Chapitre 7 : Faire un bilan de la situation.
Ryo émergea difficilement quelques heures plus tard après son sommeil forcé. Son corps douloureux limitait ses mouvements. Les jours suivants il reprit de la force, ses blessures se remettaient bien et ce malgré leur gravité. Il était forcé de reconnaître que les médecins Mazones soignaient très bien les humains. Le jeune Thomas venait le voir régulièrement pour s'assurer que l'ancien chef du gouvernement était en bonne voie de guérison. Elliot Grant se réveilla à son tour ainsi que le général Martin puis les deux lieutenants de l'Arcadia finirent par ouvrir les yeux. Ceux-ci en apprenant que leur capitaine était entre les mains de Sylvidra sentirent leur sang bouillir dans leurs veines. Pour l'ensemble des blessés il était hors de question de le laisser entre les mains de la reine des Mazones. Cette volonté facilita leur guérison, pour pouvoir vaincre, il fallait reprendre des forces ce qui poussa les patients à consciencieusement écouter les directives des médecins. Ryo, dès qu'il le put, commença à circuler sur ses deux jambes. Même si au début il se traînait littéralement, il s'acharna pendant les cours de rééducation et ses progrès fulgurants époustouflèrent les médecins. Trois semaines plus tard, ils purent tous quitter l'infirmerie et furent installés dans les cabines des vaisseaux hôpitaux, leur état de santé nécessitant encore des soins, les médecins ne voulurent pas laisser leurs blessés prendre des cabines sur les bâtiments militaires. Le jour de leur installation, Les différents responsables qui allaient devoir référer de tous leurs hommes auprès du jeune souverain des Mazones furent installés dans la même zone, Kei et Yattaran eurent la chance d'avoir leur cabine côte à côte. Bien que son épouse lui manquait et qu'il était très inquiet pour les vaisseaux qui s'étaient échappés Ryo résista à l'envie d'entrer en contact avec eux, de toute manière il ne pouvait rentrer sans ramener à Ellie l'amour de sa vie. A la quatrième semaine, Ryo se rendit auprès de son médecin pour faire un bilan. Celui-ci après les différents examens le regarda en souriant.
- Comment je vais docteur ? S'enquit Ryo en remettant sa chemise.
- On ne peut mieux ! Se réjouit le médecin. Votre corps se remet parfaitement de ses blessures par contre il faut que vous ménagiez votre cœur, pas de stress et pas d'activité physique intense. Je vais pouvoir réduire votre dose de traitement.
- Quand pourrai-je reprendre un entraînement militaire ? Insista Ryo. J'ai perdu beaucoup du point de vue musculaire et si je veux pouvoir sauver mon ami, il faut que je sois en parfaite condition physique.
- Pas maintenant je suis désolé, s'excusa le médecin. Vous êtes encore trop faible. Peut-être d'ici trois semaines. De toute manière, il vous faut parler avec notre souverain pour la suite des événements. Lui aussi est très désireux de récupérer son grand-père mais la situation est des plus explosives.
- Nous devons tous assister à une réunion cette après-midi. J'espère qu'il ne compte pas nous cacher quoi que ce soit pour que l'on ne s'inquiète pas, souhaita Ryo.
- Notre roi est franc comme l'or, il tient cela de son grand-père, il ne vous mentira jamais mais c'est vrai qu'il risque d'avoir peur qu'une trop violente émotion ne vous fasse du mal.
- Qu'il ne s'inquiète pas pour moi, la priorité est de sauver Hans, soutint Ryo. Merci docteur.
Ryo quitta l'infirmerie. Il rejoignit l'ensemble des blessés à la salle de repos. Les membres de l'Arcadia y discutaient avec ceux de la Résistance. Tout le monde avait la même inquiétude, ce que Sylvidra pouvait faire d'Harlock ou lui faire subir. De plus les Mazones venus à leur secours restaient volontairement évasifs sur la situation au sein des planètes sous domination humaine. Les deux lieutenants d'Harlock l'accueillirent en lui faisant un pâle sourire, eux aussi étaient rongés par l'angoisse. Lorsque Ryo s'installa à leur table, Yattaran servit un verre d'eau au leader de la Résistance.
- Est ce que l'un d'entre vous a réussi à obtenir des informations de la part de leur médecin ? S'enquit Ryo.
- Rien du tout, révéla Kei. Sauf en ce qui concerne notre état de santé.
- J'ai vraiment peur de ce que l'on va apprendre et en prime on n'aura même pas d'alcool pour encaisser le choc ! Se désola Yattaran.
- Ce sont des Mazones, l'alcool n'a aucun effet sur eux, rappela Ryo.
- Justement c'est ça qui est bizarre, se renfrogna Yattaran. Ils sont défaillants car ils ont beaucoup trop de gênes humains en eux alors pourquoi ils n'ont pas celui lié à l'alcool ?
Cette remarque fit rire l'ensemble des responsables ce qui détendit l'atmosphère.
- Est ce que l'un d'entre vous sait dans quel état est l'Arcadia ? S'enquit-il en regardant vers les deux lieutenants.
- Tu sais, on n'a pas trop d'espoir, avoua Kei. Lorsque nous avons été blessés tous les deux, il était en perdition.
- Il va falloir que l'on discute de beaucoup de choses avec Thomas, s'inquiéta Ryo. Est ce qu'il a dit à l'un d'entre vous comment il a fait pour revenir à temps ? Je veux dire que ça tient presque du miracle.
L'ensemble des personnes répondit par la négative. Tous ses secrets inquiétaient Ryo. Thomas semblait vouloir attendre qu'ils soient parfaitement remis avant de leur dire quoi que ce soit afin qu'ils puissent encaisser les mauvaises nouvelles sans faire de malaise. Après le repas de midi, comme convenu, ils se rendirent tous les cinq à la salle de réunion où ils furent accueillis par un Thomas souriant accompagné par Paléande. Celui-ci était mal à l'aise face aux deux lieutenants de l'Arcadia qui le dévisagèrent, surpris que cet homme soit venu au secours d'Harlock mais ils ne firent aucune remarque. L'ensemble des personnes s'installa puis la réunion commença. Thomas fit les présentations, ensuite, les questions commencèrent.
- Où est l'Arcadia ? Attaqua d'emblée Ryo inquiet du sort réservé au bâtiment mythique.
- Sur l'astéroïde où il s'est crashé, révéla Thomas gêné.
- Dans quel état est-il ? L'interrogea Ryo bien qu'il craignait de déjà connaître la réponse.
- C'est une épave qui ne peut être réparée, affirma Thomas.
- Ce n'est pas à vous d'en juger mais à Yattaran il connaît ce vaisseau comme sa poche, décréta Ryo. Est-ce qu'au moins vous avez récupéré l'ordinateur central ?
- Cet appareil est une ruine, l'ordinateur est probablement mort, pourquoi un tel acharnement concernant cet appareil ? S'étonna Thomas.
Pour les deux lieutenants entendre tenir de tels propos par un homme qui avait la même voix que leur capitaine leur faisait un nœud à l'estomac. Ryo quant à lui commençait à s'inquiéter.
- Avez-vous vérifié l'état de l'ordinateur central ? Insista-t-il.
- Non, avoua Thomas. On pensait qu'il n'y avait rien à faire.
- L'âme du concepteur de l'Arcadia est dans contenue à l'intérieur, il est hors de question que de Péhant ou que Sylvidra mettent la main dessus ! Exigea Ryo. De plus vous n'avez même pas vérifié son état ! S'il est toujours en vie cela voudrait dire que vous laissez agoniser Toshiro depuis plus d'un mois !
- Il n'y a aucune chance pour qu'il en ait réchappé ! S'exclama Paléande en colère.
- Je pense que vous devriez vous calmer monsieur Kimura, le médecin vous a dit de ménager votre cœur, conseilla Thomas. Sans compter qu'à l'heure actuelle je ne vois pas comment on pourrait prendre le risque de la moindre intervention.
- Il le faudra pourtant ! Je n'ai aucune envie que les hybrides s'en servent pour célébrer chaque année leur victoire sur nous ! Hors de question que ce bâtiment subisse un tel affront ! Éructa Ryo.
- Je comprends votre colère monsieur Kimura mais la situation est très difficile et je pense qu'avant d'envisager de récupérer cet appareil, il nous faudrait pouvoir bénéficier d'une des bases secrètes de la Résistance pour pouvoir nous cacher et disposer des technologies nécessaires à la maintenance des vaisseaux ! Rappela Thomas avec sagesse. Même si je suis jeune monsieur Kimura je ne suis pas un inconscient, j'ai mis en danger l'avenir de mon peuple pour venir vous sauvez, ne l'oubliez pas.
Ryo poussa un profond soupir, le jeune Thomas n'avait pas tort. Il fallait qu'il réfléchisse sereinement mais toute cette affaire soulevait un flot d'émotions qu'il avait du mal à contenir.
- Est ce que vous avez des nouvelles de Hans ? S'enquit-il d'une voix triste.
- Aucune, avoua Thomas. Les micros que nous avons installés ne fonctionnent pas. Ma grand-mère a du installer un bouclier électromagnétique qui rend inopérant ce genre de petit espion. Est-ce que vous auriez une base secrète à me proposer ?
- J'ai ordonné l'envoi de toutes les bases vers la planète où les vaisseaux se sont réfugiés, indiqua Ryo.
- Il reste l'îlot, proposa Yattaran. Je tiens à être clair Thomas, je suis du même avis que Ryo, il faut vraiment vérifier l'état de Toshiro et emmener ce qu'il reste de l'Arcadia en lieu sûr même si nous n'avons pas ce qu'il faut pour le réparer maintenant.
- Si il est réparable, ricana Paléande en affichant sur l'écran principal l'épave du vaisseau. Votre verdict ?
L'ensemble des personnes pâlit. Ils regardèrent avec horreur le triste état du vaisseau du capitaine Harlock. Le cœur de Ryo s'emballa. Le leader de la Résistance posa sa main sur sa poitrine en prenant de longues bouffées d'air pour se calmer. Thomas en voyant cela arracha la télécommande des mains de son conseiller, coupa l'image puis se rua vers le chef du gouvernement. Il dégrafa sa chemise en l'incitant à se calmer tout en regardant d'un air désapprobateur son conseiller qui baissa les yeux contrit.
- Vous trouvez cela jouissif je suppose ! S'énerva Yattaran. Le vaisseau de votre rival réduit en morceaux. Quand je pense qu'il s'en soit fallu d'un cheveu qu'Harlock vous descende après que vous vous soyez permis de draguer sa nana !
- Calmes-toi Yattaran, souhaita Ryo en reprenant son souffle. Cela ne sert à rien de remuer le passé. Je réitère ma demande Thomas.
- Il en sera fait comme vous le souhaitez mais pour le moment on risque d'avoir du mal avec toutes les patrouilles qui circulent, indiqua-t-il d'une voix calme.
- A qui appartiennent-elles ? S'enquit Kei.
- Au duc de Péhant. La situation est assez confuse je dois bien l'avouer, reconnut Paléande. A l'heure actuelle les troupes de Von Kiel se cachent. Celles du duc dominent toutes les planètes. Les Illumidas étrangement se tiennent tranquilles, sûrement qu'ils attendent que les deux groupes s'entre-tuent pour récupérer les planètes. Et, lorsque Harlock a été emmené, il y avait une femme avec Sylvidra. Nous ne pensons pas qu'il s'agisse d'une Mazone, elle semblait s'adresser à la reine en égale, nous n'avons pas pu l'identifier.
- Avez-vous un enregistrement de sa voix ? L'interrogea Kei.
- Bien sûr, affirma Paléande en mettant en route l'enregistrement.
L'ensemble des personnes se tut en entendant le bilan de santé du capitaine tout en gardant la tête baissée. L'étendue des blessures les inquiétait. Lorsque l'enregistrement fut coupé, Kei et les autres identifièrent sans problème la femme.
- Il s'agit d'Isabelle Von Kiel, l'épouse du duc de Péhant, affirma Kei.
- Ce qui veut dire que Sylvidra collabore avec le duc, comprit Elliot.
- Pas forcément, douta Ryo. Je crois surtout qu'elle est restée pour les soigner.
- Qu'a-t-elle bien pu faire d'Harlock ? S'inquiéta le général Martin.
- Vous l'avez entendu aussi bien que nous, elle le garde sous le coude pour sa revanche avec la collaboration pleine et entière d'Isabelle Von Kiel, affirma Ryo. Je n'aime pas ça. Elle va lui réimplanter des nanos et elles seront probablement empoisonnées comme celles qu'elle a installées dans son fils.
- Vous pensez que mon grand-père est perdu ? Se désola Thomas.
- Tout ce que je sais c'est que je ne veux pas qu'il devienne un pantin royal et si pour cela je dois le tuer je le ferai mais seulement si je n'ai aucune chance de le sauver ! Soutint Ryo. C'est un de mes amis les plus chers et je ferai tout pour le sauver ! Avant toute chose, il faut vraiment récupérer l'Arcadia.
- Je ne vois pas comment on va pouvoir faire cela, s'inquiéta Thomas.
- Comment se déroule la direction des planètes par les aristocrates ? Interrogea le général Martin.
- Ils obéissent aveuglément à leur roi et à son premier ministre, indiqua Thomas.
- Donc le duc est devenu roi et laissez-moi deviner le premier ministre est Aristote Zone, se moqua le général.
- En effet, De Péhant a aussi un conseiller qui le suit partout du nom de Friedrich Von Stadt.
Cette révélation fit éclater de rire les cinq blessés
- Vous voulez dire son amant, précisa Yattaran. Conseiller est juste un terme destiné à dissimuler leur véritable relation. Comment s'organise la société ?
- Il y a plusieurs rangs sociaux, en premier il y a les aristocrates proches de de Péhant, en dessous nous avons les membres importants de la finance et de l'industrie, ensuite nous avons l'armée puis en dessous les juristes enfin, tout en bas de l'échelle le reste de la population. Le droit de manifester n'existe plus, la liberté d'expression a disparu et l'enseignement commence à être cloisonné empêchant les classes inférieures d'accéder à certains études et donc à certains métiers. Ah j'oubliais le droit de cuissage semble être de retour, expliqua Paléande.
- C'est une blague ? S'indigna Kei.
- Connaissant les besoins libidineux des hybrides, il était plus qu'évident qu'ils n'allaient pas se gêner pour mettre une loi qui leur permettrait de forcer n'importe qu'elle femme à leur céder, remarqua Ryo.
- C'est un peu plus compliqué que cela, le droit de cuissage ne touche pas que les femmes, il touche également les hommes. Certaines femmes plus élevées dans l'échelle sociale qui ont des besoins ont obtenu le droit de piocher dans les classes inférieures sans que celles-ci n'aient le droit de se défendre. Indiqua Thomas en souriant.
- Dîtes moi en tant que souverain des Mazones, est ce qu'il vous serait possible d'être à armes égales avec eux ? Tenta Ryo.
- Pas encore, avoua Thomas. Notre population va en augmentant et nous réarmons à toute vitesse mais vu les forces en présence je pense qu'il vaut mieux rester planqué pour le moment !
Le souverain et son conseiller éclatèrent de rire ce qui surpris les cinq autres protagonistes de cette réunion. Le petit fils d'Harlock ne semblait pas avoir hérité de l'ivresse de pouvoir de sa grand-mère ou de sa mère. Le désir de conquête semblait inexistant chez lui.
- Quel est votre plan alors ? L'interrogea Ryo.
- Pour tout vous dire nous n'en n'avons pas, avoua Thomas. Nous sommes venus ici pour vous sauver, je ne pensais pas que j'aurai à plus intervenir mais comme Sylvidra a récupéré mon grand-père je suis coincé ici. Il faut que je trouve le moyen de le sortir de là mais je ne connais pas ce monde, j'en suis totalement étranger. Il n'y a que vous qui sachiez comment ces gens fonctionnent et ce qu'il faut faire. Ce qui m'inquiète surtout c'est mon absence prolongée, j'avais laissé des directives mais elles ne couvraient que trois mois tout au plus, je ne pensais pas devoir m'absenter plus longtemps.
- Et bien sûr comme vous craignez que les signaux radios ne soient espionnés, vous n'êtes pas entré en contact avec votre planète de peur d'être découvert, comprit Yattaran.
- Si vous vouliez juste nous sauver pourquoi réarmez-vous alors ? S'enquit Kei.
- Parce qu'hélas si nous ne le faisons pas nous ne pourrons pas peser sur la balance interstellaire. Sans armes, nous n'effrayerons personne et nous serons incapables de nous défendre en cas d'invasion. Aussi triste que cela puisse paraître nous n'avons pas le choix, peut être qu'un jour toutes ces armes ne seront plus nécessaires mais pour le moment cela n'en prend pas le chemin Je n'ai aucune envie que cette bande de tordus ne vienne envahir ma planète et ne réduisent mon peuple à l'esclavage, ni même ma grand-mère.
Thomas se leva, s'approcha de la baie vitrée où il observa la mer d'étoiles pendant de longues minutes en silence. La situation était bien plus compliquée qu'il ne le pensait. Cette zone de la galaxie était une véritable poudrière. Si il ne faisait rien cela risquait de tourner au massacre, il n'avait plus le choix.
- Est-ce que cet îlot est loin d'ici ? S'enquit-t-il.
- Il peut être de retour très rapidement, Harlock l'avait envoyé à deux jours de navigation, révéla Yattaran.
- Faites le venir, en attendant son retour nous allons tenter de récupérer l'Arcadia et de l'éloigner de cette zone. J'espère seulement qu'il ne se disloquera pas pendant le transport, décida Thomas.
- Nous prendrons toutes les précautions nécessaires Thomas, affirma Yattaran en se levant.
- Je ne serai trop vous conseiller Ryo de vous ménagez, vous avez été plus grièvement blessé que vos amis.
- Ne vous inquiétez pas pour moi, rétorqua Ryo. Je suis un grand garçon qui sait prendre soin de lui.
Thomas eut un triste sourire en entendant cela.
- Je me dois de veiller sur chacun de vous,étant donné que mon grand-père n'est plus là pour le faire, c'est pourquoi je ne vous laisserai pas faire cette opération seuls, mes soldats vous y aideront. J'espère que votre ami est toujours en vie mais j'ai des doutes.
- Pourquoi ? S'inquiéta Ryo.
- Pendant que je faisais route vers vous un violent signal de détresse a été émis par l'Arcadia. Ce signal a été envoyé par l'ordinateur central, il a probablement utilisé toute son énergie pour cet ultime appel et….
Thomas s'arrêta gêné. Il ne voulait pas leur faire de peine mais ce qu'il avait vu ne laissait à ses yeux aucun espoir.
- Et quoi ? S'emporta Ryo.
- Nous avons capté des fichiers vidéo qui regroupaient des souvenirs très personnels de Toshiro Oyama. Je ne pense pas qu'il ait survécu. Mais je respecte votre choix et votre espoir. Nous allons tenter ce sauvetage même si je le pense perdu d'avance. J'espère sincèrement que je me trompe monsieur Kimura, souhaita Thomas. Dès que nous aurons récupéré l'Arcadia nous ferons route vers la planète où s'est réfugiée la Résistance pour que vous puissiez rassurer vos proches.
- Et comment je vais les rassurer ? Hurla Ryo. Si je reviens sans Hans et que j'annonce à Ellie qu'il est entre les mains de Sylvidra et probablement perdu car infesté par ces saloperies de nanos vous pensez vraiment que cela va la rassurer ! Je dois le lui ramener ! Donc je ne pars pas sans lui !
L'ancien chef du gouvernement tremblait de colère. Son cœur malmené battait à tout rompre. Thomas le regarda avec tristesse puis il lui sourit avec douceur. Son grand-père avait su se faire de précieux amis.
- Commencez à mettre en place tous ensemble un plan de sauvetage, proposa Thomas. Je devrais avoir d'ici peu un rapport complet sur les patrouilles et leurs fréquences.
Thomas les salua puis quitta la pièce suivi par son ministre. Les autres membres de cette réunion regardèrent très inquiet du côté de Ryo Ce qu'ils venaient d'apprendre ne laissait que très peu d'espoir quant à la survie de Toshiro Oyama. Yattaran se leva, s'empara de la télécommande puis il remit l'image de l'Arcadia. Cela représentait des milliers d'heures de travail. Il allait devoir refaire l'Arcadia de la poupe à la proue et pour cela il aurait vraiment besoin de l'aide de son concepteur. Il se gratta la tête en éteignant l'écran. Il allait devoir installer d'importantes barres de renfort sur les flancs. L'appareil allait devoir être soulevé de l'astéroïde par des vérins hydrauliques qui devraient lever l'appareil de manière parfaitement égale sur toute sa longueur pour qu'il ne subisse pas de torsion ou de déchirure qui l'achèverait. Il n'arrivait pas à croire qu'ils avaient pu en réchapper. Il en était certain à présent quelqu'un avait prévenu Thomas longtemps à l'avance du danger qui planait sur l'Arcadia et le jeune Thomas avait suffisamment confiance en cet homme pour mettre en place une tel expédition de secours sans discuter. Pour lui la réponse était évidente.
- C'est son père, affirma-t-il à haute voix.
- Quoi ? S'étonna Kei.
- C'est Mark qui a prévenu Thomas que l'Arcadia était en danger et il l'a fait suffisamment tôt pour qu'il puisse nous sauver.
- C'est impossible Yattaran ! Affirma Kei en riant.
- Alors pour toi c'est juste le hasard, cette expédition avec tous ces navires hôpitaux ? Se moqua Yattaran.
- Je n'ai pas dit ça, répliqua Kei vexée. Mais de là à dire que ce serait le fantôme de son père qui l'aurait prévenu, c'est ridicule. Comment un scientifique de ton envergure peut se laisser prendre à avoir ce genre d'idée.
- Tu oublies tout ce que l'on a vu avec les Noos, rappela Yattaran. Crois-moi l'âme de Mark est toujours là et peut être celle de son frère aussi.
- Si tu veux ce soir on peut faire une petite séance de spiritisme pour vérifier ta théorie ? Plaisanta Kei.
Yattaran soupira en quittant la salle de réunion. C'est vrai qu'une telle idée pouvait paraître un peu folle mais c'était là la seule explication. Il se dirigea directement vers la timonerie du vaisseau où grâce à l'officier radar il envoya le signal de retour à l'îlot. Une fois ceci fait il descendit vers la zone des hangars où il commença à prospecter pour trouver le matériel nécessaire. Ses amis ne tardèrent pas à le rejoindre puis ce fut l'ensemble des Résistants qui avaient survécus qui se joignirent à eux pour préparer le matériel qui permettrait de récupérer l'Arcadia. Yattaran en était venu à la conclusion qu'il valait mieux attendre le retour de l'îlot avant de tenter quoi que ce soit. Une fois l'Arcadia renforcé puis tracter, il faudrait très vite le mettre à l'abri. Une fois les schémas établis, il donna ses directives puis il se rendit à la timonerie où se trouvait encore Thomas et son conseiller. Ceux-ci observaient sur l'écran principal le rapport concernant les patrouilles. Celles-ci étaient nombreuses. De Péhant enrageait que son beau-père puisse continuer à lui échapper avec son armée. Il n'avait qu'une hâte s'était de se débarrasser enfin de cet épineux problème pour pouvoir enfin régner tranquillement sur les planètes humaines. Un mois après leur arrivée, Thomas pu constater avec soulagement que les patrouilles diminuaient enfin, le duc avait dû opter pour une nouvelle stratégie. Certaines portions n'étaient plus couvertes et faisait partie de ce groupe la mer d'astéroïdes où reposait l'Arcadia. Thomas pu annoncer la bonne nouvelle à Yattaran qui lui fit son plus beau sourire. Il indiqua son plan à Thomas qui l'approuva. Yattaran, en voyant l'extrême gentillesse du petit-fils d'Harlock ne put que se désoler en pensant à ce qu'aurait pu devenir Mark s'il avait réussi à échapper à l'emprise de Sylvidra. Il comprenait mieux l'acharnement d'Harlock a essayé de récupérer son fils à tout prix et ce même en risquant sa propre vie. Deux jours plus tard une étoile filante apparu dans la mer d'astéroïdes où une fois qu'elle fut suffisamment dissimulée, elle ralentit sa progression pour s'arrêter totalement en arrivant dans la zone où se trouvait le convoi de Thomas. Yattaran averti de son arrivée fila à la timonerie pour entrer les codes d'accès. La lourde porte que dissimulait le cratère coulissa puis le convoi y entra. Yattaran proposa aux appareils de s'amarrer à une série de quais en bord de mer. Le premier lieutenant de l'Arcadia en voyant cette mer si bleue eut la violente envie d'y faire un bon plongeon et de s'offrir une après-midi à lézarder sur le sable chaud mais il résista à la tentation en pensant à la lourde tâche qui les attendait. L'intégralité du matériel fut embarquée sur des petits vaisseaux furtifs puis après s'être assuré qu'aucun vaisseau de patrouille n'était présent ils décollèrent en direction de la zone où se trouvait l'Arcadia. Les équipages de secours étaient composés par moitié de Mazones. Les détecteurs poussés au maximum, ils approchèrent lentement. Ryo regarda le cœur serré les flancs crevés de l'Arcadia ses mains serrant un peu plus fort les commandes de pilotage. Ils avaient tous revêtus leur scaphandre car ils n'avaient pas le temps d'installer la bulle artificielle de la première fois. Il fallait faire vite et l'installation des barres de renfort allait prendre beaucoup de temps. Yattaran dirigeait les opérations tandis que les membres d'équipage de l'Arcadia aidaient les Mazones à installer les barres de renforts aux endroits stratégiques. De voir leur appareil dans un tel état leur provoquait une violente douleur mais ils tinrent bons ne pensant qu'à le sauver au plus vite. Les barres d'acier de plusieurs mètres de diamètres et d'une centaine de mètres de longueurs furent installées entre la poupe et la proue. Étrangement l'Arcadia après cette opération donnait l'impression de porter une attelle. L'Arcadia ressemblait à un membre humain gravement endommagé soigné avec du matérielle de fortune en attendant d'être confié à des spécialistes. L'installation des vérins fut beaucoup plus délicate. Les premiers vérins les plus petits devaient détacher l'Arcadia puis les plus grands allaient devoir l'expulser en douceur de l'Astéroïde afin que les appareils furtifs puissent lui lancer des grappins afin de pouvoir le tracter en lieu sûr. Yattaran pendant toute l'opération écoutait les gémissements plaintifs de la coque pendant qu'on lui fixait son attelle puis ils se firent plus importants lorsqu'il fut extrait de sa gangue de roches. Des grincements terribles se firent entendre lorsque la pierre lâcha enfin son emprise. Yattaran n'arrivait pas à retenir ses larmes et l'officier Mazone qui l'accompagnait, gêné s'efforçait de regarder ailleurs tant cela lui faisait de la peine de voir cet homme souffrir autant La deuxième série de vérins hydrauliques prit le relais alors que l'ensemble des sauveteurs regardait le vaisseau s'éloigner lentement. Au signal de Yattaran les grappins furent lancés se fichant dans les barres de renfort. Tout en douceur, très lentement, les moteurs furent mis en route puis ils éloignèrent le vaisseau. Progressivement ils accélérèrent tout en se dirigeant vers l'îlot qui une fois qu'ils furent à proximité, celui-ci ouvrit ses portes. L'Arcadia, meurtri, à l'agonie fut emmené au quai de réparation où les bras hydrauliques le saisirent au ventre pour l'accrocher solidement. Yattaran posa son appareil à proximité. Il descendit rapidement suivi par l'ensemble des sauveteurs ainsi que des autres Mazones. Thomas fut le premier à se présenter devant le premier lieutenant. Il l'interrogea du regard. Celui-ci lui répondit en s'effaçant tout en lui souriant avec douceur. Il autorisait Thomas à monter sur l'appareil de son grand-père. Le jeune roi en tremblant quelque peu à cause de l'émotion commença à avancer sur la passerelle qui reliait le quai au vaisseau sous le regard attendri des membres de l'Arcadia. Ryo et Yattaran lui emboîtèrent le pas puis le reste de l'équipage. Une fois à l'intérieur, Thomas les suivis à travers le dédale de coursives qui parcouraient l'appareil. En arrivant au couloir qui menait à la salle de l'ordinateur ils constatèrent que l'ordinateur avait fermé l'accès à la salle. Yattaran balaya la porte de sa lampe torche. Il n'y avait aucune trace d'impacts, elle était intacte. Ni Sylvidra ni le duc n'avaient pris la peine de vérifier le vaisseau ce qui avait sauvé l'équipage. Yattaran souhaita de toute son âme qu'il en était de même pour Toshiro alors qu'il commençait à attaquer la porte avec un chalumeau de son invention. La destruction de la serrure magnétique pris beaucoup de temps. Yattaran aidé par Ryo et Thomas fit glisser la porte. La salle de l'ordinateur était plongée dans le noir. Aucun voyant de l'ordinateur n'était allumé. Il ne semblait pas avoir subi de dégâts mais il ne semblait plus habité non plus par son locataire habituel. Angoissés, Ryo et Yattaran vérifièrent les réserves d'énergie.
- Toutes les batteries sont vides ! Annonça Ryo catastrophé. Il faut les recharger de toute urgence !
- Ce n'est pas pour autant que l'ordinateur fonctionnera à nouveau, se désola Yattaran. Bon sang Toshiro, ne nous lâchez pas !
Les Mazones amenèrent un câble d'alimentation qui fut directement raccordé au système d'alimentation de l'ordinateur. Alors que les batteries se rechargeaient l'ensemble des personnes présentes attendirent anxieuses un signe de vie quelconque venant de Toshiro. L'ordinateur ne se réinitialisa pas. Ryo catastrophé tenta de se connecter directement à la mémoire de l'ordinateur en raccordant sa tablette numérique à celui-ci puis il envoya des signaux électriques de plus en plus forts mais il n'eut que le silence en guise de réponse.
- Pitié, pas cela, supplia Ryo en laissant couler ses larmes.
Son cœur qui battait à tout rompre lui faisait mal, le stress le faisait trembler mais il refusait d'abandonner
- Tente de l'appeler Yattaran, sait-on jamais, proposa Ryo en désespoir de cause. Ses capteurs de sons fonctionnent, il répondra peut être.
Les membres de l'Arcadia observaient tout cela d'un regard désespéré, certains étaient à deux doigts de s'effondrer en larmes. Toshiro ne répondait pas. Kei s'approcha de Yattaran.
- Il ne répondra pas Yattaran, se désola-t-elle tristement.
- Je n'abandonnerai pas ! Décida Yattaran. Ryo et moi allons tout tenter avant de baisser les bras ! Dis aux membres d'équipage de commencer à préparer le matériel en vu des réparations !
La jeune femme fut tentée d'insister mais elle s'inclina. Elle comprenait leur lutte désespérée mais elle craignait qu'ils ne souffrent encore plus en s'acharnant en vain. Elle regarda vers Thomas qui lui sourit tristement en lui faisant un petit signe de la tête. Et ce fut elle qui s'effondra la première en pleurant à chaudes larmes. L'attitude de Thomas rappelait tant celle de son grand-père que cela en était douloureux. Elle sortit de la pièce en essuyant ses larmes, suivie par les autres membres d'équipage, les Mazones veillant sur eux. Au point où ils en étaient Ryo et Yattaran décidèrent de réalimenter entièrement le vaisseau. Alors que l'alimentation se rétablissait dans les circuits non endommagés ils entendirent les explosions des lampes victimes de surtension à travers les coursives. L'alimentation au niveau de la salle des ordinateurs fonctionnait bien mais Toshiro ne répondait pas. Pendant des heures ils vérifièrent les différents circuits. Aucun d'entre eux ne semblait avoir souffert de l'affrontement ce qui perturbait les deux spécialistes qui s'inquiétaient d'un tel silence de la part de Toshiro. Yattaran dont la voix fatiguait après les incessants appels faits à l'âme de l'ordinateur fut remplacé par Ryo qui en même temps qu'il tentait un contact vérifiait sur sa tablette si il recevait un écho. Madame Mazu très inquiète pour eux leur amena de quoi boire ainsi que leurs déjeuners. Elle s'assura que les deux hommes prenaient biens leurs médicaments puis elle les quitta en soupirant. Épuisés, une dizaine d'heures plus tard, les deux amis s'assirent dos à l'ordinateur.
- Je crois qu'on a tout tenté, se désola Ryo. Est-ce que tu as une autre idée. Personnellement je suis à sec.
- Tu n'as eu aucun écho pendant le transfert des données ? S'enquit Yattaran découragé.
- Non, rien. Est-ce qu'il est possible qu'on ait manqué une panne ? L'interrogea Ryo d'une voix triste.
- Non, je ne pense pas. On peut bien tenter un dernier truc mais tu vas y laisser ta tablette, proposa Yattaran.
- Tu veux tenter une lecture des fichiers de la mémoire cache ? Comprit Ryo.
- Sait-on jamais. Si il sent que l'on farfouille dans sa mémoire cela le réveillera peut être.
- Va-s-y, accepta Ryo en donnant sa tablette au lieutenant. Je demanderai à Thomas qu'il m'en file une de conception Mazone.
- Voilà la solution ! S'écria Yattaran.
- Quoi ? S'étonna Ryo.
- Plutôt que d'utiliser ta tablette, je vais prendre celle des Mazones. Toshiro, s'il sent une présence Mazone qui fouille dans sa mémoire, il se réveillera à coup sûr ! S'exclama-t-il. Seul le sentiment d'un profond danger pourra le faire sortir de sa torpeur !
- Tu comptes sur un éventuel instinct de survie ? Douta Ryo. Ça fonctionnera peut être si son esprit est encore là mais je commence à en douter, s'attrista Ryo en posant sa tête sur ses genoux.
- Accroches-toi mon grand ! S'enthousiasma Yattaran. Ça va marcher je le sens ! Je reviens très vite !
Yattaran se rua à l'extérieur du vaisseau. La nuit artificielle était tombée sur l'îlot. Il vit au loin sur les quais des bords de mer des braseros allumés avec des Mazones et des Résistants qui discutaient installés autour d'eux. Il courut aussi vite qu'il le pouvait vers eux. Il emprunta à Thomas sa tablette puis il retourna aussi vite qu'il le pouvait à l'Arcadia sous le regard interrogatif du jeune souverain et de Kei. Ceux-ci décidèrent de le suivre se demandant ce qui le rendait si enthousiaste. Yattaran une fois de retour trouva un Ryo très affaibli, la dernière prise de médicaments ainsi que la longue journée l'avaient sérieusement éprouvé. En voyant le lieutenant il se leva, raccorda sa tablette tandis que celui-ci installait celle de conception Mazone. Yattaran s'éloigna ensuite faisant signe à Ryo d'en faire de même. Les deux hommes s'installèrent près de la porte. Yattaran lança la procédure. Pendant de longues minutes un silence complet régna dans la salle puis ils entendirent un grésillement alors que les circuits imprimés des tablettes fondaient sous l'effet de la surintensité de défense lancée par l'ordinateur. Ryo lança sa tablette qui commençait à lui brûler les doigts. L'ensemble des voyants de l'ordinateur s'alluma ce qui fit crier de joie les deux hommes puis s'éteignit tout aussi rapidement. Ryo paniqué se rua sur l'ordinateur.
- Toshiro réponds moi ! Hurla-t-il sous l'effet de l'angoisse.
- Arrête de brailler Ryo je ne suis pas sourd ! S'exclama Toshiro en colère.
- Oh merci ! Soupira Ryo en posant sa tête sur l'ordinateur.
- Toshiro ! Cria Kei alors que des larmes de joie s'échappaient de ses yeux.
Yattaran se tourna vers elle et lui fit un immense sourire. Toshiro dès qu'il avait senti quelqu'un fouiller dans ses fichiers étaient sortis de son long sommeil. Il avait identifié la source puis il avait riposté de la manière la plus brutale possible. A présent qu'il était parfaitement réveillé il observait la situation. Une seule de ses caméras fonctionnait, ses micros étaient en parfait état mais ce n'était pas le cas des systèmes du vaisseau qui étaient pour la plupart parfaitement morts. Il ne pouvait plus entrer en communication avec la timonerie, les moteurs, l'alimentation en eau, la gravité, les modules de réoxygénation étaient hors service. L'état de l'appareil était pire que lors de sa sortie des Limbes. Il regarda les gens autour de lui. Il y avait un jeune homme qui ressemblait à Mark, une Kei en larmes, un Ryo bien que très heureux, pâle comme un linge qui semblait avoir du mal à tenir debout et un Yattaran qui bien qu'il affichait un air radieux ne pouvait cacher à l'ordinateur, qui le connaissait trop bien, son angoisse profonde. Toshiro le sentait, il n'allait pas aimer ce qu'il allait apprendre.
- Qui es-tu ? S'enquit Toshiro au jeune homme. Depuis quand tu autorises des Mazones à monter à bord Yattaran ?
- Je m'appelle Thomas, je suis le fils de Mark, indiqua celui-ci gêné.
- Je vois, Hans est donc un papy à présent, je sens que je vais bien m'amuser à le vanner sur ce point ! Se réjouit Toshiro. Où est-il ?
Un silence de plomb s'abattit sur les personnes présentes ce qui inquiéta fortement l'ordinateur. Aucun d'entre eux ne semblait être désireux de répondre.
- Ryo ! Ordonna-t-il sèchement.
- Il n'est pas ici, annonça celui d'une voix faible.
- Je le vois bien qu'il n'est pas là où est-il ? Hurla l'ordinateur.
Yattaran saisit Ryo par le bras puis il regarda Kei. Celle-ci opina du chef en prenant Thomas de la même manière. Une fois que Toshiro serait au courant du sort de son ami, il allait laisser exploser sa colère et les systèmes de sécurité ne fonctionnant plus ils avaient toutes les chances de se faire électrocuter et ce même si Toshiro n'aurait jamais voulu leur faire le moindre mal.
- Sylvidra l'a emmené, révéla Ryo d'une voix blanche.
Après cette déclaration, ils se ruèrent vers la sortie. La colère violente de Toshiro s'abattit dans la salle de l'ordinateur en destructrices gerbes d'étincelles ainsi qu'en arcs électriques qui balayèrent toute la zone. Dans le couloir, à l'abri, le groupe attendait que la tempête passe. Ryo devenait de plus en plus pâle ce qui alarma Yattaran. Thomas s'approcha de l'ancien chef du gouvernement qui s'effondra inconscient dans ses bras.
- Je l'emmène voir le médecin de toute urgence, décida Thomas. Je vous laisse expliquer la situation à votre ami !
Les deux lieutenants acquiescèrent. Ils regardèrent inquiets vers la salle de l'ordinateur où ils pouvaient voir le sol métallique rougeoyer. La colère de Toshiro leur paraissait effrayante, ils avaient besoin que celui-ci se calme et réfléchisse avec eux à la situation ainsi qu'au moyen de sauver Harlock. Thomas posa deux doigts sur la carotide de Ryo. Son cœur battait beaucoup trop vite, le jeune roi espérait que l'ancien chef du gouvernement n'était pas en train de faire une crise cardiaque. Il le prit dans ses bras, salua les deux lieutenants puis quitta rapidement l'Arcadia. Kei et Yattaran se dirigèrent lentement vers la salle. Arrivés à la porte ils s'arrêtèrent pour regarder les zones métalliques chauffées à blanc. Ils entendirent le cœur de l'ordinateur battre à une vitesse folle. Toshiro tentait en vain de se calmer. Lorsqu'il vit les deux lieutenants il les apostropha :
- Est-ce que l'un de vos deux va enfin avoir les couilles de me dire ce qu'il s'est passé ? Hurla Toshiro en colère.
Les deux lieutenants échangèrent un triste regard. Yattaran donna son feu vert et ce fut Kei qui raconta tout ce qu'elle savait à l'ordinateur. Cela prit de longues minutes. Toshiro qui ingurgitant les mauvaises nouvelles les unes après les autres, fut soulagé lorsque Kei se tu enfin, il n'aurait pas pu en supporter d'avantage. Il fit alors e bilan de la situation.
- Donc Hans est entre les mains de Sylvidra qui est restée pour soigner les hybrides. Elle travaille de concert avec Isabelle Von Kiel qui s'est ainsi trouvée une dangereuse alliée. De Péhant et Von Kiel n'ont pas fini leur lutte fratricide et bien sûr on n'a pas de plan pour rétablir la situation. Est-ce qu'on peut bénéficier de l'aide du petit au moins ? Les interrogea l'ordinateur.
- Je pense que oui, supposa Yattaran. Après tout il aurait pu choisir de repartir une fois que l'on était rétabli mais il est resté et il nous a même aidés à récupérer le vaisseau.
- Le digne descendant de son père et de son grand-père, trop gentil et trop intègre, en gros vulnérable ! Ragea Toshiro.
- Harlock n'est pas vulnérable ! Objecta Kei.
- Parce qu'il cache cela sous une grosse carapace ! Rétorqua l'ordinateur. Est-ce qu'au moins les vaisseaux des civils sont en sécurités ?
- Nous n'en savons rien, avoua Yattaran. Il y a trop de patrouilles et les fréquences sont espionnées donc on ne les a pas contactés. Thomas a proposé de nous emmener là-bas mais Ryo a refusé. Il ne veut pas repartir sans Harlock.
- Il a raison, hors de question de repartir sans lui. De plus si on prend le risque de s'y rendre alors qu'il y a des patrouilles, on aura toutes les chances de se faire suivre ce qui mettra en danger cette colonie humaine qu'Harlock a découvert alors qu'on faisait route vers la planète des Mazones, c'est d'ailleurs là-bas qu'il a envoyé les premiers vaisseaux d'exilés.
- Que faisons-nous Toshiro ? S'inquiéta Kei.
- Il va falloir réparer l'Arcadia, ensuite récupérer Hans et arriver à régler ce merdier car si on part en laissant tout en plan je crains le pire.
- C'est pourtant ce qui était prévu, rappela Kei. La Résistance devait revenir plus tard et régler elle-même le problème
- Cela aurait pu marcher si de Péhant avait respecté le pacte de non-agression avec Von Kiel mais ce n'est pas le cas ! Répliqua Toshiro. Que savons-nous des plans d'Isabelle Von Kiel ?
- Rien, le petit n'a pas réussi à savoir ce qu'il se passait dans le vaisseau de Sylvidra. Tout ce que l'on sait c'est qu'elles se sont alliées.
- Je n'aime pas cela du tout cela ne présage rien de bon, s'inquiéta Toshiro. Bon il faut commencer les réparations dès demain.
- Toshiro, il y en a pour…Indiqua Yattaran tristement.
-…Des mois de travail je sais, raison de plus pour s'y coller dès maintenant. De plus une fois que les patrouilles seront moins nombreuses n'en déplaise à Ryo, il faudra aller chercher Ellie, Nynna ainsi que le docteur Kimura ainsi que le plus de Résistants possibles quitte à faire revenir les bases !
- On va donc riposter plus tôt que prévu ! S'exclama Kei.
- Pas forcément, il faudrait savoir où en est la Résistance. Ce n'est pas tout ça mais au boulot vous deux ! Rameutez tout le monde, il n'y a plus de temps à perdre !
- A vos ordres ! Obéirent Kei et Yattaran.
Harlock était plongé dans un profond coma. Peu de temps après avoir perdu connaissance il s'était retrouvé comme paralysé, son âme prise entre deux mondes. Il n'avait ni chaud ni froid, il ne sentait strictement rien. Puis, progressivement, pendant que son corps se vidait de son sang, il sentit son âme glisser lentement. Beaucoup plus tard il sentit un air doux lui balayer le visage, il continuait à descendre. Il ouvrit l'œil. Il put ainsi admirer un ciel d'un bleu pur parsemé de quelques petits nuages blancs. Il regarda vers le sol d'où s'élevaient de vieilles montagnes couronnées de neige blanche. Il était de retour à Heiligenstadt, pays de son enfance. Lorsqu'il toucha enfin le sol, il sentit sous ses pieds l'herbe fraîche, et, alors qu'il voulut prendre appuis sur ses jambes celles-ci le trahirent et il s'écroula dans l'épais tapis d'herbe vert tendre. Il s'appuya tant bien que mal sur ses bras afin de pouvoir s'asseoir. Il n'avait pas beaucoup de forces. Étrangement il se sentait épuisé. Ce fut là qu'il s'aperçut qu'il était nu, son costume de pirate ayant disparu. Il respira profondément pendant plusieurs minutes. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait. Lorsque son fils était tombé dans le coma, Hans l'avait emmené au pays de son enfance et depuis l'âme de Mark y errait régulièrement. Apparemment son corps se mourant son âme avait décidé de revenir en ces lieux mais dans ce cas pourquoi était-il nu et sans force alors que son fils était à au moment de sa mort habillé et en pleine forme ? Il se leva péniblement, par réflexe, horriblement embarrassé par son absence de vêtement, il cacha son intimité. Il avait du mal à tenir debout, se sentant vulnérable. Il avait espéré que son fils répondrait à son appel mais il en n'était rien, Mark n'était pas là. Harlock choisi donc de se mettre à marcher pour rejoindre le château afin de pouvoir passer des vêtements. Pendant son périple, il prenait régulièrement appuis sur les arbres afin de reprendre son souffle. Après avoir traversé un dernier bosquet d'arbres, il arriva enfin dans la cour du château. Alors qu'il se dirigeait vers l'entrée principale de la forteresse gothique une lumière vive, dorée se matérialisa devant lui puis elle disparut pour laisser place à un Kurt Wilson revêtu d'une toge qui portait dans son dos de gigantesques ailes aux plumes d'or repliées sur elles même. Harlock horriblement gêné par l'incongruité de la situation rougit jusqu'aux oreilles. Kurt s'avança vers lui en lui faisant un timide sourire d'encouragement.
- Je voulais me rendre au château pour passer un vêtement, avoua Harlock lorsque l'ancien chanteur fut à sa hauteur.
- Ce ne sera pas nécessaire Hans, affirma Kurt. Vous allez vivre, bientôt votre âme rejoindra votre corps et vous reverrez vos proches.
- Pourtant je me sens si fatigué, reconnut Harlock. Est-ce que je peux au moins dormir un peu
?
- Non, vous devez rester avec moi et vous accrochez de toutes vos forces, je vous en supplie, pria Kurt
Toute cette marche l'avait épuisé. Il se laissa tomber sur le sol, il était à bout de force. Kurt l'observait inquiet, se retrouver face à cette âme l'impressionnait beaucoup tout autant qu'il savourait sa douce et chaude aura enveloppante qui réconfortait son âme. Normalement c'était Mark qui aurait dû être auprès de son père durant cette longue attente afin de le pousser à s'accrocher mais comme les sages lui avaient retirés ses pouvoirs provisoirement c'était à lui qu'incombait cette mission. Il avait bien cru que le sage en le trouvant à errer près de l'âme du capitaine allait lui retirer ses pouvoirs à lui aussi. Kurt en voulant retrouver Harlock avait concentré toute son énergie en oubliant toute prudence. Son âme avait finalement trouvé l'écho de celle du capitaine et il avait volé jusqu'à elle. Ce fut là que l'un des sages du tribunal des anges l'arrêta. En atterrissant à Heiligenstadt dans une clairière, il avait trouvé face à lui le sage qui avait retiré ses pouvoirs à Mark. En le voyant, Il eut un mouvement de recul.
- Ne t'inquiètes pas mon garçon approche, l'invita le sage.
Cependant Kurt ne bougeait pas ayant la désagréable impression d'être tombé dans un traquenard.
- Décidément ton frère et toi vous êtes deux têtes de mule, sourit le sage. A cause de ton caractère on pourrait presque croire que ton frère et toi avez le même pè me demande bien de qui vous tenez-ça tous les deux, bien que j'ai ma petite idée sur le sujet.
Il s'approcha de Kurt qui s'inclina par respect.
- Rassures-toi, je n'ai pas l'intention de t'enlever tes pouvoirs, affirma le sage. Je sais que tu es là pour veiller sur l'âme d'Harlock, pour qu'il ne cède pas à la douce attraction de la mort. Je ne m'opposerai pas mais je tiens à t'avertir, l'âme d'Harlock ne correspond pas vraiment à son apparence physique.
- N'essayez pas de me faire peur, rétorqua Kurt. J'ai eu à faire à lui et je sais qu'il n'est pas un monstre.
- C'est exact, il en est le parfait contraire, indiqua le sage. Tu vas être très surpris mon garçon, voire même impressionné. Cela risque pour toi d'être très perturbant lorsque tu te trouveras face à lui.
- Je ne comprends pas…
- Je vais te montrer mon garçon, suis moi, Harlock est en train d'arriver.
Le sage s'envola suivi par Kurt. Il le mena jusqu'à l'âme d'Harlock qui descendait lentement du ciel. Le sage n'avait pas menti, la vision était très perturbante, Harlock entièrement nu descendait en douceur, les yeux clos dans un halo de lumière, d'immenses ailes dont chaque plume était d'une couleur différentes de l'arc-en-ciel freinaient délicatement sa descente. Un halo doré chaud d'une extrême douceur émanait de son corps. L'âme d'Harlock à nue sans sa carapace de froideur était des plus impressionnantes. Elle en était perturbante tant l'envie pour Kurt de plonger dans toute cette tendresse était grande. Il émanait une telle noblesse et une telle grandeur d'âme de son aura que même l'âme du sage à côté de la sienne paraissait faible. Le sage éloigna ensuite Kurt du capitaine puis l'emmena au bord de la rivière. Kurt tremblait comme une feuille.
- Je ne comprends pas, balbutia-t-il. Harlock est par essence un ange gardien…
- Un ange gardien de l'humanité, installé au milieu des hommes pour veiller sur eux. C'est ce qu'il l'a poussé à affronter Gaïa et à protéger la Terre des Illumidas puis des Mazones.
- Et il ne le sait pas, supposa Kurt d'une voix blanche.
- Il doit à tout prix l'ignorer ! Ordonna le sage. C'est pourquoi tu vas veiller sur lui ! Qu'il ne s'approche pas de la rivière ou d'un miroir. Il ne doit pas se trouver à proximité d'un objet qui pourrait refléter son image.
- Comment se fait-il que ni Mark ni moi n'avons appris cela à notre mort. Normalement rien de ce qui constitue l'univers n'est caché aux âmes des morts.
- Il y a beaucoup de chose que tu ne sais pas mon garçon ! Cela dit, tu aurais pu te douter de quelque chose lorsque Harlock a réussi à vaincre les Noos qui sont des créatures infernales ! Tu aurais dû te douter que seul un être exceptionnel pouvait être capable de faire une telle chose ! Est-ce que tu connais la boîte de Pandore ?
- Oui, il concerne le mythe d'une femme qui en l'ouvrant a fait tomber sur l'humanité tous les maux du monde et ce même en la refermant rapidement.
- Piégeant par la même l'espérance qui voulait soulager les hommes de ces terribles souffrances, compléta le sage. Elle a finalement été libérée comme tu peux le constater.
- Harlock est l'espérance ? S'étonna Kurt.
- Offerte aux hommes par les anciennes divinités. Il est chargé de protéger l'humanité, de la soulager du mieux qu'il peut, ce qu'il a fait avec brio et qu'il continuera à faire tout comme lui donner espoir. N'est-ce pas ce qu'il a été pendant toutes ces années où l'humanité a été sous le joug des Illumidas puis des Mazones ?
- Si l'espoir de toute un peuple, un modèle même, avoua Kurt d'une voix blanche.
- Va veiller sur lui, ordonna le sage. Son rôle est loin d'être terminé. J'aurai voulu lui épargner toutes ses souffrances mais c'est de lui-même qu'il a choisi son destin. N'oublie pas Kurt, Harlock ne doit pas savoir ce qu'il est, préviens ton frère à ce sujet.
- A vos ordres monsieur !
Kurt avait alors filé rejoindre Harlock. Il était arrivé juste à temps, forçant Harlock à attendre patiemment. Celui-ci était très faible, ces vastes ailes repliées recouvrant son dos et ses jambes. Il ne semblait pas se rendre compte de la présence de ces ailes ce qui était un avantage non négligeable. Tant qu'il ne les voyait pas, il ignorerait la vérité.
- Où est mon fils, Kurt ? S'enquit Harlock d'une voix faible.
- Il a été retenu, mentit le chanteur pour éviter que le capitaine ne s'angoisse. Il va bien, il veille sur vous de loin.
Harlock s'épuisait, Kurt le voyait décliner de secondes en secondes.
- Je suis à bout, Kurt, murmura Harlock. Je t'en supplie laisses moi rejoindre mon fils.
- Hors de question ! Vous devez vous accrocher ! Ordonna Kurt. Vous ne pouvez pas…
Il s'arrêta juste à temps, il avait failli laisser s'échapper l'information que le sage lui avait ordonné de garder secrète.
- Je reviens vite ! Attendez-moi !
Harlock trouva l'attente fort longue. Il s'efforçait de tenir mais son âme cherchait le repos et le sommeil éternel lui tendait les bras. Kurt réapparu finalement, s'accroupit en face de lui puis il lui saisit le poignet.
- Accrochez-vous, les secours sont là, annonça-t-il d'une voix terne.
Kurt souffrait atrocement, Sylvidra allait s'emparer d'Harlock et malgré l'écœurement qu'il ressentait il devait mentir au capitaine pour qu'il choisisse de vivre. Harlock fini par se sentir de moins en moins fatigué, apparemment Kurt avait raison, quelqu'un était en train de fournir à son corps les soins nécessaires. Lorsqu'il fut suffisamment fort, il se releva pour faire face à un Kurt Wilson au bord des larmes, rongé par la culpabilité. Harlock planta son regard dans celui du chanteur puis il lui sourit avec douceur ce qui provoqua une crise de larmes chez l'ange gardien.
- Les secours annoncés ne sont pas ceux espérés n'est-ce pas Kurt ? Sans quoi tu serais beaucoup plus joyeux, le taquina gentiment le capitaine.
- Je suis désolé, s'excusa l'ange gardien en pleurant. Je devais à tout prix vous garder en vie, mais ne perdez pas espoir, les Résistants ne vous laisseront entre ses mains.
- Qui ? S'enquit Harlock sans se départir de son sourire.
- Sylvidra, avoua Kurt.
- Elle n'est toujours pas lassée de moi celle-là ? Se moqua Harlock.
- Tout le monde a besoin d'espoir Hans, les Mazones ne font pas exception à la règle, affirma Kurt.
Alors qu'il prononçait ses mots un halo descendit du ciel azur, s'empara de l'âme du capitaine qui fut aspirée pour être ramenée à son corps. Lorsqu'il ouvrit les yeux ce fut pour voir une reine des Mazones qui le regardait calmement sans afficher la moindre expression de victoire sur le visage. A côté d'elle se trouvait une Isabelle Von Kiel qui le regardait en souriant avec douceur. Il le sentait son réveil lui promettait bien des surprises qui seraient tout sauf agréables.
