Hey hey ! En ce beau (enfin ça dépend où on se trouve…) mois d'août on revient avec le 20ème chapitre, déjà ! de cette fanfic. Petit rappel des évènements précédents :
- Lindsey et Marie se sont embrassées, mais leur relation reste ambiguë.
- Lexa, Eliza, Anya, Indra, Titus et Clarke ont décidé d'agir pour éteindre la Cité des Lumières, pour se faire, Lexa est entrée en méditation afin de trouver un chemin entre son palais mentale et la Cité, elle a fait la rencontre de Bekka.
- Clarke est retournée à Arkadia auprès des siens avant la mise en place du blocus.
On vous laisse avec ce chapitre, le plus long de la fiction jusqu'ici !
Point de vue Lincoln :
Les filles mangent avec appétit et délice le met que je leur ai préparé. Cela me fait plaisir. J'ai l'impression de retrouver un peu ma tribu. Ma famille adorait que je cuisine pour eux. Je chasse ce souvenir de mon esprit avant qu'il se transforme en une brume de tristesse et d'amer nostalgie.
— Alors, je dis pour ré animer la conversation, vous avez des pistes les filles ?
Elles me regardent sans comprendre. Apparemment il leur faut pas mal de temps avant d'être réveillées totalement…
— Vous savez, vous vouliez trouver la cause de votre arrivée dans notre monde.
— Oui ! s'exclame Alycia d'un coup. J'y ai pensé avant de dormir. Soit c'est lié à quelque chose de notre monde, soit à un évènement qui a eu lieu ici.
— Je pencherais à un évènement qui a eu lieu dans ce monde là, répond Lindsey, sinon ce serait Lexa, Raven, Clarke et Octavia qui auraient débarqué dans le notre, non ?
— Ça se tient, dit Marie.
— Alors partons là dessus. Qu'est-ce qui aurait pu déclencher votre arrivée ?
— A mon avis c'est lié à la non mort d'Anya et à la mort d'Octavia. C'est trop gros. Surtout que comme par hasard, on tombe sur toi Lincoln.
En me disant cela, le sosie de mon aimée me regarde dans les yeux. Mon cœur saute.
— Mais pourquoi nous quatre ? demande Lindsey. Le destin nous aurait réunis sur ce bateau pour nous mener ensuite ici ?
— On cherche la cause Lindsey, répond Alycia, ne commençons pas à nous éparpiller. Peut-être qu'on aurait disparu en tournage si nous n'avions pas été en pause…
— Pardon, pardon, je ne voulais pas embrouiller les choses… Mais personnellement je parierais plus sur la mort d'Octavia comme cause.
— Mais on ne serait pas plutôt là pour sauver Lexa ? demande Alycia qui se tient les tempes.
— Et s'il y avait plusieurs causes ? je propose. Peut-être que la mort d'Octavia a commencé quelque chose. Qui vous a mené ici et qui ensuite mènera à votre sauvetage de Lexa.
— Olala, soupire Lindsey en mettant son visage dans ses mains.
— Je tente de résumer, dit Marie, Octavia meurt, cet acte déclenche un phénomène météorologique qui nous amène dans ce monde. Et puisque nous sommes ici, étant donné qu'on ne peut rien faire pour la mort d'Octavia, nous sauvons celle que nous pouvons, c'est à dire Lexa.
— C'est ça, je réponds.
— Mais et Anya ? demande Marie.
— Dans ce monde le destin aurait sauvé Anya pour qu'Octavia meurt pour que nous arrivions pour sauver Lexa ?
— Un peu trop de « pour » dans ta phrase Alycia, mais on tient un truc là ! s'exclame Lindsey qui semble moins embrouillée. Anya ne meurt pas. Une vie pour une vie, Octavia meurt. Sa mort a probablement attristé plusieurs personnes (elle me lance un regard désolé). On arrive ici, et pour atténuer ce bordel on sauve Lexa.
— J'avoue que je ne vois pas trop le lien entre Octavia et Lexa, intervient mon sosie favoris, mais je suppose que pour le moment on ne peut que s'accrocher à cette idée…
— Bon c'est bien beau, répond le sosie de Lexa, mais qu'est-ce qu'on fait avec cette information ?
— Du coup, je dis, si c'est lié d'une façon ou d'une autre à Lexa, peut-être qu'une fois tout danger écarté autour d'elle, vous pourrez rentrer chez vous ?
— Je ne suis pas sûre, Lexa est la Commandante, elle sera toujours en danger.
— Je suis d'accord avec Alycia, répond Marie, et puis nous avons à priori déjà à peu près écarter la menace imminente, par rapport à l'histoire que nous connaissons, donc nous aurions déjà dû rentrer chez nous.
— Il faut creuser du côté de la mort d'Octavia alors, dit Lindsey, c'est notre meilleure piste pour le moment. Et sur ce point je pense que tu peux nous aider Lincoln.
Le sosie de Raven me regarde avec un air grave. Pendant un quart de seconde ses yeux font un aller retour entre Marie et moi. Je sens comme une pointe de jalousie au fond de ses pupilles. Puis elle me regarde bien en face avant d'ajouter :
— Tu veux bien nous parler de sa mort et de ton ressentit ?
— Je…
Un blocage se crée en moi. Je ne me suis pas encore remis de la disparition d'Octavia. Et depuis l'arrivée de Marie, mon esprit souffre encore plus.
— Je ne suis pas encore prêt… Enfin, pas comme ça là, de but en blanc, désolé…
— Non, non, bien sûr, répond Marie sur un ton chaleureux qui rouvre la plaie dans mon cœur, on comprend évidemment, prends ton temps Lincoln.
Sans savoir quoi ajouter je me lève en faisant quelques courbettes d'excuses. Elles me laissent sortir. Je passe une passerelle pour me retrouver sur la plateforme suivante. Là je ne les entends pas parler. Seul le bruissement du vent dans les feuilles me parvient. Puis le chant des oiseaux et les pas des deux gardes à terre. Je baisse les yeux pour les chercher. Ils tournent autour de l'amas d'arbres que constitue cette Trihou. Concentrés, mains prêtes à dégainer leurs armes. Ils ont une pleine confiance en Lexa. Je me suis toujours demandé comment des hommes pouvaient être autant dévoué à un leader qu'ils connaissaient à peine. Ils n'étaient retenus que par la stature de Lexa. Ou peut-être avaient-ils peur de se faire tuer pour mutisme…
Des pas plus légers sur les planches en bois me sortent de ma contemplation. C'est Marie qui arrive à mes côtés.
— Je voulais voir comment tu allais, elle commence à me dire, mais je me rends compte en arrivant que je ne suis peut-être pas le visage que tu veux voir en ce moment…
— Il n'y a pas de soucis, ça me fait plaisir au contraire…
— Je suis désolée si tu t'es senti pressé tout à l'heure.
— Non, non, vous avez hâte de rentrer chez vous, je comprends.
Elle vient plus proche de moi et regarde en bas, sûrement dans l'espoir de comprendre ce que j'admirais avant son arrivée.
— Tu observes les gardes ?
— Ils me sont tombés sous les yeux.
Elle a un petit rire. Puis un silence s'installe. Alors j'ose. Je pose une main sur son épaule et fais une légère pression pour qu'elle se retourne vers moi. Son regard tombe dans le mien. Je frémis.
— Depuis que j'ai croisé ton visage j'ai l'impression de revivre. Mon cœur s'était arrêté et tu l'as fait redémarrer…
— Tu sais que je ne suis pas Octavia…
Je fais oui de la tête sans être capable de prononcer un mot de plus. J'aurais l'impression de commettre une erreur. Nous nous regardons encore dans ce silence paisible. Doucement je sens mon corps aller vers le sien. Et l'attraction naturelle de nos êtres permet de me faire comprendre qu'elle avance plutôt que de reculer. Au moment où nos lèvres se croisent j'aperçois du coin de l'œil Lindsey qui sort de la pièce commune. Mais je l'oublie en un instant. Ces lèvres me plongent dans un doux passé que j'essaie pourtant d'oublier. Le bout de ma langue s'aventure pour constater qu'elles ont le même goût et la même texture que celles que je connais si bien. Mon sang bouillonne. Je veux intensifier le baiser lorsque je sens la main de Marie se poser sur ma poitrine. Elle me repousse doucement. Elle ne met pas de force mais j'abdique et me recule. Cela veut dire qu'elle a confiance en moi. Elle sait que jamais je n'abuserais d'elle. Calme toi cher cœur, ne retombe pas amoureux. Ce n'est qu'une image de la fille que tu aimes toujours et qui n'est plus…
Elle ne dit rien et me regarde, sa main reposant toujours sur ma poitrine. Puis la jeune femme se retourne et je l'admire s'éloigner. Un souffle vient ébouriffer ses cheveux qu'elle replace d'un geste mécanique. Octavia avait le même tic…
Point de vue Clarke :
Depuis que je suis rentrée à Arkadia je n'ai presque pas eu une minute à moi. A peine le temps de contacter Lexa pour lui dire que j'étais bien arrivée. Arkadia me semble presque à feu et à sang. Les gardes de Lexa déjà en place m'avaient laissé rejoindre l'intérieur du camp avant de définitivement refermer le blocus sur mon peuple. J'avais directement foncé voir ma mère, soulagée de me savoir en vie. Puis j'avais vite compris que tout avait changé en mon absence. Pike avait destitué Kane de son poste de Chancelier, prenant le pouvoir et dirigeant les troupes qui avaient attaqués le camp de guerriers de Lexa. Il avait fait prisonnier tous les natifs vivant parmi nous. Lincoln s'était visiblement échappé. Murphy également manquait à l'appel. Jaha était revenu à Arkadia avec en sa possession une pastille qu'il distribuait à tour de bras et qui semblait rendre les gens plus heureux mais moins présents. Raven et Jackson, entre autres, l'avaient prise. Maintenant on aurait dit qu'ils faisaient partie d'une sorte de secte. Raven n'en faisait qu'à sa tête, forçant sur sa blessure sans que ça ait pour autant l'air de lui faire mal. Ma mère avait fini par comprendre que cette, Clef, comme ils l'appelaient, n'effaçait pas seulement la douleur, mais aussi les souvenirs. Jaha avait oublié son fils. Jasper, à deux doigts du suicide depuis la mort de Maya, était entré dans une colère noire après la mise en place du blocus. En effet cet évènement nous contraignant à restreindre nos rations alimentaire, Sinclair lui avait refusé un verre d'alcool, sa seule échappatoire. Lui aussi tourne autour de la Clef proposée par Jaha, mais pour le moment ma mère réussit à l'en tenir éloigné.
Quant à Bellamy, il est détruit par la mort de sa sœur. Il suit Pike aveuglément, j'appris qu'il n'a émis aucune résistance lorsque ce dernier avait proposé de détruire le camp de natifs. Un point positif néanmoins, Pike étant fermement contre la prise de la Clef, Bellamy, bien que tenté d'effacer sa tristesse, ne l'avait pas avalé non plus. Depuis mon retour j'essaie donc de gérer entre le chagrin de Bellamy qui pourrait l'amener à faire des bêtises, l'aide que j'apporte à ma mère pour éviter que trop de personnes n'avalent la Clef de Jaha, et mon observation de Raven pour essayer de comprendre ce qu'elle trafique.
Aujourd'hui enfin j'ai quelques minutes de répit pour appeler Lexa. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis que je l'ai informée de mon arrivée, et j'espère fortement qu'Eliza réussit à la garder en vie.
Je quitte le self pour rejoindre ma chambre où se trouve le talkie-walkie. Au détour d'un couloir j'entends la voix de Raven. Je ralentis pour ne pas la surprendre en pleine discussion. Je m'arrête au coin et passe discrètement la tête. La vision de mon amie me stupéfie. Elle parle toute seule. Enfin pas seule, elle semble bien s'adresser à quelqu'un en face d'elle, mais il n'y a personne. La Clef la rend folle ? Il va falloir que j'en parle à Eliza, elle saurait sûrement répondre à mes questions à ce sujet.
Je continue ma route en silence et pénètre dans ma chambre. J'attrape le talkie-walkie et me pose sur le lit. L'objet crépite après que j'y ai prononcé quelques mots.
— Clarke ?
C'est ma voix de l'autre côté de l'appareil. Cela me semble étrange.
— Eliza ?
— C'est moi qui ai la garde du talkie.
— Ahah ! Tu vas bien ?
— Oui ça va, j'essaie de m'habituer à vivre ici en tant que toi…
— J'espère que Titus ne te cause pas trop de problèmes…
— Étrangement il semble m'apprécier, j'essaie d'aller en son sens. Et il s'est un peu calmé avec Lexa aussi.
— Bonnes nouvelles alors. Tu pourrais me passer Lexa d'ailleurs ?
— Elle est en pleine méditation désolée…
Un picotement parcours mon cœur. Je sais que je ne pourrais pas lui parler aujourd'hui. Face à mon silence Eliza tente de changer de sujet en me demandant comment ça se passe ici à Arkadia. Je lui fais un bref résumé de la situation. Elle m'écoute sans m'interrompre, je suppose qu'elle est déjà au courant de tout.
— Et puisque je t'ai ou bout de la ligne, j'ajoute en fin de récit, tu saurais me dire pourquoi Raven parle seule ?
— Tu es sûre que tu veux que je te révèle de telles choses ?
— Je crois que oui, j'arrive à un moment où ça va m'être utile…
— Bien. Mais avant, il faut que je te parle de ce qui se passe à Polis…
Je tombe des nues. Eliza me parle de la Cité des Lumières, des plans que Titus, Lexa, Anya, Indra et elle veulent mettre en place pour essayer d'éteindre cette fameuse Cité. Elle m'explique que les Clefs que Jaha distribue mettent mon peuple sous l'emprise d'une intelligence artificielle prénommée A.L.I.E et que c'était probablement à cette femme que parlait Raven. Elle me donne les détails sans trop m'en dire sur l'avenir qu'elle connaît, se rappelant que je ne veux rien savoir. Mais je sens qu'il est dur pour elle d'aborder certains points sans m'en dire trop. Ce que je comprends tout de même, c'est qu'actuellement Lexa est dans son palais mental à la recherche de leur toute première Commandante qui serait présente dans une puce, semblable à la Clef de Jaha, implantée dans la nuque de Lexa.
— Lexa ne m'en a jamais parlé…
— Et je ne sais pas si j'avais l'autorisation de te le dire Clarke… J'ai peur qu'elle m'en veuille…
— Non, tu as bien fait. Si je veux sauver Raven, tu étais obligée de m'en parler. Anya veut sauver Raven, Lexa comprendra pourquoi tu me l'as dit. Et même si elle met du temps à te pardonner, Anya saura lui faire entendre raison. J'essaierais aussi.
— Peut-être, mais elle voulait sûrement te le dire elle-même… Dans mon monde, elle n'en a pas le temps…
— Ne parlons pas de choses qui fâchent. Le plus important c'est que je sois au courant pour Raven. Donc tu sais comment je peux faire revenir mon amie à la raison ?
Point par point et en détails, Eliza m'explique comment griller la Clef avalée par mon amie et comment en retirer les résidus en entaillant sa nuque. Une chance que j'ai des compétences de docteur.
— Mais tu imagines bien, reprit Eliza, qu'elle ne se laissera pas faire. Que A.L.I.E la mettra en garde contre tes agissements. Il va falloir que tu sois discrète et que tu élabores un plan.
— Je vais en parler à Abby, Monty et Harper. Je peux leur faire confiance ?
— Normalement oui. Mais fait bien attention à ta mère, d'accord ?
— D'accord… Et aussi, je voulais te parler de Bellamy… Il est dévasté par la disparition d'Octavia, alors j'ai l'impression que ça lui fait faire n'importe quoi. Mais chez vous elle n'est pas morte. Il s'est aussi allié avec Pike ?
— Malheureusement oui… Mon… Ton départ d'Arkadia le rend triste et il commence à déconner avec Pike…
— J'aurais dû rester auprès de mon peuple…
— Tu ne dois pas te sentir coupable Clarke, tu as fais ce que tu croyais bon sur le moment. Maintenant tu es de retour parmi eux et tu peux les aider.
J'essaie d'entendre ce que mon double me dit mais c'est difficile de ne pas se sentir coupable.
— Bellamy prend la Clef dans ton monde ? je demande pour changer de sujet.
— Non. Tu as peur qu'il la prenne ?
— Oui, si tu voyais sa tristesse… Il veut effacer la douleur, et c'est ce que Jaha lui propose… Pike le retient, mais pour encore combien de temps…
— Garde un œil sur lui, d'accord ? Avec l'aide de Monty, Harper et Abby, je suis sûre que ça va aller. Je te contacte dès qu'on a avancé de notre côté, d'accord ?
— Merci.
— C'est normal !
— Tes amies vont bien ?
— Je suis censée appeler Alycia bientôt, je crois que ça va… Je ne leur ai pas encore parlé de toute la situation avec la Cité des Lumières. Je ne veux pas les alarmer. Elles sont en sécurité aux Trihous, j'aimerais qu'elles le restent.
— Oui, autant les garder éloigner du danger.
— C'est l'idée ! … Tu veux que j'aille voir si Lexa est sortie de sa méditation ?
— Non, non, c'est bon. Dis-lui de me contacter quand tu la croiseras, d'accord ?
— D'accord.
Nous nous saluons et je repose l'appareil qui finit de crépiter entre mes doigts. Je m'allonge sur le lit pour tenter de digérer toute la situation. C'est beaucoup à avaler d'un coup. Il est étrange de me dire qu'une partie de Lexa est en fait son esprit dirigé par ses prédécesseurs. Serait-elle la Lexa que je connais sans cette Puce dans le nuque ? Est-elle vraiment en sécurité en cherchant à passer dans la Cité des Lumières alors que A.L.I.E y règne ?
Et puis il y a Bellamy. Sa tristesse m'inquiète. Monty m'avait raconté qu'après la mort d'Octavia, lui et Lincoln s'étaient beaucoup saoulé pour oublier. Qu'ils pouvaient passer des soirées à parler d'Octavia les larmes aux yeux, des verres à la main. Sinclair et Jackson avaient dû intervenir quelques fois pour éviter des bagarres lorsqu'ils rentraient trop alcoolisés. Puis Lincoln avait fuit et Bellamy avait perdu son compagnon de dépression.
— Bon, je sauve Raven, puis je m'occupe de Bellamy. Pour le moment Pike prend soin de lui…
Point de vue Lindsey :
En sortant de la cuisine j'aperçois Lincoln s'approcher dangereusement de Marie. Attends, ils s'embrassent ou je rêve ? J'observe la scène un instant mais le dégoût me fait retourner à l'intérieur. Alycia me regarde sans comprendre pourquoi je reviens déjà.
— Lindsey ?
— Euh, je, finalement je n'ai pas envie de faire pipi…
Mon amie me regarde en haussant les épaules.
— Hé bien moi j'y vais alors !
— Attends !
Elle se stoppe en me regardant encore plus étrangement. Je ne veux pas qu'elle les voit s'embrasser.
— Qu'est-ce qui t'arrive Lindsey ?
— Rien, rien, euh, je… Tu as un truc aux coins des lèvres !
Je passe mon index sur le coin de sa bouche et fais mine de lui retirer une miette. Comme je ne trouve pas de meilleure excuse, je suis obligée de la laisser passer. Je ne suis vraiment pas douée… Alycia ouvre la porte, je m'apprête à nouveau à lui attraper l'épaule pour la retenir, mais je constate que Lincoln et Marie ne s'embrassent plus. Ouf. Alycia sent mon soulagement et me regarde encore.
— Lindsey, tu files un mauvais coton !
— Pardon…
Alycia secoue la tête et se met à me sourire. Elle emprunte une passerelle me laissant seule face à ces deux êtres qui ne font plus du tout attention à ma présence. Encore une fois je retourne dans la cuisine. Et j'ai toujours envie de faire pipi.
Je me rassoie à ma place et souffle en mettant ma tête dans mes bras croisés sur le bois lisse. Dans le noir j'ai l'impression de mieux réfléchir.
Marie m'a embrassée ce matin, enfin, nous nous sommes embrassées. Puis maintenant elle embrasse Lincoln. C'est à n'y rien comprendre. Et puis, c'est risqué de s'acoquiner avec lui. Nous ne sommes pas du même monde. Je sais qu'elle est attirée par Ricky mais ce n'est pas une raison. Et puis d'ailleurs, on ne va pas lui dire à lui qu'il est censé mourir ? Enfin, il a fui Arkadia, je suppose que ça lui sauve la vie… En espérant qu'une bonne personne ne meurt pas à sa place… Enfin, ce n'est pas non plus comme si je veux que Lincoln meurt !
— Pfff…
— Ça va Lindsey ?
Je me redresse d'un coup, c'est Marie qui entre dans la cuisine.
— Oui, oui, je suis encore fatiguée c'est tout. Et puis toutes ces discussions, ça me file de ces maux de crâne…
Et ce n'est même pas complètement faux.
— Ah ah oui, je comprends, moi aussi j'ai un peu de mal à suivre parfois. Pourtant j'ai l'impression qu'on tient un truc. Il va nous falloir encore quelques discussions comme celle-là si on veut rentrer chez nous !
— Tu es sûre que tu veux rentrer ?
— Comment ça ?
— Non, rien…
Je me lève n'ayant pas envie d'avoir cette discussion maintenant.
— Je vais faire pipi.
Je sors et la laisse sans plus de réponse. Je croise Alycia devant les toilettes qui pose sa main sur mon front.
— Tu ne sembles pas avoir de fièvre pourtant, elle dit en s'amusant de mes réactions étranges.
— C'est tout ça, ça me monte à la tête.
— Marie y est un peu pour quelque chose aussi, n'est-ce pas ?
— Oui… Mais je n'ai pas trop envie d'en parler…
— Ne t'en fais pas, j'avais bien compris. Mais si tu en as besoin, je suis là, d'accord ?
— Merci Alycia…
Comme nous n'avons pas grand-chose à faire à part élaborer des hypothèses, je décide de passer la journée dans la chambre. Je n'ai aucune idée de ce que font Marie, Alycia et Lincoln, et je ne tiens peut-être pas à le savoir.
C'est Lincoln qui vient me chercher pour le dîner lorsque la nuit commence à tomber. Je me rends compte alors que je m'étais assoupie.
— Tu as dormi tout l'après-midi ? il me demande sur le chemin.
— Je crois bien oui…
Tant mieux, je n'ai ainsi pas eu l'occasion de me prendre la tête.
— J'ai trouvé des fruits avec un garde, je pense que vous n'avez pas encore goûté ceux-là.
Il m'annonce ça avec un si grand sourire. Mon ventre en gargouille de plaisir. Ma haine pour lui s'efface quelque peu.
Et en effet les fruits sont délicieux. Ils sont semblable à des pêches mais leurs peau est d'un bleu profond. Lincoln semble très étonné quand nous lui disons que les pêches que nous connaissons peuvent être d'un bordeaux éclatant.
— Demain matin j'appelle Eliza pour lui parler de nos recherches, annonce Alycia alors que nous lavons nos couverts, ça vous va ?
— Oui, répond Marie, ça me semble une bonne idée de la tenir au courant.
— Vous avez eu des nouvelles d'Arkadia ? demande Lincoln.
— Je sais juste que Clarke est bien arrivée, répond Alycia, je lui demanderais de m'en dire plus.
— Merci.
Nous finissons par aller nous coucher. Vu l'énorme sieste que j'ai faite, j'ai peu sommeil mais je me dirige quand même vers ma chambre. A ma grande surprise, Marie me suit. Je la regarde avec étonnement.
— On avait dit qu'on dormirait ensemble cette nuit, non ?
— Euh oui, oui…
Nous entrons dans la chambre et je me sens tout de suite un peu bête. Me reviens en mémoire notre baiser de la matinée. Je me sens rougir. En revanche, elle, sans se soucier de moi, commence à se changer. Il est vrai que nous nous sommes changé l'une devant l'autre des millions de fois, et pourtant, je me sens mal. Je regarde ses courbes se dénuder et je sens la jalousie m'envahir. Enfin je comprends tout. L'idée qu'elle puisse embrasser une autre personne me paraît soudain insupportable.
— A quoi tu joues ? je lui demande comme si ma question sortait de nul part.
— Bah, je me mets en pyjama pour dormir…
— Avec Lincoln, et avec moi, à quoi tu joues ?
— Lindsey… Tu nous as vu...
Elle a un air désolé et s'approche doucement de moi. Elle est toujours en soutient-gorge. Elle me prend les mains, je me laisse faire.
— Ce baiser ce n'était rien…
— Tu ne devrais pas jouer avec ses sentiments alors !
— Non, je veux dire, notre baiser, à toi et moi Lindsey. Ce n'était rien qu'un moment d'égarement.
Si nous étions dans un cartoon ma mâchoire ce serait instantanément détachée. Elle se fou de ma gueule ?
— T'es sérieuse là ?! Depuis le début tu es ambiguës avec moi, tu m'embrasses tu fais comme si de rien n'était puis tu embrasses Lincoln, puis maintenant ça ?!
— Je ne sais pas trop où j'en suis j'admets, puis avec Lincoln c'est compliqué…
— Ce n'est pas compliqué ! je hurle en lâchant ses mains. Il n'est pas réel ! Nous sommes dans un monde fictif ? Tu ne vois pas ? C'est voué à l'échec vous deux ! Et en plus c'est hyper malsain !
— Je t'interdis de dire que Lincoln est fictif. Il ressent des émotions, comme nous.
— Ouais bah justement, arrête de jouer avec ses sentiments. Tu ne pourras jamais remplacer la Octavia qu'il aime.
— Ça tu n'en sais rien.
— Mais ouvre les yeux bon sang ! Il est amoureux d'une guerrière, pas d'une actrice avec ses petits caprices de Star !
— On peut changer aussi tu sais.
— Raaah tu m'énerves !
Je m'éloigne d'elle et tourne dans la pièce.
— Tu ne vois vraiment aucun problème à embrasser Lincoln ?
Son visage me répond que non.
— Ok, j'en ai eu assez, je me casse.
Je me précipite vers la porte pour l'ouvrir et je sors en trombe. Marie cours derrière moi.
— Attends ! Tu vas où ?
— J'en sais rien !
Je cris si fort qu'elle reste sur place. Je ne me retourne pas pour voir si elle rentre dans la chambre et je me dépêche pour trouver l'échelle qui descend à terre.
Une fois sur le sol un garde vient à ma rencontre.
— Un problème ? il demande gentiment mais méfiant.
— Non, je voudrais juste faire un tour.
— Je t'accompagnes.
— C'est à dire que…
— J'ai pour ordre de ne pas vous laisser seules dehors.
— Bon, bon…
Presque résignée je le laisse me suivre dans la forêt. Je m'enfonce dans les branches noires pour réfléchir. La lumière de la Lune qui filtre à travers les branches me permet de ne pas me prendre de troncs ou de racines. Je me sens plus libre. Mais les pas lourds et métalliques du garde sur mes talons m'empêchent de me libérer totalement. Il faut que je le sème. J'accélère le pas mais constate qu'il tient très bien le rythme. Logique. Au loin j'aperçois un amas d'arbres qui ne laisse plus la lumière passer. C'est ma chance. Je risque de me prendre les pieds dans quelque chose mais tant pis, c'est l'unique moyen d'être seule. Je m'avance innocemment vers le bosquet et tourne brusquement dans une zone sombre. Immédiatement le garde me hèle. Je reste discrète. Je me faufile entre les troncs à pas de loup. Sa voix s'éloigne de plus en plus. Lorsque je suis sûre d'être assez loin, je me mets à courir vers un source de lumière un peu plus précise.
Et enfin, enfin je suis seule dans l'immense forêt inconnue. Un frisson me parcours. Mais je me reprends.
— C'est ce que tu voulais ma vieille !
Une bruissement sur la gauche me fait poser mes mains sur ma bouche. J'aurais parlé trop fort ? Le garde m'aurait déjà retrouvé ? Impossible. Je m'immobilise. Le bruit sur la gauche se rapproche. J'avance aussi.
— Hop op !* (* Stop !)
La voix est féminine. Ce n'est donc pas mon garde. Merde. Au lieu de suivre l'ordre, que j'ai compris, je me mets à courir. Mais ce qui devait arriver arriva. Mes pieds se prennent dans des racines et je m'étale de tout mon long sur le sol boueux. J'ai à peine le temps de penser à me redresser que l'inconnue est sur moi. Elle approche une lanterne de mon visage éclairant le sien. Je reconnais le maquillage de guerre d'Azgeda.
— Hé merde…
La guerrière me regarde sans comprendre et m'assène une violent coup sur le crâne. Je tombe dans les vapes au moment où je sens mon corps être soulevé.
Point de vue Lexa :
Alors que je sens mon âme entière parcourir des distances inexplicables, traverser des sensations pour lesquelles aucun mot n'a encore été inventé, atteindre l'esprit de Bekka pour la première fois depuis des décennies, mon corps me ramène au présent, à mon être réel et entier. Doucement le voile blanc s'efface. Je distingue Bekka qui semble déçue de me voir partir.
— Je reviendrais, je réussis à chuchoter avant de sortir de ma rêverie mentale.
Je me retrouve face à Titus qui me regarde étrangement. Énervée, je lui réponds brusquement :
— Je touchais au but Titus ! Pourquoi tu m'as sortie de ma méditation ?
— Heda, je… Tu m'as demandé de t'en sortir si cela durait trop longtemps et…
Il tourne son visage vers la fenêtre. Le crépuscule arrive à peine.
— Hé bien ? Le Soleil se couche, donc ça ne fait pas si longtemps.
— Non Heda, il se lève…
Surprise de ma méprise je regarde plus attentivement dehors. En effet, la couleur du ciel m'a trompée. C'est une aurore.
— J'ai médité toute la nuit ? je bafouille presque.
— Oui… J'ai essayé de te ramener après la tombée du Soleil mais sans résultat. Je suis revenu chaque heure… Jusqu'à ce que j'y arrive finalement…
— Tu as prévenu Eliza ?
— Non, je ne voulais alarmer personne. Elle est allée se coucher sans trop poser de questions.
— Tu as bien fait.
Cela fait longtemps que je ne l'ais pas vu faire quelque chose de censé, c'est le moment pour le féliciter.
— Qu'est-ce que tu as vu Lexa ? demande Titus visiblement inquiet.
— J'ai vu Bekka Pramheda. J'allais lui parler quand tu m'as sortie de là…
— Pardon…
— Non, non, si je suis restée si longtemps, tu as bien fait. Je n'ai pas du tout vu le temps passer, c'est étrange… Mais il faudra que je retente demain. Enfin, tout à l'heure… Je suis proche du but.
— Oui. Mais fait attention Heda. Si ces sosies sont venus pour te sauver, ne va pas te perdre dans ton propre palais mental…
Encore une fois il a raison. Mais je ne peux rebrousser chemin alors que je suis si proche.
— Je ferais attention Titus, je te le promets. La prochaine fois tu resteras avec moi d'accord ? Tu pourras mieux surveiller mes réactions. Et on conviendra d'un moment pour que tu me sortes de mon palais mental.
— Cela me semble une bonne idée.
Nous nous sourions. Un peu de chaleur, cela me fait du bien. Et d'un coup son sourire me fait ressentir toute la fatigue dont mon corps est encombré. Je méditais, je ne dormais pas, j'ai fait une nuit blanche, alors je suis fatiguée.
— Je vais dormir un peu avant l'entraînement matinal.
— Bien sûr Heda. Reshop.
— Merci.
Il sort. Je m'étire. C'est risqué, très risqué, mais je dois le faire. Pour le peuple de Clarke, pour le 13ème clan. Pour mon peuple. Pour nos peuple. Pour notre Peuple.
Alors alors ?! Lindsey s'est faite capturer par Azgeda ? Lexa se perd dans son palais mental ? Clarke va sauver Raven ? Marie va tomber sous le charme de Lincoln ? Tant de questions auxquelles on essayera de répondre au plus vite haha !
(à partir de ce chapitre je reprends l'écriture en solo).
