Notes d'auteur : Bonjour, voici le chapitre cinq. Un petit chapitre de transition avant le prochain "arc". Merci beaucoup à tous ceux qui ont laissé des commentaires pour le précédent ! Merci aussi à ceux qui ont mis cette histoire en alerte et en favoris !
Petit message : malgré mes relectures et corrections, je retrouve encore des fautes qui traînent dans les vieux chapitres. Si une bonne âme souhaite devenir bêta-reader pour m'aider à chasser ces vilaines et stupides fautes, je suis preneuse.
Sur ce, bonne lecture !
Chapitre V : Au Fil des Vagues
Chapitre V : Au Fil des VaguesBeckman ouvrit les yeux avec difficultés. Le soleil l'éblouit. Cela faisait bien des années qu'il ne s'était éveillé après l'aube. Le bateau berçait d'un mouvement dolent. L'ancien soldat avait eu du mal à s'endormir. Les évènements de la journée, ses blessures. Les vagues ne l'avaient pas aidé, lui qui n'avait jamais dormi sur un bateau. Il avait partagé l'étroite couchette avec Shanks, écrasé contre le mur. Heureusement, le roux ne ronflait pas et avait le sommeil paisible. Encore groggy de sommeil, la tête lourde, la vision floue, il regarda vaguement à travers un hublot le ciel bleu.
Après le meurtre de Shieft, Shanks et lui n'avaient pas tardé. Comme le jeune pirate l'avait dit, il avait une embarcation. Il s'agissait d'un petit bateau de pêche avec une cabine. Suffisant pour naviguer quelques jours sur une mer calme comme East Blue. Il l'avait dissimulé près de la grotte, sous le feuillage d'un saule pleureur. Les deux fugitifs n'avaient eu le temps de rien apporter que ce qu'ils avaient déjà sur eux. Des soldats pouvaient se lancer à leur poursuite à tout instant.
Certes, Shanks avait réussi à faire des dégâts dans la base. Mais il avait à chaque fois attaqué un homme isolé ; deux tout au plus. Il avait aussi joué sur l'effet de surprise. Face à une trentaine de soldats, avec Beckman blessé, il n'aurait eu aucune chance. Il fallait fuir. Jamais le brun n'avait traversé son île aussi vite. Il ne s'en aurait jamais cru capable, surtout dans son état. Il fallait croire que l'urgence de la situation lui avait donné des ailes. Il avait aidé comme il pouvait Shanks à lever l'ancre et à déployer les voiles avant de s'effondrer sur le pont. Le gamin avait prit la barre et le bateau le large. Alors qu'ils s'éloignaient, Beckman avait cru reconnaître la silhouette malingre de Corban leur faire un adieu de la main.
Épuisés, le duo avait déniché, après plusieurs heures de navigation, un récif où ils avaient jeté l'ancre pour dormir. Ils avaient estimé qu'ils s'étaient assez éloignés de l'île natale de Beckman pour éviter les mauvaises surprises. Shanks s'était endormi comme une pierre tandis que son compagnon avait gardé les yeux ouvert une bonne partie de la nuit, l'angoisse et l'amertume en travers de la gorge. Tous ses plans pour l'avenir, envolés, carbonisés ; comme le crâne de Shieft. Il entendait encore l'os exploser sous la pression de la balle. L'odeur de la chair humaine à vif, brûlée. Il n'avait pu se résoudre à fermer les yeux. Il avait préféré, pour s'occuper l'esprit, se concentrer sur son ouïe. Le bruissement des vagues, la respiration lente et régulière de Shanks, le vent frôlant la coque. Lentement, sans s'en rendre compte, il avait sombré dans un sommeil sans rêve.
Alors qu'il émergeait doucement, l'ancien soldat se rendit compte de l'absence de Shanks. Le bateau était en mouvement. Il devait tenir la barre. L'équilibre précaire, Beckman quitta la couchette difficilement – ses côtes le faisaient atrocement souffrir, lui coupaient le souffle – et s'autorisa quelques pas hésitants. Il ne pouvait en faire guère plus de quatre, vu la taille de la cabine, mais c'était un bon entraînement pour s'habituer à un sol en mouvement. Ladite cabine, bien que sommaire et petite, était pratique. Des plaques pour cuisiner, des petits placards, un lit et des toilettes avec un coin douche. Suffisant pour une seule personne, plus difficile pour deux. Après, ils allaient surtout vivre sur le pont, alors… Ce qui inquiétait vraiment Beckman, c'était les provisions. Ils n'avaient pas eu le temps d'en prendre avant leur fuite. Résultat : quelques pommes et un saucisson sec. Ils ne tiendraient pas un jour. Il avait remarqué le filet de pêche en boule dans un coin, mais cela ne parvenait pas à le rassurer. Combien de temps avant qu'ils n'arrivent à une île ?
Il alla dans la douche et rinça son avant-bras. Il l'avait sommairement bandé la veille. Sa blessure avait recommencé à saigner dans la nuit. Il nettoya comme il put la plaie sensible qui n'était pas très belle et remit un morceau de tissu dessus.
Réveillé, il sortit de la cabine. Le pont avant était vide, coupé en deux par le mât et la voile tendue. L'air marin rafraîchit le visage de Beckman. Il l'inspira à pleins poumons et sourit. Jamais il n'avait eu un horizon sans fin devant lui. Il leva les yeux. Au dessus de la cabine, un petit pont supérieur avait été aménagé pour installer le timon. Shanks y était et maniait le navire d'une main sûre. Tout en s'allumant une cigarette, Beckman le rejoignit.
« Bonjour, Sergent, lança Shanks d'une voix claironnante.
– Je ne suis plus sergent, le coupa Beckman en se plaçant à ses côtés. Appelle-moi par mon prénom. Et tutoie-moi, ce sera plus simple. On risque de passer pas mal de temps ensemble.
– D'accord, Beckman. »
Ils gardèrent un moment le silence. Shanks conduisait l'embarcation. La voile, gonflée à bloc, les poussait tranquillement sur les eaux. Beckman observait le garçon. Derrière la barre, une carte générale de East Blue côtoyait une boussole. De toute évidence, l'adolescent était équipé et ne naviguait pas au hasard. Il se souvint de ses explications techniques sur les courants. Malgré le jeune âge de son compagnon, Beckman se sentit en confiance avec lui.
« Vous… enfin, tu as déjà pris la barre ? demanda soudainement Shanks bien conscient du regard de l'ancien marine sur lui.
– Jamais, avoua Beckman en tirant une bouffée. Je suis monté sur un bateau une fois lors de mes classes. Le trajet a duré deux heures et j'étais de corvée de ménage dans les cabines.
– Waouh ! Je suis impressionné par les formations de la Marine, railla Shanks.
– Oh, on a eu droit à une formation théorique. Le professeur nous a assommé de termes techniques. Mais j'ai l'impression qu'on avait pas l'intention qu'on sache faire plus que de simples corvées. Nous sommes surtout resté concentrés sur le combat et le maniement de différentes armes. Il fallait faire une formation spécifique pour la navigation en elle-même et tout le monde n'y est pas admis. J'ai postulé plusieurs fois, mais je n'ai jamais reçu de réponse.
– Ça te dit d'essayer ? »
Beckman resta un instant interdit. Il venait d'avouer n'avoir pas jamais été en pleine mer et Shanks lui proposait de conduire son batelet sans hésitation. Ne le voyant pas réagir, le garçon ajouta :
« La mer est calme et il n'y a rien à l'horizon. On se croirait sur un lac. On risque rien. »
Il s'écarta du timon pour laisser place. Beckman jeta son mégot à la mer et attrapa doucement la barre. Un grand sourire éclaira le visage de Shanks.
« Ce bout de bois ne va pas te manger. Tiens-le bien mieux. »
Avec douceur, mais fermeté, Shanks lui replaça correctement les mains et resserra sa poigne. Bien qu'il y ait peu de vent, Beckman sentait une résistance sous ses doigts, comme si le bateau voulait lui imposer sa propre direction. Il comprit qu'il fallait lutter contre la force du courant et retint la barre de tourner.
« Ça tire, hein ? » fit remarquer Shanks.
Beckman hocha la tête, sentant qu'il allait ajouter quelque chose. Effectivement, Shanks enchaîna aussitôt :
« Du coup, tu sais faire quoi en théorie ?
– Le professeur s'est surtout attardé sur l'entretien du navire. On a eu droit à des maquettes de gréements pour apprendre comment et quelle voile déployer. Comment était construit un bateau, la hiérarchie à bord. Mais surtout, beaucoup, beaucoup de vocabulaires.
– On se fait une interrogation ?
– Pourquoi pas ? s'amusa Beckman. Ça nous passera le temps et c'est l'occasion de voir ce que j'ai retenu après des années à glander en prison. »
Shanks regarda un instant autour de lui, cherchant l' leva le doigt pour désigner la voile.
« Qu'est-ce que c'est ?
– Un gosse de cinq ans sait ce qu'est une voile, Shanks. Je n'en suis pas à ce point-là, s'indigna le brun.
– Tu peux me développer ?
– Une voile est une surface de toile déployée pour transformer la pression du vent en force motrice du navire. Elles peuvent être carrées, trapézoïdales ou triangulaires. Elles sont enverguées à une vergue, à un mat, à une draille ou à un simple cordage. Dans notre cas, notre seule et unique voile est triangulaire. Plus précisément, nous avons affaire à une voile marconi. À ne pas confondre avec la voile latine, également triangulaire. Elle est soutenue par un mât en une seule pièce, autrement à pible.
– T'as avalé un dictionnaire ? rit Shanks. Combien de classes de voiles ?
– Huit comme les mâts. T'as pas autre chose que les gréements ?
– Tu m'as parlé d'une maquette, je voulais voir à quel point elle était fidèle. Définition de l'allure ?
– C'est la direction du bateau par rapport au vent. Si on parle du vent, il adonne quand il tourne dans un sens favorable au bateau, mais il refuse quand il souffle du mauvais côté.
– Et si je te dis de lofer ou d'abattre, tu fais quoi ?
– Je te rends la barre » répondit Beckman en se poussant sur le côté.
Shanks éclata de rire et lui fit signe de se remettre devant le timon. Lentement, il lui fit tourner la barre. Le bateau prit mieux le vent et avança un peu plus vite. Ils restèrent un moment silencieux, à simplement observer le batelet fendre l'eau dans un doux bruissement.
« Alors, quel effet ça fait de diriger un bateau ? questionna Shanks au bout d'une petite demie-heure.
– Ce n'est pas déplaisant. Mais j'imagine que ce sera plus… technique sur une mer plus agitée.
– Bien sûr ! Sinon, ce n'est pas drôle.
– C'était quand la première fois que tu as tenu la barre ?
– Si on ne prend pas en compte les petites barques, réfléchit le roux, je devais avoir treize ans.
– C'était quoi comme bateau ?
– Un petit brigantin d'une vingtaine de mètres. »
Beckman faillit se faire un torticolis tant il tourna vite la tête vers Shanks. Un navire de vingt mètres ? Et lui qui avait du mal avec cette grosse chaloupe ! Devant son air ahuri, Shanks éclata de rire.
« C'est un peu plus compliqué que ça et bien moins glorieux, précisa t-il. Cela faisait un bout de temps que le navigateur du navire nous donnait des cours à Baggy et à moi. Il nous avait appris à calculer un cap, la position. À utiliser une boussole et un log-pose – une sorte de boussole spécifique à Grand Line. À lire, comprendre et dessiner une carte, terrestre et maritime. Enfin, des tas de trucs bien prise de tête avec des chiffres de partout. Un jour, il a dit qu'il était temps de passer à la pratique. En pleine mer, il a nous mit devant la barre et nous a ordonné de maintenir le cap. Puis il s'est tiré en disant qu'il revenait dans une heure ! Imagine donc, deux gamins de treize et onze ans agrippés à la barre comme si leur vie en dépendait au milieu de Grand Line. Y avait personne à côté. On était complètement seuls sur le gaillard arrière. En plus, nous étions trop petits et nous ne voyions pas au dessus du timon. Nous étions terrifiés à l'idée de dévier ne serait-ce que d'un degré. Puis au bout d'une vingtaine de minutes, le second de l'équipage est passé par là.
– Vous étiez en train de faire demi-tour ? le taquina Beckman, amusé par le récit de Shanks.
– Non, on avait super bien tenu le cap. En fait, il nous a demandé ce qu'on fabriquait. Je lui ai dit qu'on maintenait le cap comme Gab… le navigateur nous a dit. Là, il nous a traités d'idiots. Comme quoi ça ne servait à rien de tenir la barre puisque ça faisait cinq heures qu'on avait pas de vent et que le navire ne bougeait pas. »
Beckman éclata de rire, suivi par Shanks.
« On s'est foutu de notre gueule pendant des semaines après ça. À chaque fois qu'on jetait l'ancre, le capitaine venait nous voir pour nous dire « allez, les jeunes, je compte sur vous pour maintenir le cap » »
Cela ne calma pas le fou rire de Beckman pour autant.
« C'était mignon comme bizutage, commenta t-il.
– C'était le huitième de l'année, on aurait dû se douter de quelque chose.
– Ils ont l'air de te manquer, remarqua le brun en décryptant le regard troublé de Shanks.
– C'était un peu ma famille, ajouta le garçon, la voix basse. La seule que j'ai jamais eu.
– Je comprends ce que tu veux dire, fit l'ancien soldat en songeant à Sœur Héloïse.
– Y a des bizutages dans la Marine ? demanda soudainement Shanks pour changer de sujet.
– Oh, oui, grogna Beckman. Mais on se connaît pas encore assez pour que je te les raconte », ajouta t-il précipitamment.
L'éclat de curiosité dans l'œil du garçon s'accentua.
« Je sens que ça va être épique le jour où tu me raconteras. »
Finalement, Beckman laissa Shanks reprendre la barre. Il l'observa changer légèrement l'allure. Il semblait instinctivement sentir le vent tourner et le suivre. Il avait dû recevoir une sacré formation avec son équipage. Bien qu'en y réfléchissant, s'il avait appris sur Grand Line, East Blue était équivalent au petit bain pour lui.
« Tout à l'heure, tu disais qu'on ne suivait pas le courant, reprit-il alors que l'adolescent corrigeait la trajectoire pour regonfler les voiles. Tu as une destination précise.
– Pas vraiment. »
Shanks se pencha sur la carte et y apposa son doigt pour montrer leur position.
« Il faut qu'on s'éloigne d'où nous venons. Je suis prêt à parier mon chapeau qu'on est à nos trousses et sûrement avec une prime. J'ai quitté les routes maritimes officielles pour brouiller les pistes. Malheureusement, ça nous fait un gros détour pour atteindre une île.
– Il faut pourtant qu'on en trouve une rapidement. On a rien à bouffer.
– On a un filet de pêche, ajouta Shanks.
– Je doute que ça suffise. Et c'est trop hasardeux. Montre la carte. »
Il observa la carte et chercha parmi les îles alentours. La plus proche se révélait à un jour de navigation d'après le roux.
« Ce serait parfait si il n'y avait pas des chances qu'on nous y attende, commenta Beckman.
– Il faudrait pousser plus loin. De deux ou trois îles, je suppose.
– On va y réfléchir. »
Beckman garda la barre encore une petite heure. Finalement, lassé, il la confia à Shanks tandis qu'il allait chercher le filet de pêche. Ils devaient se nourrir. Son estomac criait famine et Shanks ne devait pas être dans un meilleur état. Ni l'un ni l'autre n'avait avalé quoique soit depuis plus de vingt-quatre heures. Après de nombreux essais infructueux durant lesquelles il serrait des dents à cause de ses côtes, il parvint à s'emparer de cinq petites sardines. Entre temps, le vent avait baissé. Shanks abandonna le timon et le rejoignit. Les poissons dépecés et écaillés furent grillés et engloutis.
« On ne tiendra pas longtemps comme ça » conclut Beckman en allumant une cigarette.
Intérieurement, il se fit la réflexion que son unique paquet aussi n'allait guère tenir la distance. Avec la faim mêlée au manque de nicotine, les jours suivants ne seraient pas joyeux.
Shanks ressortit la carte. Avec un crayon, il forma quelques routes et calcula le temps de traversée.
« À l'heure qu'il est notre signalement a certainement été donné aux îles des alentours, dit-il. Il faudra se montrer discrets.
– Sinon, disparaître dans la foule, souffla Beckman en se penchant sur la carte. Là, c'est certainement la ville la plus grande du coin et on y serait en trois jours. C'est faisable. Plus il y a aura de monde, moins on se fera remarquer. »
Shanks eut un instant de silence en voyant l'île que Beckman désignait et la ville en question.
« Logue Town » finit-il par murmurer.
Il ne semblait pas s'adresser à Beckman. Le garçon gardait le visage fermé. Dans un geste machinal, il frotta les cicatrices de son œil gauche du bout des doigts. Voyant qu'il n'ouvrait plus la bouche, Beckman le relança :
« Un problème ? »
Shanks sursauta, revint à la réalité.
« Disons que cette ville me rappelle de mauvais souvenirs. La seule fois où j'y suis allé, j'ai eu… des problèmes, ajouta t-il vaguement sous le regard insistant de Beckman.
– Malheureusement, il s'agit de notre meilleure chance » insista l'ex-marine.
Le roux avait enfin laissé sa cicatrice. Il rabattit son chapeau sur ses yeux, s'attardant dessus presque avec douceur.
« OK, barre sud-ouest-ouest sur Logue Town » capitula t-il.
Il se releva et quitta la cabine où ils s'étaient installés pour manger. Beckman le suivit.
« Shanks, si ça va pas, dis-le.
– J'ai peut-être pas envie d'en parler.
– Ça te travaille, alors…
– Et ? le coupa Shanks en se retournant brusquement. Moi, je t'harcèle pas à propos de tes cauchemars, alors pourquoi tu me colles avec ça ? »
Beckman s'arrêta, intrigué.
« Quels cauchemars ?
– Ceux que tu as fait la nuit dernière entre deux insomnies.
– Je m'en souviens pas »
Cet aveu sembla calmer la rancune de l'adolescent. Il soupira et sauta sur le gaillard arrière. Il rectifia presque sans regarder la boussole l'angle du timon. Beckman s'assit derrière lui. Il fuma doucement, sans un mot, attendant que Shanks reprenne la discussion. Il ne le connaissait pas très bien, mais il savait déjà que le plus jeune détestait le silence. Si Beckman pouvait passer des journées entières sans parler, il doutait que Shanks tienne plus d'un quart d'heure. Effectivement, quelques minutes plus tard.
« C'est à propos de Shieft ?
– De quoi ? s'étonna Beckman en écrasant sa cigarette.
– Les cauchemars.
– Je m'en souviens pas, je t'ai dit. Je mentais pas.
– Mais ça te travaille comme tu dis.
– C'est pas tous les jours qu'on tire une balle dans la tête d'un homme qu'on a connu et fréquenté pendant sept ans.
– C'était la première fois que tu tuais ? »
Beckman laissa passer un court instant avant de répondre, le regard perdu sur l'horizon. Son bras le lançait, palpitait, lui rappelait la lame qui s'y enfonçait. Ses côtes ne se taisaient jamais, elles. Il ne respirait que par à-coups pour ne pas trop souffrir.
« Ouais.
– Ma première fois, j'avais dix ans, reprit Shanks. C'était un accident. Un pirate m'avait menacé avec son pistolet. J'ai voulu le lui arracher des mains, mais… j'ai actionné l'arme sans le vouloir. Ça l'a atteint au cœur. Il est mort sur le coup. C'était un accident, mais c'était quand même de ma faute.
– Tu te défendais.
– Toi aussi.
– Non. »
Shanks se retourna vivement et se rapprocha. Beckman le regarda droit dans les yeux et lui décrivit l'exécution.
« J'aurais pu le laisser vivre. Me contenter de l'attacher. Mais j'ai choisi délibérément de le tuer.
– Tu regrettes ?
– C'est ça qui me travaille, avoua Beckman. J'ai aucun regret. Et je crois que je le referai. »
Shanks ne réagit pas. Son regard était indéchiffrable. Beckman qui était d'ordinaire si doué pour deviner les pensées des autres ressentit de plein fouet la frustration de ne pas saisir celles de son compagnon.
« Suis-je un monstre ? » le provoqua t-il pour pénétrer l'esprit de Shanks. À moins qu'il ne souhaitait réellement la réponse à cette question qui le taraudait à chaque fois que la scène se rejouait sous ses yeux.
Shanks grimaça, haussa des épaules.
« Je saurais pas dire. Je ne sais même pas ce qu'est un monstre. J'ai connu des gens que tout le monde qualifie de monstres et pourtant… ils ne m'ont jamais inspiré de peur ou de dégoût. D'autres que j'aurais dû voir comme des héros m'ont révulsé. Combien de personnes j'ai moi-même tué ? Je les ai pas comptées. Mais je suis certain que si j'avais voulu, j'aurais pu les épargner. La majorité au moins. Cependant, je les ai tués. Pourquoi ? Peut-être parce que c'était plus facile de les arrêter ainsi. Sur le moment, le geste est simple. C'est après qu'il faut vivre avec. Avec le temps, ça devient facile ça aussi. Presque normal. »
Shanks se tut après cette tirade. Il avait buté sur les mots, les avait cherchés, s'était arrêté souvent. Peut-être était-ce la première fois que lui-même essayait de mettre des mots sur cela.
Oui, c'était plus facile. Face à Shieft, Beckman avait agi à l'instinct, laissant sa rancœur, sa haine et son dégoût prendre le dessus. Ce n'était qu'une fois loin de ce bureau, dans l'ombre de la nuit, le regard sur le plafond, qu'il avait compris la portée de son geste et qu'il n'en éprouvait aucun regret.
Le monstre était celui qu'on désignait, dénonçait pour son anormalité. Il s'était toujours senti différent, à l'écart. Les autres l'avaient toujours montré du doigt, rejeté. Au fond, peut-être avait-il toujours été un monstre. Mais ce gamin aux cheveux rouges ne détournait pas les yeux. Ne le montrait pas, ne le repoussait pas. Au contraire, il ne cessait de se rapprocher. Et ses grands yeux sombres ne quittaient pas les siens alors qu'il avouait sa propre monstruosité. Il ne jugeait pas. Il comprenait. Et Beckman se rendit compte qu'il ne jugeait aucunement les crimes dont Shanks était coupable. Entre monstres, on se comprenait et on s'acceptait.
« Après, l'autre en face aurait fait pareil, ajouta Shanks avec un petit sourire. C'est de bonne guerre ! »
Beckman sourit à son tour. Les combats étaient sans pitié sur les mers. Un jeu mortellement excitant.
Beckman se sentait minuscule. Il restait immobile sur le port. Logue Town, cette ville était énorme. Il avait toujours vécu sur la même île. Sa ville natale ne dépassait pas les deux cents habitants. Il était presque sûr qu'un ou deux milliers d'âmes arpentaient les rues de Logue Town. Shanks se glissa sans bruit à ses côtés le faisant sursauter. Il soupira en voyant le petit sourire de l'adolescent, grimaça quand ses côtes douloureuses se rappelèrent à lui.
« Bon, on était venu jusqu'ici pour faire le plein de provisions. Et on a pas de sous » résuma Shanks.
Effectivement, ils n'avaient rien emporté lors de leur fuite si ce n'est leurs armes. Envolées ses maigres économies de ses années de service. S'il avait su, il les aurait données à l'orphelinat. Il n'avait même pas d'habits de rechange. Shanks en avait quelques uns, mais il était bien plus petit et mince que lui. Il portait donc encore son uniforme. Il avait quand même enlevé la veste. Il lui restait un t-shirt blanc et son pantalon bleu. L'ensemble faisait neutre, mais quand on y regardait de plus près on en devinait sans mal la provenance. Il espérait passer quand même inaperçu.
Avec Shanks, ils s'étaient concertés sur ce soucis d'argent. La seule solution avait été donné par Shanks et deviné par Beckman. Le vol. Cela faisait des années que Beckman n'avait plus fait les poches. Ce serait l'occasion de vérifier s'il n'était pas trop rouillé. Même s'il n'avait jamais été un as en pickpocket. Il s'était un peu entraîné avec Shanks, mais, comme le garçon s'y attendait, ses résultats n'étaient guère révélateurs. De plus, avec son bras blessé, il craignait avoir perdu un peu de sensibilité. Malgré les rinçages à l'eau – de mer grimaça t-il – la plaie purulait. Les croûtes se mêlaient au pus. Autour, la peau était rouge et gonflée. Une odeur acre s'en dégageait des fois. Il bandait soigneusement sa blessure et la cachait des yeux de Shanks pour ne pas l'inquiéter.
Instinctivement, Beckman plongea la main dans sa poche, mais elle était vide. Un jour et demi sans cigarette. Il avait mal au crâne et les nerfs à vif. Il grogna de frustration.
« Tu connais la ville et le vol est ta spécialité. Où va t-on ? » demanda t-il en se mordillant l'ongle du pouce. Peut-être y restait-il un arrière goût de nicotine.
Shanks hésita un instant en observant le port. Il semblait chercher ses repères.
« Il y a toujours beaucoup de monde dans l'avenue qui relie le port à la Grande Place. Ce serait un bon début. Faire les poches des passants. Simple, mais efficace.
– Alors, allons-y. »
Il suivit son jeune guide en priant pour qu'aucun d'eux ne se fasse attraper.
Shanks avait eu raison. Cette longue avenue était blindée. Des boutiques la longeaient comme une haie d'honneur. Les gens se promenaient, parlaient, les enfants courraient et riaient. Un après-midi ensoleillé comme les autres. Sur les consignes du roux, les deux fugitifs se séparèrent. On était toujours plus discret seul qu'à deux pour ce genre d'emploi. Beckman choisit le trottoir de gauche et suivit les boutiques. Il ne put s'empêcher d'observer un moment Shanks se mêler en plein cœur de la foule, zigzaguer entre les passants comme une anguille. Malgré son physique hors du commun, il arrivait sans mal à passer inaperçu. Tant que Beckman finit par le perdre de vue.
Le souffle déjà court d'avoir marché, ses côtes lui comprimaient les poumons. Il parvint à piquer quelques fruits et légumes sur les étales et le porte-monnaie d'une petite vieille. Cela faisait longtemps qu'il n'avait eu aussi honte de lui. Il retrouva son complice une heure plus tard sur le pont de leur batelet. Heureusement, le roux s'était montré bien plus productif. Des bijoux, des billets, des pièces et même un paquet de cigarettes dans lequel Beckman piocha aussitôt. En laissant de côté les bijoux et les cigarettes, il avait ramené presque trois cent berrys. Beckman ajouta ses soixante berrys. Ils avaient de quoi acheter à manger pour quelques jours en se restreignant. Pour une heure de travail, ce n'était pas mal. Encore quelques coups comme ça et ils auraient de quoi voyager deux ou trois semaines. Mais les estimations de Beckman furent contredites par Shanks.
« La majorité sera partie avant la fin de la journée et pas en bouffe, affirma t-il.
– Qu'est-ce que tu racontes ? s'étonna le plus vieux.
– Un médecin et des médicaments, c'est pas donné. Il faut soigner tes blessures, précisa Shanks.
– C'est bon, ça va passer, le contredit Beckman. Juste des bleus et quelques coupures. »
L'adolescent le fusilla du regard.
« Me prend pas pour un idiot, siffla t-il entre ses dents. Tu as du mal à te déplacer et à respirer. Même allongé, tu as mal. Tu as sûrement une côte cassée si ce n'est plus. Et je parle pas de ton bras qui a des relents de poissonnerie.
– Tu exagères, fit Beckman en reniflant son bandage.
– Direction un médecin. »
Le ton de Shanks était ferme et sans appel. Et Beckman ne pouvait lui donner tord. Ses blessures étaient sérieuses. Son bras était infecté, ses côtes lui faisaient de plus en plus mal. De toute évidence, il n'était pas le seul à avoir un bon sens de l'observation sur leur petit rafiot. Seulement, Shanks cachait bien mieux son jeu.
Ils dénichèrent un docteur indépendant dans un petit quartier tranquille, loin de la vigueur du centre-ville et du port. Sa secrétaire revêche voulut d'abord leur imposer un rendez-vous. Shanks la fit changer d'avis en arrachant les bandages de l'avant-bras de son compagnon afin de le lui exposer sous le nez. Finalement, ils furent placés entre deux patients une vingtaine de minutes après leur arrivée.
Le médecin, un homme à la mine débonnaire, s'alarma de l'état de Beckman. Ce dernier lui avoua pour ses côtes rapidement. Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir que Shanks le surveillait de près. L'effet fut accentué par les multiples traces de coups que Beckman portait. L'homme posa des questions auxquelles il ne reçut aucune réponse. Que s'était-il passé ? Il finit par comprendre que ces deux étrangers ne nourriraient pas sa curiosité. En premier, il s'occupa du bras infecté tout en marmonnant les dangers que son patient avait couru.
« Vous auriez pu développer une septicémie ou encore une gangrène. Et là, amputation directe, jeune homme ! »
Pour enlever le pus, le médecin dut rouvrir la plaie et faire un curetage. Bien entendu, il avait donné des anti-douleurs à Beckman et fait une piqûre pour endormir la zone. Mais il sentait clairement le scalpel racler sa blessure. Les soins se révélaient plus douloureux que les coups de lames de Shieft.
Une fois le bras recousu, nettoyé et bandé, le docteur s'attarda sur les côtes. Diagnostique : trois côtes cassées et peut-être une fêlée. Pour cela, il ne pouvait pas faire grand-chose à part donner des médicaments et essayer de mettre son patient têtu au repos. Pas de mouvements brusques, ne pas forcer et surtout se reposer. Il avait eu de la chance, les poumons n'avaient pas été perforé.
« Si cela avait été le cas, vous seriez déjà mort » ajouta t-il.
Ils quittèrent le médecin la bourse allégée et les bras chargés d'antibiotiques, d'antalgiques, de crèmes désinfectants et de gazes stériles. Comme le remarqua Shanks, ils n'étaient pas venus pour rien. Et vu les quantités fournies en médicaments, ils pourraient même se blesser encore deux ou trois fois.
En refaisant leurs comptes, ils remarquèrent qu'ils avaient assez pour un repas. Après trois jours à manger des poissons, cette perspective les tentait terriblement. Ils décidèrent de se poser dans un petit restaurant servant quelque assiette copieuse. Après hésitations, Shanks mentionna une taverne dans les quartiers pauvres où il avait déjà mangé la dernière fois.
« C'est pas très bien fréquenté, précisa t-il, mais la bouffe est pas mal et pas chère. »
Il n'en fallait pas davantage pour qu'ils reprennent la route. Ils durent repasser par le centre-ville et descendre plus au sud. Ils crapahutèrent dans les rues sinueuses et désertes des bas quartiers. Enfin, ils s'arrêtèrent devant une vieille porte verte à la peinture écaillée marquée d'une tête de mort. L'endroit ne semblait pas des plus accueillants et aucun bruit ne fuitait. Beckman en fit la réflexion, pensant que c'était fermé ou que Shanks s'était trompé.
« Le bar est en sous-sol, répondit le garçon. Oh, ils ont changé le nom ? » s'étonna t-il en levant la tête.
Beckman l'imita et aperçut une pancarte de bois brut suspendue à plus de deux mètres d'eux. Il en haussa les sourcils. Bar Gold Roger. Il commençait à comprendre comment Shanks pouvait connaître un tel lieu. Ça sentait le repère de pirates. Le garçon poussa la porte, talonné par Beckman. Un escalier sombre les mena jusqu'à une grande salle encombrée de tables. Une vingtaine d'hommes aux mines patibulaires buvaient et mangeaient en parlant fort. Quand ils entrèrent, il y eut un instant de silence. Les clients les dévisagèrent, tels des chiens de garde mal dégrossis. Shanks marcha d'un pas décidé jusqu'au comptoir en les ignorant. Beckman les surveilla du coin de l'œil. Cela dut leur suffire car rapidement le brouhaha reprit et on ne leur accorda plus aucune attention. Shanks s'assit sur un coin du bar. Détournant son regard des autres, Beckman vit plusieurs avis de recherche affichés ; certains n'étaient plus d'actualité. Il y reconnut quelques noms. Des pirates célèbres venant des environs principalement. L'ancien soldat s'asseyait à son tour quand le barman, un type baraqué, arriva et leur demanda ce qu'ils commandaient. Ils prirent tous les deux un plat du jour. Avant que l'homme ne reparte, Shanks l'arrêta :
« Excusez-moi, ce bar, c'est bien la Jambe de Bois ? J'étais venu l'année dernière.
– Oh, oui, répondit le barman en sortant des assiettes. J'ai changé le nom il y a quelques mois. Histoire de rappeler à toute cette vermine, précisa t-il en montrant du menton les hommes ivres attablés, à quoi ça ressemble un vrai pirate. »
Shanks eut une étrange expression, mélange de nostalgie et de fierté. Elle interloqua Beckman, le laissant songeur. De toute évidence, Shanks était comme un poisson dans l'eau au milieu de ces forbans. Mais une certaine mélancolie et tension s'étaient installées en lui depuis qu'ils avaient mis les voiles sur Logue Town. Il se souvenait clairement de sa réticence à débarquer. Il revit le geste e l'adolescent sur sa cicatrice. Beckman sentait que les problèmes auxquels il avait fait allusion avaient marqué son visage dans cette ville. Shanks avait dit au barman qu'il était venu ici l'an dernier. Serait-il venu pour voir l'exécution de Gold Roger ? Possible. Vu le nombre de criminels qui avaient dû faire de même, il n'était pas compliqué de penser que l'un d'eux était responsable de ses cicatrices. Mais il sentait qu'il y avait quelque chose d'autre. Il ne posa pas de question. Il savait que Shanks ne desserrerait pas les dents et ce n'était pas le moment. Mais il se promit d'y réfléchir et d'observer son jeune compagnon de plus près.
« Vous prendrez une boisson avec votre repas ? questionna le barman.
– Une bière, fit Shanks, retrouvant sa vivacité.
– Un jus d'orange » commanda sobrement Beckman.
Cachant son étonnement, le barman s'exécuta. Quelques secondes plus tard, il plaça une choppe mousseuse devant Shanks et un verre de jus de fruit devant Beckman. L'adolescent n'eut pas le temps de tendre la main que Beckman s'empara de sa boisson et l'échangea avec la sienne.
« Pourquoi tu fais ça ? s'exclama le roux, outré.
– Pas d'alcool avant dix-huit ans. C'est interdit par la loi, commenta l'ancien marine avant d'attaquer la choppe.
– J'espère que tu te fiches de moi. »
Le sourire amusé de son compagnon renfrogna Shanks qui dut commencer son verre légalement non alcoolisé.
« Y a de la pulpe, gémit-il.
– Ça prouve qu'il y a des vrais fruits dedans. Bois, c'est plein de vitamines. Dis-toi que grâce à moi tu éviteras un scorbut et une cirrhose. »
Shanks boudait encore quand les assiettes chaudes et généreuses furent posées devant eux. Heureusement, l'appel de l'estomac affamé lui remit du baume au cœur devant le mouton trempant dans la sauce. Ils mangèrent sans trop échanger, savourant le premier vrai repas qu'ils prenaient depuis trois jours – sans doute plus pour Shanks. La viande était un peu trop grasse, mais l'ensemble se mangeait très bien et avait un côté repas familial réconfortant.
Quand il eut terminé son assiette, Beckman repéra un tas de journaux abandonné derrière le bar. Il n'avait aucune nouvelle du monde extérieure depuis sa fuite. Il demanda au propriétaire s'il pouvait les lire. Il les parcourra pendant que Shanks récurait le moindre centimètre de son plat. Il se figea un instant quand il tomba sur un article parlant du meurtre de Shieft. Il le lut en diagonale. Un commandant inconnu au bataillon était chargé de l'affaire. L'article était plus un hommage au valeureux et fidèle Commandant Shieft qu'un récit des évènements. À la page d'après, Beckman tomba sur son propre visage.
« Et merde » grogna t-il.
Son juron attira l'attention de Shanks qui lut au dessus de son épaule.
« Hé, t'as une prime ! Deux millions ? Pas mal.
– Pas mal ? C'est tout ce que ça t'inspire ? En plus de la Marine, on va aussi se retrouver avec des chasseurs de prime à nos trousses. Sans compter que ma tronche a été distribué dans tout East Blue.
– Première prime ? commenta le barman qui avait suivi l'échange. Pour fêter ça, je vous offre un verre de ma meilleure bouteille et une limonade pour le gamin. »
Shanks marmonna que la limonade n'était pas obligatoire. Il prit le journal des mains de Beckman et le feuilleta à son tour.
« Ils parlent de moi ? s'enquit-il.
– Absolument pas, répondit Beckman en reniflant avec plaisir le verre de whisky qu'on venait de lui servir. J'imagine que la Marine n'a pas envie qu'on sache qu'un gosse de seize ans a humilié une base militaire entière.
– Du coup, j'ai pas de prime » lâcha Shanks, déprimé.
Beckman rit doucement. Voilà bien une réaction pas commune !
« Hé, gamin, intervint le barman. Si un jour, tu obtiens une belle prime, genre cinquante millions, tu pourras revenir pour manger et boire – de l'alcool – à l'œil. Ça te va ? »
Amusé par le défi, Shanks retrouva la sourire.
« Mieux, renchérit-il. Cent millions et, non seulement pour moi, mais aussi pour tout mon futur équipage, consommations gratuites. »
L'homme éclata de rire, se disant sûrement que c'était sans risque puisque ça semblait une somme inatteignable.
« Pari tenu, mon petit ! » décréta t-il en serrant la main du roux.
Le pauvre homme ignorait qu'un jour, il regretterait amèrement ce serment.
Comme toujours, j'espère que ce chapitre vous a plu. Un personnage connu apparaîtra dans le prochain chapitre. Lequel ? Ce sera la surprise.
Sur ces bonnes paroles quelque peu putassières, j'aimerais vous faire part d'une petite découverte amusante sur le mot cirrhose (maladie du foi, le plus souvent provoquée par un excès régulier d'alcool). Ce joli mot vient du grec ancien Kirrhos qui signifie... roux. Je vous laisse y réfléchir.
A bientôt !
