Note d'auteur.
Merci à liuanne pour tes reviews, tu illumines mes journées de ces petites notifications 3
Voici donc le chapitre 3 qui a eu du mal à arriver aha, le monde s'était monté contre moi pour m'empecher de poster, le vilain. Il est un peu plus long que les autres (LOL, j'avais dit 25k pour la fic entière..., ce chap fait 9k).
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, je vous fais des bisous !
Chapitre 3
Tous les élèves de première année étaient assis dans les gradins, agités et bruyants, excités par ce cours qui était devenu, depuis plusieurs années à présent, une véritable tradition. À peu près un mois après la rentrée, une fois les élèves habitués au rythme imposé par l'Académie, les professeurs leur proposaient une démonstration faite par des deuxième année.
Ils se réunissaient donc tous dans le plus grand espace couvert de l'école, et attendaient de voir les progrès effectués et atteignables d'élèves plus âgés.
Debout dans un couloir, Hajime regardait ses pieds, les sourcils froncés. Il sentait son estomac se serrer, et à ses cotés, Oikawa le regardait d'un air curieux.
– Iwa-chan, tu es en train de me refiler ton stress.
– Je ne stress pas.
Il n'arrêtait pas d'ouvrir et de fermer le poing, étendant le cuir de ses gants, concentrant son attention sur autre chose que sur les gens qui se trouvaient de l'autre coté du mur. Le châtain soupira.
– On va faire comme si je ne partageais pas une partie de tes émotions, d'accord ? Juste : pourquoi est-ce que tu paniques comme ça alors que tu t'entraînes tous les jours dans ce même gymnase ? C'est la même chose.
Le brun grogna.
– Non, ce n'est pas la même chose. En fait, ça n'a vraiment rien à voir. Quand on s'entraîne, on s'entraîne pour nous. Si les autres nous regardent, c'est leur problème. Si on échoue, on s'en fiche c'est un entraînement. Là...
Iwaizumi n'était pas quelqu'un qui se laissait facilement impressionner. Pourtant, sentir une foule d'yeux posée sur lui ne l'avait jamais attiré. Il ne voulait pas être au centre de l'attention, pas plus qu'il ne désirait être jugé et analysé. Ses capacités le regardaient lui, eux, et c'était une chose qu'il partageait avec Oikawa. Certes, l'avis de ses professeurs l'interessait, mais ceux des autres élèves il n'en avait cure.
– Laisse les regarder, lui affirma le châtain en posant son épaule contre la sienne. Notre lien est le meilleur, alors autant leur en mettre plein la vue.
– Et comment tu peux savoir qu'on va pas se faire botter le cul ? Ça serait pas mal, dans le genre honteux.
– Oh, Iwa-chan je t'en prie, rit-il en levant les yeux au ciel. Ça va faire plus d'un an qu'on se bat contre ces cibles tu peux me rappeler un jour où elles ont réussi à ne serait-ce que nous toucher ?
Le brun marmonna quelque chose, puis lui lança un coup d'œil. Soudain, dans le gymnase, la voix du professeur Ukai senior les présenta brièvement, puis les invita à entrer.
Oikawa le tira presque derrière lui, et une fois au centre du terrain d'entraînement, il salua la petite foule d'un air ravi. Tous les première année le regardaient avec enthousiasme, attendant sûrement qu'ils disent quelque chose, l'un ou l'autre. De son coté, Hajime ne comptait pas leur adresser le moindre mot.
– Je me dois de vous rappeler, commença Ukai d'une voix forte, imposant le silence, que cette démonstration n'est pas un spectacle. Elle a pour but de vous montrer les progrès possibles découlant d'un entraînement rigoureux. De vous présenter ce qu'un lien fort peut faire comme différence lors d'un combat. Parmi vous, certains seront ingénieurs. D'autres, meisters, ou armes. Vos camarades, ici présents, vont donc vous montrer ce qu'ils ont appris, afin de vous encourager à faire de même.
Il se tourna vers Iwaizumi et hocha la tête, leur montrant qu'ils pouvaient se mettre en position.
– Un combat ne peut avoir lieu sans une transformation réussie : cela demande de l'entraînement, et beaucoup de première année ont encore du mal avec cela. C'est normal.
Le professeur lança un regard en direction d'Oikawa et ce dernier lui fit un petit sourire. Il prit la main d'Hajime, lui lança un petit coup d'œil, puis après un hochement de tête entendu son corps devint lumineux, presque transparent. Son apparence humaine disparut, laissant sa place à une épée aussi blanche que la neige.
Une vague de « ooh » résonna dans le gymnase et dans la tête du brun, la voix de son meilleur ami résonna, ricanante :
Ils vont me faire rougir.
L'arme dans sa main n'avait aucun poids, et lui donna comme à chaque fois l'impression que la lame était une extension de son bras droit. Tooru était là, à la fois dans sa tête et dans son corps, derrière son épaule et à coté de lui c'était une sensation étrange qui l'avait surpris la première fois, mais à présent elle le rassura, et il resserra sa prise. Une excitation bien connue le traversa, et il dut retenir un sourire.
La poignée était douce sous ses doigts, sa paume s'enroulant parfaitement autour du manche.
Tu vas m'étrangler, Iwa-chan, plaisanta t-il. Détends toi où tu vas me salir avec tes mains moites.
Mes mains ne sont jamais moites.
Continue de te voiler la face.
Cette fois, Hajime sourit doucement, puis se plaça en face de l'endroit où, il le savait, les cibles mouvantes n'allaient pas tarder à apparaître. Le professeur s'éloigna un peu, les laissant faire, et tous les élèves les regardèrent avec attention.
Quelques secondes plus tard, elles apparurent de l'autre coté, entre les deux portes qui menaient à la salle d'équipements mis à disponibilité des élèves. Ce n'était que de simples figures sans visage, uniquement composées de matières souples comme le cuir, des mousses, et du caoutchouc, mais elles étaient dirigées par la magie du directeur qu'il avait lui même insufflé à l'intérieur, afin de permettre à ses étudiants de s'entraîner contre de véritables adversaires sans craindre de les blesser. C'était une bonne chose, mais si en vérité très peu se battait contre elles leurs attaques étaient souvent très brutales.
Prêt, Iwa-chan ?
Bottons leur le cul, ok ?
Tes désirs sont des ordres.
Le brun attendit qu'elles fassent le premier pas, puis s'élança vers elles à toute vitesse : la plus importante faiblesse était leur temps de réaction qui laissait franchement à désirer. Elles étaient fortes, mais peu rapide, si bien qu'une agilité développée pouvait largement contrecarrer leurs attaques.
Dans sa main, avant la première attaque, Hajime sentit à quel point Oikawa était extatique, tremblant, et impatient. Il voulait se défouler, frapper, montrer sa force, et ce n'était pas son meister qui allait le retenir aujourd'hui.
Sa lame trancha la première cible comme une simple feuille de papier, et ils savaient tous les deux que dans son état et avec leur longueur d'âme présente, il n'y avait quasiment rien qui aurait pu lui résister. D'un glissement maîtrisé, le meister évita l'attaque de la seconde cible et s'éloigna de trois pas.
Un chaleur presque ardente manqua de lui brûler la main, et la lame d'Oikawa commença à briller étrangement.
Tu penses vraiment que c'est nécessaire ?
On doit leur montrer de quoi on est capable, non ? Laisse moi la geler.
Il y avait en tout cinq cibles, si bien que le brun accepta avec une fausse réticence. En vérité, peut-être que cette démonstration empêcherait les première année de venir voir son partenaire pour essayer de le convaincre. Oikawa Tooru n'était pas contrôlable, c'était pas ainsi que cela fonctionnait : s'ils pouvaient aussi bien s'entendre une fois sur le terrain, c'était car ils se faisaient confiance.
Son meilleur ami acceptait qu'il le manie, et sans cet accord jamais personne ne pourrait ne serait-ce que le soulever.
Dans les faits, cela l'avait toujours empli d'une fierté mal contenue. Certes, il n'en avait jamais parlé à son partenaire, car son ego était suffisamment imposant comme ça, mais être l'objet de sa confiance lui faisait plaisir.
Car Oikawa l'avait choisi, tout autant que lui l'avait fait.
Un cible s'élança vers eux, et l'arme crépita. D'un geste sec et contrôlé, le brun trancha l'air, envoyant ainsi une vague glacée qui givra le sol sur une dizaine de mètres : leur opposant s'arrêta immédiatement, figé des pieds à la tête. La température du gymnase perdit quelques degrés, et Hajime entendit des murmures abasourdis dans la foule derrière lui.
Ils vont tous avoir peur de toi, maintenant.
Tant mieux. Qu'ils changent de trottoir tant qu'ils y sont.
Il n'en restait plus que trois, et tout le stress du brun avait désormais disparu. Ce que lui avait dit Oikawa plus tôt était vrai : même si elles avaient réussi à les mettre en difficulté quelques fois lorsqu'ils commençaient tout juste à s'entraîner ensemble, depuis que leur longueur d'âme s'était stabilisée par une fois elles avaient eu le dessus sur eux.
Il resserra sa prise sur la poignée puis s'élança sans crainte : le châtain avait montré ce qu'il savait faire, c'était à son tour à présent.
En première année, alors qu'il constatait petit à petit à quel point son partenaire était l'objet de nombreux regards et compliments, Hajime avait décidé de ne jamais être un poids pour lui. Pendant des semaines et des mois, il s'était entraîné d'arrache-pied afin de maîtriser tous les mouvements de combat que leurs professeurs leurs enseignaient. Étirement, agilité, force physique Iwaizumi était rapidement devenu le meilleur dans de nombreux domaines, même si certains restaient encore largement hors d'attente – Bokuto était et resterait sûrement l'élève avec la plus grande force brute, mais il s'y était fait depuis longtemps –.
Inspirant et expirant en parvenant près de la première, il glissa entre ses jambes semblables à deux bâtons en bois – même si cela n'en était guère – puis de releva de l'autre coté afin de lui trancher la tête sans autre forme de procès. Presque immédiatement, l'avant dernière tenant de le prendre à revers, dans son dos, mais il planta Oikawa dans le sol, gelant ainsi le sol qui immobilisa la cible, puis lui décrocha un coup de pied retourné afin de faire valser sa tête loin de son corps.
Elle tomba au sol et ne bougea plus.
Le silence était complet dans le gymnase, mais le brun ne le remarqua même pas : il restait encore une cible.
Reprenant son partenaire dans sa main, il s'avança vers elle d'un pas tranquille.
Cette fois c'est moi qui vais devoir me battre pour toi je crois. Cette petite au premier rang te regarde avec un peu trop d'aplomb.
C'est ça, comme si quelqu'un pouvait avoir l'idée de se comparer à toi.
Il lui répondit pas un gloussement.
Tentant le tout pour le tout, la cible se jeta sur lui d'un bon puissant : elle couvrit plusieurs mètres en quelques secondes et arma son poing pour essayer de l'atteindre.
Sur le moment, il put sentir Oikawa éclater de rire, et ce son résonna dans sa tête tandis qu'il levait tout simplement l'épée devant lui, du bout du bras, afin qu'elle vienne s'y empaler sans effort.
Une fois son corps retombé, il y eut un instant où rien ne se passa, puis des applaudissements enthousiastes éclatèrent depuis les gradins. Jetant un petit coup d'œil à son professeur, Hajime put le voir hocher la tête avec un air fier.
L'épée chauffa légèrement, puis s'illumina encore une fois son meilleur ami réapparu devant ses yeux et ils échangèrent un sourire avant de se taper dans la main.
– Voici donc, chers élèves, le meilleur niveau atteint au début de la deuxième année. Je vous rappelle une nouvelle fois que ce n'est pas un objectif obligatoire, et que chacun progresse à son rythme : toute fois, j'ose espérer que cette démonstration vous donnera envie de faire de votre mieux et de vous surpasser. Vous poussez retourner dans vos classes à présent.
Lorsque deux coups résonnèrent à la porte de sa chambre, Daishou sut immédiatement de qui il s'agissait. Quasiment personne ne venait le déranger lorsqu'il était dans le dortoir : il n'y avait que Mika, et elle ne frappait jamais.
Donc, lorsqu'Oikawa se présenta dans l'embrasure avec un immense sourire, il ne put que soupirer en posant son livre sur son oreiller. Assis à son bureau, son casque sur les oreilles, Tsukishima ne prit même pas la peine de se retourner : la plupart du temps, si ce n'était pas Yamaguchi, il se contentait d'ignorer la personne comme si elle n'était pas là. Sauf quand elle faisait du bruit là il laissait tout de même échapper un regard agacé et un claquement de langue.
Le châtain entra sans attendre une invitation et referma la porte derrière lui. D'un pas léger, il s'approcha de son lit et s'assit aux cotés de Daishou avec un grand sourire.
– Si t'es là pour me faire chier, sache que j'ai d'autres chats à fouetter.
– C'est que t'as l'air super occupé, là. Et pourquoi je viendrai forcément te faire chier je pourrais tout simplement être là pour profiter de ta présence.
Suguru leva les yeux au ciel. Il croisa les jambes et le regarda, attendant qu'il déballe son sac.
– Oui, bon d'accord : je viens me réfugier ici parce que Bokuto squatte notre chambre pour faire des bras de fer avec Iwa-chan. Toute cette testostérone va me faire vomir.
– Pauvre chou, railla l'autre. Ça doit être dur d'avoir un meister aussi demandé.
– Tu n'imagines même pas.
Il laissa échapper un soupir grossier, mais regarda tout de même Daishou avec un air curieux. Un instant passa où il sembla hésiter à dire quelque chose, puis en voyant l'air agacé que commençait à prendre son ami, tenta tout de même :
– Au fait..., tu avances dans ta recherche ?
– Ma recherche ?
– Ouais, tu sais... Pour un meister.
L'air agacé fut presque immédiatement remplacé par une irritation bien réelle. Il croisa ses bras sur sa poitrine, se redressa contre le mur, puis lui lança un regard courroucé.
Oikawa et Daishou se connaissaient depuis un peu plus d'un an, et le châtain avait fini par comprendre que ce sujet réveillait à chaque fois une colère qu'il ne comprenait pas bien. Au départ, il avait tout simplement cru que son ami était comme Kuroo, frustré de ne pas trouver de partenaire et de voir tous ses amis combattre avec leurs armes. Mais au bout d'un moment, il s'était rendu compte qu'il n'en était rien. Daishou ne cherchait pas, tout simplement. En fait, il semblait même tout faire pour éviter toute rencontre ne montrer son tatouage à personne, ne pas se transformer devant les autres. Oikawa ne l'avait même jamais vu sur le terrain d'entraînement, au gymnase.
Alors, parfois il tentait de l'astiquer un peu, pour comprendre les raisons de ce comportement.
– Mêle toi de ton cul, tu veux ? Je t'ai déjà dit que j'avais les choses en mains.
Le châtain haussa les épaules.
– Tu sais, si tu me laissais t'aider je pourrais...
– Ouais c'est ça. Comme si j'avais besoin de l'aide du grand et puissant Oikawa Tooru.
Le concerné fronça les sourcils.
– Toi aussi tu es puissant, tu sais ?
La colère de Daishou retomba presque aussitôt, et il lui envoya un regard confus.
– Ah ouais, et je peux savoir comment tu peux savoir ça ?
Tooru resta immobile, puis se rapprocha tout à coup. Il planta son regard dans le sien, les pupilles écarquillées, ses iris marrons tachés de cristaux bleus.
– Je le sais, affirma t-il, parce que justement, je suis puissant.
Un frisson traversa l'autre, et il dut se retenir de reculer. Une fois sûr que le message était passé, Oikawa se replaça à distance raisonnable, un sourire aux lèvres.
– Et si tu ne veux pas que je t'aide, très bien. J'arrête de t'embêter.
Il baissa ensuite la tête et commença à tripoter la couette qui se trouvait entre ses jambes. Finalement, aura t-il du se taire : même si de nombreuses personnes pensaient le contraire, lui trouvait que Daishou était un chouette gars. Drôle, intéressant, et surtout : le châtain savait qu'il pouvait toujours compter sur lui en cas de besoin.
Soudain, ce dernier soupira.
– Bon, tu venais pour quoi ?
Oikawa ouvrit la bouche.
– Mais je t'ai dit –
– En vrai, je veux dire. Je suis pas stupide, et ton excuse était nulle.
Il fit la moue, puis finit par soupirer.
– Très fort. Tu me connais bien.
– Pas trop mal, je dirais.
Tooru le regarda un instant, puis commença :
– En fait, j'ai un service à te demander. Tu sais que depuis la découverte de la treizième victime, ils ont interdit les sorties nocturnes à tous les élèves ?
– Ouais...
Il commençait à voir où il voulait en venir, mais le laissa tout de même continuer.
– J'aurais besoin de sortir cette nuit. Ma sœur est l'inspectrice en charge l'enquête, et ça va faire des heures qu'elle ne répond plus à mes appels. Je sais que c'est sans doute rien mais...
– C'est ta sœur, termina Daishou. Et tu t'inquiètes.
Le châtain hocha la tête.
Suguru savait parfaitement pourquoi il venait le voir pour cela : au fil de l'année passée, il avait fini par se créer des contacts auprès des dernière année, et beaucoup lui avaient montré plein de choses, dont comment sortir en douce de l'Académie sans se faire prendre.
Il pencha la tête sur le coté, puis soupira.
– D'accord, très bien. Je ferais diversion : les surveillants sont si faciles à distraire.
Tooru lui sourit légèrement, reconnaissant.
– Merci, dit-il sincèrement.
– Tache juste de revenir en vie, d'accord ? J'ai pas envie d'avoir ça sur la conscience. En plus je crois que personne ne pourra retenir Iwaizumi quand il viendra me faire la peau.
Iwaizumi Hajime marchait d'un pas rapide dans les couloirs presque vides de l'Académie.
L'air frais de ce début de matinée s'engouffrait dans les salles, passait à travers les fenêtres, et les quelques courageux déjà présents devant les salles étaient enroulés dans de gros pulls molletonnés beaucoup en avait profité pour rester quelques minutes de plus sous leurs couettes, et tant pis s'ils manquaient le petit-déjeuner. Après tout, les chambres devaient bien être le seul endroit de l'école à être chauffé comme il le fallait, et les céréales pouvaient bien attendre.
Le brun, lui, s'était réveillé aux aurores, alors que le soleil venait tout juste de se lever. Il avait attendu quelques minutes, puis après s'être tourné et retourné dans son lit, avait finalement décidé d'aller prendre une douche pour effacer les traces de la nuit qui venait de s'écouler. Peu après s'être endormi, il s'était soudainement réveillé en pleine nuit, en sursaut, sans trop savoir pourquoi jusqu'à ce qu'il remarque qu'Oikawa n'était plus dans son lit. Son premier réflexe avait été de jurer dans son oreiller, puis d'attendre, assis contre son mur. Il avait fixé la porte dans le noir, les sourcils froncés, en se disant, au fil des heures s'il rentre maintenant, je ne lui dirais rien.
Finalement, son meilleur ami n'était jamais rentré, et Hajime s'était assoupi au bout de quelques heures, épuisé.
À présent, il se rendait vers sa salle de classe d'un air inquiet. Oikawa n'était nulle part : ni à la cafeteria, ni dans la chambre d'un de leur ami, et personne ne savait où il se trouvait. S'il ne se trouvait pas non plus en cours – avec presque trente minutes d'avance – alors Hajime se rendrait immédiatement dans le bureau du directeur, et peu lui importait si son partenaire finissait collé jusqu'à la fin de sa scolarité. Au moins peut-être cela l'empecherait-il de faire le mur comme un idiot.
En tournant dans le bon couloir, il sentit ses mains devenir moites et déglutit deux fois. La porte était fermée, mais lorsqu'il abaissa la poignée elle s'ouvrit sans protester. L'intérieur était silencieux, vide, à l'exception d'une personne qui dormait sur l'un des bureaux, étalé sur le bois.
Sur le moment, les jambes du brun tremblèrent et il s'appuya contre l'embrasure.
Cet idiot.
Il était là, ronflant légèrement comme si lui même n'avait pas passé sa nuit à s'inquiéter, ses vêtements de la veille au soir sur le dos. Il avait du les renfiler à la hâte sitôt qu'Hajime eut fermé les yeux.
En s'approchant, il put également constater que ses cheveux étaient dans un désordre sans nom. Finalement, Iwaizumi soupira franchement et alla s'asseoir à sa place, juste à coté d'Oikawa. Même le raclement de sa chaise sur le sol ne fut pas suffisamment pour réveiller, si bien qu'il ne chercha pas plus loin : lorsqu'il ouvrirait les yeux, peut-être que le brun lui demanderait des explications. À présent, lui même était bien trop fatigué pour cela. Il ne voulait pas faire une scène.
Il posa sa tête contre le bois, le visage tourné vers celui de son partenaire. Ses cernes faisaient peine à voir, et sur le moment il ne put que tendre le bras, doucement, pour écarter une mèche qui lui tombait dans les yeux.
Imbécile, voulu t-il lui dire. Tu n'es vraiment qu'un imbécile de première. Tu ne pourrais pas me prévenir, au moins ? Putain, je ne suis pas ta mère, je pourrais comprendre, non ? T'aider, peut-être, si je savais ce que tu foutais.
Hajime replaça sa main contre son torse en silence et ferma les yeux.
– Tu vas où comme ça ?
Les cheveux humides, plaqués sur son front, Kuroo regardait Bokuto avec un sourcil haussé. Le brun était allongé sur son lit, le buste légèrement surélevé par son oreiller qu'il avait coincé derrière son dos, et avait une multitude de feuilles éparpillées devant lui.
Le stylo dans sa main droite s'agita un peu.
– Je vais m'entraîner. Normalement à cette heure là y'a personne dans le gymnase.
Son mouvement s'arrêta.
– Maintenant ? Sérieux ? Tu trouves pas que tu t'entraînes un peu trop en ce moment ?
Bokuto haussa les épaules.
– Pas vraiment. Je me suis relâché pendant les grandes vacances, alors j'aimerai bien retrouver mon niveau avant les vacances de noël, tu vois ?
Kuroo hocha la tête. Il ne voyait pas vraiment, mais comme son ami n'était pas tout à fait une lumière en classe, il devait la plupart du temps se rattraper dans les cours incluant le physique. Pourtant, il n'avait pas l'impression que ses notes étaient si catastrophiques que ça.
Il décida de ne rien dire et lui souhaita bonne chance.
– Si tu ne me vois pas dans deux heures, ça veut dire que quelqu'un est venu m'enlever pour le séquestrer dans une cave.
– C'est noté. Amuse toi bien.
Et Bokuto referma la porte derrière lui.
Lorsque le meister arriva près du gymnase, il remarqua presque immédiatement les lumières qui éclairaient l'intérieur. L'hiver approchait, et les nuits se faisaient de plus en plus sombres si bien qu'une simple bougie aurait pu illuminer toute une plaire. Ce bâtiment là était en lui même assez banal si on le comparait avec les anciennes structures qui composaient le lieu des cours, avec des murs épais et unis, des fenêtres en hauteur assez sales, et une double porte amenée par de petites marches en béton.
Il les grimpa en quelques secondes puis poussa l'ouverture afin de se faufiler à l'intérieur. Comme d'habitude, l'air était moite et portait une odeur de transpiration, mais Bokuto avait fini par s'y habituer depuis longtemps. Cet endroit le mettait même à l'aise, lorsqu'il commençait à perdre confiance en lui.
Jamais il n'avait désiré se plaindre à son meilleur ami par rapport au fait que lui non plus n'avait pas d'arme, était donné que Kuroo semblait le prendre bien plus mal que lui. Certes, il savait qu'en cas de besoin le brun était là pour lui, mais cette histoire de partenaire lui montait tellement à la tête que Bokuto ne désirait pas l'ennuyer avec ses insécurités.
Il n'était pas très malin, pas plus qu'il n'était le plus fort. Si son arme ne le jugeait pas assez compétent, alors il allait tout faire pour se montrer à la hauteur.
Le jeune homme referma la porte derrière lui, en silence, et manqua de sursauter en constatant que quelqu'un se trouvait déjà là, debout au milieu du terrain d'entraînement. Même s'il se trouvait loin, Bokuto le reconnut immédiatement le garçon qu'il avait vu en compagnie d'Iwaizumi la dernière fois.
Akaashi Keiji.
Pas vraiment fier de lui, le meister resta immobile, silencieux. Il l'observa d'un œil curieux, se demandant pourquoi un jeune héritier très certainement talentueux s'entraînait seul à cette heure-ci. Il était là, campé sur ses pieds, et s'illuminait parfois d'une petite lumière avant de retrouver son apparence normale.
Il fit cela plusieurs fois avant de taper du pied d'un geste rageur et de recommencer à nouveau. À chaque fois, ses épaules tombaient un peu plus et ses tentatives se faisaient plus espacées. Au bout d'un moment, il s'arrêta, soupira, et se retourna.
Leurs regards se croisèrent, et Bokuto se sentit coupable en voyant Akaashi sursauter.
Le plus vieux s'approcha en quelques enjambés, et se planta devant le brun qui le regardait avec des yeux ronds.
– Je suis désolé, commença t-il immédiatement, je ne voulais pas t'espionner comme ça, c'était impoli. Tu avais l'air concentré, et je ne voulais pas te déranger, mais j'aurai quand même du signaler ma présence.
Il se racla la gorge.
– Tu t'entraînais tout seul ? Je pensais qu'Iwaizumi avait accepté de...
Mais tandis qu'il parlait, Bokuto remarqua que le regard du garçon avait peu à peu dévié, et regardait à présent son biceps où sa marque se trouvait.
– Tout ça pour dire : tu voudrais peut-être t'entraîner avec moi ? A deux c'est plus simple et...
Mais enfin il se tue. Les yeux d'Akaashi étaient à présent légèrement écarquillés, et tout son corps s'était figé.
Il ne l'écoutait plus du tout.
– Tout va bien ?
Mais plutôt que de lui répondre, Keiji tourna les talons et s'éloigna rapidement, presque en courant, jusqu'à la porte de secours de l'autre coté du terrain.
Lorsque le claquement signifiant qu'elle s'était refermée retentit, Bokuto revint à lui. Il haussa les sourcils, et se demanda piteusement s'il avait fait quelque chose de mal.
Tu n'y pouvais rien, Suguru. C'était entièrement ma faute. Je suis désolée de t'avoir embarqué là dedans.
Daishou se réveilla en sueur, dans un sursaut étranglé. Sur le moment, il ne vit rien, puis l'ombre qui obscurcissait sa vision disparue enfin et il put apercevoir les murs de sa chambre. Ils lui semblaient dangereusement proche, à deux doigts de s'écrouler sur lui pour ne plus jamais le laisser partir. Le plafond se rapprochait, il le voyait, et lorsqu'il fut enfin capable de remuer les doigts, il se redressa et écarta ses draps qui menaçait de le faire suffoquer.
Dans le lit d'à coté, Tsukishima dormait profondément, et Suguru tenta de se concentrer sur sa respiration régulière : cela ne fonctionna pas. Sa gorge sèche le brûlait et ses joues étaient bouillantes. Il sentait des gouttes de sueur couler le long de son dos, et cela devint si insupportable qu'il finit par se lever en tremblant, attrapant la bouteille d'eau posée sur son bureau ainsi que le pull qui traînait sur le dossier de sa chaise. Il dut s'y reprendre à deux fois pour tourner le verrou de la porte afin de s'engouffrer dans le couloir, mais lorsque ce fut fait, il put enfin prendre une grande inspiration : l'air du couloir était bien moins étouffant.
Encore une fois, il fut reconnaissant envers la personne qui avait désactivé cette foutue sonnerie : il avait toujours soupçonné Oikawa, mais ce dernier avait refusé de confirmer.
Dehors, il faisait froid : ses joues s'embrasèrent immédiatement et il dut enfiler son pull sans tarder. Un léger vent soufflait, mais une fois habitué ce n'était si terrible. Daishou sentait l'air faire voler ses cheveux emmêlés, et c'était agréable. Regardant autour de lui, il décida d'aller faire un tour : retourner dormir ne lui disait rien pour l'instant, et une petite balade lui dégourdirait les jambes.
S'avançant vers l'arrière du bâtiment, il fourra ses mains dans les poches de son sweat-shirt et étouffa un bâillement. Le dernier jardin était vraiment un endroit qu'il appréciait, tout d'abord pour son calme, mais aussi car le cadre lui offrait un apaisement qu'il ne trouvait nulle part ailleurs.
Une fois sur le chemin en terre, il passa au dessus d'une haie de buisson particulièrement touffue et alla s'allonger dans l'herbe, bien caché et à l'abri du monde. Le sol était légèrement humide, et l'herbe lui chatouilla la nuque, mais lorsqu'il leva les yeux vers le ciel, sa respiration se stabilisa et il souffla un bon coup.
Ces cauchemars avaient à chaque fois le don de lui retourner l'estomac, et sans même le vouloir il se réveillait en se sentant coupable. Il n'avait pas le droit de pleurer à cause de ça. Ce n'était pas son histoire. Il ne l'avait pas pris de plein fouet, et s'il avait été un peu honnête, il aurait compris qu'avec des efforts supplémentaires tout cela ne serait jamais arrivé. S'il avait ouvert les yeux. S'il n'avait pas été aussi bête.
Sa poitrine se leva et s'abaissa doucement, mais sa gorge se serra tout de même un peu.
Cette histoire n'était pas comme dans les livres. Il n'était pas un personnage traumatisé par une mauvaise expérience, simplement un mec qui s'en voulait pour son inconscience.
Il resta immobile plusieurs instants, les mains croisées sur son ventre, avant d'entendre un son au loin. Dans le silence de la nuit, ces simples bruits de pas furent comme des hurlements et Daishou sursauta.
Il se redressa brusquement, et s'approcha à tâtons du bord de la haie. Il y avait un trou, minuscule certes, mais il lui permit d'apercevoir discrètement le chemin à quelques mètres de là. Si c'était un professeur ou un surveillant, mieux valait être discret.
Mais malheureusement, ce qu'il vit ne fut ni l'un ni l'autre. En fait, ce fut bien pire.
Kuroo.
Daishou déglutit, les yeux écarquillés.
C'est une blague ?Pensa t-il. Quelles chances y avait-il pour qu'il sorte au même moment que moi, putain ?
Immobile, le teint blême, Suguru déglutit – et ce son fut bien trop fort à ses oreilles – puis recula lentement en faisant bien attention où il mettait ses mains et ses pieds. Pour le coup, Kuroo était bien la dernière personne qu'il avait envie de voir, même si pour être honnête s'il avait eu le choix il aurait préféré ne jamais le voir.
Lui et ce foutu tatouage.
Une fois de retour à sa place, il se rallongea, les muscles tendus, et attendit simplement qu'il s'éloigne. Cela ne serait certainement pas long : Kuroo n'avait aucune patience. D'ailleurs, il ne savait même pas ce que le brun pouvait bien faire là.
Au bout de quelques secondes, alors que le silence s'apprêtait à refaire son apparition, une voix bien trop forte se fit entendre.
Daishou grimaça.
– Kuroo-san !
Il ne reconnaissant pas la personne, mais en tout cas il aurait bien aimé qu'elle se taise. Cela avait l'air d'être un garçon. Un première année, peut-être ?
Faute de mieux, il écouta.
Depuis peu, Kuroo avait du mal à dormir. Souvent, il se réveillait en plein milieu de la nuit sans raison, et fixait le plafond pendant des heures avant de se rendormir avec peine. Son cauchemar tournait en boucle dans ses pensées, et même s'il ne l'avait pas refait depuis la dernière fois, il ne pouvait s'empêcher de regarder Iwaizumi et Oikawa bizarrement.
Ce n'était qu'un rêve, mais il lui avait paru si...
Le brun soupira et se redressa dans son lit. En face, Bokuto dormait profondément, si bien qu'il décida d'aller prendre un peu d'air à l'extérieur. Certes, le temps s'était rafraîchi, mais il ne se sentait d'humeur à se rendormir maintenant si bien que se dégourdir les jambes avait à ses yeux plus d'attrait.
Comme à chaque fois, il s'habilla en conséquence tout en gardant son pyjama sous son manteau, puis s'échappa de la chambre discrètement. Sans vraiment savoir pourquoi, il jeta un coup d'œil à la porte de la chambre de Tsukishima et Daishou, puis sortit du couloir et descendit les marches.
Dehors, il n'y avait que peu de vent et surtout : tous les chemins étaient déserts. Il put s'avancer calmement vers les jardins, d'un pas lent, les mains dans les poches, et respirer plus clairement. Le ciel était sombre, presque sans lune, si bien qu'il manqua de trébucher plusieurs fois sur des branches car il ne regardait pas vraiment où il posait ses pieds.
Quelle heure est-il ?se demanda t-il vaguement en s'asseyant sur un banc. Il se trouvait dans un chemin bordé de haies, et le sol était légèrement humide, ce qui ne l'étonna guère.
Il ferma les yeux et balança sa tête en arrière. Le silence, le vent dans les feuilles, l'eau qui coulait au loin.
Soudain, il perçut des bruits de pas et se redressa, alerte. Kuroo regarda à droite, à gauche, puis vit qu'une forme s'avançait vers lui presque en courant.
– Kuroo-san !
Il ne le connaissait pas, mais le premier qui s'arrêta à moins d'un mètre était petit mais musclé, avec un sourire un peu timide. Le brun sentit venir la conversation, et se demanda une nouvelle fois quelle heure pouvait-il bien être. Comme ce garçon avait-il pu sortir des dortoirs ? D'ailleurs, dans quel bâtiment se trouvait-il ? S'il était sorti, il devait venir du F, mais l'année passé l'un de leur camarade de classe avait la capacité de devenir invisible : depuis les capacités spéciales des armes ne l'étonnaient plus.
– Je suis désolé de vous déranger à cette heure là, affirma t-il d'une voix bien trop forte aux oreilles de Kuroo, mais je vous ai vu aller par ici et ça fait des jours que je voulais vous parler.
Il fut à deux doigts de lui demander de parler plus doucement, mais le garçon ne lui en laissa pas le temps.
– En fait, je voulais vraiment vous parler.
Il leva la main lui lui montra sa paume. À l'intérieur, il y avait une fleur, qui ressemblait vaguement à une rose. Cette vue manqua de lui couper le souffle.
Il fixa la marque un instant, puis le garçon abaissa sa main.
– Je sais que vous n'avez pas encore trouvez de partenaire, alors j'aimerai vraiment que vous essayiez avec moi.
Ce n'était pas une question, plus une demande. Il ne semblait pas hésiter une seconde, comme s'il était certain que Kuroo était son partenaire.
Beaucoup avait eu le même ton persuadé avec lui, et à chaque fois cela s'était terminé de la même manière. De bonne grâce, il hocha la tête et souffla :
– D'accord. Ton nom ?
– Yû ! Nishinoya Yû ! Je suis certain que ça va marcher.
Il était bien trop énergique aux yeux de Kuroo qui se retint de grimacer. Il devait essayer. En vérité, il devait très certainement essayer avec tout le monde. Mais la douleur d'une personne qui s'accordait avec lui avec une longueur d'âme négative ainsi que celle de la déception étaient difficile à supporter.
Il ne voulait plus être déçu. Et il savait déjà que ce garçon ne serait pas son partenaire.
Ce dernier hocha d'ailleurs la tête avec aplomb, puis affirma :
– Je suis dans le même dortoir que vous, au premier étage. Je vous connais tous : votre groupe. Iwaizumi, Oikawa, Bokuto : vous êtes connus dans l'Académie. Vous deux, vous êtes amis avec les meilleurs élèves de l'école, et on a assisté à leur démonstration la dernière fois, c'était génial.
Des étoiles semblaient briller dans ses yeux, et il le regardait comme si Kuroo était la solution à tout cela. Soudain, le brun comprit.
– Il est très certainement impossible d'atteindre leur niveau, tu le sais, n'est-ce pas ?
– Et pourquoi pas ?
– Parce que c'est Oikawa. Et Iwaizumi. La meilleure arme et le meilleur meister de notre génération. Ce que tu as vu, ce n'était qu'un échauffement pour eux.
Il soupira, secoua la tête, puis continua :
– Tu sais quoi, c'est pas grave. Je m'en fiche. En fait, je veux juste trouver mon arme. Je ne veux pas être le meilleur. Je ne veux pas prouver ma valeur ou quoi que ce soit. Je veux un partenaire.
Soudain, Nishinoya eut l'air particulièrement déçu. Il le regarda avec un air triste, et souffla, comme un enfant capricieux :
– Tu manques d'objectif et de détermination, remarqua t-il. Mais c'est pas grave : une fois qu'on sera partenaire, je suis sûr qu'on deviendra les meilleurs.
Il était bien trop tard pour que Kuroo rétorque quoi que ce soit. Il soupira de nouveau, regarda le sol, puis se leva du banc. Le première année était plutôt petit, vu comme ça. Peut-être avait-il simplement envie de prouver sa valeur il le comprenait, mais n'avait pas les mêmes ambitions. Tout simplement.
– Je vais y aller. On essayera demain. Au gymnase après les cours.
Yû hocha vivement la tête. Cela devait être la première fois qu'il essayait avec un meister, car l'échec ne semblait pas lui faire peur.
Tant pis, pensa Kuroo. Nous verrons bien.
Comment imaginait-il son partenaire ? S'il était si certain que ce garçon ne le serait pas, c'était qu'il devait en avoir une vague idée, n'est-ce pas ?
Finalement, il fit un signe de tête au garçon puis le dépassa pour retourner au dortoir.
Kuroo avait mal dormi, sans vraiment qu'il trouve cela étonnant. Après s'être recouché, il avait tout simplement regardé son plafond pendant un moment, jusqu'à entendre du bruit dans le couloir. Sur le coup, il avait eu peur de voir débarquer le première année, mais les bruits s'étaient tus sans que personne n'entre, et il avait repris sa contemplation.
Lorsque son réveil avait sonné, il avait éteint d'un geste morne, des cernes sous les yeux. Même Bokuto lui avait demandé si ça allait, ce à quoi il avait réponduoui, tu ronfles simplement trop fort mec.
À présent, il avançait dans la cafeteria avec un air irrité, les doigts serrés autour des bords de son plateau. Il n'y avait plus de chocolat, et cela avait le don de le rendre quelque peu irascible : même à cette heure-ci, comme les examens approchaient, les élèves se levaient tôt et dévalisaient la nourriture et les boissons du petit-déjeuner afin de se rendre à la bibliothèque avant le début des cours.
Au loin, il repéra la table où se trouvaient ses amis, et il accéléra afin d'aller s'asseoir. Il remarqua Bokuto qui lança un bout de pain plein de confiture dans le bol de café noir d'Iwaizumi, et ce geste le déconcentra – Bokuto était-il devenu suicidaire pendant la nuit ? –, en tout cas assez pour qu'il ne remarqua pas la personne qui s'avançait vers lui en sens inverse.
Un coup d'épaule malheureux plus tard, un plateau se renversa et éclaboussa tout ce qui se trouvait autour. Mortifié, Kuroo s'accroupit pour ramasser les débrits du bol, puis se figea lorsqu'il releva la tête.
Daishou se trouvait là, immobile, et le regardait avec un air étrange. C'était quelque chose de particulier, de remarquer la présence de ce dernier autrement que par sa voix, mais Kuroo se redressa tout de même.
– Hum, commença t-il, un peu désarmé face au comportement étrange qu'arborait son supposé ennemi. Pardon ? Pour le coup je ne t'avais vraiment vu et...
Sans un mot, Suguru se baissa afin de ramasser son plateau et de reposer ce qu'il avait fait tomber du bout des doigts. Son thé était toujours étalé sur le sol, si bien que le brun le regarda tourner les talons, poser ce qu'il avait dans les mains sur une table vide, aller demander quelque chose aux cantinières, puis revenir avec une serpillière dans les mains.
Enfin, il brisa le silence.
– Tu comptes resta là encore longtemps ?
Kuroo faillit sursauter.
– Hum, non, mais... Tu n'as rien a dire ?
– Tu veux que je m'excuse, peut-être ?
Il ne le regardait pas, et continuait d'essuyer le liquide.
– Non, mais je me disais que... même pas un commentaire ? Une remarque ?
– Dégage, Kuroo, je ne suis pas d'humeur.
Pas d'humeur à me faire chier ? Pour être honnête, lui non plus n'avait pour une fois pas envie d'embêter Daishou, mais il se demanda tout de même quelle pouvait être la raison de ce comportement étrange.
Soudain, il releva la tête et leurs regards se croisèrent.
Pourquoi est-ce qu'on dirait.. de la déception ?
Suguru détourna les yeux avant que Kuroo puisse réellement comprendre ce qu'il venait de voir, et tourna les talons pour aller tout remettre à sa place. Il jeta son plateau, rendit la serpillière, puis quitta la cafétéria d'un pas lent.
Au final, il n'avait pas mangé.
Une sensation étrange au creux de la poitrine, Kuroo se retourna et rejoignit ses amis.
Daishou regardait la scène devant lui d'un air absent. Assis dans l'herbe, le dos contre une arbre, il observait Mika et Yachi s'entraîner durement. Les deux jeunes femmes n'en étaient encore qu'au tout début : la blonde n'était qu'une première année, et elle peinait encore à se transformer complètement. Bien caché au fin fond du dernier jardin, derrière le bâtiment F, elles pouvaient toutes deux se donner à fond sans craindre le regard moqueur d'autrui.
En ce moment, tandis que novembre commençait à être sérieusement entamé, la semaine de vacances était arrivée au bon moment. Les troisièmes années étaient au comble de leur stress, et commençait à le décharger en se moquant des débutants et de leurs erreurs, comme s'ils n'étaient pas tous passés par là auparavant.
Même Oikawa ne s'était jamais abaissé à cela, lui qui avait pourtant maîtrisé sa transformation intégrale à dix ans, dans le plus grand secret.
Ainsi, ils s'étaient tous les trois retrouvés ici, dans cet endroit bien plus tranquille que le gymnase.
– Vas-y Yachi, ferme les yeux, tu verras je suis là pour te retenir.
Cela faisait plus de trente minutes que Mika la rassurait avec des paroles douces et sincères : elle essayait de gagner sa confiance, car elle avait elle aussi deviné que tout le problème se trouvait là. Dans la confiance que Yachi accordait aux autres et a elle même.
La plus petite ferma les yeux et serra les poings. Doucement, la rousse se rapprocha et prit sa main dans la sienne, planta son regard au cœur de ses pupilles.
– Je suis là, affirma t-elle. Ton apparence sera parfaite. Tu seras parfaite. Tu es ma partenaire.
Le cœur de Daishou se serra. Ces mots... si seulement Mika avait été sa partenaire. Avec elle, il aurait pu lui dévoiler sa marque les yeux fermés. Il se serait transformé dans ses mains sans craintes, et il l'aurait laissé le maîtriser à la perfection, avec toute l'agilité dont elle était capable.
Il enviait Yachi.
Il enviait Oikawa.
Il enviait tout ceux qui avait trouvé leur meister, et surtout il enviait ceux dont les partenaires étaient des gens méritant. Des gens biens.
En vérité, il ne pensait pas réellement que le sien était mauvais. Il le savait au fond de lui, mais les choses avaient bien trop mal démarré pour qu'à présent il se rende tout simplement devant lui pour lui dire : au fait, voici ma marque.
Sa main se posa sur les os de son bassin.
– D'accord, souffla Yachi en resserra sa main et en entrelaçant ses doigts. D'accord.
Ses vêtements se soulevèrent, comme si un vent soufflait autour de sa peau, et tout son corps s'illumina doucement. Ses cheveux devinrent blancs, sa peau translucide, et la seconde d'après elle avait disparu.
Une hallebarde étrange se tenait là, à sa place, d'une couleur pale agréable, brillant dans la main de son meister. Mika sourit et sauta sur place.
– Tu as réussi ! s'écria t-elle. Ah tu es magnifique ! Tu es si, si...
Elle se mit à tourner sur elle même en tenant l'arme des deux mains.
– Un naginata, n'est-ce pas ? Si long et fin, c'est comme si.. si... ah, tu es vraiment ma partenaire, tu sais ? Je sens dans mon âme que c'est comme si je tenais un miroir dans ma main : mon rêve, ma perception, je –
Elle s'arrêta et rit, et Daishou devina que la blonde avait du lui dire quelque chose, dans sa tête. Il ferma les yeux.
Yachi était une très belle arme. Il était fier de ses progrès, et heureux pour sa meilleur amie.
Derrière ses paupières, sa propre apparence lui apparue et il reporta sa main sur son bassin. Sa marque lui semblait soudain brûlante. Et lui ? Se dit-il. Lui aussi réagirait ainsi ? Et si mon apparence lui faisait peur ? C'est possible, après tout.
Soudain, il repensa à conversation qu'il avait entendu.
Si ça se trouve, il a déjà trouvé un partenaire.
La manière dont fonctionnait le partenariat entre arme et meister était étrange : la magie décidait de la marque, mais ce n'était pas une science incontrôlable. Toutes les armes qui arrivaient à l'Académie n'étaient pas libres certaines, surtout celles des grandes familles, étaient déjà engagées et aucune marque n'était donc imposée. C'était étrange, mais ce système n'était pas parfait après tout.
S'il ne se révélait jamais, alors peut-être que son meister trouverait quelqu'un d'autre. Jamais il n'attendra la Résonance, certes, mais ils pourraient toujours rester très performants. C'était une décision qu'il n'avait pas encore prise, car alors qu'adviendrait-il de lui ?
Il existait plein de professions différentes, et son statut d'arme ne le cantonnait pas à un avenir tout tracé.
Devant lui, il entendit la lame de Yachi fendre l'air.
En vérité, Daishou ne désirait qu'une chose : faire le bon choix. S'il décidait de tout dire, alors il voulait un meister qui le respecterait. Qui se battrait pour lui. Qui mériterait et gagnerait sa confiance.
Parfois, il se disait qu'il en voulait trop, et qu'il rêvait. Et puis il apercevait Oikawa, et ses résolutions devenaient plus fortes : peut-être qu'il ne le méritait pas, peut-être qu'il n'était que lui, mais en attendant, c'était ce qu'il désirait.
Quitte à se battre pour cela.
– Tu es vraiment sûr de vouloir avancer ta tour ?
– Ma tour va avancer, manger ton cavalier, et comme ça tu pourras enfin la fermer.
Oikawa laissa échapper un petit rire et vit Tsukishima, assis à son bureau, qui secouait la tête d'un air dépité. Même lui, de dos, voyait bien que Daishou faisait n'importe quoi. Pourtant, il ne dit rien et le laissa offrir sa tour en pâture à la reine du châtain.
Ce dernier fredonna et manga sa tour sans aucun état d'âme.
Daishou grogna.
– Tu te fous de moi ? La pitié, tu connais ?
– Pas aux échecs, mon vieux. C'est la guerre.
Nous étions jeudi, et il était tard. La semaine de vacances était bientôt terminée, mais Oikawa se sentait prêt à affronter les examens de décembre : il avait bien révisé, et connaissait tous ses cours sur le bout des doigts. Pour les matières physiques que possédaient les armes et les meisters, il ne se faisait aucun soucis.
Pour noël, il serait forcé de retourner chez lui, et il savait très bien que l'accueil serait plus que glacial s'il ne ramenait pas des notes excellentes. Sa mère n'était pas une femme dotée de beaucoup d'humour, et il y avait peu de chance pour qu'elle s'amuse de notes mauvaises.
De toute façon, il savait qu'il allait réussir, alors il évitait de penser à son retour. En plus il y aurait très certainement sa sœur, alors tout allait bien.
– Échec, déclara t-il en déplaçant une nouvelle fois sa dame.
Daishou lui lança un regard noir, puis déplaça son fou afin qu'il fasse barrage devant son roi.
– Au fait, se souvint-il soudain, comment ça s'est passé la dernière fois ?
– La dernière fois ? demanda Oikawa en fronçant les sourcils, concentré sur son prochain mouvement.
Lorsqu'il jouait sérieusement aux échecs, on pouvait apercevoir une façade qu'il ne laissait que très rarement apparaître : sérieux, tactique, et surtout bien plus intelligent que son attitude désinvolte ne le laissait supposer. Les rares fois où Daishou avait gagné, c'était lorsque le châtain l'avait laissé faire pour ne pas prendre le risque qu'il arrête de jouer avec lui.
– Oui. Quand tu es sorti.
– Oh.
Il bougea son propre fou.
– Bien. Je me suis fait engueuler comme jamais, et cette fois ma sœur m'a vraiment embarqué. Je suis resté enfermé jusqu'au matin dans la cellule en face de son bureau.
Il avait déclaré cela d'un ton morne, comme si c'était quelque chose qui arrivait tous les jours. Daishou le regarda, presque scandalisé.
– Tu es resté enfermé dans une cellule ? répéta t-il lentement. Qu'est-ce que tu as fait, au juste ?
– Je me suis introduit sur une scène de crime. Encore. Mais ce n'était pas le Soul Eater. Ma sœur en a eu marre, donc elle a voulu me donner une leçon.
Il haussa les épaules.
– La belle affaire. Pour une fois, je n'étais pas vraiment sorti pour mener mon enquête j'étais simplement inquiet. En fait, si elle n'a pas répondu à mes appels, c'est simplement parce qu'elle m'a ignoré. Je lui ai fait promettre de ne plus le faire, et en échange elle m'a dit que la prochaine fois qu'elle me mettait la main dessus en dehors de l'Académie, elle préviendrait notre mère.
Daishou bougea son pion, et Oikawa enchaîna.
– Échec, répéta t-il.
– Pourquoi tu es aussi obsédé par le Soul Eater ?
Il joua, et sa question figea Oikawa sa son geste. Sa main resta suspendue au dessus du plateau, et il ne le regarda pas, les yeux rivés sur les pièces.
– Ma sœur, commença t-il, puis il fit une pause.
Il bougea une pièce, et Daishou fronça les sourcils. Son mouvement n'avait aucun sens, et il aurait très bien put faire échec et mat.
– Ma sœur, c'est la seule personne qui me reste vraiment. Comme famille, je parle. Bien sûr, j'ai Iwa-chan. Et Bokuto. Et Kuroo. Mais c'est pas la même chose. Avec ma sœur, on a le même sang. Et même si on s'engueule tout le temps, ça a toujours été nous comme notre mère. C'est une femme correcte et déterminée, mais ce n'est pas une bonne mère. Donc ça a toujours été nous.
Il posa le bout du doigt sur son roi, sans le bouger vraiment.
– Il y a un psychopathe, là dehors, qui tue des gens dans la rue, et qui dévore leurs âmes. Leurs âmes. La mort, c'est une chose. La disparition d'une âme, c'en est une autre. Et ma sœur est là dedans toute la journée, pas loin de lui, à le traquer. Et si un jour elle se rapprochait tellement que c'est elle qu'il visera ? Si un jour j'apprenais que quelqu'un avait dévoré l'âme de ma sœur ? Je me suis déjà imaginé ce que ça fera : l'annonce, le vide, les dîners, en tête à tête avec ma mère. Elle dirait sans doute que son choix de métier était mauvais. Elle n'est pas soldat, pas plus que médecin ou avocat. Pas ingénieure non plus.
Il fit un sourire, le regard toujours fixé sur le roi.
– Elle est une foutue inspectrice de police qui risque sa vie tous les jours, mais ça ne sera jamais assez bien. Et je ne veux pas me retrouver avec ma mère aux repas à l'entendre la dénigrer tout en me disant que son âme a été dévorée.
Lorsqu'il releva les yeux, ils semblaient bouillir. Les morceaux de cristaux au cœur de ses pupilles étaient en fusion, et lorsque le châtain se penchant en avant pour déplacer sa tour et faire échec et mat, Daishou ne put rien faire d'autre que le regard, hypnotisé.
Il observa sa main saisir la pièce, et une seule pensée traversa son esprit :
Ce sera quitte ou double.
Lorsqu'ils rangèrent le plateau, aux alentours de minuit, Daishou trouva enfin le courage de demander, l'air de rien, ce qui le taraudait depuis hier.
– Au fait...
– Humm ?
Tsukishima s'étira, enleva son casque, et leur lança un regard.
– Je vais prendre une douche, déclara t-il simplement avant de prendre des vêtements propres et de disparaître dans la salle de bain.
Daishou fixa la porte un instant, puis la voix d'Oikawa le fit revenir.
– Alors, tu voulais me dire quoi ?
– Oh.
Autant qu'il s'en assure.
– Rien d'important en fait, se décida t-il en adoptant un ton railleur. Je me demandais juste si l'abruti qui te servait d'ami avait enfin trouvé sa précieuse arme.
Le châtain stoppa son mouvement, se retourna légèrement, un sourcil haussé, puis déposa le plateau sur le bureau de Suguru avant de se retourner avec un sourire.
Il se rapprocha rapidement, s'assit sur son lit puis croisa les jambes.
– Pourquoi ça t'intéresse ?
Son rictus menaçait de lui monter jusqu'en haut des joues. Daishou manqua de s'étouffer.
– Ça ne m'intéresse pas ! clarifia t-il, presque rouge. J'aime simplement me tenir au courant. Et j'aimerai aussi aller présenter toutes mes condoléances à la pauvre personne qui sera piégée avec lui.
Oikawa ricana, mais ne fit pas de commentaire. Pourtant, le regard qui lui lança était éloquent : il n'était pas dupe.
– Non, pas de partenaire. Ça n'a pas marché avec le petit, là, Nishikawa.
– Nishinoya, précisa Daishou avant d'écarquiller des yeux devant l'air fier de son ami.
Il s'était laissé avoir comme un bleu, et avait désormais très envie de se frapper la tête contre un mur.
– C'était petit, siffla t-il, les yeux plissés.
– Et efficace. Pas comme si je ne le savais pas déjà, mais c'est toujours agréable d'avoir raison. Alors, tu me montres ta marque ?
– Non. Même pas en rêve.
– Je sais déjà quoi elle va ressembler, tu sais ?
– Je m'en fous, laisse moi tranquille.
Puis soudain, il fut pris d'un doute.
– Tu vas lui dire ?
– Tu rigoles ou quoi ?
Le châtain semblait réellement vexé. Les sourcils froncés, ses yeux s'étaient assombris.
– Kuroo est l'un de mes meilleurs amis, affirma t-il. Mais c'est un meister. Alors ouais, ses intentions sont louables, et je pense que même s'il savait que c'était toi, il finirait par s'y faire. Même plus en fait : je suis certain qu'il en serait heureux. C'est pas comme s'il te détestait vraiment, vous êtes juste encore coincés dans votre période de séduction.
– De quoi ?
– Mais tu es une arme. Et je suis une arme. Je ne te jetterais pas en offrande comme un bout de viande : c'est votre problème. C'est surtout le tien, à vrai dire. Parti comme il est, il ne risque pas de se trouver un autre partenaire : il attend le bon, vraiment.
Oikawa lui fit un sourire, puis l'invita à s'asseoir à ses cotés. Ce qu'il fit, après un instant d'hésitation.
– Je ne suis qu'un homme, fit-il en lui donnant un coup d'épaule, comme pour essayer de le rassurer. Je n'ai pas à décider pour les autres. Une relation comme ça, c'est pas un truc à prendre à la légère.
Daishou le regarda, le regarda vraiment, puis posa la tête sur son épaule. Derrière le mur, on pouvait entendre l'eau couler.
– Merci, déclara t-il simplement.
Cela faisait du bien, tout de même.
Voilà c'est la fin !
Alors: oui. J'adore Oikawa et Iwaizumi. Et m'en fous si c'est une fic KuroShou j'ai décidé que les plus puissants, ça serait eux.
J'espère que ce chapitre vous a plu ! On se retrouve pour le prochain, des bisous !
