack a été découvert devant sa porte par sa mère »
19 Avril 1979 :
« Alors attend, qu'on mette les choses à plat : tu t'es réveillée nue dans ton lit après l'anniversaire de James. Commença Isobel.
— Tant que c'est son lit à elle… Insinua Adélaïde avec un sourire.
— Son lit certes mais elle le partage avec Sirius, je te rappelle. »
Adélaïde eut un léger rire entre l'amusement et la panique, Esther, elle, regardait ses deux amies tour à tour avec des yeux perdus. Isobel reprit son énumération des faits qui s'étaient déroulés quelques semaines auparavant.
« Donc nue dans le lit que tu partages avec Sirius, après une soirée tellement arrosée que tu ne te souviens plus de ce que tu as pu y faire.
— Oui.
— Et là tu nous dis que tu as trois semaines de retard.
— Oui.
— Merde, Esther… »
Les trois jeunes filles se regardaient dans un silence pesant. Assises à une table d'un café moldu, la chaleur des boissons chaudes commandées dégelait leurs corps glacés par la pluie qui tombait au-dehors. Le bruit du lieu et les rires des gens contrastaient avec leur situation. Prenant soudainement conscience de la situation, Esther se mit à rire. Un rire fort, paniqué, qui ne s'arrête plus, qui secoue tout le corps. Elle pensait à ses parents et à ses beaux-parents qui les harcelaient pour avoir des petits enfants. Et là, après deux ou trois ou dix verres de trop, Sirius et elle auraient donc exaucé leur demande. Ses amies se mirent à rire aussi et ce fût seulement après cinq minutes d'hilarité compulsive qu'elles se calmèrent.
« Putain, Esther… Souffla Adélaïde.
— Je suis assez d'accord, sourit Isobel en buvant une gorgée de thé.
— Je devrais faire un test, non ? »
Les deux autres acquiescèrent, alors après avoir terminé leurs boissons elles se dirigèrent vers les toilettes.
21 Avril 1979 :
Assis dans le canapé du salon, Sirius regarde dans le vague, un verre à la main. Contrairement à Esther, lui se souvient de sa nuit après l'anniversaire de James. Il se souvient d'être rentré avec Esther, riant aux éclats, se tenant par le bras et ne marchant pas droit. Il se souvient d'avoir mis dix minutes à ouvrir leur porte d'entrée et cinq minutes supplémentaires à trouver la chambre. Il se souvient d'être tombé sur le lit avec celle qui est sa femme, d'avoir ri encore et de l'avoir embrassée. Une fois. Puis une autre. Ils riaient encore, tout en s'embrassant de plus en plus intensément.
Il se souvient d'avoir passé la nuit à l'embrasser, la découvrir, rire. Ils avaient couché ensemble. Ils avaient fait l'amour. Ils avaient baisé… Bref appelons ça comme on veut ; Esther et Sirius avait eu un rapport charnel. Et le jeune homme avait encore un certain mal à s'en remettre.
Il buvait donc son whisky en regardant fixement devant lui, tentant d'effacer ces images de son esprit. De toute manière sa compagne ne semblait pas se souvenir de ce moment d'égarement alors à quoi bon se torturer. Ce n'était qu'une de plus. Ce n'était pas si grave que ça après tout, ils n'avaient pas tant déconné que ça…
« Sirius ? » La voix d'Esther résonna derrière lui, il se retourna et la vit, les bras ballants, son sac par terre et un drôle de petit objet dans sa main gauche. Elle le regardait, visiblement désespérée.
« Je suis enceinte. »
Le verre de whisky se brisa en tombant. Putain de bordel de merde…
9 Mai 1979 :
Debout dans la cuisine, Esther préparait le thé et disposait quelques gourmandises sur le plateau. Ses mains tremblaient malgré son maintien et son calme apparent. Il fallait bien leur dire un jour… de toute manière ils s'en seraient rendu compte… James et Remus allaient arriver d'une minute à l'autre, Sirius les attendait dans le salon à lire la gazette du sorcier. Le jeune homme n'en menait pas plus large que son épouse.
Une fumée verte explosa dans la cheminée puis se dissipa pour dévoiler James. Sirius se releva, épousseta ses vêtements et se dirigea vers lui le plus nonchalamment possible. James entra comme une bombe dans les lieux, déposa un baiser sur chaque joue de son amie d'enfance et se jeta sans ménagement sur le vieux canapé qui grinça de mécontentement. Remus, plus calme, arriva à la suite de son ami, alla embrasser Esther en haut du crâne et s'en alla vers un fauteuil pour s'y déposer le plus délicatement du monde.
« Alors comme ça vous avez une nouvelle à nous annoncer ! » Lança James en s'engouffrant deux chocolats dans la bouche.
Remus attendit que chacun fût servi de thé pour avaler doucement la boisson chaude. Le jeune homme n'était pas idiot, il savait que le genre de "grande nouvelle" que pouvait annoncer un couple marié était celle d'une grossesse. Et il lui avait suffi d'un regard vers la mine déconfite de Sirius et les traits tirés d'Esther pour vérifier ses pensées.
James ne semblait pas du tout réaliser le drame que vivaient ses trois amis et mangeait tous les gâteaux possibles, de toute manière les autres n'y toucheraient pas, leurs estomacs bien trop tordus par l'annonce.
« Je suis enceinte. » Annonça la seule femme du groupe sur un ton neutre. Elle avala sa tasse de thé, les regarda un à un, s'attarda quelques instants sur Remus et se leva en direction de la cuisine.
Remus sentit le sol s'écrouler sous ses pieds. Il tomba comme dans un trou sans fond et le monde qui l'entourait devint noir. Si noir qu'il ne vit pas James laisser un gâteau tomber de sa bouche sous la surprise et Sirius avaler un énième verre de whisky.
19 Mai 1979 :
Orion avait suspendu son geste en entendant l'annonce de son fils. Le bras tendu vers la table basse en direction de la théière, il regardait sa descendance avec des yeux ronds. Sirius était là, enfoncé dans son siège, le regard baissé. Alors c'est bon… un petit enfant… Aussi étrange que cela lui paraissait, Orion rêvait d'avoir un petit enfant. Outre l'idée de descendance, de succession, de paraître… Il rêvait d'emmener un petit garçon aux cheveux bruns à la pêche. Ou une petite fille aux yeux verts voir des courses équestres. Mais ça, jamais il ne l'avouerait. Il laissait les grandes effusions de bonheur à la mère de sa belle-fille.
Odette, assise en face, avait d'abord cessé tout fonctionnement cérébral. Puis de joie, elle avait réussi à retenir un léger rire. Les yeux humides de bonheur et de soulagement elle regardait sa fille, qui ne semblait malheureusement pas partager leur humeur joyeuse. Mais sur le moment tout ça lui était bien égal, elle allait faire des tas et des tas de tartes à la myrtille, une de ses spécialités. Avoir certains week-ends une petite bouille rose à embrasser et bourrer de gourmandises. Une larme coula le long de sa joue qu'elle essuya avant que Walburga ne s'en rende compte.
Walburga avait soufflé de soulagement lorsque son fils avait lâché d'un ton excédé qu'Esther était enceinte. "De moi" avait-il cru bon de rajouter. Encore heureux que ce soit de toi… Elle n'avait rien dit et s'était servi une tasse de thé, son mari ayant arrêté son geste, la théière était libre. La situation allait être tellement plus simple maintenant qu'un enfant était en route. Évidemment son fils, comme sa belle-fille, ne sautaient pas de joie. Mais ils se feraient à l'idée et cette nouvelle assurait la stabilité du couple devant les autres. Ce qui était bon pour leur réputation, les Black ne pouvaient laisser penser qu'un de leurs enfants avait une vie de patachon.
Maximilien, debout près de la fenêtre était celui qui avait mis le plus de temps à assimiler l'information. Il allait être Grand-Père… Lui qui avait mis tant de temps à accepter qu'il soit père voilà qu'il devait assumer une nouvelle génération. Sa fille serait-elle au moins heureuse ? Il avait parfois des regrets en repensant à ce mariage prévu avant même qu'elle ne sache parler. Mais il était mieux pour elle, pour leur famille et pour leur sécurité qu'il en soit ainsi. Esther avec son esprit contradictoire aurait fini avec un moldu… Ou un sang-mêlé… et en temps de guerre, qu'auraient-il fait ?
2 Juin 1979 :
« - Julie Davidsen : Avada
- Hugolino Vergada : battu à mort
- Ruby Gardner : Avada
- Savanna Lightfoot : Avada
- Cyrus Prokhorova : devenu fou »
14 Juillet 1979 :
Remus a pris l'habitude de transplaner au bord de l'étang de Paimpont lorsqu'il va voir Esther dans la maison de vacances de ses parents, c'est plus court que d'aller au bout de leur allée. Un peu plus loin, derrière la dune, quelques maisons sont posées là, un peu aléatoirement, comme si quelqu'un là-haut avait joué au loto. C'est celle avec une verrière, et qui ne semble pas avoir changé depuis les années mille neuf cent vingt, celle avec un œil-de-bœuf donnant sur l'Atlantique. Pourtant cette fois-ci, Remus n'était pas pressé. Il ne ressent plus l'enthousiasme des autres jours, à l'idée de rejoindre ses amis qu'il retrouve chaque été ici et depuis si longtemps dans cette petite maison perdue au beau milieu de la forêt de Brocéliande. Il pense avec ennui à ce qui l'attend : des rires, de l'alcool, The Police ou David Bowie en sourdine, des discussions passionnées à défaut d'être passionnantes, des garçons qui chahutent et des filles qui rient, des disputes, des alliances amicales et des déclarations d'amour qu'on aura oubliées le lendemain, des trahisons aussi, comme tous les soirs de cet été 1979. Comme trop de soirs. Non, il n'a pas pris ce raccourci par empressement, c'est simplement qu'il préfère passer par l'étang plutôt que prendre la route. Il marche, pieds nus. Le vent est plus calme qu'à Londres. L'eau est fraîche, comme souvent, en début d'été.
Depuis le matin, un sentiment d'amertume ne l'a pas quitté. Mais à l'instant, c'est une angoisse qui le submerge, une bouffée de malheur qui le saisit et lui tord l'estomac. Il s'arrête, le souffle coupé.
Il s'interroge sur cette souffrance qu'il ne connaissait pas. Ce doit être l'ennui, voilà, l'ennui, voir le dégoût de lui-même et des autres, c'est de cela qu'il souffre.
Sa douleur s'atténue. Il avance, de l'eau jusqu'aux épaules. Tout est facile. Il sent une douce quiétude l'envahir. Mourir. Est-ce qu'on peut se tuer quand on a dix-neuf ans alors qu'on n'y pensait pas une heure auparavant ? À l'évidence, oui. Et puis non. Le contact de l'eau dans la gorge le sort de sa torpeur, lui fait peur. Il regagne le bord.
Il arrivera trempé chez Esther. Il racontera quelque chose. Il dira qu'il a vu une drôle d'algue briller dans les flots et qu'il se demandait ce que c'était. Ils riront. Ils diront que, décidément, quel singe savant ! On lui fera fête.
Et puis, après, il les rejoindra et il boira, beaucoup, beaucoup, pour que ce soit plus facile d'aller jusqu'au bout, au retour.
Enfin, c'est ce qu'il se dit, les larmes au bord des yeux.
Ou peut-être aussi, trop las, s'endormira-t-il sur place, comme souvent. Mais pas dans les bras d'Esther. C'est fini depuis un an.
25 Juillet 1979 :
La tasse cogna fort contre la table lorsque Walburga la reposa un peu trop énergiquement. Esther, assise bien au fond de son siège n'avait pas touché à sa boisson qui lui aurait immanquablement donné envie d'aller aux toilettes, avec la petite chose dans son ventre qui jouait au trampoline avec sa vessie. Elle était, en revanche, occupée à épousseter les miettes que tous les petits biscuits avaient faites sur sa robe. Ils n'étaient pas bons mais qu'est-ce qu'elle avait faim…
« Inutile de vous énerver Walburga, c'est encore ma fille et si je ne veux pas lui donner un nom d'étoile je ne lui en donnerai pas. Annonça la jeune femme en collant son doigt sur une miette qu'elle amena ensuite à sa bouche.
— Et moi je vous dis que c'est une tradition Black et que vous n'allez pas tout changer sous prétexte que vous pouvez prétendre à faire ce que vous voulez… Et puis… Un nom moldu… Par les temps qui courent… Une Black ! Vous n'y pensez pas sérieusement, Esther.
— Bien sûr, j'y pense sérieusement. »
La belle-mère lança un regard outré en direction de l'épouse de son fils. Elle se resservit une tasse de thé qu'elle but d'une traite tout en fixant l'arbre généalogique de sa famille imprimé sur le mur en face d'elle. Sa bru n'avait visiblement aucun bon sens, sans doute la faute de son abruti de fils… Sans doute était-ce lui qui avait eu cette idée abominable de nom moldu afin de créer encore plus de problèmes au sein du mince équilibre sur lequel reposait déjà la famille. Esther voyait bien aux sourcils froncés de la femme à ses côtés qu'elle l'avait contrariée, Sirius l'avait pourtant prévenue à propos de cette histoire de prénom : ça n'allait pas plaire à Walburga Black.
« Bon, de toute manière dans ma famille ça a toujours été les marraines qui ont choisi les prénoms des enfants, notre tradition à nous. Et dans cette situation ce sera Isobel et je suis sûre qu'elle saura faire le bon choix… Peut-être pas un nom d'étoile mais peut-être par un nom moldu non plus !
— Si vous le dites… » Le goûter se termina en silence, Esther occupée à grignoter les derniers biscuits tout en se disant qu'elle mangeait trop et Walburga réfléchissant à comment elle pourrait influencer cette Isobel discrètement.
19 Août 1979 :
« Tu ne peux pas continuer comme ça, regardes-toi Esther ! Tu transpires à chaque pas, ta respiration est sifflante et ton ventre énorme. Tu vas te tuer. Ou tuer le bébé.
— Mais non Papa ! Enfin ! C'est juste que je ne peux pas les abandonner maintenant… Tu vois bien la charge de travail !
— Je m'en moque, ils se débrouilleront. Je les paye pour ça non ?! Tout ce qui m'importe c'est que ma petite fille ne se fasse pas de mal, ou du moins pas plus qu'elle ne s'en est déjà fait.
— Papa… » Murmura Esther en se rapprochant de son père. Elle lui passa un bras autour des épaules et lui embrassa doucement la joue. Ils avaient toujours été proches mais ces dernières années elle n'avait pas réalisé combien son père avait vieilli. Une ride, sans doute dû au stress, s'était placée entre ses deux sourcils. Son visage était plus terne, plus gris. Ses cheveux moins épais et plus blancs. Son père devenait vieux et la guerre qu'ils vivaient avait accéléré le processus.
« Papa je ne suis pas en sucre…
— Non, tu es enceinte, ça me paraît déjà bien suffisant.
— Tu veux vraiment que j'arrête.
— Je veux que tu te reposes.
— Mais qu'est-ce que je vais faire, seule chez moi à attendre que les journées passent et à espérer que cet enfant ne soit pas aussi compliqué que ses parents ? »
Maximilien, malgré sa froideur apparente, était un bon père. Ou du moins il était le père d'Esther et devait la protéger. Il voyait qu'elle souffrait de sa grossesse qui se compliquait de jour en jour. Comme si la situation était trop simple avant… Mais il voyait aussi que renvoyer sa fille chez elle sans travail, c'était la condamner.
« Si tu promets de rester chez toi - Esther se rembrunit - mais que je passe chaque jour t'apporter des dossiers à vérifier.
— Tu n'as pas le temps de passer me voir chaque jour !
— Je les mettrai dans ta boîte aux lettres. Ou j'enverrai quelqu'un de confiance. » La jeune fille lança un sourire à son père. Elle enfila sa cape, lui claqua un baiser sur chaque joue et s'élança vers la porte avec autant de légèreté que lui permettait sa grossesse.
« Dans ce cas, promis. Je ne bougerai plus ! »
Un signe de la main et elle disparaissait dans les couloirs, laissant là son vieux père, soulagé comme jamais et toujours plus usé.
20 Aout 1979 :
« William Barnett, que tu avais rencontré au bal de septième année. Fini. »
25 Aout 1979 :
L'abîme dans lequel Remus était depuis quelque temps se creusa un peu plus sous la demande de ses amis, maintenant mariés et en attente d'un enfant, pour agrandir leur foyer commun.
« Vous voulez…que je sois…
— Le parrain, on voudrait que tu sois le parrain. Répéta Sirius excédé.
— Mais, pourquoi moi ?
— Parce que de tous nos amis tu es le seul avec suffisamment de maturité pour assurer ce rôle. En plus James va pas tarder à faire son chiard et Esther refuse que ce soit Peter » Remus avala son verre de whisky d'une traite, ce qui le fit tousser, peu habitué à boire cul-sec. Esther restait silencieuse face à son verre, de Jus de citrouille. La barbe, je veux une bonne bière, moi. Le silence finit par exacerber Sirius.
« Bon tu dis oui ou non mais tu nous laisses pas poireauter jusqu'à la naissance du marmot ! » Esther jeta un regard implorant à son ex-compagnon. Il la dévisagea et dans un souffle, accepta leur demande.
31 Août 1979 :
Severus tira sa manche, excédé.
« C'est d'un laid… Tout ça pour ça ?
- Attends, tu me fais chier depuis des mois pour la voir, et tu me dis ça ? Répondit-il, vexé par la remarque de son amie.
- Tu veux que je te dise quoi ? Que tu veuilles de la reconnaissance, ok. Mais si c'est pour avoir ce truc sur le bras ... C'est moche.
- Ce n'est pas fait pour être beau, Esther …
- Et dire que les moldus font ça de leur plein gré. C'est d'un vulgaire, et puis va l'enlever cette merde, tiens. Lança la jeune femme en rabaissant la manche de son ami avec dégoût.
- Ça ne s'enlève pas.
- Eh ! Imagine à 80 ans, avec la peau flétrie… Par Salazar faut vraiment avoir un grain, ou très peu d'estime de soi pour s'infliger ça.
- Dis-toi que les moldus se tatouent n'importe quoi, des fleurs, des petites fées, ou encore des mots dans une langue qu'ils ne comprennent pas.
- Si je ne savais rien d'autre que ça sur les moldus, je comprendrais facilement que tes amis veuillent les exterminer. Comment un peuple peut-il construire la chapelle Sixtine et ensuite se tatouer des fleurs. Ils sont décevants. »
28 Septembre 1979 :
« Isa a disparue depuis deux jours, personne n'a de nouvelle, si tu en a, dit le nous au plus vite, ici on est mort d'inquiétude »
29 Septembre 1979 :
Le vent soufflait fort dans les hauts arbres du jardin public, l'eau coulait presque à flot du ciel, traversant les feuillages et éclatant en centaines de gouttes sur le sol. L'hiver allait être rude cette année. Un hiver à l'image de ce que le monde des sorciers vivait actuellement. Les poings enfoncés dans les poches de son pantalon et la capuche de sa cape rabattue sur son visage, Sirius traversait le lieu sans jeter un regard devant lui, trop préoccupé par ses chaussures trempées. De grosses flaques apparaissaient par moments sous ses yeux, trop tard pour qu'il les contourne. Le jeune homme avait encore trop bu. Le monde lui faisait peur, sa famille lui faisait peur, son futur rôle de père lui faisait peur. Il n'avait pas voulu être un mari et le voilà qui devait déjà se préparer à avoir des enfants. Sirius était fait pour une vie de solitaire. Loin des autres est surtout loin d'une famille. Il se détestait, détestait ses parents et détestait Esther. Et puis qu'allaient-ils faire avec un enfant, un bébé dans ce contexte de guerre ? Sa porte d'entrée arrêta net ses pensées. Il réalisa qu'il aurait été bien plus rapide et bien moins fatigant de rentrer par cheminée. Mais il avait oublié, encore. Oublié qui il était. Où il était. Ce qu'il devait faire ou pas. Dire ou mettre sous silence. Il avait marché jusque chez lui comme un stupide moldu sans même s'en rendre compte. La porte, que personne n'utilisait jamais, grinça lorsqu'il l'ouvrit. Une chaleur apaisante régnait dans le lieu. Elle émanait de la cheminée. La lumière du feu dansait au rythme des flammes, créant des ombres effrayantes sur les murs.
« Où est-ce que tu étais ? » La voix froide et tremblante d'Esther avait cassé cette douce ambiance absorbante et rassurante. Allongée dans le canapé, les mains autour de son ventre rond, la jeune femme n'avait pas regardé son mari. N'entendant pas de réponse elle lui jeta un coup d'œil, ce qui eut pour effet de la faire se redresser.
« Mais ?! Dans quel état tu es ! S'exclama-t-elle entre rage et peur, qu'est-ce qui t'est arrivé » Elle s'était approchée de lui. Trop approchée. Sirius ne la détestait pas. Non, dans le fond il l'avait même toujours bien aimé. Le dire lui aurait arraché la bouche mais ce petit bout de femme lui inspirait un certain respect. Et il la voyait là, livide, frigorifiée alors que le feu crépitait à deux mètres d'elle. Des mèches de cheveux s'échappaient de ses tresses mal fixées, retombant mollement sur ses épaules. Ses traits étaient tirés par le stress et la fatigue. Son ventre rond la faisait se courber en avant, ses pas étaient chancelants. Sirius se détesta. Il infligeait à la femme qu'il avait dû épouser une souffrance inutile puisque le résultat les rendait tous deux malades. Et elle se laissait faire, soumise à son instinct, soumise à ce que "les règles de bonne conduite" édictaient, elle attendait juste que ça passe… La rage et la peur tordirent son visage. Ses mains se crispèrent.
« Sirius ? Whoho !? Tu es encore là ? Je dois appeler un médicomage… » La gifle partit d'elle-même. Il n'avait rien contrôlé. Son corps avait agi contre toute réflexion. Comme pour le protéger de la rage qui l'habitait. Une rage tournée vers lui-même. Mais qui avait une fois de plus blessé quelqu'un d'autre… Esther recula en chancelant. Les yeux ronds de stupeur, la main sur sa joue rouge. Des larmes qu'elle retint perlèrent sur ses cils. Sans un mot, elle s'en retourna vers la chambre d'où elle revint après quelques minutes avec un gros sac. Sirius n'avait pas bougé. Elle lui jeta un dernier regard de haine et transplana chez ses parents.
30 Septembre 1979 :
Après seulement six mois de grossesse, Esther se retrouvait en salle d'accouchement. Le teint cireux et fatigué elle avait à peine les forces de faire sortir son bébé prématuré. La situation du monde sorcier, le contexte de sa famille et de son couple, si tant est que l'on puisse appeler ça un "couple", étaient tellement tendus que le bébé était arrivé trop tôt, sa mère n'étant pas en état d'avoir une grossesse "normale". Elle avait perdu les eaux le 29 au soir en allant se coucher. Ses cris avaient alerté ses parents qui l'avaient de suite accompagnée à Sainte Mangouste. Les choses étaient allé très vite sans qu'elle ne puisse rien contrôler ou décider. « C'est une fille ! » Esther voyait flou, n'entendait que des sons étouffés… À bout de forces elle se laissa retomber en arrière sur l'oreiller, fermant les yeux avant même d'avoir vu sa petite fille. L'enfant fut emmené dans un berceau pédiatrique prévue pour les grands prématurés. Placée là, la toute petite fille resta les yeux fermés, en parfaite santé jusqu'à ce qu'on revienne la chercher dans quelques semaines.
Esther ne se réveilla que quatre heures après son accouchement. Doucement ses yeux s'ouvrirent, la lumière de l'extérieur lui agressait la rétine. Elle s'habitua petit à petit et commença à distinguer les formes de la chambre dans laquelle elle était placée. À sa droite elle reconnut une silhouette. Celle de Sirius. Il attendait tristement, la tête baissée. Derrière lui le berceau, et à l'intérieur une petite chose étendue visiblement dans un sommeil bienheureux. La bouche pâteuse, la jeune femme tenta d'articuler quelques mots.
« Bordel, chui où ?»
Son époux la regarda un instant, comme pour mieux comprendre ce qu'elle disait.
« À l'hôpital Esther, tu as accouché. » D'un coup de baguette il rapprocha le berceau du lit. Un être minuscule et rose était là, les yeux fermés. Son visage était calme, donnant une impression de fraîcheur et de douceur. Sa bouche, semblable à deux minuscules pétales de rose, était entrouverte, laissant apercevoir des gencives dénuées de dents. Au-dessus de son crâne reposait un tout petit duvet noir. Ses doigts et ses orteils minuscules s'agitaient presque indépendamment du corps qui les reliait. La jeune femme regarda l'enfant avec des yeux mi- émerveillés mi- effrayés.
« Comment on a pu faire ça ? » Sirius jeta un regard presque dégoûté à l'enfant. Le jeune homme ne ressentait pas le lien paternel et ne voyait pas ce que cette chose minuscule pouvait créer si ce n'est malheur et désolation. Il se tut une seconde, regardant de nouveau sa dite épouse.
« Écoute Esther… » La jeune femme se tourna vers lui, détachant, à regret, ses yeux de sa petite merveille. « Je suis désolé. De t'avoir frappé. C'était mal. Pardon. » Fatiguée, Esther ne répondit pas. Elle se contenta de retourner son regard vers sa fille avec un sourire. Sirius attendit en vain une réponse qui ne vint jamais. Il quitta la chambre, désolé et énervé. Laissant là les deux femmes qui allaient constituer sa famille, contre son gré.
1 Octobre 1979 :
Remus ouvrit une enveloppe chez lui. C'était un faire-part avec la photo d'une petite fille éveillée bien que très petite. Une larme coula et s'explosa sur la carte. Remus posa la carte loin de lui et alla s'enfermer dans sa chambre.
2 Octobre 1979 :
« Isa est morte mon Adélaïde. Si tu savais, ça va faire deux jours que nous le savons, si tu savais. Je n'ai pas vu Sirius depuis, Personne ne sait où il est, Oh mon Adélaïde si tu savais, si tu étais là. »
En espérant que le chapitre vous ait plu n'hésitez pas à laisser des commentaires, on ne mange toujours pas d'enfant au petit déjeuné. Le prochain chapitre sera "Baby Jane" de Rod Stewart. Pour ceux qui connaissent cette chanson vous devez vous douter que ce n'est pas pour les paroles que nous l'avons choisi, mais uniquement pour son titre.
