Chapitre 20 : Le feu du ciel

Oscar lança un regard complice à son amant en quittant le Vénus. Il avait hâte de voir sa nouvelle armée et de pouvoir la tester. Les généraux qui avaient effectué les premiers essais en disaient beaucoup de bien. A leurs yeux, les sexaroïdes étaient parfaitement opérationnels et totalement obéissants. Ils semblaient même plus efficaces que les hybrides car ils n'avaient besoin que de très peu de temps de repos, juste de quoi réinitialiser les systèmes et effectuer des mises à jour. Les soldats chargés de surveiller l'entrée se mirent au garde à vous face à leur roi. Le responsable de la base, se présenta devant le duc, ravi de recevoir le futur roi de la galaxie dans cette petite base de stockage. Il ignorait ce que l'on lui avait confié mais on lui avait bien fait comprendre que ce qu'il y avait dans les conteneurs était très important pour le duc. Ils traversèrent de longs couloirs dont les murs étaient faits de plaques de métal lisse. Le responsable sur ses talons, Oscar arriva enfin dans la zone de stockage. Il entra les codes, la porte glissa rapidement dans un chuintement doux, sans accroc. Ce qui troubla en premier Oscar ce fut l'odeur, cela sentait le brûlé mais pas l'odeur habituelle, elle semblait plus d'ordre chimique. Il entra dans la vaste salle. Il alla directement vers le premier conteneur afin de l'ouvrir et le trouva vide, il passa alors au suivant et ainsi de suite. Au fur et à mesure qu'il progressait l'odeur devenait de plus en plus forte. Angoissé, il se déplaça de plus en plus vite, en ouvrant le premier conteneur de la troisième rangé, l'odeur qui en sortit le pris à la gorge. Il s'éloigna rapidement puis plaça un mouchoir pour protéger sa bouche et son nez, ses accompagnateurs en faisant autant. Il s'approcha de nouveau avec Von Stadt pour constater les dégâts. Les robots étaient détruits. Il passa au conteneur suivant. Une fois le tour de la salle de stockage fait, il sortit de la pièce, pâle de colère en serrant les dents, sans parler à personne. Il se dirigea directement vers la salle de réunion suivit par un responsable de la sécurité catastrophé. Celui-ci avant d'entrer dans la pièce ordonna aux soldats de fouiller la salle pour découvrir comment tout ceci avait pu arriver. Il entra en tremblant. Von Stadt observait son amant, il n'avait pas desserré les dents. Friedrich le sentait, Oscar était au bord de l'explosion, il devait trouver le moyen de le calmer. Le fin jeune homme s'approcha de l'homme qui lui tournait le dos, s'obstinant à regarder une carte spatiale projetée sur l'écran géant de la salle.

- Ce n'est pas si catastrophique que ça Oscar, affirma Friedrich. Même avec des milliers de vaisseaux sous ses ordres, Von Kiel ne pourrait te battre, ses stratèges sont minables et tu le sais.

-Qui d'après toi a pu faire ce coup-là ? L'interrogea brutalement le duc en lui faisant face.

-Je ne sais pas, avoua le jeune homme gêné.

-Tu ne sais pas, ou bien tu ne veux pas dire ce que tu penses ? Explosa Oscar.

-Calmes toi, même si c'est Von Kiel qui les a cela ne changera rien, tempéra Friedrich.

-Cela change beaucoup de choses au contraire ! Je ne serai pas à armes égales et je risque de devoir sacrifier plus de planètes pour le vaincre ! Ragea le duc.

-Tu étais prêt à tout pour gagner non ? Glissa Von Stadt.

-Comment ont-ils fait pour me subtiliser mes nouveaux équipages ? Questionna-t-il durement le responsable de la base.

-Je ne sais pas votre altesse, j'ai envoyé des hommes enquêter, reconnut le responsable.

-Il vaudrait mieux pour vous que j'ai des réponses très rapidement ! A l'heure actuelle j'ai fait replier toutes mes troupes loin d'Amos en espérant pouvoir placer mes nouveaux équipages dans les nouveaux vaisseaux qui sont amarrés aux quais de cet astéroïde afin de pouvoir surprendre Von Kiel lorsqu'il attaquera ! Ordonne aux autres vaisseaux de venir ici à vitesse maximale ! Exigea-t-il sèchement à Von Stadt.

Alors qu'il prononçait ces mots, le système de surveillance se mit en alerte. Le satellite espion chargé de surveiller Amos envoya sur l'écran de la base secrète une image de la zone encore très éloignée d'Amos mais où se trouvait en attente, prêtes à l'attaque les troupes de Von Kiel.

-On n'a plus le temps ! Ragea le duc en serrant les poings. Il est déjà là ! Que tout le monde suive le protocole de sécurité, plus aucune communication longue distance !

Le responsable de la base acquiesça, quitta la pièce afin de prévenir l'ensemble des officiers présents dans les différents vaisseaux et le centre de communication.

-Je n'ai plus le choix, Von Kiel va pouvoir raser tout ce qu'il veut, si j'ordonne le retour des troupes maintenant, il le saura et filera sans que nous puissions le suivre ! Gronda Oscar en observant d'un regard meurtrier les différents vaisseaux du roi Von Kiel qui s'étaient remis en marche, avançant doucement, prêts à filer à la moindre alerte.

Le responsable de la base revint avec entre ses mains la tablette abandonnée par le capitaine après son forfait. Il la tendit au duc de Péhant qui, en colère, la fracassa contre le mur.

-Il avait les codes d'accès ? S'enquit-il avec rage auprès de son subordonné qui commençait à trembler, craignant fortement que le duc ne décidât de l'abattre sans lui laisser une chance de s'expliquer.

Le duc regardait la tablette avec insistance.

-Gresham nous a trahis, il a donné les codes à Von Kiel, crut-il en colère.

-Je ne vois pas comment il aurait fait Oscar, douta Friedrich.

-Tu penses à qui ? Grinça le duc. Aucun de mes hommes ne serait assez fou pour me trahir.

-Je ne pense pas à un de tes hommes justement, avança doucement Friedrich.

Oscar pâlit brusquement, il refusait cette terrible éventualité. Il s'éloigna de son amant.

-Oscar, insista Von Stadt.

-Tu penses à elle parce que tu ne l'aimes pas, reprocha le duc.

-Donc tu l'aimes ? L'interrogea Friedrich d'une voix douce.

-Je n'ai pas dit cela ! Répliqua Oscar durement. Je la respecte et je l'apprécie.

-Moi aussi mais nous savons toi et moi qu'elle avait beaucoup de rancœur en elle, elle aurait très bien pu vouloir se constituer une armée personnelle, proposa Von Stadt en s'approchant.

Il se plaça au plus près de son amant avant de lui glisser doucement à l'oreille.

-Je sais que tu refuses de l'accepter, mais je crois que même si tu refuses de te l'avouer, tu l'aimes et c'est normal, elle est courageuse, elle est forte et elle n'abandonne jamais.

-Ce n'est pas Isabelle, elle était beaucoup trop faible, elle n'a pas pu bouger de sa couche dès le début de sa grossesse, elle était beaucoup trop épuisée, l'enfant la vidait de son énergie, de plus elle est constamment surveillée, elle ne pouvait pas y arriver, argumenta Oscar.

-Elle, non, mais si elle s'est fait une alliée, suggéra Von Stadt. Elle est restée longtemps avec Sylvidra, elle est peut être toujours en contact avec elle.

-Tu penses à un émetteur espion ? Comprit le duc.

-C'est probable mais comme Von Kiel va raser la planète nous n'en n'aurons jamais la preuve, en conclut Von Stadt tristement.

Le duc eut un rire triste.

-Dommage que je n'ai pas su voir le potentiel d'Isabelle sous l'oie blanche que Von Kiel avait glissé dans mon lit, regretta-t-il tristement.

-Il faut fouiller sa cabine, je peux le faire si tu veux, proposa Von Stadt sur le même ton.

Le duc regarda son amant

-Ne me dit pas que toi aussi… Réalisa-t-il d'une voix blanche

-Je n'en sais rien, peut-être, avoua-t-il. Lorsque tu m'as mis dans son lit tu as joué avec le feu Oscar.

Le duc détourna le regard en souriant tristement.

-On est tous les deux tombés entre ses griffes, comprit-il. Je ne le regrette pas, je réalise seulement que si les choses avaient été différentes entre nous, nous aurions pu être très heureux ensemble. Tu vas trouver cela fou mais si c'est elle qui est responsable de cela, je lui pardonne et je préfère la garder à mes côtés même si cela signifie ma perte.

-C'est donc bien de l'amour, sourit tristement Von Stadt. Je resterai à tes côtés quoi qu'il advienne. Quels sont tes ordres ?

Oscar ne répondit pas immédiatement. Son cœur lui faisait mal, bien plus que lorsqu'Harlock l'avait trahi mais étrangement il ne ressentait aucune colère, seulement de la tristesse. Il réalisa la force des sentiments qu'il avait pour sa jeune épouse, ils étaient bien plus forts que ceux qu'il avait ressenti pour le capitaine de l'Arcadia et c'était peut-être cela d'aimer réellement, peut être que ce qu'il avait pris pour de l'amour n'en n'était pas finalement.

-Est-ce que tu penses que Von Kiel est suffisamment loin pour que nous puissions lancer un appel à Amos

-Tu veux avertir la population et lui permettre de fuir ? Espéra Von Stadt.

-Etrangement je le voudrai bien mais je ne peux pas, lancer le signal d'alarme signifierait la fuite des habitants avant l'attaque et Von Kiel fuirait. Si je veux vaincre je dois les sacrifier, je n'ai pas le choix. En revanche, j'ai quelque chose de bien plus important à faire évacuer, je pensais avoir plus de temps mais Von Kiel a vraiment été rapide, cela doit faire un moment qu'il attendait une telle opportunité ! Rétorqua Oscar.

-Tant que cela reste à proximité, cela devrait aller. Il ne faut pas tenter par contre de contacter les planètes plus éloignée, conseilla Von Stadt

-Fais aussi venir le maréchal de Bresson, il faut que j'obtienne certaines assurances concernant la base si l'évacuation est impossible.

-A tes ordres, obéit Von Stadt en souriant.

Il contacta le maréchal qui rejoignit son jeune roi rapidement. Une communication fut ensuite établie entre la base secrète et le centre de recherches en génétiques d'Amos. Le chercheur fut surpris de l'appel, les clones n'étaient pas terminés et il ne comprenait pas que le duc puisse vouloir reprendre si vite des nouvelles de ces étranges humains.

-Des troupes de Von Kiel font route pour Amos, révéla le duc. Il faut transférer de toute urgence les clones sur une autre planète. Servez-vous du vaisseau cargo numéro quatre !

-C'est impossible, votre altesse, ils ne sont pas transportables, paniqua le responsable. Et même si c'était le cas il faudrait quarante-huit heures pour tout transporter, les caissons sont extrêmement lourds et il faut éviter tout mouvement brusque pour éviter tout déchirement placentaire qui entrainerait leur mort.

Oscar serra les poings de colère. Le maréchal de Bresson entra et se mit en salut militaire jusqu'à ce que son roi l'autorise à reprendre une attitude normale.

-Dîtes moi maréchal de Bresson, est ce que la base résistera à un tir nourri de la part de Von Kiel ? S'enquit-il inquiet.

-Elle a été construite profondément dans le sol, les premiers étages souffriront mais les extincteurs automatiques empêcheront la propagation du feu, affirma ce dernier calmement.

-Vous en êtes certain ? Insista le duc.

-Absolument votre altesse, affirma l'officier

-Vous en répondrez de votre vie, de Bresson, menaça de Péhant. S'il arrive quoi que ce soit aux clones vous serez tenus pour responsable !

-Cette base est indestructible, il suffit juste de la mettre en état d'alerte ! Soutint de Bresson.

Oscar cessa de s'occuper du militaire pour reprendre la discussion avec son chercheur.

-Avez-vous injecté les nanos ? L'interrogea-t-il.

-Oui et il n'y a eu aucune réaction de rejet, tout se passe comme prévu, affirma le chercheur.

-Ca, on pourra en être certain que lorsqu'Hadès et ses spectres auront récupéré leurs corps originels, rappela Oscar. Passez en état d'alerte, qu'il n'arrive rien aux clones vous en répondrez de votre vie !

-A vos ordres votre altesse.

Le responsable des recherches jeta un regard inquiet dans la salle une fois que la communication fut coupée. Ses collègues l'avaient rejoints, aucun d'entre eux ne faisaient confiances aux militaires pour assurer leur sécurité. En théorie, les caissons pouvaient supporter une température extrêmement excessive, si jamais le feu venait à arriver jusqu'à eux, ils résisteraient. Si les chercheurs rechargeaient suffisamment les réserves d'énergie de secours de chaque caisson et s'ils fournissaient suffisamment de poches de nutriments aux différentes machines intégrées dans le socle des caissons alors ils pourraient fuir tranquillement et revenir une fois que la tempête serait passée. Le responsable n'eut pas à exprimer à haute voix son idée, les scientifiques se regardèrent en acquiesçant. Ils descendirent rapidement de la plateforme, s'emparèrent des différents chariots afin de commencer la distribution au niveau des caissons. Les batteries furent changées puis une fois toutes les opérations terminées, les différents scientifiques se rendirent dans le hangar. Ils montèrent à bord d'un petit vaisseau de transport. Le responsable s'installa aux commandes. Il fit chauffer les moteurs quelques minutes puis amorça le décollage.

- Et si on se fait repérer ? S'inquiéta un des chercheurs qui l'avait rejoint dans le poste de pilotage.

-Ne t'inquiète pas, le duc est dans la base qui se trouve dans l'astéroïde à proximité d'Amos, je sais exactement sous quel angle je dois décoller pour nous éviter cet écueil.

-Si nous ne revenons pas à temps, le duc nous fera pourchasser et massacrer, trembla le scientifique.

-Ne t'inquiète pas pour ça, on reviendra à temps et puis de toute manière ses précieux alliés de l'Enfer seront saufs ! Ragea le responsable. J'ai fait ça parce que je n'avais pas le choix mais je commence à me demander ce que j'ai fait tomber sur l'humanité !

-On aurait dû les détruire, affirma le scientifique apeuré.

-Ne t'inquiète pas, j'avais envisagé de saboter la base mais avec un peu de chance, Von Kiel fera le travail à ma place. Si elle reste intacte, nous la ferons sauter et comme nous serons censés être restés à l'intérieur nous passerons pour morts. En étudiant les boîtes noires des caissons, il verra que nous avons pris soin de chacun de ses petits protégés et nous serons libres, ne t'inquiètes pas nous allons gagner.

-Où irons-nous après cela ? S'inquiéta le scientifique

-Nous devons rejoindre les Résistants dirigés par Nynna Summer Kimura, je suis le seul résistant resté dans cette portion de la galaxie à avoir survécu et si j'ai été épargné c'était à cause de mes compétences de généticiens, le duc a cru à tort que les tortures et la peur de mourir avait fait de moi un toutou docile, je l'ai leurré jusqu'au bout mais maintenant c'est fini !

-Nous aussi, nous n'avons pas eu le choix, avoua le scientifique tristement. C'est la première fois que je tente quelque chose d'aussi risqué, s'opposer au duc de Péhant c'est de la folie.

-Et si on laisse ces créatures infernales survivre c'est la mort qui règnera dans tout l'univers, rappela le responsable. Nous n'avons pas le choix, Peter, il faut que l'on mette nos vies en jeu pour y parvenir.

-Où sont gardés les ADN originaux de ces créatures ? S'inquiéta un autre scientifique qui venait de les rejoindre.

-Dans le labo, ne t'inquiètes pas Faustin, ils seront détruits avec le reste, il était temps que Von Kiel attaque, il nous fournit le meilleur moyen de nous débarrasser de cet épineux problème.

Le vaisseau glissa lentement dans l'espace aérien d'Amos sous bouclier occultant. Il quitta la planète à vitesse lente pour ne pas alerter les satellites de surveillance. Le responsable du laboratoire mena l'appareil jusque dans le cratère d'un astéroïde à proximité d'Amos où leur longue attente commença.

Le duc n'était pas le seul à faire surveiller le ciel d'Amos, Harlock par précaution avait ordonné une surveillance constante de cette zone de l'espace. Lorsque les Mazones aperçurent l'arrivée des vaisseaux de Von Kiel, elles prévinrent le capitaine de l'Arcadia qui quitta alors la reine précipitamment pour rejoindre le poste de surveillance. La Mazone chargée du satellite en le voyant entrer fit basculer l'image sur l'écran principal.

-Combien d'appareils ? L'interrogea-t-il, inquiet.

-Une cinquantaine monsieur, indiqua l'officier d'une voix calme.

-Est-ce qu'il y a d'autres cibles ?

-Non monsieur, aucune, les vaisseaux ne semblent s'intéresser qu'à Amos.

-Von Kiel est un imbécile, il défie ouvertement le duc en pensant qu'il a toutes les cartes en main et cet idiot va se faire tracer comme un débutant ! Ragea le capitaine. Mettez-moi en contact avec Arthur Stone !

-A vos ordres ! Obéit la Mazone.

L'officier envoya les codes d'accès. Une fois cela fait Harlock exigea des deux Mazones qu'elles quittassent la zone des communications puis il débrancha tous les systèmes de contrôle de Sylvidra y compris le mouchard qu'il portait constamment à la ceinture. Il se moquait de mettre la souveraine en colère, la situation était bien trop grave pour qu'il s'occupe des crises d'hystérie de la souveraine des Mazones. Jerry en voyant le code d'identification de Lily Marlene, envoya le message à l'ancien avocat qui quitta la zone de transit de victuailles pour la zone des communications. La base était achevée depuis une semaine, les victuailles avaient été transférées ainsi que des semences, le tout complété par plusieurs essaims d'abeilles indispensables à la pollinisation sans compter des vaches, des lapins, des poules des porcs et autres animaux d'élevage sans compter la totalité d'un zoo comprenant de nombreuses espèces n'existant que sur Amos. Stone avait l'impression d'avoir construit une arche de Noé sous-terraine sous les conseils du capitaine de l'Arcadia. Une vaste serre avait été installée au plus profond de la base. Par chance, la source d'eau devrait pouvoir alimenter toute la base sans problème que ce soit en eau potable ou en eau pour les cultures. Stone avait conscience de la difficulté de vivre sous terre pendant un temps indéterminé aussi avait choisi d'installer la serre tel un vaste de jardins, avec ses fruitiers, ses légumes et ses plantes d'agréments. Il avait pris soin de faire récupérer le plus d'essences d'arbres possibles originaires d'Amos ou amenées par les humains lors de leur installation. L'intégralité des installations avait été testée et la base destinée à recueillir les survivants de la capitale était parfaitement opérationnelle. Stone espérait qu'elle ne servirait jamais mais en voyant le visage grave du capitaine il comprit qu'un terrible danger s'approchait d'eux. Harlock n'eut pas à prononcer un seul mot.

- Von Kiel, comprit l'avocat tristement.

-Il faut lancer le signal d'alarme d'évacuation, j'espère que le piratage de votre informaticien sera parfaitement efficace. Avez-vous assez d'hommes pour évacuer les habitants ?

-Environ deux cents, avoua l'avocat. Combien de temps avons-nous capitaine ?

-Trois heures tout au plus, indiqua Harlock d'une voix douce.

-Si peu ! Paniqua l'avocat. Je lance l'ordre immédiatement.

-Une chose, maître Stone, une fois que la planète aura refroidie, je vous déconseille de sortir. Affirma Harlock calmement.

-Je sais on doit rester caché jusqu'à ce qu'Isabelle Von Kiel lance son offensive ! Rappela l'avocat.

Harlock restait silencieux ce qui inquiéta encore plus Arthur Stone.

-Combien de temps capitaine ? S'angoissa-t-il.

-Je ne peux vous donner un délai précis, reconnu Harlock. Nous allons au-devant d'un problème bien plus grave que le duc de Péhant, je le crains. Vous avez confiance en moi n'est-ce pas ? Alors suivez mon conseil, les survivants doivent rester cachés, développer vos activités sous terre jusqu'à ce que l'on vienne vous chercher.

-Qui viendra nous chercher ? Kimura ? Hasarda Stone.

-Lui ou les chevaliers d'Athéna, révéla Harlock.

-Ils sont rentrés chez eux, rétorqua Stone.

-Je crains qu'hélas ce répit ne soit que de courte durée pour eux surtout lorsqu'ils sauront ce qu'il se passe réellement. Si je pouvais au moins entrer en contact avec Ryo, se désola Harlock.

-Qu'est-ce qu'il se passe ? Paniqua Stone

-Le duc a joué aux apprentis sorciers, il a cloné les corps d'Hadès et de ses cent huit spectres en espérant pouvoir les contrôler.

-Vous êtes en train de dire que le Dieu mythologique des Enfers est parmi nous ? L'interrogea Stone interloqué.

-Ce n'est pas un mythe Stone et il hait l'humanité, il nous massacrera tous jusqu'au dernier c'est pourquoi vous devez rester caché, promettez le moi ! Exigea Harlock.

-Je vous fais confiance, je vous le promets, céda Stone abasourdi.

-Bonne chance, faîtes attention à vous Stone, au revoir, le salua Harlock en souriant avant de couper la communication.

Alors que l'image disparaissait la souveraine des Mazones fit son entrée. Elle avait repris des couleurs, le nouveau traitement faisait de l'effet et sa grossesse était enfin devenue agréable pour la souveraine.

-Tu devrais te reposer Sylvidra, suggéra Harlock sans se retourner.

-De quel droit as-tu fais sortir mes officiers ? S'indigna la reine. Qu'as-tu donc donné comme information à Stone qu'elles se devaient d'ignorer ?

-Rien qui ne te concerne Sylvidra ! Répliqua Harlock calmement. Et je n'ai que faire de ton flicage permanent ! Tu veux qu'Isabelle devienne reine, je la mettrai sur le trône mais il vaut mieux pour tout le monde qu'elle ne règne pas sur des mondes morts !

La reine se mordit la lèvre inférieure sans répondre. Ce silence surpris Harlock qui se retourna.

-Je n'ai fait que suivre le plan établi Sylvidra, mettre la Résistance en sécurité car nous aurons besoin d'elle, insista Harlock.

La reine eut un ricanement.

-La petite Isabelle, celle de nous deux que tu préfères, rappela-t-elle avec une pointe de colère dans la voix. Méfie toi mon beau pirate je pourrai bien changer d'avis la concernant. Je ne suis pas obligée de livrer les vaisseaux.

-Tu veux te charger d'Oscar de Péhant toi-même ? Se moqua Harlock. Tu n'as pas été capable de me battre avec toute ton armada alors comment comptes-tu vaincre Oscar qui est très bon stratège et qui dispose de près de mille bâtiments de guerre puissamment armés dont les troupes sont composés d'hybrides beaucoup plus pervers et destructeurs que tes propres troupes ?

-Ne me défie pas Harlock, menaça la reine en serrant les poings.

-Je vois, comprit-il brusquement. Le problème c'est moi, tu ne veux plus me laisser à Isabelle, de peur que celle-ci se retourne contre toi en se servant de moi pour mener ses troupes. Si c'est là tes craintes, il te suffira d'ordonner aux nanos de m'empoisonner et tu ne risqueras plus rien.

-Avec les Résistants qui ont réussi à se sauver et qui voudront te venger ? Ricana la reine.

-Ils ne reviendront pas Sylvidra répliqua Harlock. Ils se sont installés dans un coin très tranquille et ils ne se mêleront pas de ce qui se passe vue ce que cela leur a rapporté la première fois. Sans compter qu'ils ont perdu leurs meilleurs éléments comme Ryo Kimura, le général Martin ou Elliot Grant.

-Tu oublies tes descendants ! Insista la reine.

-Ne t'en prends pas à mes enfants ou à Ellie, c'est la seule chose que je te demande, souhaita Harlock. De toute manière, Ellie ne les enverra pas t'affronter contrairement à toi elle tient à ses enfants et elle tient plus que tout à les protéger, elle mentira pour éviter que la colère ou la haine ne les conduisent à faire un acte irréfléchi.

Il s'approcha de la reine, la regardant de son œil glacial.

-De toute manière tu as programmé les nanos pour que je ne puisse me retourner contre mes « maîtres », je suis devenu un chien tenu en laisse très docile alors ne t'inquiète pas, affirma-t-il avec dégoût.

Il sortit de la pièce, abandonnant là, la souveraine dont la mâchoire se contracta sous l'effet de la colère. Elle avait encore laissé sortir son animosité s'exprimer car son orgueil l'empêchait d'être faible face à cet humain. Elle ne voulait pas le laisser à Isabelle parce qu'elle la jalousait, certes Harlock ne l'aimait pas mais il faisait preuve vis-à-vis d'elle d'une certaine affection, chose qu'il était incapable de faire avec la reine. Depuis quelques temps sans qu'elle ne sache pourquoi, elle était constamment angoissée, la peur s'immisçait dans son cœur et elle ne se sentait bien que lorsqu'elle voyait Harlock ou qu'il était près d'elle. Sans lui, elle le sentait, la terreur la dominerait complètement. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. C'était comme si elle sentait un danger planer sans arrêt au-dessus de sa tête. La mort semblait la guetter, elle, ainsi que la totalité de son peuple. En étant près d'Harlock elle avait l'impression de sentir une aura douce, apaisante, rassurante ce qui étant donné la haine qu'Harlock nourrissait pour elle était aberrant. Elle poussa un profond soupir de lassitude puis retourna à ses appartements.

Sur Amos, Jerry lança les codes d'identification du réseau de sécurité de la ville. Il n'était plus nécessaire de se cacher, aussi, pour gagner du temps, il pirata directement le service de sécurité sans se servir du protocole chargé d'empêcher leur localisation. De toute manière d'ici quelques heures, les tunnels et les petites bases locales ne seraient plus que des tas de cendres. Les alarmes retentirent dans toutes les villes d'Amos. Les hauts parleurs hurlaient leur cri d'alerte ce qui arrêta l'activé humaine sur la planète. Jerry les bloqua sur le mode marche, empêchant la police de les couper. Le signal d'attaque aérienne résonnait dans toutes les villes. Les citadins, figés se regardèrent. Tout le monde savait ce que signifiait ce signal. La Résistance sur le web parallèle avait bien indiqué qu'elle lancerait l'alarme dès que les troupes de Von Kiel seraient en approche. Au bout de quelques secondes des cris de panique s'élevèrent de la foule. Les deux cents hommes chargés de l'évacuation des personnes prioritaires quittèrent les tunnels à bord de camion de pompier volés exprès pour ce terrible moment. Ils étaient tous déguisés en officier du feu. D'autres Résistants les suivirent de près dans des voitures maquillées en véhicule de police, chacun des occupants en uniforme. La panique s'empara de la population, des voitures pressées grimpèrent sur les larges trottoirs afin de rejoindre le point de sortie le plus proche ou pour aller récupérer en urgence leurs proches, les piétons se mirent à courir. Stone et le responsable de l'évacuation avaient longtemps étudié les protocoles d'alerte, et les vidéos montrant les réactions des gens lors d'évacuation d'urgence. Ils en avaient conclus qu'ils devaient déployer au plus vite leurs troupes. Chaque personne chargée de ce problème disposait des fiches d'identité des habitants qu'elle devait sauver. La population via le web parallèle avait été averti que des pompiers et des policiers se chargeraient de les emmener en lieu sûr, ils avaient même donné aux officiers de faux numéros de plaque en envoyant à chaque habitant destiné à être sauvé le numéro de plaque de l'homme chargé de les emmener en sécurité. Cette fois-ci les dés étaient jetés. Stone et William Johnson filèrent vérifier les rames de train chargées de transporter de toute urgence la population. Jerry resterait à surveiller via les caméras de sécurité l'évacuation, se chargeant de trouver des itinéraires de sortie pour faciliter la circulation en ville et le transférant aux GPS embarqués des véhicules. Malgré la panique qui semblait régner, il fut rassuré de voir que les habitants semblaient suivre les consignes, chacun retournant à son quartier pour attendre le pompier ou le policier chargé de l'emmener. Les autorités de la capitale d'Amos ne comprenaient pas ce qu'il se passait. Du haut de leur bureau ou de leurs véhicules les policiers voyaient les gens rentrer précipitamment chez eux tandis que des camions de pompiers et des voitures de polices toutes sirènes hurlantes se frayaient un passage dans la ville. L'armée, regarda abasourdie, les gens filer à toute allure dans la cité faisant fi des radars fixes et mobiles, grillant les feux rouges dès que possible afin de rentrer chez eux au plus vite. Jerry vit les véhicules de pompier arriver dans leur zone respective. Leurs occupants en descendirent, chacun d'entre eux avec sa tablette numérique. Par chance, le sous-sol de la capitale était devenu un vrai gruyère, Stone ayant exigé le creusement de dizaines de tunnels supplémentaires. Les pompiers se rendaient auprès des gens, s'identifiant et les invitaient à les suivre. Chaque habitant, prévenu depuis longtemps de ce qui allait se produire avait préparé un ballot d'urgence. Les enfants pleuraient tandis que leurs parents, rongés d'inquiétude se contentaient de les tirer par le bras car il était temps de traverser la ville à pied pour rejoindre le point d'évacuation au plus vite. La répartition des tunnels était parfaite, le trajet ne devait durer pas plus de cinq minutes. Ordre avait été donné aux Résistants déguisés en pompier d'abattre tous les policiers qui tenteraient de les empêcher d'accomplir leur mission. De Péhant avait laissé très peu de troupes en place ce qui rassura les Résistants, au moins de ce côté-là, ils n'avaient rien à craindre.

- Tout se passe comme prévu monsieur Stone, indiqua Jerry dans son micro-casque.

-C'est une bonne nouvelle ! Les rames sont prêtes ! Se réjouit Stone. Où en sont les premiers rescapés ?

-Il y en a déjà dans les tunnels, sept, douze, vingt-quatre et dans le vôtre aussi, indiqua joyeusement Jerry. Ils seront là d'ici une ou deux minutes. Les conducteurs des rames sont prêts ?

-Il n'y a pas plus prêts qu'eux Jerry ! S'exclama William plein d'espoir.

Les deux hommes entendirent des coups de feu résonner dans le tunnel.

-Jerry ? S'inquiéta Stone.

-Quelques flics qui ont essayé de s'interposer, notre pompier s'en est chargé ! Affirma Jerry. Vous voyez ceux que vous devez transporter ?

-Ils sont en vue Jerry ! Ces prochaines heures vont être longues ! Soutint Stone en respirant profondément.

Il leva le bras, fit signe au pompier qui lui répondit de sa lampe torche avec le code convenu. Les personnes en voyant la rame se précipitèrent suivi par le pompier. Stone aidé de William les fit monter dans le premier wagon, les répartissant correctement afin de gagner le plus de place possible. Le moindre espace était vital. D'autres gens suivirent à quelques secondes d'intervalles. Les premières rames filèrent à toute allure à travers la campagne d'Amos. Les conducteurs roulaient à pleine vitesse. Ils n'avaient que très peu de temps pour emmener les gens et ne pouvaient se permettre de perdre la moindre minute au vue du nombre impressionnant de traversées qu'ils allaient devoir faire. La rame du tunnel où se trouvaient les deux responsables de la Résistance partit à pleine puissance. Les deux hommes installèrent les nouveaux arrivants sur les quais leur demandant de patienter. L'allé retour devait se faire en quinze minutes maximum. Treize minutes plus tard, la rame revint et fut remplie comme un œuf avant de repartir. Stone et Johnson étaient en nage, ils couraient sans arrêt des quais à l'entrée du tunnel pour guider les gens à travers le sous-terrain afin de faire gagner du temps au faux pompiers pour qu'ils puissent aller chercher d'autres gens. Par chance, la population avait conscience de l'importance d'être organisée et à part un petit mouvement de panique au début de l'alerte tout se passait comme prévu, chacun attendant son tour. Les deux hommes qui accusaient chacun la soixantaine commençaient à fatiguer. Alors qu'ils ramenaient un groupe de survivants, William dû s'arrêter quelques secondes pour reprendre son souffle.

-Ca va William ? S'inquiéta Stone.

-Ca va aller, affirma l'ancien photographe en respirant profondément. On en a encore beaucoup à évacuer ?

-Normalement non, mais le tunnel d'à côté est surchargé donc beaucoup vont venir prendre le nôtre.

-On a un problème de répartition si je comprends bien, en conclut William en se remettant à courir suivit par Stone et des familles entières.

Alors qu'ils arrivaient au niveau des quais, la rame fit son entrée et les familles s'engouffrèrent à l'intérieur, s'installant tant bien que mal. Les enfants sur les genoux de leur parents pleuraient tandis que hommes et femmes tremblaient et regardaient apeurés leurs sauveurs. Les deux hommes avaient beau tenter de les rassurer, rien n'y faisait ce qui ne les surprenait pas. Jerry sentit son cœur s'emballer en voyant les premiers vaisseaux de Von Kiel descendre sur la ville.

-Les vaisseaux sont là ! Hurla-t-il.

-Là ça va être la panique, conclu Stone d'une voix blanche.

-Qu'est-ce qu'on fait pour nos « pompiers » ? S'inquiéta Johnson. Où est ce qu'ils sont Jerry ?

-Au nord de la ville et ils commencent à se déployer ! Indiqua Jerry.

-Ils doivent suivre la procédure, dès que les tirs tomberont, il faudra qu'ils partent par les tunnels avec ceux qui seront avec eux et qu'ils prennent la rame de métro pour être évacués avec les habitants qui seront à bord. Rappela Stone.

-Et ils devront abandonner ceux qui n'auront pas eu le temps de sauver, s'attrista William. Ils ne vont pas aimer ça Arthur.

-On savait très bien qu'on ne pourrait pas sauver tout le monde William. Ils se feront une raison j'espère, souhaita Stone sur le même ton.

Les deux hommes entendirent des cris de panique alors que des centaines de personnes entraient dans le tunnel.

A l'extérieur, au-dessus de la capitale et de toutes les villes de la planète des vaisseaux s'étaient placés de manière à pouvoir raser la cité qu'ils survolaient grâce au nouveau rayon surpuissant mis au point par les chercheurs de Von Kiel. Les officiers attendaient l'ordre de tirs. Von Kiel dans son quartier général jubilait, il avait pris Oscar de court et il allait pouvoir détruire Amos sans que celui-ci ne puisse s'interposer.

-Rasez moi tout ça ! Ordonna-t-il avec un sourire cruel aux lèvres.

Le ventre des vaisseaux s'ouvrit, un long et imposant canon se déploya, sortant de leur soute. Jerry impuissant, pâle comme un linge assistait à cette tragédie. Des milliers de personnes qui se trouvaient en dessous se mirent à courir paniquées, se doutant de ce qui les attendait. Les bouches de canons devinrent jaunes puis progressivement la boule d'énergie passa à l'écarlate.

-Oh mon Dieu des tirs de plasma ! S'exclama Jerry d'une voix blanche.

-Qu'est-ce que tu dis Jerry ? L'interrogea Stone en hurlant à travers son micro-casque pour couvrir les hurlements de panique. Qu'est-ce qu'il se passe ?

-Il faut partir maître Stone ! Hurla Jerry. Von Kiel va nous tirer dessus avec des canons au plasma !

-Ce n'est pas vrai ! Paniqua Stone.

-C'est dangereux le plasma ? S'enquit William.

-Il n'y a pas plus destructeur, je ne sais même pas si la base résistera, avoua Stone paniqué.

Alors qu'il prononçait les premiers tirs frappèrent brutalement le sol le faisant trembler ce qui fit tomber les deux hommes. Les gens paniqués se ruèrent à l'intérieur de la rame. A l'extérieur, les tirs avaient rasés en un instant un nombre considérable d'habitations, creusant le sol en profondeur, avançant progressivement vers le centre-ville en formant un mur de feu. Jerry assista horrifié à la désintégration dans les flammes de milliers de personnes, hommes femmes et enfants qui n'avaient pu être évacués. En larmes il regarda la progression des flammes, maudissant Von Kiel et le duc pour leur barbarie. Ecœuré, il coupa les moniteurs et quitta le module de communications du tunnel pour rejoindre Arthur et William qui tentaient tant bien que mal, aidés par quelques résistants, de contenir la foule qui voulait entrer dans la rame alors que celle-ci était pleine au point que les portes ne pouvaient se fermer. William et Arthur finirent par être expulsés par la population paniquée qui se pressait contre les wagons. Arthur qui était tombé face contre terre se releva péniblement, du sang jaillissant de son arcade sourcilière profondément ouverte.

-Partez, c'est un ordre ! Hurla-t-il au conducteur de la rame alors que Jerry se précipitait pour l'aider à se relever.

Le conducteur lança progressivement les moteurs, la rame progressant lentement tant il avait peur de rouler sur quelqu'un. Il prit progressivement de la vitesse puis fila à travers le tunnel. Les gens hurlaient de terreur.

-Calmez-vous, conseilla Stone d'une voix faible en tentant d'éponger le sang qui maculait son visage et sa gorge. Il sera de retour dans treize minutes. On est très mal barré Jerry.

-Je me doute maître Stone, approuva l'ancien trafiquant de matériel électronique.

-Une fois que la rame sera de retour, tu monteras avec Mastoc. Avec Jerry on poussera les gens au maximum à l'intérieur de la rame pour que les portes puissent se fermer. Avec des tirs au plasma, les flammes seront vite ici et notre train risque d'avoir le feu au cul pour son dernier voyage. Décida l'avocat en souriant.

-Pas de problème maître Stone, céda Jerry.

Stone sortit du tunnel afin d'observer la progression des flammes tout en surveillant le chrono qui avait été lancé après le départ de la rame. William le rejoignit et les deux hommes regardèrent la ville se faire dévorer par les flammes. Comme l'avocat le craignait le feu était rapide, rasant tout sur son passage.

-Il ne restera rien de ce que nous connaissions William, commenta-t-il tristement.

Le photographe ne répondit pas une larme roulant sur sa joue. A trois minutes de retour de la rame, ils regagnèrent l'intérieur du tunnel. Une fois qu'ils furent près des quais, la rame arriva enfin, la plate-forme de chargement la transférant en mode départ. Lorsque les portes s'ouvrirent, les gens se ruèrent à l'intérieur. Jerry et Mastoc observaient cela de loin.

-Va-s-y Mastoc, tu sais comment il faut s'y prendre avec ces deux vieux têtus ! Ordonna Jerry d'une voix posée.

-Oh que oui patron ! Approuva le garde.

-En douceur quand même, ils sont âgés, conseilla Jerry.

Mastoc commença par aider les deux hommes à pousser les passagers au maximum pour que les portes puissent se fermer, puis, une fois l'opération faite, alors que l'avocat et le photographe souriaient de soulagement d'avoir pu faire entrer tout le monde, il les assomma du tranchant de la main en faisant attention à ne pas frapper trop fort. Il les plaça ensuite sur ses épaules comme des sacs de grains en retournant auprès de son patron.

-Je ne pensais pas que maître Stone puisse être si naïf ! Plaisanta Jerry. Comme si j'allais partir en les laissant en arrière. Installes-les dans la cabine du conducteur, il est temps qu'on quitte cet endroit.

Jerry suivit Mastoc qui se calla au fond de la cabine, Stone et Johnson quant à eux, étaient debout, collés entre la paroi et son large dos. La rame se mit en route lentement puis le conducteur accéléra brutalement en voyant les flammes s'engouffrer dans le tunnel. Il entendait les gens en queue de train hurler de terreur en voyant la masse rougeoyante gagner du terrain.

-Plus vite, plus vite, pria-t-il les dents serrées. Par pitié accélère !

Les flammes léchaient les parois extérieures de la rame. Les vitres commençaient à se craqueler. Elles ne résisteraient pas longtemps. Si elles cédaient, les flammes envahiraient la rame, brulant tout sur leur passage en un instant. Le train, trop plein accélérait péniblement. Le conducteur espérait bien que les vitres tiendraient jusqu'à la pente qui allait lui permettre de prendre de la vitesse. Il poussa un soupir de soulagement en voyant enfin la descente, le train accéléra enfin brusquement, entraîné par son poids. Le conducteur dû jouer sur les freins mais les flammes étaient enfin loin derrière eux. Le train quitta le tunnel, traversa la forêt où les animaux paniqués s'enfuyaient ne prenant pas garde au train, se jetant involontairement sous ses roues. Le conducteur, le visage ruisselant de larmes vit ainsi des dizaines de daims et de biches être fracassés par l'avant de son train. A l'arrière, les occupants virent la forêt s'enflammer. Le train arriva enfin dans la zone des collines, slalomant entre elles, se cachant ainsi des vaisseaux ennemis qui continuaient leur progression en ravageant les campagnes de leurs tirs nourris, détruisant les champs, massacrant tout le cheptel. Le train arriva enfin, freinant de toutes ses forces. Il entra dans la grotte où des milliers de gens avaient pris la longue descente qui menait à la base. Aussi simpliste que cela puisse paraître, la descente se faisait par un toboggan géant qui zigzaguait autour d'un axe central pendant plusieurs centaines de mètres. L'atterrissage se faisait en douceur sur de la mousse épaisse tandis que des Résistants récupéraient les rescapés pour les éloigner de la zone d'arrivée et ainsi éviter les accidents. Les calculs précis fournis par le capitaine de l'Arcadia avait permis d'optimiser le principe. Jerry, Mastoc et le conducteur du train se chargèrent de faire descendre les rescapés puis ils suivirent en veillant consciencieusement sur leurs deux amis endormis pour encore quelques minutes. Une fois en bas, Jerry confia l'avocat et le photographe à son subordonné. Il fila ensuite dans la salle de commandement où l'attendait plusieurs personnes chargées de la gestion de la base. Il se positionna sur son siège, les images des caméras extérieures montrant sur l'écran géant la progression des flammes.

- Destruction du toboggan et fermeture des portes blindées ! Ordonna-t-il.

Des explosions résonnèrent au-dessus de leur tête accompagnées d'un important fracas provoqué par la chute de la structure. Les portes blindées fermées, ils attendirent avec inquiétude que les flammes terminassent leur œuvre destructrice. Jerry observait tout ceci de plus en plus inquiet. Les flammes ne se contentaient pas de tout brûler, la chaleur était si intense que tout semblait se désintégrer à son contact. Les flammes semblaient creuser le sol en profondeur et celui-ci tremblait. La base elle-même commençait à vibrer. Mastoc entra. Il posa délicatement sur deux sièges placés côte à côte, Stone et Johnson qui commençaient à émerger. La base tremblait de plus en plus, les centaines de milliers de personnes qu'elle avait recueillies se mirent à hurler de terreur. Jerry lui aussi, commençait à douter de leur chance de survie. Il ferma les yeux priant de toutes ses forces alors que le feu s'engouffrait dans la grotte détruisant la rame de métro salvatrice qui les avait amenés à bon port. Il attaqua ensuite la première porte blindée qui rougit brutalement puis plia sous l'effet de la chaleur. Un trou se creusa en son centre, les flammes s'engouffrèrent se heurtant à la deuxième porte blindée qu'elles entreprirent de détruire à son tour. Stone se réveilla alors que les flammes fatiguaient enfin tandis que le feu n'ayant plus rien à brûler s'éteignait. À l'extérieur les flammes continuèrent leur progression en réduisant en cendres les caméras externes. Il regarda interloqué l'endroit où il se trouvait. Il aperçut William, installé à côté de lui. Il se leva difficilement rejoignant Jerry qui continuait à prier. Les tremblements se calmèrent ce qui fit ouvrir les yeux à Jerry qui bondit de son siège en joie. Soulagé et heureux il s'empara de l'avocat le serrant contre lui.

-Merci mon Dieu ! Merci Harlock ! Merci les chevaliers d'Athéna ! Merci, merci, merci ! Criait-il en pleurant. La base a tenu maître Stone ! Nous sommes sauvés, on doit vraiment une fière chandelle à Harlock, Camus et Milo, sans eux nous étions perdus !

-T'as oublié les ordres Jerry, c'était seulement les personnes en âge de procréer, William et moi nous ne devrions pas être là, reprocha-t-il d'une voix douce.

-Je ne pouvais pas vous abandonner pépé et vous, c'était au-dessus de mes forces. J'ai déjà perdu mon frère, je ne voulais pas perdre plus, réfuta-t-il en pleurant de tristesse.

Stone le serra contre lui.

-Je suis désolé Jerry, s'excusa Stone. Où en sont les troupes de Von Kiel ?

-Ils poursuivent leur œuvre de destruction monsieur, indiqua une des femmes chargées de la surveillance.

Les vaisseaux de Von Kiel frappèrent à plusieurs reprises le sol de la planète en touchant les forêts et les zones cultivables. Oscar regardait inquiet les flammes s'approcher de sa base qui conservait un bien des plus précieux à ses yeux. Les satellites étant tous braqués sur Amos, le duc et ses officiers ne virent pas un passage se créer non loin d'Amos. Un cercle de lumière bleu se forma, d'abord minuscule puis il s'agrandit pour devenir suffisamment imposant pour laisser passer un petit vaisseau d'attaque. Des boules de lumières en jaillirent alors, cent-onze qui se jetèrent sur Amos, traversant les flammes pour entrer dans le sol de la planète. Elles progressèrent dans la croute terrestre jusqu'à la base du duc où elles traversèrent l'épaisse paroi de béton armé. Elles se jetèrent alors chacune d'entre elles sur un des caissons nourriciers, entrant dans les corps les illuminant brutalement pour disparaître en un instant. Quelques secondes plus tard une lumière puissante se dégagea des corps faisant exploser le verre épais des caissons. Le corps d'Hadès flotta quelques secondes pour se poser sur le sol carrelé loin des éclats de verre. Le Dieu des enfers ouvrit les yeux, un sourire cruel inondant son visage. Il regarda avec satisfaction ses cent huit spectres revenus à la vie grâce au duc de Péhant. Il sourit à Hypnos et Thanatos. Une aura noire étrange se dégagea de son corps emplissant la pièce alors qu'il créait grâce à son pouvoir un passage vers les enfers où il s'enfuit avec ses spectres alors que les flammes commençaient à s'engouffrer dans les cages d'ascenseur, ravageant les étages, léchant les murs, passant entre les faux plafonds pour descendre aux étages inférieurs jusqu'à la zone de recherche où elle pénétra avec plaisir jaillissant des cages d'escaliers, d'ascenseurs et des faux plafonds pour tout raser sur son passage. Elle progressa jusqu'à la zone où était entreposés les produits inflammables qu'elle caressa dangereusement. Oscar horrifié avait vu les flammes s'engouffrer dans la base. Quelques minutes plus tard, une violente explosion creva le sol, expulsa une boule de feu qui monta à plusieurs centaines de mètres. Il ne restait plus rien de la base et pour le duc cela signifiait aussi la fin de la domination de l'univers avec l'aide d'Hadès. Il serra les poings de colère en se tournant vers de Bresson

-Vous m'aviez garanti la sécurité de cette base ! Explosa-t-il.

Le maréchal ne répondit pas regardant son roi droit dans les yeux. Oscar dégaina son arme. Isabelle lassée d'attendre les avait rejoint et observait la scène très calmement aux côtés de Von Stadt.

-Vous m'avez trahi de Bresson ! Comprit Oscar en colère.

-Je ferai tout pour vous mon roi mais vous laisser vendre votre âme au diable, ça jamais ! Affirma l'officier.

Oscar en colère le mit en joue, fit feu, plaçant une balle entre les deux yeux de son officier dont le corps s'effondra, le sang jaillissant de la blessure, noyant le sol. Oscar observa Isabelle, elle n'avait pas cillée, décidément cette jeune femme avait bien changée et elle lui plaisait de plus en plus. Sans hésiter elle s'approcha de son époux, le prit dans ses bras en se collant à lui.

-Voyons Oscar, rien ne vous empêche de tout recommencer, proposa-t-elle. Il suffit d'ordonner à vos chercheurs de faire de nouveaux clones.

-Tu as raison, se sera très facile de retourner en enfer, rechercher des échantillons, concéda-t-il calmement.

Elle lui sourit avec douceur.

Seulement je ne t'en laisserai pas le temps Oscar, trace mon père, massacre le, Harlock se chargera de toi et la couronne sera à moi, pensa-t-elle en souriant.

Les chercheurs observèrent avec joie, l'explosion de la base, espérant à avoir réussi à empêcher une terrible catastrophe de se produire. Le responsable une fois rassuré du sort subi par ces clones quitta l'astéroïde. Il passa en mode de vol subliminique en espérant retrouver rapidement la planète où avait trouvé refuge l'ancienne Résistance.

Dans l'ilot de l'Ombre Morte, Ryo, l'ensemble de l'équipage de l'Arcadia accompagné du jeune Thomas et des Mazones défaillants assistèrent avec horreur à la destruction de la planète. Pour Ryo, le choc fut terrible, il ne restait plus rien de la planète où reposait le corps de sa mère ce qui l'horrifia au plus haut point, un médecin Mazone restât longuement près de lui pour s'assurer que l'ancien leader de la Résistance ne risquait pas de faire un nouveau malaise. Les larmes de l'ancien chef du gouvernement coulèrent longtemps, pour lui c'était comme si il perdait sa mère une seconde fois. Les habitants de l'ilot compatissaient à sa souffrance et tentèrent de le soutenir du mieux qu'ils le pouvaient.

Harlock à bord du vaisseau de la reine poussa un soupir de soulagement lorsque la base explosa. Cependant bien qu'il fut soulagé ce n'était pas le cas de la reine qui angoissait de plus belle. Elle envoya des soldates chercher le capitaine. Celui-ci obéit docilement et fut stupéfait de voir la reine se réfugier dans ses bras en tremblant. Il restât avec elle pour tenter de la calmer en se demandant ce qu'il pouvait bien arriver à cette femme si glaciale en temps normal. Pour la reine, les bras du capitaine furent le plus doux des soulagements et des réconforts. Elle nicha son visage au creux de l'épaule d'Harlock, ne bougeant plus profitant de la douceur et du calme absolu qui se dégageait de cet homme.