Le bordel continue et s'accentue, les séparations se rapprochent.

Petit conseil : pour la scène d'amour de ce chapitre, mettez à fond dans vos oreilles la reprise de « Et pourtant » par Natalia Doco, que j'ai écouté en boucle en écrivant cette fameuse scène.


Point de vue Lexa

— Alycia sous mes traits escorte Clarke, Lindsey sous les traits de Raven et une troisième personne, Marie déguisée, jusqu'à Arkadia. Ça c'est notre couverture. En vérité vous irez aux Trihous. Eliza reste ici avec moi sous les traits de Clarke pour me protéger avec son savoir de l'avenir.

— Je veux bien, répond Clarke, mais je ne vais pas aux Trihous, je rentre à Arkadia.

C'est normal, pourquoi elle irait s'enfermer dans la forêt avec ces trois inconnues ? Mais si elle retourne auprès de son peuple, j'ai peur de ne plus la revoir de si tôt. Et la présence d'Eliza ne saurait combler l'absence de Clarke.

— Je veux essayer de raisonner Pike et Bellamy, elle reprend, ils ne peuvent pas continuer à vous attaquer de la sorte.

— Et puis ce sera probablement l'endroit le plus sûr pour toi, j'ajoute en m'avançant vers elle.

— Lexa…

Alors que je m'apprête à prendre ses mains dans les miennes, j'entends un raclement de gorge. C'est Lindsey. Aussitôt je me rends compte que je ne suis pas seule avec Clarke et je reprends mes esprits.

— Je pense que c'est la meilleure chose à faire, dit Lindsey, ça vous va les filles ?

Ses trois amies acquiescent.

— En somme j'ai appris à vérifier les blessures pour rien… intervient Eliza. Lindsey j'espère que tu as bien observé !

— Euh oui je crois que ça ira !

— Je vais te montrer comment je soigne ta plaie Lindsey.

Clarke s'avance vers l'intéressée et commence à prendre soin de son poignet.

— Et qui sera au courant que je ne suis pas Clarke ? demande Eliza.

— Clarke, Anya, Indra et moi, je réponds.

— Je pense que Titus devrait aussi être mis au courant, dit Alycia, sachant que Clarke s'éloigne il se calmera peut-être.

— Elle a raison, répond mon amante, c'est une partie des choses qui te sauverons, j'en suis sûre.

— Bien, alors toutes les décisions sont prises, je conclus. Il n'y a plus qu'à mettre tout ça en place. On reviendra vous voir quand tout sera prêt.

Je jette un regard à Clarke qui finit son travail et me suit pour sortir. Mais Alycia nous interpelle :

— Lexa, tu crois que vous pourriez ne pas fermer à clef ? Je veux dire, on ne va pas s'enfuir, on sait ce qu'on risque…

— D'accord, si cela vous rassure, mais je laisse les gardes.

— Oui, il vaut mieux.

J'échange un sourire avec mon double et nous sortons.

Point de vue Lindsey

— Le gros bordel ! je m'exclame une fois que nous nous retrouvons seules.

— Donc c'est le même blocage que dans la série ? demande Marie.

— Je crois, répond Alycia, celui pour quoi Clarke vient dire au revoir à Lexa, et pour quoi Octavia s'en va en laissant à Clarke justement le choix de partir avec elle ou de rester à Polis.

— Mais Octavia n'est plus là pour lui mettre d'ultimatum, j'ajoute, alors c'est nous qui avons créé le départ de Clarke… J'ai mal à la tête…

— Ça veut dire que notre arrivée relève du destin, dit Eliza.

— De quoi tu parles ? je demande.

— Je pense que tu as tort, me répond Eliza. Ce n'est pas nous qui avons créé le départ de Clarke. Avec ou sans nous, le blocage aurait été mis en place et Clarke aurait pu choisir de rester ou de partir. En revanche là où on intervient c'est sur Titus. Si Clarke s'en va et qu'il est au courant bien avant son départ, il ne voudra pas attenter à sa vie. Sans notre arrivée il y avait une chance sur deux pour que Clarke parte. Nous avons fait en sorte qu'elle parte en me laissant ici.

— Bah alors, je m'exclame, c'est bien ce que je dis ! On a créé le départ de Clarke !

— Et puis on n'est pas sûr que Titus ne va pas quand même chercher à tuer Clarke, dit Alycia.

— Olalalala migraine, migraine, je me lamente en prenant ma tête dans mes mains.

— Arrêtons de nous torturer l'esprit inutilement, nous coupe Marie, concentrons-nous plutôt sur le fait qu'Eliza va rester ici seule. Ça ne t'effraie pas ?

— Pas plus que ça, je serais entre les mains de Lexa, il ne peut pas m'arriver grand-chose. Et je ne pense pas que Titus voudra me tuer. Donc pour le moment c'est notre meilleur moyen de sauver Lexa. Clarke s'en va à Arkadia pour la suite des évènements, et moi je reste ici, donc Lexa ne meurt pas.

— En revanche, dit Alycia, la non mort de Lexa va changer plein de choses… Tout ce qui se passe à la Cité des Lumières surtout…

— Chaque chose en son temps, tempère encore une fois Marie, d'abord on sauve Lexa une première fois, ensuite on voit ce qui se passe dans nos maisons dans les arbres. Peut-être que d'ici là on aura trouvé un moyen de rentrer. Pour la Cité des Lumières, ils arriveront bien à trouver une solution. Nous on veut juste sauver Lexa, pas tout le monde !

— Tu laisserais Raven dépérir à cause d'A.L.I.E ? je questionne en regardant Marie dans la yeux.

— Je…

— Lindsey, me dit Alycia en posant sa main sur mon épaule, Marie a raison, d'abord il faut qu'on s'occupe des évènements présents. On verra ce qu'on peut faire ensuite, d'accord ?

— Oui, oui vous avez raison je sais… Mais peut-être qu'on pourra parler de la Cité à Clarke.

Je sens qu'elles sont d'accord avec moi mais que quelque chose les bloque. Et en même temps je les comprends. On veut avant tout rentrer chez nous, après ce sera à Lexa et Clarke de sauver les gens sous l'emprise d'A.L.I.E. Mais pourtant je ne peux me résoudre à l'idée de laisser mon double courir à sa perte…

Point de vue Clarke

Tout l'après midi Lexa a été très occupé à mettre en place la quarantaine. Il fallait choisir une armée, envoyer des messagers – assez nombreux pour qu'ils ne risquent pas de se faire tuer par les miens – au travers toutes les contrées, décider de la zone à délimiter. J'avais pu un peu l'aider en lui donnant quelques informations mais cela me fend le cœur de devoir y participer. Je suis en train d'aider à la création d'un blocus de mon propre peuple. Je sais déjà qu'ils ne vont pas se laisser faire et que cette quarantaine peut les rendre plus agressifs, mais c'est toujours mieux que de les exterminer… Enfin, je vais les rejoindre, je pourrais peut-être tenter de les raisonner. Vu la relation entre Bellamy et moi j'ai toutes mes chances et il pourrait sans doute parler à Pike.

Tandis que la nuit tombe je n'ai toujours pas revu Lexa en tête à tête depuis que nous avons quitté la chambre de nos sosies. J'hésite à aller frapper à sa porte. Je ne sais pas si elle a fini tous les préparatifs qu'elle voulait boucler aujourd'hui et j'ai peur de la déranger. Mais en même temps c'est peut-être un des derniers soirs où nous pourrons avoir un moment à deux. Je me lance. Je sors de ma chambre à pas de loups. Je ne sais pas si Titus ou d'autres gardes sont au courant de ma relation avec leur cheffe alors j'essaie d'être la plus discrète possible. Quand je frappe à la porte je suis presque sûre que Lexa reconnaît mes coups car c'est sa voix suave qui m'invite à entrer.

— Clarke, elle m'accueille avec le sourire.

Elle est assise près de sa fenêtre d'où une légère brise qui s'échappe fait voler ses cheveux détachés. J'en ai le souffle coupé. La lumière orangée des bougies se mélange au bleu de la nuit pour éclairer son visage à moitié dans la pénombre. Les ombres redessinent ses courbes fines et robustes. Je ne lui réponds rien et m'approche tout simplement d'elle. Je m'assois toute proche en gardant pour plus tard le plaisir de la prendre dans mes bras. Pour l'instant je préfère la préserver intact.

— Tu as réussi à organiser comme tu le voulais Lexa ?

— Oui, il ne me reste plus qu'à voir les détails de votre départ…

Son sourire discret qui jusqu'ici illuminait son visage, s'efface. Je ne peux m'empêcher de prendre sa main dans la mienne. Je caresse l'intérieure de la paume où il reste les traces de son combat avec Roan. Je dessine les contours de la cicatrice, un frisson hérisse les poils de son bras.

— Je suis désolée Lexa…

— Pour quoi ?

— De vouloir rentrer auprès des miens…

— Non, tu dois retourner aider ton peuple, c'est pour ça que je t'aime Clarke… Je ne pourrais jamais t'en vouloir. Et apparemment c'est ce qui pourrait me sauver la vie…

— J'espère qu'un jour on n'aura plus besoin d'apprendre à nos peuples à cohabiter.

— Et à ce moment là on pourra rêver de paix et profiter de la vie au lieu de survivre… Parce que tu as raison, Clarke, la vie est beaucoup plus que de la simple survie…

Son regard se plonge dans le mien et sa main se referme sur mes doigts. Cela me réchauffe le cœur de savoir que j'ai aidé le sien à s'ouvrir un peu plus. Elle qui redoutait tant l'amour et qui ne me parlait que de survie et de protection des peuples. La voir si tendre en cet instant me fait l'aimer encore plus.

J'ai fini de me retenir. J'avance doucement vers elle pour l'embrasser tendrement. Je sens sa bouche sourire contre la mienne. Puis je me décolle et la regarde.

— Quand est-ce que tu penses que le départ se fera ?

— Il faudra que vous partiez avant que la quarantaine se mette en place, alors sûrement avant demain soir…

— Oh, alors c'est notre dernière nuit ensemble…

— J'en ai bien peur…

Ma gorge se serre. Je dois retourner auprès des miens, mais je ne veux pas la quitter.

Point de vue Lexa

Je sais qu'elle doit retourner après des siens, mais je ne veux pas qu'elle s'en aille. Clarke me regarde l'air triste. Je me lève pour délaisser ma fenêtre et lui tend les mains. Je ne dis rien mais elle comprend et se met debout face à moi. Avec tendresse je l'amène vers le lit sur lequel nous nous asseyons toutes proches. Je retrouve ses mains que je caresse. Je remonte mes doigts sur son poignet si lisse et je continue sur l'avant bras jusqu'au creux du coude. Une légère chaire de poule naît et le bouts de ses doigts sont comme pris d'un petit spasme qui les font se rapprocher de sa paume puis s'en éloigner. Mes yeux prennent le relais et je regard son bras, son épaule puis son visage. Je passe ma main sur sa hanche pour rapprocher son corps du mien. Nos nez se rencontrent et se caressent comme pour se dire au revoir. Un petit plop m'indique l'ouverture de sa bouche, signal pour moi d'y passer doucement un bout de langue pour en effleurer la pulpe humide. Sa main en miroir vient attraper ma hanche et nos corps se retrouvent face à face. Si proche je ne peux que continuer le baiser peu entamé. Je pose mes lèvres contre les siennes doucement et une chaleur éclot en moi.

J'allonge Clarke sur le matelas en la poussant avec mon corps, en pénétrant ma langue dans sa bouche qu'elle accueil en signe de reddition. Je veux l'embrasser comme si c'était la dernière fois. Non. Comme si c'était la première fois. Je veux la redécouvrir.

J'embrasse sa mâchoire pour arriver dans son cou, un petit gémissement lui échappe. Sa main vient se perdre dans mes cheveux et sur mes épaules. D'un coup j'ai l'impression que le tissu de ma robe me brûle. Il me gêne, il m'empêche d'être libre, d'être moi. J'aspire une partie de la peau de son cou avant de me redresser sur les genoux pour retirer mon vêtement. Je suis totalement nue en dessous et je comprends dans le regard de Clarke qu'elle ne s'y attendait pas. Le coin gauche de sa bouche s'élève pour sourire. Je passe mes mains sous son t-shirt au niveau de la taille pour remonter sur son ventre. Elle m'aide à le lui retirer. Ensemble nous faisons glisser son pantalon le long de ses jambes.

Enfin je peux revenir vers sa bouche. Pendant le baiser, mes mains aveugles cherchent les bretelles de soutient-gorge pour les baisser et libérer ses épaules et la naissance de sa poitrine. Mes lèvres et ma main descendent de cette épaule à son buste et je finis par libérer ses seins. Le sous vêtement rejoint le reste des habits. Ma langue a maintenant le champs libre pour s'apposer sur chaque partie de peau qu'elle désir découvrir. Et une nouvelle léchouille fait hérisser le fin duvet qui recouvre le corps de Clarke.

Mais je me lasse déjà de sa bouche. Je dépose deux baisers à côté de ses seins juste avant le début de l'aisselle puis je regarde ses lèvres avant de les retrouver. Mon amante accueille le baiser en posant ses mains sur mes reins. Mon corps qui surplombe le sien s'affaisse pour se coller contre son partenaire. Nos poitrines se disputent et mon sexe s'enflamme. Nous tenons cette position un certain temps avant que je ne descende pour éviter de comprimer sa cage thoracique.

Une fois sur le côté je laisse libre court à ma main de se balader et de dessiner ce corps dont j'apprends à retenir les courbes. J'arrive sur son ventre, quand elle me gratifie le dos de quelques chatouilles. La barrière de sa culotte s'impose à moi mais je n'en ai que faire. Je passe par dessus et pose ma paume comme pour englober son intimité et la garder au chaud. J'y aventure le bout de mes doigts tout doucement. Clarke retient un hoquet et me mord la lèvre inférieure. Prenant ce geste pour une invitation, je continue mes effleurements succins. Petit à petit son corps se met à se mouvoir, sa moiteur à augmenter et son pouls à s'accélérer.

— Tu me rends folle, elle chuchote au creux de mon oreille.

Son souffle dans mon tympan, ses dents contre mon lobe me font venir les mêmes vibrations qui parcourent son être depuis le début de l'échange. Je continue à la titiller un peu et me résigne à passer ma main sous sa culotte. Le contact direct de ma paume fraîche sur son entrecuisse humide augmente mon envie d'elle. Ses baisers de plus en plus pressant me font comprendre que la sienne aussi. Sa main glisse le long de ma colonne vertébrale et se joue de mes courbes, elle longe mes flancs et contourne mes reins pour venir flatter le haut de mes fesses. Ses gestes presque brusques sont robustes, elle fait pression pour amoindrir la distance entre nous. Par instinct, ma cuisse au dessus s'écarte légèrement pour laisser celle de Clarke proche de moi pénétrer entre nous. Mon sexe se pose contre le duvet de sa jambe et aussitôt ma cambrure augmente. Alors que sa fluidité me permet de la pénétrer aisément, mes mouvements du bassins s'accentuent et nos baisers deviennent un complet brouillon, un tourbillon de salive désordonné qui ne cherche qu'à posséder la saveur de l'autre. Le va-et-vient de ma main se coordonnent avec le balancement de mon corps.

Bien trop vite Clarke arrive à bout. Pour tenter de happer un peu d'air elle se voit forcer de lâcher ma bouche. Pour combler le vide du manque de baiser nous nous regardons dans les yeux. Nos langues séparées laissent à nos haleines le loisir de se mélanger. Encore quelques caresses et ses yeux se ferment pour aller chercher le désir jusqu'au plus profond de ses entrailles. Elle râle, ronfle, gronde et exulte dans un chuintement qui me fait tourner l'esprit. J'arrête de me cambrer pour la laisser respirer et profiter pleinement. Ses muscles se détendent petit à petit. Et petit à petit elle rouvre les yeux pour me dévorer du regard. L'étincelle dans ses iris me transmet tous les sentiments qu'elle a pour moi. Je sens le rouge me monter aux joues.

Une fois son souffle reprit nos langues peuvent enfin reprendre leur danse. A peine ai-je le temps de me rendre compte que mon désir est toujours là que Clarke donne une impulsion pour se retrouver sur moi. Je me laisse faire beaucoup trop désireuse de jouir à mon tour. Le supplice est complet. C'est comme si elle prend un malin plaisir à embrasser et lécher chaque partie de mon anatomie. Ses baisers au niveau des seins, des côtes, des cuisses et de l'aine me rendent dingue moi aussi.

Quand, comme dans une simple formalité, sa bouche délicate embrasse mon intimité, un voile blanc brouille ma vision. Pendant un quart de seconde je sens les Anciens Commandants m'abandonner en signe de souscription totale. Ils me soutiennent et me permettent. La langue de Clarke sur mon clitoris fait disparaître la brume et me ramène à la réalité sucrée. Je me laisse envelopper par ce cocon de désir, je laisse mon être se détendre. Seule ma main s'agrippe au drap pour me permettre de rester sur Terre. J'ai bien trop peur que mon esprit s'élève avec elle et de perdre totalement la raison.

L'orgasme me gagne en commençant par un picotement dans le bout de mes pieds. Il remonte le long de mes cuisses et débute aussi des lobes de mes oreilles. Les deux boules de chaleurs se rejoignent sur mon sexe pour faire éclore le plaisir qui me force à gémir plus que ma réserve ne m'aurait permis. Je me laisse aller et profite comme si c'est la première fois que la jouissance m'accueille ainsi.

Mon amante finit par quitter son air de jeu et remonte lentement suivant une ligne imaginaire qui traverse mon nombril et se termine sur mes lèvres asséchées de n'avoir pas senti les siennes depuis si longtemps. Le baiser me fait tourner la tête car il ne me permet pas de reprendre mon souffle.

— Attends... je chuchote à bout.

Clarke comprend et se pose sur le côté pour me regarder respirer à grand mouvement de la poitrine. Elle caresse mon sternum en attendant que les secondes filent. Remise de mes émotions je l'embrasse une dernière fois, pour sceller nous amour et conclure nos adieux.

— Clarke ?

Je dis son prénom avec une extrême douceur ne sachant pas si elle s'est endormie après nos quelques minutes à nous enlacer sans ne rien dire. Elle frotte son nez plusieurs fois contre ma clavicule comme pour se réveiller et tend son visage vers le mien.

— Oui ?

— J'ai peur de te laisser partir…

— Pourquoi ?

— S'il t'arrivait quelque chose ?

— Ces filles ne m'auraient pas laissé partir s'il y avait du danger. Je suis persuadée que dans leur réalité je m'en vais, après ta mort… Et que je survie.

— Je suppose que c'est logique… Et si… Et si tu ne voulais plus revenir ?

Elle se redresse pour me surplomber.

— Tu as peur que je reste à Arkadia ?

— Oui…

— Tu sais que je peux vivre à Arkadia et venir te voir ?

— Oui mais… Si…

— Shhh…

Elle pose son doigt sur mes lèvres.

— Je reviendrais Lexa, je reviendrais toujours à toi. Je dois raisonner les miens, essayer de faire tout ce que je peux à mon niveau pour cesser ces guerres inutiles. Et je reviendrais…
Clarke retire son doigt pour venir le remplacer par un baiser furtif. Puis elle se redresse en souriant.

— Mais c'est moi qui devrait avoir peur Lexa.

— Pourquoi ? je demande étonnée.

— Parce qu'Eliza va rester avec toi…

Pas besoin d'explication, je comprends immédiatement ses doutes. Je passe un main sur sa joue.

— Clarke, elle n'est pas toi. Je ne suis pas amoureuse que de ton enveloppe charnelle et de ton aspect extérieur.

Je glisse ma main pour venir la poser là où bat son cœur.

— Je suis amoureuse de ce qu'il y a là-dedans.

Je retire ma main et viens lui donner une légère pichenette sur le front.

— Et là aussi.

Nous sourions toutes les deux et je reprends :

— Même si Eliza est sans doute une personne formidable, elle n'est pas la jeune femme rusée qui m'a éloignée du campement où je séjournais et qui était menacé par un missile. Elle n'est pas la jeune femme forte qui m'a aidé à fuir une Gorille monstrueuse. Elle n'est pas la jeune femme ardente qui se bat pour les siens coûte que coûte. Elle n'est pas la jeune femme que j'aime. Elle n'est pas Clarke.

— Tout comme Alycia n'est pas toi, tu as raison…

— J'ai souvent tort ces derniers temps, mais depuis que je t'ai rencontré j'ai tendance à avoir de plus en plus raison grâce à tes conseils avisés.

— Haha, j'espère que Polis ne va pas tomber en ruine le temps de mon absence alors.

— J'en prendrais soin, maintenant que je ne suis plus aveuglée par la vengeance.

Une ultime fois nos bouches se lient avant que nos paupières lourdes nous privent de nos derniers instants ensemble pour sombrer dans le sommeil.

Point de vue Alycia

Ce soir nous avons un mal fou à nous calmer. Depuis la visite de Clarke et Lexa nous n'avons plus eu aucune nouvelle. Aucune idée de l'avancée du blocage ou d'une annonce de notre départ. Et le fait de devoir laisser Eliza ici et de partir avec Clarke me ronge de l'intérieur. Je ne veux pas être séparée d'elle. Pas maintenant, pas alors que nous commencions à nous rapprocher. Je l'aime bon sang, je l'aime, je ne peux pas partir sans, partir sans…

— Et si on croise un Skaikru qui me reconnaît ?

C'est Marie qui me sort de ma rêverie.

— Ça n'arrivera pas, la rassure Lindsey, Indra et Anya vont trouver une solution pour qu'on ne te reconnaisse pas ne t'en fais pas.

Eliza est assise près de la fenêtre et ne semble pas prêter attention à la conversation. La voir ainsi m'énerve, comme si elle n'en a rien à faire de tout cela, comme si ce voyage que nous nous apprêtions à faire lui passe au dessus.

— Tu t'en fiches Eliza ? je dis presque sans me rendre compte de mon ton méchant.

Elle se retourne et me regarde un peu surprise.

— Bien sûr que non Alycia…

— Tu n'as pourtant pas l'air de te soucier des problèmes de Marie.

— Si mais, c'est parce que… j'ai peur…

— Peur ? demande Lindsey.

— Je vais rester ici sans aucune de vous… Et ce n'est pas parce que Lexa ressemble à Alycia ou Titus à Neil que je les connais. Ce n'est pas parce que j'ai lu quelques lignes d'un scénario que je connais ces lieux et les personnages qui y vivent… J'ai peur. Si quelqu'un d'autre découvrait la vérité ? Si je n'arrivais pas à berner les gens malveillant ? Ou si je ne parvenais pas à sauver Lexa ? Je serais seule ici, toute seule… Alors que vous, vous serrez toutes les trois…

C'est ma propre bêtise qui m'énerve maintenant, bien sûr qu'elle a peur… Je m'approche doucement d'elle et m'assois en face. Je prends sa main pour la caresser.

— Pardonne mon agressivité, je n'avais pas pensé à tout ça. Mais tu sais que Lexa prendra bien soin de toi. Qu'elle ne laissera pas Titus te faire de mal. Tu connais l'avenir alors tu arriveras à la protéger. Pendant qu'on sera là-bas on essaiera de trouver comment rentrer et quand on se retrouvera toutes les quatre on pourra mettre tout ça derrière nous. D'accord ?

Son regard se perd sur nos deux mains enlacées. Je prends son menton entre mon pouce et mon index pour qu'elle me regarde. Elle a les yeux humides.

— D'accord, elle finit par répondre la voix coincée.

— Eliza…

C'est Marie qui s'approche pour la prendre dans ses bras. Lindsey arrive à son tour et nous nous prêtons au jeu d'un câlin collectif.

— Ça va aller, dit Eliza.

— Ça va aller, répète Lindsey.

Point de vue Eliza

Impossible de fermer l'œil cette nuit. Nous refusons de nous coucher. Toutes les quatre nous passons la nuit assises sur le lit le plus proche de la porte en espérant qu'on entre pour nous déplacer. Enfin, pour les déplacer. J'ai déjà l'estomac noué de penser à me retrouver seule dans la chambre de Clarke pour y dormir.

Au petit matin nous finissons par nous endormir les unes sur les autres. Ce sont des coups sur la porte qui me réveillent. Je m'extirpe de l'amas de corps pour aller ouvrir à Lexa qui détourne le regard avant de se racler la gorge. Je remarque alors que la bretelle du haut léger que je porte est tombée, dévoilant presque le haut de mon mamelon. Je rougis et la remonte aussitôt.

— Je vous réveil ?

— On n'a pas bien dormi… Je vais les réveiller ?

— Oui je veux bien. Je vais vous laissez vous laver et vous habiller. Dès que vous serrez prêtes prévenez un garde. On doit les déplacer aujourd'hui, au plus vite.

— D'accord…

Sans rien ajouter Lexa referme la porte. J'hésite un peu avant de revenir vers le lit. Je les trouve belles toutes les trois endormies. Je n'ai pas envie de troubler leur sommeil paisible. Peut-être que Lindsey rêve de l'immense salle de sport du paquebot, Marie est sûrement perdue dans une montagne de nourriture, tandis qu'Alycia image sans doute l'Opéra de Sydney qu'elle admire tellement. Je souris à mes pensées et vais pour les réveiller. Une par une elles émergent, manquant cruellement de sommeil.

— Ah, on s'est endormi finalement, dit Lindsey en se frottant les yeux.

— Mon cou, râle Marie en s'étirant.

— Où suis-je ? répond Alycia.

— Ça c'est une bonne question, ironise Lindsey.

— Désolée les filles, Lexa est venue me prévenir que c'est le grand jour. Elle nous laisse le temps de nous laver…

— Il va falloir qu'on en profite, dit Lindsey, je doute que leurs cabanes dans les arbres abritent des salles de bains si luxueuses !

Sur ce elle se lève pour se précipiter dans la pièce.

Chacune nous passons sous l'eau chaude et finissons l'eau qu'il nous restait.

— Je vais prévenir le garde, j'annonce en me dirigeant vers la porte.

— Attends, me retient Marie par la main, c'est peut-être la dernière fois qu'on est toutes les quatre.

— Ne sois pas si dramatique !

— Pardon Lindsey, je voulais dire, la dernière fois avant un bon moment. Alors, Eliza, je voulais te souhaiter bonne chance.

— Merci, vous aussi…

Nous nous faisons une accolade qui imite le câlin de la veille. A contre cœur je vais ouvrir la porte pour parler à un garde.

Quelques instants après Anya vient nous chercher pour nous mener jusque dans la salle du trône. Indra, Lexa et Clarke s'y trouvent. La fatigue me fait tourner la tête mais j'essaie de me concentrer.

— La préparation de la quarantaine est presque finalisée, nous dit Lexa sans même nous saluer, il vous faut partir avant ce soir. Clarke, Alyca, Lindsey et Marie vous serrez escortées par quatre gardes ainsi qu'Anya et Indra qui vous montrerons le chemin. Est-ce que parmi vous il y en a qui savent monter à cheval ?

Lindsey et Alycia lèvent timidement la main.

— Bien, il y aura trois chevaux à monter ainsi que trois cheveux de traits pour les vivres, le matériel et celles qui ne savent pas monter. Vous partirez avec des vivres pour une semaine. Le voyage doit durer un peu moins d'une journée. Une fois que vous vous serrez séparés de Clarke qui prendra un des chevaux, vous ne serez plus très loin des Trihous. Anya et Indra y passeront la nuit avec vous avant de repartir le lendemain. Avec Alycia dans mon rôle vous n'aurez aucun problème. Aussitôt arrivées aux Trihous les gardes prendrons quartiers dans une des maisons, vous dans l'autre. Le lendemain Anya et Indra rebrousserons chemin avec la carriole. On vous laisse deux chevaux. Dans une semaine Anya, probablement, viendra à votre rencontre pour vous rapporter de quoi manger et vous soigner. On verra où en seront les évènements à ce moment précis. Vous partez également avec une radio qui est reliée avec celle qu'Eliza gardera ici. Si vous avez le moindre problème contactez-nous, mais vérifiez que la ligne est sécurisée. Clarke, pareil pour toi. Si tu veux nous contacter, ou elles, fait attention.

Tout le monde écoute attentivement, hochant la tête de temps à autre.

— Après cette réunion, j'irais m'entretenir avec Alycia pour lui expliquer quelques détails et pour l'aider à enfiler mon costume de Heda. Clarke ira avec Eliza pour lui prêter des vêtements. Lindsey, on n'a pas trouvé de vêtements qui se rapprochent de ceux de Raven, tu resteras dans cette tenue, c'est crédible. Pour ce qui est de Marie. Nous te feront passer pour une membre du clan Azgeda. Tu seras une prisonnière qu'on ramène à sa nation pour faire un échange. Le maquillage traditionnel des habitants des glaces permettra de dissimuler ton visage. Je suis désolée, mais tu devras rester menotter le temps du voyage.

Je vois du coin de l'œil Marie se frotter les poignets comme pour profiter de leur liberté.

— Une fois que vous serrez arrivées soyez les plus prudentes possible. Personne ne doit vous voir. Avec le blocage se serait un acte de guerre de trouver des Skaikru hors du périmètre. Et toi Alycia, plus que les autres, Lexa n'aurait rien à faire dans les Trihous, vous seriez démasquées. Les gardes qui seront avec vous ne sont pas formés pour vous contraindre mais pour vous protéger. Est-ce que vous avez des questions ?

Je lève la main avec hésitation. Lexa me désigne d'un geste du menton.

— Et moi ?

— Clarke t'expliquera.

— D'accord… Et j'aurais le temps de dire au revoir à mes amies ?

— Bien sûr. Vous partirez des prisons où se trouvent le chargement. Toi et moi nous les accompagnerons jusque-là où nous pourrons leur dire au revoir.

Tout le monde se regarde. Une ambiance étrange flotte.

— Titus a été mis au courant ? je demande.

— Oui, répond Lexa, et comme vous l'aviez prédit, il a plutôt bien pris la nouvelle du départ de Clarke. Peut-être un peu moins celle du fait qu'Eliza restera ici, il ne comprend pas très bien l'intérêt. Bon, si vous n'avez pas d'autres questions il est temps. Alycia avec moi, Clarke avec Eliza, Lindsey et Marie vous suivez Anya et Indra.


Chapitre suivant : moments paisibles entre Eliza et Clarke, entre Alycia et Lexa, et les aux revoir finissent par arriver. Ne serait-ce pas le moment pour Eliza et Alycia de discuter ?