Notes d'auteur : Bonjour à toutes et à tous ! J'ai tenu mes délais et j'ai même une légère avance ! Bon, j'ai triché : ce chapitre est le plus petit. Après, il s'agit d'un chapitre spécial. D'autres dans ce genre interviendront à d'autres moments dans l'histoire. Il n'est que le premier. Considérez-le comme un bonus pour fêter la première prime de Shanks.
Corrigé par ma bêta-lectrice, Umichan ! Merci à elle sans qui vous aurez des chapitres truffés de fautes (stupides), de maladresses et de mots oubliés etc...
Sur ce, je vous laisse et bonne lecture !
Réminiscence I : Une Nouvelle Vie
C'était la grande foire annuelle. Les rues étaient pleines. Des marchands et des clients venus des quatre coins de West Blue envahissaient la ville du port aux faubourgs. Ça se bousculait, ça s'apostrophait. Un chaos humain dans lequel n'importe qui passait inaperçu. Une aubaine pour les voleurs. C'était la réflexion sensée qu'un jeune garçon s'était faite. L'année dernière, elle lui avait été bien bénéfique. Alors, il recommençait. Il faufila sa frêle silhouette entre les corps massifs des adultes. Trop petit et trop mince pour ses huit ans, il en profitait pour passer làoù les autres voleurs ne pouvaient pas se glisser.
Ses petits mains agiles allaient de poche en poche. Il était doué et rapide. Aucune de ses victimes ne se rendait compte de la perte de leur bourse. Parfois, l'enfant dut bifurquer brutalement et reculer. Il n'était pas seul. La bande de Fagin. Des orphelins des rues spécialisés dans le vol en tout genre. Comme lui, ils erraient parmi les touristes et leur faisaient les poches et parfois les caisses des marchands. Ils n'aimaient quand le garçon roux marchait sur leur terrain. S'ils le trouvaient, ils le battraient et il ne pourrait pas revenir voler quelques pièces. Il les craignait bien plus que les policiers. Une fois, c'était leur chef, Fagin, un grand homme sec au visage grêlé, qui l'avait surpris à dérober le butin d'un de ses gamins. Le petit roux avait mis des semaines à s'en remettre et en gardait encore des cicatrices. Fagin frappait bien plus fort que la mère du garçon.
Les deux adolescents étaient repartis, furtifs, les poches pleines. L'enfant sortit de dessus un stand et retourna dans la foule. Le soleil approchait de l'ouest et on commençait à remballer. En passant, le garçonnet parvint à dérober quelques pommes avant de quitter la grande place. Il traversa sans hésitation les nombreuses et étroites ruelles plongées dans la pénombre. La bouche pleine de pommes et les poches tintant de piécettes, il quitta le centre-ville et arriva dans les faubourgs. Il passa de jardins miteux en jardins miteux et rentra par la porte de service d'une grande maison qui avait dû être une belle demeure autrefois. La cuisine était vide et aucune odeur de nourriture ne hantait l'atmosphère. En s'enfonçant dans la maison, il arriva aux couloirs plus vivants. Des femmes se hâtaient à finaliser leur tenue et maquillage sans prêter d'attention à l'enfant qui se mêlait à elles. Il grimpa les marches. Il ne s'arrêta qu'au second pallier où il pénétra dans une chambre. Il avait fini de manger, mais son estomac grondait toujours. Il trouva rapidement celle qu'il cherchait.
Sa mère brossait ses longs cheveux roux écarlate avec soin, vêtue de sa plus belle robe. Son visage avait la teinte de l'ivoire. Son dos cambré accentuait sa taille fine et la rondeur de ses seins blancs. Elle était magnifique, comme son prénom la prédestinait Mabel. Le miroir de sa coiffeuse lui renvoya l'image de son fils s'asseyant sur son lit. Agacée, elle soupira en piquant une dernière épingle dans ses lourdes anglaises.
« Shanks, je t'ai déjà dit de ne pas venir ici la nuit. Je ne veux pas t'avoir dans les pattes pendant le travail.
– Même quand tu travailles pas, tu veux pas me voir, marmonna l'enfant. Je vais où alors ?
– Débrouille-toi tout seul ! »
Shanks se laissa glisser du matelas. Il se rapprocha de sa mère, l'observant mettre son rouge à lèvres avec attention. Elle sentait bon le jasmin et le rhum.
« Quoi encore ? s'agaça t-elle en se tournant enfin vers lui.
– T'es trop belle, maman, déclara l'enfant avec un grand sourire.
Mabel adorait qu'on la complimente. Elle pouvait passer des heures devant son miroir.
« Vu ce que m'a coûté ce maquillage, y a intérêt ! Et qu'est-ce que tu fais encore là ? Si tu as faim, prend un truc en cuisine et fiche-moi la paix.
– Y a rien dans la cuisine.
– Attend demain matin alors. Et va-t-en! » souffla sa mère en le repoussant distraitement.
Le pas traînant, le sourire fondu, Shanks reprit la direction de la porte. Il s'arrêta la main sur la poignée. Le regard noir de sa mère ne le dissuada pas de faire sa demande.
« Je peux pas juste rester dans le grenier cette nuit ? Il fait froid dehors. »
Elle ne lui répondit même pas, se contentant de se parfumer en lui tournant délibérément le dos. En silence, Shanks quitta la pièce.
Une fois son fils disparu, Mabel s'ouvrit une bouteille. Ça l'aidait à calmer ses nerfs et à sourire devant les clients. Saleté de gamin ! Il prenait de la place et coûtait les yeux de la tête à loger et à nourrir. Tout cela à cause d'un préservatif défectueux. Au moins, la patronne s'était enfin décidée à investir dans de meilleurs moyens de contraception. « J'tiens pas un orphelinat » qu'elle avait dit. Depuis, aucune autre fille n'était tombée enceinte. Mais le mal était fait et Shanks était né. Elle l'aurait volontiers abandonné sur le trottoir ou noyé comme les chatons du voisin dès ses premiers jours. Mais la patronne avait refusé. « Tu vas finir en prison, pauvre idiote ! Et la police fermera la maison. » C'était elle aussi qui avait choisi un nom pour le gamin car sa mère refusait de lui en donner un. « Ça porte malheur de pas être baptisé. Le gosse reviendra te hanter quand il va clamser. » Malgré les années et l'indifférence de Mabel, Shanks ne semblait pas décidé à mourir. Il grandissait lentement, mais sûrement. Toujours dans ses jupes, parfois dans celles des autres filles. Quelques unes se laissaient attendrir par sa jolie bouille et ses grands yeux. Sa mère le trouvait manipulateur et profiteur à jouer ainsi avec le cœur trop tendre de ces gamines. Elle avait reconnu inconsciemment ses propres mimiques face aux hommes dans les sourires mutins de son fils. Peut-être était-ce pour cela qu'elle le détestait tant.
Cette nuit, Shanks dormit dans le moulin au sud de la ville. La porte fermait mal et il parvenait sans mal à forcer le verrou. C'était plein de paille et de sacs de toile. L'ensemble offrait un semblant de lit moelleux et le gardait du froid et de l'humidité. Il fut réveillé par le meunier peu avant l'aube. Le vieil homme ne demanda pas la raison de sa présence. Ce n'était pas la première fois qu'il dénichait le gamin entre deux sacs de farine. Il se contenta de bougonner vaguement et de lui donner du pain de la veille avant de le mettre dehors. En mastiquant sa pitance caoutchouteuse, Shanks remonta vers la ville.
Au dessus du porche de la maison, la lanterne rouge brillait encore, semblant enflammer ses cheveux. Dans le salon, l'air étouffait d'odeurs de tabac, de vin et de parfums. Quelques hommes se prélassaient encore dans les fauteuils avec une fille ou deux à leurs soins. Discrètement, Shanks le traversa. Il aurait dû passer par la cuisine comme hier, mais il n'y avait pas pensé. Il ne fallait pas que la patronne le voit, sinon, il était bon pour le martinet. Arrivé à la cuisine, il la trouva aussi vide que la veille. Il s'assit sur un banc et attendit qu'une fille descende. La première à arriver fut Amélia. Il l'aimait bien. Elle avait toujours du chocolat sur elle. Il lui fit aussitôt les yeux doux, la bise, lui dit qu'elle était belle « comme les princesses dans les contes ». L'adolescente fondit aussitôt et le cajola quelques minutes pendant qu'il mangeait sa barre de chocolat.
La matinée avançant, les filles vinrent manger et discuter entre elles peu à peu. La patronne fit même une apparition, non sans jeter un regard désapprobateur à Shanks. Le garçon occupait les genoux de Mona pendant qu'elle le coiffait. En bref, il se tenait tranquille. Elle fila fermer son bureau à double tour par sécurité. Le petit rouquin avait déjà pioché dans les recettes du jour. Elle ne tenait pas à ce qu'il recommence.
Sa mère se montra peu après midi. Le teint gris, les yeux cernés, elle ne regarda même pas son fils qui jouait aux billes dans un coin. Elle fouilla dans un placard et en sortit une bouteille qu'elle ouvrit aussitôt. Elle avala deux grandes gorgées avant de se laisser tomber sur le banc.
« Tu viens à peine de te lever, Mabel, fit remarquer Mona qui cousait près du poêle.
– Mêle-toi de ce qui te regarde. »
Shanks leva les yeux de son jeu et surveilla sa mère. Quand elle avait assez bu, elle devenait plus gentille. Il attendit patiemment que la bouteille fut à moitié vide avant de parler.
« Maman, tu joues avec moi ? » quémanda t-il avec une moue adorable.
Mabel sentit son sang se figer. Elle aussi faisait souvent ce genre de mimiques. Mais pas pour les mêmes raisons. Son visage se durcit. Shanks cessa sa moue et recula sur les fesses.
« Où as-tu eu ces billes? » exigea t-elle en se levant brutalement.
Shanks eut le bon goût de baisser les yeux en rougissant alors qu'elle tanguait vers lui.
« Tu les as volées, l'accusa t-elle. Sale morveux ! Voleur ! »
Elle lui arracha son butin des mains, manquant de le griffer. Dans son coin, Mona lâcha son ouvrage.
« Mabel, calme-toi, fit-elle doucement. Ce ne sont que des billes.
– Oh, si seulement, il se contentait de ça ! Mais non ! »
La grande rousse s'écarta de Shanks, le désignant du doigt comme s'il s'agissait une araignée particulièrement répugnante. Elle poursuivit :
« On voit que c'est pas toi que ce taré de Fagin est venu menacer car ton petit bâtard vole sur son territoire. Un couteau sous la gorge, il disait qu'il m'ouvrirait comme une truie, raconta t-elle, la voix tremblante, blême. D'ailleurs, tu étais où cette nuit ? Et hier ?
– Dehors, pleura Shanks, la tête toujours baissée. C'est toi qui m'as dit d'aller dehors.
– Où dehors ? Sur le territoire de Fagin ?
– Il a dormi au moulin, Mabel, intervint Mona.
– Comment tu le sais ?
– Il avait de la farine dans les cheveux ce matin.
– Maintenant, c'est le meunier qui va gueuler ! s'exclama Mabel en levant les yeux au ciel. Et hier, je ne t'ai pas vu de la journée. Tu étais au marché, c'est ça, hein ? »
Le silence de l'enfant fut éloquent. Sa mère lui saisit le menton, l'obligeant à la regarder. Sa voix se fit plus grave, moins stridente, métallique.
« Vide tes poches. » ordonna t-elle sans le lâcher.
Malgré la prise sur son visage, Shanks secoua négativement la tête, la bouche tremblante. Jamais sa mère n'avait semblé autant en colère. Il ignorait que Fagin était allé la voir.
« Obéis quand je te parle, avorton! »
Ne voyant toujours aucune réaction, Mabel retourna elle-même les poches de son fils. Les pièces tombèrent, assourdissantes sur le carrelage. Il ne devait pas y avoir pour plus d'une cinquantaine de berrys, mais leur vue exacerba la rage de la rousse. Des plaques rouges teintaient ses joues. Ses boucles, détendues, pendaient autour de son visage comme des tentacules. Son teint fatigué était marqué, son visage déformé par la colère, ses yeux écarquillés. Sa robe lâche et son décolleté faisaient ressortir ses côtes. Le jasmin était passé et s'y était mêlée une odeur acre. Elle semblait vieille.
Ne pouvant se dégager des ongles qui lui raclaient la mâchoire, Shanks préféra fermer les yeux. L'haleine empestait l'alcool bon marché, il grimaça.
« J'en étais sûre, triompha Mabel. Tu as encore volé ! Tu veux ma mort ?
– Lâche-moi ! » s'exclama Shanks.
Il se débattit et parvint à s'extirper de ses griffes. Sa mère l'avait déjà frappé ou insulté avant. Mais, pour la première fois, elle lui faisait peur.
« Ne me donne pas d'ordre ! » s'égosilla sa mère en le jetant de toutes ses forces à terre.
Mona restait figée dans son coin, le cœur battant. Elle eut juste la force de détourner les yeux. Elle entendit la tête de l'enfant claquer sur le carrelage.
« Quand je pense à tout ce que j'ai fait pour toi, continuait Mabel, le corps secoué de convulsions. C'est comme ça que tu me remercies ?
– T'as rien fait ! » l'accusa Shanks en se relevant.
Il avait mal derrière la tête. Il allait avoir une belle bosse. Il n'avait plus envie de pleurer. Il poursuivit :
« Tu n'es jamais là ! Toujours à travailler ou à sortir ! Même la patronne est plus gentille que toi !
– Tu es vivant ! répliqua Mabel, sa voix repartant dans les aiguës. N'importe qui t'aurait noyé à la naissance. Mais tu vis ! De quoi tu te plains, pauvre déchet ? »
Shanks se mordit la lèvre jusqu'au sang. Il tremblait autant que sa mère. Mais il n'avait pas l'excuse de l'alcool.
« J'te déteste ! s'égosilla t-il en se redressant soudain. T'es toute ridée et moche ! Vieille sorcière ! »
Dans un hurlement de rage à peine humain, Mabel éclata la bouteille sur le coin de la table. Shanks recula. Les débris de verre et d'alcool l'éclaboussèrent. Seul le goulot tranchant demeurait dans la main de la grande rousse, face au garçon. La porte claqua. Mona s'était enfuie. Il l'entendait à peine appeler « Patronne ! Patronne ! Elle va le tuer ! » Ce qui n'empêcha pas Shanks de provoquer à nouveau sa mère.
« J'veux plus voir ta sale tête ! »
Un rire glacial retentit, secoua Mabel.
« Mais je t'en prie, va-t-en ! Dégage ! Loin ! Loin d'ici ! Bon débarras ! »
L'enfant ne lui fit pas répéter. Il prit ses jambes à son cou et la porte. L'air frais du matin le frappa, mais il n'eut aucune envie de faire demi-tour. Sans se retourner, il courut, s'éloignant rapidement. Les cris et les insultes plurent sur lui encore durant plusieurs mètres.
Il passa sa journée à errer en ville. Il ne chercha pas à voler. Il n'avait pas faim. Sa gorge lui faisait mal tant elle le serrait à contenir ses pleurs. Il se cacha deux ou trois fois quand il reconnut quelques filles de la maison qui semblait le chercher. Il ne retournerait pas là-bas. Il ne voulait plus jamais s'approcher de sa mère. Elle lui faisait autant peur qu'il la détestait. Elle serait encore en colère contre lui. Elle l'était toujours. Il dormit à nouveau dans le moulin et reçut son morceau de pain au petit matin qu'il avala sans entrain.
Shanks se dirigea vers le port. Il était bondé dû à la grande foire qui devait encore durer trois semaines. Il avait beaucoup réfléchi. Il ne voulait pas rentrer, mais il était connu en ville. Presque autant que sa mère. On finirait par le ramener là-bas. Ou il tomberait un jour sur Fagin qui le cherchait aussi. Tousces immenses navires marchands étaient l'occasion de quitter les ruelles sombres de sa ville et le joug de sa mère. Ce serait facile. Il n'avait qu'à se cacher dans les cales et descendre à la prochaine escale. Il choisit le plus grand car il devait posséder plus de cachettes. Monter à bord fut simple.
Il ignora combien de temps il resta terré dans le noir entre les caisses. Il réussit à piocher dedans pour se nourrir. Les premiers jours, il se crut malade sous le balancement du navire, mais il s'y habitua vite. Le voyage était long. La solitude lui pesait. Mais personne ne le battait ni l'insultait. Et il avait de quoi manger. L'odeur iodée de la mer et du bois lui plaisait. Le mouvement des vagues le berçait dans son sommeil. Ce n'était pas si mal.
Bien évidemment, un des marins finit par le débusquer. L'homme le traîna sans douceur devant le capitaine du navire.
« Tu vas rembourser ce que tu m'as volé, gamin, décida le gros bonhomme. Tu travailleras pour moi, sans solde. »
Ce fut ainsi que Shanks passa ses journées à briquer le pont, à éplucher les patates, à laver le linge et autres tâches du genre. C'était épuisant, mais il mangeait à sa faim et il avait le droit de se promener partout sur le bateau. C'était étrange de vivre uniquement parmi des hommes, lui qui n'avait connu que des femmes. Mais il s'y habitua très vite. L'équipage l'ignorait la plupart du temps.
Il se souvenait parfaitement du premier coucher de soleil sur l'océan qu'il avait vu. L'eau étincelait d'or et de rubis. Un véritable incendie. Le ciel tournait au rose et le soleil, époustouflant, se faisait lentement avaler par la mer immense et sans limite. Shanks avait souri à s'en faire mal aux zygomatiques. Il n'avait jamais rien vu d'aussi beau et il voulait en voir plus. Aller toujours plus loin et découvrir davantage. Il avait alors compris qu'il ne quitterait la mer pour rien au monde.
Shanks ne suivait pas toujours ce qui se passait à bord, exécutant sagement ses corvées, encore peu rassuré par ce nouvel environnement. La première escale, il ne descendit pas, ne voulant pas être laissé derrière. Le capitaine ne dit rien. Après tout, cela faisait de la main d'œuvre gratuite. Le navire repartit.
L'ambiance sur le navire se transforma une fois l'ancre levée. Les marins étaient tendus, nerveux et scrutaient l'horizon avec angoisse à la moindre occasion. Le temps se détériorait. Le vent soufflait et la pluie ne cessait pas. L'enfant finit par comprendre en traînant l'oreille qu'ils allaient quitter West Blue. Ils allaient vers un autre océan où leur très riche propriétaire les attendait. Le capitaine se vantait qu'il s'agissait d'un homme important, un noble ou un roi. Shanks n'avait pas tout saisi et ne s'y intéressait pas. L'inquiétude et le stress de l'équipage l'envahissaient comme une éponge. Il entendait les mots Grand Line sans les comprendre. Mais il savait par contre que c'était dangereux. Il aurait peut-être dû rester à terre lors de la dernière escale. Cependant, une partie de lui s'excitait à l'idée de découvrir ces mers qui faisaient trembler ces solides gaillards.
La traversée fut mouvementée. Ils essuyèrent diverses tempêtes. Shanks, inutile sur le pont, fut envoyé aux cales pour évacuer l'eau. La mer lui apparut dangereuse et vorace. Puis soudain des cris. On montrait un phare dans la nuit et une immense chaîne de montagne. Il faisait tellement sombre qu'on les distinguait à peine. Shanks ne pouvait même pas voir le sommet. Pourquoi tout le monde semblait si effrayé ? Ce n'était qu'une montagne, sur une autre île.
Le navire s'approchait avec difficulté. Les vagues envahissaient le pont. Les hommes s'attachaient aux mâts et au bastingage. Le capitaine s'était enfermé, blême de peur dans sa cabine. Le navigateur et le timonier tenaient ensemble la barre, terrifiés, prêts à vomir. Shanks, dont personne ne s'occupait, finit par imiter les autres et s'attacha au grand mât.
Enfin, une gigantesque cascade se dessina sous ses yeux éberlués. Qui le furent encore plus quand il comprit que l'eau ne chutait pas, mais grimpait la montagne.
« Qu'est-ce que c'est ? s'exclama t-il à travers le vacarme.
– Reverse Montain » lui répondit un marin non loin de lui.
Le bateau s'accéléra brutalement, passa entre deux récifs escarpés et s'engouffra dans l'étrange rivière. Shanks se sentit pousser en arrière alors que le navire était entraîné par le courant presque à la verticale. Ses ongles creusèrent le bois du mât. Il entendit des hommes prier autour de lui. Il ne connaissait aucune prière, alors il ferma juste les yeux. Jusqu'où allaient-ils monter ? Soudain, tout s'arrêta. Une impression de flotter. Shanks ouvrit les yeux. Ils étaient au sommet de la montagne. Des nuages s'étendaient sous eux. Le navire avait été comme éjecté par la force des flots. Puis avec une brutalité qui lui coupa le souffle, il retomba sur l'eau. Il dégringola de la montagne – Red Line comme il l'apprendrait plus tard. La descente fut plus rapide et chaotique que la montée. Cette fois, Shanks n'avait pu fermer les yeux et avait assisté à la chute, pétrifié. Enfin, la rivière redevint progressivement horizontale et le bateau ralentit. Il quitta l'embouchure et arriva sur une mer étincelante sous le soleil si loin de la grisaille tourmentée de West Blue.
« Grand Line, souffla le même marin en tremblant. L'océan le plus dangereux du monde. »
Mais ce qui l'effrayait, Shanks le trouvait magnifique. Il inspira l'air à plein poumons. L'odeur semblable lui apparut différente. Il ne pourrait pas être plus éloigné des cris de sa mère qu'aujourd'hui. Lentement, les homme se remirent de la traversée et se détachèrent. Le capitaine sortit de sa cabine et inspecta le navire, compta les marins. Personne n'était passé par dessus bord et aucun dégât matériel. Cap sur la prochaine île.
Mais nul ne la verrait jamais. Ce voyage sonna le glas de leur périple.
Un terrible orage éclata lors de leur troisième journée sur ces nouvelles eaux. Cela se serait bien passé si la foudre n'avait pas frappé la grand voile. Elle s'enflamma, propagea l'incendie sur le mât. Les sceaux d'eau furent jetés par dizaine sans apaiser le feu affamé. Le mât chuta et le pont craqua sous son poids. Les houles se faisaient de plus en plus insistantes, sautaient par dessus le garde-fou, inondaient le pont inférieur. L'une d'elles attrapa Shanks. Il hurla en vain. Les hommes étaient trop occupés par le feu qui s'approchait dangereusement des réserves de poudre. La mer heurta son dos, la douleur vrilla son corps. Corps qui se fit engloutir.
L'eau était glacée. Ce fut des centaine d'aiguilles qui transpercèrent sa peau. Le sel brûla sa gorge et ses poumons. Il se débattit. Il ne voulait pas mourir. À force de battre des jambes, il parvint à remonter à la surface. Il chercha le bateau. Il brûlait, des débris flottaient. Une nouvelle vague le renvoya sous l'eau. Avec plus de difficultés, Shanks remonta. Une planche passa près de lui. Il n'hésita pas et s'en saisit. Seules ses jambes restaient dans l'eau. Il souffla douloureusement et ses petites mains s'agrippèrent tant à la planche qu'elles s'égratignèrent, des échardes sous les ongles. Il ne voulait pas mourir. Il voulait voir des nouvelles îles. D'autres mers. jusqu'où l'océan s'étendait. Il voulait encore voir d'autres couchers de soleil.
Les vagues le poussèrent. La fumée du navire incendié envahit la mer. Rapidement, il ne voyait et n'entendait plus rien. Il avait froid, mal, faim, soif, peur surtout. Appeler au secours ne servirait à rien il en avait bien conscience. Comme pleurer. Il ne devait pas lâcher sa planche. En aucun cas. Il le savait aussi. La nuit tomba et il trembla.
Le matin arriva. Il se sentait si faible. Il avait mal partout. Il voulait s'endormir. Il ne fallait pas. L'orage était passé depuis longtemps et la mer était calme. Il voulut se hisser davantage sur sa planche et faillit tomber. Il percevait vaguement le soleil derrière ses paupières collées par le sel. Il ne résista pas longtemps. Il perdit pied, lâcha la planche. L'eau l'avala en douceur. Elle entra en lui. Ce fut presque un soulagement. Il coulait lentement. Soudain, une main forte et chaude le saisit. On le traîna. Il creva brutalement la surface. On le sortit de l'eau. Comme il faisait froid. Des bras solides le serraient contre un torse chaud. Cela faisait du bien. Il voulait dormir.
« Accroche-toi, petit, souffla une voix grave à son oreille. Accroche-toi. »
L'homme qui l'avait repêché l'emporta contre lui. Avant de sombrer dans l'inconscience, Shanks sentit sa propre main s'accrocher au bras de l'inconnu comme pour lui obéir. Un bras qui le conduisait vers une nouvelle vie. Une vie guidée par le pavillon noir.
Comme les autres, Shanks a eu le droit à ses origines. Qu'en pensez-vous ? Comment voyez-vous l'enfance de Shanks, vous ?
Le vrai chapitre 12 est en préparation et arrivera dans deux semaines à peu près (je vise les alentours du 10 mai). Je suis folle et j'annonce que je posterai dorénavant deux chapitres par mois en moyenne. J'espère que ce chapitre vous a plu et vous dit à bientôt !
