Chapitre 2 : Des souvenirs errant dans l'espace

L'ultime cri de Toshiro avait brisé le silence spatial. L'ordinateur avait utilisé ses dernières réserves d'énergie dans le but d'indiquer précisément l'endroit où l'Arcadia et les autres vaisseaux s'étaient écrasés. Après avoir rechargé les batteries destinées à fournir de l'énergie aux régénérateurs d'air pendant quelques heures, il avait transféré ses propres réserves pour envoyer cet ultime message qui fit écho à son âme. Sans s'en rendre compte, l'intégralité de ses souvenirs furent envoyés sous forme de fichiers à travers l'espace pouvant être captés par n'importe quel satellite. Les précieux souvenirs de la vie de Toshiro Oyama commencèrent à voyager à travers les distances infinies de l'espace, des plus anciens au plus récents montrant une vie parsemée d'amour, d'amitiés, de créations et de combats.

L'Eliza et sa flotte qui faisait route vers la zone du combat, commandé par Thomas dans le but de sauver ces vaisseaux en perdition reçu ce violent écho. Les fichiers surchargèrent les ordinateurs. Ceux-ci perdant le contrôle mirent les fichiers en lecture pendant que la procédure d'urgence était mise en route afin de passer en mode de vol manuel. Un nuage envahit l'écran, puis l'image commença à apparaître vacillante, hésitante pendant plusieurs minutes, se stabilisant finalement. Le son grésilla quelques instants puis il parvint clairement aux oreilles des involontaires spectateurs. Thomas vit alors son grand-père calme et posé circuler à travers les coursives de l'Arcadia pour rejoindre son vieil ami. Ils entendirent étrangement le cœur de Toshiro à travers les enceintes bondir de joie en voyant son ami franchir le seuil de la vaste salle. Hans lui sourit avec douceur. Thomas observait cela avec une attention grandissante. L'homme qui se reflétait dans les souvenirs de Toshiro ne correspondait en aucune façon aux siens, marqués par la déplorable impression que celui-ci lui avait laissé avec son côté sombre, brutal et déshumanisé, malmenant une femme à bout de force et vulnérable.

- Qu'est-ce qu'il se passe Toshiro ? s'enquit le capitaine sans cesser de sourire

- C'est Mayu, avoua Toshiro. Je viens de recevoir un message de détresse de ses parents adoptifs ils sont très inquiets.

- Passe-moi l'enregistrement, exigea Harlock, angoissé.

" Bonjour capitaine, ici Hector Dumont, voilà, je ne sais si vous aurez ce message mais Mayu ne va pas très bien. Sa mère et moi nous nous inquiétons beaucoup. Elle commence à avoir de très mauvaises fréquentations. Est-ce que vous pourriez venir nous voir s'il vous plaît, mon épouse et moi craignons le pire"

- Il faut qu'on aille là-bas, Hans, proposa Toshiro.

- Toi et moi on s'était mis d'accord pour ne plus intervenir dans sa vie pour ne pas la mettre en danger. Mayu vit sous une nouvelle identité. Si on découvre son lien avec moi ou avec toi, le gouvernement pourrait bien se servir d'elle pour nous atteindre.

- Je sais. Les Dumont sont des parents adoptifs formidables et je ne remercierai jamais assez Kei d'avoir trouvé cette gentille famille lorsque nous avons décidé de quitter définitivement la Terre et de vivre loin des planètes occupées par l'humanité, mais tu l'as entendu tout comme moi, ma fille a des problèmes.

- Mayu a dix-huit ans, à présent, rappela Harlock en soupirant. La crise d'adolescence n'est pas censée être finie à cet âge-là ?

- A dire vrai, je ne sais pas, avoua Toshiro. Je ne peux pas laisser ma fille partir en vrille, je dois faire quelque chose !

- J'espère que cela n'aura pas de graves conséquences pour elle, s'inquiéta Harlock. Cela fait onze ans que je suis sorti de sa vie pour sa sécurité.

- Tout ira bien. J'ai besoin de ton aide, Hans. Tu n'as pas été que son tuteur. Tu as été un père de substitution pour elle pendant cinq années.

- Cela ne me donne pas l'autorité de son père biologique, sourit Harlock.

- Lorsque je te l'ai confiée, je t'ai donné toute autorité, Harlock. Fais au mieux pour aider ma fille, je t'en prie, supplia l'ordinateur d'une voix émue.

Harlock ne répondit pas, se contentant de quitter la pièce. Son ami le suivit grâce aux caméras de sécurité. Le capitaine retourna à la timonerie où il modifia la trajectoire de l'Arcadia pour que celui-ci prenne la voie navigable la plus directe pour se rendre sur Mars. Il retourna ensuite à sa cabine. Mimée ne commenta pas le visage inquiet de l'homme qu'elle aimait. Elle continuait de jouer une douce mélodie, attendant qu'il se décide enfin à se confier. Harlock se servit un verre de red bourbon qu'il alla déguster pensivement, assis sur son lit en observant la mer d'étoiles. Mimée l'observait du coin de l'œil attendant un signe du capitaine. Celui-ci vint une dizaine de minutes plus tard, Harlock soupira tout en décontractant ses muscles qui étaient tendus à cause du stress.

- Qu'est ce qui t'inquiète ? s'enquit-elle d'une voix douce. Les éventuelles bêtises de Mayu ou sa réaction lorsqu'elle te verra ?

- Est ce qu'elle aurait pu m'oublier, Mimée ?

- Ce serait amusant, commenta celle-ci sur un ton moqueur. Tu es un homme inoubliable. Personne ne pourrait t'oublier après avoir croiser ton chemin.

- Pour elle, je suis peut être juste un vague souvenir de son enfance, supposa Harlock.

- Tu n'es pas un être de fiction créé pour raconter des histoires aux petits enfants dont elle aurait gardé un vague souvenir dans un coin de sa tête. Tu es un être de chair et de sang qui a veillé sur elle avec amour et tendresse. Elle a besoin de toi et tu sauras l'aider, j'en suis certaine.

Harlock s'allongea, ses bras croisés servant d'oreiller à sa tête. Il ferma les yeux, s'endormant bercé par la mélodie jouée à la harpe.

Les souvenirs du voyage continuèrent à défiler. Thomas ordonna une lecture rapide du fichier pour parvenir enfin à la suite des événements. Lorsque le vaisseau arriva à proximité de Mars, Harlock ordonna à Toshiro de pirater les différents satellites militaires afin de préserver des regards indiscrets la descente finale de l'Arcadia dans les montagnes désolées et tranquilles qui se trouvaient au nord de la capitale. Il retira son costume de pirate pour passer un vêtement civil. Il garda son ceinturon avec ses armes, cachées par un long manteau noir. Il descendit ensuite dans la soute où étaient conservés les vaisseaux afin de prendre un module d'exploration.

Toshiro, trop désireux de revoir sa petite fille, programma une mouche espionne qu'il lança dans le sillage de son ami. Harlock se rendit à la capitale à pleine vitesse puis une fois dans la circulation dense de celle-ci, il ralentit l'allure. Sachant que ses papiers étaient tout sauf aux normes, il respecta les limitations de vitesse, désireux d'éviter d'être arrêté par la police pour un contrôle de véhicule. Il arriva près de la petite maison des Dumont à une heure tardive. Il se gara sous les arbres, observa la rue en quittant le module puis il fila discrètement vers la demeure. Celle-ci était petite, d'une forme traditionnelle et chaleureuse. Un ancien panier de basket était accroché sur le mur droit de la maison au niveau de l'allée qui menait au garage. Les Dumont n'étaient pas très riches mais ils donnaient à leurs enfants tout l'amour et toute l'attention nécessaire.

Il grimpa les quelques marches qui menaient au perron puis sonna à la porte. Hector quitta son match de basket qu'il regardait sur l'écran du salon pour aller ouvrir. Son épouse terminait la préparation d'un pain d'épices destiné au petit déjeuner. Il eut un hoquet de surprise en voyant le capitaine. Hector avait déjà rencontré le capitaine dans le passé mais il était à chaque fois surpris par le personnage dont le charisme impressionnait chaque personne qu'il croisait. Il s'effaça pour laisser passer son invité puis il referma prestement la porte.

- Bonsoir capitaine, le salua-t-il en lui serrant la main. Cela fait bien deux semaines que je vous ai envoyé ce message, Je désespérai que vous le receviez.

- J'étais assez loin du système Sol, indiqua celui-ci.

- Venez avec moi, proposa Hector en l'entraînant à sa suite.

Les deux hommes allèrent à la cuisine où le pain d'épices commençait à cuire.

- Regarde, Elisabeth, notre ami est enfin arrivé, annonça-t-il joyeusement.

- Bonsoir capitaine, salua l'épouse en rougissant gênée.

Par réflexe, elle rajusta sa tenue ainsi que sa coiffure. Hector sortit des verres ainsi qu'une bouteille de red bourbon

- Asseyez-vous, capitaine, je vous en prie, l'invita Hector en plaçant le tout sur la table.

Lorsque tout le monde fut installé le père adoptif se décida à parler.

- Mayu a quitté la maison, il y a deux semaines, avoua-t-il d'une voix triste.

- Que s'est-il passé ? s'inquiéta Harlock.

- C'est compliqué et je ne sais pas où commencer, reconnut Hector.

Son épouse serra sa main gauche dans la sienne en lui souriant tristement.

- Depuis quelques temps, Mayu nous causait beaucoup de soucis, annonça-t-il. Elle a commencé à fréquenter des individus for peu recommandables et à rentrer à plus d'heure. Il lui arrivait même de ne pas rentrer de la nuit. Nous avons essayé de la raisonner. Elle n'avait jamais agi comme ça auparavant. Elle avait toujours été une fille gentille, bonne élève, très douée... Elle m'a alors lancé que je n'étais pas son père et que comme elle était majeure elle n'avait plus de compte à nous rendre et elle est partie en claquant la porte. J'ai pensé au début qu'elle reviendrait au petit matin, une fois qu'elle serait calmée mais hélas elle n'est jamais revenue à la maison. Nous sommes allés à la police mais ils nous ont dit que même s'ils la retrouvaient ils ne pouvaient la contraindre à rentrer chez elle et que si elle refusait qu'ils nous disent où elle se trouvait, ils ne pourraient nous le dire.

Harlock était estomaqué. Un tel changement de comportement ne présageait rien de bon.

- Est ce qu'il y a eu des signes avant-coureur ? s'angoissa Harlock qui sentait une boule se former dans son estomac.

- Aucun, affirma Elisabeth en pleurant. Elle était la meilleure élève de sa classe. Ses professeurs nous ont assuré qu'elle était promise à un brillant avenir. D'ailleurs, son professeur principal nous a remis ceci.

Elisabeth se leva, fouilla dans les tiroirs d'un chiffonnier puis se rassit en tenant dans ses mains une grande enveloppe brune qu'elle posa devant le capitaine. Celui-ci l'ouvrit et découvrit le dépliant de l'école d'ingénieur militaire la plus réputée du système Sol. Il fut stupéfait en voyant le prix des études.

- Est ce qu'il existe un système de bourses ? s'enquit-il, surpris, en relisant le montant de l'inscription.

- Oui, mais il ne couvre pas tous les frais alors comme Mayu est la cadette et vu que nos deux autres enfants ont une bonne place et gagnent assez bien leur vie, nous avions décidé tous ensemble, en cachette de Mayu, de nous cotiser pour payer ses frais de scolarité, indiqua Hector en souriant. On ne peut pas laisser gâcher ses capacités. Regardez ses bulletins de notes, capitaine !

Harlock regarda les papiers. Mayu avait des notes exceptionnelles et les remarques de ses professeurs étaient plus qu'élogieuses.

- C'est vraiment très gentil de votre part, remercia Harlock. Mais les frais sont énormes, je pense qu'il vaut mieux que je me charge de trouver le financement. Vous risquez de vous endetter à vie si vous choisissez de payer des tarifs aussi exorbitants.

- Je comprends bien, capitaine, mais nous ne sommes pas venu vous demander la charité, se vexa Hector. Nous voulons que vous retrouviez Mayu et que vous l'incitiez à rentrer à la maison. Nous sommes ses parents, c'est à nous d'assumer !

- Et je suis son tuteur et le meilleur ami de son père ! insista Harlock. C'est à moi de trouver l'argent ! Vous avez su prendre soin de Mayu mais cette charge m'incombe !

- Encore faut-il la retrouver, se désola Elisabeth. Pour entrer dans cette école, son casier doit être absolument vierge et si elle commet la moindre infraction, elle ne pourra jamais s'y inscrire !

- Est ce que vous avez l'identité d'un des hommes qu'elle fréquente ? les interrogea Harlock.

- Il y a un certain Lucas Riviera, indiqua Elisabeth. Un sale petit trafiquant de drogue !

- Je vais commencer mes recherches par là en espérant qu'elle n'aura pas eu le temps de se retrouver mêlée à leur trafic.

Harlock se leva, les salua poliment puis sortit. Une fois à l'extérieur, il soupira. L'inquiétude le gagnait. S'il n'était pas contraint de naviguer le plus loin possible du système Sol, il aurait eu le message plus tôt et aurait pu intervenir dès le lendemain de sa disparition. Il retourna au module pour contacter Toshiro en toute discrétion.

- Est ce que tu as des renseignements sur ce Lucas Riviera ?

- Je suis en train de fouiller dans les fichiers de la police. Ce Riviera possède des dizaines d'entrepôts qui se situent à proximité du fleuve. C'est un membre important de l'organisation de Don Marco qui est soupçonné par la police d'approvisionner la ville en saloperies en tout genre. Je t'envoie sur le GPS du module l'endroit où se trouvent ses entrepôts. Par contre, Hans, tu as carte blanche. Fais tout pour récupérer ma fille ! Use de la force sur elle si c'est nécessaire.

- Tu veux dire que j'aurai le droit de lui donner une bonne fessée pour avoir fréquenté de mauvais garçons, ironisa le capitaine.

- Disons que si elle te tape sur les nerfs, je t'autorise une ou deux torgnolles, si c'est nécessaire, accepta Toshiro.

- Rien que ça ! se moqua Harlock. Dire que quand elle était petite, elle était une gentille petite fille. C'est triste de voir ça.

- Tu verras quand tu auras des enfants, tu te moqueras moins.

- Cela ne risque pas de m'arriver, soutint-il d'une voix grave.

Toshiro avait bien sentit une pointe de tristesse dans la voix mais il ne releva pas. Il était vrai que l'amour qui unissait Mimée et Harlock ne pouvait donner la vie, ce qui faisait de la peine à l'ordinateur de l'Arcadia qui se doutait que cela faisait un manque dans la vie des deux amants. Harlock suivit les indications du GPS pour se rendre sur les quais où se trouvaient les entrepôts de Lucas Riviera. Il repéra un des bâtiments qu'une certaine activité semblait agiter. Des gens emmitouflés dans d'épais manteaux, la tête recouverte de toute sorte de couvre-chefs, destinés à leur manger une bonne partie du visage, entraient et sortaient du bâtiment en vérifiant que personne ne les voyait. Harlock vérifia ses armes puis descendit du module. Il y avait un homme chargé de surveiller la porte. Harlock s'approcha. Le garde en voyant cet homme grand, bien bâti, qui ne ressemblait en aucune façon à un junkie, se plaça devant la porte afin de faire barrage de son importante masse de muscles.

- Qui que tu sois je te conseille de rebrousser chemin ! menaça le garde.

- Je dois voir Lucas Riviera.

- Est ce que t'as le code ? Si tu ne l'as pas, je te conseille de te barrer si tu n'as pas envie que je t'éclate la gueule !

- Je serai curieux de voir ça ! ricana Harlock.

Alors que le garde s'apprêtait à mettre sa menace à exécution, le capitaine dégaina son cosmodragoon dont il colla le canon sous le menton du garde.

- Je crois qu'avec ça, je ne vais pas avoir besoin du fameux code, se moqua Harlock.

Il planta son regard dans celui du garde. Celui-ci, lorsque la lune se dégagea de ses nuages, aperçu les traits de l'homme qu'il avait en face de lui plus distinctement. Il vit le regard de glace, la balafre puis l'œil manquant, les traits de visage caractéristiques bien que commençant à être légèrement marqués par l'âge. Il regarda l'arme plus attentivement. Le doute n'était plus possible. Il avait en face de lui le fameux capitaine de l'Arcadia.

- Ce n'est pas vrai ! trembla l'homme. Vous êtes censé être mort !

Cette remarque fit ricaner le capitaine qui fit perdre connaissance au garde en le frappant dans la nuque du tranchant de la main. Il entra ensuite dans le bâtiment. Il entendit des rires venant du fond de l'entrepôt. Il passa des rangés de caisses qui formaient un étroit couloir, s'avança dans une zone dégagée et trouva Lucas Riviera, affalé sur un canapé luxueux entouré de gardes du corps et de jeunes femmes. Une notamment attira son attention.

- Qu'est-ce qu'il se passe avec Tony ! ragea Lucas. Il vieillit ou quoi ! Il laisse entrer n'importe qui ! Qui t'es Ducon pour oser entrer dans un centre d'affaires dépendant de Don Marco ? Je te laisse dix secondes pour dégager avant que mes hommes essuient leurs pieds sur ton cul !

Lucas Riviera se leva afin de fanfaronner devant ses hommes ainsi que la gente féminine présente.

- Je ne le crois pas ! se moqua Lucas. Il est inconscient, ce mec ! Tu m'entends, bouffon ? C'est à toi que je cause !

Harlock regardait vers Mayu. Celle-ci avait bien reconnu son tuteur mais elle ne comprenait pas la raison de sa présence ici. Harlock regarda sa filleule. Elle avait bien grandi et était devenu une jolie jeune fille. Le cœur de Toshiro accéléra violemment sous le coup de l'émotion. Un des hommes de main se leva en regardant attentivement le nouveau venu.

- Ecoute, Lucas, je crois qu'il vaudrait mieux ne pas l'énerver, conseilla Arturo.

- Tu te fiches de moi ? se récria Lucas. Ne me dis pas que ce gars te fait peur !

- Regarde le, Lucas ! insista Arturo. Il n'a pas eu peur d'entrer ensuite regarde son visage... Il ressemble à Harlock, tu sais, le gars qui est recherché pour des dizaines de millions de crédits.

- Harlock ! s'exclama le mafieux, incrédule. Il est crevé ! Les flics se sont chargés de lui !

- Je te dis que c'est lui, soutint Arturo.

- T'es vraiment une couille molle ! l'insulta Lucas.

Lucas regarda à nouveau vers le capitaine. Il eut un ricanement des plus méprisants.

- Je vais te prouver que ce n'est pas le légendaire capitaine de l'Arcadia, ironisa-t-il sur un ton moqueur. D'ailleurs, il est où son costume de pirate qui lui donnait son allure de bouffon macabre ? Butez-le !

Les hommes de main se levèrent et dégainèrent leurs armes. Harlock eut un petit sourire méprisant en sortant son cosmodragoon ainsi que son gravity saber qu'il pointa vers ses adversaires. Dans la lumière crue de l'entrepôt, ils reconnurent les armes mais bien trop tard.

-Je savais bien qu'on n'aurait pas dû l'énerver, pensa Arturo au moment au un tir transperçait son crâne de part en part.

Harlock abattit chaque homme avec la rapidité de l'éclair sous le regard terrifié des femmes présentes. Mayu ne bougea pas, observant pour la première fois de sa vie son tuteur en pleine action. Les hommes de main étaient tombés comme des mouches sous les coups rapides et précis du capitaine de l'Arcadia. Harlock braqua pour terminer ses armes sur Lucas Riviera. Celui-ci, paniqué, s'oublia dans son pantalon alors que le capitaine pressait la détente. L'ancien chef mafieux s'effondra. Le capitaine enjamba le corps afin de se rapprocher de la fille de son meilleur ami. Celle-ci ne bougeait pas, choquée, le regardant avec des yeux ronds. Harlock, voyant qu'elle semblait incapable de réagir, la leva du canapé et la transporta sur son épaule droite comme un sac de grains. Il quitta l'entrepôt, plaça Mayu sur le siège passager du module puis quitta la zone s'enfonçant dans la capitale. La jeune fille sentait la colère monter en elle. Elle serra les poings en regardant vers l'homme qui lui avait servi de père de substitution pendant sa petite enfance.

- Où m'emmènes-tu ? l'agressa-t-elle.

- Chez ta famille, gronda Harlock. Ta petite escapade dans le monde de la mafia s'arrête ici !

- Non mais tu rêves là ! Je suis majeure ! Je n'ai plus de compte à rendre à personne et surtout pas à toi ! Tu t'es barré il y a onze ans, et si Kei ne m'avait pas trouvé cette famille d'accueil après que tu aies débarqué tout ton équipage, Dieu seul sait où j'aurai atterri ! Je n'ai pas besoin de toi ni des Dumont ! Je sais me débrouiller toute seule ! Alors arrête ce truc et laisse-moi partir !

La moutarde commençait à monter au nez du capitaine. Il prit en pleine vitesse un virage serré puis il fonça dans les allées piétonnes du parc. Il devait trouver un coin tranquille afin de pouvoir raisonner cette entêtée à l'abri des oreilles et des regards indiscrets. Il freina brusquement puis il descendit du véhicule. Mayu tenta d'en faire de même mais sa portière était verrouillée. Harlock prit une longue inspiration puis il déverrouilla la portière. Il ouvrit le côté passager, saisit Mayu violemment par le bras afin de la faire sortir brutalement du module. La jeune fille eut un cri de douleur qui fit relâcher sa prise à Harlock. Il devait à tout prix garder son calme et ne pas se laisser énerver par une petite adolescente en crise.

- La paire de torgnolles proposées est toujours valable, Toshiro ? murmura-t-il entre ses dents.

- A utiliser judicieusement, vieux frère, conseilla Toshiro.

Il s'approcha de Mayu qui la regarda avec un air de défi dans ses prunelles marron.

- Tu peux me dire ce qu'il t'a pris d'aller fréquenter des mafieux alors que tu pouvais faire de grandes études ? s'énerva Harlock.

- Je suis libre de faire ce que je veux ! Tu fais bien ce que tu veux, toi ! Il me semblait que tu estimais que la Liberté prônait sur tout ! T'es du genre fait ce que je dis mais ne fais pas ce que je fais ! ricana Mayu.

La main du capitaine commençait à sérieusement le démanger. Thomas regardait son grand-père, aux prises avec une adolescente rebelle qui allait lui en faire voir de belles, en souriant.

- Jusqu'où c'est allé avec ce pourri ? s'enquit Harlock en colère.

- Qu'est-ce que ça peut te foutre ? Ce n'est pas le premier avec lequel je m'amuse et sûrement pas le dernier ! ricana-t-elle. Tu n'as même pas idée du nombre de mecs que je me suis tapée dans le dos des Dumont qui étaient persuadés que j'étais une gentille fille. Quelle bande de cons ! Tout ce que j'avais à faire, c'était à avoir des bonnes notes pour qu'ils soient contents et avec certains professeurs, ce fût plus facile qu'avec d'autres si tu voies ce que je veux dire !

Harlock en entendant cela, craqua et lança une gifle magistrale à Mayu qui cessa de ricaner.

- Sale con ! hurla-t-elle en se tenant la joue. Tu aimes brutaliser les femmes maintenant !

- Tu n'es pas une femme, Mayu ! se moqua Harlock. Tu es juste une gamine capricieuse qui risque de s'en prendre une deuxième dans pas longtemps !

- Dis ça aux gars avec qui j'ai couché que je ne suis pas une femme !

- Ce n'est pas parce que tu t'es fait débouché le trou que ça fait de toi une adulte ! Tu es une écervelée, Mayu ! Tu vas rentrer chez toi et cesser ces escapades ce soir même ! Quand je pense que les Dumont étaient prêts à s'endetter à vie pour te payer tes études dans une prestigieuse école !

- Ce n'est pas de ma faute s'ils sont aussi cons que toi ! se récria Mayu.

Sa joue la lançait. Elle était en colère après son tuteur. Celui-ci avait détruit un plan longuement établi. Toshiro n'en perdait pas une miette et était aussi scandalisé que son ami. La gifle à ses yeux était plus que méritée. Il remarqua alors un signal radio qui semblait provenir du corsage de sa fille. Il approcha la petite mouche afin de scruter la totalité du tee-shirt moulant très décolleté.

- On dirait qu'il y a un mouchard dans le haut de ma fille, Hans ! Il faudrait que tu jettes un œil.

Mayu, en entendant cela, pâlit en se reculant.

- Ne m'approche pas, vieux pervers, ou je hurle au viol ! menaça-t-elle.

- Epoumones-toi autant que tu veux, la zone est déserte ! se moqua Harlock.

Le capitaine s'approcha rapidement, saisit la jeune fille par la taille puis il passa sa montre au-dessus du corsage. Le détecteur trouva la source des ondes. Le capitaine arracha le mouchard dissimulé à l'intérieur du décolleté. Celui-ci était une mini radio qui émettait et recevait des signaux. Mayu, en voyant l'œil du capitaine briller d'un autre éclat, comprit qu'elle était découverte. Harlock fouilla consciencieusement les oreilles de la jeune fille et trouva le petit récepteur presque invisible logé dans le creux de l'oreille.

- Toshiro, essaye de trouver qui réceptionne ce signal, s'il te plait, gronda Harlock en s'éloignant de Mayu.

Il regardait la jeune fille sévèrement. Celle-ci commençait à perdre de sa superbe.

- Dans quoi as-tu trempé, Mayu ? l'interrogea-t-il durement.

- Pourquoi a-t-il fallu que tu reviennes ! ragea celle-ci. Si tu ne t'étais pas , mon plan aurait pu marcher à la perfection !

- Le signal est récupéré par une voiture de police à dix kilomètres de là. Ils ne semblent pas décidés à intervenir mais je pense qu'il faudrait quitter les lieux au plus vite, conseilla l'ordinateur.

Mayu soupira en retournant d'elle-même au module. Elle monta à bord, le visage fermé. Harlock vit une voiture de police foncer vers eux, de toute évidence les hommes qui surveillaient Mayu avaient demandé du renfort. Il se précipita vers le module, prit le volant et fonça à travers le parc, guidé par Toshiro. La voiture de police les suivait avec obstination. Harlock accéléra encore tandis que , terrifiée par la vitesse folle du module, s'accrochait à son siège. Harlock quitta le parc, fila à travers la ville, changeant régulièrement de direction. Ils finirent par semer leurs poursuivants. Le capitaine quitta la ville et fila à travers le désert de Mars pour rejoindre les montagnes désolées. Mayu, en voyant l'Arcadia, sentit son cœur s'emballer. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas vu le majestueux vaisseau que cela la chamboulait complètement. Le module prit la rampe d'envol et le capitaine alla se garer au fond de la soute. Mayu descendit à la suite de son tuteur sans dire un mot et le suivi jusqu'à la salle de l'ordinateur. Toshiro regarda sa fille attentivement.

- Franchement ces vêtements sont vraiment de très mauvais goût, commenta-t-il.

- Je ne comprends pas ta gêne, ça fait bander tous les mecs que je croise, soutint-elle en ricanant.

La jeune fille portait un bustier drapé en velours bordeaux, une minijupe noire et des bas résilles de la même couleur. Sa taille était soulignée d'une ceinture en chaînette dorée. Elle portait des boucles d'oreille dorées très grandes et son maquillage était très coloré.

- Tu as tout de la roulure, c'est du propre ! explosa Toshiro. Heureusement que ta pauvre mère n'est plus là pour voir ce que tu es devenu ! Est ce qu'il te serait possible de trouver des vêtements décents pour ma fille, Hans ?

- Tu n'as pas à décider de ce que j'ai le droit de porter ! Je ne suis plus une gamine ! J'en ai ras le bol de porter des fringues de frigide !

- Et le maquillage de pute, c'est aussi nécessaire ? hurla Toshiro. Tu as de la chance que je ne puisse t'en coller une ! Tu n'as que dix-huit ans et tu te prends pour une adulte ? Laisse-moi rire ! Harlock, tu as carte blanche pour la ramener dans le droit chemin !

- Ce sera avec plaisir, accepta Harlock avec un sourire des plus menaçants.

Mimée avait bien senti l'âme de Toshiro être bouleversée puis elle avait attendu patiemment jusqu'à ce qu'elle sente la présence de son amour tout autant perturbé que le père de la petite Mayu. Elle était alors venue aux nouvelles et fut choquée en voyant l'allure de la jeune fille. Elle avait gardé en mémoire l'image d'une gentille petite fille et se retrouvait face à une jeune femme de mauvaise vie.

- Tiens ? Elle est toujours là, celle-là ! s'exclama Mayu effrontément en la voyant. Bizarre, j'aurai pensé que cela n'aurait pas tenu entre vous parce que côté baise c'est carrément impossible avec elle ! Tu es donc devenu très intime avec ta main droite si je comprends bien !

Mimée, en entendant de tels propos, piqua un phare et son corps s'illumina d'embarras. Harlock attrapa Mayu par le bras, l'emmena à travers l'Arcadia puis la jeta dans une cabine dont il verrouilla la porte. Il n'avait jamais été autant en colère. Cette gamine l'énervait prodigieusement. Il savait que cela devait être une tactique pour elle afin de contrôler la situation mais il n'allait pas céder auprès d'elle et il valait mieux qu'elle le comprenne assez vite. Il entendit Mayu hurler de rage.

- Sale con ! Si ça se trouve, tu restes avec elle parce que tu n'as plus de quoi combler une femme ! Vu que vous n'êtes pas compatibles côté cul, t'es quitte de la sauter ! Impuissant ! Coincé !

Harlock, excédé, retourna à sa cabine où il se servit plusieurs verres de red bourbon d'un trait sans prendre la peine de respirer. Arrivé au cinquième verre, il le posa et s'affala sur son fauteuil. Il observait pensivement les montagnes à l'extérieur qui masquait l'Arcadia aux regards indiscrets. Mimée revint à la cabine. Elle s'assit face au capitaine, se servit un verre d'alcool. Après l'avoir bu son corps s'illumina un bref instant.

- Je suis bien ravi de ne pas pouvoir avoir d'enfants, ricana Harlock. Si c'est pour devoir me battre de cette façon à cause de la crise d'adolescence, très peu pour moi !

- Ce n'est qu'une façade, mon amour, le contredit Mimée. Cette agressivité lui sert à se protéger. J'ai un peu sondé son âme, je crois qu'elle a agi comme cela car elle ne voulait pas que les Dumont ne s'endettent pour lui payer son école. N'as-tu rien remarqué d'étrange pendant cette rencontre ?

- A part le fait que je ne reconnais plus la gamine dont je me suis occupé ? ironisa Harlock. Elle avait une radio et une oreillette sur elle. Je pense qu'elle travaille pour les flics. Je vais la laisser mariner quelques heures dans sa cabine et une fois qu'elle sera calmée, elle me dira la vérité. Enfin j'espère.

- Je vais lui acheter des vêtements décents sur le web et on avisera après, proposa Mimée. Je les ferai livrer à une boite postale louée dans la périphérie de la ville, tu pourras ainsi aller les chercher en toute discrétion.

Mayu resta dans la cabine pendant près de cinq heures sous l'étroite surveillance de son père. Elle tenta bien de s'échapper mais comme elle ne connaissait rien aux systèmes de l'Arcadia, elle se retrouva bloquée à attendre que son tuteur veuille bien la libérer. Toshiro finit par déverrouiller la porte.

- Je te conseille d'aller tout de suite dans la cabine d'Harlock sans faire de détour, menaça le père de Mayu. N'oublie pas que je te surveille.

Elle eut un mouvement d'humeur qui lui fit frapper violemment la paroi du pied puis sortit aussi calmement que possible. Elle alla directement à la cabine de son tuteur où elle frappa en ronchonnant quelque peu. Le capitaine l'autorisa à entrer. Mayu obtempéra. Harlock regarda vers elle et comprit que la jeune fille ne comptait guère changer d'attitude, ce qui ne l'affecta pas. Il saurait se montrer dur si cela s'avérait nécessaire. Il était un pirate redouté de ces ennemis et il serait temps que cette petite effrontée se rappelle à qui elle avait à faire.

- Voici des vêtements convenables pour toi, indiqua Mimée en montrant l'ensemble sur le lit.

- Tu veux rire, là ! Ce sont des vêtements de bonne sœur ! se récria Mayu en désignant l'ensemble élégant mais fort peu osé.

- L'hiver approche, il serait temps que tu acceptes de porter des vêtements qui tiennent chauds plutôt que de te balader les fesses et la poitrine pratiquement à l'air, conseilla Harlock.

- Mais je suis jeune, moi, se moqua Mayu. Contrairement à toi, je ne suis pas une vieille croûte frileuse, mon sang circule bien !

Harlock poussa un soupir d'exaspération. Mimée, désireuse d'éviter toute nouvelle querelle, se plaça derrière Harlock ses mains apaisantes reposant sur les larges épaules de son amant.

- Tu ne retournes pas chez les Dumont. Ta couverture est probablement grillée. Les flics savent désormais que tu as un lien avec l'Arcadia.

- Ca ne m'étonne pas ! ragea Mayu. Tout mon plan a fini à la poubelle parce que tu es venu jouer les sauveurs ! Je n'avais pas besoin de ton aide !

- Pourquoi aidais-tu les flics ?

- D'après toi, pauvre cloche ? J'étais chargée d'infiltrer le clan de Don Marco pour que les flics puissent le faire tomber. En échange, en reconnaissance du service rendu, l'Etat aurait financé l'intégralité de mes études ! A cause de toi, mon avenir est foutu mais ça ne me surprend pas ! Tu n'as jamais réussi qu'à m'attirer des emmerdes. Tu as tellement de casseroles au cul que tu es recherché dans tout l'univers !

- La rançon du succès, ironisa le capitaine. Première chose, tu vas changer de langage immédiatement avant que je te colle la deuxième torgnolle promise. Je vais trouver le moyen de financer tes études et de te créer une nouvelle identité. Tu ne pourras plus être en contact avec les Dumont. Tu resteras à bord jusqu'à ce que ta nouvelle vie soit en place.

- Tu as vu le montant des études ? Tu ne pourras jamais réunir une telle somme ! Tu vas mettre l'Arcadia en gage peut être ? De toute manière, tu n'en tirerais même pas de quoi financer la première année de ce vieux machin !

Cette blessante remarque fit vibrer le vaisseau de colère mais Mayu n'en n'avait cure.

- Je connais un endroit près de la nébuleuse de l'éléphant où il y a beaucoup de mine d'Oxalin. Ces pierres précieuses qui valent plus que le diamant. Si j'en récupère assez, tu n'auras plus à te soucier du financement de tes études.

- Tu es devenu dingue ! s'insurgea Mayu. Cette zone est remplie de vaisseaux clandestins qui se livrent au pillage. Tu ne pourras pas y faire face ! Tu es tout seul à bord de l'Arcadia, tu n'as même plus d'équipage ! En prime, il y en a pour des mois et je n'ai aucune envie de pratiquer l'abstinence car je suppose que je ne peux compter sur toi pour me satisfaire sur ce point étant donné ton manque d'appétit dans ce domaine ! Hors de question que je parte pour une si longue expédition ! Sauf si tu me laisses emmener un petit copain ou deux, histoire de passer le temps !

- Tu prends l'Arcadia pour un baisodrome peut être ? s'énerva Harlock. Si t'as le feu au cul, tu n'auras qu'à te prendre des jouets pendant qu'on ira récupérer tes affaires chez les Dumont !

- Je croyais que c'était le pavillon de la Liberté qui flottait sur son mat ? ironisa Mayu en désignant le vaisseau. Je suis libre de faire ce que je veux de mon cul !

- C'est le pavillon de la Liberté mais pas du libertinage ! Il y a des limites, Mayu ! gronda Harlock. Tu es en train de les franchir allègrement et je vais vraiment finir par me mettre en colère.

- Et tu feras quoi ? Me donner une bonne fessée ? M'envoyer au coin ? Me priver de dessert ? ironisa Mayu en souriant.

- Laisse tomber le décompte des torgnolles, Hans ! Tu as carte blanche ! Colles-en lui autant que tu veux ! décida Toshiro, scandalisé.

Cette remarque fit pâlir Mayu. Elle ne pensait pas que son père réagirait ainsi. Harlock eut un ricanement de contentement mais il sentait les mains de Mimée serrer ses épaules. Elle ne semblait pas être d'accord pour les gifles à tour de bras.

- Aux yeux de la loi, je suis une adulte, je n'ai plus de comptes à rendre à deux vieux croûtons obstinés comme toi et mon père, cria Mayu.

Mimée s'approcha de la jeune fille et la gifla avec force. Mayu, choquée et vexée, se tint la joue en regardant l'habitante de Jura avec colère. Harlock observa la scène, surpris. Mimée ne s'énervait jamais. Si elle en venait à frapper Mayu, c'était que celle-ci était allée beaucoup trop loin

- Tu vas changer de ton immédiatement, conseilla Mimée. Tu es à un âge où normalement chez les humaines la crise d'adolescence est terminée. Je t'interdis de parler comme ça à ton père ou à Harlock. Tu vas prendre tes nouveaux vêtements, retirer cette tenue tape-à-l'œil et te décider à être raisonnable ! Suis-je claire, Mayu ?

- Oui, accepta celle-ci à contrecœur.

- Ne crois pas que ton attitude fera plier Hans et qu'il te fera quitter le bord de l'Arcadia, acceptant ainsi de te laisser continuer une mission aussi dangereuse. Tu peux peut être essayer de tromper ton père ou ton tuteur en utilisant des propos déplacés mais cette stratégie ne peut fonctionner avec moi ! Maintenant file dans ta cabine te changer ! Nous décollons pour donner le change à la police !

Mayu prit les vêtements, sortit de la pièce et retourna à sa cabine passer une tenue plus convenable. Mimée se tourna vers Harlock en lui faisant un sourire complice grâce à ses yeux ainsi que les traits de son visage très expressifs. Hans se leva, la rejoignit et la serra dans ses bras en souriant.

- Tu ferais une maman formidable, Mimée, commenta Harlock en embrassant la chevelure bleue.

La jurassienne se blottit un peu plus contre lui. Ils restèrent enlacés pendant plusieurs minutes, un halo lumineux diffusé par Mimée les entourant tous les deux. Cette communion était pour eux la seule façon de se témoigner leur amour. L'Arcadia décolla et alla se cacher dans la mer d'astéroïdes à proximité de Mars. Il rejoignit l'Ombre Morte où il se réfugia. Harlock mit en place une surveillance de la maison des Dumont en utilisant un satellite militaire piraté. La police vint le jour suivant, interroger les Dumont mais ceux-ci affirmèrent n'être au courant de rien des activités de leur fille adoptive. Les policiers, convaincus, n'insistèrent pas et quittèrent le domicile de la famille adoptive de Mayu. La jeune fille retourna à la cabine de son tuteur lorsque la nuit fut tombée sur Mars. Elle portait la tenue choisit par Mimée. Celle-ci lui sourit avec douceur. Harlock et Mayu prirent un petit vaisseau et quittèrent la base secrète. L'appareil fila à travers les couches de l'atmosphère de Mars sous le regard attentif de Toshiro. Il survola la ville discrètement pour atterrir dans le parc qui se trouvait non loin de la demeure des Dumont. Mayu descendit avec son tuteur. Celui-ci observa longuement la route. Saisissant la jeune fille par le bras, il l'entraîna à sa suite. Ils traversèrent la rue rapidement, filèrent vers le jardin puis le capitaine frappa discrètement à la porte qui menait au jardin en utilisant un code soigneusement établi. Hector, en voyant Mayu, poussa un soupir de soulagement. Il fit entrer les deux nouveaux arrivants puis ferma la porte soigneusement, regardant au passage que personne ne les avait suivi.

- La police est venue, capitaine, indiqua Hector inquiet. Il soupçonne un lien entre vous et Mayu. Que je suis content de te retrouver ma petite !

Il alla serrer dans ses bras la jeune fille. Il était heureux et soulagé mais il savait que la jeune fille risquait de devoir partir et qu'il risquait de ne plus jamais la revoir. Elisabeth, entendant du bruit, arriva à son tour et pleura de joie en voyant Mayu qu'elle embrassa à son tour. La jeune fille ne put retenir ses larmes.

- Je suis vraiment , Elisabeth, mais je ne voulais pas vous laisser vous endetter à vie pour payer mes études, s'excusa-t-elle.

- C'est bien ce que l'on craignait, c'est pourquoi nous avons contacté ton tuteur. La police nous a tout expliqué. Tu n'aurais jamais dû prendre des risques pareils ! Fréquenter des petites frappes pour remonter jusqu'au gros bonnet, ma chérie, c'était de la folie !

- Je vais l'emmener avec moi, affirma Harlock. Ne vous inquiétez pas, je vais faire ce qu'il faut pour qu'elle puisse faire ses études. Elle aura une nouvelle identité et dans quelques années lorsque les choses se seront tassées, elle pourra revenir vous voir.

- Je le souhaite de tout cœur, capitaine ! soutint Hector en essuyant ses larmes. Elle n'est plus en sécurité chez nous à présent mais je ne regrette pas ma décision. Il n'y avait que vous pour arriver à la récupérer. Va préparer tes affaires ma chérie.

Mayu lui sourit tristement puis elle se rendit dans sa chambre suivie par la mouche espionne destinée à prévenir Harlock de toute tentative de fuite de la jeune fille. Celle-ci récupérera dans son placard une grande valise en soupirant puis elle ouvrit son armoire où, à la grande surprise de Toshiro un avis de recherche de son tuteur était accroché à l'intérieur de la porte. Mayu regarda la photo pensivement pendant de longues minutes puis elle lui tira la langue. Elle snoba la photo puis elle commença, à sortir sous le regard amusé de son père, des vêtements qui ne correspondaient en rien à la tenue allumeuse de la nuit passée. La valise fut finalement prête. Elle emporta son baladeur avec tous les morceaux à la mode puis elle quitta définitivement sa chambre. Elle la regarda longuement, tenant à se la rappeler dans les moindres détails. Elle poussa un soupir de lassitude puis elle redescendit dans le salon où l'attendait son tuteur dans son costume de pirate.

- Tu n'as rien oublié ? s'enquit Harlock.

- Ne t'inquiètes pas, j'ai tout ce dont il me faut, affirma celle-ci avec un sourire en coin.

Cette simple affirmation ne rassura pas le capitaine de l'Arcadia qui regarda la valise pensivement, se demandant ce que la jeune fille avait bien pu emmener. Ils saluèrent ensuite la famille Dumont puis ils quittèrent définitivement Mars. Mayu, ce soir-là, retourna à sa cabine sans dire un mot. Elle installa ses affaires dans l'armoire. Elle se doucha en pleurant silencieusement. Elle ne tenait pas à ce que les censeurs de son père ne puissent détecter ses sanglots. Elle voulait protéger les Dumont qu'elle adorait mais l'idée d'être séparée d'eux pendant de longues années l'attristait. Même si Toshiro n'entendit pas les pleurs de sa fille, Mimée en reçu l'écho. Comprenant les sentiments de la jeune fille, elle joua une douce mélopée destinée à la calmer et à la rasséréner. Harlock but un verre de red bourbon en attendant que la femme qu'il aimait ait fini de jouer son morceau. Il se coucha, Mimée le rejoignit et ils unirent à nouveau leurs âmes.

L'Arcadia prit la voie spatiale qui menait à la nébuleuse de l'éléphant. Comme tous les mois depuis douze ans, il fit une escale sur Gun Frontier, planète désormais disparu après l'explosion de son étoile. Le voyage dura plusieurs semaines. Mayu passa son temps à redécouvrir l'Arcadia et d'un certain côté, à redécouvrir aussi son tuteur. Elle avait décidé de laisser de côté sa colère. Mimée avait raison, Harlock ne lâcherait rien comme à son habitude. Elle l'observa à plusieurs reprises et, petit à petit, elle se décida à mieux le connaître. Ce qu'elle découvrit lui plut. Et plus le temps passait et plus il lui plaisait, ce qui la bouleversait quelque peu. A plusieurs reprises, elle avait remarqué le regard inquisiteur de Mimée et s'était retrouvée à rougir jusqu'aux oreilles. Mimée ne fut pas longue à comprendre ce qui perturbait la jeune fille mais celle-ci cachait ses sentiments de manière très efficace. Harlock ne s'aperçut de rien, pensant que si la fille de son meilleur ami voulait passer du temps avec lui, c'était parce qu'elle se rappelait des bons moments passés à bord de l'Arcadia pendant sa petite enfance. Mimée, quant à elle, commençait à un peu s'inquiéter. Une fois que l'Arcadia fut en vue de Gun Frontier, la jeune Mayu avait totalement succombé aux charmes du capitaine de l'Arcadia. Les années avaient passé, Mayu n'était plus l'enfant qu'Harlock avait connu, elle ne le regardait plus comme son tuteur ou son père de substitution mais comme un homme. La longue absence du capitaine de l'Arcadia avait modifié leur relation d'une manière qu'il ne soupçonnait même pas. Pour lui, rien n'avait changé. Il aimait Mayu comme si elle était sa propre fille et ne pouvait imaginer que les sentiments de Mayu ne puissent être autres que ceux d'un enfant pour son père. Mimée en était venu à vraiment regretter cette longue absence choisie par Harlock pour que la vie de cette enfant soit protégée. Elle s'inquiétait d'autant plus de la réaction de Mayu si celle-ci découvrait ce que son tuteur faisait sur Gun Frontier. Cela risquait fort de l'inciter à franchir le pas et de tenter sa chance auprès du capitaine de l'Arcadia.