Point de vue Marie

— Je vais vous expliquer, dit Clarke, mais d'abord vous devez me dire quand et comment Anya meurt.

— Allons nous asseoir, je propose pour éviter que nous restions debout un peu bêtes.

Nous allons toutes prendre place sur le lit où Lindsey est déjà installée. Eliza commence les explications car c'est elle qui les a vécu, enfin joué. Elle raconte à Clarke comment Anya et elle se retrouvent à se battre dans la boue, finalement rattrapées par un des hommes de Mont Weather qui tire sur Anya.

— Le tire est fatale, conclut Eliza.

— Oui, j'ai vécu ça, sauf que j'ai sauvé Anya. L'homme lui a seulement tiré dans la jambe.

— Dans la jambe ? demande Eliza. Bizarre… Enfin ok, Anya vit ici. Je suppose que ça a dû changer pas mal de choses.

— Je ne sais pas… Je l'ai traînée blessée jusqu'au camp où Lexa se trouvait et c'est comme ça que j'ai rencontré Heda.

J'ai du mal à me souvenir de leur rencontre dans la série car je ne l'ai pas vécu. Je pousse Clarke à nous parler de la mort de mon personnage.

— Pardon je ne voulais pas te brusquer, je rajoute constatant l'air triste de Clarke.

— Non, non, tu as raison, j'ai dit que je vous expliquerai. Je vais parler en présumant que vous connaissez les évènements. Après ma rencontre avec Lexa nous nous sommes alliées pour sauver les siens et les miens au Mont Weather. Mais au dernier moment Lexa et Anya m'ont trahie. Elles avaient passé un accord avec l'ennemi pour ne sauver que leur peuple.

— Jusqu'ici, intervint Lindsey, à part la présence de Anya, on suit.

— Avec Bellamy on a été forcé de faire entrer l'air dans le bunker pour sauver les nôtres…

Sa voix se coince dans sa gorge. Elle n'est pas fière de ses actes. Eliza aussi semble partager sa tristesse.

— Puis j'ai quitté Arkadia parce que je ne pouvais pas supporter de rester sachant ce que j'avais fait. Je n'étais pas là quand Octavia est morte. Roan, le Prince d'Azgeda, m'a trouvée et ramenée ici pour essayer de passer un accord avec Lexa. Quelques jours plus tard, sur recommandations d'Eccho, Bellamy est venu me trouver ici pour nous protéger lors de la cérémonie pour faire de Skaikru le 13ème clan. Au même moment Raven, Octavia et d'autres se trouvaient au Mont Weather pour ramener des vivres et équipements. Le talkie-walkie de Bellamy a vibré pour nous faire entendre la voix de Raven nous apprenant que c'était un piège. Le bâtiment avait été miné par un membre d'Azgeda. Raven est la seule qui a réussi à sortir à temps. Bellamy et moi avons presque assisté à la disparition d'Octavia en direct...

— Mais, je dis étonnée, normalement Octavia n'aurait pas dû être là… Elle était censée être avec Bellamy et toi pendant cette cérémonie...

— Peut-être, mais dans ma réalité elle est restée aux côtés de Raven pour l'aider…

Cette nouvelle me fait tiquer. Octavia avait choisi Raven plutôt que son frère ? Était-ce parce qu'Anya était toujours en vie ?

— Où était Anya à ce moment là ? je demande.

— Avec nous pour la cérémonie.

— Alors ça doit être ça, intervient Eliza, il devait sûrement y avoir un nombre précis de personnes à cette cérémonie. Comme Anya était là, Octavia devait être ailleurs.

— Une vie pour une vie ? demande Alycia.

— Je suppose que c'est ça, répond Eliza.

— Vous êtes en train de me dire que si je n'avais pas sauvé Anya mon amie serait toujours en vie ?

Je pose ma main sur la cuisse de Clarke tout proche de moi.

— On ne peut pas savoir Clarke, on émet juste des hypothèses.

— Mais alors, me répond Clarke un peu sonnée, si le sauvetage d'Anya a tué Octavia, peut-être que la mort d'Octavia va sauver Lexa ?

Elle a peut-être raison. Mais il faut que Clarke soit avec nous pour tenter de sauver Lexa. Même si dans cette réalité Lexa n'aura peut-être pas besoin d'être sauvée, c'est notre seule chance pour faire en sorte que Heda nous fasse confiance et nous aide ensuite à retrouver notre vie.

— On doit être prudent, je dis, Titus lui est toujours là, et je suis sûre que tu peux me confirmer qu'il ne t'aime pas beaucoup et qu'il pense que tu détournes Lexa de son rôle de cheffe.

— Oui…

— Fais-moi confiance, dit Eliza. Il ne ratera pas la première occasion pour essayer de t'évincer. Et si ce n'est pas Lexa qui meurt, ce sera toi… Peut-être que les évènements sont modifiés par rapport à la série où nous jouons, mais il reste des similitudes, alors je pense que nous pouvons réellement vous aider.

— Je veux bien essayer d'en parler à Lexa, mais j'ai une condition.

— Laquelle ? demande Alycia.

— A aucun moment vous ne révélerez à moi, ou à Lexa ou à n'importe qui d'autre, un élément possible du futur.

En pensant à la Cité des Lumières et à son véritable but j'ai envie de refuser son offre. Si Lexa ne meurt pas, la Cité des Lumières risque de ne jamais être mise hors service et c'est un risque pour tous les humains présents sur cette Terre. Je me demande à cet instant quels sont les personnes qui ont avalés la clef. Raven l'a-t-elle déjà prise ? Il faut qu'on la sauve elle aussi…

— C'est d'accord, répond Eliza sans nous consulter.

Mais elle a raison. C'est la meilleure chose à faire.

— J'aimerais digérer un peu l'information avant, je vous avoue. Alycia, je peux voir ta blessure ?

A ce moment Eliza s'interpose.

— C'est bon, je vais m'en charger.

Les deux blondes se regardent dans les yeux. La scène est surréaliste.

— Bien, je vous laisse le nécessaire de soin. Ne tentez pas de fabriquer je ne sais quoi avec pour vous enfuir… Je connais l'intelligence de Raven et quelque chose me dit que Lindsey doit la connaître aussi... Vous et moi savons que vous êtes plus en sécurité ici que dehors. Bon, et je vais vous ramener des vêtements.

Clarke se retire et nous entendons le garde fermer à clef.

Point de vue Eliza

— Tu me montres cette blessure Alycia ?

— E-euh oui…

Je ne me rends pas compte de mon ton presque autoritaire. Comme nous sommes toujours toutes les quatre sur le lit où ont dormi les filles, je n'ai qu'à en descendre pour m'accroupir devant Alycia.

— Ah oui, il faut que tu retires ton short…

— Oulala on va vous laisser nous, hein ! s'exclame Lindsey.

— T'es folle ! dit Marie. Je veux voir ça !

— Vous êtes désespérantes, répond Alycia en retirant son short.

Les vannes ont l'air de l'avoir mise un peu plus à l'aise. Elle se rassoit et écarte les jambes avec une facilité déconcertante. C'est vrai, elle a presque déjà vécu cette scène contrairement à moi. Je ne sais pas trop par où commencer. J'ai peur de la toucher. Ce matin j'ai eu l'audace de la prendre dans mes bras, mais je n'ai même pas osé lui dire que c'était voulu. Et maintenant je dois toucher sa cuisse… Quand faut y aller, faut y aller ! J'attrape la bande pour tenter de la défaire, comme j'ai un peu de mal Alycia me vient en aide. Plusieurs fois nos doigts se frôlent me rendant nerveuse. Une fois la cuisse nue je peux constater un peu de sang et de pus. Mais cela m'a l'air bien. Je fouille dans le nécessaire pour trouver le désinfectant que j'applique sur un tissu adéquat. Lorsque je le pose sur la cicatrice Alycia tique un peu.

— Pardon, je m'excuse.

— Non, non c'est rien…

J'y vais plus doucement, le cœur battant. Lorsque je mets le tissu imbibé de côté je me rends compte d'un odeur dont mon esprit avait fait abstraction. Je comprends d'où elle vient. Cela fait trois jours que nous portons nos maillots de bain. Des effluves acres mais étrangement agréables s'échappent d'entre les cuisses d'Alycia. Je me surprends à apprécier cette odeur. Aussitôt que je m'en rends compte je me racle la gorge et fouille pour trouver de quoi refaire un bandage. En retournant près de la cuisse j'ai les mains moites. L'odeur me fait tourner la tête. La chaire de poule que je distingue sur la peau d'Alycia me rend folle. Moi aussi j'ai envie de poser mes lèvres près de cette plaie… Je suis presque hypnotisée. Si Lindsey et Marie n'étaient pas là… Je sais, je suis persuadée qu'Alycia me laisserait faire. Un picotement entre mes jambes me surprend. J'ai envie d'elle… Est-ce ma jalousie envers Clarke qui a fait naître cette envie ou bien était-elle présente depuis longtemps déjà ? Tout à coup je repense aux propos de Clarke. Elle est Lexa ont déjà couché ensemble… Je ne peux m'empêcher d'imaginer leurs deux corps l'un contre l'autre.

— Eliza, ça va ?

C'est Alycia qui me sort de ma transe.

— Oui, pardon, je me demandais juste par quel bout commencer…

Un peu maladroite je commence à enrouler la bande. Pour se faire je dois soulever la cuisse incriminée et en faire le tour plusieurs fois avec le tissu. A chaque nouveau tour mes doigts touchent la peau nue et les mains d'Alycia qui m'aide. Je sombre un peu plus dans la folie. Jamais je n'aurais dû laisser Clarke la toucher comme ça… Alycia…

Point de vue Alycia

— Tu me montres cette blessure Alycia ?

— E-euh oui…

Le ton d'Eliza est presque autoritaire. Elle se retire du lit et s'accroupit devant moi avant que je n'ai pu lui dire que je devais retirer mon short.

— Ah oui, il faut que tu retires ton short…

C'est comme si elle lit dans mes pensées...

— Oulala on va vous laisser nous, hein ! intervient Lindsey.

— T'es folle ! ajoute Marie. Je veux voir ça !

— Vous êtes désespérantes, je réponds en retirant mon short.

Les réprimander m'aide à l'enlever sans être gênée. Je vais me retrouver encore dans cette position… Mais avec Eliza cette fois… Son double m'avait permis de ne pas trop sombrer dans la folie, maintenant que la vraie se tient le visage entre mes cuisses… Heureusement que Lindsey et Marie sont là. Je sens qu'elle hésite. Ses doigts ont du mal à défaire le bandage. Je viens à son secours, mais lorsque nos mains se rencontrent une angoisse me gagne. J'ai toujours rêvé qu'elle me touche, mais pas dans ces conditions.

La cicatrice me dégoûte et sa vue me rappelle la douleur que je ressens. Lorsque Eliza passe du désinfectant dessus cela me fait mal.

— Pardon, je m'excuse, dit Eliza qui se rend compte de ma peine.

— Non, non c'est rien.

Je sens qu'elle fait plus attention maintenant. Ses gestes sont tout aussi doux que ceux de Clarke la veille. Elle tient vraiment à prendre soin de moi. Elle s'applique et son air concentré qui lui fait plisser le nez me fait aller mieux. J'aime la voir me soigner. Une fois qu'elle a fini de désinfecter elle se stoppe et regarde ma blessure pendant un temps qui me paraît incroyablement long. Je me demande si les filles assistent à la même scène que moi. On dirait qu'une lutte acharnée se déroule dans son esprit. Ses yeux sont perdus dans le vague, ses traits sont concentrés. J'ai l'impression qu'elle va me manger. Et soudain je me souviens de notre réveil. Elle collée à moi et notre presque baiser. Elle ressent quelque chose pour moi, il n'y a plus aucun doute maintenant. Finalement je regrette la présence de Lindsey et Marie. La seule chose dont je rêve à présent est d'attraper le visage d'Eliza pour l'amener à moi et pouvoir l'embrasser. Sauf que nous ne sommes pas seules.

— Eliza, ça va ?

— Oui, pardon, je me demandais juste par quel bout commencer…

La reconstitution du bandage est le même ballet de doigts et de mains que lorsque nous l'avons retiré. Mais ses paumes accèdent encore un peu plus à ma peau nue. Je me mords discrètement l'intérieur de la joue. J'ai envie d'elle.

Point de vue Lindsey

— Tu me montres cette blessure Alycia ?

— E-euh oui…

Ah ça y est, l'action commence !

— Ah oui, il faut que tu retires ton short…

Oulalalala...

— Oulala on va vous laisser nous, hein ! je m'extasie sans pouvoir m'en empêcher.

— T'es folle ! me répond Marie. Je veux voir ça !

Cochonne !

— Vous êtes désespérantes, nous gronde Alycia en enlevant son bas.

J'aurais payé cher sur le paquebot pour voir Eliza entre les cuisses d'Alycia et voilà que ça se passe réellement. Plus besoin de jouer les entremetteuses, Clarke et Lexa s'en étaient chargé pour moi. Ce petit séjour dans cet univers étrange promet d'être fort intéressant. J'ai envie de me frotter les mains mais je dois rester calme devant Marie. Eliza et Alycia doivent s'y mettre à deux pour retirer le bandage et j'apprécie le spectacle. A la vue de la blessure de mon amie la mienne me lance dans mon poignet. Mais la douleur est vite atténuée par la gêne qui gagne les deux jeunes femmes en face de moi. Elles ont forcément en tête le fait que leurs doubles ont déjà sauté le pas. Je suis sûre qu'elles y ont pensé depuis que Clarke nous a appris la nouvelle. Moi même je n'ai pu m'en empêcher.

La désinfection semble faire souffrir Alycia. Eliza s'en excuse et les soins reprennent. Jusqu'à ce que la jeune médecin improvisée se stoppe net. Intriguée je me concentre sur son regard. Il se perd entre les cuisses de la brune. Quant à Alycia, elle fixe Eliza en essayant de comprendre la situation. La scène est jubilatoire. La lueur dans leurs yeux est de l'or. Je jurerais qu'elles veulent se dévorer. Je me délecte de l'échange silencieux quand Alycia y met un terme.

— Eliza, ça va ?

— Oui, pardon, je me demandais juste par quel bout commencer…

Mon œil ! T'étais juste entrain de rêvasser et de baver intérieurement ! Elles s'y remettent à deux pour faire une nouvelle bande. Leurs doigts et mains qui s'entremêlent sur la cuisse nue et fine d'Alycia me rendent folle. Sans presque m'en rendre compte je glisse ma main sur les draps pour aller chercher celle de Marie. Lorsque je la trouve j'enlace mes doigts avec les siens. Je ne sais si elle se laisse faire ou si elle montre de la résistance. Je suis trop concentrée sur le spectacle qui s'offre à moi. Une excitation monte soudain en moi. Les doigts de Marie contre les miens accentuent les vibrations qui me rongent maintenant l'entre jambe. Quoi ? Ces deux là m'ont donné envie de Marie ? J'ai soudain le désir que ce spectacle disparaisse pour pouvoir me retourner et plonger mon regard dans celui de mon amie…

Point de vue Marie

Alors que je me dis qu'Alycia et Eliza feraient un beau couple, je sens la main de Lindsey venir prendre la mienne. Qu'est-ce qui lui prend d'un coup ? Je la regarde, elle est fixée sur nos deux amies. Non mais, elle se rince l'œil ? Mais pourquoi elle attrape ma main ?! Je la laisse pourtant faire et prends même un certain plaisir à mêler mes doigts aux siens.

Lorsque Eliza se redresse après avoir fini son pansement Lindsey retire rapidement sa main. Je n'ai aucune idée de quoi penser de tout cela. Mais je n'en ai de toute façon pas le loisir car voilà Clarke qui revient avec une pile de vêtements propre. Enfin ! J'en ai marre de puer la vieille chaussette !

Clarke dépose les vêtements sur la table où nous avions dîné la veille.

— On va vous apporter de quoi prendre un petit déjeuner aussi. Mais vous avez le temps de vous laver et de vous changer.

Elle regarde la cuisse d'Alycia, toujours sans son short.

— Ça va la cicatrice Eliza ?

— Euh euh oui je crois, il y avait un peu de sang et de pus, j'ai nettoyé et refait un bandage.

— C'est parfait, il faudra me dire quand ça ira mieux, pour que je retire le fil. J'ai confiance en toi, mais je doute que tu saches retirer des points.

— Tu l'as déjà fait ?

— Peut-être pas dans ton monde mais dans le mien oui.

Elle lui sourit chaleureusement avant de faire demi-tour.

— Clarke ! je l'interpelle.

Elle se retourne pour me regarder. Je peux lire de la tristesse dans ses yeux. Alycia lui rappelle la femme qu'elle aime, Lindsey son amie perdue de vues depuis quelques mois, Eliza est un miroir, mais moi, je suis la parfaite copie de son amie décédée…

— Merci, de prendre soin de nous, je sais que ça ne doit pas être facile…

— C'est normal, je ne peux pas vous laisser tomber avec les visages que vous avez. Je vais faire de mon mieux avec Lexa mais je ne promets rien. J'espère que cette chambre ne sera pas une grande torture pour vous quatre. A mon avis si je me retrouvais enfermée plus de 24h avec Lexa, Octavia et Raven, on finirait par s'entre-tuer !

Nous nous mettons à rire toutes les cinq, ça fait un bien fou.

Point de vue Lexa

Une fois Clarke partie rendre visite à nos prisonnières je sors de ma chambre à la recherche d'Anya. Si les anciens ne peuvent me conseiller, elle saura être une oreille attentive. Je ne pourrais jamais assez remercier Clarke de l'avoir sauvée. Et dire que par la suite je l'avais trahie, drôle de façon de la gratifier… Aujourd'hui elle m'avait pardonnée… Clarke est vraiment un cadeau. Je n'avais pas ressenti autant de choses depuis la disparition de Costia. L'annonce de sa mort par un espion Trikru infiltrant Azgeda m'avait secouée. J'étais dévastée. Depuis ce temps je pensais que l'amour était une faiblesse. Car Costia avait été tué par la Reine Azgeda parce que je l'aimais. Mais Clarke avait réussi à me faire changer d'avis. Et cela ne plaisait pas vraiment à Titus. Indra avait un peu moins de mal, au moins Anya me comprenait.

On m'indique qu'elle est au terrain d'entraînement et en effet je la trouve en plein combat avec Aden.

— Tu es toujours là Aden ?

— Je m'entraîne un maximum. Anya est de bonne compagnie.

— C'est elle qui m'a tout enseigné, c'est donc logique. Mais tu peux te reposer Aden, j'ai à parler à mon maître.

Anya sourit et serre la main du jeune garçon.

— Clarke va bien ? il me demande inquiet.

Son intérêt pour elle me réjouit.

— Oui, ne t'en fais pas.

Aden nous salue avant de partir. Nous prenons place sur le muret non loin de là. Nos jambes pendent dans le vide. J'ai l'impression de rajeunir.

— Tu veux me parler de vos doubles, c'est ça Lexa ?

— Tu vois toujours juste Anya.

Je lui explique avec les mots que j'ai compris, qui sont ces filles et ce qu'elles nous ont expliqué. Anya semble perdue mais elle reste sage.

— Je vais faire au mieux pour les croire, elle dit, car je pense que nous n'avons pas d'autre choix. Il n'y a pas d'autre explication plus logique. Mais je sens que cela ne te convient pas Lexa.

— J'aimerais les croire, je pense que je les crois, mais pas jusqu'à leur faire confiance. Et j'ai toujours cette petite voix en moi, et celles des Anciens Commandants, qui me disent que c'est un piège d'Azgeda. Ils ont tué Costia, ils pourraient très bien ruser de la sorte.

— Tu n'as pas tord, je les vois bien capable d'une telle perfidie. Mais leur faire confiance est aussi une voie à explorer. Je suppose que Clarke est beaucoup moins méfiante que toi ?

— Oui, et c'est surtout de cela dont je viens te parler. J'ai l'impression que Clarke, et le peuple du Ciel en général, a beaucoup trop tendance à faire confiance. Ils se sont déjà fait avoir plusieurs fois par l'ennemi et pourtant j'ai l'impression qu'ils ne retiennent jamais la leçon.

— Par ennemis tu parles aussi de toi ?

La réponse d'Anya me fait réaliser que je fais des généralités trop facilement.

— Tu marques un point… Si Clarke ne me faisait pas confiance on n'aurait pas pu sauver les nôtres… Mais tu vois, je l'ai trahie pour le faire.

— Oui, et elle est revenue.

— C'est donc bien ce que je te démontre, ils ne retiennent pas la leçon.

— Tu penses la trahir encore ?

— Non, je lui ai fait une promesse, en faisant de Skaikru le 13ème clan je leur dois protection.

— Tout comme à Azgeda.

— Eux ne respectent rien, c'est différent.

— Skaikru aussi pose des problèmes.

— Ah Anya ! Chaque chose en son temps. Laisse-moi te parler de sujets moins lourds s'il te plaît.

— Moins lourds ?

Je réfléchis avant de continuer. Mais après tout elle est ma meilleure amie, je peux lui parler de ces choses là.

— Je veux parler de mes sentiments envers Clarke.

— Oh, pardon, oui je t'écoute.

— Merci… Tu sais que j'aime Clarke comme j'aimais Costia. Enfin, tu t'en doutes.

Anya acquiesce.

— Et l'arrivée de nos deux sosies nous perturbent. J'ai vu comment Clarke regarde cette Alycia. Et moi même quand je regarde Eliza je comprends ce qui peut se passer dans l'esprit de Clarke. Et ça me rend dingue. Je ne veux pas que Clarke ressente ce que je ressens quand je vois son double. C'est si égoïste de ma part… Je suis jalouse je l'avoue, et ce sentiment que je n'avais jamais ressenti avant me fait mal et me rend triste. Et elles ne sont pas là depuis 24h…

Mon mentor se tourne vers moi et essaye de capter mon attention. Je relève le visage pour la regarder. Elle a un sourire bienveillant par lequel je me sens enveloppé.

— Je ne sais pas si je peux être de bons conseils là dessus Lexa. Tu sais que j'ai aimé par le passé mais que ça n'a pas donné grand-chose pour moi. J'ai préféré me consacrer à ton entraînement. Mais ne t'en sens pas coupable. Et aujourd'hui je pense que je peux te dire une chose que j'ai toujours gardé pour moi : j'éprouve une certaine attirance pour une Skaikru. Néanmoins mon expérience ne te sera pas de bon conseil puisque je n'ai presque jamais osé l'approcher. Alors la jalousie je connais, mais la mienne est méritée. Toi, Lexa, tu as la chance de ressentir quelque chose de réciproque, ne gâche pas tout, ne laisse pas la haine devenir ta ligne de conduite. Clarke t'a changé. Jus drein jus daun*, tu vois ? *(le sang appelle le sang). Notre motivation ancestrale, elle a réussi à te faire changer d'avis. Ne la perds pas, ne perds pas la confiance et l'amour que tu as pour elle à cause de ces quatre prisonnières. Je sais que tu sauras te raisonner. Mais je comprends ta jalousie. Et il va falloir que tu apprennes à la maîtriser.

Je prends le temps d'assimiler son discours. J'ai eu raison de venir me confier à elle. Même sans le vécu adéquate elle sait toujours trouver les mots justes. Je me lève pour lui faire face.

— Merci Anya. Je suis heureuse que tu aies été et que tu sois toujours mon mentor.

— De rien Lexa. Je suis heureuse que ma petite protégée soit devenue Heda.

Je lui tends le bras pour notre poignée de main habituelle. Avant de partir je la questionne :

— De quelle Skaikru tu parles ?

— D'une dont le sosie est parmi nos quatre prisonnières. Raven.

— Oh Anya… Alors…

— Alors je comprends ce que Clarke et toi ressentez en présence de ces drôles de femmes.

— Tu n'es pas mon mentor pour rien ! je lance en riant.