Cet OS a été écrit pour la 86ème nuit du FoF (forum francophone), en une heure pour le thème « turbulence ». Le Forum Francophone, comme son nom l'indique, est un lieu d'échanges ouvert à tous les utilisateurs francophones de FFnet. Le lien se trouve sur mon profil ou dans mes auteurs favoris et, pour plus d'informations, vous pouvez m'envoyer un MP.

Bonne lecture !


En travaillant à la Maison Blanche, il était évident que les turbulences faisaient pleinement partie du quotidien. Qui plus est, avec un chef de l'exécutif démocrate et un Congrès républicain, cela allait sans dire que la coopération bipartite était loin d'être de mise et par conséquent, chaque vote de loi ou de crédit budgétaire devenait une bataille d'arguments et d'influence politique.

Toutefois, le Président Bartlet et son équipe avaient traversé quelques turbulences plus violentes que d'autres. La fusillade de Rosslyn, bien sûr, en premier lieu. L'enquête et le blâme sur le fait que le Président avait dissimulé sa maladie au peuple, ensuite, ce qui avait méchamment compromis sa réélection.

Néanmoins, lorsque Zoey Bartlet avait été enlevée, les membres du staff présidentiel avaient senti de suite que cette turbulence là serait différente. Car, cette fois, c'était la famille du Président qui était touchée au cœur. Sa fille cadette.

Cette nuit-là, les couloirs de la Maison Blanche ressemblaient à un gigantesque chaos, alors même qu'ils étaient paradoxalement plus déserts que d'habitude.

Leo marchait de son pas alerte coutumier, passant du bureau ovale à la salle des crises dans des allers/retours rapides, adressant des consignes et des ordres à ceux qu'il croisait sans prendre la peine de s'arrêter. Il dégageait sur son passage tout le charisme que lui conférait son statut, habitant sa fonction de secrétaire général à la perfection. Rien de bien nouveau par rapport au tableau habituel, certes, si ce n'est que son regard à lui seul disait toute la gravité de la situation et dissuadait quiconque de l'interrompre pour autre chose qu'une absolue nécessité, laquelle avait alors intérêt à être exposée de manière brève et efficace.

CJ, quant à elle, bataillait avec tout son savoir-faire et sa patience pour maîtriser tant bien que mal la presse. Les journalistes étaient bien entendu sur les dents mais paradoxalement, les choses étaient plus faciles pour elle qu'à d'autres moments. En effet, face à des polémiques ou des scandales politiques, les journalistes voulaient juste poser la question la plus dérangeante pour mettre le pouvoir exécutif dans l'embarras. Tandis que là, la fille du Président avait été enlevée : il s'agissait d'un drame politique mais aussi éminemment intime et, face à l'intime, les correspondants à la Maison Blanche savaient se montrer humains, empathiques et délicats.

Josh et Will, eux, s'étaient agités une bonne partie de la nuit. Le premier, après avoir tant bien que mal apaisé la colère vengeresse de Charlie, avait enchaîné les coups de fil aux députés et sénateurs qui exigeaient des réponses sur l'impact et les conséquences politiques de ce drame ; quant au second, il avait multiplié les entrevues avec les membres du bureau juridique pour prévenir toute décision précipitée qui aurait pu mettre la Maison Blanche dans l'embarras.

« Où est Toby ? » Demanda CJ lorsqu'elle rejoignit ses deux collègues pour faire le point.

« Il est retourné à l'hôpital », lui répondit Josh.

CJ et Josh se sourirent.

« Et vous ça va, vous tenez le coup ? » Continua l'attachée de presse.

« Tout a l'air sous contrôle pour le moment », répondit Will d'un ton égal, visiblement serein.

Josh se montra moins affirmatif et se contenta de soupirer, laissant comprendre à CJ tout ce qu'il ne disait pas à voix haute : le Président Bartlet était personnellement touché, nul ne pouvait dire à l'heure actuelle comment la situation évoluerait et pour les proches conseillers du Président, cela se révélait pour le moins insécurisant.

Quelqu'un frappa à la porte :

« Leo veut voir tous les membres du staff dans cinq minutes », annonça Donna en entrant dans la pièce.

« Merci », répondit Josh en même temps que tous trois se levèrent. « Tu peux appeler Toby pour le prévenir ? »

La jeune femme acquiesça et repartit vers son poste pour passer l'appel demandé. Tout en se dirigeant vers le bureau de Leo, Josh remarqua que Will l'observait du coin de l'œil et il demanda à son nouveau collègue :

« Qu'y a-t-il ? »

« Votre assistante a l'air fidèle au poste en tout instant… » Observa celui qui n'était à la Maison Blanche que depuis quelques mois, fraîchement débarqué de sa Californie natale.

« Elle l'est », confirma Josh fermement, semblant ne vouloir laisser aucune porte ouverte à plus de discussion sur le sujet.

« Et sacrément constante, disponible et professionnelle quelles que soient les turbulences », ajouta CJ, faisant naître un sourire fier sur les lèvres de Josh.

Will ne répondit rien. Dès son arrivée, il avait rapidement compris que questionner les relations étroites qui liaient les plus anciens membres du staff présidentiel entre eux était une entreprise risquée, et ce quand bien même il n'y avait aucune intention malveillante derrière sa curiosité.

Le reste du trajet se fit en silence. Lorsque Toby arriva et que tous furent réunis dans le bureau de Leo, ils encaissèrent du mieux qu'ils le purent la nouvelle que le secrétaire général leur annonça : le Président allait invoquer le vingt-cinquième amendement de la Constitution. Celui-ci prévoyait que, en cas d'incapacité, le Président pouvait transférer jusqu'à nouvel ordre l'exercice du pouvoir et les responsabilités de sa charge. Or, en l'absence du Vice-président qui avait démissionné la semaine passée, le suivant dans l'ordre de succession était le leader de la Chambre des Représentants.

Autant dire dans ce cas précis… Un républicain ! Voilà qui n'était pas fait pour rassurer les proches conseillers du Président Bartlet. Aussi, lorsque ces derniers se retrouvèrent et partagèrent leur désespoir, la photo que finit par exhiber Toby de ses jumeaux fraîchement venus au monde fit souffler sur l'assemblée un doux vent de bonheur. Qui plus est, la photo s'accompagnait d'un sourire tendre et ému du jeune père que, de l'avis de CJ et Josh, l'on observait trop rarement sur le visage de leur collègue.

Une formidable accalmie dans cette zone de turbulence, voilà qui faisait du bien et donnait à tous une belle image à laquelle s'accrocher.