Note d'auteur.

Haha lol kill me. Why am I even trying ? Nan sinon, jvous drop ce chap même si certaines scènes me font pleurer tellement je les trouve nulles. La plus importante m'arrache les yeux, et le KuroShou est bateau as hell, bref, jsais pas ce que je fous je ruine cette fiction toute seule lol je chiale.

Bon, QUAND MÊME: point positif, jme suis souvenue que cette fic était censée être KuroShou, so hop ils arrivent parce que ça allait bien deux minutes merde

Le Iwaoi, toujours présent, parce que what's the point of writing a fic si y'a pas Oikawa ?

Jvous fais des bisous, et encore une fois n'hésitez pas à lacher un avis, même si c'est pour me dire à quel point c'est à chier (lol je dec don't do it jvais chialer devant mon écran)

(Ah ui, et non on ne va pas parler des 10k de ce chapitre, parce que même moi jme fous de ma propre gueule. "25k max" mais A QUEL moment jme suis dis que ça passait crème)


Chapitre 6


Lorsque le professeur Shimada entra dans la salle de classe, il déglutit face à la lourde atmosphère qui y régnait. La pièce était silencieuse, et le vent qui soufflait à l'extérieur en devenait presque assourdissant. Tous les élèves avaient la tête basse, des airs blêmes sur leurs visages, et parmi cette assemblée muette se trouvait Akaashi dont le regard restait fixé sur le bois de son bureau. Le professeur ferma la porte derrière lui, puis s'avança jusqu'à son propre pupitre où il y déposa ses affaires.

Il les observa tous un instant avant de se racler la gorge pour attirer leur attention.

– Je suis navré de vous retrouver dans de telles circonstances, annonça t-il d'un air grave, mais en tant que professeur principal, je me dois de vous annoncer les faits, même si je suis certain que vous en avez tous déjà entendu parler. Comme le directeur l'a déploré dans son discours un peu plus tôt, j'ai le regret de vous informer qu'un élève de l'Académie a été recensé comme la quinzième victime du Soul Eater. Je sais que les journaux ont dévoilé son nom, mais j'ai l'obligation de vous mettre au courant : il s'agit de votre camarade de classe, Hinata Shoyo.

Akaashi ne bougea pas, mais son regard glissa tout de même vers la place au second rang, près du couloir. Kenma n'était pas là.

– Si l'un d'entre vous souhaite avoir une oreille à qui parler, ou bien désire demander de l'aide, les professeurs ainsi que l'infirmière de l'école sont là, d'accord ?

Le silence continua de régner, et il se sentit très mal à l'aise. L'élève décédé faisait parti de la classe dont il avait eu la responsabilité pour l'année, et cette situation était inédite : il ne savait pas bien quoi faire.

Quelques jours après noël, l'affaire avait fait la une de tous les centres d'information : un élève de l'Académie ainsi que sa petite sœur ont été retrouvé morts, leurs corps enfuis dans la neige. Les détails avaient été un peu trop nombreux, et Shimada en avait presque été malade.

– Je ne ferais pas cours aujourd'hui, précisa t-il. Je vais simplement apporter une correction sur les examens qui ont eu lieu avant les vacances, d'accord ?

Il se retourna pour écrire les énoncés sur le tableau noir, et pensa que ce devait bien être la première fois que sa classe était aussi calme.

C'était lui, se rendit-il soudain compte. Une image d'un petit rouquin énergique naquit dans son esprit, et il pinça les lèvres. C'était lui qui faisait tout ce bruit, la plupart du temps.


Plongé dans l'obscurité, le professeur Ukai pénétra dans le bureau du directeur. Il soupira en constatant que ce dernier était une fois de plus resté dans le noir, puis s'avança jusqu'à la fenêtre pour pousser les rideaux : un jet de lumière arriva dans la pièce et Takeda fronça les sourcils avant d'ouvrir les yeux. Les documents sur lesquels il s'était endormis étaient désormais froissés, alors il les fixa un instant, des cernes sous les yeux, avant de lever la tête en direction du professeur qui avait fait irruption dans son bureau.

Celui-ci le regardait, les bras croisés sur sa poitrine.

– Vérifier encore et encore ces archives ne t'aidera pas, tu sais ?

Cette affirmation ne le brusqua pas, puisqu'il le savait bien : ses efforts étaient vains mais il ne pouvait s'en empêcher. L'un de ses élèves était mort. En dehors de son Académie. Certes, personne ne lui reprochait cette perte, mais lui ne pouvait s'empêcher de penser qu'il aurait pu faire quelque chose. S'il avait retrouvé le Soul Eater avant qu'il ne fasse de cette fillette sa quatorzième victime. Et de son élève sa quinzième.

Il baissa les yeux sur la photo de classe des troisième année qui avait été faite quelques années plus tôt, et ne put une fois de plus se débarrasser de cette impression dérangeante.

La police faisait ce qu'elle pouvait, mais ce n'était pas assez. Elle n'allait pas assez vite, et si cela continuait ainsi les élèves ne seront plus en sécurité, même à l'intérieur de son école.

Ukai le frappa, d'une légère pression, avec le dos d'un livre qui se trouvait là, attirant ainsi son attention.

– Arrête de te triturer l'esprit et va manger un peu, tu veux ? Je sais que tu veux les protéger, mais pour l'instant la police est la seule a pouvoir vraiment faire avancer les choses.

– Je sais, mais... j'ai l'impression que quelque chose m'échappe. Quelque chose qui est sous mon nez, et dont je n'arrive pas à me souvenir.

Il s'étendit en arrière et fit craquer ses articulations. Son partenaire lui lança un fois de plus ce regard inquiet, alors il fut obligé de se lever et reprendre son livre pour le poser sur son bureau. Il lui offrit un pâle sourire qui avait pour objectif de le rassurer un peu puis lui demanda :

– Tu m'accompagnes déjeuner ?


A bout de souffle, Kuroo arriva devant la porte de la chambre 98 du dortoir C. Il constata que le couloir était vide, s'apprêta à toquer, puis finalement hésita un instant. Sa main resta en suspend, tandis qu'il inspirait et expirait doucement, et le brun s'obligea à déglutir pour se donner un peu de courage.

Il toqua trois coups, et en obtenant aucune réponse, ouvrit la porte afin de pénétrer dans la chambre.

Kenma était là, comme il s'y était attendu. Assis sur son lit, dans l'obscurité de sa chambre, il se tenait droit, immobile, son sac de voyage encore plein juste à coté de lui. Comme les rideaux étaient tirés, Kuroo ne pouvait voir son visage mais il décida de s'approcher quand même. Refermant la porte derrière lui, se retrouvant ainsi dans le noir presque complet, il s'avança jusqu'à son lit en évitant de regarder celui d'Hinata, resté intacte depuis la fin des cours, avant noël, puis s'assit à ses cotés en silence.

Cela faisait des années que Kenma et lui n'étaient plus aussi proches qu'avant. Lorsqu'ils étaient petits, ils passaient tout leur temps libre ensemble, et le schéma de leurs différentes aventures pouvait être résumé ainsi : Kuroo ayant une nouvelle idée foireuse et Kenma essayant de le dissuader en affirmant que c'était, justement, une idée foireuse, pour au final l'accompagner afin qu'il ne se tue pas dans la manœuvre. À présent, il ne savait même pas quoi dire.

Ils restèrent ainsi, Kuroo se tortillant légèrement, gêné de ne pas trouver les mots nécessaires – ou de ne même pas savoir si oui ou non, il devait parler – quand tout à coup le blond releva la tête. Il se mit à fixer le lit en face, sans même cligner des yeux, puis décida enfin de rompre ce silence :

– Tu sais ce qui est le pire ?

Le plus vieux manqua de sursauter en entendant sa voix, complètement rauque et pas plus sonore qu'un souffle. Sa poitrine se serra, et tandis que ses yeux commençaient enfin à s'adapter à la luminosité de la pièce, il put enfin apercevoir plus nettement le corps de son ami, à quelques centimètres de lui.

Il ne répondit pas à sa question, sachant très bien qu'en faisant ça il risquait de le faire taire sans le vouloir.

– Je l'ai su au moment même où c'est arrivé. J'ai senti notre lien se briser. J'ai senti son âme disparaître.

Il continuait de fixer le vide, et Kuroo sentit soudain sa poitrine se serrer douloureusement. En venant ici, il s'était attendu à trouver Kenma triste. Parce qu'il avait perdu son partenaire. Mais en y regardant bien, ses yeux étaient secs mais vides, et ses doigts ne cessaient de gratter le dos de sa main gauche, arrachant sa peau avec ses ongles.

Une marque grise s'y trouvait, entre les striures ensanglantées, et cette dernière semblait presque brûlée tant elle était cendreuse.

Kenma n'étais pas triste, non. Il avait perdu la personne qui s'assemblait le mieux avec son âme. Il avait perdu la personne dont il pouvait presque lire les pensées. Il avait perdu son âme sœur.

Kuroo pensa à Oikawa et Iwaizumi, à l'inquiétude de ce dernier qu'il n'avait jusqu'à présent pas vraiment pris le temps de comprendre, à leur relation étrange et à ce lien qu'il jalousait. Les cernes de son ami d'enfance étaient noires, et même sa peau blanche paraissait fatiguée. Épuisée. Il continuait de gratter le dos de sa main frénétiquement, et au bout d'un moment le brun n'y tint plus : il posa sa propre main sur la sienne et murmura :

– Kenma...

– J'étais dans ma cuisine, continua t-il soudain, et ses doigts s'arrêtèrent enfin. J'étais là, debout, et tout à coup j'ai senti sa peur. Il m'a appelé. Il m'a demandé de l'aider.

Kuroo avait les larmes aux yeux, mais il ne pouvait tout simplement pas pleurer : pas alors que lui ne le faisait pas. Il aurait voulu lui dire qu'il était désolé. Il aurait voulu le prendre dans ses bras.

Mais chacune de ses envies lui paraissait déplacée, trop envahissante, ou bien alors trop égoïste. Alors il ne fit rien. Il resta là, à deux doigts de pleurer, dans cette pièce qui sentait légèrement le renfermé, pendant que Kenma ne quittait pas des yeux le lit de Shoyo.

– Ma mère m'attend devant, dit-il soudain. Elle attend que je récupère mes affaires.

Le regard du brun glissa jusqu'au sac de vêtements qui se trouvait à coté de lui, et il comprit soudain que ce que son ami venait faire.

Il ne revenait pas à l'Académie après presque une semaine d'absence. Il partait.

– Tu...

– Je ne reviendrais pas, le coupa t-il. C'est fini.

Les affaires d'Hinata étaient encore là, éparpillées un peu partout, et Kuroo se demanda, tandis qu'il regardait Kenma bouger – vraimentbouger –, si ses parents allaient venir les récupérer. Le blond s'approcha du lit, attrapa une petite peluche, puis revint prendre son sac avant de se diriger vers la porte.

Kuroo n'eut pas le temps s'ajouter quelque chose : une seconde plus tard, la chambre était déserte, et son ami d'enfance était parti pour de bon.


Daishou observait, assis dans les gradins du gymnase, les troisième année s'entraîner avec beaucoup moins d'entrain qu'avant les vacances. Beaucoup avaient l'air soucieux, bougeaient bien plus lentement, faisaient des erreurs facilement évitables : il les regardait, emmitouflé dans son manteau, essayant d'analyser le pourquoi du comment.

Pourquoi être diplômé de cette Académie semblait-il tellement leur tenir à cœur ? Comment pouvaient-ils encore penser à leurs examens alors qu'un tueur venait de s'en prendre directement à l'un de leurs camarades ?

Certes, ce n'était qu'un première année. Certains devaient sûrement se dire que cela n'avait rien à voir avec eux, et dans un sens ils n'avaient pas tout à fait tord : pourquoi s''en faire pour lui, alors que des centaines de millier de personnes mourraient dans le monde entier ? Mais pour Daishou, c'était différent. Ce garçon, Hinata Shoyo, était un ami d'Akaashi. Il était un élève de l'école. Il était une arme, comme lui.

Il était une personne qui se croyait à l'abri, et qui au final ne l'était pas du tout, comme eux tous.

Son regard glissa jusqu'aux jumeaux Miya qui s'entraînaient de l'autre coté, près de la sortie de secours. Quelque chose remua dans sa poitrine, et il se demanda vaguement où était passée cette admiration qu'il leur avait porté depuis le début de sa scolarité. Il se souvenait encore de la première fois où il les avait vu – vraiment vu – s'entraîner, deux armes ensemble qui ne semblaient pas avoir besoin d'un meister.

Il avait toujours trouvé cette autonomie extraordinaire. Individuels, forts : ces deux là avaient toujours représentés ce que lui voulait devenir.

Un jour, il avait réuni son courage et était allé les trouver, à la sortie de leur dortoir, pour leur demander comment ils avaient fait. Comment étaient-ils devenus deux armes à feu sans meisters.

Et malheureusement, leur réponse n'avait pas été ce qu'il s'était imaginé.

Pas de meister ? Tu penses que c'est important ? Nous pourrions être tout autre chose, mais ce n'est pas l'envie de liberté qui nous a poussé à nous associer malgré notre ressemblance. La personne, le partenaire, c'est ça l'important. Pas ce qu'il est, mais qui il est.

Daishou n'était jamais retourné leur parler. Il ne voulait pas de toutes ces belles paroles. Bien sûr que la nature d'un partenaire était important ! Les meisters se pensaient plus forts, plus importants. Pour une grande partie d'entre eux, leur arme n'était là que pour décorer, et ils s'attribuaient tout le mérite de leurs actions quand bien même seuls ils ne serviraient pas à grand chose.

Suguru les haïssait. Depuis longtemps. Et malheureusement, ce qui lui faisait le plus peur à présent, c'était qu'il sentait ses émotions se tarir : il n'avait plus envie de hurler sa frustration, il n'avait plus envie de pleurer chaque soir en s'endormant, il n'avait plus envie de pousser chaque meister du haut d'une falaise.

Parce qu'il avait rencontré Mika. Et Iwaizumi. Et tous ces partenaires qui traitaient leur arme correctement, comme de réelle personne. Il sentait sa détermination faiblir, et cela le terrifiait.

Car si lui ne plaçait plus ces barrières, alors qu'est-ce qui pouvait bien le protéger et empêcher cette personnede se rendre compter que son arme était là, tout près ?


La première pensée qui traversa Kuroo en entrant dans la salle de colle ce soir là fut : pourquoi diable y a t-il autant de monde ? Puis tout de suite après Je rêve où la seule place restante est à coté de Daishou ?

Il resta immobile dans l'embrasure plusieurs secondes jusqu'à ce que le professeur Ukai – et bien sûr que ce devait être lui, depuis quand Kuroo avait-il de la chance ? – lui dise d'aller s'asseoir. Il traîna des pieds jusqu'à la place libre, en faisait très attention à ne pas croiser le regard de Daishou : il n'avait vraiment pas la force de s'engueuler avec lui aujourd'hui, surtout pas après avoir compris que son ami d'enfance arrêtait ses études et partait s'enfermer chez lui jusqu'à ce qu'il se sente mieux, si cela arrivait un jour.

Il s'installa en silence et sortit ses affaires, observant autour de lui tout en se demandant pourquoi diable tous les élèves de cette Académie avaient-ils décidé de se faire coller le même soir que lui. Baissant les yeux sur sa feuille, Kuroo se mit à griffonner dans un coin et se demanda quelle sensation pouvait-on ressentir en perdant son partenaire. À présent, il ne savait même plus s'il voulait la trouver, son âme sœur, car lui ne pourrait jamais réchapper d'une pareille douleur, il le sentait.

Soudain, alors que le professeur leur écrivait les exercices à faire sur le tableau, la voix de Suguru lui demanda, chuchotante :

– J'ai appris que tu t'étais excusé auprès de Keiji ?

Il n'entendit aucune moquerie, mais Kuroo resta tout de même sur ses gardes. Il tourna doucement la tête, et constata que l'autre paraissait concentré sur ce qu'il griffonnait.

– Ouais, répondit-il en se passant une main sur la nuque. Je... j'ai vraiment agi comme un con, et... en fait Akaashi est plutôt sympa, non ? C'est juste que... c'est Bo' quoi. Mon meilleur ami.

Il recopia à sons tour les maths, ne s'attendant pas vraiment à ce que Daishou réponde encore quelque chose, mais fut étonné d'entendre :

– Je crois qu'Hinata était l'arme de ton ami, non ? Je suis désolé.

La mâchoire de Kuroo se décolla et il se retourna vers Suguru, les yeux écarquillés et les sourcils haussés. Venait-il vraiment d'entendre... ? Son visage avait l'air sérieux, pas vraiment près à une fois de plus se moquer de lui, mais il n'y croyait tout de même pas. Cela cachait forcément quelque chose, non ?

– Il avait l'air... complètement détruit, avoua t-il à voix basse, pas vraiment sûr de pourquoi il continuait de lui répondre. Pour être honnête, je n'avais pas imaginé qu'être partenaire avec quelqu'un était aussi...

Il ne savait pas quel mot employer pour définir sa pensée, mais fut soulagé de voir Daishou hocher la tête, comme s'il comprenait ce qu'il venait de dire – et qu'il approuvait, peut-être un peu trop vivement pour le coup –.

– Ouais.

Le brun lui lança un coup d'œil.

– Et... Akaashi ? Ça va ? Il était ami avec lui, non ?

– Ça... ne va pas fort, je crois. Il ne parle pas beaucoup, mais ça se voit.

Kuroo laissa échapper un petit « hmm, je me doute », ne sachant pas vraiment quoi dire. La pièce était silencieuse, et en balayant les autres élèves du regard il put constater qu'ils paraissaient tous fatigués.

– Ton ami n'aurait pas souffert comme ça sans ce lien, marmonna Daishou à coté de lui.

En se retournant vers lui, les sourcils froncés, Tetsurou crut avoir mal entendu.

– Quoi ?

– Sans ce foutu lien entre meister et arme, ton ami n'aurait pas souffert comme ça, répéta t-il en levant les yeux pour rencontrer son regard.

Le brun mit quelques secondes avant de réellement comprendre ce que cet imbécile voulait dire, et se mit immédiatement à serrer son stylo dans sa main.

– Qu'est-ce que tu veux dire ? Pourquoi tu me parles du lien maintenant ?

– Quoi, t'y as jamais pensé toi ?

– De quoi ? Que si un jour un malade tuait un de mes potes à noël dans une rue déserte, j'avais qu'à ne pas être ami avec lui ?

Daishou claqua la langue et secoua la tête, comme si Kuroo était vraiment le dernier des abrutispour ne pas comprendre ce qu'il entendait.

– Je peux t'assurer que jamais tu ne ressentiras la même chose que des personnes qui partageaient un lien. Cette merde te rend dépendant, à tel point que vivre seul après coup reviendrait à rester bloquer dans un lit d'hôpital alors que ta plus grande passion c'est la course.

Sa voix avait peu à peu prit du volume, mais le brun ne le remarqua même pas, trop aberré par ce qu'il entendait. Devant eux, le professeur Ukai fronça les sourcils dans leur direction et quelques élèves se retournèrent.

– Et comment tu peux savoir tout ça au juste ? Aux dernières nouvelles, t'as pas de partenaire non plus, alors qu'est-ce qui te fait penser qu'avoir un partenaire est ce qui peut t'arriver de pire dans la vie ?

Il ne comprenait pas. Il ne comprenait vraiment pas comment quelqu'un pouvait penser ça, surtout en ayant des dizaines d'exemple qui prouvaient le contraire juste sous ses yeux, tous les jours. Suguru plissa les yeux, et le poing de Kuroo se serra davantage.

– Tu veux savoir ce qui me fait dire ça ? Imaginer que quelqu'un puisse t'avoir toi comme partenaire, c'est pas une preuve suffisante peut-être ?

Et là, le coup partit tout seul.


« Kuroo et Daishou se sont battus dans la salle de colle, en fin d'après-midi. »

Cela faisait un moment qu'Oikawa Tooru ne s'était pas senti aussi énervé. Avançant dans les couloirs de l'internat, il monta les escaliers quatre a quatre, gelant légèrement quelques marches dans la manœuvre, et se rendit au troisième étage sans même réussir à se calmer un minimum. Derrière lui, Iwaizumi tentait de suivre comme il le pouvait en trottinant, restant tout de même à une distance raisonnable de sécurité.

Quand ils croisèrent par malheur Ushijima au palier du premier étage, le brun grimaça en observant son partenaire lui lancer un regard qui le fit lui même frisonner, et fut presque impressionné de voir que Wakatoshi ne recula que d'un pas.

Arrivé enfin au dernier étage de l'internat, Hajime lâcha une prière silencieuse avant de s'arrêter au bout du couloir. Oikawa courait presque à présent, et lui ne voulait pas être là pour voir ça.

Le châtain ne toqua même pas à la porte et manqua de briser la poignée qui se recouvra de givre sous ses doigts. À l'intérieur de la chambre, Tsukishima lisait tranquillement un livre sur son lit et ne releva même pas la tête lorsqu'il s'avança vers Daishou pour le lever de sa chaise.

– Putain, vous vous foutez de qui là !

Il avait envie de remettre un coup dans le pansement qui se trouvait sur sa joue.

– Oikawa ? Tu m'as l'air un peu –

– Tais toi. Franchement, j'avais espéré mieux de toi. C'est la merde un peu partout, un meurtrier se balade dans la ville, un gamin est mort il y a moins de deux semaines, et vous, qu'est-ce que vous faites ? Vous vous tapez dessus ?

La tête d'Hajime apparue dans l'embrasure, mais en constatant que personne n'était encore blessé il disparu à nouveau.

– Que ça vienne de Kuroo, ça encore je peux le comprendre : il pense avec ses muscles, réagit la plupart du temps comme un gamin, et son ami d'enfance vient juste de disparaître !

Il leva les bras en l'air comme pour dire « qu'y pouvons nous ? », puis se pinça le haut du nez avant de fusiller Suguru du regard, qui le regardait avec des yeux ronds.

– Mais toi ! Toi ! Tu es intelligent, bordel ! Enfin je pensais que tu l'étais –

Il secoua vivement la tête, puis s'avança de quelques pas jusqu'à pouvoir lui attraper le poignet. Suguru lâcha un petit cri de surprise, mais ne put rien faire d'autre que protester légèrement, car après tout qu'est-ce qui était en train de se passer ?

Avant qu'il ne comprenne ce qu'Oikawa essayait de faire, il se retrouva dans la chambre d'en face, tandis que le châtain le poussait à l'intérieur d'un léger coup de pied.

– Bokuto, l'appela t-il. Viens par là, tu veux ?

Son ami releva la tête – était-il en train de faire ses devoirs ? Mince alors – et se leva pour lui obéir. Tooru balaya la pièce du regard, fusillant Kuroo en passant qui les regardait tous comme s'il ne comprenait absolument pas ce qui se passait non plus. Ses yeux croisèrent ceux de Daishou et il y eut un moment de flottement, comme s'ils se disaient au même instant :

On a... peut-être fait une connerie.

Mais avant que Suguru puisse se reprendre et se dire que jamais il ne penserait la même chose que l'autre abruti au même moment, Oikawa le poussa encore plus dans la pièce, posa ses mains sur ses hanches, et cracha presque :

– Vous deux, vous restez là. Vous vous expliquez, et quand vous sortirez, je ne veux plus entendre parler de votre soi-disant rivalité, c'est compris ? Vous êtes plus des gamins, merde !

Il tourna les talons, constata que Bokuto était sorti de la pièce de lui même, puis claqua la porte derrière lui.


– Bon... je vais voir Akaashi alors.

Bokuto observa son ami du coin de l'œil, puis en voyant qu'Iwaizumi hochait la tête dans sa direction, se dirigea vers les escaliers au bout du couloir. Le brun attendit qu'il ait complètement disparu avant de se retourner vers son partenaire. Ses poings serrés et sa mine pincée lui apprirent ce qu'il voulait savoir, si bien que tout doucement il tendit sa main vers Tooru et lui prit le bras.

– Ils ne sortiront pas, lui assura t-il en lançant un coup d'œil en direction de la porte. Pas après ça.

Il tira légèrement sa manche.

– Viens avec moi. Parle moi. Te voir t'énerver autant... c'est rare tu sais ? La dernière fois, c'était contre Ushijima, et ça doit remonter à presque un an.

C'était rare en effet, surtout contre ses amis. Le châtain se laissa entraîner, tête baissée, vers leur chambre un peu plus loin. L'atmosphère était étrange, et Hajime sentait peu à peu la colère de son partenaire redescendre, mêlée à une sorte de gêne qu'il percevait grâce à leur lien. Oikawa n'avait pas voulu s'énerver ainsi, il le savait, mais voir ces deux là se disputer ainsi pour des raisons futiles dans cette période agitée l'avait faire réagir un peu excessivement.

Kuroo était l'un de ses meilleurs amis. Et Daishou était quelqu'un qu'il appréciait tout particulièrement.

Iwaizumi l'avait toujours su, les nombreuses fois où, avant que le Soul Eater ne fasse son apparition, Tooru lui avait donné accès à son âme. Ils avaient tous les deux compris que ces deux là étaient partenaires ce n'était après tout pas vraiment sorcier à deviner, et avant aujourd'hui leurs disputes n'avaient été que de petites piques, comme s'ils se tournaient autour.

Ce qui devait très certainement être le cas, à vrai dire.

Une fois leur chambre atteinte, Tooru s'avança lentement, comme fatigué, jusqu'à son lit où il se laissa tomber.

– Alors ? commença Hajime en allant s'installer sur la chaise de son bureau. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Depuis quand étaient-ils retombés au point d'être forcés de dire les choses à voix haute ? Il savait ce qui était arrivé, dans les grandes lignes, mais il voulait réellement l'entendre de sa bouche. Et peut-être même... qu'il lui avouerait ce qui le poussait à se retrouver sur des scènes de crime à trois heures du matin.

– Je...

Oikawa fronça les sourcils.

– Tu crois que je devrais aller m'excuser ?

Hajime secoua la tête.

– Ils le méritaient, ça leur servira peut-être de leçon. Les profs ont autre chose à faire que de s'occuper de leurs bêtises.

Cela sembla le rassurer un peu, même si le brun sentait toujours une légère gêne autour de lui. Iwaizumi posa son coude sur le bureau et son menton dans la paume de sa main.

– Tu ne veux toujours pas me dire ce qu'il y a ?

Leurs yeux se rencontrèrent, et Tooru détourna rapidement le regard. Il s'allongea sur les draps, et se mit à lui tourner le dos.

– Rien. J'étais juste énervé parce qu'ils ne prennent pas la situation au sérieux.

– Et toi ?

Les sourcils du châtain se froncèrent.

– Toi, tu la prends au sérieux ?

Il se redressa immédiatement, et fusilla son meilleur ami du regard. Ce dernier le lui rendit, bien décidé à ne pas lâcher l'affaire.

– Tu penses peut-être que tu comprends mieux tout ça, parce que quoi ? Ta sœur est au milieu de cette merde ? Tu plains l'ami de Kuroo parce qu'il a perdu son partenaire, mais est-ce qu'à un moment tu as pensé à toi ? À moi ? Comment est-ce que tu penses que je vivrais, s'il t'arrivait la même chose ?

Il se releva, sa chaise cognant le bois du bureau dans la manœuvre, et s'approcha d'Oikawa. Ce dernier ne disait plus rien : il n'avait rien à répondre.

– Je vais t'en donner une idée : je ne vivrais pas. Tu sors en douce quand je ne peux pas le sentir, et je découvre le matin que j'aurais pu te perdre à jamais. Alors oui, tu ne vas pas très loin. Tu es entouré de policier. Il y a ta sœur. Mais rien de tout ça ne te protège vraiment. Tu penses être invisible : je le sais, je vis pratiquement dans ta tête. Et c'est vrai, tu esfort. Mais...

Soudain, Tooru se leva à son tour, l'interrompant au moment où sa voix commençait à flancher. L'expression dans ses yeux lui serra le cœur, et quand il lui tendit la main, Hajime se rendit compte qu'il tenait une feuille de glace, qu'il venait très certainement de créer.

Leur marque.

– Ce n'est pas en faisant des choses comme ça que je vais oublier, tu sais ? précisa t-il en essuyant le coin de son œil et en acceptant le morceau gelé. Tu fais toujours ça, esquiver.

Oikawa lui sourit, fragilement, puis lui ébouriffa les cheveux. Quand il tourna les talons pour se rendre dans la salle de bain, Hajime ne dit rien et le regarda simplement, sentant la feuille fondre dans sa paume.


Une fois la porte refermée dans un claquement sec, Daishou et Kuroo la fixèrent encore quelques instants. Le silence est retombé, et ils tentent chacun de leur coté de comprendre ce qui venait de se produire.

– Donc..., tenta Kuroo en fronçant les sourcils. Il m'a semblé un peu tendu, non ?

Même Suguru ne savait pas trop quoi dire. Il se gratta l'arrière de la nuque en se retournant vers l'abruti avec qui il devait s'expliquer – l'idée de passer outre l'ordre d'Oikawa l'avait un instant effleuré, mais elle avait très vite disparu – puis avisa la chaise la plus proche avant d'aller s'écrouler dessus.

Il portait déjà son pyjama – est-ce qu'Oikawa avait ne serait-ce que regardé l'heure qu'il était avant de le traîner dans les couloirs ? – et sentait étrangement que le temps allait être long.

– Bon, on attend combien de temps avant de faire comme si on avait vraiment parlé ?

Kuroo fronça les sourcils, encore une fois, comme si Daishou venait de dire quelque chose de vraiment insensé, puis croisa les bras sur sa poitrine.

– Et si on parlait vraiment, pour une fois? déclara t-il tout à coup, et Suguru manqua de s'étouffer sur place.

Il se mit à le regarder avec des yeux ronds, pas vraiment sûr qu'il ait vraiment entendu ce qu'il pensait avoir entendu, parce que zut depuis quand Kuroo était-il autre chose qu'une brute sans cervelle ?Certes, il n'était peut-être pas au niveau de Bokuto – et encore, lui avait au moins les muscles pour se défendre, justement – mais tout le monde savait parfaitement que Tetsurou Kuroo ne réfléchissait pas avant de parler. Et plus important encore : il ne réfléchissait pas et ne parlait pas avec Daishou Suguru, parce qu'ils étaient censés se détester. Cordialement. Comme... des ennemis. Ce qui leur avait toujours convenu, alors à quoi jouait-il ?

Daishou plissa les yeux et fit une moue qui ressemblait fortement à une grimace avant de pencher la tête sur le coté pour lui faire comprendre de son idée était stupide, et que la sienne était meilleure.

– Quoi ? T'en as pas marre toi ? On est plus des gamins, et...

Il prit une grande inspiration, et soudain Suguru sût que ce qu'allait dire cet imbécile n'allait pas lui plaire.

– Je suis désolé de t'avoir frappé tout à l'heure. Même si je sais que tu as fait exprès de me chercher, parce que tu sais très bienque j'ai le sang chaud.

Il hocha la tête, d'accord avec lui même. Daishou, de son coté, n'étais pas du tout d'accord. Qu'est-ce que Kuroo était en train de faire là ? Essayait-il de faire la paix ? Ce n'était pas bon, pas bon du tout.

Ils étaient ennemis. Rivaux. Némésis. Tous les synonymes du terme : si leur relation changeait – et Suguru n'était absolument pas près pour ça – alors il ne savait plus quoi faire.

Parce que merde, il avait leur marque sur son foutu poignet.

– Je m'excuse, répéta t-il, et Daishou eut envie de fuir. Et j'aimerai bien que tu me dises pourquoi t'as voulu qu'on se batte. Et pourquoi t'as un avis aussi tranché sur la question du lien, du partenaire, et tout ça.

– Si tu penses que –

– Daishou, l'interrompit-il. J'en ai marre qu'on se batte. Certes, t'es un con, et on deviendra sûrement jamais les meilleurs amis du monde, mais... Un élève est mort. Et peu importe si c'était le partenaire de Kenma, un première année, une arme : c'était un garçon comme nous. Ça aurait pu arriver à n'importe qui. À Oikawa. Bokuto. Akaashi. Toi. Moi.

Un sourire amusé prit place sur ses lèvres, malgré l'air triste qui s'était installé.

– Arrête de me regarder comme si tu venais de découvrir que j'ai un cerveau. Je veux faire la paix, ok ? On se sert la main, tu me dis pourquoi t'as l'air constipé, je te tapote l'épaule, et Oikawa ne nous brise pas les genoux en sortant.

Il ne s'était pas attendu à ça. Daishou cligna des yeux, légèrement perdu, et il sentit quelque chose se fissurer sur son visage. Avec Kuroo, tout avait toujours été plutôt simple – ou en tout cas moins compliqué qu'avec certain – : ils se croisaient, se lançaient deux trois piques, faisaient comme s'ils ne pouvaient pas se voir en peinture, et ça roulait ainsi. Cela devait rouler ainsi.

Mais là, quand il regardait le meister, avec personne autour pour les appuyer dans leur pseudo rivalité, c'était bien plus difficile de continuer comme ça.

Un immense soupire passa ses lèvres, et il se traita mentalement d'imbécile en pensant à ce qu'il s'apprêtait à faire.

– Très bien, mais on saute le passage où on se serre la main et tu me tapotes l'épaule.

Kuroo sourit.

– Comme tu veux. Je suis sûr que t'as les mains moites de toute façon.

– Mes mains sont toujours douces comme les fesses d'un bébé.

– C'est ça, ricana t-il. Allez raconte moi tout.

Daishou le fixa un instant, puis se lança, certain que s'il attendait encore un peu il allait finir par se dégonfler.

– Ma sœur est morte.

Il vit le sourire du brun disparaître immédiatement tandis que son visage se décomposait. Ses yeux affichaient une surprise sincère, et quand il ouvra la bouche, Suguru devança sa question :

– Ça fait des années maintenant. Bien avant que j'entre à l'Académie.

Kuroo le regardait avec sérieux à présent, et sur le coup il trouva cela étrange. Nouveau. Il ne se rappelait plus la dernière fois où il en avait parlé à quelqu'un.

– Elle avait trouvé son meister à l'Académie, comme tout le monde, et notre mère était ravie. Poli, riche, il lui ramenait toujours des fleurs quand il venait à la maison.

Même pendant ses pauses, il appréciait de ne pas se faire interrompre.

– Je l'aimais bien au début. Comment ne pas l'aimer ? Il jouait à des jeux vidéos avec moi, m'emmenait chez Mika le week-end : on avait même créé notre propre check.

Il avait culpabilisé pendant si longtemps à cause de cette période. Jusqu'à ce que le comportement de sa mère le mette plus en colère que sa propre naïveté.

– Elle avait des bleus, de temps en temps. Elle rentrait en fin de semaine avec les bras plein de bleus, et me racontait que c'était à cause des entraînements, des missions. Que comme j'étais aussi une arme, je verrais bien plus tard : elle m'expliquait plein de chose, et j'en comprenais même pas la moitié, même si je faisais semblait parce que, et bien j'ai toujours aimé faire mon malin.

Pendant une seconde, il oublia que c'était Kuroo. Il oublia que quelqu'un se trouvait face à lui et l'écoutait attentivement, buvant chacun de ses mots.

– Il la battait depuis des années. On a appris après qu'il avait été déçu en voyant la marque sur elle. Qu'il aurait voulu mieux. Qu'elle n'était pas à la hauteur de ses attentes. À la base, ma sœur se fichait bien de tout ça : elle était maladroite mais se rattrapait en parlant fort, comme si elle était sûre d'elle.

Son regard s'était fixé sur un point indistinct, perdu quelque part sur le sweat-shirt du brun.

– Petit à petit, elle a arrêté de parler fort. Elle s'excusait plus souvent, passait moins à la maison, a arrêté de voir ses amis. Parfois, il parlait pour elle. Il la taquinait à table, et –

Et comme je voulais qu'il m'apprécie, je la taquinais avec lui.

– Ma mère n'a rien vu. Elle était contente que sa fille ait trouvé un meister avec un nom et de l'argent. Pour elle, une arme seule ne sert à rien. Toute sa vie on lui a répété que les armes n'étaient que des outils, alors maintenant tout ce qu'elle voulait c'était pouvoir dire à ses collègues que sa fille était un membre de la police et était régulièrement envoyée en mission en dehors de la ville.

Il n'avait même plus envie de pleurer. Parler de tout cela lui donnait simplement envie de taper sur quelque chose, ou quelqu'un.

– Un jour, elle a arrêté de rentrer. Elle ne répondait plus au téléphone. Et après une mission ratée, ma mère a reçu un coup de fils pour la prévenir que sa fille avait été retrouvée morte à son domicile. Il lui avait donné un coup de trop.

Il passa une main tremblante dans ses cheveux, essayant de se calmer.

– Tu sais pourquoi elle n'est pas partie ? demanda t-il en relevant la tête.

Leurs regards se croisèrent, et il fut surpris de constater que Kuroo avait l'air triste. Il ne le regardait pas avec pitié, mais... C'était étrange. Il ne devait pas le regarder comme ça.

– Elle est restée à cause du lien. Parce qu'elle n'avait que lui. Parce qu'elle pensait que si son âme sœur lui faisait ça, c'était parce qu'elle le méritait. Le lien la forçait à l'aimer malgré tout.

Une lueur de compréhension passa dans ses yeux, et soudain son visage fut doux. Et cette constatation le figea tout entier. Kuroo n'était pas doux. Kuroo aurait du se moquer de lui. Kuroo était un meister.

– Il... elle...

Il s'arrêta, car Daishou sentit alors qu'il en avait dit trop. Sûrement à la mauvaise personne, d'ailleurs. Maintenant, il avait les cartes en main pour le toucher où cela faisait mal. Il savait ce qui importait, ce qu'il était, ce qu'il avait vécu.

Quand le brun ouvrit la bouche, Suguru ferma les yeux.

– Je suis désolé, lui dit simplement Kuroo.

Et Daishou Suguru sortit de la chambre en courant.


La professeure se déplaçait agilement entre les tables, distribuant des feuilles à chaque élève. Elle venait tout juste de leur rendre leur copie d'examen, après presque une heure de correction, et chacun observait son travail avec attention, s'échangeant de temps à autre, des petits regards déçus ou fiers.

Au deuxième rang, Oikawa observait sa note avec un air satisfait, et laissa glisser son regard sur celle d'Hajime : ils firent un tope-là discret entre leur bureau. Dehors, la neige tombait à nouveau et recouvrait la cour et les jardins d'un épais tapis blanc : tout le monde portait des pulls à l'intérieur, et râlait quand les radiateurs n'étaient pas assez allumés dans certaines pièces.

Aujourd'hui, les élèves semblaient reprendre légèrement vie, et les mines tristes ou soucieuses commençaient doucement à s'effacer. Personne n'avait oublié, mais ils faisaient avec. Oikawa se sentait également un peu plus calme : sa colère de la vieille l'avait légèrement vidée, mais il trouvait que cela lui avait fait du bien, dans un sens. De ne pas garder tout à l'intérieur.

– Tu paris combien pour la note de Kuroo ? chuchota Tooru en se penchant vers son meilleur ami.

Ce dernier haussa un sourcil, comme si la question était stupide.

– Pour les maths ? Je mise sur Bokuto.

– T'es vache.

– Réaliste, plutôt.

Ils échangèrent un sourire. La professeure leur lança un coup d'œil, puis remonta sa manche pour regarder sa montre.

– Bon, avant la deuxième heure je vous laisse quelques minutes de pause, d'accord ?

Le châtain soupira de soulagement, et se leva afin de s'étirer. Des filles se levaient déjà pour aller faire un tour dans le couloir, et il se faufila entre les bureaux en prévenant Hajime :

– Je vais aux toilettes j'en peux plus.

Ce dernier ricana et lui fit un petit lui de la main.

– Dépêche toi, lui dit-il. Celles du deuxième étage sont fermées.

Oikawa lâcha un « merde c'est vrai » avant de s'échapper de la classe en trottinant. Dans les couloirs, il évita les autres élèves et salua un groupe de filles qui gloussèrent à son passage, tout en se dépêchant afin de ne pas revenir trop tard.

Les toilettes étaient désertes, ce qu'il remarqua en se lavant les mains. Ses yeux balayèrent les traits fatigués de son visage dans le miroir face à lui, et il prit la décision d'aller se coucher tôt ce soir après le dîner. Peut-être même qu'il s'inviterait dans le lit d'Hajime, vu comment il faisait froid dans leur vieux bâtiment F. Son meilleur ami avait ramené une couverture après les vacances de noël, et elle était douce et moelleuse à souhait.

Soudain, alors qu'il s'apprêtait à retourner vers sa classe en avisant l'heure – était-il vraiment parti depuis plus de sept minutes ? – quelque chose vibra dans sa poche de jean et il sursauta avant de constater que ce n'était que son téléphone.

Il fixa le numéro – qu'il ne reconnaissait pas – qui était en train de l'appeler, et quitta les toilettes en décrochant :

– Oui, allô ?

Le ton de la jeune femme à l'appareil était clair et distinct, mais il sentit malgré tout son allure ralentir.

– Bonjour. Je parle bien à monsieur Oikawa Tooru ?


Pour être honnête, jamais Kuroo n'aurait cru qu'un jour viendrait le moment où il verrait Daishou Suguru s'enfuir en courant. Et pourtant.

La veille au soir, il l'avait vu : son visage tout à coup terrifié, alors qu'il lui racontait comment sa sœur était mortepour l'amour de dieu,puis la façon dont il avait tourné les talons avant de prendre ses jambes à son cou. Sur le moment, comme Kuroo avait cru halluciner, il avait tout simplement attendu que Bokuto rentre et éteigne les lumières. Quand il s'était réveillé, il n'y avait eu qu'un vague « putain de merde » à table pendant le petit-déjeuner, quand Oikawa s'était excusé et que le brun avait compris qu'il n'avait pas rêvé. Ni halluciné.

Il avait ensuite compris que Daishou était très fort pour éviter les autres, car il ne l'avait pas trouvé avant la pause du midi, qu'il avait passé à fouiller l'Académie – en vérité, il avait envoyé Bokuto poser la question à Akaashi, et ce dernier leur avait répondu « il se cache dans les toilettes du premier étage à chaque pause depuis ce matin » –, alors il s'y était rendu.

Et quand il avait ouvert la porte en s'exclamant :

– Daishou je sais que t'es là !

Il avait eu le temps d'apercevoir la fuite la plus stylée de sa vie soudain la dernière porte des toilettes s'étaient ouvertes en grand et Suguru s'était mis à courir en direction de la fenêtre. De la fenêtre. Il avait sauté du premier étage et Kuroo était resté plusieurs minutes immobile, la mâchoire décrochée, avant de se précipiter vers le rebord en se demandant s'il allait devoir ramasser un cadavre – bien heureusement, il n'y avait rien, donc il se contenta de hurler « t'es un gros taré ! » aux buissons en contre-bas.

À présent, il se faufilait dans le gymnase, discrètement, alors que le terrain d'entraînement était noir de monde et de partenaires qui s'entraînaient sérieusement. Il salua quelques personnes avant de sauter par dessus le muret qui le séparait des gradins et de gravir les quelques marches qui le menèrent tout en haut. Kuroo marcha un peu quand enfin il repéra ce qu'il cherchait – pas vraiment avec difficulté, étant donné que sa cible avait les cheveux verts – et s'approcha par derrière.

L'expression de Daishou fut sans prix quand il enjamba le banc pour s'asseoir à coté de lui.

– Je préviens, si tu penses encore à t'enfuir par la fenêtre oublie tout de suite.

– Les fenêtres sont à plusieurs mètres du sol tu veux que je fasse comment au juste ?

T'as sauté de la fenêtre du premier étage, je te signale.

Un petit air fier prit place sur ses traits, et Kuroo regretta presque ce qu'il venait de dire.

– Pas d'autographe pour toi, désolé.

– Connard.

Mais étrangement, il n'avait plus envie de le pousser du haut d'une falaise.

– Bon, sinon tu vas me dire pourquoi tu t'enfuies depuis hier soir ?

– Je ne m'enfuis pas.

– C'est ça. Tu veux que je te tapote l'épaule ?

– Certainement pas avec tes mains moites.

Ils se regardèrent.

– Tu sais ce que je pense ?

– Ah, parce que tu pensestoi maintenant ?

– Super drôle. Hilarant, même. Je sais que tu regrettes de m'avoir dit ce que tu m'as dit, et je vais pas faire semblant d'avoir oublié pour te faire plaisir. Alors si tu pouvais arrêter de m'éviter, je pense que ça arrangerait tout le monde.

Daishou avait perdu son rictus, et l'observait à présent avec les sourcils froncés. Sa moue formait une expression perturbée, comme s'il essayait de comprendre quelque chose.

– Et ça arrangerait qui, au juste ?

Mais Kuroo balaya sa remarque d'un léger mouvement du poignet, et enchaîna :

– Donc, maintenant je sais ce qui est arrivé à ta sœur et je suis désolé.

Il lui tapota l'épaule, et récolta un faux regard dégoûté au passage.

– Et on peut savoir d'où te vient cet élan d'amabilité ? Depuis quand t'as arrêté d'être con ?

– Depuis que j'ai fais de la peine à mon meilleur ami avec ma jalousie mal placée, qu'un gamin est mort pas longtemps après, et que mon soi disant pire ennemi est entré dans ma chambre pour me déballer sa vie en supposant pendant quelques secondes que justement, j'arriverai à ne pas réagir comme un con. Mais je te retourne la question, ajouta t-il en tournant légèrement la tête vers lui, tu me sembles étrangement plus vivable.

Daishou ricana.

– J'ai toujours été parfaitement vivable. T'as simplement enfin ouvert les yeux.

Il leva les yeux au ciel.

– Je crois que je regrette ce que je viens de dire.

– Bien sûr que non tu ne regrettes pas.

– Tu veux qu'on se serre la main, histoire qu'on aille jusqu'au bout de cette situation ridicule ?

Suguru le fixa.

– T'en parles à quelqu'un et t'es mort.

– Personne ne me croira de toute façon.


« hôpital de la sixième avenue nord. rejoins quand tu peux. »

Iwaizumi arriva à l'hôpital vers midi, complètement essoufflé. Sa poitrine le brûlait atrocement, étant donné qu'il s'était enfuit de la salle de classe au moment même où il avait regardé son téléphone à la fin du cours et, paniqué, il n'avait même pas pensé à prendre un bus. À présent, il se tenait au comptoir du service d'urgence, tentant vainement de retrouver sa respiration, et ouvrait et fermait la bouche devant l'air légèrement inquiet de l'infirmière qui se trouvait de l'autre coté.

– Jeune homme, tout va bien ? Si tu fais une crise, je peux te conduire au bout du cou –

Mais le brun secoua vivement la tête, inspira assez d'air pour réussir à sortir sa phrase, puis lâcha d'une voix rauque :

– Oikawa.. Tooru... est-il ici ?

Il toussa un coup, puis se redressa légèrement et tenta de se calmer. Ce fut encore plus dur qu'il ne l'aurait cru, surtout alors qu'il se trouvait dans cette situation : il ne savait rien, et ne comprenait rien. Oikawa partait aux toilettes, ne revenait pas pour le cours d'après – et même en tirant légèrement sur leur lien, Hajime n'avait rien pu apprendre –, et soudain il recevait un message concis – ce que son meilleur ami ne faisait jamais – lui demandant de se rendre à l'hôpital.

Quand l'infirmière releva la tête, elle l'étudia de la tête aux pieds avant de lui demander d'une voix qui se voulait très certainement apaisante :

– Oikawa Tooru est bien enregistré en tant que visiteur, mais... excuse moi, es-tu de la famille ?

Cette question lui resta en travers de la gorge, malgré le soulagement qui l'envahi à l'idée que son partenaire n'était que visiteur, et soudain il s'imagina bloqué là, sans possibilité de le rejoindre.

– Je... En fait, je suis... pardon, mais pourquoi est-il ici ? Je suis son meilleur ami, et..

Il lui lança un regard implorant. La jeune femme le lui rendit un instant, puis laissa échapper un mince soupir avant de regarder à gauche et à droite. Le hall n'était pas bien rempli, et quasiment personne ne leur prêtait attention.

– Je ne suis pas censée laisser passer les personnes extérieur à la famille, mais... juste pour cette fois, d'accord ? J'aimerai que tu sois sorti avant dix-huit heures.

Elle lui tendit un papier et un stylo, puis lui demanda d'inscrire son nom.

– Il est le frère de la jeune inspectrice en charge de l'enquête sur le Soul Eater, n'est-ce pas ? On n'arrive pas à lui parler et le premier numéro d'urgence ne répond pas.

– C'est... Chiaki ? demanda t-il en fronçant les sourcils.

Elle hocha lentement la tête.

– Ça sera bientôt révélé par les journalistes je pense, mais elle s'est fait attaquer durant son service. Et elle est grièvement blessée.

Iwaizumi n'entendit pas réellement la suite. En fait, il se contenta d'observer cette jeune infirmière avec des yeux ronds, elle qui ne semblait apparemment pas comprendre l'importance de la situation. Ses oreilles ne percevaient plus que des sons lourds et détachés, mais quand elle lui indiqua la « chambre 302, dans le service des soins intensifs » il ne perdit pas une seconde et se précipita dans les couloirs. Même son « on ne court pas dans un hôpital ! » il ne l'entendit pas.

La chambre 302 aurait pu être difficile à trouver si deux médecins n'attendaient pas devant la porte. L'un d'eux était assis sur un chaise, et ils discutaient ensemble à voix baisse, un café dans les mains et des cernes sous les yeux. En s'approchant, Iwaizumi ralentit son allure et s'arrêta finalement à moins de deux mètres.

Celui qui était debout releva la tête et lui lança un regard interrogateur.

– Monsieur ?

– Je... suis – je m'appelle Iwaizumi Hajime et... et.. Oikawa Tooru est dans cette pièce ? demanda t-il en pointant la porte du doigt.

Sa question sembla les réveiller car ils se redressèrent tous les deux, un peu plus alertes.

– Vous le connaissez ?

Il hocha doucement la tête, étonné que ces hommes semblaient presque soulagés de le voir. Lui, ou n'importe qui d'autre. Quand il fit un pas en avant en direction de la chambre, dans la ferme intention d'enfin retrouver son partenaire – à présent il le sentait, le lien, tendu entre eux à travers ce mur qui les séparait – l'un des médecins fit un pas sur le coté pour l'interpeller.

– Vous êtes son ami ?

Pendant un instant, il crut qu'il allait lui demander de partir.

– Il est arrivé il y a un peu plus d'une heure, et il n'a pas l'air de nous entendre. Il ne répond pas non plus. On était justement près à appeler le service psychiatrique, mais si vous voulez bien essayer de le faire réagir...

Hajime se sentit hocher la tête plus qu'il ne le fit réellement, puis ses jambes le guidèrent vers la porte qu'il fit coulisser sur le coté.

L'intérieur de la pièce était calme et blanc tout ce qu'on pouvait attendre d'une chambre d'hôpital. Elle sentait les produits ménagers et l'antiseptique, et les bruits extérieur étaient bloqués par les grandes fenêtres fermés de l'autre coté. Au milieu, un lit aux draps blancs et d'immenses machines sur les cotés qui émettaient de petits bips réguliers.

Tooru était assis sur le fauteuil à coté du lit, les mains posées sur les cuisses et les yeux fixés sur sa sœur, immobile devant lui. Il la regardait comme il pouvait regarder une tombe, et tout à coup leur lien frissonna, et une vague de tristesse frappa le brun comme un uppercut. La barrière que le châtain avait érigé entre eux s'écroula en un instant, et sa gorge se serra si fort qu'il sentit des larmes monter.

Il les ravala et, sans même lancer un regard en direction des medecins, s'avança dans la pièce, les yeux fixés sur son partenaire.

– Oikawa –

Mais sa voix mourut quand Chiaki apparut dans son champ de vision.

Pâle comme la mort en personne, la jeune femme dormait paisiblement, des cernes violettes sous les yeux et ses cheveux ternes et emmêlés parsemés sur son oreiller. Ses mains se perdaient sous les draps qui remontaient jusqu'en haut de la poitrine, et soudain le brun prit conscience qu'elle nageait dans la chemise en coton que les médecins avaient dû lui passer.

Mais surtout, il prit conscience que là où ses jambes auraient du se trouver, le drap retombait à plat sur le bout du lit.

Le monde se mit à tourner, et il fit deux nouveaux pas, jusqu'à pouvoir poser la paume de sa main sur l'épaule de Tooru.

– Monsieur ? l'appela l'un des hommes.

Hajime se retourna et constata qu'il n'en restait en fait plus qu'un. Dans la cinquantaine, les traits assez tirés et les cheveux poivre et sel, ce dernier s'avança vers lui.

– Docteur Nobuteru Irihata, se présenta t-il. Je suis celui qui a opéré mademoiselle Oikawa. Je crois que nous essayons encore de joindre le premier numéro d'urgence, avez-vous une idée de qui cela pourrait-il être ?

Encore une fois, il hocha doucement la tête.

– Sa mère.., chuchota t-il.

Puis il se racla la gorge.

– Sa mère, répéta t-il plus fort. Elle doit être au boulot et...

Le brun cligna des yeux, puis leva le poignet pour lire l'heure sur sa montre.

– Elle doit sortir dans une heure et demie, je crois... et...

Son regard tombait toujours sur le lit qu'occupait Chiaki, et comme une scène irréelle il sentait Oikawa revenir petit à petit sous la paume de sa main. Sa peau lui parut soudain brûlante.

– Excusez-moi, mais – mais qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi – quand, je...

Ses mots s'étranglèrent dans sa gorge, et il fut soudain certain qu'il ne pourrait rien dire de plus. Le médecin – Irihita se rappela t-il – lui offrit un petit regard compatissant.

– Je suis désolé, mais je n'ai pas les détails. Je sais juste que ses collègues l'ont amené en voiture très tôt ce matin, en affirmant qu'elle s'était fait agresser par le Soul Eater, et qu'on a du... s'occuper d'elle très rapidement.

Ses yeux dérivèrent en direction de ses jambes, mais Hajime ne le vit pas : son sang s'était glacé. Soul Eater.Sous ses doigts, Oikawa releva doucement la tête, comme s'il se réveillait, et le brun posa son autre main – il tremblait tant que l'action même fut difficile – sur sa bouche en comprenant ce que cela voulait dire.

En affirmant qu'elle s'était fait agresser par le Soul Eater.

Oikawa avait eu raison.

– Iwa-chan ?

La voix de son meilleur ami le fit presque sursauter, et quand ses yeux rencontrèrent les siens, il ne sut quoi dire. Leur lien était toujours là, tendu entre eux, et le brun voulut lui couvrir les oreilles afin de l'empêcher d'entendre tout ça.

Il fit glisser sa main le long du bras de Tooru, attrapa la sienne, puis la lui serra.

– Je reviens, d'accord ? Dans une minute.

Hajime se retourna vers le médecin, puis l'invita à sortir de la chambre pour aller discuter dehors. Oikawa se contenta de les suivre des yeux, immobile.

Une fois la porte refermée, Iwaizumi prit enfin la vraie mesure de ce qui venait de se passer, et se mit à trembler.

– Son état ? demanda t-il en se dirigeant vers les chaises. Est-elle... ?

– Non, non, elle est tirée d'affaire, lui assura t-il.

Presque aussitôt, un soupir passa les lèvres du brun.

– Nous avons du demander à ses collègues de partir un peu plus tôt, une fois qu'on a réussi à la stabiliser, mais... Je suis désolé, quand elle est arrivée ses jambes avaient déjà été sectionnées, par une lame assez épaisse d'après les plaies, alors pour éviter l'infection nous avons été obligés d'amputer au dessus des genoux. Elle a perdu beaucoup de sang, alors je pense qu'elle devrait mettre un peu de temps à se réveiller, mais... ses jours ne sont plus en danger.

Hajime ne savait même plus s'il se sentait soulagé. Bien sûr que le fait qu'elle était en vie était une bonne nouvelle. Bien sûr qu'il était heureux que cette fille, qui avait été dans sa vie ainsi que dans celle de Tooru – depuis qu'un gamin aux cheveux emmêlés était entré dans son jardin, un beau jour –, soit bien vivante.

Seulement elle ne serait plus jamais la même. Sa rééducation serait longue et difficile, et sa place d'inspectrice serait ainsi mise en danger. Elle ne pourrait plus jamais être sur le terrain.

Il déglutit difficilement.

– Je... je vois. D'accord.

De nouveau un hochement de tête, puis le médecin ajouta :

– Vous pouvez rester ici jusqu'à ce que nos infirmières réussissent à contacter ses parents. Ensuite nous verrons.


Oikawa Tooru observait l'horloge de sa chambre d'internat depuis plusieurs longues minutes. Assis dans le lit d'Hajime, les bras du brun passés autour de sa taille, il attendait que les aiguilles se rejoignent. À ses cotés, son partenaire s'était finalement endormi, et respirait doucement contre son oreiller.

Cela faisait des heures qu'ils étaient rentrés, et Tooru n'avait désiré parler à personne. Il s'était rendu dans sa chambre, et avait regardé les murs pendant un bon moment avant qu'Iwaizumi ne le rejoigne timidement, et ne le prenne dans ses bras.

Il s'était excusé, plusieurs fois, et le châtain ne comprenait toujours pas pourquoi.

Hajime n'y était pour rien. Sa sœur n'y était pour rien. Et même si cela lui faisait mal de le reconnaître, même lui n'y était pour rien. Le seul coupable était le Soul Eater.

Quand sa mère était arrivé à l'hôpital, Chiaki n'avait toujours pas repris conscience et il n'y avait aucun signe de changement. Elle dormait, tout simplement, en attendant d'être assez forte pour supporter les événements. En voyant son fils amorphe à coté du lit, elle lui avait ordonné de rentrer à l'Académie et de laisser les médecins s'occuper de sa sœur. Étonnamment, il n'avait pas contester plus que ça. Qu'avait-elle ressenti ? Comment cela s'était-il passé ? Il avait appris plus tard que son équipe avait trouver la veille l'endroit où le Soul Eater se cachait, et c'était en rentrant de mission que sa sœur s'était fait attaquer.

Oikawa avait eu du temps pour y penser. Pour l'imaginer. Et à présent, plus que la tristesse ou le soulagement, c'était la rage qui primait sur toute autre chose. Un peu plus tôt, il avait bloqué le lien émotionnel qui le liait à son partenaire, afin que ce dernier ne puisse pas sentir ce qu'il comptait faire. Il savait qu'Hajime était épuisé, après avoir passé des nuits à s'inquiéter de le voir sortir, et des jours à se ronger les sangs. Cette journée avait également été éprouvante, et ils avaient pleuré ensemble quelques minutes : à présent, son meilleur ami dormait à poings fermés, et il comptait bien profiter de ce moment.

Sans faire de bruit, il dégagea le bras qui l'entravait en le plaçant sur le coté, puis s'extirpa des couvertures. Le sol froid sous la plante de ses pieds lui fit du bien, apaisant suffisamment sa colère pour qu'il retrouve un esprit froid et décidé : ses pouvoirs, qui s'agitaient au creux de son ventre, semblaient lui hurler de les laisser se déchaîner. La glace, le givre, tout cela faisait chuter son sang de plusieurs degrés, et une fois devant la porte, il attendit debout en silence, ses chaussures aux pieds.

La trotteuse de l'horloge s'avança, encore un peu, puis quand elle rejoignit les autres Oikawa ouvrit la porte et s'engouffra dans le couloir.

– Désolé Iwa-chan, chuchota t-il. Mais c'est un mal pour un bien.


Kuroo n'avait pas l'impression d'avoir de corps. Il volait, seul au milieu des rues enneigées, surplombant la ville silencieuse comme un oiseau. Il ne sentait ni le vent ni les flocons, et voir ces avenues sombres sans lumières lui donna envie d'aller les effleurer du bout des doigts.

Soudain, sans qu'il n'ait vraiment eu l'impression de le désirer, il se sentit perdre de la hauteur et s'approcher à toute vitesse de l'une des rues perpendiculaires à l'Académie. Il la voyait au loin, imposante même au milieu de tous ces immeubles, mais ne put l'atteindre tant il se rapprochait dangereusement du sol. Quand il se glissa entre les premiers bâtiments, la blancheur de la neige le frappa brusquement et il se rendit compte que la ville était en noir.

En noir et blanc.

Il eut soudain très peur, mais même en priant pour qu'il se mette à remonter rien ne changeant et il ralentit jusqu'à presque s'arrêter, à tout juste quelques mètres du sol.

Son champ de vision rétrécit étrangement, et descendit jusqu'à ce que ses yeux – où ce qui lui servait à voir – soient fixés sur la neige, juste en dessous de lui.

Un immense malaise le prit quand il constata ce qui se trouvait dans la neige.

Lui. Kuroo Tetsurou.

Allongé en plein milieu de la route, à demi recouvert de flocons, ses vêtements trempés collant sa peau presque translucide, il semblait presque mort. Mais étrangement, ce ne fut pas la vue de son propre corps qui lui donna des sueurs froides.

Tout autour de lui s'étendaient des dizaines et des dizaines de roses rouges – vraiment rouges, au milieu de tout ce noir et ce blanc – et ressemblaient à s'y méprendre à du sang. La marque imposée sur son poignet semblait brûlée, raturée, et la belle couleur vive qui s'y trouvait habituellement avait perdu de sa splendeur.

La rose était morte.

Et sans doute Kuroo l'était-il aussi.

– Kuroo ! Debout espèce d'abruti !

Il se réveilla dans un sursaut, le visage de Daishou penché sur lui.


Des bisous !

Liuanne don't kill me please