Prendre la clé des champs

Chapitre deux

Même motivée sur mon livre, j'avais réussi à m'endormir. La tête appuyée contre la vitre, ce fut un freinage un peu plus brusque qui me sortit de mon sommeil. Merde, j'ai même pas pu profiter de regarder le paysage alentours... bon, j'allais sûrement avoir tout le temps de le faire ces prochains jours, ou juste après avoir fini de m'installer et pris l'habitude de mon nouvel emploie du temps. A peine étais-je sortie avec mon bagage qu'une rousse me fit un grand signe de la main pour me faire signe d'approcher. Une fois à sa hauteur, elle ne tarda pas à me serrer la main avec enthousiasme.

- "Bonjour, vous devez être Ace ! Bienvenue à Pelican Town, dit-elle, vous avez fait bon voyage ?"

- "Oh. Bonjour madame, répondis-je décontenancé, comment savez-vous qui je suis..."

- "Vous avez quelques traits des visages de votre grand-père, me coupa-t-elle, puis vous n'étiez pas beaucoup à sortir et vous êtes la seule avec une malle."

- "... bien joué Sherlock !"

Elle rigola sincèrement et cela m'épatais qu'on comprenne mon humour. D'habitude en ville, les gens étaient tellement premier degré qu'ils percevaient ça comme du sarcasme, comme si je me foutais de leur gueule. En faite, je crois que je l'aurais aussi pris comme ça si nous avions échangé les rôles. Y avait plus qu'à espérer que cet endroit me change en me désactivant ce programme défensif et rapidement !

- "Je m'appelle Robin, je suis la charpentière du village. Le maire Lewis m'a demandé de venir vous chercher pour vous montrer où se trouve votre ferme. Y est déjà, bien sûr, il a voulu que ce soit présentable pour votre venue."

- "Présentable ? Il y a un problème ?"

- "Non, non, c'est juste que ça fait un moment que plus personne n'avait mis les pieds. Le maire voulait juste dépoussiérer pour votre arrivée et que vous puissiez vous reposer."

- "Je vois. C'est vraiment à lui de faire ça ? Je veux dire, c'est que..."

- "Vous avez raison, il n'y était pas obligé. Mais bon, c'est tellement rare qu'une de nouvelle personne emménage ici qu'il veut vraiment que tu t'y sentes bien."

Je hochais simplement la tête en me gardant d'émettre mon inquiétude. C'était une ferme qui appartenait à mon grand-père et qui devait probablement être à un arrière-arrière grand-père... alors qu'un inconnu y entre comme ça pour y mettre de l'ordre... c'était quand même moyen. Après, c'était une petite ville, je me doute bien que le maire avait pu sympathiser avec mes aïeuls. Encore fallait-il que je sache leur degré de relation. Juste pote de bar ? Ami très proche ? Ou relation très moyenne... j'avais toujours imaginé mes anciens avec un fusil et une chaise à bascule, pointant le premier étranger franchissant leur domaine. Ils parleraient grossièrement avec un vieil accent et préféraient frapper que parler. Stéréotype quand tu nous tiens ! Je me retenais de rire avant de me reprendre plus sérieusement sur la question. C'était tout aussi possible que le maire soit le genre intrusif. Walter était une bonne pâte dissimulée sous un masque de vieux grincheux, alors au vu du titre qu'avec ce Lewis, il était possible qu'il n'ait jamais rien dit. Au moins pour ça, j'allais très prochainement avoir une réponse, sauf que je n'étais pas vraiment sur d'en vouloir. Robin n'en avait pas l'air très inquiète, était-elle dans le coup, se gardant de me prévenir des sales habitudes du maire ? Non, attendez, elle avait dit... elle avait dit qu'il faisait ça pour un bon accueil dans la ville. C'était poussé de faire le ménage pour quelqu'un, voir ça enlevait une grosse épine du pied pour certain. Pelican Town serait un lieu hanté et c'était pour ça qu'il en faisait des caisses pour que je me sente bien dans ma ferme ? Ou alors y a eu récemment des scandales ? Un meurtre ? J'avais rien vu dans les journaux, peut-être avait-il étouffé l'affaire !? OU ALORS C'ETAIT COMME DANS HOT FUZZ, LE FILM ! La ville était une secte qui n'acceptait que la crème de la crème ! J'ETAIS FOUTUE, FOUTUE JE VOUS DIS !

- "Robin, hurla une voix rocailleuse, viens m'aider, le moteur fume !"

- "Zut, j'arrive Pam, répondit-elle avant de courir vers le dit bus."

Je m'approchais à mon tour pour observer la scène. La chauffeuse, une quinquagénaire a l'air pas très commode, ouvrit le capot avec peine, tant dit que Robin balayait l'air pour dissiper la fumée. J'attendis dix bonnes minutes avant que les deux femmes ne décident d'abandonner. Le moteur était beaucoup trop bouillant pour faire quoi que ce soit, et bien qu'elles semblaient connaître quelques astuces, elles n'étaient pas mécaniciennes.

- "Au lieu d'nous r'gardez, fais qu'est que chose la brunette là, gronda la chauffeuse."

- "Pam ! C'est la nouvelle fermière, parle lui correctement, la rectifia Robin."

- "Chier merde, désolée ma p'tite, je te paierais une bière pour me faire pardonner."

- "Tu offres des bières, toi, maintenant ?"

Ok, c'était pas une secte glorifiant des habitants parfait jusqu'au bout des ongles. J'étais sauve. Pour l'instant. Je me frottais la nuque, ne sachant quoi faire pour me rendre utile. Voyant mon malaise, Robin revint vers moi en me demandant de ne pas m'en faire et qu'il ne fallait pas que je me laisse intimider par Pam. A peine avait-elle terminé sa phrase que la dite Pam piquait une crise devant son véhicule. Ce fut le moment que choisit la rousse pour me pousser gentiment hors du périmètre en rigolant nerveusement.

Nous ne mettions pas longtemps avant d'arriver devant mon nouveau chez moi, mais Robin avait eu le temps de me parler un peu de la ville. Elle m'avait surtout indiqué où se trouvait sa maison et donc son commerce, si jamais j'avais besoin de quelque chose... puis aussi de sa famille. C'était une famille recomposée, son mari et elle élevaient deux beau enfants, Sebastian allait avoir vingt-quatre ans et Maru vingt-deux ans. Je me sentis un peu soulagée en entendant ça, je ne serais pas la seule jeune dans ce petit village. Elle sembla le percevoir, car elle m'indiqua qu'il y avait pas mal de jeune de mon âge, dont deux autres venus d'une grande ville. Elle eut un rictus, le genre qu'on avait quand on envoyait une petite pique à une tierce personne. Allais-je réussir à prendre autant de recule qu'elle ou j'allais agir comme le stéréotype citadin ? Mais elle sembla se retenir, gardant le silence après être arrivé dans ce qui semblait être une clairière avec un bon coin de terre brute. Le terrain était une véritable catastrophe ! Beaucoup de pierre, de mauvaises herbes, des tronc d'arbre aussi gros qu'une voiture et bien sûr, des arbres en nombre. Puis il y avait un vieux chalet sur ma droite au toit rafistolé et des murs qui accusaient le temps passé. Je crois que Robin avait repris la parole, mais j'avais totalement décroché, me rendant bien compte du travail colossal qui m'attendait. J'étais seule et je n'avais jamais rien fait de ça dans ma vie. Mes seules expériences furent mes vacance d'été quand mes parents m'envoyaient chez mon grand-père. J'arrosais les plantes, nourrissais ses poules et l'aidais à cueillir ses arbres fruitiers. Des trucs qui prenaient du temps, mais qui étaient faciles ! Je m'attendais bien à ce que ce soit plus compliqué, qu'il allait falloir se lever tôt, avoir une discipline bien stricte sur son emploie du temps et qu'il allait falloir retrousser ses manches pour travailler la terre, mais là...

Si je ne mourrais pas sous un arbre avant la fin de la semaine, c'était un miracle !

Bordel, comment on coupait un arbre ? Oui, oui, avec une hache, haha, c'est drôle. Mais il devait bien y avoir une méthode ! Comme deviner de quel côté ça allait tomber ou... ou j'en sais rien. Robin pourrait bien me donner quelques conseils, voir peut-être m'aider, mais je n'aurais jamais l'argent pour la dédommager.

- "T'en fait pas, ça va aller. C'est un sacré chantier, mais il faut que tu y ailles petit à petit, dit-elle d'une voix douce, je t'assure que la terre est fertile, tu feras de bonne plantation. Ne te décourage pas !"

Je n'avais pas le temps de répondre que je me surpris à voir un homme sortir du chalet. Il était d'un âge avancé, mais semblait tout de même tenir à rester coquet. Moustache peignée, béret, bretelle et chemise verte, il époussetait en se regardant dans le reflet d'une fenêtre. Une fois sa tenue en ordre, il se tourna vers nous et descendit les escaliers du porche en me souhaitant joyeusement la bienvenue.

- "Je suis Lewis, maire de Pelican Town, se présenta-t-il, tout le monde a demandé après vous. Ce n'est pas tous les jours que quelqu'un de nouveau s'installe au village. C'est même un grand événement pour nous !"

- "Enchanté de faire votre connaissance, monsieur et merci pour votre chaleureux accueil, répondis-je en essayant de me ressaisir."

Maintenant, je comprenais mieux pourquoi le maire avait fait le ménage à l'intérieur de la baraque. C'était juste histoire que je ne fasse pas une crise de nerf, voir même que je me dise avoir fait une connerie d'avoir quitté Joja ! Haha... HAHAHAHA ! Non, la véritable erreur, c'était Joja Inc lui-même.

- "Alors, repris le maire, vous emménagez dans le vieux chalet de votre grand-père. C'est une bonne maison, très..."

Un silence retomba alors que nous contemplions la dite demeure.

- "... rustique !"

Nouveau silence.

- "Rustique ? C'est une façon de voir les choses, reprit Robin en riant, « vieille » serait un mot un peu plus approprié."

- "C'est très impoli de dire ça, s'offusqua Lewis, ne l'écoutez pas, Frédéric. Elle essaie juste de vous pousser à acheter l'une de ses améliorations résidentielles."

Il n'en fallut pas plus pour que cette dernière cesse de rire, presque choqué d'entendre ça. Elle croisa les bras en détournant son corps de nous et se garda de répliquer face au maire. A vrai dire, je ne savais pas si je devais rire ou pleurer et j'étais soulagée de ne pas avoir le besoin de répondre à leur interaction. Les mots m'auraient manqué et me fier à ce que je ressentais n'aiderait en rien. Parce que je ne savais pas du tout quoi en penser de tout ça. C'était si nouveau... je ne devais pas savoir dans quoi je m'embarquais réellement.

- "Quoi qu'il en soit, conclus Lewis, vous devez être fatiguée après un si long voyage. Vous devriez aller vous reposez. Demain, vous devriez aller un peu au village et faire connaissance avec le reste de la communauté. Les gens apprécieront beaucoup de vous rencontrer. Puis si ça ne vous déranges pas, tutoyons-nous, après tout, c'est bien plus conviviale !"

Je hochais simplement la tête en me forçant à sourire. Il était vrai que je ne cracherais pas sur une douche et un lit douillet ! Mais à voir ma maison, je me demandais si j'avais l'eau courante. Haha... je m'étais vraiment lancée ici sans vraiment réfléchir. Fouillant dans mes souvenir, je cherchais quelques brides de mon enfance représentant le chalet. Mon grand-père avait toujours vécu humblement. La seule chose qu'il avait construite en plus pour son confort, c'était un toilette intérieur et une serre pour planter ce qu'il voulait à n'importe quelle saison. Serre que je ne voyais pas d'où j'étais. Il y avait tellement d'arbre... c'était sûrement caché. Mais avec le temps qu'il s'était écoulé et avant qu'il ne parte pour aller dans un home, il devait bien avoir fait quelques travaux en plus. Surtout s'il avait prévu de me remettre sa ferme. Tout cela n'était que pure logique... non ?

- "Ah, s'exclama Lewis, j'ai failli oublier. Si vous avez quelque chose à vendre, mettez-le dans ce coffre. Je viendrais le chercher pendant la nuit."

- "Pendant la nuit !?"

- "Oui, enfin vers neuf-heures. Je fais toujours une petite balade nocturne avant d'aller me coucher. Alors j'en profiterai pour passer. Je vous mettrai l'argent dans votre boîte aux lettres. Bon, eh bien... Bonne chance."

Robin me salua à son tour et s'en alla en compagnie de Lewis. Bordel à cul, c'était... ultra bizarre ! Pour pas dire glauque ! Un papy vient toutes les nuits à ma ferme, du fric plein les poches, et il décide du prix de mes produits ? Il regarde par la fenêtre pour veiller que je dorme bien aussi !? Une fois qu'ils étaient hors de vue, je me décidais finalement à entrer. Au moins, la porte ne grinça pas quand je l'ouvris ! Je tombais sur une grande pièce qui n'avait nullement changé depuis ma dernière visite. Walter n'avait pas fait plus de travaux pour ma petite personne. En même temps, venant de ce vieux bougon, je n'aurais pas pu m'attendre à plus. Cela fit au moins étirer un vrai sourire sur mes lèvres. Autant il y avait quelques secondes, j'étais incapable de me remémorer la pièce, mais maintenant que je l'avais sous les yeux... bordel, il aurait au moins pu changer le papier peint ! Il avait perdu sa couleur et criait littéralement au secoure ! Peut-être que j'aurais du prendre quelques meubles de mon ancien appartement finalement. Je me retrouvais qu'avec une table accompagnée d'une seule chaise, un vieux poste de télévision et le lit de Walter pour qui je n'échangerais rien au monde ! C'était peut-être une antiquité, c'était de loin le plus confortable de tous ! C'était peut-être à force d'avoir des hommes fortement bâtis qui formaient le matelas d'une telle manière pour combler une personne de mon gabarit. Se coucher là, c'était donné son âme au Diable et ne plus jamais se relever ! D'ailleurs, je me demandais comment faisait mes aïeuls pour ne jamais y rester une fois l'aurore arrivée... un mystère que j'allais devoir percer.

Je notais qu'il y avait un dossier épais sur la table, je m'y approchais lentement, anxieuse de savoir ce qui m'était réservée... Walter était un homme droit, pas le genre à avoir des dettes ou des comptes à rendre, mais on était jamais à l'abri des tracas de la vie. Je soupirais de soulagement en voyant que c'était un guide écrit de sa main. Il avait mis un petit mot sur le carnet avec un dessin de petit bonhomme qui me tirait la langue. Il n'avait pas rénover son chalet, mais il avait offert beaucoup mieux ! Ses connaissances ! J'avais lâché mon bagage au milieu du chemin pour me ruer dessus. Priant qu'il ait mis quelques passage sur le déblaiement de terrain... ne sait-on jamais !

Une heure que je potassais et ensuite ? Je tombais de sommeil... et je mourrais de faim. Seul hic, il n'y avait pas de cuisine. Juste un vieux réchaud et un placard avec des conserves en réserve. Ma chance légendaire fit que toutes étaient périmées. Je soupirais en cognant ma tête contre le meuble et pris une grosse goulée d'air avant de me décider à sortir. Direction Le Stardrop Saloon, manger et en même temps, rencontrer quelques gens. J'avais pu étudier un minimum le village, grand-père ayant laissé une carte avec deux, trois indications gribouillées. Du coup, je connaissais le chemin. En théorie. Mes bottes enfilées, je filais dehors en visionnant chaque centimètre parcouru. Comme ça, si je me sentais perdue, je n'avais qu'à utiliser ma mémoire pour me certifier que j'étais sur la bonne voie et croiser les doigts pour que ce soit vraiment le cas.

En à peine dix minutes j'étais en ville et étant encore à l'orée du bois, j'apercevais déjà le restaurant... j'avais oublié que je n'étais plus que dans une grande ville labyrinthique. Si j'arrivais vraiment à me perdre ici, plus personne ne pourrait rien pour moi. M'approchant du restaurant fait de pierre, j'observais les bâtiments alentour. Une clinique collée au magasin de « Pierre », deux, trois maisons entourant la place en pavée, un parc à... chien ? Je n'en étais pas sur, l'animal n'étant pas dehors. Je ne voyais que deux yeux rouges me fixant et poussant un grognement canin. Je m'en éloignais continuant mon observation de nuit. Un peu plus haut, il y avait une caravane, suivit d'un pont. Mais je ne voyais pas où cela menait et je n'avais pas un assez souvenir de la carte de mon grand-père. Bref, j'aurais tout le temps d'explorer le reste de la ville demain ! Avec la bonne odeur qui s'échappait du saloon, c'était criminel de perdre plus de temps à entrer ! Pourtant, je me stoppai net devant la porte. Merde, j'espérais franchement que ça allait bien se passer... est-ce que j'allais passer inaperçu ? Devais-je faire le tour des tables pour me présenter ? Puis si je ne le faisais pas, est-ce qu'il allait me foutre sur un bûcher ?

Si je n'avais pas eu autant faim, j'aurais probablement rebrousser chemin. Un énième grondement de mon ventre me fit prendre mon courage à deux mains et je poussais cette fichue porte en bois grinçante.

Des rires et de la musique me firent dire que je m'inquiétais encore une fois pour rien. A peine avais-je fais deux pas que le barman me salua avec un grand sourire, comme si j'étais grandement attendue.

- "A la nouvelle fermière ! Entre, entre, m'invita-t-il, je t'offre ton premier repas en guise de bienvenue !"

Bah bordel, lui, ça allait être mon meilleur pote ! Je me détendis un poil en voyant les quatre personnes présentent me saluer de loin en me souriant. Je notai qu'il n'y avait qu'une seule personne qui n'avait pas réagit, un homme près de la cheminée qui sirotait sa bière. Il avait un regard sombre et surtout... surtout... il portait une jaquette en sale état de la maison Joja. Y avait quand même pas un magasin Joja dans cette ville paumée!? Je serrai les dents et me forçais à écarter cette pensée pour le moment. D'abord, on mange et ensuite, on avisera ! Le barman me servit un plat d'aubergine au parmesan et nous en profitâmes pour nous présenter. Gus qui s'appelait, un gars passionné par la cuisine et qui était un bon vivant, il me présenta d'ailleurs sa seule serveuse qui arrivait à notre hauteur. Elle avait de beaux cheveux bleus coupé court et des yeux d'un brun tournant parfois au rouge suivant la lumière. Elle était très élégante avec sa robe rouge qui épousait ses formes et elle avait quelque chose de... mystique. Ou c'était moi qui divaguait parce que je n'avais pas encore toucher mon plat.

- "Enchanté Frédérique, je suis Emilie. J'étais déjà au courant de ta venue dans notre ville, mon amie Sandy m'avait avertie par lettre. En tout cas, je sens que tu vas te plaire ici !"

- "Oh. Eh ben... merci ? Par contre, je ne connais pas de Sandy."

Elle se contenta de sourire avant de filer pour servir l'homme à la jaquette Joja. Jolie, mais bizarre, je note. Gus me demanda de ne pas trop faire attention à elle, étant parfois sur une autre planète. Puis il me laissa déguster mon repas, vacant à ses occupations. Ce n'était qu'une fois rassasiée et mon assiette vide que je me décidais de faire le tour du bar pour me présenter. En sautant accidentellement Pam... la conductrice du bus. Elle était bien lancée avec ces quatre verres vident devant elle et je ne voulais pas me faire enguirlander encore maintenant pour quelque chose que je n'aurais pas fait. Par contre, il y avait une jolie rouquine assise seule à une table. Je m'en approchais pour me présenter et cette charmante créature m'offrit un verre de cidre pour ma bienvenue. Quelle générosité ! J'appris qu'elle s'appelait Leah et qu'elle avait aussi quitté la ville pour se concentrer sur ses sculpture en bois. Une artiste donc qui... était très portée sur la salade et la nature. Qui n'aime pas la pizza... mon Dieu, je n'aurais jamais pensé rencontrer quelqu'un qui n'aimerait pas la divine pizza ! J'avoue, ça m'avait refroidie... mais j'avais omis de faire tout commentaire, vu qu'elle s'était proposée pour me présenter aux autres personnes dans le bar. Je fus donc la connaissance de Clint le forgeron, Will le pêcheur qui m'invita à le voir à la plage demain pour une... surprise ? Ainsi que le médecin de la ville, Harvey. D'ailleurs, à peine m'étais-je présentée à lui qu'il me posait déjà trente mille questions sur ma santé. Il en était sincèrement inquiet et je devais avouer que c'était adorable ! Jamais je me serais attendue à penser ça d'un doc'. C'était donc mon deuxième choc de la soirée ! Ça commençait bien ! Puis Leah se stoppa en jetant un regard à monsieur Joja.

- "Je ne m'entend pas très bien avec ce type, alors... ne m'en veut pas si je ne viens pas avec toi. Il s'appelle Shane et c'est un alcoolique de première... enfin, ce que je veux dire par là, c'est qu'il ne faut pas s'attendre à grand chose de cet homme."

- "C'est gentil de prévenir. En tout cas, c'était cool de ta part de faire le tour avec moi, merci pour tout !"

J'eus même droit à une bise de sa part, puis elle rentra tranquillement chez elle. Elle avait beau ne pas aimer la pizza, c'était quand même une chouette fille ! Je finis par me tourner vers le fameux Shane et me posais sur le siège à côté de lui. Il ne m'adressa qu'un sale regard noir en restant muré dans son silence. Ok, j'étais vraiment pas la bienvenue MAIS, je refusais de déjà abandonner face à un fan de cette marque de chiasse !

- "Salut, je suis la nouvelle fermière, Fréd-"

- "T'as pas autre chose à faire, grogna-t-il, j'ai pas envie de te causer."

Ah ouais, niveau politesse, ça se pose là... je me ressaisie de ma moue dubitative et demande à ce qu'on nous serve deux bières. Là, c'était lui qui se tapait une moue sur sa face ! A-HA ! La surprise stratégique est en place ! Du coup, c'était soit y passait pour un gros con en la buvant s'en rien dire, soit ça le forçait à être un minimum poli ! C'était non sans fierté que je saisissais ma chope et en bu quelques gorgées. Je sentais son regard sur moi et je commençais à me demander si ça se voyait que j'étais pompette. Il ne me connaissait pas ma manière d'être habituelle, mais cette soirée avait été bien arrosée du début jusqu'à la fin ! Entre la première bière, les trois verres de cidre avec Leah et maintenant mon retour à la bière... je n'avais pas l'habitude de boire autant en ville. Ou alors, c'était dans des soirées où la conversation n'était pas de mise et avec des boissons bien plus corsées. A force d'être dans mes pensées, je n'avais presque pas d'entendu un souffle du côté de Shane. Un souffle ressemblant beaucoup à un merci, presque inaudible. J'avais souris bêtement en reposant ma bière et me décidais à pivoter vers lui.

- "Alors comme ça... tu bosses pour Joja Corporation ?"

- "JojaMart... je ne suis pas un bureaucrate."

Un nouveau silence. Je m'étais attendu à ce qu'il détaille un peu plus son activité, voir même sa position face à son entreprise. Mais rien, que dalle ! Il s'était juste ravisé sur sa bière, les sourcils froncés et l'esprit ailleurs.

- "Pis quoi, repris-je maladroitement, t'en a pas marre de travailler pour des trous duc pareils?"

Pas de réponse, mais il s'était tourné vers moi avec une expression indéchiffrable.

- "Tu vaux sûrement mieux que ça. Ces gens de Joja, c'est des branquignoles de première !"

Alors que j'allais reprendre ma bière, Shane posa sa main sur mon verre pour m'y empêcher.

- "Je crois que t'en as assez bu pour ce soir. Rentre chez toi, la fermière. J'en ai rien à foutre de ce que tu penses d'eux."

S'en me laisser de répondre, il s'était levé avec ma chope et avait changé de coin pour boire tranquille. Il avait sûrement raison, mais... mais je n'avais aucune envie de laisser tomber cette affaire ! Surtout que monsieur Grincheux m'avait aligné plus de deux phrases ! Pas très aimables, mais quand même ! Puis à voir le bar et les derniers clients, personne ne nous portait de l'attention... si ça se trouve, j'avais pas bu tant que ça ! Je me levais de mon siège et sentait le sol vacillé sous mon poids. Je me rattrapais rapidement au tabouret pour reprendre mon équilibre et gênée, jetait des coups d'oeil pour m'assurer que personne n'avait vu ma maladresse. J'avais des doutes, mais je crois que Shane riait de moi... fort heureusement, c'était bien le seul. Il était grand temps de rentrer avant que je finisse vraiment par me couvrir de honte. Quant à Grincheux, il ne perdrait rien pour attendre...

Ce n'était qu'une fois dans mon lit douillet et les yeux fermés que je me rendis compte d'une chose. Pourquoi avais-je soudainement autant d'acharnement sur cet homme ? Sur le moment, ma seule envie avait été de savoir pourquoi il travaillait pour Joja... après tout, à la campagne, il y avait bien assez job vacant ! Alors pourquoi se casser le cul dans un magasin ne proposant que des produits mauvais pour la santé et à la politique discutable ?

Allez... c'était sûrement l'alcool qui m'embrouillait la cervelle. J'étais crevé et il était grand temps de dormir ! Demain, j'allais attaqué le déboisement devant la maison et commencer à planter quelques graines. Grand-père en avait encore en stock. Maintenant, c'était à savoir si des graines pouvait périmer... ça allait être une folle expérience. Tout en bâillant, je fermais les yeux en prenant une position confortable. Le silence régnait, il n'y avait qu'une légère brise qui osait se faire entendre et qui parfois faisait grincer mes volets. Il me semblait aussi entendre une chouette hululer au loin et... et c'était tout. Pas de sirène d'ambulance, d'éclat de rire soudain ou encore de musique agressive, juste une bulle paisible qui m'entourait de toute part. Je me sentais glisser peu à peu dans le sommeil, Morphée décidant enfin de m'accueillir dans ses bras.

Mais s'il reste chez Joja... c'est qu'il a besoin d'aide, il n'a pas d'échappatoire. Moi, c'est mon grand-père qui m'a sorti de là... alors lui, qui va lui tendre la main ?

C'était les yeux grands ouverts que je compris que cette nuit ne sera pas ma nuit. Malgré le lit, malgré la douceur nocturne... j'allais bien la chier demain ! Me retournant dans mon lit, j'observais mon chez moi plongé dans l'obscurité. Il fallait d'abord que je me stabilise de mon côté avant de penser à donner de l'aide à d'autre. Surtout que cet aide, je n'étais pas sûr qu'il en veuille. Tout comme moi par le passé... persuader que je m'en sortirais dans cette jungle de béton avec ce poste promettant Mont et merveilles.