Chapitre 9 :

Erwin était essoufflé. Il se sentait comateux et fatigué. Il était en sueur, allongé nu sur son lit, à fixer le plafond. Il voulait aller prendre une douche, mais son corps était incapable de bouger.

Pourtant, il souriait. Il ne s'était jamais senti aussi bien, aussi détendu. Ce n'était pas une première, mais chaque fois était plus enivrante que la fois d'avant.

- Putain… T'y es pas aller de main morte… dit une voix rauque sur sa gauche.

Il se tourna vers l'hôte dans son lit. Qu'il était beau, parfait… Une fine couche de sueur recouvrait le corps déshabillé de celui-ci. Une simple couverture recouvrait ses jambes. Il avait une peau pâle et lisse, marquée de traces de doigts sur les hanches et de rougeurs sur les joues. Tous ses muscles étaient dessinés à la perfection. Ses cheveux noirs se collaient sur ses tempes, encadrant son visage. Il affichait une grimace, de par ses sourcils froncés et son nez plissé. Il se frottait mécaniquement le bas de dos. Erwin était amusé de cette vision. C'est vrai qu'il n'avait pas été très tendre…

- Désolé Levi… Mais ça faisait quand même deux semaines…

- Je te l'ai déjà dit ; si t'es en manque va voir ailleurs. En attendant c'est moi qui prend. Dans tous les sens du terme en plus.

Erwin gloussa à cette réflexion. Son ami était vraiment un phénomène.

- Je n'y peux rien. Depuis que je t'ai rencontré, tu es le seul que je veuille dans mon lit.

Levi claqua la langue, excédé.

- Tu fais chier Erwin. Arrête de te faire des films.

Il vit Levi tenter, en vain, de se redresser. Une nouvelle grimace se placarda sur son visage et une plainte de douleur s'échappa de ses lèvres. Le tout, juste avant de s'affaler sur le lit à nouveau.

- Viens m'aider au lieu de te foutre de moi !

Erwin n'avait même pas remarqué qu'il riait. Doucement certes, mais ses épaules qui tressautaient ne trompaient personne. Toujours dénudé, il se leva du lit, le contourna, et alla soutenir son amant. En l'aidant, il parvint à emmener Levi jusque sous la douche. Il aurait aimé l'y rejoindre, mais celui-ci le lui avait toujours refusé. Alors il s'assit sur le lit, et observa une énième fois la chambre de l'hôtel.

Une tapisserie, anciennement rose supposait-il, ornait les murs. Dans certains coins de la pièce, de la moisissure se développait dans l'ombre. La lampe au-dessus de sa tête clignotait par moment. Une forte odeur de produit ménager les avait frappés à peine étaient-ils entrés. Mais alors qu'il aurait pu s'attendre à un lit qui grinçait, il fut agréablement bien surpris par l'épaisseur du matelas. Ni trop dur, ni trop moelleux selon lui. Par contre, il trouvait que la couverture démangeait. Il n'aimait pas spécialement cet endroit, seulement c'était l'une des conditions de Levi. « Ne pas aller chez l'un ou chez l'autre. Ne pas rester deux nuits consécutives. Se retrouver toujours dans la même chambre d'hôtel. Partager les frais, 50-50. Et surtout, ne pas s'attacher, ne laisser place à aucune romance. »

Erwin trouvait cela stupide. Il aurait aimé pouvoir payer une belle chambre de luxe à Levi, ou mieux, l'inviter chez lui. Il aurait tant voulu le garder des nuits, des semaines entières à ses côtés. Mais Levi disait toujours non. Parce que Levi restait Levi, toujours.

Son amant parlait peu de sa vie. Tout ce qu'Erwin savait, c'était qu'il était un homme détruit par la vie. Comment, quand, il l'ignorait. La plupart du temps, c'était Erwin qui parlait, Levi se contentait de boire. Étrangement, le plus jeune acceptait qu'Erwin paye les consommations dans leur bar habituel, à l'inverse de leur chambre d'hôtel. Quand Erwin lui demandait des explications, il haussait les épaules. Puis il buvait, encore.

Depuis trois mois qu'ils se connaissaient, dont un peu moins de 8 semaines qu'ils couchaient ensemble, Erwin avait déjà vu Levi saoûl. Souvent même. Au début, il ne le remarquait même pas. La première fois qu'il s'en est aperçu, c'est quand son ami était sorti fumé une cigarette. Le blond avait remarqué la démarche bancale du plus jeune. C'est là qu'il comprit. Levi, avec ou sans alcool, restait Levi. La seule différence, c'est le contrôle qu'il avait sur son corps. Il gérait mal les distances et son équilibre. C'était innocemment qu'Erwin avait commencé à en profiter. Ils se retrouvaient depuis quelques temps déjà dans le même bar. Erwin était indéniablement attiré par cet homme au regard perçant. Il voulait se rapprocher de lui. Physiquement au moins. Alors lorsqu'il comprit ce que l'état d'ébriété causait à Levi, il se permit de s'approcher de plus en plus. De simples frôlements, puis des contacts appuyés, puis des caresses. Et au bout de deux semaines, il osa. Il embrassa Levi. Encore à ce jour il ignorait si Levi lui avait répondu par envie ou dans un état second. Toujours était-il qu'Erwin ne put s'empêcher d'en profiter…

Perdu dans ses pensées, Erwin n'avait pas entendu l'eau s'arrêter de coulé. Ni Levi l'appeler. Par contre, il sentit très bien la serviette humide s'écraser sur son visage.

- Hé le grand ! On peut savoir pourquoi tu m'ignores ?

Erwin leva les yeux vers Levi, ce dernier seulement recouvert d'une serviette autour de la taille.

- Excuse-moi. J'étais ailleurs...

- Oui, c'est bien ce que je te reproche.

- Je repensais au jour où…

- Rien à foutre, le coupa-t-il. Garde tes pensées pour ton psy. Moi je suis claqué. Au dodo. Quant à toi, va te doucher. Tu empestes la sueur.

Sur ce, le plus petit enfila un caleçon propre et un jogging, puis s'allongea sous les draps. Erwin se dirigea à son tour vers la salle de bain, le sourire continuellement aux lèvres.

Oui, qu'importe les circonstances, Levi restait Levi, toujours. Or il adorait ce Levi. Il était de loin la meilleure chose qui lui soit arrivée ces dernières années. Et il était hors de question qu'il ne le lui file entre les doigts.

OoooO

Je suis bloqué. Bloqué. Bloqué.

Et j'ai peur. Très peur.

Impossible de réfléchir. « La » discussion approche, et je n'ai toujours rien. Il faut trouver des réponses, rapidement. Peut-être que je vais devenir fou. Sombrer dans la folie… C'est une fin plausible pour un garçon traumatisé comme moi.

Trouver des réponses. Mais à quelles questions ? Comment réfléchir si je ne sais pas par où commencer ? Mercredi c'est dans deux jours. Deux putains de jours, et je n'ai toujours pas avancé. Dimanche j'étais en pause. Aujourd'hui aussi d'ailleurs. Mais tout à l'heure, j'ai reçu un SMS de Levi.

Gamin, il faut qu'on parle. On se verra après le cours de mercredi.

Je suis resté bien cinq minutes à fixer mon portable. Merde, merde, merde… Je suis foutu. J'avais quémandé l'aide d'Armin, mais il est « occupé ». Je lui ai demandé comment il s'appelait. Il a raccroché. Ami indigne. Mais deux minutes plus tard, j'ai reçu un nouvel SMS, de mon meilleur ami cette fois.

De quoi as-tu envie Eren ?

De quoi ai-je envie… De Levi évidemment. Sur le coup, j'ai trouvé sa question stupide. Mais après environ une quarantaine de minutes de réflexion, je n'ai rien trouvé d'autre. Aucune piste, aucun début. Alors pourquoi ne pas commencer par-là ?

Mais avant, une douche. Très chaude la douche.

OoooO

- C'est... grand...

Erwin sourit face à la réflexion de Levi. Sa maison était plus que grande.

- Tu veux entrer ?

Levi claqua la langue, comme à son habitude.

- On n'est pas venu ici pour contempler la façade, crétin.

Là- dessus, Levi s'avança vers l'entrée. La maison d'Erwin n'était autre qu'une somptueuse villa aux abords de Rennes, dans un quartier chic entre Rennes et Cesson-Sévigné. Une fois les premières marches après le parking montées, il fallait longer une piscine aux eaux clairs, et dont la décoration extérieure était essentiellement constituée de roche et de végétaux. Quant à la demeure, elle était divisée en deux partie. Tout d'abord, la plus proche mais également la plus petite, était en pierre. C'était ses grandes baies vitrées qui créaient l'intermédiaire entre la piscine et le salon. Juste au-dessus se trouvait une terrasse, et derrière, la deuxième partie. Cette dernière, accessible depuis l'extérieur comme par l'intérieur, était en béton et peinture parfaitement blanche. A l'inverse de la précédente partie, les vitres à l'étage étaient des miroirs sans tain, permettant l'intimité dans les chambres. Ce qui apportait tout le charme de la demeure, c'était ce côté hollywoodien, mélangeant verdure, intimité et modernité. Erwin appréciait, sans plus, son imposante et élégante maison. Il n'y voyait là qu'une chambre le soir. Mais face aux yeux écarquillés de Levi, il s'était senti pour la première fois fier d'avoir une si belle habitation.

Une fois la première baie vitrée passée, Levi se trouvait désormais dans le salon. A l'instar de l'extérieur, la luminosité et le luxe imposaient leur règne. Levi caressait du bout des doigts le long canapé simili noir et blanc.

- La femme de ménage est passée ce matin même. Je sais à quel point tu tiens à ce que tout soit propre...

- C'est réussi.

Levi baissa la tête vers le carrelage blanc. Il sourit.

- J'adore voir ma silhouette sur un parquet bien ciré ou un carrelage bien frotté...

Quant à Erwin, il était aux anges. Voir Levi sourire, dans sa maison, c'était plus qu'inespéré. Il voulait enregistrer cette image à tout jamais. Quand son amant a accepté de venir passer la nuit, pour la première fois en six mois, il avait cru défaillir. Enfin !

Il n'en revenait toujours pas de s'être à ce point épris de quelqu'un. Un homme qu'il a rencontré dans un bar, qui plus est. Si cet homme n'avait pas décliné l'invitation une nouvelle fois, c'était seulement par ennui. Mais Erwin ne pouvait s'empêcher d'espérer. Dans ses rêves les plus fous, il faisait de Levi sien. Il le voyait vivre avec lui, dans sa maison, et ne jamais en sortir. Un amour passionnel, apportant de la chaleur à son foyer. Un amour qui ne partirait jamais d'ici. Mais le blond savait que ce n'était qu'une utopie. Ou alors, il faudrait être très, très patient. Le Levi qu'il connaissait crachait sur toutes traces d'affection un peu trop appuyées. Il était plus que clair avec ses attentions, c'était uniquement de sa propre faute si Erwin se créait des films. Mais comment s'en empêcher ? Au début, c'était innocent. Ensuite, c'était une obsession.

- Oï grand blond. Tu ne m'as pas encore montré la chambre... fit Levi avec un sourire taquin.

Ledit grand blond ne mit pas trop de temps avant de comprendre le sous-entendu. D'un signe de tête, il emmena son amant dans la chambre à coucher. Chambre qui allait avoir besoin d'un second passage de la femme de ménage.

Plus tard dans la soirée, Erwin caressait d'un geste automatique le crâne de son amant. En passant ses doigts dans la chevelure sombre, il songeait à son avenir, mais surtout à comment y parvenir. Il avait grandi dans l'idée que l'on ne pouvait rien lui refuser. « Tout vient à point à qui sait attendre. » Alors il sera patient, attentif aux émotions et sentiments de Levi. L'utopie deviendra réalité, et Levi sera sien. Erwin en était sûr. Il n'y aura qu'ainsi qu'il pourra enfin être heureux.

OoooO

C'est la tête pleine de réflexion sans lien logique ou fil conducteur que j'entre dans la douche. Maintenant que j'ai un début de réflexion, grâce à Armin, il faut que je mette de l'ordre. Il faut que je reprenne le contrôle de mes pensées.

Et pour ça, faire le vide.

Alors je frotte. D'abord mon crâne. Une fois mouillé, je viens masser le cuir chevelu en espérant faire baisser la tension. Echec. C'est toujours le chaos dans mon esprit. Ni le massage, ni le shampoing au parfum « lait de pomme », ne me sont utiles pour organiser le désordre. Mais je ne m'arrête pas. Je récupère de la mousse dans mes cheveux, et je frotte mon corps à son tour. Je frotte, je frotte, je frotte. Sur ma peau le savon s'étale, apporte de la douceur et cette sensation de propre. Agréable mais insuffisante. J'allume le jet pour me rincer, seulement l'eau n'est pas assez chaude. Je veux qu'elle soit brûlante au point de me faire fondre. La température de l'eau monte rapidement. Quand le liquide s'échoue sur mon crâne, tout s'arrête. L'eau frappe mes épaules qui s'affaissent sous la chaleur, glisse sur mon dos qui frissonne, continue sur mes jambes qui tremblent, et fini sa course sur le sol avant de s'échapper. Mon front vient prendre de l'appui contre la paroi blanche, alors que de la vapeur envahit la cabine. J'ai du mal à réfléchir, je ne sens plus et n'entends plus que l'eau. Je ferme les yeux. Dans la pénombre, j'entre-aperçois le calme, la sérénité. Je me laisse doucement embarquer.

Plonge.

Inspire.

Expire.

Inspire.

Expire.

Remonte à la surface.

J'ouvre les yeux, reprends contact avec mon corps. Je ferme l'arrivée d'eau, et sors. C'est bon. C'est clair.

Je sais ce que je vais dire à Levi.

OoooooO

Bonjour la famille (royale, évidemment) !

Sachez, belle communauté, que je vous écrits depuis un train. Vous vous en foutez, mais j'adore prendre le train. C'est mon histoire, j'écris ce que je veux.

Il y a effectivement un retard d'une semaine, mais bon, comme il ne devait pas avoir de chapitre ce dimanche 27/08, je me suis dit que ça passait crème. Sinon, vous aurez un chapitre, tranquilou bilou, dimanche prochain. De toute façon, je ne pouvais pas faire mieux. Je suis très occupée ce mois-ci, en plus avec la rentrée qui approche, ça risque de ne pas s'améliorer... Voilà (( : . En plus c'est un petit chapitre ! (moins que d'habitude) mais je trouvais la fin bien… Et puis… En toute franchise, j'ai trouvé qu'il se suffisait à lui-même. Même si les descriptions de maison restent à travailler... Mais comme j'ai eu deux semaines, j'ai pu commencer le prochain chapitre, qui lui va être EPIQUE. J'aime beaucoup ce mot, et en majuscule c'est encore plus stylé. Bim. EPIQUE. (Oh et un gros merci à Mado, Miloran, la correctrice, un amour cette fille.) Breeeef ~ Review ?

Grimmy06 : Coucou ! Bon bah voilà, que dire à part que c'est encore très agréable de te lire ? Merci beaucoup, en espérant que tous les autres chapitres te plaisent ! Je t'embrasse fort :* (dis-moi... Tu as fait allemand LV2 toi aussi ?)

Kizzbloo : Salut princesse ! Toujours constructif ce que tu écris, c'est génial. Désolée, je n'ai pas pris le temps de te répondre, mais c'était la folie. En tout cas, je ne t'oublie pas. Impossible^^ A chaque relecture, je suis presque là genre "que dirais maitre Kizzbloo...". Ton avis importe vraiment. Je t'embrasse toujours énormément, en plus j'ai un sweat, donc c'est super pratique pour ranger mes mains. (Et ça y est, Amandine est passée à The Voice ! Elle est géniale pas vrai ? :3) à la prochaine !

Fanakeh : Yo ! C'est adorable de voir comment les chapitres peuvent te chambouler. J'imagine à quel point tu veux connaître la suite... Tu vas voir, La discussion sera... épique ;)

Nenellelolipope : Hey ;) Merci beaucoup :3 . Evidemment, le calme avant la tempête, en tout cas, la tempête ne devrait plus tarder, il fallait juste préparer le terrain 3:).

Kawa Neko : Hello :D Merci beaucoup, c'est toujours adorable :3 . Evidemment, Eren ne peut pas se mettre à parler d'un seul coup, ça fait deux ans tout de même ! C'est ce qui rend chacune de ses parôles très précieuses ;). Encore merci, et à bientôt !