Note d'auteur.
Re, ça commençait à faire un moment ! Bon, alors faut que je vous explique : devait y avoir 7 chapitres, vraiment (la fiction devait faire 25k aussi mais bon ahahahahaha), sauf que mon plan pour le 7ème ne cessait de se ralonger so j'avais pas envie de l'écrire jfjfjf Au final, si vous me suivez sur Twitter (lol) vous savez que j'ai décidé de couper le dernier chapitre en deux, comme ça y'a pas de 8ème chapitre, seulement 2 parties pour le 7ème, et mon honneur est sauf héhéhé
Bon, tout ce blabla pour dire : ce chap partie fait déjà 11k, jsuis désolée je maitrise plus rien et tout est à cause de Kuroo (non en vrai c'est à cause d'Oikawa mais jpeux pas lui en vouloir tho). Aussi, les révélations arrivent super vite je trouve so ça donne vraiment un coté baclé à mes yeux, i'm sorry
BON POINT ! encore du Kuroshou parce que c'est devenu quelque chose de rare dans cette fic, un peu d'action, un peu d'Oikawa qui se fait maltraiter, un peu de flashback parce que à quel moment je sais écrire (déjà oui, ça) sans foutre des petites retours en enfance ? lol i can't guys
Donc ! j'espère ! que c'est pas trop nul ahaha
A la prochaine pour la suite, encore une fois n'hésitez pas à me donner votre avis parce que même si cette fic n'a pas beaucoup de chapitre, elle est quand même longue et c'est du boulot alors... voilà quoi =)
J'vous aime, zoubis
Chapitre 7
Partie 1
La jeune femme pleure. Cela fait des semaines qu'elle pleure. Lui la regarde avec des yeux secs et éteints, en espérant au fond qu'elle s'arrête, qu'elle cesse de le noyer dans les larmes que lui n'arrive plus à faire couler. Il l'observe, avec une curiosité sincère, en se demandant si elle se souvient de la raison pour laquelle ils sont là.
La pierre devant eux est froide et silencieuse, ce que lui n'était jamais. Avant, il leur tapait dans le dos en affirmant qu'ils feraient mieux la prochaine fois, qu'ils leur restaient du temps, qu'ils seraient à jamais tous les trois. Avant, il souriait tout le temps, et compensait leur mine ennuyée par sa présence rassurante et avenante. Avant, il portait tous ces vêtements colorés, se teignait les cheveux dans cette espèce de teinte blanchâtre – pâle tout du moins – et les corrigeait sur leur langage quand l'un deux avait le malheur de dire putain.
Avant, il était là. Maintenant, il n'est plus que cette pierre qui avait été déposée quelques jours plus tôt.
Quand ils étaient jeunes, cela avait commencé avec eux deux : pas de fille, juste deux amis qui se voyaient à l'école et se retrouvaient après les cours. Ils prenaient leurs marques, découvraient le monde, comprenaient leur place. Lui avait aimé tous ces moments, n'en avait pas assez profité pourtant, et aurait aujourd'hui voulu y retourner et arrêter le temps pour toujours. Pour rester avec lui.
« Elle pleure tous les jours », pense-t-il en déposant sa fleur sur la tombe. Chez le fleuriste, il a simplement demandé quelque chose de beau. Il mérite quelque chose de beau. « Elle ne pense plus à personne, elle pleure juste ».
Il a l'impression qu'elle lui vole son chagrin. Parfois, il a envie de crier sur elle, sur tout le monde, sur ceux qui ne l'ont pas prévenu que son univers arrivait à sa limite, sur ceux qui lui ont dit qu'il avait la vie devant lui, car ce n'était plus le cas à présent – une vie sans lui n'était pas une vie –.
On lui a dit, quelques fois, qu'elle devait être bien plus triste que lui. Que lui s'en remettrait, il était encore jeune après tout. Qu'un meister et son arme partageaient un lien bien plus profond qu'une simple amourette d'adolescents, et que de toute façon il aurait fini par de rendre compte que c'était elle qu'il voulait, et pas lui. Ils étaient partenaires. Il était un intrus.
Il l'adore et la déteste à la fois. Elle est sa meilleure amie, sa rivale, celle qui a réussi à obtenir cette partie de lui qu'il ne pourrait jamais avoir. Deux meisters.
Il veut qu'elle arrête de pleurer. Il veut qu'elle reste près de lui, seul souvenir de ce qu'il a perdu. Il regarde ses épaules, ses mains, ses doigts, et tout ce qu'il voit c'est que fut un temps, tout cela – ou tout du moins une partie – lui appartenait.
Partenaires. Elle était à lui, il était à elle.
– Je le remplacerai, dit-il soudain. Je sais qu'il t'aidait avec ça – ton problème – mais moi je m'en fous. Je vais t'aider.
Elle relève la tête, les joues humides. Ses yeux sont profonds et brillants, et il sait que sa proposition est idiote. Il veut juste que son souvenir reste avec lui.
– Je ne suis pas ce qu'il était.
Mais à deux c'est peut-être moins dur.
Il en doute, au fond. Rien ne sera moins dur.
– D'accord, lui répond-elle à sa grande surprise.
Et peut-être est-ce pareil pour elle ? Peut-être voit-elle en lui ce qu'était le meilleur d'entre eux, et alors ce serait une terrible erreur.
Car à présent tout ce qu'il désirait, c'était oublier jusqu'à sa propre existence, oublier la douleur qui lui écrasait la poitrine, et oublier l'humanité qui le faisait ainsi souffrir.
Pour la première fois depuis sa mort, elle arrête de pleurer.
Daishou s'était retrouvé dehors, assis sur un banc près de l'entrée du dortoir, simplement parce qu'il n'arrivait pas à dormir. Il s'était tourné et retourné dans son lit, pendant plus d'une heure et demie, jusqu'à ce qu'il entende Tsukishima soupirer à l'autre bout de la pièce. À présent, il observait la neige en silence, écoutait les petits animaux qui se déplaçaient dans la nuit, et surtout restait loin de l'agitation qui avait régné pendant une bonne partie de l'après-midi.
La sœur d'Oikawa avait été agressée.
C'était Akaashi qui le lui avait appris, l'ayant certainement lui-même entendu de la bouche de Bokuto, et sur le moment il n'avait pas su quoi faire. Aller lui parler ? Apparemment, il ne voulait voir personne, et ce n'était pas Daishou qui allait imposer sa présence. Tout ce qu'il pouvait réellement faire était se taire et attendre que son ami veuille discuter. Et surtout espérer qu'il ne fasse pas de bêtises.
Soudain, un flocon tomba sur son front et il leva la tête vers le ciel. La lune était cachée, et la température lui semblait être bien au-dessous de zéro degré, si bien qu'il ne s'étonna même pas de voir de la neige recommencer à tomber. Le temps était mauvais depuis des semaines, et il pouvait se trouver chanceux que Tsukishima soit aussi frileux, car sa chambre était à présent pourvue d'un chauffage soufflant.
Suguru soupira et posa inconsciemment la paume de sa main sur l'os de sa hanche. Sous ses vêtements, sa marque chauffait légèrement et il la sentait, présente : il l'avait maîtrisé et censuré pendant un peu plus d'un an, mais désormais elle semblait être au courant Kuroo n'était plus son ennemi.
Enfin, il n'était pas non plus son ami, mais... Et bien ils se supportaient. Peut-être. Au moins un peu, du moins.
Daishou grogna et se leva glisser sur le coté, s'allongeant finalement sur le flanc, les barres en bois du banc lui rentrant dans les côtes. Il devait avoir des flocons plein les cheveux, mais pour l'instant il essayait surtout d'éviter de penser au reste.
À ce que Kuroo dirait s'il apprenait qui possédait la face jumelle du tatouage qui se trouvait sur son poignet. À comment il réagirait quand il verrait la force de son arme. À ce qui se passerait si un jour lui venait la brillante idée d'aller le voir et de lui déballer le peu de secret qu'il avait réussi à garder dans sa bouche.
Ne pas y penser.
Des flocons tombèrent dans ses yeux et il grimaça. Peut-être que le moment de rentrer au chaud était venu ? Il commençait à ne plus sentir le bout de ses doigts, et si ses dents se mettaient à claquer il savait que même sa couette ne suffirait pas à le réchauffer en moins de vingt minutes.
Se redressant dans un grognement, Suguru épousseta rapidement ses vêtements et s'apprêta à se mettre en route, mais quelque chose le força à se figer sur place. Sortant du bâtiment F d'un pas rapide, Oikawa remonta sa capuche sur ses cheveux, regarda à gauche et à droite sans que ses yeux ne tombent sur lui, puis finalement il descendît les marches et s'éloigna en direction de la petite forêt.
En direction du passage que Daishou lui avait indiqué, la fois où il était entré dans sa chambre pour lui demander un moyen de sortir de l'Académie en douce.
Il déglutit, sentant une sueur froide glisser le long de son échine. Dans ces temps agités, il était évident que le directeur avait augmenté les protections autour de l'Académie, n'est-ce pas ? C'était impossible qu'Oikawa puisse réellement...
Pour s'en assurer, il attendit encore un peu : si le châtain voyait qu'il ne pouvait pas sortir, il ferait demi-tour et repasserait par ici. Dans quelques minutes, il reviendrait, et alors Suguru pourrait rentrer à son tour. Ce n'était qu'une histoire de minutes. Encore quelques instants.
Mais au bout d'un moment, Daishou jura tout bas et se leva d'un bond.
– Quel abruti –
Courant en direction des portes du bâtiment, il laissa ses jambes le porter sans même qu'il prenne le temps de vraiment réfléchir à ce qu'il faisait. Oikawa avait fait le mur, Oikawa revenait de l'hôpital où il avait vu sa sœur qui s'était fait agresser par le Soul Eater, et Oikawa était très certainement en train de se foutre dans la merde.
Et comme Suguru était une personne déplorable, mais un ami à peu près décent, et bien il allait le suivre dans son merdier.
Montant les trois étages quatre à quatre, il fit de son mieux pour ne pas trop faire de bruit : réveiller tous les élèves était bien la dernière chose qu'il souhaitait. Une fois arrivé en haut, légèrement essoufflé, il se faufila jusqu'à une chambre, ouvrit la porte en silence, puis la referma derrière lui.
Le lit de Kuroo était à gauche, juste à côté de la fenêtre, et quand il fut assez proche Suguru remarqua que ce dernier s'agitait dans son sommeil et murmurait des choses étranges et incompréhensibles. Les sourcils froncés, l'arme se pencha au-dessus de lui, légèrement déstabilisée, quand soudain les yeux du brun s'ouvrirent en grand.
Daishou sursauta légèrement, mais se reprit bien vite quand l'imbécile s'écria :
– Dai –
Plaquant sa main droite sur sa bouche et posant son index sur ses lèvres dans un « chut » assez sec, Suguru siffla – en lançant tout de même un petit coup d'œil derrière lui pour vérifier que son colocataire était toujours bien endormi – :
– Tu veux réveiller tout l'internat ou quoi ? Ferme là –
Une fois l'étonnement passé, Kuroo attrapa sa main et l'écarta légèrement.
– Qu'est-ce que tu fous là ?
– Moins fort putain.
Il se retint de lever les yeux au ciel.
– Habille-toi correctement et suis-moi, d'accord ? Je t'attends devant ta chambre. Et fais ce que tu peux pour ne pas réveiller ce qui te sert de meilleur ami.
Il tourna les talons en lui lançant un nouveau regard, puis s'échappa de la pièce en laissant derrière lui un Kuroo assez perdu.
Tout en enfilant ses chaussettes, Kuroo essaya une nouvelle fois de se rappeler si quelque chose lui avait échappé depuis la veille au soir. Un jour Daishou l'évitait comme la peste, fuyait dès qu'il l'apercevait, et bien heureusement finissait par accepter de lui parler plus de deux minutes, et tout d'un coup il le retrouvait au-dessus de son visage, bien trop tard dans la nuit.
À présent, il commençait doucement, mais sûrement à se réveiller, et savoir que Daishou Suguru le tirait de son lit à cette heure tardive ne lui inspirait rien qui vaille.
Une fois ses bottes enfilées, il attrapa son manteau, regarda Bokuto qui ronflait de l'autre côté de la pièce, puis s'échappa vers la porte qu'il ouvrit et referma silencieusement. Appuyé contre le mur, Suguru lui lança un regard irrité.
– T'as pris ton temps à ce que je vois. Viens maintenant, il faut qu'on se dépêche.
Il donna un coup de menton en direction du bout du couloir, puis lui tourna le dos afin de se diriger vers ce dernier.
– Qu'on se dépêche ? Pourquoi où est-ce qu'on va ? Daishou attend !
Il lui attrapa le poignet, le forçant à se retourner.
– Qu'est-ce qui se passe ? Explique-toi au moins.
Le concerné lui parut soudain légèrement gêné, et il regarda deux fois derrière lui avant de soupirer :
– Bon, j'ai fait une connerie. Mais sur le moment, je savais pas vraiment que c'était une connerie.
Kuroo croisa les bras sur sa poitrine.
– Pour changer, tiens. Qu'est-ce que t'as fait ?
Daishou fronça les sourcils et plissa les yeux, semblant dire enlève tout de suite cet air navré de ton visage, puis finit par soupirer.
– C'est moi qui ai montré à Oikawa comment sortir de l'Académie.
Sur le moment, seul le silence du couloir lui répondit, puis lentement les yeux de Kuroo s'écarquillèrent :
– Putain tu te fous de moi –
Bien heureusement, Suguru avait dès le départ posé sa main sur sa bouche pour l'empêcher de réveiller une fois encore la moitié du dortoir.
– Tais-toi. Oui, d'accord ? J'ai merdé, on passe à autre chose maintenant. J'ai vu Oikawa sortir du dortoir tout à l'heure, et... il se dirigeait vers l'endroit que je lui avais indiqué. Il n'est pas revenu, donc ça signifie qu'il a réussi à passer.
Kuroo prit quelques secondes pour bien comprendre ce que cela annonçait, puis ses bras se décroisèrent.
– Tu veux dire...
– Y'a qu'une seule raison pour laquelle il sortirait ce soir.
Sa sœur. Même Kuroo s'en rendait compte : dans ces moments là Oikawa était comme un livre ouvert dont les intentions étaient déjà écrites. Il avait appris ce qui était arrivé quand ils étaient rentrés de l'hôpital, avec Iwa, et il n'avait rien trouvé de mieux à faire que de lui laisser un peu d'espace : dans ces moments là, son partenaire était l'unique personne capable de l'apaiser...
– Oh merde. Tu veux dire qu'il est parti ? Vraiment ? Il est dehors dans les rues, alors qu'un malade se promène et –
Chiotte. Il lança un coup d'œil à Daishou qui semblait également prendre la mesure de ce qui était en train de se passer.
– Depuis combien de temps il est parti ?
– Je… je ne sais pas, j'étais assis sur le banc et j'ai attendu après, et puis je suis venu te chercher parce que je savais pas trop quoi faire, et tu t'es préparé, donc... un moment je crois.
– Merde.
Kuroo secoua sa tête pour se remettre les idées en place, puis prit rapidement une décision. Ils n'avaient pas le temps de tergiverser : plus maintenant.
– Il faut qu'on aille réveiller Iwa. Maintenant Oikawa est beaucoup trop loin pour qu'on arrive à le retrouver avec un coup de chance. Ils ont.. leur lien, et puis il me tuerait s'il savait que j'étais au courant et que je lui ai rien dit.
Il tourna les talons, et s'avança plus profondément dans les dortoirs. La chambre d'Oikawa et Hajime était au même étage que la sienne, mais un peu plus loin de l'escalier.
Quand il l'ouvrit à la volée, sans même prendre le temps de toquer avant, la personne dans le lit de droite sursauta et se redressa en une seconde. Derrière lui, Suguru alluma la lumière et il put voir Hajime fermer les yeux un instant, avant de papillonner.
– Qu'est-ce que –
Son regard tomba sur le lit d'à côté, vide, comme si son premier réflexe était de vérifier où son partenaire se trouvait, et presque aussitôt il fut complètement réveillé. Se retournant vers eux :
– Où est-il ?
Kuroo et Daishou échangèrent un regard, et ce fut le brun qui s'avança et ouvrit la bouche en premier :
– On l'a vu se diriger vers l'extérieur de l'Académie. Iwa, on va t'aider à le retrouver.
Juste après le premier mot, son ami s'était levé de son lit et avait commencé à rassembler ses affaires afin de s'habiller à son tour. Ses gestes étaient rapides et secs, mais Tetsurou ne loupa pas les tremblements de ses mains.
– En route, annonça-t-il en enfilant sa veste et en fourrant ses gants de combat dans ses poches. Je vais pousser le lien : je devrais être capable de le tracer.
Daishou fit glisser son regard en direction de Kuroo, tandis qu'Hajime les dépassait pour s'avancer dans les couloirs. Ses pas étaient si rapides qu'ils étaient tous les deux presque obligés de trottiner pour le suivre : en quelques minutes ils étaient déjà dehors, sous la neige.
Iwaizumi se retourna vers eux.
– Comment et par où est-il sorti ?
Suguru retint une grimace. Il allait devoir le dire, et il doutait que le partenaire d'Oikawa soit aussi compréhensif que Kuroo, s'il pouvait dire ça ainsi.
– Je...
– Daishou, par où est-ce qu'on l'a vu partir, déjà ?
Quoi ?
– On était en train de se disputer près du banc là bas, quand on l'a vu sortir du dortoir.
Sur le moment, la seule arme présente eut du mal à comprendre ce que cet imbécile était en train de faire, puis cela s'imposa comme une évidence. Il l'aidait. Il le couvrait. Il mentait à l'un de ses meilleurs amis.
– Il..., commença-t-il. Il est parti par là.
Il pointa la direction du doigt, et la seconde d'après Iwa s'était remis en route. Les petits bosquets d'arbres qui bordaient les murs de l'Académie n'étaient en vérité pas très épais, mais avec la nuit et la neige Suguru fut heureux d'à peu près connaître le chemin : ce n'était pas le moment de se perdre, pas alors qu'ils avaient déjà perdu trop de temps.
Parvenir dehors fut bien plus facile que prévu, et cela les emplis tous d'une sensation dérangeante. Le directeur était quelqu'un qui prenait très à cœur la sécurité de ses élèves, et cette période aurait dû lui faire redoubler les protections.
Ce fut une fois le mur passé qu'ils comprirent : Oikawa avait assommé les gardes qui avaient été postés là. Il y en avait deux de ce côté-ci, et ils étaient assis par terre, protégés par une couche épaisse de glace.
– Cet idiot...
Kuroo fronça les sourcils tandis qu'Hajime commençait à s'avancer vers les ruelles en face.
– Je l'ai trouvé. Il est loin, alors il va falloir qu'on coure, d'accord ?
Et sans attendre des acquiescements, il s'élança droit devant, suivant ce que lui seul était capable de sentir.
Oikawa ne savait même plus où il allait tant sa poitrine s'enflammait sous l'effet de sa colère. Les rues avaient fini par toutes se ressembler, et la neige n'aidait rien : il n'avait pas froid, loin de là – il n'avait jamais froid, la glace était une partie de lui –, mais les traces de ses pas s'effaçaient rapidement, et plus rien ne pouvait lui pemettre de savoir où il se trouvait et où il allait.
Mais dans les faits, ce n'était pas si important. Il n'y avait pas de destination, pas d'endroit où se rendre, seulement une cible à trouver.
Pour chaque pas qu'il faisait, une image de sa sœur lui arrivait derrière les paupières, dès qu'il clignait des yeux Chiaki s'entraînant pour passer les examens d'entrée de police, Chiaki lui ramenant une pizza suite à une dispute idiote, Chiaki sanglotant après une rupture avec son petit-ami. Sa sœur était une bonne personne, intelligente, un peu peste parfois, mais il fallait croire que c'était de famille.
Et à présent, ce qu'il avait vu dans l'hôpital, ce qui se passerait quand elle se réveillerait : personne n'avait le droit de faire souffrir sa sœur ainsi, sa famille. Il fallait qu'il le retrouve, ce Soul Eater, et pas forcément pour une noble cause : Tooru n'était pas un justicier, il n'en avait pas l'étoffe. Il était égoïste, comme beaucoup, et tout ce qu'il voulait, c'était se venger. Lui faire payer.
L'empêcher de s'en prendre à ceux qu'il aimait.
Le bruit de ses pas dans la neige le ramena un peu à lui. Le temps ne se calmait pas, il devenait même pire au fur et à mesure des minutes, et soudain il eut peur de ne pas le croiser. Qu'il ne se montre pas, qu'il soit resté là où il se terrait pendant la journée.
Serrant le poing, Tooru s'arrêta un instant. Il avait fini par longer une grande avenue, marchant au milieu de la route en sachant parfaitement qu'il ne risquait rien : plus personne ne se déplaçait en voiture la nuit depuis des jours. Tournant la tête, il décida de changer de voie et tourna les talons afin de se diriger vers une ruelle un peu plus à l'écart.
Il percevait les soulèvements de sa poitrine, entendait sa respiration calme dans le silence de la nuit. Il faisait bien plus sombre que dans l'avenue, et c'est peut-être pour ça que Tooru le sentit plus facilement. Ses pas s'arrêtèrent immédiatement, tandis que quelque chose se glissait derrière lui, à plusieurs mètres.
Lentement, il se retourna, écartant une mèche de cheveux de devant ses yeux, et ses lèvres voulurent s'étirer dans un rictus.
– Te voilà enfin...
Kuroo voyait bien que pousser le lien à son maximum et s'en servir ainsi épuisait Iwa. Il courait un peu moins vite, et respirait bien plus fort qu'au départ – et Tetsurou savait bien que cela n'avait rien à voir avec leur course, en comparaison avec Daishou qui commençait déjà à cracher ses poumons, Hajime possédait une endurance assez impressionnante –. Ils devaient à présent avoir traversé plusieurs quartiers, et le brun ne pouvait rien faire à part suivre son ami et essayer d'aider l'autre à ne pas s'écrouler de fatigue.
Ralentissant légèrement son allure, il s'approcha de Suguru en murmurant :
– Tout va bien ? Si tu veux, tu peux t'arrêter là, on ramènera Oikawa et –
– Je suis... en super forme... alors écono...mise ta salive...
Il fit une grimace, essuya la sueur sur sa tempe, puis accéléra la cadence. Kuroo l'observa d'un air étonné, mais ne dit rien de plus et fit de même pour revenir à la hauteur d'Hajime.
Son visage était concentré et sérieux quand il déclara :
– On est bientôt là. Je le sens, il est...
Mais alors qu'il s'apprêtait à ajouter quelque chose, l'atmosphère changea brusquement. Il faisait froid, bien évidemment : la nuit était là, il neigeait depuis des heures, et le sol commençait doucement à geler. Pourtant, le vent qui les frappa n'avait rien de naturel il était plein de colère, de glace, de froid. La température chuta drastiquement, de plusieurs degrés, peut-être même une dizaine, et quand ils tournèrent pour rentrer dans l'une des grandes avenues de la ville, ce fut Suguru qui hoqueta de surprise en premier.
Les murs, les fenêtres, le sol tous les bâtiments de cette rue étaient recouverts d'une épaisse couche de glace fumante, et au cœur de tout ça, Oikawa leur tournait le dos. Ses épaules se soulevaient rapidement, sûrement au rythme de sa respiration haletante, et il tenait dans sa main une lance bleu clair formée à partir de l'air autour de lui.
Entre Daishou et Kuroo, Iwaizumi fit deux pas en avant.
– Oikawa ! hurla-t-il, et ils remarquèrent en même temps l'ombre qui se trouvait face à lui, face à eux.
Elle se déplaça rapidement, comme un éclair qui se créait un chemin à travers les flocons, tandis que Tooru tournait la tête vers le cri de son meilleur ami. Hajime eut tout juste le temps de voir ses yeux écarquillés, étonné de le voir ici, avant qu'une immense épée ne le frappe dans les côtes et que tout son corps ne s'éloigne du sol, pour aller s'écraser à travers la vitrine d'un magasin.
Aux oreilles de Daishou, le cri que poussa son partenaire fut affreux, et il le vit, dans le coin de sa vision, partir en courant en direction de la vitrine.
La petite fille se tire les cheveux. Elle sent quelque chose au fond d'elle, quelque chose qu'elle a avalé, quelque chose qui lui réchauffe le ventre. Le fait qu'elle n'en est pas effrayée lui fait peur. Le fait qu'elle sache qu'elle a fait quelque chose de mal lui fait peur.
Cela fait des heures qu'elle est là. Ou peut-être quelques minutes.
Des larmes roulent sur ses joues elle hurle, tape des pieds, tente d'arracher les rideaux. Cette pièce est trop petite, tout est trop silencieux.
Au départ, quand sa mère lui a attrapé les cheveux pour la tirer jusqu'ici en beuglant des choses qu'elle ne comprenait pas, elle avait senti une certaine culpabilité naître en elle. Sa petite sœur ne bougeait plus : elles étaient ensemble, elles jouaient, puis il y avait eu une odeur agréable, de la salive avait commencé à affluer dans sa bouche, et quelques secondes plus tard la poupée en porcelaine était tombée au sol et sa tête s'était brisée en mille morceaux. Les longs cheveux de sa sœur aussi s'étaient étalés par terre.
Elle crie toujours, tape de toutes ses forces contre la porte, supplie sa mère de la faire sortir d'ici, appelle le prénom de sa petite sœur pour qu'elle vienne lui tenir compagnie. Mais personne ne vient. À la place, la grande voix autoritaire de sa mère résonne de l'autre côté, affolée et effondrée :
– Oh mon dieu, comment – qu'est-ce que je dois faire ? J'ai appelé les secours mais ma petite ne bouge plus elle ne – oh mon dieu –
Elle pleure, et la fillette veut lui demander d'arrêter, veut lui demander pourquoi c'est elle qui est triste alors que ses propres mains commencent à s'abîmer contre le bois.
– Elle est devenue folle, elle ne veut pas arrêter de crier – oh s'il te plaît chéri revient elle me fait peur –
« Pourquoi c'est moi qui suis punie alors que c'est elle qui a cassé la poupée ! » hurle-t-elle de plus en plus fort, la voix douloureuse.
Sa mère s'est trompée et elle ne veut pas comprendre, sa sœur fait juste semblant elle n'a rien fait il faut qu'elle sorte il faut qu'elle lui explique il ne faut pas que papa rentre il ne faut pas qu'il comprenne qu'elle a fait une bêtise il ne faut pas qu'il la punisse encore une fois elle a mal ils ne comprennent pas il y avait l'odeur et elle a juste ouvert la bouche elle a –
– Je crois qu'elle est morte, gémit sa mère dans un sanglot, je crois qu'elle la tuée et elle ne veut pas se taire s'il te plaît, s'il te plaît –
Elle s'arrête de crier. Ses bras tombent le long de son corps. Ses petites mains se mettent à trembler.
– Maman..., dit-elle d'une voix cassée. Qui est morte ?
Oikawa n'aurait jamais cru que le Soul Eater ressemblerait à ça. Dans son imaginaire, c'était un monstre difforme avec une arme sombre et peut-être même un peu de bave ou de sang au coin de la bouche. Il était vieux, ou en tout cas plus vraiment jeune, et si ça se trouvait il dévorait des âmes afin de garder son corps dans un état convenable tandis que sa propre âme se décomposait lentement.
Pour lui, c'était cette image-là qu'il associait à ce dangereux tueur en série, si bien que quand il fut assez proche pour réellement distinguer ses traits, sa concentration flancha légèrement et ce dernier eut le temps de lui asséner un coup dans l'épaule, ce qui le força à rebrousser chemin jusque dans l'avenue qu'il venait de dépasser. Dans les faits, il n'était pas vieux : pas du tout même. Une petite trentaine peut-être, mais pas plus. Il avait des yeux en amandes et des cheveux noirs, un corps musclé – peut-être même plus que Bokuto – et des sourcils épais : un visage banal, qu'il aurait facilement pu croiser dans la rue. Son arme n'était pas non plus sombre comme de l'obsidienne, elle était en argent, brillante dans la nuit : immense également, et si Oikawa aurait du nommer son type, peut-être aurait-il dit qu'elle ressemblait à une Claymore.
– Quel est ton nom ? demanda-t-il une fois de retour sur sa position.
Avec un discret mouvement du poignet, il força l'air et l'humidité autour de lui à se transformer en une longue lance de glace, qu'il attrapa à la volée.
– Tu ne réponds pas ? De toute façon, vu comme c'est parti, sois je meurs, soit tu meurs. Qu'est-ce que ça changerait ?
Mais le Soul Eater ne dit rien et se contenta de lever son épée devant lui.
– Je vois...
Il allait devoir se donner à fond. L'ayant dis lui-même : c'est moi ou lui. À présent, il commençait à comprendre la portée de ses actes, et il fut rassuré de sentir au fond de lui qu'il ne regrettait pas ce qu'il faisait. Il n'avait pas envie de fuir. Il n'avait pas envie de retourner se terrer à l'Académie. Et surtout, il était soulagé d'être parti sans prévenir personne. S'il avait entraîné quelqu'un d'autre dans tout ça, il s'en serait voulu, et la culpabilité n'avait pas sa place dans ce qu'il désirait entreprendre.
Coupant court à cette discussion à sens unique, Tooru resserra sa poigne sur son arme de fortune puis se prépara à attaquer. Les températures chutèrent brutalement alors que sa position s'affirmait. Il n'eut pas besoin de ses yeux pour balayer la zone : une légère couche de givre analysait les environs, créant un espace que lui seul pouvait contrôler.
Un sourire un peu étrange naquit sur ses lèvres, et dans son sang déferla l'adrénaline qu'il attendait. La seconde d'après, il s'élançait en direction du Soul Eater, aussi vite qu'il lui était possible d'aller, et frappait l'épée de sa lance à l'endroit le plus fragile – ou tout du moins aussi fragile que pouvait être une lame aussi épaisse –. Le son aigu qui en résulta ne lui arracha même pas une grimace tant ses oreilles bourdonnaient, mais il n'eut pas le temps de s'en faire réflexion : l'homme repoussa son attaque comme s'il ne pesait rien et trancha à nouveau l'air de sa lame en direction de sa tête.
La rapidité de l'action le surprit tant que Tooru ne put rien faire d'autre que givrer ses avant-bras et les lever sur le côté afin de protéger son cou. Même avec cela, l'impact fut si violent que ses pieds quittèrent le sol et le monde se retourna : il roula sur plusieurs mètres jusqu'à atteindre la plus grande avenue et fit le maximum pour se relever le plus rapidement possible.
Sans surprise, son adversaire était de taille. Si déjà au bout de quelques secondes son corps se retrouvait couvert de bleus, il ne donnait pas cher de sa peau.
Il doit avoir une faille, se raisonna-t-il. Tout le monde en a une. Il est rapide, certes, mais il doit y avoir quelque chose... dans sa défense...
Son irritation créa une légère brume froide qui longea le sol, et cela le força à analyser son opposant plus sérieusement. Ses muscles étaient bons, et il voyait bien les heures d'entraînement qui l'avaient amené à avoir une position aussi parfaite : le dos droit, les pieds ancrés dans le sol, le regard fixe et les mains fermes sur son arme. Impressionnant.
Au fond de lui, une pensée coupable le traversa, celle que sa sœur, aussi formidable qu'elle soit, n'aurait eu aucune chance face à quelqu'un comme ça.
Renforçant la solidité de sa lance, Oikawa se prépara à une nouvelle offensive. Il fallait qu'il essaye de percer sa défense, et pour cela il ne pouvait rien faire d'autre qu'attaquer encore et analyser ses répliques.
– Oikawa !
Ce cri venu de derrière lui glaça le sang. Sa première pensée fut : c'est impossible. Il ne pouvait pas se trouver là, car il avait fait attention à ne pas le réveiller en partant et...
Mais quand il se retourna, son cœur et son corps agissant bien avant sa tête, la réponse fut évidente : Iwa-chan se trouvait bel et bien là, dans cette rue, à quelques mètres d'un tueur en série malgré ses précautions. Ses yeux s'écarquillèrent douloureusement face à cette constatation, et il eut envie de courir vers lui, de lui crier de partir et de l'emporter loin d'ici.
Car peu importait à quel point il était en colère, à quel point la vie de sa sœur avait été chamboulée, à quel point cet enfoiré méritait d'être brûlé jusqu'à la moelle par la glace qui bouillonnait dans son ventre : la vie d'Hajime passerait toujours en priorité.
Il ne put rien faire, pourtant, car la seconde d'après une immense douleur lui coupa la respiration et il eut l'impression de sentir ses poumons se comprimer. L'une – ou plusieurs – de ses côtes sembla se briser sous l'impact de quelque chose, et son corps ne fut plus qu'une poupée de chiffon qui une fois de plus, et sans pouvoir se protéger, s'envola comme si elle ne pesait rien.
Quand la douleur fut trop forte – venait-il de heurter un mur ? –, sa conscience se fit la malle et il ne resta de lui que cette immense culpabilité qui l'enveloppa tout entier.
Quand il était petit, Tooru pensait que les barrières de son jardin lui interdisaient l'accès à tout un monde. Et il n'avait pas tort, dans un sens. Pour lui, il y avait sa maison et son immense jardin plein d'arbres centenaires et de gros buissons, puis il y avait l'extérieur qu'il n'avait pas le droit de voir pour l'instant. Sa sœur lui disait de prendre son mal en patience, qu'un jour sa mère accepterait de le laisser sortir et aller à l'école – elle lui avait expliqué que l'école, c'était comme ce qu'il faisait dans la bibliothèque avec l'homme qui venait tous les matins, mais à plusieurs – et que ce jour là elle arrêterait de le gronder autant. Il n'aurait qu'à apprendre et elle serait contente.
Mais en attendant, il devait se contenter du jardin.
Ce n'était pas si mal en vérité, et il voulait absolument éviter de passer pour un enfant gâté qui ne savait pas se contenter de ce qu'il avait – sa mère l'entendait souvent rouspéter à ce sujet, « Tooru, tu n'as pas intérêt à devenir ainsi » lui répétait-elle parfois –. Son jardin était grand, et Chiaki acceptait la plupart du temps de jouer avec lui à cache-cache.
Ce jour-là, Tooru avait fait comme d'habitude. Il s'était levé, avait pris son bain, son petit-déjeuner seul dans l'arrière-cuisine, avait suivi ses cours de la matinée en bon garçon, et avait été libéré sous les coups de onze heures. Il ne faisait pas très beau, mais pas vraiment froid non plus alors il s'était décidé à enfiler discrètement ses chaussures pour aller faire un tour à l'extérieur. Pas l'extérieur, mais plutôt son extérieur à lui, les alentours, ce qui restait autorisé.
Le jardin.
Il avait appris à grimper aux arbres en secret, tout en sachant qu'il se ferait certainement gronder si jamais on venait à le surprendre. Il y avait passé du temps, jusqu'à ce que sa sœur lui affirme qu'il était devenu aussi agile qu'un petit singe – un soir, il avait même réussi à se glisser par sa fenêtre, au deuxième étage, avant de remonter grâce à l'arbre qui faisait face à sa chambre – c'était à ce moment-là qu'il était passé à autre chose.
En ce moment, c'était la course. Être le plus rapide était amusant, surtout alors qu'il constatait ses progrès de jour en jour. Le lundi, il pouvait sprinter pendant une dizaine de minutes et, le vendredi, il tenait trois minutes de plus. Sa mère aurait peut-être été impressionnée, si elle savait. Ou peut-être pas, personne – même pas ses enfants – ne pouvait le dire.
Ce ne fut qu'une fois dehors que Tooru constata que le ciel était gris. S'il se mettait à pleuvoir, rentrer serait obligatoire au risque de salir le parquet en chêne de la maison. Il devait se dépêcher. Pas comme s'il avait quelque chose de précis à faire, mais le garçon savait bien que s'il ne profitait pas de ces instants où il était libre de ses mouvements, des regrets se feraient sentir un peu plus tard, quand sa mère l'enfermerait dans la pièce. On arrêtera le jour où tu pourras te transformer entièrement, lui avait-elle dit la veille au dîner.
Avançant vers le fond, là où sa maison n'était presque plus visible à travers toute la végétation et donc là où il pourrait être le plus tranquille, Tooru fit bien attention à où il mettait les pieds. Le sol était assez meuble et les feuilles mortes tapissaient l'herbe déjà assez marron en général. Chiaki lui avait dit que c'était à cause du manque de lumière – ces arbres sont immenses, regarde on ne voit même plus le ciel parfois –.
Quand il arriva enfin tout au bout, Tooru s'arrêta à environ dix mètres des grandes haies qui le séparaient du monde, comme il avait l'habitude de le faire. Filer en douce de sa chambre, ça il pouvait le faire, mais dépasser cette limite était encore trop pour lui. La colère de sa mère était pire que tout, et parfois il se demandait comment elle faisait pour tout savoir.
Il avait un jour cassé quelque chose dans la maison, et même alors que la gouvernante lui avait promis de s'en débarrasser pour que personne ne s'en rende compte, Tooru avait quand même été sévèrement puni. Il se souvenait encore de la peur qu'il avait ressentie quand sa mère était entrée dans sa chambre, les yeux sombres. Peut-être était-ce à partir de ce jour que les températures baissaient partout où il allait.
Il commença à s'étirer comme le livre qu'il avait lu cette nuit lui conseillait de faire, quand soudain des sons curieux lui parvinrent de l'autre côté des haies. Son cœur loupa un battement et il se redressa immédiatement, alerte. Était-ce quelqu'un qu'il connaissait ? Jamais aucun bruit n'avait troublé l'étrange silence de son jardin, alors pourquoi aujourd'hui ?
Il lui sembla que c'était comme un rappel à l'ordre un peu brusque, quelque chose qui lui prouvait une nouvelle fois qu'un Nouveau Monde se trouvait au-delà. Pendant un instant, il voulut franchir cette barrière invisible qu'il savait reconnaître d'instinct, mais le courage lui manqua. Il ne voulait pas être puni. Il n'avait pas envie que sa sœur soit déçue du mauvais garçon que son frère deviendrait alors.
Mais les bruits recommencèrent, se répercutant dans sa tête et résonnant entre les arbres. C'était irrégulier, comme une frappe, et il voulut tellement savoir ce que cela pouvait être...
Une punition face à la découverte de quelque chose de nouveau, bien plus intéressant que la course dont il commençait à se lasser. Son petit poing se serra et il prit une grande inspiration pour se donner du courage : c'était une décision importante et il ne fallait pas aller trop vite.
Une seule fois, se raisonna-t-il en avançant, traversant la ligne des dix mètres, juste une seule fois, et ensuite je n'y retourne plus jamais. Au moins je saurais.
Il pourrait alors continuer d'imaginer, seul dans son lit lorsque le sommeil le fuyait, la suite de ce monde qui lui était refusé. Il pourrait inventer des gens, des vies, des animaux, et même des collines et des maisons. Les gens dans sa tête étaient parfois gentils parfois méchants, mais tous avaient peur de sa mère et c'était pour ça que personne ne pouvait venir le chercher.
Les feuilles craquèrent sous ses pieds, et il eut l'impression de profaner une terre vierge où personne n'était encore jamais allé. Les haies étaient immenses et épaisses, mais il savait que passer à travers était possible. Il n'y avait pas tant de branches, et des feuilles n'étaient que des feuilles après tout.
La peur de se salir le fit hésiter de nouveau, mais il décida qu'il était trop tard pour reculer. Si sa mère décidait de le corriger autant qu'elle le fasse pour quelque chose. Comme pour lui donner raison, les bruits reprirent derrière l'épaisseur de verdure, et cette fois il s'engouffra entre les branches. Certains morceaux pointus le griffèrent et s'accrochèrent ses vêtements, mais l'appel de ce son étrange fut plus fort que tout : il émergea de l'autre coté avant d'avoir eu le temps de dire ouf.
Et ce n'était pas vraiment ce qu'il avait imaginé.
Un monstre, des fées, des adultes prêts à le kidnapper Tooru s'était attendu à tout, et la dangerosité de la situation l'avait excité. Enfin il brisait les règles, enfin il prenait d'autres risques que celui de monter à presque sept mètres du sol. Aller lui même face au danger était bien moins effrayant que d'y être traîné de force, en pleurs.
Ce qui s'offrait à lui n'avait rien de fantastique mais n'était pas moins incroyable pour autant. Un enfant, peut-être de son âge, frappait dans un objet rond qui partait s'écraser contre le mur d'un petit bâtiment abandonné. Les bruits venaient de là. Des cercles étaient tracés en rouge sur les pierres, et la peinture devait encore être fraîche car elle commençait tout juste à couler vers le sol.
Le garçon lui tournait le dos, et Tooru constata qu'il devait être un peu plus grand que lui, avec des cheveux bruns un peu trop longs et un t-shirt délavé, qui avait dû être gris à une époque. Ses baskets étaient grosses et pleines de boue, mais pouvait-il vraiment dire quelque chose au vu du nouvel état des siennes ?
Il fit un pas vers cet inconnu, sans vraiment savoir ce qu'il en attendait. Lui parler ? Aurait-il le courage de le faire ? Les seules personnes avec qui il avait conversé jusqu'à présent avaient été sa famille, sa gouvernante, son professeur, et les quelques personnes qui venaient faire leur rapport à sa mère, dans son bureau. De simples bonjours, pour ces derniers.
Mais il n'eut pas le temps de penser à quoi que ce soit d'autre car son pied appuya sur une branche posée au sol, et le bruit qu'elle fit en se cassant en deux attira l'attention du garçon. Ce ne fut qu'un vague coup d'œil, mais Tooru se trouvait à découvert, à quelques mètres de lui : dans un sursaut, l'inconnu se retourna vers lui.
Figé de peur, Tooru croisa son regard, les jambes tremblantes. Ses yeux étaient sombres et impressionnants, incroyablement intimidants. Avait-il son âge ? Avait-il un nom ? Que pouvait-il bien faire là ? Ce garçon avait une vie, une identité qui n'avait rien à voir avec lui et sa maison. Il était indépendant, un étranger à son monde.
– T'es qui ?
Sa voix résonna à ses oreilles, jusqu'à ce que Tooru se rende compte que c'était à lui qu'on parlait.
– Tu viens pour jouer au ballon ?
La balle qui s'était arrêtée près de ses pieds fut soulevée du sol, et il la tendit dans sa direction. Ses yeux semblaient noirs, de loin.
– Je veux bien jouer avec toi, mais pas longtemps. Je dois rentrer après.
Tooru regarda par-dessus son épaule, aperçut la haie, les arbres, le silence, puis lui fit de nouveau face et hocha la tête.
– Je m'appelle Hajime. T'es pas très bavard, toi.
Kuroo regarda Iwaizumi courir en direction de la vitrine où Oikawa avait disparu avec des yeux écarquillés. Le corps de leur ami s'était tordu comme une marionnette en tissu avant d'être éjecté sur le côté, et ni Daishou ni Kuroo n'arrivaient à comprendre comment cela était arrivé.
Quelques instants plus tôt, ils étaient tous les deux en sécurité à l'Académie, et à présent l'arme la plus forte de l'école venait de se faire envoyer bouler.
– Tu crois qu'il est..., souffla Daishou d'une voix blanche.
Il comprit immédiatement ce que ce dernier voulait dire.
– Quoi ? Non ! Il doit être un peu sonné, mais c'est Oikawa...
D'un coup, même ses propres mots sonnaient faux. De l'autre côté de la rue, le Soul Eater leur faisait face, le visage impassible, en garde comme s'il s'attendait à une attaque. Son visage lisse et impassible les observait sans curiosité, comme s'ils n'étaient que des passants dans une avenue bondée. Sous leurs pieds, la couche épaisse de givre ne faisait que s'étendre, aussi solide qu'auparavant – et Kuroo sentit ce qui oppressait sa poitrine se relâcher légèrement –.
– Sa glace n'a pas disparu, affirma-t-il en rencontrant le regard de Suguru. Il va bien, ce n'est pas fini.
Ce dernier baissa les yeux et soupira sensiblement en constatant qu'il avait raison.
– Daishou, l'appela Kuroo.
Le Soul Eater commençait déjà à s'avancer, lentement, vers boutique où se trouvait ses amis.
– Il faut qu'on fasse diversion.
– C'est marrant, j'ai cru que tu avais dit qu'il fallait qu'on fasse diversion.
Tetsurou lui lança un regard désabusé.
– Oh merde c'est vraiment ce que t'as dit. Tu te rends compte que c'est la pire idée que tu pouvais avoir, n'est-ce pas ?
– Quoi ? Tu préfères le laisser aller tranquillement buter Iwa et Oikawa ?
– Bien sûr que non, mais qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? Lui lancer des cailloux ?
– Et bien je sais pas, je pensais qu'on était quand même dans la plus célèbre école du pays !
Ils se fusillèrent du regard pendant quelques secondes avant de se souvenir que le tueur en série s'éloignait de plus en plus. Le vent qui soufflait de plus en plus fort arracha un frisson à Daishou, et il prit une grande inspiration.
Une fois tout cela terminé, Oikawa avait intérêt à s'excuser à genoux.
– Bon, peut-être qu'en attaquant en même temps on aura un peu plus de chance de pas finir en morceaux, mais avant...
Kuroo se baissa pour arracher un bout de glace qui dépassait, puis lança un regard à Daishou pour lui montrer ce qu'il voulait faire. Étrangement, et comme à chaque fois, ce regard fut suffisant car ce dernier leva les yeux au ciel.
– Si je meurs et pas toi, je te hanterai même en enfer, c'est clair ?
– Tu rigoles ? Fais pas l'innocent je sais que tu viendras me chercher avant.
En voyant que sa phrase avait bien plus de sous-entendus qu'il ne l'aurait voulu, Kuroo tourna la tête et arma son bras : le morceau de glace vola dans les airs. Il n'était pas aussi habile que certain à ce niveau-là, mais il devait également bien avouer que ne pas connaître l'apparence de son arme avait du bon. Il avait dû se perfectionner dans beaucoup de discipline, sans jamais en choisir une définitivement.
Donc, quand son projectile s'approcha dangereusement du Soul Eater, dans un alignement qui lui arracha un peu de fierté, il ne fut pas tant surpris que ça. Par contre, quand lui se retourna brusquement en balançant ses bras afin que la lame de son immense épée aille rencontrer ce qui le menaçait, Kuroo sentit sa mâchoire se décrocher.
On est mal.
– Il a des yeux dans le dos ou quoi ? cracha Daishou à son côté.
Il ne leur restait plus qu'une seule chose à faire, et Kuroo pouvait effectivement sentir à quel point c'était une mauvaise idée.
– Le corps à corps...
Et Kuroo avait eu raison : c'était un véritable carnage. Il ne s'était jamais plain de ses capacités pour le combat rapproché, car dans les faits il n'était pas nul. Bien sûr, c'était compliqué de se trouver des qualités quand dans son groupe il y avait Iwaizumi et Bokuto. Même Oikawa était une bête lorsqu'il s'y mettait. Alors forcément, ses entraînements et notes plutôt bonnes pouvaient paraître dérisoires quand ils étaient comparés à d'autres.
À présent, il se demandait réellement si trouver son partenaire aurait changé quelque chose à la situation, ou s'ils auraient simplement été trois à se prendre des coups.
– Daishou, derrière !
Ce qui perturbait le plus Kuroo, ce n'était plus l'incroyable agilité de cet homme qui ne devait posséder qu'une dizaine d'années de plus qu'eux, mais plutôt son silence. Même en esquivant ou en tentant de lui assener de nouveaux coups, il ne laissait pas un son lui échapper, pas une exclamation, pas un grognement : même sa respiration était inaudible, à se demander si justement, il respirait.
– C'est moi que t'essayes de frapper ou quoi ?
Ses gestes aussi étaient impressionnants secs et rapides, manier une arme aussi lourde ne devait pourtant pas être aisé. Le manche se tenait à deux mains, et la lame devait bien faire une quinzaine de centimètres de largeur – ou tout du moins, c'était l'impression qu'elle donnait –. Ils manquèrent tous les deux de se faire trancher plus d'une fois, et ainsi Kuroo finit par se rendre compte d'une chose qui lui donna des sueurs froides.
Daishou n'était pas doué au combat. Pas doué du tout.
Il esquivait comme un enfant, écarquillait les yeux dès que quelque chose arrivait vers lui, ne savait pas bloquer une attaqua sans se blesser, et surtout donnait des coups de bien si ridicules que Kuroo en aurait pleuré.
Si leurs chances n'étaient pas bien épaisses au début, voir que la seule personne qui aurait pu lui permettre de rétablir la balance se laissait avoir pas des choses aussi simples qu'un croche-pied lui donnait envie de tout abandonner. Même à deux contre un, Oikawa et Iwaizumi avaient intérêt à se dépêcher s'ils ne voulaient pas que Daishou vienne également les hanter.
Mais soudain, alors que sa concentration baissa légèrement, le Soul Eater lui retourna un coup de pied qui le fit reculer de plusieurs mètres, puis saisit son épée pour la diriger sur Suguru. Encore une fois, ce ne fut pas la tranche mais le plat qui le frappa, et cela fut suffisant pour l'envoyer valser de la même manière qu'Oikawa un peu plus tôt.
Il alla atterrir dans un parterre de fleurs, dans un parc de l'autre côté de la rue.
– Daishou !
Gardant le Soul Eater en vue pour éviter de se faire surprendre, Kuroo recula davantage. Une distance de sécurité était préférable, surtout s'il voulait le contourner pour rejoindre Suguru. Il aurait dû me le dire avant, s'il savait pas se battre, ragea-t-il. Je sais que moi les armes c'est pas obligatoire, mais merde...
Le coup porté avait eu l'air violent, si bien qu'il ne pouvait s'empêcher de zyeuter discrètement l'endroit où Daishou avait disparu. Il fallait qu'il s'y rende, mais s'il partait maintenant l'homme pourrait tranquillement se diriger vers Iwa et Oikawa, ainsi leurs efforts n'auraient servi à rien. Cette fois, il lança un coup d'œil en direction de la vitrine qui se trouvait derrière lui. Il ne voyait rien – rien de ce qu'il aurait désiré en tout cas –.
Je fais quoi moi maintenant ?
Il ne pouvait pas bouger, mais il ne pouvait pas rester immobile non plus. Si le Soul Eater décidait soudain qu'il en avait marre de le voir lui barrer le chemin, nul doute qu'il n'hésiterait pas à lui faire subir le même sort – ou peut-être pire, après tout le haut et le bas de son corps n'étaient pas si bien rattachés que ça –.
Il déglutit, puis fit quelques pas sur le côté afin d'avoir une meilleure vue sur le parterre de fleurs. De loin, il ne pouvait apercevoir que des roses cachées derrière les jeux pour enfants, mais au milieu... la silhouette qui se relevait doucement ne pouvait être que lui. Il le vit se toucher le crâne, puis –
Les yeux de Kuroo s'ouvrirent en grand tandis qu'une pensée absurde lui traversa l'esprit. Une image, qu'il lui fut alors impossible d'effacer. Un rêve, des roses, sa marque.
Sa main attrapa son poignet où s'étendait la marque étrange qui lui avait été apposée, et le rêve qu'il faisait encore cette nuit, avant de sortir dans le froid, lui revint en mémoire. Des roses, partout, sur son bras, la signification. Et devant lui, au loin, Daishou qui se perdait au milieu de toutes ces fleurs.
Cela aurait pu n'être rien. Cela aurait pu être tout. Mais sitôt cette pensée formée, son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine et les éléments s'assemblèrent.
Daishou, qui n'avait pas de meister, qui n'en cherchait pas, qui ne voulait pas revivre le traumatisme de sa sœur. Daishou, qui avait été le premier à lui chercher des noises lorsqu'il avait vu la marque du brun sur son poignet. Daishou, qui semblait toujours si enclin à affirmer à qui voulait l'entendre qu'il était bien seul et qu'il n'avait pas besoin d'un partenaire.
« Imaginer que quelqu'un puisse t'avoir toi comme partenaire, c'est pas une preuve suffisante peut-être ? »
Et quand Suguru releva la tête et croisa son regard, la distance qui les séparait ne fut pas suffisante : il écarquilla les yeux à son tour en avisant l'expression de Kuroo.
La neige s'était remise à tomber.
La première chose qu'Hajime fit alors qu'il s'élançait vers la boutique fut de vérifier le lien qui le reliait à Oikawa. Le coup qu'il avait reçu dans les cotes avait été violent, et Iwa ne cessait de le revoir chaque fois qu'il clignait des yeux : si le coup en lui-même n'avait pas été fatal, la chute elle avait peut-être fait plus de dégâts.
Non, se raisonna-t-il en accélérant. Le lien est toujours là. La glace est toujours là. Il va bien, il faut juste que j'arrive jusqu'à lui et...
Quand il pénétra dans la boutique, défonçant la porte pour pouvoir entrer – les bouts de verres de la vitrine étaient ensanglantés, ce qui ne lui inspirait rien de bon – ce qu'il trouva lui retourna l'estomac. Beaucoup d'objets étaient tombés au sol, lui barrant le chemin, mais il pouvait voir que dans le fond, derrière le comptoir, le mur était légèrement abîmé. Il s'avança rapidement en dégageant ce qui se trouvait sur son chemin, puis sauta par dessus la caisse enregistreuse et se réceptionna agilement à quelques centimètres du corps immobile de son partenaire. Du sang lui coulait sur le visage, partant du haut de son front jusqu'à son nez, mais il fut presque soulagé de voir qu'aucun de ses membres n'avait une position étrange.
– Tooru ! cria-t-il en le redressant dans ses bras.
Son partenaire ne bougea pas d'un pouce, alors il leva la main et lui décrocha trois claques sur les joues. État d'urgence.
Mais en voyant qu'il n'obtenait toujours aucune réaction, il le reposa au sol avant de se redresser pour observer l'intérieur de la boutique. Il lui fallait juste une petite bouteille d'eau, ou alors quelque chose froid...
Dans un réfrigérateur éteint, de nombreux sodas étaient stockés, et quand il passa de nouveau par-dessus le comptoir pour aller voir, il fut heureux de trouver une bouteille d'eau plate. Il fit le chemin inverse pour reprendre sa place, puis en versa l'intégralité sur le visage du châtain.
Cette fois, il obtint un réveil inespéré et un peu brusque : Oikawa ouvrit les yeux dans une grande inspiration, comme s'il était en train de se noyer, puis il se mit à tousser.
– C'est bien, c'est bien, fit-il d'une voix qui se voulait plus calme. Respire.
Il fallut un instant pour qu'il cesse de se convulser sous cette toux inquiétante, mais quand enfin il se calma ses yeux se fixèrent sur le visage d'Hajime.
– Tu ne... devais pas être là.
Ce dernier claqua sa langue.
– Ça tombe bien, toi non plus. Je peux savoir ce qui t'est passé par la tête ?
Mais Tooru secoua lentement la tête et tenta de se redressa par lui même.
– Pas le moment, grogna-t-il. Où est le Soul Eater ? Il ne faut pas qu'on le laisse s'échapper...
Iwa lança un petit coup d'œil inquiet derrière son épaule et son partenaire fronça les sourcils.
– Quoi ?
– Et bien, je suis venu avec Kuroo et Daishou. Ce qui veut dire...
Merde. Oikawa se redressa enfin franchement. Il effectua un petit check de sa situation, et constata qu'il n'avait bien heureusement rien de cassé. Ses muscles le faisaient souffrir, et son dos avait dû prendre tout l'impact – heureusement qu'il avait eu le temps de geler l'arrière de son manteau avant de passer la vitre –. La seule chose inquiétante aurait pu être le poignet de sa main gauche, mais ce n'était pas bien grave.
Il fallait juste que sa tête arrête de tourner, comme ça il pourrait se transformer et...
– Je suis désolé, Iwa-chan. Je ne voulais vraiment pas t'embarquer là-dedans. Mais je –
Il devait maintenir le mur : celui qu'il avait battit dans leur lien, celui qui retenait les sentiments de l'autre de chaque côté. Derrière ce dernier, tout était silencieux, et il était certain que si Hajime percevait sa colère, il prendrait peur, serait déçu, le lui reprocherait. –
Mais sa tête tournait et tournait encore, et à présent maintenir sa glace, sa conscience, et ce mur devenait de plus en plus difficile.
– Oikawa, l'appela Hajime. C'est bon, ça va aller. On en parlera plus tard. Juste... il faut que tu te transformes. Il faut qu'on aille les aider.
Daishou. Kuroo.
– Oui. T'as raison.
Il tâta son poignet, essuya le sang qui coulait le long de son front – et remarqua enfin que ses cheveux étaient humides – puis releva les yeux vers son partenaire.
– Hajime, il faudra faire attention, d'accord ? Si tu en as l'occasion, tue-le. Si tu as l'impression qu'il te surpasse, recule. Tu ne prends pas de risque, d'accord ?
Le brun plissa les yeux.
– « Pas de risque », hein ? Beau parleur, va.
Il tendit la main dans sa direction, attrapa sa main droite, puis la serra. Sa paume était chaude, presque brûlante, même par ce temps.
– On va la venger, ok ? Ce sera quatre contre un.
Et le sourire timide qu'il lui offrit valut bien tous les risques qu'il aurait pu prendre.
Si on s'en sort, pensa Oikawa tandis qu'il se relevait, je lui dirais. Si on s'en sort, Iwa-chan, je te promets que tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement.
Ce qui sortit Kuroo de ses pensées fut le cri d'Iwa dans son dos.
– Kuroo !
Un coup d'œil rapide en arrière lui permit de se rendre compte que son ami arrivait vers lui en grandes enjambées, une épée blanche et brillante dans la main. Les flocons commençaient déjà à tenir sur le sol et, avec le vent qui s'était également levé, l'aveuglaient et humidifiaient ses cheveux.
Les voir ainsi approcher, tous les deux vivants et conscients, fut comme un électrochoc : sans explication, Tetsurou tourna les talons, les yeux rivés sur son adversaire, et le contourna pour rejoindre Daishou de l'autre coté. Il prit garde à une distance raisonnable, mais le Soul Eater le laissa passer sans lui accorder de son attention : son regard s'était tourné vers Hajime et Oikawa.
Est-ce qu'il... les considère comme une menace ?
Il aurait été bête de ne pas le faire. Oikawa était fort. Iwaizumi l'était aussi. Ensemble ils étaient imbattables. Détournant le regard pour les laisser face à face, Kuroo reprit sa course en sprintant : il fut dans le parc pour enfant avant d'avoir eu le temps de dire ouf.
Ici, l'ambiance lui parut complètement différente : plus calme, moins périlleuse. La neige redoublait d'intensité si bien que la visibilité diminuait drastiquement, et que quand il arriva près de Daishou Iwaizumi avait disparu au milieu d'une brume épaisse.
Perdu au milieu des roses, Suguru tentait lentement de se relever en se tenant l'épaule, de la terre sur le pantalon. Le bruit de ses pas l'avait forcé à lever les yeux, mais à présent que Kuroo était devant lui il prenait garde à ne pas croiser son regard.
Faute de temps, le brun évita de tergiverser :
– Tu n'as rien à dire ? lui demanda-t-il en tendant sa main pour l'aider à se mettre debout.
Il s'attendait presque à ce que Daishou reste muet. Éviter les vrais conflits était devenu ce qu'il préférait faire, apparemment. Mais à sa grande surprise, il attrapa la main tendue puis le saisit par le col.
Leurs visages bien trop proches, il déclara :
– Je pourrais m'excuse, ok ? Mais tu sais que je ne le ferais pas. J'ai fait ce que j'avais à faire pour me préserver, que ça soit tombé sur toi ou sur un autre. Maintenant, ils ont besoin de nous, et tu sais très bien quelle est la chose à faire.
Kuroo aurait pu dire non. Il aurait pu être immature, lui dire qu'à présent, la dernière chose qu'il désirait était de tenter une connexion. Il aurait pu lui dire qu'à ses yeux, Daishou restait Daishou et qu'il aurait préféré embrasser un crapaud plutôt que de l'accepter comme partenaire.
Peut-être que quelques jours plus tôt, il aurait fait quelque chose comme ça. S'il n'avait pas écouté le récit fébrile d'un frère accablé de culpabilité, si ses amis n'étaient pas en danger de mort à quelques mètres de là, si le partenaire de son ami d'enfance n'avait pas été retrouvé dans une rue similaire à celle-ci. Si lui-même n'avait pas ne serait-ce qu'un petit peu évolué.
Si sa haine pour Daishou n'avait pas été soufflée comme la flamme d'une bougie sur un gâteau d'anniversaire.
– D'accord, répondit-il.
Leurs mains se joignirent, et Kuroo vit dans son regard quelque chose qui le réconforta étrangement : de la confiance. Un peu précaire, un peu fragile, mais c'était un début. Leurs doigts étaient glacés, et le brun remarqua enfin que Suguru tremblait. Leurs vêtements trempés collaient et alourdissaient leurs corps, mais dans sa poitrine un feu se ralluma.
– Personne ne m'a jamais manié, précisa-t-il en fermant les yeux. Mika a essayé, mais j'étais trop lourd : je n'étais pas pour elle.
Le brun hocha distraitement la tête : la peau de Daishou commençait doucement à s'illuminer. L'excitation et l'appréhension lui retournèrent les tripes, et quand une barre sombre et solide remplaça sa peau froide, il ressentit sa forme dans sa tête avant de la voir de ses yeux.
Il lui semblait l'avoir déjà vu quelque part, dans ses rêves peut-être, mais d'un autre côté jamais il n'aurait pu imaginer cela tout seul : c'était comme voir son idéal se visualiser, sans même savoir qu'on en possédait un. Une sensation agréable, qu'il n'eut pas le temps d'apprécier à sa juste valeur : le lien se créa tout de suite après.
Ce n'était pas la sensation que lui avait décrite Iwaizumi, et ce n'était pas non plus celle dont Bokuto lui avait parlé.
Unique, il n'eut pas l'accès aux émotions de Daishou, ni à ses souvenirs, pas plus que lui aux siens. C'était comme si un fil d'argent venait de se tendre entre leurs esprits, pas encore assez solide pour que quoi que ce soit passe par là, mais tout de même présent, comme pour montrer le chemin. Un début de quelque chose.
Quand Kuroo reprit ses esprits, il était toujours debout sous la neige, et une immense faux avait pris place dans sa main. Sa taille était impressionnante, immense et fine à la fois, mais pourtant tellement légère : il savait que c'était du métal, mais sous ses doigts l'arme lui réchauffait la peau.
– Daishou...
Pas de commentaire, tu seras gentil.
Il leva les yeux au ciel.
Et j'avais raison : t'as les mains moites.
Ils retournèrent rapidement vers Iwaizumi et Oikawa. La neige était toujours aussi forte, et à présent les pieds de Kuroo crissaient dans la fine couche qui s'était déposée sur le sol. Ses yeux avaient fini par s'habituer à ce temps, si bien qu'il trouva ses amis rapidement.
Hajime semblait essoufflé, son épée levée devant lui dans une position de garde parfaite.
– Iwa, l'appela Kuroo pour le prévenir de sa présence.
Ce dernier tourna la tête vers lui, et haussa un sourcil en avisant l'immense faux aux reflets verts qu'il portait posée sur son épaule.
Regarde Oikawa.
Écoutant Daishou, Kuroo baissa les yeux sur la lame presque blanche qu'il était à présent, et laissa échapper un hoquet de surprise.
– Iwa, est-ce qu'il... ?
– Ça va, le coupa-t-il. Il faut juste qu'on se dépêche d'en finir avec lui.
Une fissure noire, assez petite certes mais bien présente, affaiblissait l'épée près du manche. Il s'apprêta à dire autre chose, à affirmer que c'était trop dangereux, que si Oikawa se brisait en tant qu'arme, les séquelles sur son corps humain seraient irréversibles.
Mais il n'en eut pas le temps.
Kuroo, derrière !
Il eut tout juste le temps de se retourner et de parer – maladroitement, après tout il n'était pas encore habitué à une arme de cette taille – avant qu'une immense claymore tente de le trancher en deux. La puissance de son opposant le fit grogner sous l'effort, et il entendit Daishou lui hurler qu'il n'était pas un bouclier. Sachant très bien que sa propre force n'égalait pas tous ces muscles, il se servit du long manche de son nouveau partenaire comme glissière : il put se redresser et s'éloigner rapidement tandis qu'Iwaizumi attaquait à nouveau.
Son coup porta pourtant dans le vide et frappa le sol, brisant le goudron de la route et créant une gerbe de glace en forme de vague. Le Soul Eater possédait une rapidité incroyable et évitait bien trop facilement tous leurs essaies, ainsi il se replaça à plusieurs mètres comme si de rien n'était. Il était grand pourtant, avec une arme imposante, mais il maîtrisait tout cela à la perfection.
On est mal, fit Daishou. Il faudrait juste qu'on arrive à l'effleurer, mais...
Kuroo fronça les sourcils.
Pourquoi juste l'effleurer ?
Ma lame est... disons qu'elle est recouverte d'un poison spécial. D'ailleurs : évite de la toucher.
Heureusement que tu me préviens, hein, ça aurait été dommage de finir à l'hôpital.
Oh c'est bon, il n'est pas mortel.
– Super.
Revenant vers lui, Iwaizumi se plaça à son côté. En y regardant de plus près, il pouvait voir que lui aussi était blessé : de petites coupures un peu partout sur les bras et le cou, mais surtout il paraissait gonflé au niveau de la pommette, comme s'il s'était pris un coup.
– Il y a un truc bizarre avec eux, lui dit-il en touchant distraitement Oikawa du bout des doigts.
– Sans blague ? Pourtant venant de mangeurs d'âme humaine on aurait pu s'attendre à un peu de normalité.
Il se récolta un regard noir.
Bien fait pour toi.
La ferme.
– J'ai l'impression que la glace d'Oikawa est inefficace. Ou plutôt, qu'ils arrivent à annuler son attaque. Regarde.
Il attrapa l'épée à deux mains, la leva au-dessus de sa tête, puis la planta dans le sol sans hésiter. On ne pouvait pas voir s'il avait réellement traversé le goudron, mais en tout cas l'effet fut là : la neige devint immédiatement plus épaisse et plus dure, fonçant tout droit vers le Soul Eater comme un monstre affamé.
Une sueur froide coula le long du dos de Kuroo tandis qu'il observait en silence.
Mais alors que la tempête s'apprêtait à le frapper de plein fouet, la glace retrouva soudain son état liquide à quelques mètres de leur adversaire, puis s'écroula à ses pieds en une flaque agitée. Un vent souffla entre eux, dégageant légèrement la brume mais fouettant leur visage avec les flocons.
– Ils...
Annulent les pouvoirs des armes comme Oikawa, termina Daishou.
S'ils continuaient ainsi, s'ils ne parvenaient pas à trouver le point faible de cet homme et de son arme, si personne ne prévenait la police de la présence du Soul Eater dans cette rue, alors ils ne s'en sortiraient pas indemnes.
De gros bisous, et à la prochaine pour le dernier chapitre !
