Chapitre 15 : Deux mois pour agir

Milo et Camus pendant quinze jours travaillèrent en laissant traîner leurs oreilles. Même si les gens continuaient à travailler, les commentaires pendant les pauses déjeuners allaient bon train. Chaque renseignement était soigneusement noté le soir même et au fur et à mesure les deux chevaliers finirent par comprendre dans quelle situation catastrophique se trouvait la galaxie. Tous les matins, ils démarraient leur journée de travail à cinq heures au spatioport. L'armée de de Péhant envoyaient quotidiennement une dizaine de vaisseaux cargos chargés de récupérer la nourriture. Milo et Camus conduisaient les véhicules qui nourrissaient ces monstres d'acier. Amos était littéralement pillée. Les productions agricoles ne pouvaient plus alimenter la population et les soldats, le duc avait donné l'ordre à l'armée de réquisitionner tout ce qui était nécessaire aux troupes et de laisser ce qui restait à la population. Dans le café-restaurant de leur quartier où ils dînaient tous les soirs d'une nourriture de plus en plus pauvre, les commentaires des habitants sur la situation étaient plus que clairs. La colère grondait même si la population terrorisée n'osait s'opposer au duc de Péhant. Le manque de nourriture avait provoqué une hausse des prix et le duc avait mis en place un système de rationnement par tickets. Pour les deux chevaliers ce système avait un air de déjà-vu. Les restaurants tournaient encore mais seulement grâce au marché noir qui s'était mis en place, les agriculteurs ayant vite compris l'intérêt de mentir sur leur production pour en cacher une partie et la revendre au plus offrant. Les deux chevaliers s'étaient installés à une longue table où étaient attablé bon nombre de personnes travaillant pour les fabriques de matériels pour l'armée.

- Bon sang ! Quand je pense qu'ils m'ont encore baissé mon salaire ! Râla un des hommes.

-Pas étonnant ! De Péhant à tout réquisitionné pour ses troupes et les entreprises obligées de lui fournir le matériel sont payées le minimum. Cette bande de salopards se prennent pour les seigneurs et maîtres ! Râla son collègue. Kimura nous avait pourtant prévenus !

-Mais tu avoueras que le fait qu'Harlock était dans leur camp avait un côté troublant ! Répliqua le premier.

-Sauf que ce gars s'était infiltré et il a tellement bien joué son rôle qu'il a trompé tout le monde ! J'ai un diplôme d'ingénieur, je travaille dix heures par jour et je me retrouve avec un salaire aussi bas que les gars qui conduisent les manitous qui approvisionnent les vaisseaux cargo !

-Bienvenu au club ! Je te signale qu'on est tous dans la même galère et en prime on ne peut même pas se barrer avec l'armée qui a ordre de tirer sur quiconque tentera de quitter les villes !

-Et la Résistance qu'est-ce qu'elle fout ? Explosa son collègue.

-Elle s'est barrée et nous laisse dans notre merde ! En conclut le premier. Il y a bien un petite Résistance mais ils n'ont pas d'ingénieurs et encore moins les moyens financiers !

- On est tous les deux ingénieurs on pourrait les rejoindre, proposa le second en terminant son bout de pain.

-Et si on se fait prendre on se fera descendre et nos familles avec ! Ragea le premier.

-De toute manière on se fera buter tôt ou tard et nous ne pourrons rien faire pour nos proches ! Affirma le second. Mais si la Résistance, celle de Kimura décide, de contre-attaquer on pourra l'aider ce qui nous laissera une chance de nous en sortir !

La serveuse qui apportait de nouveaux pichets de vins à leur table se pencha vers eux.

- A votre place je n'y compterai pas trop sur la nouvelle Résistance, murmura-t-elle. Ma sœur travaille dans un grand restaurant du centre-ville et elle sert souvent des officiers du duc. Elle a entendu certains d'entre eux dire qu'ils ont déjà une petite idée de l'identité des responsables de ce réseau mais ils attendent qu'ils fassent une réunion globale pour arrêter tout le monde. Croyez-moi, c'est sans espoir, seuls Kimura et ses amis maintenant qu'Harlock et son équipage ont été tué auraient pu nous sortir de cette situation et maintenant qu'ils ont perdu leurs meilleurs militaires ainsi que leur leader pour permettre au reste de la Résistance de fuir, ils ne prendront pas le risque de venir à notre secours. On a eu notre chance et nous sommes à présent tous condamnés, c'est sans espoir.

Les deux hommes regardèrent vers la serveuse, son regard d'une infinie tristesse leur glaça le sang.

-En gros on a plus qu'à attendre notre mort, s'inquiéta le premier des ingénieurs. J'ai deux enfants de quatre et six ans….Le duc va l'emporter sur Von Kiel !

-En sacrifiant tout le monde si c'est nécessaire, rappela la serveuse. Et même si il gagne il reste les Illumidas. Sur le web parallèle, il était indiqué que ces monstres disposent de milliers de gros vaisseaux de guerre. Le duc ne pourra rien contre eux et il fuira dès qu'il sentira le vent tourner avec son pote Zone !

Les deux hommes pâlirent. Les deux chevaliers avaient du mal à finir leur assiette, pas parce qu'ils étaient rassasiés mais parce qu'ils étaient écœurés par ce qu'ils venaient d'entendre. Certes, Athéna leur avait demandé de ne pas intervenir mais ils avaient de plus en plus de mal à obéir à cet ordre. Milo et Camus se regardèrent, ils se comprirent sans même avoir à parler. Ils allaient tenter d'aider mais le plus discrètement possible. Une fois le repas achevé ils quittèrent le restaurant et retournèrent à leur appartement. Milo s'assit sur le canapé, Camus se rendit à la fenêtre afin d'observer un peu la rue avant de venir s'installer près de lui.

- Comment faire pour protéger la population ? Commença Milo.

-Il faudrait déjà pouvoir la sortir des villes, ensuite si jamais toute la planète finit rasée il faudrait des bases de survie souterraines, proposa Camus.

-Bon Amos est une planète peuplée de près d'un milliard d'habitants, on va faire comment ? S'angoissa Milo. Il faudrait déjà, les plans d'une base, ensuite le matériel pour les faire et nous n'avons que deux mois pour réussir !

-Il faut entrer en contact avec la Résistance, décida Camus. Il faut ensuite choisir les personnes que l'on peut sauver…

-Tu es en train de me dire qu'il va falloir faire une sélection ? S'exclama Milo écœuré.

-Les hommes et les femmes en âge de procréer et les enfants, affirma Camus. On ne pourra pas sauver tout le monde.

- De Péhant peut aussi gagner, rappela Milo.

- Bien, sûr, ricana Camus mais imagine que Von Kiel arrive à éloigner les troupes du duc d'Amos ou d'une quelconque autre planète. Une fois son adversaire suffisamment éloigné, il rase la planète et tous les habitants seront morts. Peu importe si le duc ou Von Kiel l'emporte et que la guerre le résultat sera le même, la guerre sera terminée mais les habitants auront été exterminés. Alors, dis-moi Milo, qu'est-ce qu'on fait ?

Le chevalier d'or du scorpion écœuré poussa un soupir. Camus avait raison, il allait falloir faire un choix et ils disposaient tous les deux de très peu de temps pour y arriver.

-Bon, qu'est-ce que tu sais sur la piste qui peut nous mener aux responsables de la Résistance ?

- Il était très bien habillé, en costume cravate, il avait un attaché case et il se trouvait chez Talieri, un grand créateur de mode masculine chez qui j'ai acheté nos vêtements, indiqua Milo.

- Putain, c'est mince ! S'exclama Camus. On va devoir se rendre au centre-ville, sillonner les quartiers d'affaire en espérant le trouver.

- Ça peut être aussi un avocat, un juge…Supposa Milo. Mais je suis certain qu'on peut le retrouver ! En tout cas plus facilement que le gars qui était avec lui !

-Très bien, nous sommes de congés pour le weekend, il faudra commencer les recherches, décida Camus.

Le weekend arriva enfin. Les deux chevaliers après avoir passés des vêtements convenables prirent le métro puis le tramway qui avait été remis en circulation. Ils se retrouvèrent une demi-heure plus tard à arpenter les rues du centre-ville à la recherche du mystérieux homme que Milo avait vu. Les chances d'y parvenir étaient plutôt minces et ils allaient devoir compter sur la chance. Camus et Milo s'étaient séparés dès qu'ils furent arrivés afin de pouvoir couvrir plus de terrain. Milo avait donné à son ami une description très détaillée de l'homme et avait fait un portrait qu'il espérait être le plus proche possible de la réalité. De toute manière, comme l'homme était surveillé, il serait facilement repérable. Milo avait pris le quartier des affaires, Camus celui de la justice. Le palais de justice d'Amos malgré la guerre était toujours en activité, en fait il paraissait même trop actif. On y travaillait même les weekends. Beaucoup de suspects étaient amenés devant le juge par des procureurs militaires et maintenu en respect par des soldats dont l'apparence physique indiquait un entrainement intensif que le chevalier soupçonna d'être assaisonné de stéroïdes. Il y avait beaucoup d'avocats, de familles, de juges en tenus qui déambulaient à travers les hauts murs. Camus patientait, surveillant chaque fin d'audience. Le soir arriva. Camus venait de passer près de quatre heures à observer les gens, à assister à certaines audiences et à regarder le fonctionnement de la justice. Après tout, ils avaient étudiés la situation politique mais ils n'avaient pas vérifié si elle se reflétait au sein même de la cour. Il fut forcé de constater, que les affaires étaient vite expédiées. Les avocats avaient beau signifié qu'il n'y avait pas de preuves mais que des présomptions, les juges condamnaient à tour de bras et avec des peines très lourdes à la clef. A la fin de la journée un homme fut même condamné à de la prison pour avoir diffamé un soldat qu'il accusait d'avoir violé sa fille de seize ans. Le chevalier en voyant la jeune fille, ces marques au visage, son air apeuré, choqué, comprit très vite que le père n'avait certainement pas affabulé. Le père fut condamné parce qu'il n'a y avait pas eu viol mais un rapport librement consenti que la jeune fille ne semblait pas capable d'assumer face à son père, qui l'avait certainement battu pour avoir passé la nuit avec un militaire. Camus en entendant cela fut atterré. L'avocat qui plaidait pour le père était au bord de l'explosion. Il n'était pas très grand, élégamment vêtu, il semblait avoir une soixantaine d'années mais ses cheveux étaient teints. Camus sortit le portrait dessiné par Milo et en comparant les deux, il se dit qu'il avait enfin trouvé. Il prévint le chevalier d'or du scorpion par télépathie. Celui-ci n'était pas très loin de là, ayant fait chou blanc, il avait décidé de rejoindre Camus au palais de justice. Il fut soulagé en apprenant cette nouvelle. Il accéléra le pas afin d'arriver le plus vite possible. L'audience terminée, tout le monde quitta la salle. Camus suivit l'avocat de loin en essayant de voir si le fameux homme chargé de le surveiller était bel et bien là. L'avocat fila directement vers le hall principal au moment où Milo faisait son entrée. En voyant Camus il lui confirma par télépathie l'identité de l'avocat. Les deux hommes poursuivirent leur surveillance. Le petit groupe qui avait assisté au procès sortit du palais de justice puis descendit les escaliers. Alors qu'ils arrivaient aux dernières marches Camus entendit Milo murmurer à son oreille

- Regarde à gauche, sur le trottoir d'en face, près de la berline grise.

Camus suivit les indications. Il y avait un homme dont les caractéristiques physiques correspondaient aux militaires au service du Consortium et du duc de Péhant qui ne quittait pas des yeux l'avocat. Celui-ci se dirigea vers le parking sous-terrain, l'homme chargé de le surveiller sur ses talons. Milo et Camus prirent la suite en prenant garde de griller les caméras de sécurité en leur envoyant discrètement une décharge de cosmo-énergie. L'avocat appela l'ascenseur, patientant gentiment tandis que l'espion attendait derrière un pilier. Une fois que l'homme fut dans l'ascenseur, les deux chevaliers s'approchèrent rapidement de l'espion. Milo lui fracassa la tête contre le pilier puis Camus lui fit les poches récupérant ses papiers ainsi que les clefs de son véhicule. Milo prit ensuite le corps sur son dos puis les deux hommes se ruèrent vers la descente qui menait aux étages inférieurs. Ils arrivèrent juste au moment où l'avocat s'approchait de sa voiture. Camus sortit les clefs de l'espion, appuya sur la plaque accrochée à leur anneau ce qui déverrouilla la voiture dans un petit couinement reconnaissable entre mille. Camus sourit en voyant que le militaire s'était garé que quelques lignes derrière l'avocat. Milo resta caché dans un angle mort avec le corps pendant que Camus allait récupérer la voiture. L'avocat démarra en trombe, fila vers la sortie puis grimpa rapidement la montée. Camus démarra sur les chapeaux de roue, s'arrêta au niveau de Milo qui balança le corps dans le coffre préalablement ouvert grâce à la commande intérieure par son ami puis rejoignit Camus et s'installa à l'avant à la place du passager. Camus fit crier les pneus en poussant l'accélération au maximum afin de rattraper leur retard. Ils arrivèrent à l'étage de la sortie juste au moment où l'avocat s'engouffrait dans la sortie ouest. Camus suivit à bonne distance, une fois à la sortie il repéra la voiture de l'avocat dans le flux régulier d'automobiles puis il se glissa dans la circulation.

- Il doit y avoir des systèmes de sécurité dans ce genre de voiture, supposa Camus inquiet.

-Si il y en a je vais les trouver ne t'inquiètes pas, affirma Milo en souriant.

-Quand je pense qu'on se retrouve à piquer une bagnole ! Sourit Camus. Dire qu'on a toujours appris l'honneur, le respect, toutes les règles de vie et voilà où on en est.

-Ça c'est bon quand on est petit. Ce sont de beaux principes mais, arrivé à l'âge adulte, il faut parfois faire des choix. En prime, là tout ce que l'on essaye de faire c'est de protéger la population contre la dictature qui a été mise en place, se justifia Milo en faisant entrer son aiguille écarlate dans le boîtier du GPS.

Son cosmos brilla un bref instant.

-Ca y est les boites noires de la voiture ainsi que son système de surveillance sont morts ! Affirma Milo en souriant. Une chance que ces systèmes sont branchés sur une batterie indépendante du moteur sans quoi nous serions en carafe à l'heure qu'il est !

Il regarda pensivement la voiture de l'avocat qui les devançait de quatre véhicules

-Faire repartir une Résistance de zéro, il ne pouvait quand même pas espérer que cela marcherait surtout avec la première qui avait totalement disparue, se désola Milo. Sans compter que j'ai comme l'impression que la vie sur cette planète ne tient plus qu'à un fil et que c'est une course contre la montre qui s'est engagée. Et crois-moi ce n'est pas lié à notre prochain départ.

-Je sais, j'ai cette sensation depuis que j'ai vu ce vaisseau tenter de raser la ville. Ces gens sont sans pitié. Je sais qu'Athéna ne voulait pas qu'on intervienne mais je ne peux pas rester sans rien faire et laisser tous ces gens se faire massacrer.

-Une fois qu'on saura où il habite cet homme, qu'est-ce qu'on fera ? S'enquit Milo.

-Je n'en sais rien. Il faut entrer en contact avec lui.

- Et quoi ? On sonne à sa porte ? Plaisanta Milo.

- Tu as une meilleure idée ? L'interrogea Camus angoissé.

-Il va nous prendre pour des dingues ou s'enfuir pendant la nuit après nous avoir fait croire que tout allait bien ! Opposa Milo sagement.

-Il va falloir qu'on lui montre notre bonne foi, proposa Camus.

-Et le macchabée ? Rappela Milo.

-Il va falloir l'enterrer en forêt cette nuit, décida Camus.

Le chevalier d'or du verseau poussa un soupir

-Je ne te dis pas ce que l'on va prendre à la maison si Saori entend parler de tout ça, sourit Camus.

- Ne t'inquiètes, elle n'en saura rien, c'est notre petit secret, vieux complice, affirma Milo en lui faisant un clin d'œil.

La traversée de la ville fut longue, la vitesse étant considérablement réduite par la présence de blindés qui sillonnaient les rues. Ils arrivèrent finalement dans un quartier élégant, emplies de jolies maisons avec des jardins très bien entretenus. Ce n'était pas un quartier chic mais de la haute bourgeoisie où de grandes bâtisses élégantes dominaient le paysage. Les deux chevaliers regardèrent tout cela en se disant que peut-être d'ici peu il ne resterait qu'un tas de cendres de tout ce qu'il y avait ici. L'avocat se gara au niveau d'une grande maison en briques rouge, deux colonnes de pierres blanches entouraient l'entrée. Il rentra sa voiture au garage directement. Camus se gara face à la demeure. Les deux hommes hésitaient. Camus se doutait qu'il y avait de fortes chances pour que l'avocat ne les croie pas ce qui serait logique étant donné les circonstances. Ils descendirent de la voiture, un vent glacé balayait la rue, l'hiver n'en finissait pas, la température chutait rapidement aussi les deux hommes remontèrent le col de leur veste puis traversèrent rapidement l'élégante pelouse entourée de rosiers d'hiver roses et blancs qui trônaient devant la maison afin d'aller sonner à la porte.

- Arthur Stone, lu Camus en approchant de la boîte aux lettres.

Stone en arrivant chez lui avait directement allumé son écran tridimensionnelle s'attendant à trouver en face de chez lui son militaire habituel. Il fut très surpris de voir arriver deux hommes, très grands, très bien bâtis mais dont la coupe de cheveux n'était pas vraiment réglementaire. Il fut encore plus surpris en les voyant sonner à sa porte. Sur le coup, il fut tenté de ne pas aller répondre mais, intrigué, il alla ouvrir en espérant qu'il ne faisait pas la plus grande bêtise de sa vie. Les deux chevaliers furent accueillis par un maître Stone en chemise qui dégustait un verre de whisky.

- Bonsoir messieurs, salua-t-il poliment. Que puis-je faire pour vous ?

-Maître Stone, nous aimerions vous parler, affirma Camus.

-Passez à mon cabinet demain et je verrai ce que je peux faire pour vous, indiqua-t-il en refermant la porte. Bonsoir messieurs.

Cependant la porte fut légèrement repoussée par le chevalier du scorpion

-Je suis désolé mais cela ne peut pas attendre, soutint Milo.

-C'est grave à ce point-là ? Ricana l'avocat.

-Vous pourriez venir avec nous s'il vous plaît, l'invita Milo.

L'avocat surpris sortit sans même prendre un manteau. Camus regarda son ami interloqué, l'interrogeant du regard. Milo lui fit signe de ne pas s'inquiéter et amena l'avocat jusqu'à leur voiture au niveau du coffre qu'il ouvrit. Stone en voyant le cadavre de l'homme chargé de l'espionner devint blême. Milo rabattit rapidement l'auvent puis fit face à l'avocat.

- Vous êtes d'accord pour discuter à présent ? S'enquit Milo ironique.

L'avocat acquiesça invitant les deux hommes à le suivre. Une fois qu'ils furent à l'intérieur, Stone verrouilla la porte d'entrée à double tour.

- Un Whisky ? Un red bourbon ? Proposa-t-il alors qu'ils arrivaient au niveau du bar du salon.

-Non, merci, refusa Camus poliment en s'asseyant.

-Je ne refuse jamais un bon whisky, accepta Milo en souriant.

Il s'installa à côté de son ami. Stone prudent, réfléchissait tout en préparant les verres.

Pourquoi ces deux types auraient descendu le gars chargé de me surveiller…Pensa-t-il. Ils font peut être parti de l'ancienne Résistance ou alors les hommes du duc ont changé de tactique en voyant que m'espionner ne les menait nulle part.

-Pourquoi avez-vous tué cet homme ? Bluffa-t-il en posant le verre sur le comptoir.

-Est-ce que vous le connaissez ? L'interrogea Camus sans répondre.

C'est donc bien eux qui l'ont tué, pensa l'avocat. Peut-être des malfrats en quête de récompense.

-Je ne l'ai jamais vu de ma vie, affirma Stone tout sourire.

Les deux chevaliers eurent la sensation très nette que l'avocat leur mentait.

-Est-ce que vous saviez que cet homme vous surveillait ? Le questionna Milo.

-Pourquoi ferait-il cela ? S'étonna l'avocat.

-Parce que le Consortium et le futur roi vous soupçonnent d'avoir mis en place une nouvelle Résistance, d'en être le chef et qu'ils veulent que vous les meniez à tous vos amis, affirma Camus calmement.

L'avocat éclata de rire.

-C'est ridicule ! S'exclama-t-il. Je suis juste un avocat spécialisé dans le droit criminel, rien de plus. Je ne suis pas un idéaliste qui irait risquer sa vie et son avenir professionnelle pour défendre un quelconque idéal. Je me suis toujours rangé du côté du plus fort et ce depuis ma petite enfance !

-Donc d'après vous le Consortium ferait erreur ? S'étonna Camus en souriant. Pourquoi est-ce que je pense que vous nous mentez depuis le début ?

- Je ne vous mens pas, affirma l'avocat sans cesser de sourire.

- Vous vous rappelez l'étrange phénomène qui a sauvé la ville ? Commença Camus. Nous en sommes responsables, nous venons d'une autre planète, nous sommes venus pour savoir exactement ce qu'il se passait dans cette portion de l'univers. En théorie nous n'aurions pas dû intervenir mais face à la gravité de la situation nous avons agi et nous vous proposons notre aide. Nous partons dans six semaines donc nous n'avons pas de temps à perdre en palabres inutiles alors dîtes moi ce que vous voulez comme preuve !

L'avocat éclata de rire.

-Et vous croyez que je vais gober un truc pareil ! Se moqua Stone. Ecoutez-moi bien, messieurs les extraterrestres, si vous êtes vraiment ce que vous prétendez être pourquoi ne me feriez-vous pas une petite démonstration ?

- On ne peut pas, le duc fait surveiller la planète, sans quoi ce serait déjà fait ! Ragea Milo. Je te l'avais dit qu'il ne nous croirait pas Camus

-Dîtes-moi vous croyez vraiment que par les temps qui coure il est bon d'être naïf ? Ricana l'avocat.

-Mettez nous à l'épreuve, demandez nous un truc impossible ! Proposa Camus mais pas des trucs qui nécessitent l'explosion de notre cosmo énergie.

-Votre cosmo énergie rien que ça hein ? Sourit l'avocat. Si j'étais vraiment celui que vous recherchez, ce qui n'est pas le cas, je pourrai vous demandez par exemple de me ramener une copie complète des ordinateurs du duc qui se trouvent sur Mars qui serait ensuite authentifiée, bien sûr.

-Rien que ça ! S'exclama Milo. Vous n'y allez pas de main morte cher maître !

-C'est bon, on le fera, accepta Camus, mais cela va nous faire encore plus de temps donc je vais essayer de nous en faire gagner un peu en vous faisant une proposition. La ville la dernière fois a failli se faire raser, on a pu empêcher sa destruction de justesse mais Von Kiel ou le duc pourraient détruire encore plus de planètes. Il semblerait que ces messieurs s'accordent un certain nombre de pertes civiles donc je suis persuadé que le duc sacrifierait Amos ou une quelconque autre planète sans problème si cela lui permettait de gagner. C'est pourquoi, je pense qu'il serait temps de construire des bases souterraines avec suffisamment de victuailles, de matériels et de semences pour recommencer une fois que la guerre serait terminée. Bien entendu comme on ne peut sauver tout le monde, seuls les hommes et les femmes en âge de procréer et les enfants seraient autorisés à y entrer !

Stone tiqua ce que les deux chevaliers ne manquèrent pas. Il regarda son verre, faisant tourner l'alcool pour l'aérer pendant plusieurs minutes en gardant le silence. Les deux hommes avaient marqués un point. Les tunnels étaient prêts pour évacuer les villes et permettre à la population de se réfugier dans les campagnes au nez et à la barbe du duc mais il savait que cette précaution serait bien insuffisante. Il avait appris de sources sûres qu'Aqua avait été réduite en cendres, ses vingt millions d'habitants exterminés. Il n'en restait plus rien. Toutes les planètes pouvaient subir le même sort et il ne pouvait fabriquer de vaisseaux spatiaux par manque de temps. Stone soupira puis bu son verre de whisky cul sec, signe chez lui d'un stress intense. Est-ce que ces hommes lui disaient la vérité ? Est-ce qu'il pouvait leur faire confiance ? Si le duc les avait envoyé pour conforter ses doutes alors peu importait il était perdu mais si ces gens pouvaient les aider, s'ils étaient vraiment ceux qui avaient arrêté le mur de flammes et détruire le vaisseau alors l'humanité pourrait être sauvée. Il lui fallait des preuves, trop de vies étaient en jeu pour faire confiance aveuglément à des gens sur la simple apparence de leur bonne-foi.

-Pour construire des bases, il faut des plans, rappela-t-il avec sagesse et je n'en ai pas, vous en avez peut-être ? Si ce n'est pas le cas, il serait bon de trouver une base créée par Eliza Zone notamment celle où sont conservées les copies des plans originaux…

- Laquelle ? S'enquit Camus.

Stone réfléchit. Quoi qu'il advenait il ne pouvait se rendre sur la planète en question, cloué au sol comme le reste de la population. De plus personne sur Pyros n'avait répondu à son appel. Il avait obtenu l'emplacement grâce à un correspondant de Mars. Il devait prendre le risque, puis prier que ces hommes soient sincères.

-Elle est sur Pyros, trente-quatre degré-nord, dix-huit degrés ouest. On y accède à travers une grotte. Je n'ai pas les codes d'accès, Kimura les avait changés. Si cela était possible on pourrait se servir de ses bases si les aristocrates ne les ont pas trouvés

-Il y en a une sur Amos ? S'enquit.

-Elle a été détruite pas Kimura car elle n'était plus fiable.

-Vous êtes sur du gars qui vous a donné l'info ? S'inquiéta Milo.

-Oui, mais vous allez devoir forcer l'accès à la base ce qui risque de la rendre inutilisable. Qui plus est, étant donné la puissance des armes utilisées, je ne suis pas certain que la profondeur où elles ont été construites soit suffisante, supposa Stone. Il nous faudrait des ingénieurs, des architectes spécialisés dans ce genre de construction. Je suis certain qu'il y en a dans les hommes de la Résistance qui sont restés ici en attente mais aucun d'eux ne se s'est manifesté.

-On va faire tout notre possible pour vous aider, affirma Camus. Gardez espoir ! Il faut combien de temps pour aller sur Mars ?

-Les vaisseaux du duc font leur tournée en moins de vingt-quatre heures pour alimenter les vaisseaux qui sont postés là-bas, indiqua Milo.

-Comment vous savez ça ? S'inquiéta Stone

-On a travaillé pendant quinze jours à l'approvisionnement de ces pillards afin de réunir les informations nécessaires ! Ragea Milo.

- Il va falloir jouer les passagers clandestins dans un des vaisseaux qui amènent la nourriture aux hommes postés sur la planète, suggéra Camus. Cela nous fera gagner du temps. On sera vite de retour monsieur Stone. Je ne saurai trop vous conseiller d'être prudent ! Ne leur fournissez pas votre tête, votre petit noyau de Résistants est peut-être le dernier espoir de la population.

-On commence par quoi ? S'enquit Milo en finissant son verre. Pyros ou Mars ? A mon avis ce serait mieux de commencer par Mars pour savoir exactement ce que ce salopard prépare !

Stone les regarda interloqué. Il n'arrivait pas y croire, si ces deux hommes étaient vraiment sincères, si ils parvenaient à accomplir ce miracle alors il aurait une toute petite chance de pouvoir sauver le plus de gens possible. Les deux chevaliers le saluèrent puis quittèrent la maison. Ils se dirigèrent vers le fleuve où ils envoyèrent la voiture par le fond c'était beaucoup plus rapide que d'enterrer le corps en forêt, ils manquaient de temps, chaque seconde était précieuse pour être gaspillée pour s'occuper du corps d'un homme de main du duc de Péhant. Ils restèrent à attendre que le véhicule soit entièrement recouvert d'eau puis ils escaladèrent un immeuble bas pour observer les alentours. C'était l'avantage d'être un chevalier d'Athéna. Ils avaient des capacités physiques exceptionnelles qui faisaient d'eux les seuls être capables de monter clandestinement dans un des vaisseaux sans se faire prendre. Ils allèrent au niveau du côté sud du toit. Ils pouvaient voir le spatioport et son ballet incessant de monstres d'aciers affamés que les conducteurs d'engins bourraient de nourriture pour qu'ils s'en aillent le plus vite possible. Cette guerre devait cesser. Les gens finiraient par mourir de faim, quotidiennement les rations accordées par jour aux habitants diminuaient. Les deux hommes connaissaient parfaitement les lieux. En arrivant ils avaient repéré un angle mort non couvert par les caméras. Ils allaient devoir passer pendant que les sentinelles auraient le dos tourné. Chose aisée pour eux infaisable par le commun des mortels car entre deux sentinelles il n'y avait que deux ou trois secondes pendant lesquelles il n'y avait pas de patrouille à cet endroit-là. Milo et Camus se rapprochèrent du site, s'installant rapidement dans la zone sombre non couverte par les caméras. Ils observèrent le panneau des départs, le vaisseau en partance pour le spatioport de Mars allait partir d'ici quelques minutes. Ils n'avaient plus le temps d'hésiter. Une fois la sentinelle de dos, ils foncèrent à la vitesse maximale ébouriffant un peu les cheveux des gens qui chargeaient. Ceux-ci crurent à une rafale de vent. Une fois qu'ils furent sous la caméra de surveillance qui assurait la sécurité de la zone, ils regardèrent le chargement. Il était presque achevé. Pour se donner le temps de se cacher en toute discrétion dans une des conteneurs, Milo parasita à l'aide de sa cosmo énergie la caméra en prenant bien soin de ne pas l'abîmer afin de ne pas attirer l'attention des gardes. Une fois cela fait, les deux hommes entrèrent dans un des conteneurs où étaient stockées des caisses de vins.

- Au moins on ne mourra pas de soif ! Plaisanta Milo en montrant les caisses de vin à son ami.

Celui-ci sourit, referma soigneusement la porte et les deux hommes attendirent le départ. Les chevaliers se turent jusqu'à ce que les portes se ferment et que les derniers hommes eurent quitté la soute.

- C'est vraiment très risqué comme opération, commenta Camus.

-Je sais, mais on n'avait pas trop le choix, assura Milo. On ne pouvait décoller de la planète avec notre vaisseau, nous aurions été repérés immédiatement. On pourra le faire que lorsque nous serons sur le départ pour rentrer chez nous.

-Qu'est-ce qu'on fait pour le gardien ? Glissa Camus d'une voix sourde.

-Les ordres de Saori sont clairs, on le localise, c'est tout ! Rappela Milo sèchement.

-Mais…Protesta Camus.

-Je sais, il est de ta chair et de ton sang mais on ne peut rien pour lui, pas pour le moment en tout cas, soutint Milo. A cause de notre intervention, on a mis notre planète en danger. Il faut espérer que le duc n'arrivera pas à nous suivre.

-Il souffre, s'attrista camus, je ne peux pas le laisser comme ça !

-On préviendra la Résistance à son sujet et ce sera à eux de prendre le relais ! Je suis désolé Camus mais nous n'avons pas vraiment le choix. Et ne me fait pas le coup du papa qui s'inquiète pour son petit, il y a beaucoup trop de générations entre vous pour cela !

Le chevalier du verseau eut un rire discret. Il s'assit contre la paroi, y colla sa tête contemplant le plafond et ce malgré la faible lumière qui glissait entre les portes du conteneur.

-Tu sais, le fait que ce soit un descendant direct, change la donne pour moi sans compter les sentiments que j'avais pour Alicia, avoua Camus. Je veux dire qu'il est….Une partie de moi.

-Camus, il ne faut pas que tu t'attaches comme cela sans quoi on ira droit dans le mur, ce n'était pas pour rien qu'Athéna t'avait menti .Elle devait se douter que cela te toucherait beaucoup trop, conseilla Milo en s'asseyant à côté de lui. On doit s'occuper de notre mission, ensuite on avisera….Qui sait, tu pourras peut être le voir ton très très arrière-petit-fils. Il y a douze heures de vol avant d'arriver sur Mars, planète de prédilection du duc et de son mentor, tu devrais dormir un peu. Dans six heures je te réveillerai et tu prendras la relève.

Camus ferma les yeux et s'endormit assez rapidement. Il se mit à rêver. Son sommeil un peu agité inquiéta son ami. Le chevalier d'or du verseau influencé par ce qu'il avait traversé lorsque son âme avait communié avec celle de son descendant faisait des rêves étranges, il voyait une silhouette floue, vêtue de cuir noir avec une masse de cheveux bruns mais il ne voyait pas le visage pourtant il le sentait il n'était pas très loin de pouvoir le regarder vraiment. Six heures plus tard, Milo le réveilla et il prit son tour de garde. Ils arrivèrent sur Mars lorsque le soleil se couchait sur celle-ci. La descente fut rapide et l'atterrissage un peu rude ce qui réveilla le chevalier d'or du scorpion qui grogna une peu, n'appréciant pas d'être réveillé ainsi. Le monumental caisson d'acier fut sorti grâce à une grue qui le posa près des autres conteneurs. Milo, ouvrit doucement la porte, observa les alentours puis les deux hommes s'éclipsèrent très discrètement sautant sur les conteneurs pour ensuite atterrir à l'extérieur du spatioport. Ils ne connaissaient pas Mars. Ils allaient devoir attendre la levée du jour afin de pouvoir repérer l'endroit où le quartier général du duc était installé. Lorsque le soleil darda suffisamment de ses rayons le ciel de la planète, ils prirent la direction du centre-ville. Celui-ci était très animé, à voir comment les gens circulaient on n'aurait presque pu oublier la guerre qui n'allait pas tarder à exploser. Les habitants ne semblaient absolument pas inquiets. Il y avait une présence policière raisonnable et les militaires étaient plutôt discrets. La vie suivait son cour normal. Mars était la planète-capitale du Consortium, elle était par conséquent bien plus protégée qu'Amos qui était une ancienne planète neutre qui se trouvait assez éloignée du centre économique du système en place. Les deux hommes un peu perdus, déambulaient au niveau de l'avenue principale. En arrivant au niveau du parc ils virent un hologramme géant dans le ciel présentant les gros titres du journal.

« Le centre politique du Consortium enfin remis en état » purent-ils lire. En dessous il y avait une photo d'un imposant gratte-ciel. Camus et Milo commencèrent à chercher des yeux cet imposant bâtiment qui devait dominer toute la cité. Camus attrapa Milo par le bras lui montrant du menton une flèche qui se trouvait au sud de leur position. Ils prirent la direction du centre politique. En arrivant, ils aperçurent un balai incessant de véhicules qui entraient au niveau du parking. Ils regardèrent une caravane de voitures qui escortaient une limousine blindée qui entrait à son tour. Les deux hommes eurent un rictus de dégoût en reconnaissant les armoiries du duc de Péhant sur les petits drapeaux qui ornaient l'extrémité du capot du véhicule le plus luxueux. Ils savaient à présent où fouiller. Ils passèrent le reste de la journée à se promener en ville. Ils mangèrent dans des restaurants qui avaient l'embarras du choix en matière de nourriture puis ils regardèrent le feu d'artifice lancée en hommage à la visite de son altesse au nouveau centre politique. Une fois que le calme régnât dans la cité, ils retournèrent au centre-ville, se perchant au sommet d'un immeuble pour observer le bâtiment qu'ils allaient devoir explorer. Camus serra convulsivement, le disque dur portable qu'il venait d'acheter le jour même et qui attendait patiemment dans la poche de sa veste.

- Ça ne va pas être facile, commenta Milo. Il y a beaucoup de caméras de surveillance. De plus le duc est toujours là, je vois sa voiture garée à l'entrée des VIP.

-On ne peut pas attendre qu'il se casse, affirma Camus. On doit y aller ! On ne peut pas atteindre le toit, il est trop haut par rapport aux immeubles environnants

-On le pourrait mais en utilisant notre cosmo énergie. Après tout, le duc pense qu'on est sur Amos, il n'a peut-être pas mis en place la même surveillance que sur la planète où nous nous sommes posés, suggéra Milo. On peut le faire par bonds successifs mais loin des zones éclairées.

-Ça me va, de toute manière on ne peut pas entrer en utilisant les moyens conventionnels, il y a trop de caméras.

Les deux hommes bondirent sur l'immeuble suivant jusqu'à arriver près du premier bloc du centre politique. Celui-ci était formé de trois blocs successifs. Le premier bloc, plus large et plus bas se trouvait au niveau du parking. Le second bloc, posé sur le premier était plus étroit et beaucoup plus haut, le troisième bloc qui reposait sur le second était de loin le plus haut mais aussi le plus étroit. En se servant de ses blocs comme d'un escabeau, les deux hommes atteindraient le sommet sans problème. Ils utilisèrent leur pouvoir au minimum et bondirent sur le premier bloc puis sur le second. Alors qu'ils allaient bondir sur le troisième, Isabelle Von Kiel s'approcha de la baie vitrée du luxueux appartement où elle avait été installée par son mari. Celui-ci tenait à la garder près de lui, il veillait jalousement sur son investissement. La grossesse tardait à venir. Isabelle avait bien été indisposée quelques jours mais hélas cela ne donna pas suite et il fallait au duc recommencer. Cela dit, il ne s'en plaignait guère, Isabelle était devenue limite vorace, ne lui laissant que peu de répit. En voyant passer ce bref éclair doré, elle eut un sourire. Son mari allait donc avoir de la visite. Elle garda l'information secrète et lorsque son époux la rejoignit pour la nuit, elle appuya sur le bouton qui ferma les rideaux afin que les deux amants aient un peu d'intimité. Milo et Camus, une fois qu'ils furent au sommet, cherchèrent les bouches d'aération suffisamment larges pour laisser passer un homme. Ils en trouvèrent quatre. Ils décidèrent de se séparer. Ayant chacun un disque dur, il leur serait facile de télécharger les données des ordinateurs. Ils commencèrent la longue descente en utilisant leurs oreilles au maximum pour reconnaître le bruit caractéristique des ventilations réservées aux ordinateurs qui tournaient en continu dans ce genre de structure. Les conduits étaient assez étroits et un peu sales. Ils progressaient à vitesse constante. Camus entendit un bruit familier après avoir descendu une trentaine d'étages. Il prit le conduit qui partait sur sa gauche. Il se rapprochait, il entendait de plus en plus fort les ventilateurs des ordinateurs, il espérait juste que ce n'était pas le centre de sécurité. Il arriva près d'une grille. Un peu plus bas, il aperçut un homme face à un écran géant qui s'apprêtait à sortir. Puis celui-ci fit demi-tour en râlant. Il alluma l'ordinateur, attendit patiemment la page d'accueil puis entra ses identifiants et ses codes que Camus mémorisa en souriant. Il allait pouvoir se connecter sous le nom d'Aristote Zone. Le ministre du futur roi termina ce qu'il avait à faire puis sortit après avoir éteint l'ordinateur. Camus observa la pièce, comme il le pensait, il n'y avait aucune caméra, Zone tenant par-dessus tout à ce que personne de non autorisé ne puisse lire les codes d'accès ou les identifiants. Pour le chevalier, cette précaution allait lui faciliter la tâche. Il démonta la grille, descendit dans la salle lentement sans faire de bruit puis il alluma l'ordinateur. Il entra les codes, le bureau s'affichât avec des dizaines de dossiers, emplis de centaines de sous-dossiers

Pour le coup, on aurait dû demander à Stone ce qu'il voulait que l'on prenne sur cet ordinateur, songea-t-il.

Il brancha le disque dur puis commença à dupliquer les fichiers. Il prévint mentalement son ami qu'il avait trouvé ce qu'ils cherchaient. Cependant celui-ci avait réussi à entrer dans la suite royale. Milo entendait les mariés batifoler très bruyamment dans l'autre pièce. Il repéra l'ordinateur du duc qui par chance était resté allumé pour cause de mise à jour. Il sourit, attendit que l'opération se finisse puis annula l'arrêt ce qui rouvrit la cession du duc. Il brancha alors le disque dur, récoltant la totalité des documents que possédait le futur roi. Décidément pour les deux hommes, la pêche était excellente. Milo sourit en entendant la femme hurler de plaisir et exiger que son homme y aille plus fort. La fille du roi Von Kiel était une gourmande insatiable. Une fois la duplication des fichiers terminée, il éteignit l'ordinateur qui s'arrêta en quelques secondes. Il sauta, s'agrippa à la bouche de chauffage puis se hissa à l'intérieur. Une fois la grille remise, il commença la lente ascension qui le mena sur le toit où il retrouva son ami qui lui sourit

- On est en veine ce soir Milo ! Commenta Camus.

-On devrait aller jouer au casino tu ne crois pas ? Sourit le chevalier d'or du scorpion en lui faisant un clin d'œil. Il ne nous reste plus que Pyros ! On y va dès ce soir ?

- Cela vaut mieux. Il y avait bien un vaisseau qui devait partir pour cette planète non ? S'enquit Camus

- Si ils font comme d'habitude le vaisseau qui nous a amené ici passera par Pyros refaire le plein avant de repartir pour Amos approvisionner les vaisseaux qui sont en orbite.

Milo et Camus redescendirent beaucoup plus vite courant à pleine vitesse vers le saptioport. Le vaisseau était bel et bien là, vidé et prêt à repartir. Il y avait toujours un flottement d'une vingtaine d'heures entre l'atterrissage du vaisseau et son départ, les hommes chargés de contrôler les victuailles s'assurant qu'il ne manquait rien ou qu'aucune n'avait été trafiquée. Tout comme pour Amos, l'entrée fut facile. Ils se glissèrent dans le même conteneur, vide cette fois-ci qui fut mis à bord par une grue puis poussé par un manitou. Les deux chevaliers furent un peu ballottés mais gardèrent un silence absolu, attendant la fin de l'opération. Le voyage se déroula sans encombre, les deux hommes prenant du repos à tour de rôle. Le conteneur une fois que le vaisseau ce fut posé fut sorti et les chevaliers partirent en toute discrétion. Ils avaient six heures pour trouver la base et revenir cela ne leur laissait pas beaucoup de temps. La ville était de plus beaucoup plus surveillée qu'Amos. Les deux chevaliers pouvaient voir des vaisseaux sillonner le ciel à intervalle régulier. La vie suivait son cour mais comme sur Amos, le rationnement était de mise et les gens semblaient inquiets. Mars devait être la seule planète à vivre en totale insouciance. Les deux hommes se rendirent au centre-ville, achetèrent un plan puis se dirigèrent vers la sortie Nord-Ouest. Là aussi, comme sur Amos, elle était bouchée, gardée par des chars, des mitrailleuses et des soldats. Milo poussa un soupir agacé. Camus lui mit une tape amicale sur l'épaule et les deux frères d'armes firent demi-tour. Il n'y avait aucune industrie en ville, toutes se trouvant installées dans sa périphérie. Des navettes de transport se chargeaient d'emmener selon les horaires des trois postes les employés de leur lieu d'habitation à leur lieu de travail. Des soldats étaient chargés de la conduite des opérations, s'assurant que tous les ouvriers étaient là. Pour Camus et Milo ce luxe de précaution ne pouvait signifier qu'une seule chose, des industries vitales étaient installées sur Pyros. Il pouvait s'agir d'armements comme d'informatique. Les deux chevaliers ne pouvaient se permettre de perdre plus de temps. Il leur fallait ses informations, aussi quittèrent-ils la zone. Plus on s'approchait des limites de la ville plus les patrouilles se multipliaient, vérifiant qu'aucun habitant ne tentait de fuir. Ils arrivèrent au niveau des hauts murs d'enceinte de la cité. Ils s'installèrent sur un toit qu'il le dépassait de plus d'un mètre et observait la zone alentour. Il n'y avait pas de forêt à proximité contrairement à Amos, il n'y avait que quelques bosquets. Les deux chevaliers virent des drones patrouilleurs chargés de détecter la moindre présence humaine. Certes ils pouvaient courir en utilisant le maximum de leur capacité mais leur passage ne passerait pas inaperçu et la ville serait immédiatement placée en état d'alerte. Il ne leur restait qu'une possibilité qui ne les réjouissait guère, ils allaient devoir trouver un accès aux égouts de la ville, oubliés depuis longtemps ou très peu surveillé. Ils finirent par en trouver un, dans une impasse, qu'un soldat se contentait de surveiller en scrutant la route qui menait à ce lieu. Camus en voyant cela se demanda ce que cela donnerait en cas d'alerte si tous les habitants se mettaient à fuir, ce petit soldat se ferait vite massacrer. Milo en voyant la plaque d'égouts râla intérieurement que Mu ne les ait pas accompagné. Grâce à ses pouvoirs télékinésiques, il aurait pu soulever cette lourde plaque d'acier sans problème et surtout sans bruit. Ils avaient un grand besoin d'une diversion. Ils se trouvaient dans les quartiers populaires de la ville où prospérait les trafics en tout genre. Il était même probable qu'il devait y avoir quelques élevages clandestins de poules et de lapins dans les caves des immeubles. Les deux chevaliers retournèrent dans la rue, observant les gens. Ils croisèrent un homme qui portait un grand ballot de linges, tout du moins cela ressemblait à cela mais des graines s'échappaient du bas du sac, faisant que l'on pouvait le suivre à la trace. Milo et Camus se lancèrent un regard complice, une bonne petite poule ou un joli lapin, cela devrait intéresser un militaire désireux d'arrondir un peu ses fins de mois. Aussi suivirent-ils l'homme de loin. Celui-ci entra dans un immeuble pour y déposer son précieux fardeau. Seuls les criminels avaient les moyens de se livrer à ce trafic supplémentaire, aussi cela ne dérangeait pas moralement les chevaliers de lui subtiliser un peu de sa production. Ils attendirent patiemment puis entrèrent une fois que l'homme fut ressorti. Ils descendirent à la cave, ouvrant toutes les portes en forçant les serrures .Ils finirent par trouver ce qu'il cherchait, un élevage de poules en batterie. Milo et Camus en prirent chacune une puis quittèrent les lieux rapidement. Ils retournèrent au niveau de la rue, s'avancèrent un peu, posèrent les poules au sol puis les lâchèrent. Celles-ci ne semblant guère désireuses de partir à l'aventure, se contentant de picorer à proximité de leurs ravisseurs, ceux-ci leur volèrent alors dans les plumes provoquant une fuite éperdue des volatiles en direction de l'impasse. Tout ce que Milo et Camus espéraient c'était que les poules ne se laisseraient pas bêtement attraper par le militaire. Ils retournèrent à leur poste de surveillance. A peine furent ils installés qu'ils assistèrent hilare à la poursuite des poules par le soldat qui tentait de les attraper alors qu'elles étaient complètement paniquées. Les poules fuirent en direction de la rue, poursuivies par un militaire qui en oubliait sa mission. Les deux chevaliers descendirent alors rapidement. A peine prirent-ils pied sur le sol de la rue qu'ils se ruèrent au niveau de la plaque d'égout qu'ils soulevèrent rapidement afin de pouvoir se glisser dessous. L'odeur était atroce. Ils avançaient rapidement, un mouchoir sur leur nez. En se servant de la boussole ils finirent par atteindre le tunnel qui menait les eaux usées de la ville vers la station d'épuration. Ils prirent la première sortie sur leur droite qui les mena à l'extérieur de la station bien loin de la ville. Il leur fallait à présent atteindre la zone indiquée par l'avocat. Ils coururent le plus vite possible vérifiant leur progression sur le GPS. Lorsqu'ils arrivèrent face à la grotte qui se trouvait au bas d'une haute colline, ils furent quelque peu inquiets se demandant s'ils arriveraient à entrer. Rien ne garantissait que Kimura n'avait pas fait installer des systèmes de sécurité qui provoqueraient la destruction de la base à la moindre intrusion. Ils entrèrent lentement, en balayant les parois du faisceau de leur lampe torche. La paroi du fond semblait parfaitement lisse et les deux hommes se demandèrent s'il était bel et bien possible qu'une porte d'ascenseur soit dissimulée derrière. Ils examinèrent la pierre, la touchant de leurs mains, cherchant la moindre imperfection qui trahirait sa véritable fonction. Milo finit par trouver un fin trait, le chevalier du verseau remontant ce même trait opina du chef en regardant son ami. Ils avaient trouvé. Milo intensifia légèrement sa cosmo énergie afin que l'aiguille écarlate se déploie. Il la glissa au niveau de l'interstice, augmentant sa concentration, un halo doré se dégageant de son corps, augmentant progressivement. La paroi en pierre explosa, laissant apparaître les portes de l'ascenseur. Les deux hommes sourirent de contentement. Ils forcèrent les portes de l'ascenseur puis pénétrèrent à l'intérieur. Camus vérifia le panneau de commande, il n'était plus alimenté, apparemment la génératrice de la base avait lâché ce qui n'avait rien de surprenant. Sans un entretien régulier, ce matériel tombait rapidement en panne. Camus et Milo passèrent donc à travers la plaque du plafond qui donnait accès aux câbles, Une fois sur le toit, ils regardèrent vers le gouffre qui se trouvait sous leur pied puis ils commencèrent la descente grâce au câble. Arrivé à la hauteur de la porte qui menait à la base, Camus se chargea de la faire voler en éclats en intensifiant sa cosmo énergie qui la gela complètement, un simple coup de pied donné par le chevalier du verseau, la faisant exploser. Une fois à l'intérieur, ils sortirent leurs appareils photos, mitraillant littéralement la zone pour donner aux architectes une idée du résultat final. Les deux hommes furent impressionnés par sa taille, ses quais, sa sortie pour les vaisseaux parfaitement dissimulée et ses espaces dédiés aux différents services. Il y avait même le système de communication créé par Kimura lui-même qui était toujours en place. Milo siffla d'admiration face à tant de travail. La Résistance avait fait du travail d'orfèvre et aux yeux du chevalier il était vraiment dommage qu'elle ne soit plus là pour aider la nouvelle. Camus se rendit directement dans le bureau des communications où il trouva le coffre qu'il força. Il récupéra les plans ainsi que d'autres documents puis il rejoignit son ami qui terminait de photographier la zone des soins.

- Je n'arrive pas à croire qu'ils aient bâtis des trucs aussi immenses ! S'enthousiasma Milo. Comment est-ce qu'ils ont fait ? Leur travail est d'une qualité incroyable !

-Je n'en sais rien, il devait y avoir les bonnes personnes au bon moment. J'ai les plans dessinés par Eliza Zone et des disques de données qui portent la signature de Kimura. On dirait qu'ils n'ont pas tout emporté en partant.

- A ce qu'il parait, ils avaient aussi des bases dans des astéroïdes équipés de propulseurs ! Tu imagines ?

-Très bien ! Rien qu'à voir l'étendue de leurs capacités j'imagine très bien celles du duc qui a réussi à les battre et il représente une sacrée menace pour notre planète ! Paniqua Camus. Il faut que l'on amène tout cela à Stone et qu'il se mette au boulot !

Les deux hommes quittèrent la base rapidement. Ils filèrent à toute allure jusqu'au passage qui se trouvait en amont de la station d'épuration puis ils foncèrent à travers les égouts. Ils ne pouvaient se permettre de manquer leur vol. Camus souleva doucement la plaque d'égout en arrivant à leur lieu de départ. Il ne put s'empêcher de rire, le soldat n'était toujours pas revenu de sa course au poulet à travers les bas quartiers de la ville. Ils sortirent rapidement puis sautant sur le premier immeuble, ils filèrent à travers la cité pour rejoindre le spatioport où les attendait leur cabine privée, le conteneur de marchandises. Par chance, celui-ci était toujours sur le tarmac. Les deux hommes se glissèrent à l'intérieur à peine deux minutes avant qu'il ne soit embarqué. Le voyage de retour se déroula sans encombre mais une fois en approche d'Amos, ils durent quitter leur cache. Camus parasita la caméra en déposant un peu de givre sur celle-ci. Cette technologie n'aimant pas particulièrement le froid, elle cessa de fonctionner pendant quelques minutes ce qui permis aux chevaliers de se cacher dans les étroits conduits de ventilation pendant que des employés transféraient les produits aux vaisseaux de guerre en se servant de tube d'arrimage. Une fois l'opération faite, Camus redonna un coup de froid à la caméra pour qu'ils puissent retourner dans le conteneur. Ils entrèrent juste au moment où un employé de la sécurité, lassé des caprices de la caméra venait vérifier son état. Les deux hommes refermèrent la porte du conteneur précautionneusement en retenant leur souffle. Le technicien finit par s'en aller au grand soulagement des deux hommes. Le vaisseau amorça alors sa descente vers Amos où le conteneur désormais vide devait être rechargé. Lorsqu'il fut sorti par la grue, un fort vent le fit osciller. Camus regardait en riant son ami qui avait beaucoup de mal à se retenir de vomir, ces mouvements de balancier lui donnant le mal de mer. Une fois au sol le chevalier d'or du scorpion retrouva des couleurs. Les deux hommes sortirent discrètement. Ils quittèrent rapidement le spatioport afin de rejoindre au plus vite le domicile de maître Stone. Celui-ci depuis cette mystérieuse visite angoissait. Les hommes du duc n'étaient pas venus l'arrêter ou l'exécuter ce qui pouvait signifier qu'une seule chose, ces deux hommes étaient bien ce qu'ils prétendaient être. Tout le dimanche, il regarda la pendule régulièrement, la journée passant trop lentement à son goût. Lorsqu'enfin, le lundi matin, alors qu'il venait juste de se lever, on sonna à sa porte, son cœur marqua un temps d'arrêt. Il regarda par l'œilleton puis ouvrit à ces matinaux visiteurs qui avaient chacun dans une de leur main, un disque dur

- On a ce que vous vouliez, affirma Camus. On peut parler sérieusement à présent ?

Stone restât coït un bon moment. Lui qui ne croyait pas au miracle était obligé de se dire que finalement cela existait peut être. Quelles chances y avait-il que ces deux hommes atterrissent sur Amos ? Qu'y constatant la tragédie que connaissait l'humanité, ils choisissent d'aider au lieu de fuir ? Combien de chances y avait-il qu'ils cherchent à aider la Résistance et qu'ils finissent par le trouver ? Sans qu'il ne s'en rende compte une larme de joie roula sur sa joue pour atterrir dans sa tasse à café du matin qu'il avait oublié de poser avant d'aller ouvrir.