Chapitre 4 : Mauvaises rencontres
Harlock descendit du module. Celui-ci éclairait une portion du boyau. La lumière se reflétait avec force dans l'Oxalin. Il sourit de satisfaction. La veine semblait importante. Il ne lui faudrait pas longtemps pour réunir les pierres nécessaires au financement des études de Mayu. Il programma les machines qui commencèrent l'extraction. Si tout se déroulait comme prévu, il leur faudrait moins d'une journée de travail. Il retourna à bord de l'Arcadia, heureux que l'avenir de la petite Mayu semble assuré. Il alla annoncer la bonne nouvelle à son ami qui fit clignoter chacun de ses voyants de contentement.
Malgré la technologie très poussé de l'Arcadia et l'attention constante de l'ordinateur central, le vaisseau envoyé par Marnas passa inaperçu, son commandant se servant de tous les corps célestes sur son passage pour dissimuler son arrivée. Une fois à proximité, il s'installa derrière un astéroïde, puis il se glissa sous la mine où il fit débarquer plusieurs de ses troupes qui percèrent un passage parallèle à la veine exploitée par les robots miniers du capitaine. Celui-ci se rendit dans le hangar où s'effectuait le traitement des roches apportées à bord dans lesquelles les machines extrayaient l'Oxalin. Celle-ci, grâce à sa parfaite pureté et ses milliers de reflets lumineux, avaient remplacés le diamant dans le cœur des amateurs de bijoux. De plus, elle offrait aux armes lasers qui l'employaient une efficacité et une précision redoutable. Harlock fut forcé de constater que les astéroïdes qui se trouvaient dans la zone des pillards semblaient regorger de ces pierres. Il y avait de quoi noyer le marché des pierres précieuses et en faire baisser la valeur. Il sourit en se disant que les pillards étaient rusés. Ils devaient exploiter les mines mais fournir sur le marché juste de quoi l'alimenter afin de garder un taux de change extrêmement élevé. Cette astuce allait aider Harlock à réunir bien plus que les fonds nécessaires pour les études de Mayu.
Par précaution, il laissa l'exploitation se faire pendant une heure supplémentaire ce qui allait lui permettre de faire engranger à l'Arcadia de quoi tenir sa vie entière pour que celui-ci ne se trouve jamais en manque de pièces de rechanges ou de carburant, ce qui par les temps qui couraient était une précaution. Harlock ne tenait que sur ses fonds personnels. Malgré ces capacités de pirate, il ne s'était jamais amusé à engranger des fonds ou des pierres précieuses qui auraient pu le faire vivre sous un mode de vie princier. Il se contentait du strict minimum mais les réserves financières commençaient à s'épuiser et il lui fallait trouver des fonds. Il allait donc se permettre de prendre plus que prévu afin que l'Arcadia ne manquât de rien dans les années à venir. Alors que l'extraction touchait à sa fin et que l'ordre de rentrer à bord avait été donné, une des machines envoya un signal de détresse. En commandant la caméra à distance, le capitaine constata que le bras chargé de creuser était coincé sous une roche. Le capitaine mit alors son scaphandre puis il se rendit dans la veine afin de dégager la machine. Alors qu'il terminait de libérer le bras, une explosion projeta de nombreux rochers sur la machine, la détruisant. Harlock eut juste le temps de se mettre à l'abri en reculant précipitamment. Il dégaina son gravity saber pour se retrouver face à face avec une dizaine d'hommes armes au poing.
« Les pillards », pensa Harlock en chargeant à toute vitesse pour ne pas laisser le temps à ses adversaires de réagir.
Il abattit rapidement trois hommes. Alors qu'il s'attendait à voir du sang sortir des scaphandres, il s'aperçut que les trous béants provoqués par son arme redoutable dégageaient de la fumée, ce qui était anormal. Alors qu'il luttait avec plusieurs autres êtres, il jeta un coup d'œil rapide pour s'assurer que son hypothèse était la bonne.
- Ce sont des machines ! s'exclama-t-il en voyant les circuits imprimés qui brûlaient. Toshiro, referme la soute, nous sommes attaqués !
L'appel arriva trop tard. Les machines arrivèrent à monter à bord de l'Arcadia par dizaines. Mimée, en entendant l'appel d'Harlock, appuya sur les commandes d'urgence d'une des coursives et les cloisons étanches se refermèrent. Elle fila ensuite rejoindre Mayu qu'elle emmena dans l'endroit le plus sûr du vaisseau. Une fois les deux femmes à l'intérieur, Toshiro ferma les portes de la salle de l'ordinateur. Mayu tremblait de peur.
- Je vais tenter un décollage d'urgence, indiqua Toshiro.
- Quoi ? hurla Mayu. Et Harlock ? On ne peut pas l'abandonner comme ça !
- C'est la procédure, Mayu ! affirma Toshiro.
Il réinitialisa les moteurs puis il lança le démarrage. Les robots parfaitement programmés par leurs concepteurs avaient déjà investi la salle des machines et placé sous contrôle les moteurs de l'Arcadia, l'empêchant de s'enfuir.
- Ils ont pris le contrôle, on est coincé ! ragea Toshiro.
Les trois occupants de la salle ne tardèrent pas à entendre de violents coups être frappés sur la porte. Mayu, terrifiée se réfugia dans les bras de Mimée. Celle-ci était réduite à l'impuissance. Son corps, pas complètement remis de sa crise cardiaque, ne pouvait plus provoquer de décharge énergétique. Elle serra Mayu contre elle alors que le centre de la porte devenait rougeoyant. La zone s'élargit puis, quelques coups plus tard, le cercle de métal s'effondra dans la salle laissant passer des êtres en scaphandre qui mirent les deux femmes en joue. Le robot chargé de l'assaut envoya un appel codé à son commandant qui le relaya à Marnas qui jubilait dans son poste de commandement.
- Ainsi vous avez mis la main sur l'habitante de Jura et une jeune femme ! se réjouit-il. Emmenez-les et tuez Harlock ! Je veux que vous me rameniez son cadavre ! Comment ça, cela ne se passe pas comme prévu ?
Une série de cliquetis se fit entendre.
- Très bien, repliez-vous en emmenant les deux femmes ! ordonna-t-il. Retournez à bord du vaisseau et bombardez le cratère !
Alors qu'Harlock se débattait avec les derniers robots, il reçut un appel désespéré de son ami lui indiquant que Mimée et Mayu étaient entre les mains de leurs assaillants. Toshiro assista, impuissant, à la capture des deux femmes. Elles furent rudement emmenées par deux robots qui leur firent passer de force des scaphandres avant de leur faire quitter l'Arcadia sous bonne escorte. Les robots restés près de l'ordinateur mirent Toshiro en joue et firent feu. Les tirs provoquèrent une surcharge électrique qui fit sauter le système, le rendant totalement inopérant. Harlock, même si il remontait à bord de son vaisseau, se retrouverait totalement seul à devoir affronter un important éboulement. A partir de là, pour les robots, le sort du pirate légendaire et de son appareil était scellé. Ils quittèrent rapidement les lieux, laissant un Toshiro parcourut par des explosions et des décharges électriques extrêmement dangereuses. Harlock se rua vers l'Arcadia une fois le dernier robot abattu. Il monta précipitamment la passerelle de la soute en appelant son ami en continu. Il avait entendu les tirs et il craignait fortement que les machines aient détruit l'ordinateur central réduisant à néant par là même l'esprit de Toshiro qui était abrité en son sein. Le cœur battant à tout rompre, il entra dans la salle de l'ordinateur. Il se figea d'horreur en voyant le triste état de son ami.
- Toshiro ! hurla-t-il en s'approchant.
Un violent arc électrique le fit reculer. Il ne pouvait pour le moment s'occuper de son ami, il devait de toute urgence récupérer Mimée et Mayu. Alors que les premières roches commençaient à tomber sur l'Arcadia, il fut projeté contre la cloison par le choc des tonnes de gravats qui heurtaient violemment le blindage du vaisseau. Il devait faire vite. Si Toshiro n'avait pu suivre la procédure, c'était que quelque chose l'avait empêché de le faire. Il courut jusqu'à la salle des machines où il reconnecta les moteurs avec les différentes commandes. Une fois l'opération faite, il fila à toutes jambes à la timonerie. Une fois sur la plate-forme de commandement, il vit des milliers de roches pleuvoir devant les baies vitrées pour se fracasser sur le pas de tir. Il alluma les moteurs, poussa l'anti-gravité au maximum puis orienta la poussée des moteurs à la verticale. L'Arcadia gémissait sous le poids des roches tandis qu'il s'élevait péniblement. Finalement, il se dégagea puis fonça vers la sortie. Le vaisseau jaillit devant l'appareil des pillards.
Le capitaine ne put que constater qu'il se retrouvait à armes égales avec ses adversaires. Le vaisseau pillard était aussi bien équipé que le sien. En revanche, contrairement à lui, ils étaient suffisamment nombreux pour gérer les tirs, les moteurs et les commandes. Harlock, quant à lui, se retrouvait seul. Le calcul était simple, il était probablement perdu. Il décida donc de miser le tout pour le tout. Il sortit le tranchoir de proue puis fonça vers le vaisseau pillard à pleine puissance. Il heurta violemment le poste de commandement et les deux appareils se retrouvèrent imbriqués l'un dans l'autre. Harlock quitta la timonerie, se rendit à la zone des tubes d'arrimage d'où il en lança un dans le flanc du vaisseau de ses ennemis. Il monta ensuite à l'assaut, armes au poing, filant à travers le tube d'arrimage. Le choc avait quelque peu surpris les robots qui ne s'attendaient pas à une manœuvre aussi désespérée. Harlock, grâce à cet effet de surprise, put pénétrer à bord de l'appareil ennemi sans rencontrer trop de résistance. Désireux d'être à armes égales avec ses adversaires, il fila dans la salle des machines, où, après avoir abattu les robots présents, il détruisit les moteurs ainsi que la génératrice. L'appareil bascula sur ses batteries de secours. Il quitta ensuite les lieux pour trouver où avaient été enfermées Mimée et Mayu. Celles-ci, emprisonnées dans une cellule, après avoir senti le rude choc de la collision qui les projeta au sol, assistèrent à la coupure de courant généralisée qui ouvrit leur cellule, les lasers qui la fermaient n'étant pas reliés à des batteries de secours. Mimée aida Mayu à se relever puis elles quittèrent les lieux en espérant croiser personne. Par chance, tous les gardes semblaient être partis à l'assaut du capitaine afin de l'éliminer. Mimée passa devant, tenant Mayu par la main, en avançant doucement. Elles pouvaient entendre les tirs nourris puis soudain la voix du capitaine leur arriva distinctement.
- Mimée ? Mayu ? appela Harlock en hurlant.
- Ici ! cria Mayu, en se ruant vers la voix d'Harlock.
Le capitaine apparut dans le couloir et la jeune fille se jeta dans ses bras en pleurant. Harlock, soulagé, l'enlaça et sourit en voyant Mimée qui les rejoignait d'un pas tranquille.
- Calme-toi, Mayu, tout va bien, la rassura Harlock. Il faut qu'on parte vite d'ici !
Il saisit la jeune femme par la main, puis ils quittèrent l'appareil d'un pas pressé, Harlock craignant fortement que d'autres appareils n'arrivent. Une fois qu'ils furent à bord de l'Arcadia, il fit rentrer le tube d'arrimage puis il retourna à la timonerie reprendre les commandes du vaisseau. L'appareil se dégagea difficilement et ce, malgré les moteurs poussés au maximum. L'Arcadia vibrait de toutes ses tôles tandis qu'il sortait lentement, arrachant des morceaux de tôles froissées au vaisseau ennemi. Une fois libéré, il vira à cent quatre-vingt degrés puis il poussa les moteurs à leur maximum. Mayu, choquée, tentait de retrouver son calme en respirant profondément. Elle s'était installée devant la commande des canons. Son cœur battait la chamade, ses mains tremblaient. Elle ne cessait de penser à la joie immense qui avait envahi son cœur lorsqu'elle avait entendu la voix de son tuteur. Mimée, beaucoup plus habituée à ce genre de situation périlleuse, observait calmement la mer d'étoiles.
- Fais venir l'îlot s'il te plait, Mimée, ordonna le capitaine d'une voix douce.
Celle-ci le regarda, surprise. En temps normal, il n'était nul besoin de l'appeler manuellement. L'ordinateur se chargeait de le faire. En croisant le regard triste d'Harlock, elle comprît que quelque chose de grave était arrivée à l'ordinateur central. Elle alla près de la console des radars puis elle envoya le message. Pendant plus de dix heures, Harlock ne quitta pas la barre, obligé de piloter en manuel. Mimée décida d'entrer en contact mental avec son amant pour ne pas alerter Mayu.
- Il est arrivé quelque chose à Toshiro ? s'enquit-elle. Je ne sens plus sa présence.
- Je crois qu'ils lui ont fait beaucoup de mal, avoua Harlock. J'ai coupé l'électricité au niveau de l'ordinateur. Il ne tient plus que sur ses batteries. Est-ce que tu pourrais essayer d'entrer en contact avec l'âme de Toshiro ?
- Je vais essayer, accepta-t-elle.
Sans dire un mot, elle quitta la timonerie pour se rendre dans la salle de l'ordinateur. Celui-ci était vraiment très mal en point et Mimée posa une main inquiète sur sa structure en se demandant si l'âme de Toshiro était toujours à l'intérieur.
- Toshiro ? appela-t-elle de toutes ses forces.
Elle attendit quelques minutes puis elle renouvela son appel.
- Je suis là, Mimée, répondit finalement l'ordinateur. Ce que je suis content de t'entendre ! Est-ce que tout le monde va bien ?
- Hans et ta fille vont très bien, affirma celle-ci joyeusement. Tu n'es vraiment pas passé loin de la destruction.
- Ne t'inquiète pas, il y a eu plus de peur que de mal. Une fois dans l'îlot, à quai, je serai remis à neuf et tout reviendra comme avant !
L'Arcadia rejoignit l'îlot dans un ensemble de mini planètes mortes. Une fois à quai, les robots commencèrent les réparations, remettant en état le vaisseau. Harlock, rassuré par Mimée sur l'état de santé de Toshiro, s'accorda une baignade, histoire de se détendre après l'état de stress intense qu'il venait de subir. Mayu, en se promenant sur la plage, l'aperçut au loin et décida de le rejoindre. Après une bonne heure à multiplier les longueurs en bravant les vagues artificielles, Harlock se décida à quitter la mer pour s'assurer que les travaux avançaient bien. En sortant, il vit Mayu, assise sur le sable chaud qui le contemplait sans dire un mot. Ce ne fut pas tant ce silence qui le surprit que le regard de la jeune fille. Celle-ci le regardait fixement, le dévorant des yeux. Embarrassé, il passa sa serviette de bain autour de sa taille. Sans dire un mot, il commença à s'éloigner mais Mayu bondit sur ses pieds pour lui faire face. Harlock sentit son ventre se nouer, le comportement de Mayu était anormal. La jeune femme sourit, puis se jeta dans ses bras pour l'embrasser fougueusement. Le capitaine surprit, se laissa faire jusqu'à ce qu'il sente la langue de Mayu tenter de s'inviter en lui. Il sentit un haut le cœur. Il la repoussa brutalement. Mayu vexée, le regarda. Le regard d'Harlock était triste, son teint était pâle et il semblait choqué. Le capitaine ne comprenait pas ce qui avait pu passer par la tête de la jeune fille. Comment pouvait-elle penser qu'il accepterait cela ? Il recula par réflexe alors que Mayu serrait les poings de colère.
- Je ne suis pas assez jolie pour toi, c'est cela ? l'agressa-t-elle.
- Mayu, protesta Harlock faiblement. Comment peux-tu penser une seule seconde que je pourrai envisager d'avoir ce genre de relations avec toi ? s'indigna Harlock, écœuré.
Face à cette réaction, la jeune femme perdit toute réserve.
- Tu te fous de moi ? explosa-t-elle. Je ne suis pas ta fille, Harlock ! Je ne suis plus une enfant mais une adulte, ne t'en déplaise ! Je suis au moins aussi belle que cette chasseuse de prime qui t'as mis dans son lit ! Et contrairement à Mimée, je suis à même de te satisfaire ! Pourquoi est-ce que tu ne me laisserais pas une chance de te rendre heureux au lieu de rester avec cette jurassienne qui ne peut s'unir totalement à toi ? A cause de ta relation avec elle, tu te contentes de coucher à droite et à gauche pour combler tes besoins dans ce domaine !
Harlock pâlissait de plus en plus. Il n'avait rien vu venir et s'en voulait. A ses yeux, Mayu était comme sa fille et ce, même si elle ne l'était pas biologiquement mais elle ne le voyait pas comme son père. Mayu s'approcha, se colla à lui puis elle passa ses bras autour de son torse.
- Je t'aime, Hans, avoua-t-elle en posant sa tête contre son torse.
Le cœur d'Harlock se mit à accélérer. Cet aveu-là était encore pire que le reste. Il força la jeune femme à défaire son étreinte puis il l'éloigna de lui.
- Je suis désolé, mais je ne peux pas, Mayu, affirma Harlock en s'éloignant rapidement.
Il fila directement vers l'Arcadia. Une fois à l'intérieur, il mit ses vêtements de pirate, se rendit directement dans la salle de l'ordinateur où cette fois ce fut lui qui verrouilla la porte derrière lui. Toshiro, en voyant le visage blême de son ami, comprit que sa fille lui avait fait sa déclaration.
- Hans, je… commença Toshiro.
- Tu le savais ? s'enquit Harlock, blessé.
- Oui, j'ai bien essayé de la convaincre de laisser tomber mais elle n'a rien voulu savoir, avoua son ami, gêné. Elle m'a demandé de lui laisser sa chance, ce que j'ai fait.
- Tu l'as autorisé à me draguer ? s'énerva Harlock. Je l'ai élevé, cette gamine ! Comment as-tu pu penser que je pourrai devenir son amant ? Tu as une si piètre opinion de moi ?
- Au contraire, tu as réagi exactement comme je le craignais. J'avais prévenu Mayu que si elle s'acharnait, elle te ferait souffrir mais elle n'a rien écouté.
- Je n'arrive pas à croire que tu l'ais autorisée à tenter de me mettre dans son lit ! explosa Harlock. Je suis avec Mimée, tu me connais assez pour savoir que lorsque je m'engage dans une relation, je n'y renonce pas comme ça !
- Hans, je suis un père qui veut le bonheur de sa fille et je n'allais pas lui dire non si c'était toi qui devais la combler !
- C'est vrai, je ne suis pas son père ! ragea Harlock. Mais je lui en ai pourtant tenu lieu alors qu'elle avait perdu ses deux parents !
- Ne lui en veux pas, Hans, supplia Toshiro. Je crois qu'en plus c'est la première fois qu'elle tombe amoureuse. Est-ce qu'il n'y a pas une chance pour…
- Que je me laisse tenter ? s'insurgea Harlock. Ça m'est impossible et tu aurais dû étouffer cette chimère dans l'œuf au lieu de la laisser grandir et de laisser Mayu nourrir de faux espoirs envers moi ! Une fois les réparations terminées, je l'emmène sur Mars où elle aura une nouvelle identité. Elle entrera dans cette école d'ingénieur et je disparaîtrais de sa vie ! Il est hors de question que je reste près d'elle. Si je garde le contact, Mayu pensera toujours avoir sa chance et c'est hors de question qu'elle puisse espérer cela ! Il vaut mieux qu'elle se trouve un honnête garçon plutôt que d'envisager de convoler avec un pirate recherché dans tout le système Sol !
Harlock, en colère, quitta les lieux sans même saluer son ami. Mayu, depuis le départ d'Harlock, pleurait amèrement. Au bout d'une demi-heure, elle se rendit près de l'Arcadia où elle aperçut Mimée qui l'attendait en haut de la passerelle d'embarquement. Elle commença à monter et, une fois arrivée à la hauteur de Mimée, elle fit face à son adversaire. Mimée ne bougea pas, son visage était inexpressif. Mayu eut un ricanement.
- Tu es venu me narguer, Mimée ? s'enquit-elle en colère.
- Les réparations seront finies d'ici quelques heures. Harlock a décidé de partir immédiatement après. Nous allons sur Mars, indiqua-t-elle simplement avant de tourner les talons.
- Un jour, tu le perdras, Mimée ! menaça Mayu.
Mimée, en entendant cela, s'arrêta.
- Certes, ce ne sera pas moi, reconnut Mayu en s'approchant. Hans me voit comme sa fille et ne me verra jamais autrement mais un jour une femme, une humaine arrivera à le conquérir et si tu l'aimes vraiment, tu le laisseras partir pour qu'il ait le droit de fonder un foyer !
Elle s'arrêta à sa hauteur.
- J'aurai tant voulu être sa femme, regretta-t-elle. Celle à qui il se donnera sans réserve aura beaucoup de chance.
Mayu se rendit directement à sa cabine. Le vaisseau décolla six heures plus tard pour prendre la direction de Mars. Mayu, pendant tout le voyage, resta dans sa cabine. Elle évitait de rencontrer le capitaine, craignant de le blesser davantage. Quelques semaines plus tard, l'Arcadia se posait sur Mars où Harlock s'occupa de négocier les pierres d'Oxalin au plus offrant. Il fit ensuite établir des faux papiers pour Mayu, il lui trouva un appartement et finalement lui ouvrit un compte pourvu de plusieurs millions de crédits sidéraux. Il prévint ensuite Toshiro que tout était prêt. Celui-ci en fit part à Mayu qui s'inclina. Elle hésita un long moment à aller saluer son ancien tuteur. Comme elle craignait que cet au revoir ne soit un adieu, elle descendit du vaisseau sans aller le voir à bord d'un module mis à sa disposition. Elle regarda l'Arcadia décoller dès qu'elle fut suffisamment éloignée du vaisseau. Toshiro regarda sa fille longtemps puis l'image revint vers la timonerie où Harlock tenait la barre guidant l'appareil pour son décollage.
Thomas et l'ensemble des personnes présentes n'en perdaient pas une miette. Ils assistèrent ensuite au âpre combat mené contre les Noos puis à l'ultime duel qui eut lieu pendant cette guerre. Alors que Daïba et Harlock se faisaient face, ils entendirent très nettement le rythme cardiaque de Toshiro s'accélérer, alors que le capitaine poussait le jeune homme à tirer, ils entendirent clairement Toshiro supplier son ami
- Je t'en prie Hans, ne fait pas cela ! Ta vie n'appartient pas qu'à toi seul mais aussi à tous ceux qui t'aiment et qui tiennent à toi, tu ne peux pas les abandonner comme ça !
Le jeune Tadashi, terrorisé, fit feu mais n'étant en aucun cas habitué à se servir d'une arme aussi puissante, il fut déstabilisé. Le canon, au moment du tir, bougea et le projectile dévia de sa course, frappant le mur droit de la timonerie bien loin du capitaine qui, lui, n'avait pas fait feu. Harlock avait alors rengainé son arme tandis que Tadashi avait lâché le Cosmo Dragoon, tenant sa main endolorie par la force du tir. Non seulement l'arme était lourde mais, en cas de fausse manœuvre, elle provoquait de sévères entorses. Harlock s'approcha du jeune homme, l'aida à se relever puis l'amena à l'infirmerie. Il retourna ensuite à sa cabine où, avec Mimée, il dégusta un verre de Red Bourbon. Celle-ci, soulagée, ne dit rien mais dès qu'il fut près d'elle, la jurassienne se réfugia dans ses bras, une aura dorée émanant de son corps. Elle s'était préparée au pire, aussi resta-t-elle plusieurs minutes à écouter le cœur de l'homme qu'elle aimait battre. L'Arcadia redescendit vers Néo-Terra où son équipage retourna à bord fort joyeusement. Le jeune homme ne parla à personne de ce qu'il s'était passé. Il fut ramené ensuite sur sa planète.
L'Arcadia fit route vers une nouvelle destination. Ils assistèrent ensuite au départ de Mimée suivie de la lente descente aux enfers du capitaine de l'Arcadia. Harlock, après que Mimée eut quitté le vaisseau, perdit le sommeil. Il ne dormait qu'une à deux heures par nuit, s'enfonçant dans la solitude. Son équipage, inquiet le surveillait de près. Thomas remarqua aussi une différence de comportement très nette. Harlock se rendait de plus en plus sur Gun Frontier où il multipliait les conquêtes d'une nuit. Etrangement, ses exigences en matière de femme changeaient elles aussi, le capitaine avait commencé par passer la nuit avec une des serveuses à laquelle il plaisait. Le lendemain, il était retourné à bord de l'Arcadia et l'appareil avait décollé pour une semaine de vol puis il était revenu sur la planète où il passa la nuit avec une autre femme, puis la nuit suivante avec une autre et ce, pendant près de quinze jours. Le vaisseau était ensuite parti combattre des criminels qui attaquaient les vaisseaux de transport. Ce manège désastreux durait depuis des mois lorsque l'appareil se posa sur la planète une semaine avant la capture d'Harlock par Sylvidra. Les caméras suivirent Harlock alors qu'il quittait le vaisseau. Toshiro lui aussi s'inquiétait de plus en plus pour son ami, aussi envoya-t-il une mouche espionne. Tandis qu'Harlock se dirigeait d'un pas tranquille vers son saloon habituel, les deux lieutenants étaient eux aussi descendus de l'Arcadia et observaient leur capitaine qui s'en allait pour une nouvelle nuit de débauche. Yattaran soupira d'agacement.
- Je ne comprends pas ce qui lui arrive ! s'énerva-t-il. D'accord, il a rompu avec Mimée mais il n'est pas normal qu'il parte en vrille comme ça !
- Sans compter qu'il pourrait faire de mauvaises rencontres sur cette planète, s'inquiéta Kei.
- Pour cela, je ne m'inquiète pas trop, affirma Yattaran. Si un imbécile envisageait de le provoquer en duel pour récupérer la prime, il l'expédierait sans problème. Ce qu'il y a c'est que j'ai l'impression qu'il a perdu toute fierté ! Qu'est ce qui lui prend de s'envoyer en l'air avec la première venue ? C'est un gars qui a plus de classe que ça, normalement !
- Il cherche peut être à oublier Mimée, supposa Kei.
- Dans les bras de la première femme qui lui fait du gringue ? ironisa Yattaran. Non, si vraiment il voulait oublier Mimée, il chercherait à rencontrer une femme digne de ce nom.
Yattaran vit alors le visage du lieutenant en second s'attrister.
- Je sais que tu serais volontaire pour devenir cette femme, Kei, mais Harlock ne voudra jamais. Tu as bien vu sa réaction lorsque tu as protesté au moment où il voulait que l'on quitte le vaisseau pendant la lutte contre les Noos ? Il faut te faire une raison. Tu es une jolie fille, intelligente, courageuse et gentille, tu n'auras aucun problème pour trouver un homme digne de toi, mais ce ne sera pas Harlock, affirma Yattaran en retournant à bord.
Alors que le petit homme à lunettes s'éloignait, Kei, face autant de compliments, se mit à rougir. C'était la première fois qu'il tenait de tels propos. Yattaran ne mentait jamais et elle savait qu'il s'était contenté d'exprimer à haute voix ce qu'il pensait réellement ce qui la toucha profondément.
L'image changea pour montrer un capitaine cheminant tranquillement vers son tripot habituel. Il ne se préoccupait pas des visages des hommes présents. Toshiro savait que ces regards haineux provenaient du fait qu'Harlock avait accepté les avances de toutes sortes de femmes, des fiancées, des jeunes épouses ainsi que des femmes qui fréquentaient régulièrement un homme et, qui, par envie de comparer, avait mis le capitaine dans leur lit pour savoir si sa réputation qui ne cessait de croître aux seins des femmes de Gun Frontier n'était pas usurpée. Bien entendu, les hommes de Gun Frontier, une fois qu'ils découvraient qu'ils étaient cocus entraient dans une colère noire, leurs femmes leur renvoyant en pleine figure leur faible compétence en matière de nuit câline par rapport au capitaine de l'Arcadia. Tous enrageaient, ils savaient qu'ils ne pouvaient affronter cet homme. Il ne leur restait plus qu'à espérer qu'un jour quelqu'un vienne les délivrer de la présence de ce maudit pirate sur leur planète. Sans qu'ils le sachent, leur vœu n'allait pas tarder à être exaucé. La mouche espionne de Toshiro suivit le capitaine sans se faire repérer.
Harlock, une fois à l'intérieur du saloon, s'assit à sa table habituelle puis commanda un red bourbon en souriant à la serveuse à laquelle il avait accordé ses faveurs. Celle-ci, en apportant le verre, mis son décolleté pigeonnant sous l'œil valide d'Harlock pour que celui-ci puisse admirer la vue. Harlock n'avait jamais passé la nuit avec la même femme et il ne tenait absolument pas à commencer. Pour lui, ces petites soirées lui permettaient de penser à autre chose qu'au cruel vide qui dominait son cœur. Il avait pris la bonne décision pour Mimée, il en était convaincu mais il s'en voulait de ne pas avoir égoïstement choisi de la garder à bord. Il lui aurait été facile d'éliminer son rival mais il tenait tant au bonheur de Mimée qu'il avait fait fit de ses sentiments personnels et sacrifier leur relation pour que Mimée vive pleinement. L'angle de caméra était large, mais Toshiro était si inquiet pour son ami qu'il n'avait pas remarqué ce qu'il se passait autour de lui.
Thomas quant à lui avait bien noté la présence de plusieurs Mazones dissimulées sous de grandes capes noires qui les recouvraient de la tête aux pieds. Elles surveillaient Harlock, attendant le moment opportun pour l'enlever. Le cœur du jeune souverain se serra. Il vérifia la date indiquée par l'enregistrement. Il assistait bien au repérage des Mazones. Mark, son père, une fois qu'il eut atteint l'âge adulte, ne lui avait caché en rien comment Sylvidra avait obtenu d'Harlock une descendance. Il regardait son grand-père siroter calmement son red Bourbon lorsque la porte à battants s'ouvrit pour laisser passer une jolie jeune femme en tenue sportive. Elle avait des cheveux bleus nuits qui lui descendaient jusqu'au creux des reins. Son teint était pâle mais élégamment maquillé. Elle s'avança dans la salle tout en regardant dans les différents boxs. Elle sourit en voyant le dos du capitaine puis elle s'installa en face de lui au grand désarroi des hommes présents qui en avaient assez que Harlock puisse emballer toutes les femmes. Harlock pâlit en reconnaissant Mayu. Il commença à se lever mais elle le saisit au poignet.
- Je t'en prie, ne t'en vas pas, supplia-t-elle.
Harlock la regarda. Ses yeux étaient tristes. Mayu semblait préoccupée. Elle était devenue encore plus belle. Harlock céda et se rassit.
- Comment est-ce que tu vas ? s'enquit-elle timidement.
- Comment se passe tes études ? éluda Harlock en commandant un deuxième verre.
- Je termine ma troisième année à l'école d'ingénieur grâce à toi, le remercia-t-elle en souriant. Tu n'as pas répondu à ma question.
- Je vais bien, affirma Harlock sèchement. Qu'est ce qui t'amènes ici ?
- Je voulais te voir, m'assurer que tu allais bien. J'ai appris que Mimée et toi étiez séparés, indiqua-t-elle timidement.
- Et c'est reparti ! ragea Harlock. Il y a trois ans, je t'ai dit non et je ne changerai pas d'avis ! Ce qu'il s'est passé entre Mimée et moi ne te regarde pas !
- Je sais qu'elle est partie parce que tu voulais qu'elle reste auprès de son peuple et qu'elle ait des enfants. Tu lui as offert l'opportunité de vivre pleinement et j'avais espéré qu'il en était de même pour toi mais apparemment ce n'est pas le cas. Je suis allé la voir et même si vous êtes séparé, elle pense toujours à toi et elle s'inquiète aussi, avoua Mayu.
- Mayu, oublie moi, s'il te plait, souhaita Harlock. Ce serait même judicieux que Mimée en fasse de même. Tu es dans une école où quatre-vingt-dix pour cent des élèves sont des hommes. Tu es jolie et intelligente, tu ne peux avoir que l'embarras du choix.
- Je suis fiancé, Hans, affirma-t-elle en souriant. Je ne suis pas venue te faire du rentre-dedans. Tu as été assez clair la dernière fois que l'on s'est vu et je ne veux pas te perdre sous prétexte que je me serai acharnée à te poursuivre de mes assiduités.
Une larme roula sur sa joue.
- Si je suis là, c'est parce que tu es en train de te perdre et que je ne peux l'accepter, sanglota-t-elle. On dirait que tu n'as plus goût à rien et que tu as mis ta dignité à la poubelle ! Venant d'un homme tel que toi c'est insupportable ! Comment peux-tu agir comme tu le fais ?
Harlock, soufflé, ne répondit pas. Voilà que cette enfant venait lui faire la morale à présent.
- Comment s'appelle ton fiancé ? l'interrogea le capitaine en pensant qu'elle lui mentait pour endormir sa vigilance.
- Jean Laplace, un garçon très bien, je suis certaine qu'il te plairait, affirma-t-elle.
- Où est-il ?
- Sur Pétunela, il travaille sur un chantier. Est-ce que tu voudrais le rencontrer ?
- Ce ne serait pas plutôt à ton père que tu devrais le présenter ? proposa Harlock, embarrassé.
- Ce n'est pas ce que je fais ? rétorqua-t-elle en le regardant dans son œil valide. C'est bien ainsi que je suis censée te voir, non ? C'est du moins ce que le psy que je consulte m'a dit…
Elle baissa les yeux, gênée.
- Tu vois un psy ? s'étonna Harlock, s'inquiétant de savoir si la vie qu'elle avait menée à cause de lui avait fait des dégâts.
- C'est Jean qui me l'a conseillé. Et le médecin lui-même m'a dit que je ne devais pas te voir autrement que comme mon père. Cela n'a pas été évident pour moi au début mais avec le temps, j'ai compris et je suis venue m'excuser. Est-ce que tu acceptes que je te présente mon fiancé ?
- J'en serai ravi, accepta Harlock en souriant.
- Est-ce que tu restes ici longtemps ?
- Je ne sais pas. Je pensais repartir dès demain, avoua-t-il. Je serai de retour d'ici une semaine pour aller sur la tombe de Toshiro comme à chaque anniversaire.
- Alors on se retrouvera à ce moment-là, se réjouit Mayu. Tu verras, c'est un homme formidable !
- Quel âge a-t-il ? s'inquiéta Harlock.
En entendant cette question, Mayu ne put s'empêcher de rire.
- Ne t'inquiète pas, je ne fais pas un complexe du père, soutint-elle en lui faisant un clin d'œil. Il a vingt-cinq ans, c'est un jeune diplômé de l'école dans laquelle tu m'as inscrite !
Le capitaine poussa un soupir de soulagement ce qui fit rire à nouveau Mayu.
- Tu sais, le psy m'a aidé à y voir plus clair, affirma-t-elle calmement. Je ne peux pas nier que j'étais quelque peu perdue, comme toi à présent, mais il m'a beaucoup aidé à faire la part des choses. Tu sais, ce n'est pas une honte de demander de l'aide, Hans. Il peut arriver que les épreuves accumulées fassent plus de dégâts qu'elles ne permettent de forger le caractère.
- Je n'ai pas l'intention de consulter, Mayu, refusa Harlock.
- Alors promets-moi que, quoi qu'il advienne, tu ne lâcheras pas et que tu accepteras de croire à un futur meilleur ! exigea Mayu.
Harlock, interloqué, regardait la jeune femme, se demandant ce qui pouvait la rendre aussi certaine qu'il puisse un jour connaître le bonheur. Cela lui donnait plus envie de se moquer qu'autre chose mais, face au regard plein d'espoir de Mayu, il se ravisa. Ce fut à ce moment qu'une femme quelque peu vulgaire décida de tenter sa chance auprès d'Harlock en venant directement s'asseoir à côté de lui sous le regard courroucé de Mayu. Elle enlaça le capitaine directement, l'enveloppant complètement.
- Retirez vos sales pâtes de lui ! explosa Mayu.
La femme éclata de rire.
- Dis donc la gamine, si tu allais jouer à la marelle dehors ! se moqua la femme.
- Je vous ai dit de dégager ! menaça Mayu. Si vous refusez d'obéir je vous refais le portrait !
La femme éclata de rire. Harlock, lui, ne riait pas, Mayu était sérieuse. Qui plus est, il pouvait sentir que ce n'était pas par jalousie, elle voulait juste le protéger. Mayu, voyant que la femme prenait ses menaces à la légère, l'attrapa par le col, la força à se lever et la poussa rudement au sol.
- Je vous préviens, je suis ceinture noire de karaté. Si vous ne partez pas immédiatement vous vous retrouverez au sol à ramasser vos dents ! menaça-t-elle froidement.
La femme se releva en colère prête à frapper Mayu. Harlock s'interposa.
- Allez-vous en cela vaut mieux ! intima-t-il à la femme. Calme-toi, Mayu.
- De quel droit cette petite idiote se permet-elle de donner des ordres à ses aînées ? s'énerva la femme. Je ne vois pas en quoi ça la regarde ? Vous êtes célibataire ! Vous êtes libre de passer la nuit avec qui vous voulez !
- Casse-toi, roulure, je t'interdis de toucher à mon père ! hurla Mayu
Cette affirmation jeta un froid dans l'assemblée alors que l'ensemble des clients se réjouissait de cette escarmouche qui changeait de l'ordinaire. Harlock, surpris, ne répondit pas sur le coup. Il regarda la salle. En voyant l'ensemble des piliers de bar regarder de leur côté, il décida de calmer les choses.
- Assieds-toi, Mayu ! ordonna-t-il.
Il se tourna vers la femme.
- Il me semblait vous avoir dit de vous en allez, je dois discuter avec ma fille.
La femme le regarda, éberluée, puis elle s'en alla, ses ardeurs complètement refroidies. Harlock se rassit face à Mayu en se raclant la gorge.
- Hors de question que tu restes sur cette planète ! décida Mayu. Il vaut mieux que tu repartes dès à présent !
- Tu sais le principe de parent à enfant, Mayu, c'est que l'enfant obéit à ses parents et non l'inverse, rappela Harlock en riant.
- Sauf que je suis une adulte à présent et qu'il est clair que tu es perdu ! Je ne peux pas te laisser continuer à glisser sur cette pente. Papa ne peut pas s'opposer à toi mais moi je le peux. Toutes ces femmes se servent de toi ! Tu n'es qu'un jouet pour elles ! Un agréable passe-temps pour oublier la morosité de leur vie ! Tu dois chercher celle qui t'est destinée ! affirma Mayu.
- Mayu, celle qui m'était destinée n'est plus et tu le sais, jamais je ne retrouverai une femme comme elle ou comme Mimée.
- Tu ne dois pas chercher une copie de Maya ou une femme qui te rappellera Mimée, tu dois trouver celle qui te fera l'aimer comme tu as aimé Maya ! révéla Mayu avec certitude.
- Mayu, je ne vais pas me mettre à courir après une chimère à quarante-deux ans, protesta Harlock.
- Ce n'est pas une chimère ! Je sais que tu vas avoir du mal à me croire mais j'ai vu une femme. C'est une ancienne prêtresse des temples disparus, elle s'appelle Leyla Destiny Shura et elle a la capacité de voir l'avenir, le destin de tous êtres vivants dans cet univers. Elle m'a assuré qu'une femme t'était destinée. Qu'elle arriverait à toi tôt ou tard.
- Elle ne t'aurait pas donné son nom, par hasard ? plaisanta Harlock. En tout cas, j'espère qu'elle arrivera à moi avant que je ne sois atteint d'andropause, qu'on ait au moins le temps de s'amuser un peu.
- Elle m'avait dit que tu ne me croirais pas, se désola Mayu. Et comme elle n'a pas le droit de révéler l'avenir car cela pourrait mettre en danger le cours de l'histoire de l'humanité, je n'ai donc pas de preuve à te donner. Elle m'a seulement dit une femme aux longs cheveux bruns ondulés et aux yeux verts.
- Marrant, j'ai toujours préféré les blondes ! Plaisanta Harlock.
- Pour ce que j'en ai vu, en ce moment tu couches avec n'importe quoi alors je ne vois pas comment tu peux affirmer préférer les blondes ! rétorqua Mayu.
Harlock la regardait en souriant.
- Garde au moins ça en mémoire, s'il te plait, le supplia Mayu. Et quitte cette planète !
- D'accord, si jamais je croise une brune, je m'y intéresserai, rit Harlock.
- Crois-moi, elle n'est pas sur cette planète ! affirma Mayu en se levant.
- Et il est possible qu'elle ne soit pas encore née, ironisa Harlock.
Mayu poussa un soupir d'exaspération. Elle espérait vraiment avoir réussi au moins à ce qu'Harlock voit l'avenir d'une manière un peu moins sombre. Elle regarda sa montre, il était temps pour elle de retourner à bord du Galaxy Express neuf cent quatre-vingt-dix-neuf afin de rejoindre son fiancé sur Petunela. Elle se leva, embrassa le capitaine sur la joue puis le quitta en lui rappelant le rendez-vous convenu. Harlock resta au bar à boire verre sur verre sous le regard attentif des Mazones.
Thomas put très nettement voir certaines ricaner, se réjouissant à l'idée qu'Harlock soit devenu si vulnérable. Pour elles, il était évident que sa propension à l'alcool allait leur faciliter les choses. Une femme apparut dans le bar quelques heures plus tard. Elle était jeune, elle s'installa à côté d'Harlock, le draguant ouvertement. Thomas ne put que se désoler de constater que son grand-père était bel et bien devenu le charmant passe-temps d'une gente féminine esseulée qui ne cherchait qu'à s'amuser. Mayu avait raison, ce n'était pas sur cette planète qu'il risquait de trouver une femme sérieuse ni même dans le reste du système Sol. Il fallait être réaliste, le sommeil forcé de cent dix années avait eu du bon, faisant oublier à tout le monde qu'Harlock, vulnérable, était devenu de mœurs légères. Ce qui était sûr, c'était qu'après ce que Sylvidra lui avait fait, il ne risquait pas à son réveil de retomber dans un tel travers. Une larme roula sur la joue de Thomas. Une fois encore, le capitaine suivit une parfaite étrangère jusqu'à chez elle sous le regard anéanti de Toshiro qui garda sa mouche espionne à bonne distance de la maison jusqu'au petit matin. Il suivit Harlock qui retourna à bord de l'Arcadia. Le vaisseau quitta ensuite Gun Frontier.
Alors que le vaisseau faisait route pour Perséphone où Harlock comptait négocier quelques pierres d'Oxalin pour acheter des pièces de rechange pour l'Arcadia, Toshiro entendit un appel de détresse envoyé au centre de secours de la planète. Un vaisseau de transports était en perdition, ses moteurs l'ayant lâché à proximité d'une étoile géante. Il était parti d'une lune de Saturne pour se rendre sur Mars avec deux milles passagers à son bord. Les secours refusèrent d'envoyer de l'aide. Le vaisseau s'était beaucoup trop approché de l'étoile géante et ils n'avaient pas de vaisseau assez puissant pour pouvoir l'extraire de l'attraction exercée par l'étoile géante. Harlock dévia donc de sa trajectoire et l'Arcadia se porta au secours de l'appareil Il se plaça à distance respectable puis il lança ses grappins qui se fichèrent dans le flanc du vaisseau. Progressivement, Harlock augmenta la poussée des réacteurs pour le ramener vers des lieux plus sûrs. Par réflexe, pour s'assurer que cet accident n'était pas un piège de l'armée de l'Alliance galactique pour détruire l'Arcadia, Toshiro téléchargea la liste des passagers et fit une découverte surprenante. Une fois l'appareil en lieu sûr, les grappins furent retirés. Harlock s'apprêtait à repartir lorsque Toshiro lui fit remarquer un détail important alors qu'il était retourné à sa cabine pour déguster un red bourbon.
- Tu comptes les laisser comme ça ? s'inquiéta Toshiro.
- Les secours ne vont pas tarder et je ne tiens pas à être là lorsqu'ils arriveront, affirma Harlock. Je n'ai aucune envie de gaspiller des munitions pour empêcher ces gens de me tirer dessus afin de récupérer la prime.
- Les secours de Perséphone leur ont envoyé un message, ils ne viendront pas avant plusieurs heures ce qui laissera le temps aux pillards de leur tomber dessus, indiqua Toshiro.
- Qu'est-ce que tu suggères ? s'enquit Harlock pour la forme.
- Je pense qu'on n'a pas le choix, il faut envoyer Yattaran réparer les moteurs pour que ce vaisseau reprenne son voyage.
- Très bien, mais je ferai monter une équipe pour surveiller ces gens. Hors de question que j'y envoie mon ingénieur sans couverture ! décréta Harlock. J'accompagnerai Yattaran afin de m'assurer que tout se passe comme prévu.
- Je ne sais pas si c'est une bonne idée. Il y a certaines personnes à bord que tu ferais mieux d'éviter.
- Qui ? s'inquiéta Harlock.
- En étudiant la liste des passagers, je suis tombé sur un nom, j'ai fait des recherches et je n'ai pas le moindre doute sur l'identité des personnes qui sont à bord. Magdalena Zone, veuve de Feydar Zone est inscrite sur la liste des passagers avec son fils William.
- Ne t'inquiète pas, je saurai gérer ce petit imprévu, ricana Harlock.
Harlock retourna à la timonerie où il fit envoyer un message au vaisseau de transport qui ordonnait que l'ensemble des passagers s'installe dans le hall principal, l'appareil allant être arraisonné par l'Arcadia. A bord, la panique gagna les membres d'équipage. Ils n'avaient pas le choix, si Harlock décidait de se livrer au pillage, ils devaient obtempérer. Leur armement ne pourrait jamais faire face à un appareil lourdement armé. Le capitaine réfléchit calmement à la situation tandis que les membres d'équipage tremblaient dans leur coin. Il poussa un soupir, il allait devoir croire à sa bonne fortune et espérer qu'Harlock n'avait pas d'envie belliqueuse. Il fit hisser le drapeau blanc, envoya l'équipage regrouper les passagers dans le vaste hall central puis, une fois l'opération terminée, il l'indiqua à L'Arcadia.
Harlock emmena avec lui la moitié de son équipage ainsi que son premier lieutenant qu'il garda sous son aile protectrice. Bien que Yattaran sache se battre, il était hors de question pour lui que son lieutenant coure le moindre danger. Le tube d'arrimage fut lancé. Les membres de l'Arcadia, armes au poing, se ruèrent à l'intérieur du bâtiment, Harlock les suivant d'un pas tranquille. Les passagers se plaquèrent contre les cloisons tandis que les membres de l'Arcadia se positionnaient tout le long du hall offrant une voie royale au lieutenant jusqu'à l'accès de la salle des machines. Harlock arriva finalement avec Yattaran. Il dévisagea chaque passager. Il finit par trouver celui qu'il cherchait. William Zone le regardait avec un air de défi en serrant les poings. Il ressemblait beaucoup à son père. Harlock eut un ricanement puis il s'éloigna. Magdalena s'accrochait au bras de son fils pour que celui-ci ne fasse pas de bêtises. Harlock se dirigea vers le capitaine du vaisseau de transport. Celui-ci était calme, ce qui l'étonna quelque peu. Très souvent, l'équipage tremblait comme une feuille, son capitaine inclus. Or celui-ci attendait calmement. Arrivé face à lui, Harlock planta son regard dans le sien. L'homme le regardait sans peur.
- Je vous félicite pour votre calme, capitaine, se moqua Harlock. Vous êtes bien le premier à ne pas trembler de peur devant moi. Votre nom ?
- Pierre-Henri de Péhant, capitaine, répondit celui-ci. Je ne vois pas de raison de paniquer. Si vous nous vouliez du mal, vous ne seriez pas venu à notre secours ou alors, une fois le bâtiment sauvé, vous vous seriez contenté de nous massacrer. Or, il n'en est rien. Vous vous contentez de maintenir les passagers au calme pour éviter tout débordement. Que fait votre homme dans la salle des machines ?
- Il remet les moteurs en état pour que vous puissiez reprendre votre voyage, indiqua Harlock.
- Je vous remercie, capitaine, c'est vraiment très généreux de votre part.
- Qu'est-il arrivé exactement ? s'enquit Harlock.
- Nous avons été victime d'un sabotage. Nos moteurs ont été détruits par des explosions, révéla de Péhant. Je pense que les pillards ont dû voir dans ce vaisseau de transport une proie facile.
- Etrange, douta Harlock. D'habitude, ils ne s'en prennent pas à un bâtiment de cette taille, cela ne peut qu'attirer l'attention des autorités.
- Je sais mais l'explosif utilisé correspond en tout point. J'ai longtemps travaillé pour la police spatiale avant de devenir capitaine de vaisseau et je suis certain de mon analyse. Je vous remercie encore d'avoir déjoué leur plan.
Yattaran réapparut, un sourire aux lèvres, en faisant le signe de la victoire. Harlock lui rendit son sourire tandis que le petit homme à lunettes le rejoignait. Harlock salua le capitaine puis il s'en alla accompagné de son équipage. Le tube d'arrimage fut retiré. De Péhant regarda l'Arcadia s'éloigner.
Quel homme énigmatique…pensa-t-il. Décidément les autorités racontent n'importe quoi sur son compte. Ce système corrompu est écœurant, ce n'est pas étonnant qu'un homme de sa valeur ait choisi de s'éloigner du monde des hommes pour suivre sa propre loi. Bon voyage, capitaine Harlock.
L'Arcadia se rendit sur Perséphone en cachette où Harlock, dans les bas-fonds de la capitale, négocia les pierres à prix d'or puis il acheta les pièces de rechange pour l'Arcadia. Une semaine plus tard, le vaisseau était de retour sur Gun Frontier. Cette fois-ci, Toshiro n'envoya pas de mouche espionne. Etrangement, par respect pour son ami, il le laissait seul sur sa tombe, le laissant se recueillir en toute intimité. Les heures s'écoulèrent tranquillement puis l'absence prolongée d'Harlock commença à inquiéter son ami ainsi que l'équipage. Yattaran envoya deux hommes à la recherche d'Harlock tandis que Toshiro envoyait une ribambelle de mouches espionnes. Il espérait de tout cœur qu'Harlock était au saloon avec Mayu et son fiancé ce qui expliquerait un tel retard mais lorsque les hommes ramenèrent le ceinturon d'Harlock, la panique le gagna.
Il trouva Mayu avec son fiancé qui attendait son tuteur en sirotant un verre. Elle rayonnait de bonheur ce qui fit chaud au cœur de Toshiro mais ne calma pas son angoisse. Harlock avait bel et bien disparu. La balise ne répondait pas non plus ce qui ne pouvait signifier qu'une seule chose, il avait été kidnappé et alors qu'il pensait qu'il se recueillait sur sa tombe, son ami avait été emmené très loin de là dans l'espace, le rendant inaccessible. Mayu, avertie que l'Arcadia était enfin arrivé, quitta le saloon avec Jean pour se rendre à l'endroit où il s'était posé. Lorsque Toshiro vit sa fille s'approcher, il fit un décollage en urgence. Il ne voulait surtout pas que Mayu se retrouve impliquée dans cette histoire. Le décollage brutal surprit l'équipage qui fut pris au dépourvu. Mazu assista, désolée, au fracas au sol de toute la vaisselle fraîchement lavée. Tandis que Yattaran, sous la forte poussée, se retrouvait projeté contre la paroi de la timonerie, Kei se cramponna de toutes ses forces à la barre en tentant de la contrôler mais Toshiro ne céda les commandes qu'une fois qu'ils furent suffisamment éloignés de Gun Frontier. Une fois le calme revenu, l'Arcadia dissimulé derrière une mini planète, les lieutenants d'Harlock firent le point.
- Qui a pu lui mettre la main dessus ? s'inquiéta Kei.
- Le gouvernement, peut-être, supposa Yattaran. Il faut vérifier les chaînes nationales au cas où son arrestation aurait été mentionnée !
L'ordinateur divisa l'écran principal en autant de fenêtres qu'il y avait de chaînes mais aucune ne mentionna sa capture. Une telle prise n'aurait pas été placée sous silence. Pour les autorités, cela aurait été une publicité inespérée. Ils attendirent pendant vingt-quatre heures puis il fallut se faire une raison, Harlock n'était pas entre les mains des autorités. Yattaran s'inquiétait de plus en plus tout comme Kei. Il s'inquiétait de ce par quoi le capitaine devait être en train de passer.
- Qui nous reste-t-il ? s'enquit Kei, inquiète. Les pillards ?
- Ce ne sont pas leurs méthodes. Toi et moi nous savons qui pourrait vouloir se venger. Cette garce a attendu le bon moment pour lui mettre la main dessus ! ragea Yattaran. Il n'aurait pas dû l'épargner et la passer par le fil de son Gravity Saber. Je le savais que sa trop grande générosité causerait sa perte !
- Tu penses vraiment que c'est elle…
- Qui d'autre ? explosa Yattaran. Il va falloir fouiller tous les endroits où on a vu des Mazones en espérant repérer sa balise !
Thomas assista ensuite aux recherches infructueuses, à la récupération de Mimée puis au sauvetage de son grand-père.
