De retour pour vous jouer un mauvais tour ! (je suis sérieuse malheureusement haha !)
Pas mal de point de vue dans ce chapitre, et de l'action !
Enjooooy
Point de vue Lindsey :
Putain je crève la dalle moi. J'en ai marre de manger leur bouillie infâme… Je comprends pourquoi l'autre prisonnière est aussi maigre… Ce n'est pas très nourrissant. Je vais perdre ma shape moi… Et puis il n'y a aucun moyen de s'échapper. J'espère vraiment que mes amies sont en route ou en négociation. Si ça se trouve Nia a déjà prévu de me trancher la tête… On tranche la tête chez Azgeda ? Je ne sais plus… Et si je finis comme cette fille ? Je vais rester enfermer avec elle, dans ce monde qui n'est pas le mien, pour le restant de mes jours ? Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça… Techniquement j'ai juste rompu un blocus qui ne me concerne même pas… Et l'autre là qui ne veut pas me parler, ni me donner son nom ou pourquoi elle est là. Ça se trouve elle est complètement barge et elle a tout oublié… Je vais devenir comme ça ?!
Je tire sur mes chaînes en signe d'agacement.
— Aïe !
Ce n'est pas la première fois que je tire, à force cela a rouvert ma blessure. Et je n'ai aucune aide médicale. Si ça se trouve je vais mourir d'un septicémie avant même d'avoir pu revoir la lumière du jour, c'est malin…
Mes yeux sont maintenant habitués à la faible lumière, je peux voir les dégâts sur mon poignet. Avec le métal souillé des menottes, je ne donne pas cher de ma peau. J'essaie de nettoyer avec ma salive ou avec le peu d'eau qu'on nous donne, mais ce n'est pas assez. Et puis, je tuerais pour une douche ! Alycia, Eliza, Marie, venez me chercher !
Point de vue Alycia :
— Atchoum !
— A tes souhaits Marie ! je lance machinalement.
Un silence s'installe car je lève la main. Mon nez me pique. Je le sens venir.
— Ah... ah ! je fais pour l'aider. Atcha ! Ah, ça fait du bien !
— Vous vous êtes enrhumées ? demande Indra inquiète.
— Non, je me sens très bien, répond Marie.
— Moi aussi.
— Peut-être un plante dans l'air à laquelle vous êtes allergiques, propose Titus.
— Peut-être… On s'arrête quand pour dormir ? je demande à Titus.
— On ne peut pas s'arrêter n'importe où. Il y a un village qui nous accueillera dans une petite heure. Le messager les a prévenu, ils nous… Ils t'accueilleront comme il se doit. Ça te fera un entraînement.
— D'accord…
Je repense à tout ce que Lexa m'a appris sur comment être Commandant, et à ce que je sais de par la série. Rencontrer un village devrait être facile.
— Lexa s'est déjà rendue dans ce village ?
— Non, mais il y a un garde du chef de village qui doit la connaître. Ne t'en fais pas, j'aviserais. Essaye juste de ne pas donner l'impression que tu le vois pour la première fois. Mais de toute façon on ne va pas s'éterniser. On dîne, on dort, et on repart à l'aube.
— On devra passer une autre nuit dehors avant d'arriver en territoire Azgeda, non ? s'enquière Murphy.
— Oui, répond Titus, cette fois nous dormirons dans la forêt. Les vêtements que Lexa nous a donné pour le froid ferons office de couches, et Indra et moi feront des rondes pendant la nuit.
— Nous aussi on peut faire les rondes, je réponds.
— Je ne préfère pas mettre une personne sachant peu se battre.
Je me retourne vers Marie dans le chariot, je suis toujours à cheval, et elle me regarde l'air de dire « il a raison ». Murphy roule des yeux au ciel.
Après ce qui me paraît une éternité, nous nous rapprochons enfin d'une source de lumière. C'est forcément le village. Titus fait ralentir les chevaux.
— Pas d'hostilité mais pas trop d'assurance non plus. C'est le dernier village Trikru avant la frontière, qui est encore loin, ils sont donc un peu craintifs. Mais pas de danger pour Murphy, ni pour Marie. Ils n'ont, c'est sûr, jamais vu Octavia. Et si c'était le cas, ils ne sauraient pas qu'elle est… qu'elle a disparu.
On dirait que Titus tente de nous ménager. Il me surprend. J'essaie d'entrer dans la peau de mon personnage. J'espère que nous parlerons en anglais, parce que ce ne sont pas mes pauvres bases en trigedasleng qui vont berner les villageois… Titus nous avait appris quelques mots et tournures de phrases supplémentaires pendant la première partie du trajet, mais j'ai bien peur que cela ne suffise pas.
Notre convois s'arrête devant un immense arbre.
— C'est l'entrée du village, nous apprend Titus.
— Tu es déjà venu ici ? demande Indra.
— J'ai beaucoup voyagé avec mon prédécesseur, le but était de connaître le territoire mieux que Heda.
Il est fier et descend de cheval avec entrain. Un guerrier s'approche de nous. Titus lui explique qui nous sommes et tous les deux nous escortent jusqu'au cœur du village. Il est composé principalement de cahutes en bois et de tentes en tissu. Semblable à ce que nous avions vu sur les décors de notre série, mais avec plus de réalisme et de vérité. Plus de pauvreté aussi, et pourtant, ces villageois qui maintenant me dévisagent avec grande admiration, semblent les plus heureux des Hommes. Tout le monde me regarde sur ma monture. Une angoisse monte. Je respire un grand coup discrètement et descends de cheval. Avant de faire ou dire quoique ce soit, Titus me guide.
— Heda, voici Lio, le chef du village.
— Heya Heda.* *Bonjour Heda*
— Heya, je réponds avec assurance comme lorsque je suis devant une caméra.
Indra, Marie et Murphy descendent du chariot pour saluer eux aussi. Le chef nous invite à pénétrer dans sa maison où nous découvrons un banquet. Plus petit que celui que Lexa nous avait servit le matin même, mais quand même bien alléchant. Nous les remercions et nous mettons à table.
— Merci de nous accueillir dans ton village pour la nuit Lio.
— C'est bien normal. Tu es notre dirigeante et protectrice.
Il me parle dans un anglais avec un accent que je n'ai jamais entendu. Mais je le comprends quand même. La sensation est étrange.
Je ne fais pas de bourde lors du dîner, la discussion est en même temps assez pauvre. Finalement les systèmes de castes sont présents aussi dans ce monde. Un habitant d'un village pauvre, bien qu'il en soit le chef, ne trouve pas grand-chose à dire à la leader de son peuple. Moi qui pensait que cet univers, ou en tous cas celui de The 100, pouvait être un peu plus idyllique…
Après le festin nous sommes dirigés vers des tentes. Pour cette nuit ce sera Indra, Marie et moi dans la même tente, Titus et Murphy dans une autre. Nous saluons Lio, que nous retrouverons le lendemain, et allons dans nos tentes respectives. La nuit est plus compliquée qu'à Polis ou dans les Trihous, mais tout de même plus confortable que notre première nuit sur cette terre. Je redoute déjà la nuit prochaine à la belle étoile.
Point de vue Eliza :
Encore une fois, je me retrouve seule. Cette fois Lincoln et Anya sont avec Lexa et moi pour regarder le convois s'éloigner. Mon cœur se serre. J'ai si peur qu'Alycia se fasse démasquer. Comme sentant mon angoisse, Lexa se rapproche de moi et m'entoure légèrement de ses bras.
— Ça va aller Eliza, Alycia va s'en sortir. Et puis elle n'est pas seule.
— J'essaye de lui faire confiance…
— Elles sont fortes, ajoute Lincoln, je les ai vu se débrouiller aux Trihous et sur le chemin du retour, je ne pense pas qu'il faille s'inquiéter. Elle saura très bien jouer Lexa.
Anya acquiesce.
— Je pense que je vais aller me coucher, ça m'évitera de trop y penser…
— Tu as raison, dit Lexa, reposons-nous tous, demain matin je retournerais dans mon palais mental. On avancera nous aussi !
Lincoln, Anya et moi suivons Lexa à l'intérieur. En l'absence officielle de Heda, des gardes supplémentaires sont posés devant les portes de la Tour. Je reconnais devant l'entrée que nous empruntons, les gardes qui nous avaient suivies jusqu'aux Trihous. Forcément, eux sont au courant que la vraie Lexa est toujours à Polis. Lincoln s'arrête devant la chambre où on l'a mis, Anya nous salue à son tour et j'accompagne Lexa jusqu'à la sienne.
— Lexa ?
— Oui ?
— Comment tu fais pour supporter d'être si loin de Clarke, de ne pas savoir quand tu la reverras ?
— Dans ce monde tu sais, on ne sait jamais ce qui peut advenir. J'ai l'habitude d'être éloignée des gens que j'aime. Je suis en déplacement tout le temps. Notre rencontre a été peu commune, enfin dans ton esprit je suppose, alors je n'ai pas trop le choix. C'est dur mais on s'y fait. Notre lien est fort, il nous permet de garder la tête haute.
— C'est beau… J'aimerais pouvoir être aussi forte mentalement.
— J'ai été élevé comme ça. Mais je suis sûre que vous allez retourner dans votre monde et que vous n'aurez pas à être séparé comme nous. Donc ne t'en fais pas, tu n'as pas besoin d'être aussi forte. Enfin ne te force pas à être forte. Parfois c'est bien aussi de se laisser aller. Et comme l'a dit Lincoln, elles vont s'en sortir.
— Bon de toute façon je dois me concentrer sur toi et le sauvetage des Skaikru de l'emprise d'A.L.I.E !
— Voilà, tu positives, c'est bien ! Allez, je te laisse te reposer, bonne nuit Eliza.
— Bonne nuit Lexa.
Je la regarde pénétrer dans sa chambre en imaginant qu'il s'agit de la silhouette d'Alycia. Je m'en imprègne et me dirige vers la mienne. Enfin, celle de Clarke...
Je me jette dans le lit et tente de ne pas trop penser à l'éloignement. J'ai en revanche du mal à ne pas penser à ma nuit précédente dans les bras d'Alycia. C'était si… tendre. Jamais… Jamais je n'avais ressenti cette sensation de bien-être et d'euphorie avec une personne. Pourtant, j'étais déjà tombée amoureuse, mais jamais à ce point. J'ai déjà envie de me retrouver dans ses bras. Et savoir que son sosie dort dans une chambre non loin de moi me rend folle. Je tourne et retourne dans mon lit pour essayer de m'endormir. Heureusement que la fatigue est toujours présente en moi, cela me permet de sombrer vite.
Je suis réveillée par une sensation de chaleur. Je me redresse en sueur et braque mon regard vers la porte. On toque. Par réflexe je cherche mon portable pour regarder l'heure, mais évidemment, ma main touche du vide.
— Oui ? je réponds en fonçant un sourcil.
Lexa entre.
— Il se passe quelque chose Lexa ?
— Oui… Clarke… Clarke me manque…
— Oh… Viens-là.
La jeune brune avance, je me redresse dans le lit et l'invite à s'asseoir. Je suis en tailleur sous le drap, elle s'assoit au bord du lit. Des larmes coulent sur ses joues, par instinct je pose ma main dans le creux de ses reins. Cette tristesse sur ce visage me rend fébrile.
— Tu veux bien me prendre dans tes bras ? me demande Heda. Juste un instant.
Je ne peux refuser. Elle comprend mon acceptation et vient un peu plus sur le lit. Je l'entoure de mes bras, elle se réfugie contre mon buste. J'ai l'impression d'enlacer Alycia. Tout est pareil chez la jeune Commandante. Jusqu'à son odeur, bien qu'un peu plus musquée. Je ferme les yeux pour tout de même profiter de l'instant. Après un long moment, Lexa sort son visage et me regarde.
— Merci…
Je n'ai pas le temps de lui répondre que je sens sa bouche s'écraser sur la mienne. Au début je veux la repousser, mais lorsque sa langue demande l'accès à ma bouche, toute force me quitte. Je la laisse faire et je me prends au jeu.
Nous sommes interrompues par quelqu'un qui toque à la porte. A bout de souffle je me décolle de Lexa en la regardant, je suis affolée. Je n'ai pas le temps de répondre que la porte s'ouvre sur…
— Alycia ?
— Lexa ?
Mon esprit s'embrouille. Si la femme qui est dans mes bras est Lexa, celle qui vient d'entrer est Alycia. Les deux se regardent, se toisent. Je m'apprête à sortir des excuses à Alycia mais elle ne m'en laisse pas le temps. Elle s'approche du lit. Quand Lexa est vêtue d'une nuisette noire, Alycia porte un short bordeaux et un débardeur blanc. Elles sont des opposés.
— Qu'est-ce que tu fais là Alycia ? je demande complètement perdue.
— On a dû s'arrêter pour la nuit, alors on est venu dormir ici.
— Quoi ? Vous avez fait demi-tour ?
— Bah non, c'était sur notre chemin.
— Mais non, vous êtes partis vers Azgeda.
— C'est ce que je dis.
Je n'ai pas le temps de lui dire que ce qu'elle me raconte ne tient pas debout, car elle grimpe sur le lit et se colle à Lexa. Les deux sont face à moi, elles me regardent.
— Pourquoi tu l'embrassais ? demande Alycia.
— C'est que… Je… Clarke lui manquait alors…
Alycia hausse les épaules et attrape Lexa avec une vivacité qui me surprend. Elle l'embrasse à pleine bouche. Lexa se laisse complètement faire. Un feu ardent irradie entre mes cuisses. L'image de ces deux jumelles qui s'embrassent et commencent doucement à se caresser me rend folle. Elles finissent par se lâcher et se tournent vers moi. Plus aucun mot de semblent vouloir les posséder. Lexa et Alycia se penchent sur moi, me forçant à m'allonger et me déposent toutes les deux un baiser sur un joue. Alycia à gauche, Lexa à droite. Alycia la première dépose un baiser sur mes lèvres, puis elle s'éloigne pour laisser la place à Lexa. Leurs lèvres m'offrent les mêmes saveurs, la même douceur. Mes sens pétillent. Ma bouche redemande de leurs baisers. Elles jonglent. Une m'embrasse et l'autre me caresse, puis elles s'inversent les rôles. Ce petit manège me rend malade.
Soudain mon oreille droite commence à bourdonner. Au début je tente de l'ignorer mais la sensation devient de plus en plus désagréable. Je secoue la tête pour faire partir le bruit. Alycia lâche mes lèvres, Lexa lâche mon sein. Le bruit, la sensation de grésillement commence à devenir douloureuse, je m'agite de plus en plus. Un flash blanc éclate et je suis aveuglée pendant quelques instants. Quand ma vue revient, Clarke et moi sommes penchées sur le corps de Lexa, inerte. Je regarde Clarke sans comprendre ce qu'elle fait là.
— Où est Alycia ?
Clarke ne me répond pas, elle essaye de réveiller Lexa qui saigne au niveau de la poitrine. Un sang noir d'ébène. Le bourdonnement revient. Je hurle.
Je me réveille en sursaut, mes yeux s'ouvrent immensément, puis je me redresse doucement. Je suis trempée sous les aisselles et dans le dos. Le picotement entre mes jambes s'évanouit, la peur est toujours là. Je comprends que je rêvais. Je rêvais d'Alycia et de Lexa, de ma confusion entre les deux… Mais pourquoi ai-je rêvé de la mort de Lexa ?
Impossible encore une fois de savoir l'heure. Je me lève pour aller à la fenêtre. La nuit est noir de jais. Aucune Lune. Si elle s'est couchée s'est que nous devons être plus proche du matin que du soir. Je baille et retourne dans le lit.
— En espérant, Lexa, que tu ne fasses pas les mêmes rêves que moi…
Point de vue Lexa :
Le lendemain du départ de mon double, je déjeune dans la salle du trône en observant le soleil faire son ascension. De là je peux voir Anya s'entraîner avec Aden. Le jeune garçon me fait penser à moi plus jeune, combattant aux côtés d'une Anya qui avait alors l'âge que j'ai aujourd'hui. Ce souvenir me fait sourire. Le blondinet semble quand même meilleur que moi.
Je finis de manger et mets mon capuchon sur la tête. Je m'empare du plateau que j'avais gardé à mes côtés. Je veux l'apporter à Eliza. Elle le mérite bien. J'attendais seulement qu'il soit un peu plus tard, pour ne pas la réveiller. Je sors de la pièce en baissant la tête et me dirige vers la chambre de Clarke. Une fois devant j'y toque avec le coude. Pas de réponse. Je pose le plateau à terre et ouvre doucement la porte pour y passer ma tête dans l'entrebâillement. La jeune étrangère dort toujours. J'essaie de ne pas y voir Clarke. Je réfléchis un instant, ramasse le plateau et pénètre doucement dans la pièce. Je pose le plateau sur une table et regarde à droite à gauche. Comme je m'y attendais, je vois dans un coin un carnet et du fusain. Des restes des affaires de ma Skaikru favorite. J'arrache une feuille du carnet et y écrit le mot suivant « Profite de ce petit déjeuner Eliza. Je m'en vais méditer. Si je ne suis pas revenue te voir avant le milieu de l'après-midi, essaye de venir me réveiller. Merci, bonne journée. ». Je souris en regardant mon écriture, que je vois rarement, et sors de la pièce sans bruit.
Je retourne dans ma chambre, et après une bonne douche, je me pose pour entrer en méditation. A peine j'entre dans mon palais mental que Bekka est là pour m'accueillir.
— Je t'attendais Lexa.
— Je n'ai pas pu venir plus tôt.
— Tu sais bien que le temps n'a pas d'influence ici. Pour moi c'est comme si tu m'avais quittée il y a quelques secondes.
— Tu es décidée à me faire pénétrer dans la Cité des Lumières dont je t'ai parlée ?
— Je pense que tu es prête. Mais tu vas devoir me faire confiance Lexa.
Des chuchotements que je n'avais pas entendu depuis longtemps s'imposent à mes tympans « N'y va pas Lexa. » « Fuis face au danger. » Je grimace et fais mine de ne pas les entendre. Bekka n'a pas l'air d'avoir entendu, elle. Je me racle la gorge :
— Je te fais confiance.
Je n'ai pas le choix, c'est le seul moyen que j'ai de sauver le peuple de Clarke. Mon peuple.
Bekka me sourit et me tend la main, sans réfléchir je lui attrape. En un clignement d'œil, nous nous retrouvons toutes les deux au pied d'un immense mur. Je ne l'ai jamais vu et pourtant je le reconnais.
— Le Mur de Fin du Monde ? je demande à Bekka.
— Oui. Il existe bel et bien.
Le Mur de Fin du Monde fait partie des légendes de mon peuple. Nous savions que la Terre est ronde, cependant nous ne voulions pas nous résoudre à l'idée d'un cercle, d'une boucle, d'un retour en arrière. Il est dit dans ma culture, qu'un mur pointant jusqu'aux cieux sépare la Terre en deux. Personne ne sait ce qu'il y a de l'autre côté, certains affirment qu'ils nous séparent du paradis.
— Nos esprits, reprend Bekka, à nous les Anciens, sont connectés à ce mur. De l'autre côté se trouve le monde que tu connais, Polis, la Tour, ta chambre, ton corps en méditation. Du notre côté, il y a le « palais mental » comme tu l'appelles.
— Pourquoi tu m'as amenée ici ?
— Le mur lui-même est la clef pour arriver à la Cité des Lumières. Il est la faille qui nous y mènera.
— Et comment on s'y prend ? Il faut l'escalader ?
— Non, il faut le sentir.
— Le sentir ?
— Lui faire confiance et te laisser pénétrer par son aura. Regarde et fais comme-moi.
Bekka pose sa main gauche à plat sur le mur et ferme les yeux. Elle respire trois grands coups. Je l'imite.
— Essaie d'en ressentir les vibrations Lexa.
Je me concentre, me laisse aller de plus en plus. J'apprends à faire confiance. Petit à petit mes nerfs se détendent. Je lâche prise. Je sens le mur vibrer sous mes doigts.
— C'est normal, dit Bekka qui ressent probablement la même chose que moi, laisse-toi porter. Ce sera bientôt fait.
Je me concentre sur les vibrations. Un grondement part de ma main, se propage dans mon bras et atteint mon cœur. Pendant un temps incroyablement long il s'arrête de battre. « Tu es perdue Lexa » résonne une voix féminine. Elle ressemble à celle de Bekka, mais plus aiguë. Apeurée, je lâche le mur et ouvre les yeux. Une lumière aveuglante m'éblouit. Puis c'est le noir total.
— Bekka ? j'appelle.
— Tu y es Lexa. C'était ce que tu voulais.
La voix de Bekka me parvient comme un écho. Je me retourne. Tout autour de moi ne semble que vide et froid. Je ne vois aucune forme, rien. C'est comme si j'étais devenue aveugle. J'essaie d'avancer mais impossible, je suis clouée au sol.
— Bekka ?
— Je m'appelle A.L.I.E. Je suis l'intelligence artificielle crée par détiens ma version améliorée dans la nuque. Je n'ai pas encore trouvé le moyen de m'en emparer, mais j'ai trouvé comment te retenir ici. Tu es piégée Lexa.
J'ai envie de m'énerver de m'être laissée berner si facilement, mais dans cette étrange endroit aucune émotion ne semble vouloir naître en moi.
— Où suis-je ? je demande dans un espoir de réponse claire.
— Quelque part entre ton palais mental et la Cité des Lumières. Tu ne peux sortir d'ici que si je le décide. J'ai réussi à trouver une faille dans ta puce. En te liant à moi tu t'es perdue Lexa. Tu n'as aucun moyen de t'échapper, ni de revenir à ta conscience dans ton corps réel. D'ici quelques jours tu mourras de déshydratation. Mais avant que cela n'arrive, j'aurais trouvé comment avoir accès à ma version améliorée. Raven m'est d'une très grande aide tu sais !
Encore une fois la colère ne veut pas monter.
— Pourquoi ?
— Parce que vous les humains avaient tout gâché. Encore et toujours. C'est à mon tour de prendre les rennes.
Bien que je sois seule ici, je sens la présence de cette Ali s'en aller. Je me retrouve réellement seule. Immensément seule dans ce noir abyssale. Et je n'arrive pas même à avoir peur. Pourtant, une larme s'échappe de ma joue et vient s'écraser à la commissure de mes lèvres.
— Clarke, vient me sauver…
Point de vue Anya :
Je suis assise à califourchon sur un mur en train de grignoter quelques friandises lorsque je vois une tignasse blonde s'approcher rapidement de moi. Je comprends que c'est Eliza qui court dans ma direction. Intriguée je finis ma bouchée, range le reste dans ma poche et descends de mon perchoir. La jeune femme arrive hors d'haleine.
— Anya !
— Reprends tes esprits Eliza, qu'est-ce qui se passe ?
— C'est Lexa… Elle m'a laissée un mot… ce matin, disant… qu'elle allait méditer… et de venir la réveiller si elle… n'était pas revenue me voir avant le milieu de l'après-midi.
Elle avale une grande gorgée d'air.
— Ça fait presque une heure, je crois, que j'essaie de la sortir de sa méditation mais je n'y arrive pas…
— Bon, restons calme, ce n'est pas la première fois. Retourne auprès d'elle, je vais chercher Lincoln.
La pauvre repart en courant dans l'autre sens. Je me dépêche moi aussi pour aller chercher le guerrier. On m'apprend qu'il s'entraîne dans la forêt. Je m'y précipite et le trouve en train de faire des pompes.
— Lincoln.
Il ne s'interrompt pas dans son exercice mais me montre qu'il m'écoute.
— Lexa ne sort pas de sa méditation, tu veux bien nous aider Eliza et moi ?
— Évidemment.
Il se redresse et frotte ses mains l'une contre l'autre pour retirer la terre. Il me suit au pas de course.
Nous arrivons tous les deux dans la chambre de Lexa. Lincoln hésite à y pénétrer, mais lorsqu'il voit le visage inquiet d'Eliza, il n'hésite plus et se précipite vers elle.
— Ça fait combien de temps qu'elle médite ? je demande.
— Je ne sais pas, depuis ce matin, je me suis réveillée longtemps avant que le soleil soit à son zénith et j'ai trouvé le mot dont je t'ai parlé.
— Ça lui est déjà arrivé ? s'interroge Lincoln.
— Deux fois, répond Eliza, la dernière fois on a mis beaucoup de temps à la sortir de sa méditation.
— Comment vous aviez fait ?
— On l'avait principalement secouée, je réponds.
— J'ai essayé tout ce qu'on avait essayé la dernière fois, mais rien. Aucune réaction.
Lincoln se met à genoux, par terre, devant sa Heda. Il réfléchit, et lui envoie une claque monumentale. Je ferme même les yeux sous la force du geste. Aucune réaction de Lexa.
— Si elle apprend que j'ai fait ça, je suis un homme mort…
— Il faudrait déjà qu'elle se réveille, dit Eliza, elle n'a même pas moufté.
— Je vais chercher de l'eau froide !
Sans attendre leur approbation je me dirige en courant vers la salle de bain personnelle de Lexa. Je remplie une bassine dans le bac d'eau froide et revient au vers la chambre. Comme Lincoln devant la porte j'hésite. Puis je me rappelle de son assurance lorsqu'il a donné sa claque, et déverse tout le contenue sur le crâne de ma meilleure amie. Encore aucune réaction. Je m'accroupis à mon tour et pose ma main sur son poignet.
— Son pouls est faible, je constate.
J'approche mon oreille de son nez.
— Sa respiration est lente. Un peu comme une hibernation.
— Au moins elle est en vie, semble soulagée Eliza.
— Vous croyez qu'elle est coincée dans son palais mental ? demande Lincoln.
— Ce n'est jamais arrivé avant…
— Et si… commence Eliza, et si ce n'était pas Bekka qu'elle avait rencontrée et dont elle nous parle ?
— Comment ça ?
— Je vous ai dit que la femme qui gère la Cité des Lumières est la réplique exacte de Bekka. Alors peut-être que c'est elle que Lexa a croisé, et non la toute première Commandante.
— Tu veux dire que, Ali, c'est ça ? (Eliza me répond par un oui silencieux) aurait piégé Lexa dans sa propre tête ?
— Je ne suis sûre de rien, mais ça expliquerait pourquoi elle ne voyait pas le temps passer, pourquoi on a eu du mal à la sortir de là, et pourquoi maintenant on n'arrive à rien.
— Et Titus qui n'est pas là…
— Gaïa ! s'exclame Eliza.
— Hein ? répond Lincoln.
— La fille d'Indra, elle souhaite devenir Fleimkeepa, non ?
— Oui, je réponds étonnée qu'elle en sache autant.
— Allons la chercher, elle pourra peut-être nous en dire plus !
Quoi, j'ai encore arrêté au mauvais moment ? Meuh nooon ! La suite arrive rapidement, promis !
