Chapitre 6 : Sauvetage

Sylvidra fit pousser les capteurs du vaisseau mère. Elle ne put que constater que la jeune Isabelle avait vu juste. Oscar avait choisi de se servir du vaisseau de la reine comme appât. Les vaisseaux d'Oscar avaient quitté la zone. Ils ne s'étaient pas contentés de s'éloigner, ils avaient totalement disparus. Le relevé des traces énergétiques indiquait qu'ils faisaient route vers Mars. La reine observait la situation dubitative. Il était hors de question de partir en escapade en laissant le vaisseau sur Amos. Le problème étant que les moteurs de l'appareil avaient été gravement endommagés lors de l'assaut orchestré par Harlock. Sylvidra réfléchissait. Certes le vaisseau ne pouvait atteindre la vitesse subliminique, sa vitesse de croisière serait plus que limitée et les moteurs ne tiendraient pas longtemps mais elle pouvait peut-être envisager, grâce à une réparation de fortune, à faire décoller son vaisseau puis de le faire se rendre dans la mer d'astéroïdes. Elle avait parmi ses suivantes une Mazone qui connaissait la mécanique, aussi ordonna-t-elle à celle-ci de commencer à réparer les moteurs. Isabelle attendait bien sagement la décision de la reine.

- J'aimerai savoir une chose votre altesse, pourquoi êtes-vous restée prisonnière si vous aviez cette armada ? S'enquit Isabelle.

- Je ne tenais pas à ce que Kimura connaisse son existence mais bien que je ne lui aie rien dit, il le savait.

- Votre peuple a dû être extrêmement inquiet de vous savoir là-bas, sans pouvoir être sûr que vous alliez bien.

- J'ai un capteur cutané, Isabelle, destiné à transmettre mes données vitales à travers de longues distances. Tout ce que mon peuple avait à faire était de garder un vaisseau à bonne distance pour s'assurer de mon état de santé. J'avais donné l'ordre à mes officiers juste avant ma capture d'intervenir que si ma vie était menacée. Une chance qu'ils ne sont pas intervenus lorsque Harlock m'a mis une correction magistrale, je n'aurai rien su de l'étendue du problème lié à l'hybridation ni de l'importance des troupes Illumidas.

- Hans vous a frappé ? S'étonna Isabelle.

- Oui, ricana la reine. Le pauvre n'a jamais été capable de se remettre de la mort de notre fils et il m'en veut terriblement de l'avoir sacrifié, se moqua la reine. Harlock ne semble pas se rendre compte qu'il n'était qu'un simple géniteur à mes yeux, le moyen d'avoir un fils capable de diriger une armée. Une fois les moteurs un tant soit peu réparés nous décollerons Isabelle, nous cacherons le vaisseau dans la mer d'astéroïdes au cas où vous auriez vu juste sur les intentions d'Oscar puis nous irons vérifier que cette vieille canaille d'Harlock est bien passé de vie à trépas.

Les réparations furent longues. Les moteurs étaient gravement endommagés et lorsque la reine ordonna le décollage, l'appareil vibra de toutes ses tôles en s'élevant péniblement. L'ascension dura plus d'une heure alors que d'habitude un vaisseau de ce type pouvait quitter l'atmosphère d'une planète en quelques minutes. La Mazone chargée de piloter, économisait au maximum les moteurs, ne dépassant pas les dix pour cent de leur capacité réelle. Isabelle s'approcha des hublots, escortée par la reine. Elle regarda vers la zone des combats où des débris calcinés et des corps flottaient. La reine repéra une zone dense d'astéroïdes. Elle ordonna au pilote de faire route vers ce point. Il se plaça au centre d'une dizaine de corps célestes qui étaient chacun de la taille d'une petite lune. Ils offriraient un camouflage parfait. Sylvidra fut surprise de ne recevoir aucun appel d'Oscar. Celui-ci devait supposer que peu importait l'endroit où se trouvait l'appât tant que Von Kiel souhaitait le gober. Une fois le vaisseau stabilisé, Sylvidra ordonna un ultime scanner de l'espace spatial où elle allait devoir naviguer avec sa jeune protégée. Ne trouvant aucun appareil embusqué, Sylvidra fit signe à Isabelle pour que celle-ci la suive. La reine emmena avec elle deux suivantes Mazones qui prirent des armes pour parer à toute rencontre désagréable. Le petit appareil que Sylvidra choisit était équipé de vastes hublots qui permettraient aux voyageuses d'observer l'espace tout à loisir. La reine et son invitée s'installèrent dans de confortables fauteuils qui basculèrent afin de leur offrir une vue imprenable sur l'espace. Isabelle observa avec ravissement la mer d'étoiles puis, lorsque les premiers débris furent en vue, son cœur se serra. Les débris commencèrent à affluer, le vaisseau glissant à travers eux sans les heurter. Isabelle blêmit d'horreur en voyant le premier corps. Celui-ci immobile, flottait, ses yeux grands ouverts, emplies de terreur semblant fixer du regard ces profanatrices de tombeaux. Sylvidra observa sa nouvelle amie qui avait perdu de son impétuosité. Il était facile d'observer une guerre de loin, il était plus dur de se retrouver face aux victimes. Isabelle commençait à regretter sa proposition. Comment Harlock aurait pu réchapper à un tel massacre. Le vaisseau continuait d'avancer prenant garde de ne rien toucher comme si les pilotes tenaient à préserver les lieux du crime pour une enquête qui n'aurait jamais lieu. Elles approchaient de l'astéroïde où s'était écrasé l'Arcadia. Le cœur battant, Isabelle observa les premiers débris verts qui flottaient non loin de l'épave. Le vaisseau contourna l'astéroïde pour atteindre la zone où se trouvait l'épave. Une douleur violente envahit le cœur d'Isabelle lorsqu'elle vit l'état de l'appareil. L'Arcadia était presque sectionné en deux parties. L'arrière de caravelle avait été ravagé par les explosions et les hublots pourtant blindés étaient percés en différents endroits. Le toit était comme tassé sur lui-même, les ailes de l'Arcadia étaient brisées. La tour qui supportait la timonerie pliait dangereusement. Les radars étaient en miettes. Les canons arrachés pendaient lamentablement à peine retenues par des restants de tiges d'acier. Les larmes d'Isabelle, sans qu'elle ne s'en aperçoive, s'étaient mises à couler. Ce n'était pas un combat auquel son mari s'était livré mais à un jeu de massacre dont l'Arcadia était la victime.

- On risque d'avoir du mal votre altesse à lancer un tube d'arrimage, indiqua la Mazone pilote. Le vaisseau est très endommagé. Il ne doit plus avoir d'oxygène à l'intérieur. Si vous souhaitez vous y rendre il faudra y aller en scaphandre.

- Tenter une approche par la base de la tour ! Ordonna Sylvidra. Venez Isabelle, allons-nous préparer.

Isabelle se leva en jetant un dernier œil à l'Arcadia. Elle passa son scaphandre alors qu'une Mazone lançait un tube d'arrimage qui accrocha violemment la base de la tour. Sylvidra prit la tête de l'expédition en s'engouffrant la première dans le tube d'arrimage. Isabelle la suivit de près. Une fois face au panneau de commande, la reine utilisa l'ouverture de secours. Le tube étant connecté électriquement au système de l'Arcadia lui envoyant l'énergie nécessaire, la porte s'ouvrit offrant une vue directe sur un passage dominé par la nuit. Les deux femmes ne pouvaient voir au-delà de leurs pieds. Le système d'éclairage avait probablement grillé avec tout le reste. Les blocs de secours fonctionnaient mais leur lumière blafarde n'offrait aucun confort. Tout comme Ellie lors de sa première exploration du mythique bâtiment, elles prirent l'échelle qui allait les mener directement à la timonerie. L'ascension fut pénible pour Isabelle, le poids du scaphandre la ralentissait et bien que la gravité de l'astéroïde soit assez faible, elle arriva en sueur au sommet de la tour. Une fois devant la porte celle-ci s'ouvrit en partie, les tôles disloquées l'empêchant de s'ouvrir davantage. Sylvidra reçut alors un message émit par le vaisseau de transport, l'analyse du vaisseau indiquait que l'Arcadia disposait encore d'oxygène dans certaines pièces, la timonerie faisait partie de celles-ci, ce qui pouvait signifier qu'il y avait potentiellement des survivants. Sylvidra dégaina son arme par sécurité. Le cœur battant, elles entrèrent dans la pièce où ce qu'elles y trouvèrent les lassa stupéfaites incapables de réagir pendant plusieurs minutes.

L'âme de Mark tout comme celle de Kurt étaient en constante surveillance. Leur grande valeur morale avait été reconnue. Bien que Mark ait commis beaucoup d'erreurs, le pardon lui fut accordé car lors du jugement son âme avait été reconnue comme pure. Pour Kurt, la question ne s'était même pas posée, la totale abnégation dont il avait fait preuve parlait pour lui. Kurt à la demande de son frère était venu le chercher, et, ensemble ils avaient marché jusqu'au temple d'or où une assemblée fut chargée de le juger. Mark était prêt à accepter toute sanction. Il se sentait atrocement coupable et se désolait des décisions qu'il avait prises. L'assemblée sonda son âme pour s'assurer que cet être n'avait rien de démoniaque. Mark devint avec Kurt un des nombreux anges gardiens de la vie dans l'univers. Cependant il lui avait bien été notifié qu'il ne devait pas utiliser ses pouvoirs pour des raisons personnelles. Le grand conseil des anges ne s'offusqua pas des fréquentes visites qu'il faisait à son père ou à son fils mais lorsqu'il commença à intervenir dans la vie d'Eliza Zone puis lorsqu'il avertit son fils des dangers qui menaçait son père, le conseil le convoqua, forçant son âme à rentrer immédiatement. Mark s'attendait à une forte sanction mais il était résolu à défendre son point de vu. Lorsque son âme apparue au sein de l'assemblée, il tenta de garder son calme pour ne pas s'embrouiller dans ses explications. Il comprenait tout à fait l'inquiétude des autres membres de ses décisions mais il était certain d'avoir pris les bonnes et que son jugement personnel n'était pas perturbé par ses émotions. Pour lui il devenait urgent d'intervenir pour éviter un massacre. Une fois la surprise de ce brusque transfert dissipé, il se redressa pour faire face à l'assemblée des sages.

- Mark Von Harlock vous avez été convoqué en ce jour à cette assemblée à cause de votre comportement. Vous ne deviez pas utiliser vos pouvoirs pour des raisons personnelles mais vous l'avez fait à deux reprises, l'accusa le responsable de la réunion.

- Je l'ai fait car la vie dans cette galaxie était grandement menacée, se défendit Mark.

- L'humanité vous voulez dire, rectifia le responsable.

- Je n'ai fait que suivre vos doctrines, protéger toute vie.

- Mais vous ne devez pas veillez plus sur certaines que d'autres. Nous ne vous avons jamais interdit d'aller visiter vos proches mais vous ne deviez pas intervenir dans leur vie. Vous avez outrepassé votre mission Mark. Si l'humanité doit s'éteindre c'est que tel était son destin, c'est ainsi, mais à vouloir protéger les hommes vous risquez de provoquer l'extinction de toute vie. Nous sommes donc obligés de rééquilibrer les choses. De plus vos pouvoirs vous sont retirés jusqu'à la fin de cette crise, décida le responsable. Je suis désolé Mark mais il en est ainsi, l'humanité n'est plus un enfant. Elle doit assumer ses choix. Si l'humanité souhaite survivre elle trouvera la force de le faire.

- Sauf si on la prive de ce qui est nécessaire à sa survie ! Se récria Mark.

- Votre père ? L'interrogea le responsable. Il a fait son choix. Seul le destin et sa force vitale choisiront de sa vie ou de sa mort. Je suis désolé mon enfant mais vous êtes beaucoup trop impliqué dans cette affaire.

Le responsable avait alors joint ses mains en une prière. Une lumière aveuglante envahie la salle qui entoura Mark. Un halo doré transperça son corps céleste afin de bloquer ses pouvoirs. Désormais, Mark ne pourrait plus aller voir ses proches en rêve ni poursuivre sa fonction d'ange gardien. Il était vrai qu'il était trop impliqué mais à ses yeux les autres anges étaient beaucoup trop détachés. Même si il comprenait leur décision, elle lui fit mal et ses larmes se mirent à couler. Il avait alors attendu longtemps près du bassin où chaque ange en passant la main au-dessus et en invoquant le nom d'un être pouvait regarder la vie de celui-ci défiler. Il surveillait constamment la vie de son père. Lorsque la bataille fit rage, il assista impuissant à la défaite du capitaine de l'Arcadia et à ses multiples blessures. En le voyant se vider de son sang, n'y tenant plus, il quitta le temple son âme volant jusqu'à l'épave de l'Arcadia. Il monta à la timonerie où il trouva son père qui agonisait lentement. Toshiro avait réussi à fermer suffisamment de porte et à transférer suffisamment d'oxygène dans les zones où il y avait des hommes pour que ceux-ci puissent vivre encore quelques heures en espérant un éventuel secours. L'ordinateur central avait utilisé tout ce qu'il lui restait d'énergie dans cette ultime manœuvre. Mark vola jusqu'à la plate-forme de commandement où il s'agenouilla au chevet de son père. Ses larmes se mirent à couler lorsqu'il vit la gravité de ses blessures. D'un certain côté il était soulagé que le capitaine de l'Arcadia soit inconscient car les douleurs provoquées par ses perforations auraient été atroces. En pleurant, il caressa la tête de son père. Celui ne pouvait sentir sa présence mais Mark voulait tant le réconforter qu'il poursuivit bien qu'au mieux Harlock ne ressentirait qu'une brise légère sur sa peau.

- Il faut que tu t'accroches papa, sanglota Mark, Thomas va arriver. Il va secourir ton équipage et tu pourras rejoindre ta famille. Je t'en supplie ne lâche pas. Je suis prêt de toi, tiens bon.

Il resta des heures, penché sur son père, Au bout d'un temps indéfinissable il se demanda combien de temps s'était écoulé. La première chose qu'il l'avait surpris au moment de sa mort c'était la perte de la notion du temps. Il n'avait plus la sensation du temps écoulé. De plus comme l'intégralité des systèmes de l'Arcadia avaient grillé, la pendule qui rythmait la vie du vaisseau avait elle aussi cessé de fonctionner. Lorsque la porte de la timonerie s'était ouverte il avait cru à l'arrivée de son fils et s'était précipité vers les nouveaux arrivants. En voyant sa mère et une inconnue faire leur entrée son âme tressaillit d'horreur. Les deux femmes restèrent coites face à cette apparition. Mark était vêtu d'une toge blanche, bordée d'or et deux immenses ailes couvertes de plumes d'or s'échappaient de son dos. Il ne portait aucune trace de blessure, son corps était le même qu'au moment de sa mort et son regard était aussi vif et perçant qu'avant sa mise sous contrôle par les nanos. La reine observa la pièce, elle était dans un triste état et elle remarqua le présence de plusieurs corps, elle n'avait aucun moyen de savoir s'ils étaient encre en vie et cela ne l'intéressait guère, un seul occupait toutes ses pensées, une sale vermine de capitaine pirate qui n'avait cessé de s'opposer à elle Sylvidra fit un pas en avant mais son fils se mit à battre furieusement des ailes dans le seul but d'éloigner sa mère. Il espérait vraiment que la menace marcherait même si il ne s'agissait que d'un simple coup de bluff. Étant un simple ange gardien, il n'était qu'esprit et ne pouvait atteindre personne. Sylvidra observa le petit manège de son fils un moment puis elle eut un ricanement

- Laisse-moi deviner, ton père est en vie ? Se moqua-t-elle. Grièvement blessé mais vivant et tu attendais des secours.

- Ne t'approches pas de lui, je te l'interdit ! Hurla l'âme de Mark.

- Bon sang votre altesse, paniqua Isabelle. Votre fils est devenu un ange !

- Un ange dis-tu ? S'étonna la reine.

- Oui, ils sont évoqués dans la bible, indiqua Isabelle émerveillée. Il est magnifique votre altesse. Les anges sont chargés de protéger les Hommes….

- Cela ne m'étonne pas de lui, il me décevra vraiment jusqu'au bout, grinça-t-elle.

Cette remarque brutale choqua Isabelle mais elle ne releva pas

- Qui attends-tu ? Poursuivit la reine. La Résistance ? Ils ont filé ! Je suis la dernière chance de ton père, alors tu vas me laisser l'emmener.

- Hors de question ! Il y en a une autre !

- Qui dis-moi ? Ironisa la reine.

Elle se tut un instant et regarda son fils fixement pendant de longues minutes.

- Tu attends ton fils c'est-cela ? Comprit-elle en riant. Thomas doit donc venir…Je te laisse le choix Mark, soit tu me laisses emmener ton père soit je préviens Oscar de Péhant que ton fils arrive et je ferai massacrer tous ses vaisseaux. J'emmènerai alors Thomas avec moi pour qu'il reprenne sa place à mes côtés. Alors qu'est-ce que tu choisis ? Ton père ou ton fils ?

Son âme pleurait, le choix était cruel, lui qui avait tant espéré pouvoir sauver son père, se retrouvait à devoir faire un choix auquel son âme se refusait. Alors qu'il tentait tant bien que mal de garder son calme, une lumière dorée, envahit la pièce, qui en disparaissant laissa la place à l'âme de Kurt Wilson. Celui-ci en voyant sa mère resta figé d'horreur. Sylvidra ricana.

- C'est impossible une poisse pareille ! S'exclama Kurt.

- Je commence à comprendre ce que le sage appelait rééquilibrer les choses, affirma Mark en pleurant. Il me prend mon père et le livre à cet être démoniaque !

Mark serra les poings de colère.

- Écoute ton père est vraiment quelqu'un d'adorable, je dois dire que j'ai été très surpris en le voyant loin de son enveloppe glaciale qu'il affiche sans arrêt, indiqua Kurt très inquiet par la tournure que prenait les événements, mais il s'épuise il ne tiendra pas longtemps. Son âme n'aspire qu'à une seule chose rejoindre la tienne, la mort gagne de plus en plus de terrain et j'ai beau lui dire de s'accrocher il commence à lâcher prise ! Où est ton fils ? S'inquiéta Kurt.

- Loin d'ici j'espère, ma mère veut lui mettre le grappin dessus ! Ragea Mark.

- A lui aussi ! S'exclama Kurt incrédule.

- C'est faux Mark, je t'ai offert la possibilité de choisir, répliqua la reine en souriant. Ton fils ou ton père ?

- Parce que tu penses vraiment que je vais te croire ! Ricana Mark. Tu n'as aucune parole ! Qui plus est je sais très bien que tu t'acharneras sur mon père dès qu'il sera entre tes mains ! Tu n'as jamais supporté qu'il m'ait accepté et qu'il ait été capable de m'ouvrir son cœur ! Tu n'as pas supporté qu'un lien ait pu se créer entre nous malgré tous tes mensonges !

Kurt voyant que son frère cédait à la colère, le prit par le bras puis s'éloigna avec lui loin des oreilles indiscrètes.

- Écoute, de deux maux il va falloir choisir le moindre. Toi et moi nous savons très bien que la priorité va à la génération suivante. Il faut à tout prix préserver ton fils, donc tu n'as pas le choix, laisse la emmener ton père.

- Tu sais qu'elle va s'acharner à le détruire avant de le tuer ! Tu ne dirais pas cela si c'était ton père, le tien est mort paisiblement à plus de quatre-vingt ans alors que le mien risque de mourir à quarante-six ans loin de sa famille !

- Tu crois peut être que je ne le sais pas ? Gronda Kurt. Mais on n'a pas le choix ! Si tu veux que ton père vive, il faut le livrer à Sylvidra.

Une vague de tristesse envahit le regard de Kurt et il lâcha le bras de son frère

- Cela fait des heures que je lui dis qu'il faut qu'il tienne car il pourra rejoindre très bientôt la femme qu'il aime et ses enfants. A son réveil, il va me maudire en pensant que je suis un menteur tout comme Ellie doit en être persuadée à présent ! Je suis désolé Mark, mais si Sylvidra le veut, qu'elle l'emmène, ton fils pourra toujours le libérer plus tard…Proposa Kurt en laissant couler ses larmes

Son âme aussi saignait comme celle de son frère. Il avait été en contact direct avec l'âme du capitaine de l'Arcadia et il n'avait pu que ressentir sa grande bonté et sa grande générosité. L'idée de le laisser entre les mains de Sylvidra l'horrifiait mais ils n'avaient plus le choix, Thomas avait dû opter pour la prudence et il n'interviendrait pas tant que le vaisseau Mazone serait à proximité de l'Arcadia. Pour sauver le reste de l'équipage, il fallait céder. Sylvidra les observa, elle le sentait, elle avait gagné, le capitaine de l'Arcadia était désormais à elle. Elle s'avança vers ses deux fils puis elle regarda vers la barre de l'Arcadia. Du sang s'écoulait lentement de la plate-forme. Il fallait faire vite, Harlock pouvait mourir à chaque instant. Elle lança un regard de défi à ses deux fils puis, constatant qu'ils ne réagissaient pas, elle fit signe à Isabelle. Celle-ci la rejoignit et, ensemble, elles montèrent jusqu'au niveau où gisait capitaine de l'Arcadia. Kurt retenait son frère par la taille pour éviter qu'il n'intervienne. Les deux femmes en voyant l'étendue des dégâts furent surprises de constater que le capitaine était toujours en vie. Des morceaux d'aciers, tranchant comme des rasoirs étaient fichés partout dans son corps et il se vidait lentement de son sang. Sylvidra posa un capteur cutané au niveau de la carotide.

- Pouls à cent soixante, tension artérielle à six virgule sept entendit-elle.

Elle contacta alors le vaisseau pour exiger que l'on envoie une aide médicale d'urgence. Isabelle était en larmes. L'unité médicale quitta rapidement le vaisseau-mère de la reine. Les Mazones emmenaient avec elles un caisson de transport destiné à maintenir le patient dans un état stable. Lorsqu'elles parvinrent à la timonerie, les deux anges gardiens avaient disparus. La Mazone Médecin ausculta le capitaine un long moment. L'emmener n'allait pas être facile. La reine s'impatientait. L'examen prenait beaucoup trop de temps.

- Qu'en pensez-vous docteur ? S'enquit-elle d'une voix dure.

- Il est très faible, votre altesse. L'emmener jusqu'au vaisseau risque d'être difficile. Il ne lui faut pas le moindre choc sous peine d'aggraver son état, indiqua le médecin.

- Avons-nous encore des nanos à bord ? L'interrogea la reine.

- Non, votre altesse, mais en refaire ne sera pas un problème. Ce qui en est un, c'est la dangerosité du personnage. Si nous le sauvons il nous créera des problèmes, affirma le médecin.

- Tout dépend, ricana la reine. On peut toujours manipuler son cerveau. J'ai entendu dire que les aristocrates étaient passés maître dans ce domaine et que leurs nanos avaient infestés le peuple, le rendant parfaitement docile. Qui plus est nous avons beaucoup de connaissance dans ce domaine.

- D'autant plus votre altesse que vous aviez réussie à manipuler le cerveau de votre fils en conservant toutes ses capacités guerrières, rappela Isabelle en essuyant ses larmes.

- Que proposez-vous Isabelle ? S'enquit la reine en se tournant vers elle.

- La même chose que pour votre fils. Harlock peut être utilisé pour le plaisir mais aussi pour la guerre. Imaginez toute une armée dirigée par cet homme, insinua Isabelle en souriant. Nous pourrions vaincre les Illumidas sans problème.

- Vous voulez qu'on se le partage ? Sourit la reine.

- Pourquoi pas ? Répliqua isabelle sans se départir de son sourire. Je suis certaine qu'il pourra nous combler toutes les deux.

- Je suis d'accord avec votre idée Isabelle, accepta la reine en effleurant de sa main le visage d'Harlock. Les humains ont fait beaucoup de progrès en matière de nanotechnologie que nous pourrons utiliser à bon escient. Ce cher Kimura serait écœuré s'il savait que son travail va nous permettre de bénéficier des compétences sexuelles et guerrières d'Harlock. Emmenez-le !

Le médecin plaça autour du cou du capitaine une minerve puis elle glissa une planche de transport sous lui. Les Mazones le soulevèrent, le glissèrent dans le caisson, lui mirent un masque à oxygène puis plantèrent au niveau de la carotide un dispositif d'intraveineuse qui servirait à son hydratation, à la transfusion sanguine et au transfert des différents traitements nécessaires à son rétablissement. Isabelle et la reine suivirent de près le caisson. Alors qu'elles évoluaient dans le vaisseau les portes se refermaient derrière elles. Une fois le caisson solidement arrimé, le pilote décrocha le tube d'arrimage puis alluma le moteur afin que l'appareil s'éloigne rapidement de l'épave. Le pilote poussa les moteurs au maximum à la demande du médecin. Harlock avait besoin de soins médicaux d'urgence. Une fois que l'appareil fut de retour à bord du vaisseau- mère, Harlock fut emmené rapidement dans la zone de soins. Alors que le médecin s'apprêtait à l'opérer, Sylvidra et son invité décidèrent de prendre un peu de repos. L'opération dura des heures, le médecin devant retirer lentement chaque morceau de métal fiché dans le corps du capitaine. Elle transfusa plusieurs poches de sang artificiel. Harlock avait vraiment été à deux doigts de mourir. Il n'aurait pas tenu une heure de plus sans assistance respiratoire. Le médecin referma les plaies puis répandit plusieurs baumes cicatrisants qui faciliteraient la régénération de la peau ce qui permettrait la disparition totale des cicatrices. La reine avait horreur des cicatrices sur le corps et lorsqu'elle avait eu Harlock entre ses mains la première fois, par soucis d'esthétique elle avait demandé aux médecins de faire disparaître les marques que le capitaine avait sur le corps. La seule qu'elle avait choisi de garder était la balafre sur le visage et l'œil en moins Pour elle, Harlock sans ces signes distinctifs n'étaient plus Harlock. Le capitaine fut ensuite installé dans un lit, fermement sanglé, plusieurs poches de solution lui fournissant hydratation et médicaments. Un capteur s'occupait du rythme cardiaque qui était redevenu normale, la tension elle aussi avait remontée. Le lendemain, les deux reines vinrent aux nouvelles. Harlock avait meilleure mine et elles le regardèrent avec gourmandise.

- Que faisons-nous votre altesse pour les nanos ? S'enquit le médecin.

-Nous allons utiliser celles de Mark, décida Sylvidra. Vous le programmerez pour que l'idée même de s'enfuir ne lui traverse pas l'esprit. Je veux qu'il rentre quoi qu'il advienne au bercail quelle que soit les circonstances. Vous allez installer un diffuseur sous cutané qui fournira la quantité de traitement nécessaire pour que son organisme supporte les nanos. Il devra être incapable de refuser quoi que ce soit à moi ou à Isabelle avec bien sur l'obligation de veiller sur nos vies.

- Que faisons-nous pour ses sentiments amoureux ? L'interrogea le médecin.

- Sans intérêt ! Avez-vous étudié le signal que nous avons perçu concernant les nanos utilisant la technologie humaine ?

- Oui madame, apparemment il s'agit d'une programmation destinée à rendre les nanos inefficaces et à favoriser leur évacuation dans les selles faute de pouvoir le faire par dialyse je suppose, indiqua le médecin. Il y avait bien entendu la programmation d'origine avec effacement de la mémoire.

- Cela pourrait nous être utile ! S'exclama Isabelle.

- En fait non, si nous l'utilisions Harlock risque de perdre beaucoup de compétences en tant que combattant, expliqua le médecin. Chacune de ses capacités est intimement liée à ses expériences personnelles. On ne peut pas lui faire oublier Eliza Zone tout comme non plus son amitié pour Kimura ou pour Toshiro Oyama. Par contre en utilisant une sécurité lui indiquant qu'il doit éliminer toutes personnes qui se mettrait en travers de son chemin alors qu'il répond à un de vos ordres, il tuera efficacement sans sourciller amis ou ennemis. Ensuite je peux vous garantir grâce aux progrès effectués par les humains dans le domaine des nanos, un esclavage parfait de sa part que ce soit guerrier ou sexuel. Il ne vous refusera rien.

- Parfait ! Il me tarde de mettre au monde la future reine des Mazones, révéla Sylvidra.

- A votre âge votre altesse ? S'étonna le médecin. Cela risque d'être difficile, il vous faudra prendre un traitement et je vous signale que le premier né qu'il vous a donné était un garçon !

- C'est parce que j'ai laissé faire la nature et un garçon cela m'arrangeait pour la conquête spatiale mais mon peuple s'impatiente, l'enfant que Mark a donné à Venus était aussi un garçon. Les gens commencent à se dire que je vais être la dernière reine. Et puis je vous signale qu'Harlock a donné une fille à Eliza Zone, il peut donc m'en faire une ! Procédez à l'implantation dès que possible.

- Je vais lui laisser le temps de se remettre de ses blessures. Son coma me laissera largement le temps de fabriquer et de programmer ces petites merveilles votre altesse.

- C'est parfait ! Se réjouit la reine. Dîtes moi Isabelle pensez-vous arriver à berner votre mari suffisamment longtemps pour que notre plan soit au point.

- Ne vous inquiétez pas pour cela votre altesse, je suis prête à tout pour réussir quitte à passer auprès de mon époux pour une chienne en rut, soutint Isabelle en souriant. D'ailleurs je pense qu'il ne va plus tarder à nous rendre une petite visite. Après tout, mon père ne semble pas vraiment intéressé par l'appât qui lui est proposé.

Thomas et Paléande tous les deux installés à la timonerie du Vénus, observaient avec inquiétude le petit appareil Mazone qui avait quitté le vaisseau-mère de Sylvidra pour aller visiter l'Arcadia. A plusieurs reprises, malgré le triste état de l'Arcadia l'officier radar avait tenté d'entrer en contact avec le vaisseau du capitaine Harlock pour le prévenir de cette visite non prévue au programme. Ils multiplièrent les appels mais se heurtèrent au silence de mort de l'espace.

- Pas de réponse ? S'enquit Paléande de plus en plus inquiet

- Rien monsieur, ce vaisseau est mort, il n'y a probablement pas de survivants, supposa l'officier.

- Il y a des survivants c'est certain ! Affirma Thomas.

- Si il y en a votre grand-mère risque fort de les faire abattre, nous devons intervenir ! Soutint Paléande angoissé.

- On ne peut pas, si nous attaquions nous serons immédiatement repérés par les vaisseaux aristocratiques. Bon sang si Sylvidra met la main sur mon grand-père elle va encore lui faire du mal ! S'exclama-t-il en colère.

Il serra les poings d'impuissance en regardant l'appareil se relier à l'Arcadia par un tube d'arrimage

- Je suis désolé papa, j'arrive trop tard, s'excusa Thomas alors qu'une larme roulait sur sa joue.

La longue attente commença. Pour toutes les personnes présentes, cette visite était bien trop longue et ne présageait rien de bon.

- Espionner les contacts radio ! Ordonna Thomas

- A cette distance votre altesse, c'est impossible ! Se défendit l'officier radar.

- Faites-le ! Intima Thomas sèchement.

L'officier alluma le système. Des grésillements se firent entendre dans les haut-parleurs puis à force de réglage, le militaire finit par entendre quelques brides de conversation.

- Transfert du prisonnier en cours, annonça le pilote.

- Dossier médical Hans Ludwig Von Harlock : rapport préliminaire, dicta le médecin pendant le transfert du prisonnier. Age du sujet, quarante-six ans, poids quatre-vingt-huit kilos cinq cents grammes, il a maigri, il faisait quatre-vingt-dix lorsqu'il vous a rejoint sur Terre. Pouls mesuré à cent cinquante-huit, tension très basse à six virgule neuf. Le cœur semble supporter le choc. Multiples perforations sur le torse, le dos et les cuisses, abondante perte de sang.

- Vous pensez qu'il va en réchapper votre altesse ? S'enquit une voix de femme.

- J'en suis certaine Isabelle, c'est un coriace. J'ai de grands projets pour lui, ricana la reine. Il a pu me rouler une fois mais cela ne marchera pas une deuxième fois croyez-moi. La programmation des nanos que je lui implanterai n'aura strictement rien à voir avec l'amour. Il deviendra un simple objet destiné à satisfaire nos fantasmes et nous faire gagner cette guerre. J'ai hâte de voir la tête d'Eliza Zone lorsque son cher Harlock deviendra amant royal officiel !

La reine eut un rire cruel qui glaça le sang des personnes présentes. Après ces quelques propos, le son diminua puis disparut totalement lorsque le petit appareil fut trop éloigné. Thomas était écœuré. Il réprima une forte envie de vomir.

- Combien de temps avant que la face où se trouve l'Arcadia soit visible depuis les vaisseaux du duc ? Interrogea Thomas.

- Moins de six heures votre altesse, indiqua le pilote.

- Cette garce nous a fait perdre deux heures ! Ragea Thomas. Une fois qu'ils seront hors de portée, les équipes devront se rendre sur l'Arcadia pour récupérer les survivants. Que tout le monde se tienne prêt !

- On n'y arrivera pas votre altesse, se désola Paléande, il y a cinq autres vaisseaux à contrôler sans compter les petits appareils de combat.

- On doit réussir Paléande, on n'a pas le choix ! Rappela Thomas tout aussi inquiet que son conseiller. Nous prendrons nous aussi un appareil pour explorer et sauver le plus de monde possible !

- Je vais préparer le vaisseau mon roi, obéit Paléande.

- Autre chose, qu'une équipe aille discrètement installer des mouchards au niveau du vaisseau de ma grand-mère, il faut que l'on sache ce qu'il se passe à l'intérieur ! Intima Thomas. Il faut que je sache ce qu'elles font à mon grand-père.

Une fois les ordres donnés, Thomas rejoignit son conseiller qui terminait les réglages de l'appareil. Paléande avait vérifié la régénératrice d'oxygène qui se chargerait de réoxygéner l'Arcadia puis il fit chauffer les moteurs. L'officier radar autorisa le décollage et la totalité des appareils se jetèrent dans l'espace. Un vaisseau beaucoup plus grand que les autres se chargea de déployer à travers l'espace, la bulle qui allait englober la carcasse de l'Arcadia afin que le vaisseau puisse être réoxygéner sans perte. La bulle était constituée du même plastique très mince auquel l'Arcadia avait été confronté dans une fosse sous-marine. La totalité des vaisseaux se glissèrent entre l'Arcadia et la bulle pendant que le vaisseau chargé de la déployer telle une toile de tente, effectuait sa rotation. Les vaisseaux ouvrirent alors leur réservoir d'oxygène créant une atmosphère respirable pendant que des chauffages faisaient grimper la température en quelques secondes. Un vaisseau répandit le gaz luminescent qui allait servir de lumière artificielle nécessaire à l'opération de sauvetage. Paléande, se rendit à l'arrière du vaisseau avec son roi pour descendre grâce au treuil la régénératrice d'oxygène qu'il fixa solidement sur l'astéroïde.

- Cela va être très juste côté temps votre altesse, prévint le conseiller. D'autant plus qu'il ne faudra laisser aucune trace de notre passage.

- Est-ce que des équipes s'occupent des petits appareils de combat ? S'enquit Thomas.

- Oui, mais je doute qu'il y ait des survivants.

Des équipes étaient déjà à pied d'œuvre, elles descendirent dans les zones des canons et des moteurs où elles se déployèrent. Thomas et Paléande après avoir descendu une dizaine de caissons médicalisés montèrent vers la tour utilisant les propulseurs des caissons pour gagner du temps. Sylvidra n'avait pas refermé derrière elle. Les deux hommes branchèrent une petite génératrice en espérant que quelques circuits fonctionnaient encore puis ils commencèrent la longue ascension qui les mènerait à la timonerie tout en pilotant les propulseurs des caissons pour que ceux-ci ne heurtent pas les parois. Chacun d'eux était assis sur un caisson et montait lentement comme une montgolfière vers la double porte de la timonerie. Ils se posèrent en douceur avec les autres caissons. La double porte s'ouvrit juste de quoi laisser passer un caisson dans le sens de la longueur. Les deux hommes prirent une longue inspiration, craignant ce qu'ils allaient trouver à l'intérieur. Ils entrèrent en allumant leur lampe torche puis en balayant le sol et les murs. Thomas vit le sang qui descendait de la plate-forme de commandement et leva la tête. Celle-ci était vide, il repensa écœuré au capitaine kidnappé par la reine avant qu'il n'arrive. Paléande quant à lui, vit une chose étrange briller d'un éclat doré lorsqu'il passa le faisceau de sa lampe. Intrigué il s'approcha et fut surpris de découvrir qu'il s'agissait d'une plume en or. Il se pencha, l'effleura du bout des doigts ce qui provoqua la désintégration de celle-ci en une étrange poussière dorée qui disparut. Il se releva très désappointé par cette étrange découverte puis il reprit sa marche qui le mena devant un imposant mur de débris métalliques entassés pêle-mêle. Thomas après avoir passé quelques minutes à se demander si le capitaine de l'Arcadia allait vraiment en réchapper après une perte de sang pareil, rejoignit Paléande devant l'amas de métal constitué de plaques, de tiges tordues et brûlées, de câbles calcinés et de tubes d'acier. Le tout était bien plus haut qu'eux et ils commencèrent à le fouiller avec leur torche pour s'assurer que personne n'était coincé à l'intérieur. Une fois cette vérification accomplie, ils commencèrent à l'escalader. Une fois au sommet en se redressant ils purent admirer tout à loisir ce qu'il restait des systèmes intégrés des radars puis ils braquèrent leurs lampes vers le sol.

- Je vois une femme, indiqua Thomas. Une blonde, elle ne bouge pas. Et vous ?

- Un petit homme, pas très grand, bedonnant, à lunette, un autre un peu plus grand puis un autre gars et une vieille femme…

Paléande termina l'exploration de son côté puis révéla d'une voix triste :

- Deux autres victimes votre altesse, mais c'est sans espoir pour eux, un bout de la structure qui s'est effondré les a sectionné en deux.

- Quelle horreur ! S'exclama Thomas écœuré. Est-ce que vous pensez que l'on pourra piloter les caissons jusqu'ici ?

- Ça va faire juste pour la hauteur, la structure a cédé mais pas sur toute la surface, cela risque d'être serré pour les caissons. Je vais en faire passer un pendant que vous descendez voir les membres d'équipage votre altesse.

Thomas descendit lentement, si l'amas se mettait à descendre, il risquait d'ensevelir les victimes. Une fois au sol, il se précipita vers le premier blessé pendant que Paléande manœuvrait difficilement pour faire passer un des caissons. Celui-ci racla le plafond à plusieurs reprises avant de pouvoir commencer à amorcer sa descente. Thomas vérifia le pouls de la jeune femme blonde. Son cœur battait encore mais elle avait perdu beaucoup de sang et ne répondit pas lorsque Thomas tenta de la réveiller. Il sortit la plaque de transport du caisson qu'il jeta au sol près de la victime. Il mit la minerve puis en prenant garde que l'intégralité du corps bouge en même temps mais sans à-coup, il fit rouler celle-ci pour qu'elle soit sur le dos une fois installée sur la plaque. Il sortit ensuite le masque à oxygène du caisson qu'il plaça sur le visage de la femme blonde puis il planta dans la carotide la perfusion de solution saline. Pendant qu'il procédait à cette opération, Paléande avait réussi à faire descendre quatre autres caissons. Il rejoignit ensuite son roi pour l'aider à placer la première victime dans le caisson de soins. Une fois la jeune femme en sécurité, ils s'occupèrent de l'homme à lunettes qui lui aussi était très mal en point. Ils se chargèrent ensuite des deux autres hommes et la vielle femme. Une fois les survivants installés, il fallut faire aux caissons le chemin inverse. Thomas et son conseiller escaladèrent à nouveau l'amas de tôles déchiquetées. Paléande ralluma les propulseurs et guida les caissons grâce à la télécommande. L'opération fut bien plus longue car lors du premier passage, Paléande qui ne craignait pas de secouer un peu les caissons s'était permis de les coller au plafond. En revanche à présent le conseiller était très inquiet les personnes placées à l'intérieur étaient grièvement blessées et le moindre choc pouvant leur être fatal.

- Doucement Paléande, conseilla Thomas d'une voix blanche alors que le premier caisson frottait dangereusement le plafond.

- Je sais mon roi, ça va aller, affirma celui-ci concentré sur sa tâche. On va arriver à sauver les amis de votre grand-père.

Les deux hommes poussèrent un soupir de soulagement lorsque le caisson toucha enfin le sol. L'extraction des caissons pris plus de deux heures et, alors qu'il descendait assis sur les caissons, les propulseurs de descente au ralenti vers le bas de la tour, un soldat arriva.

- Est-ce que vous auriez des caissons en trop, on a trouvé beaucoup de survivants dans la salle des machines.

- Malheureusement oui, se désola Thomas. On a trouvé deux morts dans la timonerie. Il nous en reste cinq.

Thomas sortit par le passage en premier guidant le premier caisson vers la sortie puis il fit sortir les suivants tout en consultant Paléande pour s'assurer qu'aucun caisson ne heurte quoi que ce soit. Le soldat, une fois la totalité des caissons sortie récupéra ceux qui étaient libres puis fila vers le flanc crevé de l'Arcadia où il s'engouffra avec les caissons reliés entre eux qu'il guidait. Thomas en tête, la caravane des victimes sauvées par le souverain et Paléande pris la direction du vaisseau des deux hommes. Thomas observa les alentours et constata avec soulagement que malgré l'étendue des dégâts, beaucoup de caissons étaient hissés dans les appareils chargés de les emmener dans les vaisseaux hôpitaux. Le roi et son conseiller installèrent les caissons sur la plate-forme de chargement puis remontèrent avec celle-ci. À bord de leur appareil. Les deux hommes devaient attendre la fin des sauvetages pour emmener les victimes dans un des vaisseaux hôpital. Les deux hommes scrutaient avec anxiété les courbes des rythmes cardiaques des blessés qui s'affichaient sur un des écrans de la console de commande du poste de pilotage. Lorsque le signal de départ fut donné, la bulle fut percée puis récupérée par l'appareil qui l'avait installé. Paléande fila directement vers le vaisseau hôpital le plus proche. Son appareil s'engouffra dans la soute. Il fallait faire vite, non seulement les blessés avaient besoin de soin de toute urgence mais la rotation de l'astéroïde allait mettre en pleine lumière l'épave de l'Arcadia. Il fallait que tous les vaisseaux remettent vite leur bouclier occultant pour ne pas être détectés ni par le vaisseau de la reine ni par les satellites espions des aristocrates. Paléande ouvrit l'accès à la soute et une équipe médicale s'engouffra dans le petit appareil pour prendre en charge les blessés. Le souverain et son conseiller retournèrent à la plate-forme de commandement pour obtenir le bilan du sauvetage. L'officier chargé du décompte des victimes avait préparé son rapport et son visage grave n'augurait rien de bon. Le souverain l'observa inquiet, attendant le décompte des vies sauvées et perdues. L'officier attendit que le souverain soit installé, Paléande à ses côtés avant de donner le résultat.

- J'ai le total votre altesse, annonça-t-il d'une voix triste.

- Combien de victimes ? S'enquit Thomas d'une voix blanche

- D'après les chiffres que vous m'avez donnés, l'Arcadia a perdu dix hommes sur quarante et ça c'est en espérant que tous ceux qui sont en soins intensifs s'en sortent. Le capitaine est absent, comme vous le savez. Le vaisseau commandé par Elliot Grant a perdu la moitié de ses hommes soit soixante personnes, le commandant Grant est lui-même entre la vie et la mort, sa vie ne tient qu'à un fil très ténu et les médecins ne veulent pas se prononcer. L'appareil commandé par le général Martin a perdu presque tout son équipage, le décompte donne cent cinq morts, une quinzaine d'hommes sont encore en vie, si l'on peut dire, comme vous vous en doutez les prochaines heures seront cruciales. Au niveau des petits vaisseaux d'attaque, on n'aura peut-être un survivant, Ryo Kimura, le chef du gouvernement est entre la vie et la mort, les médecins ne pensent pas qu'il s'en sortira, ils gardent espoir mais il est vraiment très faible et trop grièvement blessé pour être optimiste, ils tentent malgré tout une intervention chirurgicale de la dernière chance, soit ça le sauve soit il y passe. La plupart des blessés ne sont pas encore sortis des blocs opératoires et je vous donne les impressions à chaud des médecins alors qu'ils se préparaient à opérer. Aucun survivant sur les deux autres bâtiments…

- C'est une catastrophe ! S'exclama Paléande d'une voix blanche.

- Où en sont nos réserves ? Interrogea Thomas.

- Pour la nourriture on peut tenir deux mois, pour les soins médicaux on aura aucun problème pour soigner tout le monde, enfin si ils en réchappent tous.

- Où avez-vous installé les gradés ? Demanda Thomas en se levant.

- Tous dans la salle B quarante-cinq. J'ai placé les officiers de commandement, les lieutenants de l'Arcadia et le chef du gouvernement. J'ai vu leur état à leur arrivée et je crois qu'il ne faut pas trop se bercer d'illusions, ils sont très mal en point.

- Ce qu'il nous faudrait surtout c'est une de leur base secrète pour que tout le monde soit en sécurité. Je n'aime pas trop l'idée de voguer dans l'espace avec des personnes dans un tel état. La moindre attaque pourrait les achever, s'inquiéta Thomas en se dirigeant vers la salle de soins où se trouvaient les officiers suivis par son conseiller et l'officier.

En entrant dans la salle d'observation où l'on pouvait assister aux différentes opérations en cours, Thomas ne put que confirmer les inquiétudes de l'officier. Chaque section de la salle de soins B quarante-cinq était isolées les unes par rapport aux autres pour créer autant de blocs chirurgicaux qu'il y avait de victimes. Les médecins s'acharnaient à contenir l'hémorragie massive dont était victime le chef du gouvernement. Celui-ci donnait l'impression de laisser la vie s'échapper de toutes ses veines. Il y avait une mare de sang au sol et les médecins tentaient tant bien que mal de réparer les dégâts au niveau du système artério-véneux. Autant il transfusait de sang artificiel autant du précieux liquide vital finissait au sol. Le cœur de Ryo avait été mis à l'arrêt et un système de circulation sanguine extracorporelle gardait le cerveau irrigué ainsi que le reste du corps. C'était une course contre le temps, le cœur risquait des dommages irréversibles. Thomas s'approcha de la vitre en tremblant, au niveau de Kimura cela ressemblait plus à de l'acharnement thérapeutique qu'à sauver une vie.

- C'est bon on peut remettre le cœur en route ! S'exclama le chirurgien. Préparez-moi le défibrillateur !

- Voilà docteur ! Annonça l'infirmière ne lui tendant les étroites palettes destinées au cœur.

- On le met à trois cent ! Attention ! Prévint le docteur.

Thomas regarda le relevé du rythme cardiaque, celui-ci était plat.

- On passe à trois cent cinquante ! Insista le médecin

- Allez, redémarre ! Murmura Thomas. Ne lâchez pas, ce n'est pas le moment !

Le souverain essuya en tremblant une larme qui roulait sur sa joue pendant que le chirurgien faisait un massage cardiaque tandis que le défibrillateur se rechargeait.

- Attention ! Avertit le médecin.

Le tracé fit un bond, le cœur battit quelques secondes puis s'arrêta à nouveau. Le chirurgien repris le massage cardiaque puis il fit une nouvelle tentative. Le tracé cardiaque ne bougeât pas. Le médecin s'éloigna et commença à retirer ses gants chirurgicaux.

- Heure du décès, commença le médecin écœuré.

- Recommencez ! Hurla Thomas en frappant sur la vitre tout en se servant du système de communication de la salle

- Votre altesse, c'est sans espoir ! Soutint le médecin.

- Vous voulez que je vienne le faire moi-même ? Menaça Thomas en hurlant.

Le docteur en voyant son jeune roi si bouleversé, s'inclina. Il reprit le massage cardiaque en se disant que c'était peine perdu mais comme le souverain souffrait énormément à l'idée de perdre les amis de son grand-père il fit une dernière tentative. Il plaça le défibrillateur. Thomas regarda le relevé, le cœur battant la chamade. Le rythme cardiaque repris au bout de deux secondes qui parurent interminable au jeune homme. Il s'accéléra, devint régulier, le cœur du chef du gouvernement était reparti. Thomas poussa un soupir de soulagement en appuyant son front sur la vitre alors que ses larmes ne cessaient de couler.

- On peut le refermer ! Annonça joyeusement le médecin. Allez maintenant que tu es reparti, il faut t'accrocher mon garçon et ne surtout plus lâcher prise !

Il posa sa main sur le front du chef du gouvernement comme si il voulait lui insuffler sa volonté puis il commença à refermer la cage thoracique. Le souverain pleura plusieurs minutes. Pour lui, bien qu'il soit adulte, il avait très peu vécu et cette épreuve lui faisait beaucoup de mal. Une fois les opérations terminées, la salle fut nettoyée, les patients soigneusement placés, les intubations vérifiées et les poches d'intraveineuse changées. Les jours suivants promettaient d'être longs à passer à attendre une amélioration ou tout simplement la mort. Thomas dormait très peu, allant très souvent visiter ses invités. Grâce à Sandy, il avait eu un rapport très complet des relations qu'entretenait son grand-père avec chacune des personnes invitées dans sa caravane de vaisseaux de secours. Il savait qu'Harlock avait un profond respect pour ses deux lieutenants en qui il avait toute confiance et qu'il s'était lié d'une amitié profonde avec l'ancien chef du gouvernement. Tous les jours, il s'installait au milieu de la salle ou près d'un des lits en espérant un mieux mais l'amélioration tardait à venir. Au bout de dix jours, les blessures commençaient à être en bonne voie de guérison mais les victimes étaient toujours dans le coma. Les médecins passaient régulièrement et alors que Thomas s'inquiétait de la durée de l'inconscience des blessés un médecin suggéra au jeune roi de leur parler, les personnes dans le coma pouvant entendre si on s'adressait à elles. Pour Thomas, l'idée lui parut des plus saugrenues mais comme le temps passait et que les blessés ne se réveillaient pas il décida de tenter cette solution. Il commença par leur faire la lecture et au bout de quelques jours alors qu'il commençait à lire un nouveau classique terrien il remarqua que les encéphalogrammes des blessés s'agitaient un peu plus. Le médecin qui écoutait la voix douce du jeune homme remarqua aussi ce changement et l'incita à poursuivre. Le praticien observa le relevé sur plusieurs jours alors que le souverain poursuivait sa lecture.

- Il y a un net progrès votre altesse, affirma le médecin en souriant. Il faut que vous continuiez à leur parler, cela semble les aider, les inciter à revenir. Ça se voit bien sur plusieurs jours, comme ils reviennent de loin les progrès étaient très ténus au début mais à présent ils ne sont plus loin de la phase de réveil. !

Thomas reprit consciencieusement sa lecture et trois jours plus tard les médecins avaient pu retirer les tubes de ventilation, les patients respirant à nouveau par eux-mêmes. Ils placèrent des tubes d'oxygène au niveau du nez des blessés, étant certains que le réveil serait pour bientôt. Thomas continua sur sa lancée et le jour suivant, il revint lire, installé près du lit de Kimura. Alors qu'il s'apprêtait à changer de page il entendit un murmure. Il s'approcha du visage de Ryo et entendit celui-ci distinctement murmurer.

- Hans.

Thomas, sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine et il appuya sur la sonnette d'appel. Un médecin se précipita dans la chambre

- Qu'est-ce qu'il se passe ? S'enquit le médecin inquiet.

- Je crois qu'il se réveille, annonça Thomas d'une voix blanche.

Le médecin face à cette nouvelle s'approcha du lit et secoua doucement le blessé

- Hans, murmura à nouveau Ryo.

- Parlez-lui ! Ordonna le médecin.

- Mais, bafouilla Thomas

- Il vous prend pour votre grand-père ! Alors passez pour lui ! Intima le médecin fermement.

Thomas s'approcha et prit la main du chef du gouvernement dans la sienne

- C'est moi Ryo, indiqua Thomas horriblement gêné en ayant l'impression qu'il trahissait l'amitié qui unissait les deux hommes.

Il sentit la main de Ryo serrer la sienne et ses larmes se mirent à couler malgré lui. Le médecin lui fit signe pour qu'il parle mais le jeune homme avait du mal à réprimer ses sanglots. Thomas respira profondément. Il devait retrouver son calme.

- Je suis près de toi Ryo, ouvre les yeux tenta-t-il

Il vit les yeux bouger sous les paupières, la main de Ryo serra un peu plus fort la sienne comme si il essayait de se raccrocher à quelque chose. Les paupières se mirent à bouger sous les regards heureux du souverain et du médecin puis les yeux du chef du gouvernement s'ouvrirent. Tout le temps de son long sommeil, Ryo s'était retrouvé dans une nuit profonde. Ce ne fut que lorsqu'il entendit la voix de son ami qu'il reprit courage. Cette voix devint son point de repère tout comme l'avait été son amitié pour le capitaine de l'Arcadia et il s'était dirigé vers elle. Au fur et à mesure qu'il avançait elle était devenue plus forte et il l'avait senti à portée de main. Lorsqu'il entrevit une lumière aveuglante alors qu'il entendait toujours la voix de son ami, il fut certain de retrouver celui-ci mais la surprise fut de taille quand il s'aperçut que ce n'était pas Hans qui était à ses côtés mais Mark, tout du moins un jeune homme qui ressemblait à s'y méprendre au fils du capitaine de l'Arcadia

- Mark ? Murmura Ryo étonné

- Non, je suis son fils, avoua Thomas en essuyant ses larmes. Je m'appelle Thomas.

- Tu as la même voix que ton grand-père, révéla Ryo.

- Je prends cela pour un compliment, sourit Thomas.

- Où est Hans ? Questionna péniblement Ryo.

Thomas ne savait que répondre. Ryo se mépris face à ce mutisme et son cœur plus que malmené accéléra son rythme tandis que sa main serrait plus fort celle du souverain.

- Votre altesse ! Intima le médecin en lui montrant le rythme cardiaque qui s'emballait.

- Il est en vie je vous le jure ! Soutint Thomas paniqué

- Où est-il ? Insista Ryo toujours sous le coup de l'angoisse.

Le médecin qui voyait que le cœur de Ryo continuait à augmenter ses battements, prit une seringue de traitement dans la desserte médicale. Ryo paniquait complètement. Si Hans n'était pas présent c'était qu'il devait être prisonnier voire pire. La peur le gagnait rien qu'en l'imaginant entre les mains du duc de Péhant. Il plongea son regard dans celui de Thomas. Celui-ci avait le même que son grand-père, franc et honnête, si jamais cet enfant lui mentait il le verrait immédiatement. Thomas attendait le feu vert du médecin. Celui-ci lui fit signe de répondre une fois que le traitement fut injecté dans l'intraveineuse.

- Il est entre les mains de ma grand-mère, avoua Thomas d'une voix triste.

Ryo eut la sensation d'étouffer, son ami était entre les mains de sa première tortionnaire. Il se maudissait de l'avoir laissé en vie, son père l'avait prévenu de ce que ferait endurer Sylvidra au capitaine de l'Arcadia si elle lui remettait la main dessus. Les larmes de Ryo se mirent à couler alors que les sanglots secouaient son corps mal en point. Thomas sortit un mouchoir de sa poche, commença à essuyer les larmes tout en posant son autre main sur les cheveux du chef du gouvernement qu'il caressa avec tendresse.

- Calmez-vous, je ferai tout pour le sauver et le ramener à sa famille, je vous le promets, affirma Thomas d'une voix douce.

Les larmes de Ryo ne se tarirent pas pour autant, et, alors qu'il sombrait dans le sommeil, elles continuèrent à noyer le mouchoir de Thomas et l'oreiller du blessé.