Stardew Valley

Chap. 3 La clef des champs

Une année avait passée depuis mon arrivée à la ferme. Je n'allais pas mentir, ça avait été dur. Très dur. Mais mes efforts avaient fini par payer et je réussissais à maintenir un salaire convenable grâce à mes cultures et à la pêche. J'avais pu prendre mes repères au file des saisons, ainsi que de me rassurer si ce que je faisais était juste ou non. J'avais commencé à améliorer ma maison avant l'hivers, ainsi qu'à bâtir un poulailler. Histoire que j'aie une cuisine du feu de Dieu, une vraie étanchéité et un lit double pour un maximum de confort! Après ces investissements, mes poches étaient vides et avec l'hivers, ça avait été compliqué de remonter la pente. Si je ne voulais pas me contenter de manger le peu de réserve que j'avais… ma solution d'aller à la mine s'imposait. Ma pioche à la main, j'étais entrée tout feu tout flamme pour casser de la caillasse! Mais je me fis vite arrêter par un type nommé Marlon. Un homme étrange d'un certain âge au corps meurtri par des combats passés. Je l'avais aperçu durant certaines festivités au village, mais il n'était pas très loquace, en plus de toujours rester dans son coin. Moi qui me croyait asocial, j'avais un maître en la matière avant moi! Il s'était approché de moi en me demandant si j'avais vraiment pris le temps d'écouter les villageois sur ce lieu encore inconnu. J'avais pincé mes lèvres, me rappelant bien les vieilles sornettes que j'avais entendue sur les mines. Mais rien que je prenais pour acquis. Je n'étais plus une enfant effrayée par la première parcelle d'ombre, cachant des monstres burlesque aux grandes dents.

- "Beaucoup sont descendus dans les mines et n'en sont jamais revenus… es-tu vraiment sûr de vouloir y aller?"

Sa voix avait été sévère et son regard encore plus inquisiteur en attendant ma réponse. Je pris une grande goulée d'air et finit par le pointé de ma pioche.

- "J'irai et j'y reviendrai! Alors ôtez-vous de mon chemin et laissez-moi faire mon travail."

J'ignorais si j'avais su être convaincante, mais je crus remarquer un certain relâchement dans ses épaules. J'appréciais que quelqu'un surveille l'entrée de la grotte pour éviter que n'importe qui n'y pénètre, mais… bon. D'accord, il se pouvait bien que j'étais aussi ce n'importe qui! Pour être sincère, je n'allais pas choper de la caillasse par pur plaisir, c'était juste le moyen le plus sûr pour moi de renflouer les caisses. Surtout que j'attendais avec impatience le printemps pour acheter des poules! Bref, je défiais mon propre corps et mes capacités pour sortir de la rubrique "n'importe qui" et devenir… une vraie aventurière! Je sortis de mon flot de pensées quand je vis Marlon sortir quelque chose de sous sa cape. Une épée. Il s'approcha en ne faisant cas de ma pioche et me tendit la lame.

- "Prend ça et tâche de garder tes deux yeux… je t'assure qu'un cache-oeil, ce n'est pas toujours agréable."

Ébranlée par cette excès de générosité, je me contentais de saisir l'épée et de ranger ma pioche dans mon dos. J'avais à peine prononcé merci qu'il s'était déjà éloigné de moi à grande foulée. Je regardais mon nouvel outil et le testai en fendant l'air. Ok, c'était une vieille épée, un peu rouillée avec une lame un peu édentée, mais elle m'inspirait le respect. Je me demandais si elle avait appartenu à Marlon à ses débuts et s'il me l'avait léguée pour me donner chance. Ou je me faisais des idées et c'était une simple épée abandonnée ayant juste subi les dégâts du temps. Un peu comme ma ferme avant que je n'arrive. Sans plus perdre de temps, je descendais ma première échelle et affrontais mes premiers monstres. Des sortes de gélatines verte qui sautaient ça et là… j'étais bien contente d'avoir une véritable arme pour le coup, parce qu'avec ma pioche, ça aurait une véritable galère! Plus que maintenant en tout cas. A force d'acharnement, je finis par sécuriser les étages et à récupérer tranquillement les gemmes et les pierres trouvées. Je ne sortis de ce trou que tardivement dans l'après-midi, crevée. La nuit tombait rapidement et le thermomètre avait sacrément chuté depuis les derniers rayons du soleil. Je me traînait péniblement en direction de ma ferme et finit par rencontrer Sebastian, le fils de Robin. Je rougis légèrement en espérant qu'il ne m'ait pas remarqué. Même si mon souhait était de me rapprocher de lui, je n'étais pas vraiment sous mon meilleur jour pour lui parler. Mes habits étaient terreux et troués quant à ma tête… eh bien je ne savais même pas ce que ça donnait. Mais le tout ne devait pas être très flatteur!

Je l'avais rencontré alors que je venais d'acheter de nouveaux meubles chez Robin. La tête dans les nuages, Sebastian m'avait à peine effleuré du regard et semblait très froid. A peine s'était-il présenté, sous la contrainte de sa mère, qu'il avait filé dans sa chambre. Robin m'expliqua qu'il était de nature timide, mais qu'avec un peu de patience, il devenait moins farouche et beaucoup plus gentil. Je l'avais pris au mot, essayant dès que je le pouvais à converser un peu avec lui. J'avais appris qu'il fumait en cachette de ses parents, qu'il adorait le jeu de rôle Donjon&Dragon et qu'il était programmeur. J'avais d'ailleurs pu jouer avec lui et Sam, une première expérience intense qui m'avait beaucoup plus! J'espérais sincèrement pouvoir me rejoindre à leur trio, mais c'était compliqué quand comme moi, on avait d'autres responsabilités. Puis bon, je crois qu'Abigail n'y était pas trop favorable. Pourtant, je m'entendais bien avec elle aussi… on avait de nombreux points communs, les jeux vidéos, l'étrange, l'esthétique gothique et la musique.

- "Qu'est-ce qui t'es arrivée? On dirait que tu es tombée dans un bain de charbon, me demanda Sebastian."
- "Ah! Je… je sors de la mine, hahaha..."
- "Tu as besoin d'aide? Je veux dire… ton sac a l'air bien lourd."
- "C'est gentil, Seb, mais ça devrait aller. J'ai trouvé pas mal de cristaux et j'ai peut-être eu les yeux plus gros que mon sac… haha… je ferais mieux de me taire."

Il lâcha un rire franc et écrasa sa cigarette avant de se rapprocher de moi et de saisir mon sac. Je crus qu'il allait s'écrouler en le saisissant, mais il rectifia le tire avec un sourire forcé en le balançant sur son dos.

- "Sacré chasse, tu as porté ça durant tout ton périple? Pas étonnant que tu sois aussi rouge, dit-il étonné."

Rouge!? Ouais, l'effort avait bon dos et me sauvait la mise pour le coup. C'était surtout de le voir si près de moi et sa main frôlant mon épaule qui m'avait fait rougir… sans parler de ce doux frisson qui m'avait rafraîchit d'un seul coup. Le silence s'était installé entre nous et c'était à ce moment que je comprenais qu'il me raccompagnait jusque chez moi. Gentleman… je l'observais du coin de l'oeil, furtivement, de peur qu'il ne l'aperçoive. La lueur de la lune reflétait sur ses cheveux et l'englobait comme une aura, renforçant son côté mystère. Beau, c'était bien le mot pour le définir.

- "D'ailleurs, demandai-je avec un moment d'hésitation dans la voix, y a une pierre qui te plaît en particulier?"
- "Mmh. j'aime beaucoup les obsidiennes et les larmes gelées, mais ce sont tes trouvailles, alors ne…"

Je ne lui laissais pas finir sa phrase que je fouillais déjà dans mon sac en évitant d'y mettre plus de poid. Je crus voir l'ombre d'un sourire sur ses lèvres et ce malgré l'obscurité, il me sembla apercevoir quelques rougeurs teindrent ces joues. Enfin… je devais rêver. Ou c'était l'effort de porter mon sac?

- "Alors pour l'obsidienne, je repasserais, j'en ai pas encore trouvée, répondis-je enthousiasme, par contre, des larmes gelées, j'en ai deux! Alors je peux bien m'en séparer d'une."
- "Tu n'es pas obli…"

Encore une fois, je le coupais dans sa phrase en lui enfilant la pierre dans la poche de son sweat.

- "Trop tard! Elle est à toi maintenant! Tu la mérites, après tout… tu me rends bien service en ce moment. Une bonne ponctuation à ma soirée."
- "Merci, j'apprécie vraiment."

Il n'était peut-être pas aussi expressif que moi, mais il semblait vraiment ravi. Nous passions le reste du chemin à nouveau dans le silence, mais cette fois, sans nervosité dans l'air. C'était agréable, paisible. Arrivés devant ma ferme, il finit par me rendre mon sac et nous nous saluâmes brièvement avant de nous séparer. Je le regardais rebrousser chemin, me demandant si cela se reproduirait à nouveau. Prochainement serait le mieux. Je prévoyais déjà de retourner à la mine demain, juste dans l'idée de repasser du temps avec Sebastian par la suite. La fatigue s'emparant de moi, je me dépêchais de me délester de mes trésors et me traîner à l'intérieur pour engloutir un reste de pizza. Inutile de dire qu'après une bonne douche, je m'étais endormie comme de rien et ce avec de doux rêves sur cette fameuse journée qui allait suivre. Cruellement utopique.

Le lendemain, j'avais vite oublié de retourner au fond du trou… des courbatures dont je pensais être dispensée, me parcouraient de toutes parts. Je m'étais rendue au village vers midi, histoire de m'offrir un bon repas et ensuite, d'y faire quelques courses. Les réserves s'épuisaient vites quand on s'essayait à la cuisine. Je n'avais jamais été un fin cordon-bleu, mais je commençais enfin à me débrouiller! Je faisais des tacos au poisson comme personne et des pizzas du feu de Dieu! Ouais, tant que c'était calorique en faite, je m'en sortais. Mes pauvres légumes finissaient souvent trop cuits ou brûlés. C'était pas faute d'y mettre du mien! Heureusement qu'il y avait le Stardrop Saloon, Gus était un excellent cuisinier. J'avais hésité à lui demander des conseils, mais j'avais appris à mes dépends qu'une fois lancé, impossible de l'arrêter. Il était tellement passionné que c'était impossible de stopper ces explications aussi précises qu'infinnissables. Au menu, aubergine au parmesan, parfait! Voilà qui réchauffait bien après mon chemin dans la neige et ce vent glacial. C'était sans surprise que je retrouvais Shane, toujours près de la cheminée avec une bière à la main. Il fixait sa chope comme si cette dernière allait lui donner réponse à tout et c'était peut-être le cas quand il y buvait dedans. Une réponse aussi simple que bête, suffisante pour rester travailler chez Joja Inc.

Je fus couper dans mon file de pensées quand le trio d'ami arriva dans la salle, les inséparables comme certains les appelaient; Abigail, Sam et Sebastian. Ils saluèrent gaiement Gus et moi avant de prendre place à leur propre table. Bon, faut croire que j'étais pas prête de faire partie de la bande… je baissais les yeux sur mon assiette et avalais amèrement en me rendant compte que je n'avais toujours pas réussi à me faire de vrais amis depuis mon arrivée. Enfin, je croyais l'avoir fait avec les inséparables, mais il fallait croire que je m'étais bien trompée. Gus sembla remarquer mon air et me tapota l'épaule avant d'aller servir le groupe. Même Sebastian ne m'avait pas adressé un regard. Je crois que c'était ça qui finissait par crever mon humeur. Cet homme soufflait le chaud comme le froid, impossible de cerner où en était notre relation. Hier pourtant, il m'avait être proche. Pas au point de me faire une déclaration, bien sûr, mais très amical. Après tout, il m'avait accompagné en portant mon sac et avec un froid de canard! Même moi, je ne le ferais pas à n'importe qui. Pourtant, aujourd'hui, je ne semblais même pas exister pour lui. Je finis mon repas avec peine et alors que je déposais l'argent sur la table, le patron déposa une bière devant moi avant d'encaisser.

- "Heu… je n'ai pas…, commençais-je en bredouillant."
- "Pose pas d'question, ma grande, ça a été offert. Courage, Freddy et j'espère que ça va pas te dégoûter d'revenir ici."

Je souris faiblement et quand je voulu lui demander qui avait eu l'âme généreuse, Gus s'était éloigné avec un étrange sourire. Perplexe, je le regardais s'éloigner avant d'attraper la anse de cette bière et la rapprocher de moi. Ok, si j'étais pas trop crétine, ça pouvait soit être lui ou Shane. Or quand je lançais un regard à ce dernier, il n'avait pas bougé de sa contemplation. Le seul changement était le niveau de sa chope.

Bordel, ça pouvait en tout cas pas être Shane. Je levai mon verre et en bu de longues gorgées en fixant un point flou dans le fond du bar. Les lumières des bornes d'arcade formaient un joli feu d'artifice sur le mur du fond et sur la table de billard, c'était joli… c'était peut-être pour ça que les inséparables adoraient ce coin. Je soupirais longuement et finis ma bière d'un coup. Il fallait que je me redresse, me laisser aller juste pour ça, c'était ridicule. J'étais sûrement parano ou… trop anxieuse socialement pour comprendre les choses. Pis merde, qu'est-ce que j'en avais à faire, au final? Je n'avais pas besoin de rejoindre un groupe pour me sentir exister. Et si c'était Sebastian qui m'avait offert cette bière? Après tout, je ne l'avais pas du tout regarder depuis son entrée dans le saloon. Il aurait très bien pu faire un signe à Gus. Non? Non, ce n'était pas son genre. Il m'aurait plus offert un café si déjà. Me levant, j'évitais tout contacte visuel avec qui que ce soit en m'habillant et en me rapprochant de la sortie. Dans l'idée de juste saluer Gus, j'avais pivoté la tête de son côté et aperçu Shane qui me fixait. Il avait une expression indéchiffrable à ce moment-là et dès que nos regards se croisèrent, le brun de ces yeux retournait à sa boisson. Je restais un instant la bouche ouverte, saluant en découper Gus avant de sortir précipitamment.

C'était Shane? Mes joues avaient rougies et j'étais incapable de dire si c'était à cause de ma découverte ou si c'était le froid giflant mon visage. Je restais un instant sur le haut des marches avant d'aller faire mes achats, restant bloquée dans mes plus confuses pensées.

Dans ces cas là, quand mon esprit dérivait, je revoyais le visage d'Eva. Étonnamment, le souvenir que j'en gardais me souriait. Je n'avais plus eu de nouvelle depuis notre séparation et j'imaginais que c'était bien normal. Il fallait avouer que c'était paradoxal, tisser un lien d'une puissance phénoménal, se voir tous les jours, partagez d'innombrables expériences, parlez d'un avenir commun et, du jour au lendemain, silence radio. Plus un mot, à l'écrit comme à l'oral, effacez l'existence de l'autre en à peine douze heures et surtout, ne jamais regarder derrière soit. J'entrais dans le magasin de Pierre et y fis bonne figure avec un sourire factice. Par chance, il conversait déjà avec quelqu'un, Léah. Robin m'avait beaucoup parlé d'elle et pour cause, elles aimaient toutes deux travaillés le bois. Bonus en plus, elles étaient toutes deux rousses! On pouvait croire qu'elle était de la même famille, mais leurs traits de visage étaient trop différents l'une de l'autre pour approuver cette hypothèse. Discrètement, je me glissais entre les rayons et me pressaient de remplir mon panier. Ma nervosité me gagna au moment d'arriver à la caisse, Léah toujours là et se tournant vers moi avec un sourire angélique.

Ok, c'était peut-être mes hormones qui faisaient que je trouvais attirant beaucoup de monde dans ce village. Aussi petit soit-il. A ma décharge, je n'y pouvais rien et j'étais déjà bien contente que mon humeur du moment ne change pas ça. Cela m'aidait à chasser mon ex de mon esprit et j'allais pas me mentir… c'était agréable pour les yeux. La rousse avait de jolies courbes, ni trop, ni pas assez, juste le parfait équilibre. Elle peignait toujours ses longs cheveux en tresse, laissant quelques mèches encadrer son visage au teint laiteux, elle avait aussi un petit nez retroussé et des tâches de rousseurs qui lui donnaient un charme fou. Vraiment une chouette fille!

- "Salut Fredéric, salua-t-elle, prends garde à ne pas attraper froid, ça va être un hivers tenace cette année. J'espère que tu fais le plein de vitamines."
- "Une damoiselle qui s'inquiète pour moi? Que demander de plus, rigolais-je, j'ai ce qu'il me faut et toi? Tu t'en sors dans ta demeure?"

L'oscar de la meilleure actrice cachant son humeur à chier est décerné à… Frédéric, la fermière! Un peu plus et je m'applaudirais moi-même. J'en profitais aussi pour saluer Pierre convenablement et échanger quelques banalités tant dit qu'il comptabilisait mes achats.

- "Eh bien justement, repris Léah, je suis en pénurie de chou frisé et Pierre n'en a plus en stock. Tu pourrais me dépanner? Je t'inviterais! Tu verras, je fais un super sauté et j'ai du bon cidre en réserve."

Je ne pus m'empêcher d'écarquiller les yeux face à cette invitation. On m'invitait à manger? Avec autant… de joie? Je me repris rapidement avant que mon silence soit pris comme un refus. Ou juste avant que je ne réfléchisse trop et refuse poliment à cause de mon anxiété social. J'avais justement besoin de ce genre de moment. Besoin de passer du temps avec quelqu'un, de rire et de me sentir bien. Appréciée. Je m'étais peut-être trop concentrée sur les Inséparables pour remarquer que d'autres citoyens voulaient apprendre à me connaître.

- "Avec plaisir! Malheureusement, elle ne sera pas fraîche de la veille, mais je peux t'assurer qu'elle est de qualité, répondis-je avec fierté."
- "Je te crois sur parole! Est-ce que tu serais disponible ce soir?"

Je rêvais ou elle pressait les choses? Mon cerveau était en surchauffe, ayant perdu l'habitude de prendre des décisions pareilles aussi soudainement. A part un tête-à-tête avec la jolie rousse qu'elle était mon programme du soir? Me morfondre sur ma solitude devant ma télévision? Faire le pot de fleur au Stardrop Saloon? Me coucher en espérant que Morphée me cueille sans tarder?

- "Oui, je vais de ce pas la décongelée, dans ce cas. Je viens à dix-neuf heures?"
- "Nickel, peut-être que je t'apprendrais ma recette si je suis d'humeur."

Elle m'offrit son plus beau sourire et je sentis mon coeur fondre devant tant de bonté et d'innocence. A vrai dire, cela faisait longtemps que je me réjouissais de faire une activité avec une tierce personne. Je rentrais donc avec mon sac de course, veillant bien à me saisir de mon plus beau chou frisé et commençais déjà à me triturer la tête sur quoi porter. Est-ce que c'était un rendez-vous galant? Ou juste un petit souper totalement platonique? Déjà que mon armoire n'était pas très fournie, je devais tâcher de ne pas paraître idiote. Je soupirais longuement en me remémorant comment je faisais avant, en ville. Eva m'aidait toujours à choisir la bonne tenue. Bon, en faite, c'était plus qu'aider, elle choisissait tout elle-même. C'était plus simple… elle disait que c'était mon côté garçon, à ne jamais porter intérêt à mon style. Surtout pour un rencard. Au moins, j'étais sûr de toujours lui plaire en la laissant organiser ma penderie. Même si je n'approuvais pas toujours les tenues choisies. J'avais toujours en travers de la gorge la chemise rose pâle à pois avec sa jupe blanche plaquant mes fesses et ses saleté de talons qui m'avait haché menu les pieds. Peut-être bien que j'avais l'air "distinguée", mais mon niveau d'aise était à zéro. Que Eva parade ou non à côté de moi, ça n'avait absolument rien changé. Je préférais les couleurs sombres et les pantalons… ce qui était robe et jupe, c'était réservé pour le privé. Pour elle, pas pour assister à un vernissage avec du monde en veux-tu en voilà! Horrible! Honteux! Insérez un autre adjectif négatif commençant par H! HARG. J'ai triché pour le dernier, mais je n'avais aucun regret. Je ne m'étais jamais sentie féminine ou juste jolie. Pas que je me rabaissais! Je pouvais me voir classe, cool ou juste… classique, mais jamais avec un terme mettant ma beauté en avant. Je n'avais ni la morphologie, ni le charisme pour ça, j'étais juste un garçon manqué. C'était tout du moins comme ça que je le voyais, comparant mon reflet à ce que voulait notre société. Je me ressaisis et sortis un simple jeans et une chemise noir, jouant la carte de la sobriété. Ce n'était pas parce qu'elle m'invitait chez elle à manger que c'était un rencard. Il fallait que je m'ancre ça en tête!

Si les nouveaux Casanova de notre ère c'était des fermiers, ça se saurait.