Cet OS a été écrit pour la 89ème nuit du FoF (forum francophone), en une heure (de réunion soporifique) pour le thème « distance ». Le Forum Francophone, comme son nom l'indique, est un lieu d'échanges ouvert à tous les utilisateurs francophones de FFnet. Le lien se trouve sur mon profil ou dans mes auteurs favoris et, pour plus d'informations, vous pouvez m'envoyer un MP.

Bonne lecture !


Depuis ses premiers jours à la maison blanche, Toby avait considéré, certes sans le dire, que les conseillers gravitant autour du Président dans l'aile Ouest formaient une grande famille. Le Président représentait incontestablement une figure patriarcale pour chacun d'eux, autour de laquelle tout s'organisait. Leo était leur tuteur, celui qui médiatisait les relations et filtrait les informations entre le chef de famille et ses enfants parfois turbulents, souvent survoltés.

CJ était leur sœur à tous, la figure féminine dont ils avaient indéniablement besoin pour se canaliser et se remettre parfois bien en face quelques réalités. Sam quant à lui était sans nul doute le petit frère, jovial et idéaliste, qui apportait une fraîcheur bienvenue mais qu'il fallait aussi recentrer sur l'essentiel.

Josh et lui, enfin, étaient comme deux frères très différents mais complices, qui rivalisaient de convictions et d'arguments pour construire les idées les plus brillantes possibles, les plus valeureuses, celles qui pourraient tirer la société américaine vers le haut.

Et puis il y avait Margaret, une tante un peu lunaire que tous adoraient ; Madame Landingham, incontestablement une figure maternelle très respectée, partie trop brutalement et trop tôt ; elle manquait beaucoup mais Debbie, qui avait pris la relève, s'en sortait de façon admirable.

Pour compléter ce tableau, il y avait un certain nombre de sœurs et de cousines : Donna, inestimable pour Josh ; Carol, complice indéfectible de CJ ; Bonnie et Ginger, avec lui à la communication, qui abattaient un travail considérable même s'il ne savait pas le leur dire autrement qu'en faisant appel à elles de façon parfois trop directive.

Pour finir, il y avait Charlie. Le petit dernier, le fils vif et brillant que tous avaient vu grandir avec émotion.

Pour Toby, qui n'avait jamais su communiquer avec son père et avait une relation aimante mais maladroite avec son frère, trouver une famille via son travail avait soudain été une fenêtre qui s'ouvrait dans sa tête, trop souvent envahie d'idées tristes et sombres. Il se sentait accepté, avec ses obsessions et ses doutes, reconnu pour son savoir-faire. S'il avait été clairement bouleversé par la naissance de ses jumeaux, celle-ci n'avait toutefois rien changé au vide que venait combler son travail, tant sa relation avec Andy demeurait compliquée et tant il se demandait souvent s'il savait aimer comme il faut.

Mais petit à petit, les choses avaient changé. Sam était parti, d'abord. Mais c'était normal, le petit frère avait grandi et pris son envol. Toby l'avait accepté : Sam évoluait et il en était heureux pour lui, même si évidemment, il avait fallu que son adjoint s'en aille pour que Toby prenne conscience qu'il tenait à lui.

Ensuite cependant, tout s'était dégradé progressivement. Zoey Bartlet avait été enlevée et, quoi qu'en dise le Président, il n'avait plus jamais été le même depuis. Leo avait alors tenu cette administration à bout de bras, prenant de la hauteur et devenant plus distant et plus dur avec eux tous.

Mais Leo avait lâché à son tour, une crise cardiaque ayant eu raison de son dévouement et son abnégation. Lui non plus, n'avait plus jamais été le même après s'être trouvé ainsi mis à l'écart. Or, Leo qui s'effondrait, c'est toute l'équipe qui en avait perdu ses repères.

Contre toute attente, c'est CJ qui avait eu le poste de secrétaire général laissé vacant. CJ, qui d'un coup devait s'imposer face à ses anciens collègues. CJ, qui n'argumentait plus mais tranchait lorsqu'il fallait prendre une décision. CJ, qui était devenue aussi autoritaire que Leo pour se faire respecter, sauf que venant d'elle cela avait beaucoup de mal à passer.

Alors, quand Josh lui avait annoncé qu'il quittait la maison blanche pour mener la campagne de Matt Santos, c'est tout l'univers de Toby qui s'était totalement écroulé. De tous, Toby était persuadé que Josh ne partirait jamais, ne quitterait jamais le Président Bartlet. Contrairement à lui, qui avait présenté sa démission une fois lorsqu'il s'était retrouvé gravement mis en défaut, Josh pour sa part avait toujours traversé les moments difficiles en mangeant son pain noir et en pensant que ça finirait par passer.

Mais, lâché par Donna et éloigné de Leo, l'univers de Josh avait dû en prendre également un sacré coup ces derniers temps. Alors, Josh prenait son destin en main et partait. Sans lui.

Dans toutes les familles, les parents vieillissaient et les enfants grandissaient. Dans toutes les familles, les enfants finissaient par se séparer de leurs parents pour aller mener leur propre vie.

Sauf que Toby ne savait pas comment faire pour construire de nouvelles relations ou de nouveaux projets alors, il semblait condamné à rester en arrière.