Hey ! Aujourd'hui au programme : pétage de plomb émotionnel pour Clarke, Alycia et Eliza. Comment gérer avec des personnes qui vous ressemblent et qui ressemblent aux personnes que vous aimez ?
Point de vue Eliza
— Il faut qu'on sauve Lexa ! s'exclame Alycia. C'est le seul moyen pour qu'elle nous fasse confiance !
— La sauver ? Alors qu'on est enfermé ici ? s'interroge Marie.
— Et puis si Anya n'est pas morte, rien ne nous dit que Titus va tirer sur Clarke, et donc sur Lexa. Peut-être que justement Anya saura le raisonner.
— Mais c'est que tu peux être intelligente quand tu veux Lindsey !
— Ta gueule Marie !
— On se calme toutes les deux, dit Alycia. Ce qui compte ce n'est pas de savoir si Titus va la tuer ou non dans cette réalité, ce qui compte c'est de faire croire à Clarke et Lexa que Titus est un danger. De les en convaincre. Clarke nous a cru, si on lui explique que dans le scénario Titus tue Lexa, elle va nous aider.
— Attend, répète ce que tu viens de dire.
— Quelle partie Eliza ?
— Sur le scénario là.
— Qu'on lui explique que dans le scénario Titus tue Lexa ?
— C'est ça ! J'ai l'impression qu'on est arrivé ici pile au moment où on a fait la pause avant de partir en vacances. Avec Anya en plus, Octavia en moins. C'est bizarre, non ?
— Tu veux dire, comme si on nous donnait une chance d'écrire le reste de la saison 3 ? demande Lindsey.
— Un peu oui, répond Alycia.
— En tous cas, je réplique, ça se tente ! Il faut qu'on parle à Clarke.
— On peut faire ça demain ? dit Lindsey. Je commence à avoir la tête qui tourne moi, je veux juste qu'on me soigne, et manger et boire et dormir…
— Tu as raison, dit Marie qui lui caresse l'épaule. Reprenons des forces, ça ne sert à rien de précipiter les choses.
Après le bain réparateur nous retournons vers les lits. La porte s'ouvre, Anya nous apporte de quoi boire et manger. J'aurais pu lui sauter au cou, mais je me retiens. Elle nous invite à nous restaurer et nous indique que Clarke viendra inspecter nos blessures un peu plus tard.
Nous nous jetons sur l'eau avec une force qui me fait frémir. Nous n'en laissons pas une seule goutte. Puis nous faisons subir le même sort aux mets non identifiés qui nous font face.
Une fois repues, Marie s'allonge à même le sol avec un soupir d'aise, Lindsey se lève pour chercher les toilettes, Alycia va s'allonger sur un des deux lits, et je me dirige vers la fenêtre pour regarder à l'extérieur. Il fait déjà nuit. Des flammes éclairent faiblement la ville et les villageois qui s'affairent dans les rues. Je reconnais certains visages de figurants, d'autres me sont complètement inconnus. Cela me paraît étrange, toute comme cette pièce. Si tout cet univers n'est pas basé sur la série, où sommes nous ? Et si c'était la série qui avait été basé sur cet univers ? Avant que je puisse chercher plus loin, on frappe à la porte. Clarke entre avec du matériel, sans doute médical, dans les bras. A ce moment Lindsey revient et les deux femmes s'approchent l'une de l'autre.
— Tu ne vas pas me sauter dessus ? demande la blonde.
— Si tu ne me fais pas trop mal…
Clarke l'invite à s'asseoir sur le lit où Alycia n'est pas allongée. Je reste à ma fenêtre mais observe la scène. Marie et Alycia se redressent également. Je pense que nous voulons savoir si cette Clarke est aussi douée que celle que j'interprète. Elle dénoue définitivement le bout de t-shirt autour du poignet de Lindsey pour observer la plaie. Elle fouille dans ce qu'elle a ramené et en sort un flacon dont elle verse un peu du contenu sur un chiffon propre qu'elle applique sur la blessure. Lindsey fronce le nez avec une petite onomatopée qui signifie la douleur.
— La blessure n'est pas profonde, ça ne devrait pas laisser de traces.
— T'es sûre ?
— Tu ne veux pas avoir de blessures de guerre ?
— Dans mon métier, c'est embattent…
— J'oubliais que tu n'es pas Raven…
— Hé ! Je suis tout aussi brave et intelligente !
Clarke sourit avant de lui faire un bandage convenable cette fois. Elle se lève et se dirige vers l'autre lit. Se faisant elle passe devant moi et regarde mon t-shirt sale que j'ai été forcé de remettre.
— Je vais demander à Lexa de vous prêter quelques vêtements…
— Ah euh, merci…
Elle continue son avancée.
— Alycia ?
L'intéressée tend son dos pour paraître plus présentable. Clarke s'approche doucement du lit où la seconde blessée est assise. Je suis toujours à ma fenêtre.
— Montre-moi ta blessure.
— C'est là, dit Alycia en écartant sa cuisse pour révéler une plaie que je ne vois pas d'où je suis.
Pour observer mieux la scène, mais tout en restant discrète, je me décale et vais m'asseoir à côté de Marie. D'ici je suis dans le bon angle d'attaque. Elles sont de profil à moi, je distingue à peine le creux de la cuisse meurtrie, mais je vois les mains de Clarke s'affairer.
— Il va falloir que tu retires ton short.
Je ne m'y attends tellement pas que mon esprit réagit au quart de tour. Ben voyons ! Et après quoi ? Elle va lui demander d'écarter les cuisses ?!
— D'accord…
Les joues d'Alycia se teintent de rouge. En plus elle obéit... Elle déboutonne son short dans un geste qui fait battre mon cœur. Elle s'aide de sa pointe de pieds pour se soulever du matelas et faire glisser le jean qu'elle fait passer sur ses cuisses que je découvre dessinées d'une chaire de poule violente. Clarke attrape le short pour le poser à côté. Heureusement que nous portons toujours nos maillots de bain, la scène me paraît moins indécente de la sorte. Clarke approche son visage de la cuisse. Je ne peux détacher mon regard mais je sens derrière moi Lindsey et Marie porter leur attention sur le même objet que moi. La blonde rapproche son visage pour mieux observer. Et voilà, qu'est-ce que je disais ?! Je n'arrive plus à me calmer.
— Tu sais comment tu t'aies fait ça ? demande la jeune pseudo médecin.
— Non, ça a dû arriver pendant le naufrage, je l'ai découverte en me réveillant sur la plage, elle était pleine de sel et de sable, on l'a un peu nettoyée avec de l'eau et le bain de tout à l'heure a fini le travail.
— Vous avez bien fait de nettoyer, ça ne m'a pas l'air infecté.
En disant cela Clarke touche les contours de la blessure. Ses doigts semblent caresser la peau d'Alycia. Je me mord l'intérieur de la lèvre. Mon double ne m'inspire pas confiance.
— Il va te falloir deux ou trois points de suture, mais je n'ai rien pour anesthésier la douleur, ça va aller ?
— Je n'ai pas le choix…
Clarke acquiesce et verse le même liquide qu'auparavant sur un tissu propre. Ses mains retournent contre la cuisse pour convenablement nettoyer la plaie. Comme Lindsey, Alycia semble en souffrir légèrement. Mais elle ne dit rien. Clarke semble faire preuve d'énormément de douceur. Je ne sais si elle connaît déjà cette cuisse. Si je m'en tiens au scénario, elle et Lexa n'ont pas encore partagé de lit. Mais cette réalité est différente et elles semblent plus proches aujourd'hui que dans la série. Peut-être que la mort d'Octavia ou la vie d'Anya avait changé les choses. Peut-être que cette Clarke connaissait déjà par cœur cet entre-jambe qu'elle semble, de la où j'observe, visiter. L'idée me dérange. Cette scène me rappelle celle où Clarke pénètre dans la chambre de Lexa pour lui refaire un bandage que la guerrière a à la main. La jeune Skaikru a la même douceur, la même prévenance, la même attention subtile.
Une fois la plaie nettoyée, Clarke fouille dans son nécessaire pour en sortir du fil et une aiguille qu'elle posent sur le lit. Puis elle y retourne pour en sortir cette fois une nouvelle bouteille contenant un liquide ambré qu'elle tend à Alycia.
— Bois une gorgée, ça te donnera des forces.
Alycia n'hésite pas et bois à même la bouteille. Surprise, elle se met à tousser sous le petit rire de son infirmière.
— Pardon, c'est un peu fort, on ne leur a pas encore vraiment appris les bonnes méthodes de distillation.
Alycia sourit à son tour. Elle semble charmée. Mes poings se serrent. Mais je tente de rester calme. Clarke prépare de quoi faire ses points et retourne entre les cuisses grandes ouvertes. La vue me devient insupportable. Alycia ferme les yeux et bascule la tête en arrière. Elle se mord la lèvre et ses dents semblent presque attaquer la chaire. Si je ne voyais pas les reflets orangés de la lumière des bougies sur le métal de l'aiguille, je jurerai qu'elle ressent bien autre chose que de la douleur. L'expression de Clarke ne m'aide pas à chasser cette idée. Ses paupières ne clignent presque pas tant elle est concentrée sur sa tâche. A chaque fois qu'elle perce la peau elle semble accablée par un désarroi immense. Elle y va doucement, très doucement. Je n'entends que leurs deux respirations, celles de mes deux amies et la mienne se sont volatilisées. Il n'y a plus que Clarke et Alycia. Mes oreilles bourdonnent, ma tête me fait mal.
— Ne bouge pas Lexa…
La méprise de Clarke nous fige toutes. Je jette un œil à Lindsey et Marie qui sont perplexes. Je retourne sur Alycia qui ne sait visiblement pas où se mettre. Et Clarke ne semble pas avoir réalisé son erreur. Quant à moi, je suis agacée et je réalise soudain que j'ai envie d'être à la place de mon double. Si elle sait recoudre une cuisse, je peux le faire aussi, non ? J'ai mimé les gestes pendant les tournages. Mes jambes frétillent, je veux me lever, éjecter Clarke et continuer son travail. Mais j'essaie de retourner à la raison. Elle sait ce qu'elle fait là où je ne ferais que blesser Alycia.
Je crois rêver lorsque je remarque Clarke s'enfoncer encore un peu plus dans les cuisses de mon amie. Quoi ? Mais ? Je me tortille sur place, je ne peux pas laisser voir à Lindsey et Marie que je suis à bout. Elle reste un temps entre les cuisses et je n'arrive même pas à capter l'émotion d'Alycia, j'attends juste qu'elle se redresse. Et quand elle le fait enfin je comprends qu'elle a coupé le fil avec ses dents.
— Et voilà ! lance Clarke qui ne semble pas le moins du monde gênée.
— Merci…
Le corps d'Alycia se détend. Clarke semble faire une dernière caresse à côté de la cicatrice et retourne dans ses affaires. Elle en sort une bande blanche qui annonce la suite de mon supplice. Alycia se laisse totalement faire. La blonde lui soulève la cuisse pour pouvoir enrouler le tissu et faire un bandage convenable. Ses mains nues sur la chaire de poule me font bouillir le sang. J'ai l'impression qu'elle la touche comme si ce corps meurtri lui appartient. Je sens ma rage exploser lorsqu'elle glisse un doigt entre la bande et la peau pour vérifier qu'elle ne soit pas trop serrer. Alycia est parcouru d'un frisson.
— Ça devrait tenir pour cette nuit, évite tout mouvement brusque.
Clarke se lève et, sans passer par moi, pose son regard sur Lindsey.
— Je viendrais refaire vos bandages demain.
L'idée de voir cette scène se répéter me rend triste faisant disparaître ma haine. Demain je me porterai volontaire pour refaire le bandage d'Alycia pendant que Clarke s'occupera de celui de Lindsey, c'est la seule solution.
Point de vue Alycia
— Alycia ?
A l'entente de mon prénom je me redresse comme pour me préparer. J'angoisse un peu à l'idée que cette Clarke s'approche de moi et me touche.
— Montre-moi ta blessure.
J'hésite, mais je n'ai pas le choix. Je sens le regard d'Eliza dans mon dos. Je suis forcée d'écarter les jambes pour lui montrer. Je me sens honteuse, mais surtout gênée car je ne sais pas comment mon corps peut réagir au toucher du sosie blond.
— C'est là.
Je vois du coin de l'œil Eliza quitter la fenêtre pour rejoindre Marie. Je stress encore plus, entre Clarke qui s'accroupit entre mes cuisses et Eliza qui se place pour m'observer, j'ai envie de disparaître. J'ai déjà assez à faire avec mes sentiments pour Eliza, mais si maintenant elles sont deux, je vais devenir folle.
— Il va falloir que tu retires ton short.
Quoi ?! Retirer mon short ? Devant Eliza, devant… Je n'ai pas le temps de réfléchir, Clarke me dévisage déjà sans comprendre mon hésitation.
— D'accord…
Lorsque je fais glisser mon vêtement le long de mes cuisses je suis probablement plus rouge que l'Uluru au couché du soleil… J'ai déjà l'impression que cela va être la plus longue et la plus désagréable de mes consultations médicales.
Une fois en bas de maillot de bain je ne peux retenir le frisson qui me parcourt. Plusieurs fois j'avais rêvé cette scène, plusieurs fois j'avais souhaité retirer mon pantalon et voir le visage de cette blonde si proche de moi… Mais pas dans ces conditions… Une chaire de poule me gagne. Sérieux Alycia ! Ce n'est pas le moment… Ce n'est pas Eliza, ce n'est pas Eliza… Je me répète ce mantra dans l'espoir de calmer mes pensées et ardeurs. J'ai l'impression que mon corps que je ne peux plus contrôler me trahi. Et puis Clarke se rapproche dangereusement. Je sens les trois autres nous dévisager. Un peu d'intimité merde !
— Tu sais comment tu t'aies fait ça ?
Comment je me suis fait ça ? On s'est évanoui dans une tempête, comment tu veux que je me souvienne ?! Puis comment tu veux que j'espère m'en souvenir avec ta bouche si proche de ma peau…
— Non, ça a dû arriver pendant le naufrage, je l'ai découverte en me réveillant sur la plage, elle était pleine de sel et de sable, on l'a un peu nettoyée avec de l'eau et le bain de tout à l'heure à fini le travail.
— Vous avez bien fait de nettoyer, ça ne m'a pas l'air infecté.
Le souvenir d'Eliza rinçant ma plaie se mêle avec la sensation des doigts froids de Clarke qui touchent les contours de la plaie. Je lutte. En luttant je crois voir Eliza fulminer à sa place. Elle serait jalouse ? Sa façon de se mordre la joue me perturbe, qu'est-ce qui peut bien la troubler à ce point ?
— Il va te falloir deux ou trois points de suture, mais je n'ai rien pour anesthésier la douleur, ça va aller ?
Ah si Eliza continue de se mordre c'est elle qui va avoir besoin de points de suture…
— Je n'ai pas le choix...
Soudain une idée folle me traverse l'esprit. Ne serait-ce pas l'occasion de tester Eliza ? Je la sens étrange avec moi depuis le début de ces « vacances », il faut que j'essaie de comprendre ce qu'elle a en tête. Le temps de mûrir ma réflexion Clarke me désinfecte. Le picotement est supportable mais la grimace que cela me fait faire me donne un idée.
Clarke déballe du fil et une aiguille puis elle me tend une bouteille.
— Bois une gorgée, ça te donnera des forces.
Super, une petit aide ! Je bois trop vite et me met à tousser.
— Pardon, c'est un peu fort, on ne leur a pas encore vraiment appris les bonnes méthodes de distillation.
Je souris pour garder bonne contenance. Et alors que Clarke se penche sur moi pour commencer son travail, je me prends au jeu. Je ferme les yeux – la douleur m'y aide – et je bascule la tête en arrière. J'essaie de me laisser aller. Lorsque l'aiguille perce ma peau je me mords la lèvre par souffrance, mais quand Clarke caresse subrepticement à côté de la plaie pour me calmer j'essaie de montrer à Eliza que j'en profite. Et le jeu d'actrice n'est ici pas très difficile. Clarke fait preuve d'une telle sensualité dans ses gestes qu'il ne m'est pas compliqué d'imaginer Eliza à sa place et de laisser aller mon esprit à des pensées un peu trop précises. Mon bas ventre gronde. Je me risque à ouvrir les yeux pour jeter un regard à Eliza. Elle a les poings serrés, je ne sais même pas si elle se rend compte de l'image qu'elle renvoie à ce moment. Les chatouilles dans mon bas ventre reprennent. Jalouse, elle semble jalouse. Mon cœur saute, est-ce vraiment vrai ? Un coup d'aiguille me ramène à la réalité. Je suis déboussolée en tombant sur le visage de Clarke entre mes jambes. Ce n'est pas d'elle que j'ai envie, et pourtant, l'impression de l'avoir si proche de moi me donne le vertige. Ma chaire de poule ne s'en va pas.
Quant à Clarke, elle semble tout autant troublée. J'ai l'impression qu'elle cherche sur mon corps ce qui me rapproche ou me sépare de Lexa. Nous sommes toutes les trois en train de devenir complètement folles. Je n'ose imaginer si Lexa avait été présente.
— Ne bouge pas Lexa…
L'erreur me paralyse. Cette blonde entre mes cuisses vient de m'appeler Lexa et elle ne semble pas s'en être rendu compte. Je vois Eliza se crisper encore plus, je peux lire le choc sur son visage. Finalement je n'aurais pas eu besoin de jouer, la méprise de Clarke aurait tout révélé des sentiments de ma partenaire de jeu. Je suis un peu redevable à mon infirmière sur ce coup… Mais je reste troublée, si elle me prend pour Lexa ça ne peut pas être un bon présage… Soudain, Clarke descend entre mes cuisses. J'ai l'impression de devenir folle. Qu'est-ce qu'elle fou ? Son nez touche ma peau et mon cœur saute dans ma poitrine à m'en faire mal. Je comprends, elle doit essayer de couper le fil. Mais cela semble durer un temps infini. J'entends un petit clic et je sens ses lèvres effleurer ma cuisse. Mon intimité subit le même sort que mon cœur quelques secondes plus tôt.
— Et voilà !
Ouf !Je ne sais plus où me mettre avec ces bêtises, va-t-en Clarke et ne revient jamais...
— Merci….
Mon merci sonne petit, je me détend. J'espère que pendant son travail Clarke ne s'est pas rendu compte des frissons qui parcouraient mon corps… Au contraire, Eliza semble n'avoir rien manqué… Mais j'aime cette idée. Avant de se relever je sens clairement les doigts de Clarke dessiner les contours de ma cicatrice. Je la trouble elle aussi… Cette situation devient intenable… Et voilà qu'elle sort de quoi me faire un bandage ! C'en est trop. J'ai envie qu'elle arrête de me toucher et en même temps qu'elle continue. Je suis dans un semi état de transe lorsqu'elle bande ma jambe en l'agrippant à pleines mains. Un courant électrique parcours ma colonne vertébrale lorsqu'elle glisse un doigt entre le tissu et ma cuisse comme pour s'assurer qu'il ne soit pas trop serrer.
— Ça devrait tenir pour cette nuit, évite tout mouvement brusque.
Oh, j'en ferais bien un mouvement brusque si tu savais… Clarke se lève et se tourne vers Lindsey.
— Je viendrais refaire vos bandages demain.
Un dernier coup d'œil à Eliza me fait comprendre, ou en tous cas me fait penser et espérer, que cette nouvelle ne l'enchante pas du tout.
Point de vue Clarke
— Alycia ?
Prononcer son prénom me semble étrange. Elle me rappelle Lexa si fragile les quelques fois où j'avais dû la soigner. La jeune femme se redresse et me laisse l'approcher. Je m'accroupis face à elle en tentant de me détendre.
— Montre-moi ta blessure.
Je sens une légère hésitation de ma patiente mais elle finit par m'obéir.
— C'est là, elle dit en pointant la plaie.
J'entends mon sosie quitter son observatoire mais je me concentre sur mon travail, ce n'est pas le moment de penser au fait qu'une fille qui me ressemble est en train de nous regarder. Le tissu de son jean m'empêche de voir correctement toute l'étendue.
— Il va falloir que tu retires ton short.
Je ne ressens aucune gêne à lui demander cela, par contre j'appréhende le geste. J'ai déjà vu plusieurs fois ce corps se dévêtir, mais il faut que je me répète que ce n'est pas Lexa. Je sens le regard pesant d'Eliza dans mon dos.
— D'accord.
Au son de la voix d'Alycia je peux dire qu'elle est tout autant gênée que moi. Elle rougit un peu trop fort lorsqu'elle retire son short. J'essaie de ne pas m'attacher à la vision de son maillot de bain mauve fait d'un tissu que je n'ai pas vu ni touché depuis bien longtemps. La plaie enfin visible, je peux me pencher sur mon cas. C'est moins grave que ce que je pensais. Il y a un peu de pu mais la blessure est belle. Si je pouvais connaître les circonstances ça m'aiderait sûrement.
— Tu sais comment tu t'aies fait ça ?
Alycia me répond qu'elle n'en a aucun souvenir et me rappelle le récit de leur naufrage. Oui, ce n'est pas étonnant qu'elle ait tout oublié. Apparemment elles ont nettoyé la plaie à l'eau claire. Je lui réponds que c'était une bonne idée et que rien n'a l'air infecté. En effet, elle a été plutôt chanceuse. Je m'approche encore un peu, je tâtonne autour de la chaire meurtrie. J'aimerais éviter les points de suture, je sais à quel point sans anesthésie locale cela peut être douloureux. Mais à bien y regarder, et surtout vu l'endroit plutôt stérile et propre dont elles semblent venir, ce sera plus sûre pour elle. Lexa pourrait survivre avec une plaie ouverte comme celle-ci, Alycia aurait vite fait de choper une infection.
— Il va te falloir deux ou trois points de suture, mais je n'ai rien pour anesthésier la douleur, ça va aller ?
— Je n'ai pas le choix…
En effet, elle n'a pas le choix. Je me détourne de la blessée pour fouiller dans mon nécessaire. Je mets le fil et l'aiguille de côté. Je prends le désinfectant et commence à m'affairer. J'essaie de me concentrer sur mon travail. Alycia semble un peu plus sensible que Lindsey. Je me demande comment elle va réagir aux points… En rangeant le désinfectant me viens une idée. Je cherche et trouve une petite bouteille d'alcool. Normalement elle me sert aussi à désinfecter les plaies mais je sais qu'il est moins fort, cela fera sans doute l'affaire.
— Bois une gorgée, ça te donnera des forces.
Sans hésiter cette fois, Alycia boit une gorgée d'une traite et se met à tousser. Je ris faiblement, je suppose que c'est assez fort en fin de compte. Tant pis au moins ça l'aidera. Alycia semble répondre à mon sourire. C'est la première fois. Putain, elle est aussi belle que Lexa… Vite j'attrape mon fil et mon aiguille pour penser à autre chose. Tout autour de moi disparaît. Ma concentration est à son maximum lorsque j'enfonce l'aiguille sous la peau. Sa jambe vibre et une chaire de poule – était-elle déjà là avant ? – rend la surface de sa cuisse rugueuse. J'essaie d'être la plus douce possible car elle n'a pas l'habitude. Elle semble quand même s'en sortir plutôt bien. La chaire de poule augmente à chaque fois que je plante l'aiguille et je peux voir ses cuisses trembler mais elle est courageuse. Plus je me concentre plus je perds la notion de l'espace et du temps. Un mouvement un peu plus brusque me fait presque rater mon mouvement.
— Ne bouge pas Lexa…
Aussitôt sortit de ma bouche que je me rend compte de ma bêtise. Le grain de sa peau, sa couleur, son odeur, sa façon de respirer, la forme de ses cuisses, tout, tout est identique. Tout en cette fille me fait penser à la femme dont je suis amoureuse, je n'ai pas pu m'en empêcher. Je me sens si stupide que je fais tout pour qu'on ne voit pas mon trouble. Je continue ma tâche comme si aucun incident ne s'était produit. Si je commence à la prendre pour Lexa cela va s'annoncer très compliqué pour la suite.
Heureusement j'arrive à mon dernier point et ferme définitivement la blessure. Sauf qu'il me faut couper le fil, et je sais ce que cela signifie. Je n'ai pas le choix. J'approche ma bouche de la cuisse et essaye d'attraper le fil entre mes dents. Mais je suis trop loin. J'avance encore plus, mon nez entre en contact avec la peau d'Alycia. Je tente un seconde fois et en croquant dans le fil je sens mes lèvres effleurer sa cuisse. Le temps de sectionner le morceau je rassemble mes esprits pour pouvoir me redresser sans laisser transparaître la gêne sur mon visage.
— Et voilà ! je dis en me redressant vite pour enfin en finir avec ce moment désagréable.
Pas si désagréable…
— Merci...
La prochaine fois je trouve des ciseaux. Le tout petit merci d'Alycia me confirme que je ne l'ai pas laissé indifférente. Et pourtant, pourtant je ne peux m'empêcher de regarder la cicatrice une dernière fois et de faire preuve de douceur. Je ne peux m'empêcher d'en dessiner les contours comme j'ai l'habitude de le faire avec Lexa. Ce geste me paraît si naturel sur ce corps que je ne m'en rends même pas compte. Mais il me faut faire un bandage à présent. L'ultime épreuve. Je vais devoir soulever cette cuisse que je connais par cœur.
J'attrape la bande et m'apprête à manipuler Alycia. J'utilise mes deux mains, que je sens moites, pour lui soulever le membre galbé et toujours rugueux de chaire de poule. Et pourtant en en faisant le tour avec la bande je peux constater la douceur de son épiderme. Le bout de mes doigts frétille. Mais je reste professionnelle, du moins j'essaie. Pour finaliser le tout je glisse un doigt entre la peau et le bandage. Tout est en ordre.
— Ça devrait tenir pour cette nuit, évite tout mouvement brusque.
Je me lève pour m'éloigner de cette fille dont l'odeur commence à me faire tourner la tête.
— Je viendrais refaire vos bandages demain.
L'idée d'avoir à recommencer ce petit manège tous les jours ne me rassure pas. J'espère convaincre Lexa quant à leur sort, mais j'aimerais aussi mieux qu'elles partent loin d'ici, très loin.
Une fois ces émotions passées, que peut-il arriver entre Alycia et Eliza ? Et comment Clarke va-t-elle réussir à convaincre Lexa d'aider ces inconnues ?
