Note d'auteur.
Coucou ! Voici donc le chapitre 4 !
Aujourd'hui, le BokuAka est à l'honneur, et tout ce chapitre est moelleux à souhait parce que je suis un chamallow (et je m'en fiche si certaines scènes ne sont pas très réaliste, j'ai besoin d'AMOUR)
Oikawa, my baby, t'es un abruti, et un jour je vais virer Kuroo par la fenêtre.
Je vous fais des bisous, et n'hésitez pas à laisser une review parce que même si celles de liuanne sont un régale, je ne dis pas non à un ou deux avis en plus héhé
Chapitre 4
Oikawa attendit que la pièce devienne entièrement silencieuse, uniquement dérangée par la respiration calme et tranquille d'Iwaizumi, avant de se lever. Le sol était froid cela lui arracha un frisson. Il fut extrêmement silencieux, attrapant ses vêtements et ses chaussures avec précaution, faisant son possible pour ne rien faire tomber. Une fois qu'il eut tout déposé près de la porte, il fit demi-tour et s'approcha du lit de son meilleur ami avant de se pencher au dessus.
Son visage était sans expression, même si ses sourcils étaient tout de même un peu froncés, et il avait remonté sa couverture jusque sous son menton. Sur le coup, le châtain eut envie de passer sa main dans ses cheveux sombres, de les décoiffer encore plus, et se surtout effacer cet air inquiet qu'il adoptait même en dormant.
Soudain, Hajime remua, et ses yeux s'ouvrirent en grand. La seconde d'après, sa main sortit de sous la couverture et il attrapa le poignet de son partenaire afin de le faire basculer à ses cotés dans un cri étranglé.
Son corps fit rapidement barrage et le bloqua contre le matelas. Ses yeux, eux, lançaient des éclairs.
– Je peux savoir où tu comptais aller ? grogna t-il d'une voix sourde.
Déconcerté, Oikawa mit quelques secondes à comprendre ce qu'il venait de se passer, puis tenta de se dégager. La prise d'Hajime se resserra, et son regard changea quelque peu. Le châtain détendit alors son corps, et leva main pour la poser sur sa joue.
– Hajime ? demanda t-il, presque en chuchotant.
Le regard sombre de son meilleur ami était posé sur lui, et soudain il s'emplit de larmes qui ne coulèrent pas.
– Hajime ? répéta Oikawa un peu plus fort, légèrement paniqué.
– Tu comptais y retourner, n'est-ce pas ? Malgré l'interdiction. Malgré le fait qu'il y a un psychopathe dehors.
Sa poigne se fit plus forte, et Tooru grimaça.
– Tu voulais y retourner, n'est-ce pas ?
Ses yeux se plissèrent, et une larme tomba sur la joue du châtain. Ce dernier baissa le regard, mortifié, et suivit la trace humide qui s'était formée sur sa joue. Iwaizumi était-il réellement en train de pleurer ? Jamais il ne l'avait vu aussi désemparé. Le brun le regardait avec un air suppliant, comme s'il lui demandait sincèrement ce qu'il devait faire.
Soudain, il le lâcha complètement et son corps retomba contre le sien. Il y eu quelques secondes de silence, puis une murmure :
– Pourquoi tu fais ça ?
Aussi léger qu'un souffle, Oikawa ne l'aurait très certainement pas entendu s'il n'avait pas déclaré cela dans son cou. Sur le moment, son souffle se bloqua dans sa gorge.
– Hajime je –
Mais il se rendit bien vite compte qu'il n'avait pas d'excuse à offrir. Il n'avait pas réfléchi. Enfin non, pas tout à fait : il n'avait pas pensé à lui. À son meilleur ami. Réellement, il avait simplement pensé que le brun allait s'énerver, ou allait le sermonner. Parce qu'il faisait des conneries. Parce qu'il ne pensait pas à sa sécurité, et c'était vrai.
Mais là, ça, ce ton inquiet, presque malade cela lui fit plus mal que n'importe quelle remarque.
Oikawa était conscient de sa force. Il était conscient de ses capacités, et pensait très honnêtement qu'il serait capable de s'en sortir peu importe la situation. Parfois, il oubliait la nature même de leur lien. Ce n'était pas juste une amitié ou un amour plus fort que n'importe quoi d'autre. Ce n'était pas juste une association qui leur permettait de se battre au maximum de leurs capacités.
C'était deux âmes unies. Si l'une disparaissait, quelles seraient les répercutions sur l'autre ?
Un frisson le parcourut, et il ferma les yeux. Il ne voulait pas connaître la réponse à cette question.
Doucement, il leva la main et l'enfouit dans les cheveux en désordre d'Iwaizumi. La sensation lui parut douce et salvatrice, et les mèches glissèrent sous ses doigts, comme de la soie.
– Je suis désolé, d'accord ? Je ne pensais pas. Je ne vais nulle part.
Et il était sincère. Il ne pouvait pas partir ainsi, pas après ça. Hajime ne... Il ne méritait pas cela. Ce dernier le serra encore plus fort contre lui, et cette fois ce fut le châtain qui eut envie de pleurer.
– Je ne sais pas ce que je ferais sans toi, d'accord ? déclara t-il soudain, et Oikawa écouta en silence, les yeux levés vers le plafond. Tu es la seconde moitié de mon âme. Il n'y a que toi...
La fin ne fut qu'un murmure, mais cela était suffisant. Un soupire passa ses lèvres, et il se les mordit fort.
Le goût du sang était âpre, mais sur le moment, cela n'avait pas d'importance. Pour la première fois, il se rendit compte qu'il n'y avait pas que lui.
Bokuto n'était peut-être pas une lumière, mais il n'était pas bête pour autant.
Ce qui s'était passé dans le gymnase l'autre soir avec l'héritier Akaashi l'avait déstabilisé, et en y repensant plus tard, dans son lit, il avait finalement décidé de tirer tout cela au clair. Il n'en avait parlé à ses amis, car après tout qu'auraient-ils pu lui dire ? C'était quelque chose qu'il devait faire seul, et il sentait que là, dans sa poitrine, une sensation étrange le poussait à essayer de le revoir.
Akaashi Keiji.
Bokuto s'était organisé afin de le rencontrer sans risquer de le rater : le garçon était quelqu'un de discret, et il avait bien remarqué qu'au fil des derniers jours ce dernier avait du tout faire pour l'éviter. Alors, aujourd'hui, il décida de jouer le tout pour le tout : la sonnerie de fin des cours allait bientôt retentir, et il se trouvait devant sa salle de classe, bien campé sur ses jambes.
Il voulait simplement parlé, et comprendre pour Akaashi s'était ainsi enfui en apercevant sa marque. Au fond, il s'en doutait bien, mais il ne voulait pas vraiment se faire de faux espoirs : une héritier tel que celui de la famille Akaashi avait tout de même peu de chance de se retrouver être son partenaire.
Pourtant, il ne put empêcher son cœur de battre fort dans sa poitrine.
Lorsque la sonnerie retentit dans le couloir, Kotaro prit une grande inspiration pour se donner du courage, et attendit que les premières personnes sortent de la salle. La porte s'ouvrir, et quelques première année passèrent devant lui en riant certains lui lancèrent des regards curieux et étonnés, mais il n'y fit pas attention et se mit sur la pointe des pieds afin d'observer l'intérieur.
La classe était à peu près comme la sienne, claire et pleine de vitres, et son regard se balada quelques secondes avant de rencontrer un regard légèrement hostile. Un instant plus tard, Kenma, l'ami d'enfance se Kuroo, se planta devant lui et croisa les bras sur sa poitrine.
– Je peux savoir ce que tu fais là ?
Bokuto fut surpris de constater qu'il le reconnaissait, mais son meilleur ami lui avait dit à plusieurs reprises que Kenma possédait une très bonne mémoire. Devant son regard, un se sentit bizarrement petit.
– Je.. je venais...
Le blond fronça les sourcils, puis soupira largement avant de se retourner. Sa voix fut soudain plus forte :
– Keiji, il est devant la porte ! Si tu veux t'enfuir par la fenêtre c'est le moment !
Puis il se racla la gorge, fit de nouveau face à Bokuto, et s'avança d'un pas. Il lui murmura presque, menaçant :
– Tu es le meilleur ami de Kuroo, alors je vais supposer que tu es un mec bien.
Cela aurait aisément pu passer pour un compliment, mais le plus vieux ne le prit pas ainsi. Le regard de Kenma était plus parlant que n'importe quel mot, et le message était clair : Keiji est mon ami. Kuroo ou pas, je viendrais t'assassiner pendant ton sommeil. Il ne doutait pas qu'il le ferait réellement, Kuroo lui avait déjà dit plusieurs fois que son ami d'enfance pouvait être effrayant.
Déglutissant difficilement, Bokuto hocha doucement la tête. Message reçu.
Soudain, des bras passèrent autour des épaules de Kenma, et le changement fut presque brusque. Tout son corps se relâcha, et l'air menaçant qu'il avait adopté disparu comme neige au soleil. Même son regard se fit plus doux, et Kotaro commença à ouvrir la bouche, étonné, avant de la refermer brusquement.
Le nouvel arrivant était un petit rouquin avec un sourire jusqu'aux oreilles, et son air candide et profondément gentil le détendit lui aussi. Il le regarda demander à Kenma ce qu'il se passait, puis lui prendre la main pour le tirer vers le couloir en affirmant qu'il était affamé. Avant de partir, il regarda Bokuto et lui lançant d'une voix forte :
– Il arrive. Bonne chance !
Akaashi Keiji l'avait suivi bien trop facilement, comme déjà résolu. Il marchait à ses cotés d'un pas lent et mesuré, droit, et même Bokuto pouvait voir à quel point son éducation ressortait dans ses gestes. Lui avait eu le droit à quelques coups sur les doigts lorsqu'il se mettait à table sans s'être lavé les mains, ou bien alors lorsqu'il parlait trop fort en public. Mais il pouvait bien voir que le brun avait été élevé avec sévérité et rudesse cela lui rappela Oikawa, mais il ne fit pas de commentaire.
Lorsqu'Akaashi était apparu dans l'embrasure de sa salle de classe, il avait fixé Bokuto plusieurs instants, puis avait affirmé qu'il voulait discuter dans un endroit plus tranquille. Le concerné avait réfléchi, et s'était finalement dit que le gymnase serait un bon endroit la pause déjeuner venait tout juste de commencer, et les troisième année passaient les leurs à réviser. Peu de monde s'entraînait le midi, et à cette heure-ci la cafétéria devait être bondée. À un moment, il aurait très certainement pu y trouver Oikawa et Iwaizumi, mais il avait l'impression que ces deux là passaient de moins en moins de temps ensemble, ce commençait à les inquiéter, Kuroo et lui.
Ils dépassèrent le dernier bâtiment avant le gymnase, remontant la foule qui se rendait dans le sens inverse, quand tout à coup l'épaule de Bokuto tapa contre quelqu'un. La personne grogna, s'arrêta, et leva les yeux vers lui.
– Pardon, s'excusa Kotaro.
Il lui semblait que le garçon dans lequel il venait de rentrer était un troisième année. Son visage fin et ses cheveux d'une couleur étrange lui dirent quelque chose, puis il se souvint : il voyait souvent son groupe assis dans les gradins du gymnase, à se moquer des échecs des première année, et au fil des jours il avait fini par retenir leurs visages.
Le garçon renifla avec dédain, pas vraiment impressionné par la taille de Bokuto, puis son regard glissa doucement direction de Keiji. Ses yeux s'agrandirent, et un sourire étrange naquit sur ses lèvres.
Kotaro fronça les sourcils.
– Tu es Akaashi Keiji, non ? Je ne savais pas que tu étais un premier année ici, maintenant.
Le concerné fronça les sourcils à son tour, perdu. Il ne semblait pas vraiment le reconnaître, si bien que l'inconnu crut bon de préciser, alors la foule autour d'eux commençait à disparaître :
– Je m'appelle Konaha.
Son sourire avait quelque chose d'étrange, et lorsqu'il continua, Bokuto put voir le visage de Keiji perdre ses couleurs.
– Je suis un ami de Futakuchi.
Les lèvres pincées du brun devinrent encore plus blanches, et il recula d'un pas. C'était un geste discret, simplement de quelques centimètres, mais cela poussa le meister à se placer devant lui afin de faire écran avec son corps. Étrangement, cette situation l'irritait profondément, sans vraiment qu'il sache pourquoi. Il avait presque l'impression de... voir les émotions du plus jeune.
– Je ne sais pas ce qui se passe, affirma t-il, mais je pense que tu devrais continuer ton chemin. Il ne veut pas te parler.
Pendant un moment, il eut peur d'avoir outrepassé ses droits en parlant pour lui, mais lorsqu'il lui lança un regard, le visage de Keiji lui parut reconnaissant. Étonné, mais reconnaissant.
– Quoi, t'es son partenaire, c'est ça ? Vous avez pas l'air d'avoir de lien, donc je vais te prévenir tout de suite : tu devrais partir pendant qu'il en est encore temps.
Bokuto avait l'impression que ce gars venait de sortir d'un vieux film pour adolescent. Que comptait-il faire, avec ça ? L'intimider ? Il était si petit qu'un simple coup de pied l'aurait envoyé au sol. Mettre Akaashi mal à l'aise ? Trop tard, il sentait bien que le brun l'était depuis qu'ils s'étaient arrêtés.
– Tu risques d'être déçu, affirma t-il, presque fier de lui. Mon ami avait un contrat qui le liait à lui (il désigna l'arme du menton) et je t'assure qu'il a très vite déchanté. En fait, il –
– Je m'en fiche.
Konoha s'arrêta, presque étonné de s'être fait couper la parole, mais Bokuto s'avança.
– Je m'en fiche complètement. À vrai dire, je ne sais pas qui tu es. Et je sais pas qui est la personne dont tu parles. Mais à mon avis, mettre les autres mal à l'aise montre juste que tu as des problèmes de confiance en toi.
Ce n'était pas tout à fait les termes qu'Oikawa avait employé, alors qu'il avait méchamment envoyé paître un troisième année qui s'était mis à dénigrer Iwaizumi. Avec honnêteté, il rajouta :
– Tu devrais aller dans des bars à chats, ça détend apparemment.
Kuroo en était fan, même s'il ne l'avouerait jamais.
Il le regarda avec des yeux ronds, comme s'il essayait de comprendre le sens de cette conversation, puis en comprenant que Bokuto venait tout juste de l'insulter à demi-mots – ce qui n'avait pas du tout été son intention première, la proposition avait été on ne peut plus sincère – serra le poing, comme s'il allait le frapper.
En voyant cela, le meister croisa les bas sur sa poitrine et haussa un sourcil.
Finalement, Konoha se rétracta et cracha avant de partir :
– Tu sais quoi ? Reste avec lui, tu verras bien par toi même. Personne ne voudrait de ça.
Puis il alla se perdre à nouveau dans la foule, en direction de la cafétéria.
Akaashi se sentait honteux et humilié.
Son ventre lui faisait mal, et la douleur créée par le stress et l'anxiété lui retournait les entrailles tandis que le troisième année s'éloignait. Il avait l'impression que tout le monde les regardait. Que toutes les personnes aux alentours chuchotaient sur leur passage tandis qu'ils reprenaient leur route en silence. Au cours des derniers jours, il avait appris à travers Daishou que ce garçon, qui se tenait devant lui comme un écran, s'appelait Bokuto Kotaro. Qu'il était gentil – bien trop pour traîner avec quelqu'un comme Kuroo, avait ajouté son nouvel ami, mais en vérité il avait ajouté cela pour toutes les personnes qui avaient un jour approché le dit Kuroo, donc Akaashi avait fini par être un peu perdu –. Et surtout, qu'il possédait une marque qui ressemblait beaucoup à la sienne.
– Je ne l'ai jamais observé de très près, mais... c'est vrai qu'elles ont l'air semblables, lui avait appris Suguru lorsque Keiji lui avait montré sa marque.
Après l'épisode des bains, Daishou avait adopté son air le plus menaçant et lui avait affirmé qu'il ne lui ferait confiance qu'au moment où il lui montrerait la sienne. Donnant-donnant. Apparemment, sa propre marque était quelque chose de secret, qu'il ne voulait montrer à personne, si bien que le fait qu'Akaashi l'ait aperçu l'avait mis dans tous ses états. Même si le brun s'était alors dit qu'il avait déjà du apercevoir sa marque étant donné l'endroit où elle était placée, il avait quand même insisté pour la revoir afin de s'assurer que Keiji ne dévoilerait pas son apparence à quiconque.
C'était là qu'il lui avait appris l'existence de Bokuto Kotaro.
Il l'avait alors observé de loin, sans vraiment oser s'approcher : ce garçon était grand, bruyant, intimidant. Akaashi ne savait même pas pourquoi il était venu dans cette Académie après la rupture du contrat qui le liait à Futakuchi Kenji, sa mère en était devenue verte d'inquiétude. Pour elle, une arme sans meister avait autant d'importance que les sacs à mains qu'elle jetait au bout d'un mois d'utilisation, et elle ne pouvait supporter l'idée de voir son fils unique devenir ainsi inutile.
Trouve un meister, c'est compris Keiji ? N'importe qui.
Mais le brun n'avait désormais plus que son nom pour l'appuyer : il s'était rapidement rendu compte que les paroles proférées lors de cet après midi l'avaient touché, et à présent il n'arrivait plus à se transformer.
Il n'était qu'un premier année incapable d'adopter la seule forme qui pourrait être utile à quelqu'un.
– Comme je le pensais, il n'y a personne.
La voix de Bokuto le ramena au présent alors qu'il lui tenait la porte du gymnase afin qu'il s'y engouffre à son tour. Le brun le suivit, doucement, observant à la dérobée la large stature du meister tandis qu'ils s'avançaient ensemble vers les gradins. Il n'y avait que quelques partenaires sur le terrain, et toute une section était vide si bien qu'ils s'y installèrent.
Sur le moment, Keiji se demanda s'il devait réellement s'asseoir – s'il en avait le droit –, puis à quelle distance, avant de finalement opter pour un « ni trop loin ni trop près ». Les épaules tendues, il n'osait même pas le regarder cela ne sembla pas déranger Bokuto qui commença sans plus tarder :
– Tu as la même, n'est-ce pas ? La marque.
Le brun releva alors la tête, étonné qu'il évoque quelque chose comme ça sans hésiter, comme si c'était normal. Leurs yeux se croisèrent, et Akaashi vit, dans ses prunelles d'une couleur étonnante une douceur qui le prit aux tripes et lui donna envie de reculer.
Il se reprit à temps.
– Tu pourrais me la montrer ? Si ça ne te dérange pas, bien sûr. Pour qu'on... tu sais... qu'on voit.
Compare. Sa curiosité était normale, fondée, et Keiji se vit mal lui refuser cela. Il l'observait avec un air plus d'espoir, et le brun aurait bien voulu lui crier qu'il allait être déçu. Il hocha finalement la tête, puis enleva son pull et son gilet.
Les doigts tremblants, il enleva les quatre premiers boutons de sa chemise blanche, regarda autour de lui, tout de même légèrement gêné, puis abaissa son col.
Il savait ce que Bokuto regardait. Il savait ce qu'il observait avec curiosité. Pour l'avoir lui même fixé tant de fois dans le miroir, il connaissait l'aspect exact du hibou placé sur sa clavicule. Ses couleurs. Son expression. Sa position.
Son envol.
Les yeux du meister restèrent ainsi longtemps, puis finalement il enleva à son tour sa veste et remonta la manche de son t-shirt jusqu'à son épaule.
Même si Keiji s'y attendait, même s'il avait fini par envisager toutes les possibilités, il manqua de partir en courant en avisant la marque qui recouvrait le haut de son bras. Seules les couleurs étaient légèrement différentes, mais cela ne changeait rien : leurs tatouages étaient semblables. Ce hibou majestueux qui s'étalait sur les muscles saillant du meister résonna en lui, et le brun ne put détourner le regard.
Un silence étrange s'installa entre eux, et le monde disparu complètement.
Le cœur d'Akaashi se serra.
Soudain, Bokuto brisa la bulle dans laquelle ils s'étaient isolés.
– Tu veux faire équipe avec moi ?
Son visage était sérieux et honnête, et sans que le brun s'en aperçoive le meister s'était légèrement éloigné pour lui laisser de la place. Ils replacèrent leurs vêtements.
– Si on a la même marque, commença Keiji en baissant la tête, il me semble qu'on y est obligé, non ?
Il attendit une réponse brusque, moqueuse. Il attendit que ce garçon relève ses vrais couleurs en lui affirmant qu'effectivement, il n'avait pas son mot à dire sur la question. Il n'était qu'une arme. Il n'était qu'une arme que personne ne voulait.
Mais quand Bokuto reprit la parole, le ton de sa voix le figea sur place.
– Jamais je ne ferais équipe avec quelqu'un qui ne le veut pas. Si on devient partenaire, alors il faut qu'on soit d'accord et consentant. Partenaire, répéta t-il en articulant davantage.
Il se renfrogna légèrement et passa une main gênée sur sa nuque.
– Tu as le droit de refuser. Écoute, je ne suis pas très malin, ok ? J'ai tendance à foncer tête baissée, et sans mes amis mes notes ne voleraient pas très haut. Ma famille n'est pas importante ou puissante, et je ne peux pas vraiment te garantir que je serais la meilleure personne pour faire ressortir tout le potentiel que tu dois avoir.
Soudain, il releva la tête et ancra ses yeux dans ceux de Keiji.
– Par contre, je peux te promettre que je te traiterai toujours avec le respect que tu mérites.
Et il se tut, les joues légèrement rouges. Ses doigts commencèrent à s'entre-mêler, et il se mit rapidement à se dandiner sur place. Akaashi l'observa, sans voix.
Le respect que tu mérites.
Qui était ce garçon ? Sa voix, son apparence, ses expressions : tout était si honnête, presque candide. Il ne lui mentait pas, Keiji le sentait, mais cela ne faisait que lui enserrer encore plus le cœur.
– Tu...
Il déglutit, soudain hésitant. Il ne voulait plus être ici. Il avait l'impression qu'au moindre mouvement, il allait se réveiller et retrouver ce monde où personne n'aurait jamais voulu de lui.
Ta forme ne me plaît pas. D'ailleurs, je ne vois pas à qui il pourrait plaire.
Futakuchi avait été le premier à le lui faire réaliser. Mais il y en avait eu d'autre. Et il savait que cela continuerait.
– Ma forme, croassa t-il difficilement. Tu ne la connais pas.
Bokuto pencha la tête sur le coté.
– Effectivement.
Il ne semblait pas comprendre.
– Que feras-tu si elle ne te plaît pas ?
Toutes ces paroles étaient belles, certes, mais le brun n'y croyait pas. C'était trop beau.
– Me plaire ? répéta t-il plus lentement. Akaashi tu n'es pas –
Il sembla presque en colère. Les sourcils froncés, il se redressa imperceptiblement.
– Tu n'es pas un vêtement, affirma t-il. Un sac à main, un objet, qu'importe tu sais que tu es un être humain, n'est-ce pas ?
Et il attendit la réponse.
– Je... oui.
Oui, il le savait.
Tu es sûr ?
Il se mordit la lèvre. Il n'était pas un objet. Il était une arme. Mais aux yeux de certains, est-ce que cela faisait vraiment grande différence ?
– D'accord, très bien. Je vais répéter alors. Akaashi Keiji, est-ce que tu veux bien faire équipe avec moi ?
Et il n'y avait qu'une seule réponse possible.
Kuroo était d'humeur maussade, et il regardait d'un œil morne ses céréales tourner indéfiniment dans son bol, noyées sous le lait. La nuit dernière, il n'avait dormi que quelques heures et s'était réveillé en sursaut sur les coups de deux ou trois heures du matin, complètement trempé de sueur.
À présent, il ne se souvenait même pas du rêve qu'il avait fait.
Soupirant, le rire de Daishou un peu plus loin dans la cafeteria lui fit lever les yeux. Il se trouvait à plusieurs tables de lui, et seul son dos et ses cheveux étaient visibles. Il faisait face à Mika qui semblait lui raconter quelque chose de particulièrement amusant : son vis-à-vis se tordait de rire, et à un moment le brun supposa qu'il avait même fini par s'étouffer avec son petit déjeuner.
Il ne lui avait pas reparlé depuis le petit incident du plateau. Ils vivaient pourtant dans des chambres voisines, mais apparemment leurs horaires s'étaient assez décalés pour qu'ils ne se croisent même plus. Ni le matin, ni le soir. Dans un sens, cela aurait du lui faire plaisir : c'est vrai, qui pourrait bien se plaindre d'enfin ne plus voir la sale tête de Daishou ? Certainement pas lui. Mais d'un autre coté, cela lui laissait une impression étrange : ils ne se connaissaient que depuis la première rentrée, et ne s'étaient quasiment plus quittés depuis. Ils passaient leur temps à se chamailler, et cela avait rythmé la vie étudiante de Kuroo depuis le premier jour.
Soudain, le tirant de ses pensées, Bokuto arriva à ses cotés, en même temps qu'Iwaizumi et Oikawa, et posa brusquement son plateau sur la table. Quand le brun leva la tête vers lui, il put constater que son ami rayonnait.
Sans attendre, il haussa un sourcil en direction des deux autres et les interrogea du regard. Oikawa secoua discrètement la tête pour lui apprendre qu'il ne savait rien non plus.
– Quelle belle journée, n'est-ce pas ?
Kuroo manqua de s'étouffer avec ses céréales. Dehors, et depuis la vieille au soir, il pleuvait des trombes d'eau et leurs chaussures étaient pleines de boue.
– Bokuto... ?
– Oui ?
Sa voix était bien trop aigu et son sourire bien trop énorme pour que cela ne cache pas quelque chose.
– On peut savoir ce qui t'arrive ? grogna Oikawa en étalant de la confiture sur son pain. Tu connais la règle : le matin on fait la gueule sauf si les cours sont annulés. Ce qui n'est pas le cas.
Ce dernier semblait particulièrement de mauvaise humeur, et Kuroo en vint à prendre en pitié ce pauvre morceau de pain que son ami était en train de martyriser.
– Les cours ne sont pas annulés, certes, mais j'ai une nouvelle encore meilleure !
– Ukai s'est cassé une jambe ? tenta le brun.
Iwaizumi lui décrocha un coup de pied dans le mollet, sous la table.
– Encore mieux !
– Bon, vas-y file nous la nouvelle qu'on en finisse, continua Oikawa en plantant ses dents dans son déjeuner.
Bokuto semblait prêt à s'envoler de joie, et Kuroo recommença à avaler ses céréales.
– J'ai trouvé mon partenaire ! annonça t-il fièrement.
Le silence qui s'en suivit fut brusquement interrompu par le bruit que fit la cuillère du brun en retombant dans sa bol. Tout son corps s'était figé, et il gardait les yeux fixés sur son plateau tendit qu'Oikawa retrouvait soudainement sa bonne humeur :
– C'est vrai ? Merde je veux un nom, il faut que j'aille en apprendre plus ! C'est qui, un première année ?
Bokuto hocha la tête, les joues rougies par l'excitation. Il avait du attendre toute la nuit pour leur annoncer.
Kuroo, lui, se sentait glacé.
– Akaashi Keiji, affirma t-il. C'est le garçon qui était venu te voir, Iwa. J'ai été le voir après les cours, parce que... j'avais cette impression bizarre. Et on a la même marque !
Soudain, il fronça les sourcils.
– Je crois qu'il est pas très sûr de lui : enfin il a pas l'air de considérer le fait d'être une arme comme...
Voyant qu'il peinait à trouver ses mots, Oikawa avança :
– Il pense que les meisters sont supérieurs ?
Bokuto hocha la tête.
Soudain, Kuroo ricana.
– Pas de chance, hein ? J'imagine que t'espérais tomber sur autre chose qu'un gosse de riche avec des problèmes de confiance et des idées de merde dans la tête.
Son ami se retourna vers lui, sous le choc, et le brun regretta presque aussitôt ses paroles qu'il ne pensait même pas. La honte lui brûla la gorge et la poitrine. Après tout, il ne connaissait pas ce gars, et dire ce genre de chose ne faisait que prouver quel enfoiré il était au fond.
Mais il ne réussissait vraiment pas à contrôler cette jalousie qui le bouffait de l'intérieur, et il sentit de la bile remonter dans sa gorge.
Kuroo éloigna son petit-déjeuner un peu plus loin, puis ouvrit la bouche pour signifier à son meilleur ami qu'il était désolé, quand tout à coup Iwaizumi se racla la gorge, attirant l'attention de Bokuto. Le mouvement de tête que fit le brun les amena à regarder derrière eux, et Kuroo se liquéfia sur place.
Debout, son plateau dans les mains, un garçon les regardait d'un air peiné, et personne n'eut besoin de poser un nom sur sa personne au vue de la tête qu'il tirait. Son regarda croisa celui de Tetsurou et ne put rien faire d'autre que le soutenir quelques instants.
– Akaashi... commença Bokuto, mais cela sembla dégeler la scène.
Keiji le regarda une dernière fois, puis ses épaules s'abaissèrent perceptiblement et il tourna les talons, jetant le contenu de son plateau dans la poubelle la plus proche. En une seconde, il avait déjà quitté la grande salle.
Quand Kuroo se retourna vers son meilleur ami, son regard courroucé fut comme un coup de poing et il se leva dans un grand bruit pour suivre son arme à l'extérieur.
Le silence qui suivit fut si lourd qu'il pouvait le sentir peser sur ses épaules.
Il déglutit.
– J'irai... j'irai m'excuser, d'accord ?
Iwaizumi hocha la tête, mais Oikawa ne répondit rien, et mordit une nouvelle fois dans son pain.
Assis sur un banc dans l'un des grands jardins, Daishou s'étira en arrière, fit craquer son dos, puis s'exclama dans un soupir :
– Ce ne sont que des cons.
Akaashi gardait les yeux fixés devant lui, observant sans vraiment les voir toutes les feuilles qui mourraient petit à petit, laissant leur place à l'hiver. La nuit derrière, il était presque certain d'avoir vu quelques flocons.
– Et Kuroo est le roi des cons, continua t-il. Je l'ai toujours dit.
Le plus jeune resta silencieux. Sous leurs fesses, le banc était froid et légèrement humide, mais Daishou n'avait pas fait de commentaire. C'était lui qui les avait amené ici après avoir croisé Keiji à la fin de ses cours.
T'as l'air d'avoir besoin de parler.
Et effectivement, à peine assis, il lui avait tout raconté : il n'avait jamais été doué pour se taire à vrai dire, ce qui détonnait grandement avec l'aura qu'il dégageait.
– Et Bokuto, qu'est-ce qu'il a dit ?
Akaashi se racla la gorge.
– Il m'a suivi, et s'est excusé pour son ami. Apparemment, le fait de ne pas avoir d'arme lui pèse beaucoup.
– C'est pas une raison.
Ce n'en était effectivement pas une, mais en vérité Keiji ne lui en voulait pas tant que ça : il n'avait pas eu tord. Il était bien le fils héritier d'une grande famille qui avait des problèmes de confiance et très certainement des idées de merde dans la tête. Mais l'entendre à haute voix le lui avait fait réaliser un peu trop brusquement.
Daishou semblait être réellement irrité par la situation.
– J'espérais m'être trompé. Pour la marque. Tu mérites sûrement mieux.
Sans qu'il sache pourquoi, cette remarque l'irrita légèrement. Il lança un petit regard à son ami, un sourcil haussé. Ce dernier soupira une nouvelle fois.
– Oui, je sais : on choisit pas.
Ne pas avoir le choix ?Bokuto le lui avait laissé. Il lui avait fait une proposition, et si Keiji avait refusé, alors qu'est-ce qui se serait passé ? Rien, sûrement. Et cette sensation d'avoir le contrôle était grisante.
– Je crois... qu'il est gentil.
Il hocha la tête à sa propre remarque, puis se souvint tout à coup de quelque chose.
– Au fait, j'ai eu le temps s'apercevoir la marque de Kuroo, sur son avant bras et...
Daishou se releva soudain d'un bon, le faisant presque sursauter, puis le fusilla du regard.
– Ne termine pas cette phrase, c'est clair ?
Cela ne ressemblait pas tant à de la colère qu'à de la peur.
– Limpide, acquiesça Keiji.
Il ne voulait pas le froisser, si bien qu'il laissa le silence reprendre sa place.
Oikawa avait peur, mais en tournant la tête il constata que son meilleur ami semblait encore plus effrayé. Blanc, se mordant la lèvre, le brun secouait sans cesse sa jambe droite et se récoltait les regards énervés de touts les élèves alentours. Ils attendaient, ensemble, assis sur une chaise, que la porte devant laquelle ils se trouvaient s'ouvre à nouveau.
Quand une autre première année ouvrit la bouche, certainement pour demander à Hajime d'arrêter de secouer sa jambe ainsi, Oikawa la fusilla du regard et la pièce perdit presque deux degrés. Elle se ratatina sur sa chaise et baissa les yeux.
Soudain, la porte s'ouvrit enfin, et une femme apparut dans l'embrasure. Stricte, droite, elle les toisa tous un instant avant de lancer un regard à la liste qu'elle avait entre les mains.
– Ceux dont je vais appeler le nom, vous me suivez, annonça t-elle.
Elle en annonça dix, et Tooru, qui fut nommé en troisième, se relaxa légèrement en entendant le nom de son meilleur ami. Ils échangèrent un regard puis se placèrent cote à cote, laissant leurs épaules se toucher.
Ils s'avancèrent ensemble, suivant la grande femme tandis qu'elle s'avançait. Ses hauts talons claquaient sur le sol, et soudain elle repoussa ses longs cheveux sur son épaule avant de déclarer :
– Bon, vous allez donc recevoir vos marques.
Elle s'arrêta, puis se retourna vers eux.
– En ligne, ordonna t-elle et tout le monde s'exécuta.
Tooru sentait de la sueur lui couler entre les omoplates, et il aurait tout donné pour pouvoir attraper la main d'Hajime.
– Vous allez entrer un par un, c'est clair ? Vous passez, vous attendez de sentir un picotement, puis vous ressortez de l'autre coté. Je vous appellerai
Elle les toisa.
– Compris ?
Ils hochèrent la tête. En face d'eux se trouvait un mur sombre, uni, uniquement perturbé par le trou caché par un rideau qui se trouvait au centre. On aurait dit une simple embrasure sans porte, mais elle était grande et large. Le rideau quant à lui paraissait épais, rouge comme le sang.
– Très bien, commençons.
Le premier appelé fut un dénommé Lev, qui s'avança vers le mur sans hésiter. Quand il disparut derrière la tenture sombre, la pièce redevint silencieuse et Oikawa déglutit. La femme appela encore deux autres élèves avant qu'il ne puisse entendre son nom.
– Oikawa Tooru.
Il déglutit, inspira par le nez, puis s'avança en sentant une main le pousser légèrement, dans le bas de son dos. Ses yeux rencontrèrent ceux d'Hajime, et il formula une prière muette. Quand il déplaca le rideau pour se glisser derrière, le châtain se retrouva dans le noir. Au bout de quelques pas, il s'arrêta, soudain inquiet de ne pas avoir fait ce qu'il fallait, mais une voix résonna dans sa tête.
Tu n'as pas à avoir peur. Les âmes ne mentent pas.
Dans sa nuque, un petit picotement le fit grimacer. Il leva la main et frotta sa peau, mais ne sentit rien de particulier. Quand la sensation disparue, il se mit à avancer dans le noir, jusqu'à trouver une nouvelle surface fluide : un nouveau rideau.
La lumière lui fit fermer les yeux, et quand il les rouvrit, un professeur se trouvait devant lui. Il lui offrit un sourire, bien plus doux que le visage froid de la femme qui se trouvait de l'autre coté.
– Tout s'est bien passé ? Demanda t-il.
Il se força à hocher la tête, même s'il n'en était pas certain. Encore une fois, il passa le bout de ses doigts sur sa nuque, mais ne sentit rien.
– Vous... vous êtes sûr que ça a marché ?
Et s'il y avait un problème avec lui ? Mais comme s'il avait lu dans ses pensées, le professeur secoua la tête.
– Ça a très bien marché, le rassura t-il. Tu veux attendre ici où tu préfères rejoindre tes camarades ?
Comment peut-il savoir ? Lisait-il dans les pensées ? Bien évidemment qu'il voulait attendre Iwa-chan.
– Je...
Mais soudain, le rideau derrière lui s'ouvrit et il sursauta. Un élève à l'air perdu le regarda un instant, puis ses yeux glissèrent sur le professeur. Ce dernier posa une main sur l'épaule du châtain, lui souffla s'attendre ici, puis guida le nouveau venu un peu plus loin.
Un poids tomba dans sa poitrine et Oikawa déglutit difficilement.
Il avait peur. En vérité, il était terrifié. Il commençait à sentir trembler ses mains moites, et ne voulait plus qu'une chose : que tout cela soit terminé. Car à présent, une seule idée lui hantait l'esprit, celle que si sa marque ne correspondait pas à celle d'Hajime, cela voulait dire qu'ils étaient destinés à être séparés. Pire : qu'ils n'étaient destinés à être ensemble.
Et comme il se plaisait à le répéter à quiconque souhaitait l'entendre, il ne désirait qu'Iwaizumi. Son partenaire, c'était lui ou personne.
Il se mit à fixer le sol très fort, des larmes sur le point de lui monter aux yeux. Les secondes lui faisaient l'effet de minutes, et il avait presque envie de sauter sur place et de casser quelque chose.
Puis tout à coup, le rideau s'écarta encore une fois, et Hajime apparut devant lui. Il y eut une seconde de flottement, puis Tooru souffla d'une voix tremblante :
– A-alors ?
Le brun toucha son pectoraux, puis remonta son t-shirt. Au dessus de son téton, une feuille couleur givre s'étalait librement, éclatant sa poitrine de son bleu glacier. Sa marque semblait presque briller.
Quand il releva la tête, leurs yeux s'attirèrent mutuellement.
– Et toi ?
Sa voix aussi était chevrotante. Mais à présent, c'était l'heure : il avait pu apercevoir sa propre marque, et saurait forcément en regardant celle de Tooru.
Il tendit la main, et la posa sur le torse de son meilleur ami.
– Ça ne changera rien, affirma t-il. D'accord ? Tu es le seul.
Puis il se retourna, et lui indiqua l'endroit en le pointant du doigt. Il attendit, les yeux fermés, qu'Hajime dise quelque chose, mais les secondes passaient et il restait silencieux.
C'est mauvais signe, comprit-il. Elles sont différentes.
L'appréhension coincée dans sa poitrine tomba dans son estomac et cette fois il manqua de fondre en larmes. Mais au moment où il posait une main sur sa bouche pour retenir un sanglot, et il sentit le front de son meilleur ami rencontrer sa nuque.
Il chuchota :
– C'est bon. Ce sont elles.
Oikawa ne comprit pas tout de suite, étrangement, mais lorsque ce fut le cas c'était déjà trop tard, des larmes coulaient sur ses joues. Il se retourna et entoura le cou d'Iwaizumi de ses bras.
– C'est vrai ? Ce sont les mêmes ? On est partenaire ?
Seul un hochement de tête lui répondit, mais cela fut suffisant.
Quand ils rejoignirent les autres, les yeux du châtain étaient rouges et gonflés, et Kuroo rit pendant une bonne dizaine de minutes.
Il était tard et la pluie formait un capharnaüm insupportable sur les vitres du gymnase. Deux cibles s'avançaient vers eux, lentes et ordonnées, mais Hajime ne faisait qu'esquiver depuis plusieurs minutes. L'une d'elles ramassa une lance au sol, et attaqua de front. Elle s'élança, son corps de marionnette en avant, et Iwaizumi bloqua l'attaque en attrapant la lame d'Oikawa pour tendre l'épée devant lui.
Mais presque aussitôt, du sang lui coula sur sa main et il grimaça en reculant.
Oikawa !
Au fond de lui, quelque chose sursauta, et le châtain sembla revenir à lui.
Iwa-chan, pardon ! Je-j'étais –
Le brun regarda sa main coupée, la plaie ouverte par laquelle s'échappait des perles rouges, puis l'épée blanche comme le marbre qu'il tenait. Un soupir tremblant franchit ses lèvres et il planta l'arme dans le sol avec rage avant de se diriger vers la cible pour la désarmer d'un coup de pied retourné. Récupérant la lance, il visa plus la lâcha afin qu'elle aille se planter dans la poitrine de son dernier opposant.
Le gymnase redevint calme, et un peu plus loin Oikawa reprit sa forme humaine.
– Iwa-chan..., tenta t-il mais le brun se retourna brusquement et avança dans sa direction.
Il semblait hors de lui.
– Quoi ? Tu as une excuse ?
Le regard de Tooru dériva jusqu'à la main de son partenaire, d'où provenait le sang qui gouttait sur le sol.
– On verrait mieux d'aller à l'infirmerie, proposa t-il, penaud, en évitant la question.
Les lèvres d'Hajime devinrent blanches et il s'avança d'un pas, afin qu'ils puissent se regarder les yeux dans les yeux.
– Oikawa, je ne vais te le redemander qu'une fois, d'accord ?
Une émotion passa dans les yeux du châtain, et il le ressentit lui même dans sa poitrine : de la peur. Pourtant, cela ne l'arrêta pas :
– Qu'est-ce qui se passe ? En ce moment, je veux dire. Tu es ailleurs, tu ne veux rien me dire, tu fais le mur la nuit. Tu disparais. Alors réponds moi : qu'est-ce qui se passe ?
Il savait ce qu'il se passait, et il savait également que son partenaire avait très bien compris le but de sa question : dis moi pourquoi tu fais ça, que je puisse t'aider.
Mais malheureusement, la réponse ne fut pas celle qu'il espérait.
– Rien, affirma Tooru en le regardant dans les yeux, alors même qu'il savait très bien qu'Hajime percevait son mensonge. Rien du tout.
Alors le brun recula, une expression peinée sur le visage, puis tourna les talons pour sortir du bâtiment.
En se levant, bien avant l'aube, Keiji avait senti quelque chose d'étrange. Il avait eu cette impression dérangeante pendant des heures, jusqu'à ce que sa gouvernante entre dans sa chambre et lui fasse un sourire triste.
– Vous êtes déjà réveillé ? lui avait-elle demandé en écartant les lourds rideaux.
Il s'était docilement levé, puis avait marché jusqu'à la salle de bain sans un mot. À présent, il observait les bulles de son bain disparaître petit à petit, jusqu'à ne plus laisser que l'eau claire dans laquelle il s'était immergé.
Deux coups furent frappés à la porte, et sa gouvernante annonça :
– Keiji-sama ? Il vous faut terminer à présent.
Il écouta sa voix, et eut de nouveau cette sensation, comme si quelque chose n'était pas normal. Quand il sortit de la pièce, ses cheveux étaient trempés et il la regarda de ses grands yeux sombres.
– Nous allons quelque part ? Demanda t-il en penchant la tête.
La vieille femme fut surprise, mais se reprit bien vite et lui prit la main pour l'emmener devant sa grande coiffeuse en bois.
– Effectivement, confirma t-elle avant d'allumer le sèche cheveux.
La sensation fut douce et agréable, et le jeune garçon ne put s'empêcher de fermer les yeux. Aujourd'hui, le monde lui paraissait gris, terne, et il n'avait pas encore entendu un seul oiseau chanter à l'extérieur.
Quand elle eut terminé, la femme le coiffa correctement, puis lui apporta ses vêtements. Keiji les observa avec une grimace, puis lui adressa un regard interrogateur.
– Je suis désolée jeune maître, mais il vous faut enfiler ces vêtements.
Elle lui présenta tout d'abord le pantalon noir, et il finit par laisser glisser son peignoir sur le sol avant de le passer. Ensuite, ce fut au tour de la chemise blanche, puis de la veste. La cravate, ce la vieille femme qui la lui noua.
Une fois prêt, il alla se placer devant le grand miroir et fixa son apparence pendant quelques instants. Un visage rond enfantin, des yeux brillants, des cheveux un peu trop long qui lui tombait sur le front. Il était encore assez petit, mais comme il n'avait personne de son âge pour comparer, il écoutait sa gouvernante qui lui affirmait qu'il se trouvait dans la norme.
Les chaussures que le brun venait de mettre lui faisait mal, mais il n'osa pas s'en plaindre.
– Keiji-sama ? Nous devons y aller. Madame nous attend.
Elle lui tendit ensuite la main, le visage grave, puis le conduisit jusqu'en bas.
Le monde était en noir et blanc. Keiji observait, impuissant, les adultes parler autour de lui. Certains prenaient la peine de lui faire un sourire lorsqu'il passait prêt d'eux, mais la plupart n'affichaient qu'un visage blême, les yeux rougis.
Sa mère ne lui avait donné qu'une seule consigne avant de s'éloigner avec sa sœur qui pleurait à chaudes larmes :
– N'embête personne, et fais toi petit.
À présent, il cherchait à comprendre ce qu'il faisait là, à l'entrée de ce cimetière. Sa mère se trouvait de l'autre coté de la barrière, debout face à un cercueil qui était en train de rentrer en terre. Sa tante n'arrêtait pas de pleurer, et soudain il se demanda où étaient ses cousines.
Il tourna la tête à gauche, puis à droite, et commença à avancer vers un endroit à l'ombre, sous un arbre. Un groupe de gens se tenait là, discutant à voix basse, et aucun d'eux ne le vit arriver. Il se glissa, petit et frêle, entre les grandes jambes des adultes, espérant reconnaître quelqu'un parmi cet univers monochrome. Personne ne le regardait, personne ne l'appelait il eut soudain peur d'être réellement devenu invisible, à force de rester seul dans sa chambre.
Soudain, une voix un peu plus forte que les autres attira son attention et il s'arrêta.
– Je n'aurai jamais cru que cela arriverait dans cette famille.
Il leva les yeux, et la lumière du soleil qui passait entre les branches des arbres l'éblouit un instant.
– Vous vous rendez compte, chuchota une autre voix, à cet âge là ? Sept ans ? Huit ans ? La plus jeune n'avait que cinq ans.
Il percevait le dégoût dans ce ton. L'étonnement de quelque chose que lui même ne comprenait pas.
– Cette déviance avait disparu, affirma un homme. Elle avait disparu, c'est ce que tout le monde disait. Cette famille a toujours été maudite, de toute façon.
– Mais quand même, mince... La petite est morte.
Ce mot résonna étrangement dans son esprit, tandis qu'il fixait les lèvres de la femme qui venait de prononcer ces mots. Mort.
– Sa sœur devrait être enfermée, cracha soudain quelqu'un derrière lui. Elle est dangereuse.
– Mais enfin vous ne pouvez pas dire ça, c'est –
– Rien du tout !
Parmi tous ces chuchotements, cet éclatement le fit sursauter.
– Cette gamine est malade, putain quel enfant saint d'esprit irait avaler l'âme de sa sœur pour l'amour de dieu ?
Il cracha au sol, et en baissant les yeux remarqua Keiji qui l'observait d'un air effrayé.
– Famille de dégénéré, souffla t-il finalement avant de s'éloigner.
Le jeune garçon le suivit du regard, et ses yeux tombèrent sur la silhouette de sa mère qui s'avançait entre les grilles du cimetière. Elle passa le portail, puis regarda autour d'elle, comme pour chercher quelque chose. Il lui fallut un instant pour trouver son fils, et la dirigeante de la famille Akaashi lui fit signe de la rejoindre.
Keiji trottina alors jusqu'à elle, les paroles de cet homme tournant en boucle dans son esprit.
GROS BISOUS !
