Notes d'auteur : Bonjour ! Regardez qui tient bien ses délais maintenant. Le chapitre a comme d'habitude était corrigé par Umichan, donc un grand merci ! Je n'ai rien à ajouter, alors bonne lecture !


Chapitre XII : Pavillon Noir

Les vagues berçaient le Sablonneux. À leur rythme, le hamac de Beckman tanguait. Le bois grinçait autour de lui, accompagnant par son chant le mouvement. L'ancien soldat dormait paisiblement, seul dans les cales. Un poids s'écroula sur sa poitrine, le réveilla en sursaut. Dans un réflexe, il tendit le bras, cherchant son fusil. Mais l'intrus en profita pour y fourrer un papier. Beckman parvint enfin à ouvrir les yeux et reconnut au bout de quelques secondes Shanks.

« Qu'est-ce qui se passe ? articula difficilement Beckman. On est attaqué ?

– Non, répondit Shanks d'une voix claironnante. Regarde ça !

– Il est quelle heure ?

– Je sais plus. Neuf heures, neuf heures et demi.

– Quoi ? s'exclama Beckman, outré. Je me suis couché à six heures et tu me réveilles si tôt ?

– Mais regardeuh » gémit Shanks en sautillant comme un gamin.

Comprenant qu'il ne pourrait pas se rendormir, Beckman céda et déploya le papier que le rouquin ne cessait d'agiter sous son nez de sa main bandée – avec son hématome au front, le dernier souvenir visible de son combat contre Stumm. Il plissa des yeux pour clairement le voir. Il faudrait vraiment qu'ils rajoutent des lumières dans les cales. C'était un avis de recherche. Pas besoin d'en voir d'avantage pour comprendre qu'il s'agissait de celui de Shanks sinon il n'aurait pas fait tout ce cirque.

« Cinq millions ! C'est plus que toi.

– C'est pas un concours » protesta faiblement le plus âgé.

Il parvint à repousser le roux et à quitter son hamac. Il lui jeta un dernier regard plein de regret avant de s'éloigner. La journée allait être longue. Durant tout le trajet entre les cales et la cuisine, Shanks ne cessa de blablater, épuisant le peu d'énergie de Beckman.

Une fois le Sablonneux nettoyé de la proue à la poupe, Piotr avait fait les réparations nécessaires. Rapidement, Shanks avait décrété que l'aménagement ne lui convenait pas. Particulièrement, la cuisine. Celle-ci avait été calée par Stumm dans un coin de la cale. Il y faisait sombre et aucune aération ne permettait l'évacuation des fumées de cuisson. De plus, c'était le meilleur moyen pour attirer les rats déjà suffisamment malins et voraces pour s'embarquer d'ordinaire dans les cales des navires. Ils avaient donc démonté les meubles et accessoires pour les installer dans la pièce la plus grande du navire, très éclairée et pourvue de nombreuses fenêtres. Autrement dit, la cabine de Stumm. Beckman devait admettre que Shanks avait fait le bon choix. La petite cuisine sombre et étroite fut transformée en un carré clair et convivial, mais surtout espacé. Il y aurait de la place pour aisément une dizaine de personnes, quinze en se serrant un peu. Pour le moment, ils n'étaient que quatre, mais ils avaient très vite pris leurs aises et habitudes. Roo s'était installé sans hésitation derrière les fourneaux. Un roulement s'était instauré entre les trois autres pour la vaisselle.

Pour le reste du navire, ce furent les cales qui se retrouvèrent complètement chamboulées. Un espace chambre avait été clairement défini. Aux temps de Stumm, tout était mélangé et on dormait où on pouvait entre la cuisine, les stocks et les canons. L'endroit le plus aéré et éclairé du pont inférieur abritait désormais les couchettes. Les canons et munitions avaient été exilés à la poupe dans un endroit sec. Les provisions, toujours dans l'optique d'éviter les rongeurs, séjournaient dans un gros placard qui avait servi de cabine personnelle à Manech, non loin de la nouvelle cuisine. Seule l'infirmerie sur le pont principal face à la poupe n'avait pas bougé.

Ce qui n'avait pas empêché les nouveaux occupants de la fouiller de fond en comble. Déjà, les blessures étaient nombreuses après les terribles combats qu'ils avaient accomplis. Une fois chacun soigné sommairement – personne n'était médecin – Beckman avait insisté pour faire l'inventaire de tous les médicaments et du matériel médical. On avait rangé les pilules et autres sirops connus dans un placard soigneusement étiquetés. Les inconnus avaient été entassés dans une caisse en attendant de les identifier.

Ce même tri avait été effectué sur tout le navire. Ils avaient rangé ce qui pouvait leur servir, enfermé dans des caisses étiquetées ce qui pouvait être vendu et jeté le reste dans des sacs poubelle. Ils espéraient bien se faire une petite trésorerie en vendant à prix cassé ce qui leur serait inutile. Stumm s'était révélé un mauvais gérant et les caisses du Sablonneux tristement vides. Heureusement, les réserves de nourriture et de poudres, elles, débordaient. Mais ils avaient besoin d'argent. Ils n'avaient presque plus de désinfectant ou de bandages. En vêtements, outre Piotr, ils se contentaient de ceux qu'ils portaient sur le dos. Au bout de quelques jours, ils avaient cédé et pioché dans ceux des pirates décédés malgré le malaise. Bien sûr, les réparations du Sablonneux avaient grandement diminué les stocks de bois et de clous qui réclamaient un ravitaillement. Surtout que Shanks souhaitait que les différentes parties des cales soient séparées par des cloisons pour plus de sécurité surtout concernant la poudre. Ce dernier point était soutenu par la majorité de l'équipage. Personne ne pouvait ignorer la manie qu'avait Beckman de se promener sur le navire avec la clope au bec.

Beckman se laissa lourdement tomber sur le banc à la grande table qui meublait la cuisine. Assis face à lui, Piotr lui adressa un sourire de compassion. La pièce sentait le pain chaud et le café tandis que Roo s'activait aux fourneaux.

« Moi, j'étais aux toilettes quand il a débarqué avec son journal, compatit Piotr, blasé.

– Va falloir qu'on rajoute un verrou aux chiottes, grommela Beckman, la tête dans les mains.

– Je m'y mets après le petit-déjeuner. J'en profiterai pour en mettre un aussi à la salle de bain.

– Excellente initiative »

Roo posa la cafetière au milieu de la table. Son odeur attira Beckman qui s'en saisit avec la vivacité d'un zombie. Il remplit son mug à ras bord.

« C'est de l'expresso, bredouilla Roo en le voyant faire.

– Il me faudra une plus grande tasse alors, en conclut Beckman d'une voix caverneuse.

– Hé, vous avez vu la prime de Shanks ? » s'enquit le garçon en sortant des brioches du four.

Un silence de plomb s'abattit dans la cuisine. Deux regards – l'un vitreux et l'autre désabusé – dévisagèrent Roo comme seule réponse. Le marmiton auto proclamé comprit le message et n'ajouta rien en s'installant à table.

« Tiens, d'ailleurs, il est où celui-là ? s'interrogea Beckman remarquant enfin l'absence du capitaine. Il était derrière moi.

– Je crois qu'il est parti vérifier le cap, expliqua Roo, la bouche pleine de brioche.

– À moins qu'il n'en profite pour montrer sa prime aux dauphins, ricana Piotr. Y en tout un banc qui nous suit depuis une heure, ajouta t-il à l'adresse de Beckman.

– Il en est capable » décréta l'ancien marine avant d'avaler goulûment son café extra fort.

Comme s'il les avait entendus parler de lui, Shanks débarqua avec un large sourire. Il laissa la porte claquer derrière, s'attirant une grimace de Beckman qui sentait poindre une migraine, et il prit place joyeusement à table. En deux secondes, il engloutit sa première brioche.

« Maintenant qu'on est officiellement reconnus comme pirates et qu'on a un bateau, commença Shanks entre deux bouchées, il nous faut un Jolly Roger.

– C'est sûr, affirma Piotr. Après, quelle image pourrait nous représenter ? Faut pas choisir n'importe quoi. C'est important l'image »

Le fond de la cafetière termina dans la tasse de Beckman. Avec des gestes plus assurés qu'à son arrivée, il alla en préparer une seconde tournée, tournant le dos aux autres.

« Comment on choisit un drapeau pirate ? s'interrogea Roo à voix haute.

– Généralement, l'équipage y représente une caractéristique du capitaine, expliqua Piotr. Par exemple, pour Stumm, c'était son perroquet et il avait aussi dessiné un couteau entre les dents pour symboliser la perte de sa langue.

– En même temps, faut pas être malin pour se mettre une lame dans la bouche, commenta Shanks. Sinon, y a Barbe Blanche qui utilise sa célèbre moustache comme pavillon », ajouta t-il en haussant un peu le ton pour se faire entendre.

Beckman était en train de moudre bruyamment le café juste à côté. La poudre obtenue, il la tassa au maximum dans le filtre pourtant plein.

« Une moustache comme symbole ? s'étonna Roo. Je croyais que le Jolly Roger devait faire un minimum peur.

– Barbe Blanche terrorise Grand Line toute entière, le détrompa Piotr. Gold Roger aussi avait sa moustache en pavillon, je crois. Comme quoi, faut pas négliger la pilosité.

– Tu comptes te laisser pousser la barbe ? s'enquit le jeune cuistot en se tournant vers Shanks.

– Pas vraiment, non, rit le rouquin. Je crois que tu as mis assez de café, fit-il en se tournant vers Beckman.

– Je suis sûr qu'il y a encore de la place, le contredit ce dernier en ajoutant une cuillère.

– Après, certains mettent leurs armes en pavillon, reprit Piotr, pensif. Les épées sont celles qui reviennent le plus.

– C'est vrai que ça rend bien les épées, sourit Shanks. Avec une tête de mort, c'est un classique.

– C'est sympa les classiques. On est sûr de ne pas se tromper, commenta Piotr après une gorgée de café. D 'autres font plus original. Ça passe ou ça casse. Je me souviens, quand j'étais gamin, le pirate qui faisait le plus peur, c'était le capitaine Flint. Le gars, il avait un squelette entier comme pavillon avec dans la main gauche une lance et dans la droite un cœur humain. Je peux te dire que ça faisait un sacré effet, surtout sur un drapeau rouge.

– Les drapeaux sont pas noirs normalement ? » s'étonna Roo.

Un juron les interrompit un instant. La cafetière refusait de fermer et débordait. Beckman, amer, dut retirer un peu de son précieux café du filtre avant de la mettre en route. Pour se consoler, il s'alluma un cigarette en attendant que l'eau chauffe.

« Pas forcément, reprit Shanks. Un drapeau noir incite l'ennemi à se rendre. On ne tue que si c'est nécessaire et on peut faire des prisonniers. Le rouge, au contraire, signifie "pas de quartier''. En fait, les premiers pavillons étaient rouges. D'où leur nom, Jolly Roger qui est une déformation de joli rouge. Mais cette couleur est de moins en moins utilisée. Justement à cause de la réputation de Flint.

– J'ai jamais entendu parler de ce type, affirma Roo, circonspect.

– Il est mort depuis... réfléchit Piotr. Pff, au moins vingt ans, maintenant ! Il est tombé dans l'oubli avec l'arrivée de la génération de Gold Roger et compagnie.

– Le but d'un Jolly Roger, c'est de faire peur, reprit le roux. D'où les symboles macabres. Le premier était celui du capitaine Wynne. Il comportait un crâne avec des tibias croisés et un sablier. Pour annoncer qu'il apportait la mort et que ce ne serait qu'une question de temps. Chaque symbole a sa signification. Sauf les aspects physiques des capitaines bien sûr !

– Donc, le sablier, c'est le temps, énuméra Piotr sur ses doigts. Le temps qu'il reste à l'adversaire pour se rendre ou mourir. Mais aussi le peu de temps qu'il reste à vivre aux pirates. Généralement, notre espérance de vie n'est pas folichonne. Les os sont, bien sûr, le symbole de la mort apportée par les pirates avec en figure star le crâne. Les sabres, eux, représentent la force.

– Vous vous compliquez vachement la vie, si chaque dessin veut dire quelque chose, commenta Roo.

– C'est avec des symboles qu'on forge une légende, intervint Shanks avec un grand sourire. C'est la réputation du pirate qui le porte vers l'oubli ou la gloire. Le but du Jolly Roger, c'est de marquer les esprits et d'associer une image à un nom et surtout à des faits d'armes.

– J'ai connu des gars qui ne savaient pas se servir d'une épée, mais ils avaient la réputation d'être d'horribles tueurs sanguinaires. Résultat, ils ont jamais eu à se battre pour aborder un navire ou piller un port. Les gens avaient tellement peur qu'ils se rendaient immédiatement, ricana Piotr. Jusqu'au jour où ils sont tombés sur une flotte de la Marine. Ils ont été massacrés en quelques secondes.

– Ça ne nous dit toujours pas ce qu'on va utiliser pour le nôtre » fit Roo, rêveur.

Beckman se réinstalla à table, une grosse tasse fumante en main, la cigarette aux lèvres. Shanks, songeur, ramassait avec soin chaque miette qui restait de sa brioche. Piotr conservait le regard dans le vide, oscillant de temps à autre vers son capitaine comme pour chercher l'inspiration. Roo dévisageait fortement Shanks, très concentré. Beckman but une grosse gorgée de café et intervint enfin :

« Shanks est sabreur. Alors, faites dans le classique : un crâne associé à une épée. Et vous rajoutez un élément qui lui est propre pour le dissocier des autres pavillons.

– J'aime bien l'idée du sabre, confirma Shanks, pensif. C'est classe et sobre avec un côté menaçant. Après, on le met comment ? À côté du crâne, au dessus, en dessous, en travers ? Un seul ou plusieurs ? Ça en fait des possibilités.

– Quand j'étais gamin, raconta lentement Roo, j'avais un roman d'aventures avec un garçon qui cherchait le trésor d'un pirate. Ce capitaine avait pour Jolly Roger un crâne avec deux os croisés derrière. C'était vachement cool. On peut faire pareil, mais avec deux sabres, finit-il par proposer.

– Pas mal, pas mal du tout même, fit Shanks en se l'imaginant. Faudra faire un essai pour voir comment ça rend en vrai.

– Manque plus qu'un détail pour sortir du lot, ajouta Piotr.

– Pourquoi pas mon chapeau ? proposa le jeune capitaine, la main sur l'objet désigné. Après tout, je le porte tout le temps et c'est un peu mon porte-bonheur. »

Beckman étouffa un ricanement dans sa tasse. Roo secoua vivement la tête dans un signe de refus net. Piotr grimaça.

« Hors de question, rejeta le charpentier d'un ton sans appel. C'est un coup à ce qu'on nous appelle après les pirates au chapeau de paille et on va finir par devenir la risée de tout le monde. C'est tellement ridicule.

– Mais heu.. protesta mollement Shanks.

– Tu n'effrayeras jamais personne avec un chapeau, affirma Beckman en s'allumant une nouvelle cigarette. Surtout un aussi moche.

– Il est pas moche, mon chapeau ! »

Shanks croisa les bras avec une moue renfrognée. Visiblement, il n'acceptait pas les critiques sur son précieux couvre-chef. Il s'imagina le pavillon avec les sabres et le chapeau. Il dut bien admettre que ce dernier bridait la menace des lames et le drapeau serait bien trop surchargé à son goût. Quelque de chose de plus simple serait bienvenue.

« Ouais, j'avoue, finit-il par céder. Le chapeau, c'est pas terrible. Mais je vois pas quoi mettre d'autre.

– Tes cicatrices » intervint brusquement Roo.

Tous les regards se portèrent alors sur le visage scarifié du capitaine.

Lentement, les traits crispés, Shanks posa les doigts dessus. Une grimace de dégoût se forma sur ses lèvres.

« Je dois déjà les supporter au quotidien, déclara t-il avec amertume. Quand je me vois dans un miroir, quand je me touche le visage… Mon but n'est pas de les afficher davantage. C'est pas un bon souvenir, loin de là. »

Beckman se souvint de la dernière fois qu'il avait vu cette expression figée sur le visage du roux. C'était quand ils avaient décidé d'aller à Logue Town. À cet instant, Shanks avait touché ses cicatrices également. Cela ne faisait plus aucun doute. Il s'était passé quelque chose dans cette ville. Quelque chose dont le souvenir resterait gravé dans sa peau à jamais. Cette triple entaille paraissait profonde. Elle aurait pu avoir de terribles conséquences et la douleur avait dû être très forte. Avec des gestes lents, il écrasa sa cigarette dans une vieille soucoupe prévue à cet effet.

« Le gars qui te les a faites, articula t-il avec soin, il vit encore ?

– Pour le moment, cracha Shanks sombrement.

– Elles partiront jamais et c'est la première chose qu'on remarque sur toi. Tu ne pourras jamais les oublier ni les nier. Elles font désormais parties de toi et qu'importe à quel point tu les détestes. Tu as deux solutions : soit tu continues de les haïr et de les rejeter et donc d'en souffrir. Soit tu les acceptes et tu les détournes en ta faveur. Un coup pareil aurait pu te tuer et c'en était probablement le but, précisa Beckman. Mais tu es toujours vivant et tu avances sans craindre l'avenir. Ce qui ne tue pas, rend plus fort. C'est le dicton, non ? Prouve-le au monde et au type qui t'a blessé. Qu'importe les coups que tu subiras, tu t'en relèveras. Tu ne plieras pas devant la violence et surtout elle ne te fais pas peur. Tu as survécu à pire et tu n'es pas un débutant. Ces stigmates montrent ta résistance et ta force face à l'adversité. Ils peuvent être des tas de choses à tes yeux ou ceux des autres. Mais il ne faut surtout pas qu'ils soient la marque du type qui te les as faits. Sinon, ça veut dire qu'il a gagné. Et il ne faut pas que ton propre visage symbolise une défaite. Approprie-toi ces fichues cicatrices et tu pourras enfin avancer et te débarrasser d'un sacré poids. »

Un silence particulièrement épais suivit la tirade de Beckman. Ce dernier ne quitta pas Shanks un seul instant du regard. Le garçon avait écouté avec soin et semblait digérer chaque mot. En regardant l'ancien officier droit dans les yeux, il hocha lentement la tête.

« Ce n'est pas à moi qu'elles doivent faire peur, murmura t-il.

– Certainement pas » soutint Beckman.

La main de Shanks avait quitté son visage. Il eut un petit sourire.

« Un crâne sur deux épées croisées et trois cicatrices sur l'œil gauche, décrit-il, pensif. Rouges les cicatrices, comme le sang.

– Et comme tes cheveux, ajouta Piotr. Paraît que les roux n'ont pas d'âme, voire que qu'ils sont démoniaques. Si avec tout ça, les gens ne nous craignent pas, c'est qu'ils sont stupides.

– Qui vote pour ce Jolly Roger ? » lança Roo, la main déjà frétillante en l'air.

Le pavillon fut adopté à l'unanimité.

Le soleil n'était pas à son zénith que déjà le drapeau noir flottait au sommet du grand mât orné de sa tête de mort, de ses sabres et surtout de ses cicatrices carmines.


La pluie tombait drue. Un orage grondait au loin et ne cessait de se rapprocher. L'averse était tellement forte qu'elle créait un épais rideau d'eau. Impossible de voir à plus de quelques mètres devant soi. C'était au tour de Shanks d'être en vigie. Avec deux vieux parapluies trouvés dans les cales, il s'était fabriqué un maigre abri. Grelottant de froid et gorgé d'eau, il tentait de percer le rideau de pluie. Roo qui était de garde pour une partie de la nuit tentait de dormir pour rester alerte quand son quart viendrait. Il ne devrait pas avoir de mal à sombrer dans le sommeil. Piotr lui avait donné des leçons de combat à mains nues pendant plus de deux heures en début de journée. D'habitude, il s'entraînait plutôt au tir avec Beckman sur le pont, mais le temps ne l'avait pas permis. Le charpentier l'avait envoyé au sol avec plus ou moins de violence à moult reprises, lui laissant une belle collection de bleus. Il prétendait que c'était à force de chuter qu'il apprendrait à tomber sans se faire mal et à esquiver les coups. Roo en doutait, mais personne n'avait contredit son professeur du jour. Beckman et Piotr, eux, s'étaient réfugiés dans la cuisine.

La pièce n'était pas trop humide et les fourneaux pas encore refroidis les enveloppaient d'une douce chaleur. Si le début de l'automne s'était montré particulièrement clément, il semblait se rebiffer en sentant arriver novembre. Le froid et l'humidité régnaient depuis plusieurs jours et le ciel semblait déverser le déluge ce jour-là. Le vent, la pluie et l'orage résonnaient dans la cuisine rendant toute communication impossible. Piotr en profitait pour travailler les plans des modifications prochaines des cales tout en listant ce dont il aurait besoin. Avec l'accord de Shanks, Beckman avait ressorti le sextant et l'examinait. Il s'intéressait autant au fonctionnement – il s'agissait après tout d'une prouesse technologique encore bien récente – qu'aux lettres et chiffres gravés dessus. Ça ressemblait bien à des coordonnées. Après, l'ancien sergent aurait du mal à les reporter sur une carte pour en déduire la positon exacte. Ça, c'était le domaine du jeune capitaine. Mais quelque chose le gênait dans ces latitudes et longitudes. Il ne saurait dire quoi.

Dehors, le vent hurlait et faisait grincer le bateau entier. Les voiles avaient été remontées depuis des heures et il n'y avait rien que l'équipage pouvait faire de plus que d'attendre que le temps se calme. La pluie faisait tant de vacarme sur le toit et les vitres qu'on pouvait se demander légitimement quelle taille faisaient les gouttes. Piotr leva la tête un instant de ses papiers.

« Qu'est-ce qu'il y a ? l'interrogea Beckman.

– J'ai cru entendre… Oh, ça devait être le vent. »

Il retourna à ses plans et Beckman reprit son examen. Il relut attentivement les coordonnées. S'il se souvenait bien, Shanks avait déclaré que ce sextant et ces inscriptions étaient un test. Beckman fronça les sourcils. Le navigateur qui avait formé le roux devait savoir que ce dernier savait lire une carte et des coordonnées. Simplement noter la positon d'une île lui paraissait bien simplet pour un examen final. Il se dit que peut-être c'était un piège et que ces cordonnées n'en avaient que l'apparence. En réfléchissant de cette façon, il se rendit compte que le rapport entre la latitude et la longitude n'avait aucune logique. La navigation n'était pas son domaine. On lui avait vaguement montré les bases la Marine ayant une école spéciale pour ses navigateurs. Il lui faudrait interroger Shanks dessus. Il devait y avoir un message ou un code caché derrière ces coordonnées.

La porte de la cuisine s'ouvrit avec fracas. Shanks apparaissait à peine sous sa couverture détrempée. Piotr et Beckman l'observèrent, étonnés, dégouliner sur le seuil.

« Ça fait au moins dix minutes que je m'égosille, dit le roux entre deux claquements de dents. Vous êtes sourds ou quoi ?

– On s'entend à peine nous-même, justifia Piotr.

– Bref, terre en vue, plein nord »

Aussitôt, les deux hommes sautèrent de leurs chaises et quittèrent leur abri en direction de la proue. Sur le pont, les éléments semblaient se déchaîner. Aveuglés, ils luttèrent contre le vent glacial qui tentait de les repousser. En quelques pas, ils se retrouvèrent tout aussi imbibés que Shanks. Enfin à l'extrémité du navire, ils se penchèrent sur le bastingage, mais ils ne pouvaient percer le rideau de pluie qui dissimulait l'horizon. Shanks leur tendit la longue-vue. Beckman s'en empara et la dirigea vers le nord. Effectivement, la silhouette sombre et massive d'une île se dessinait. Elle était très imposante, elle ne devait pas être bien loin. Il ne parvenait pas à la distinguer clairement, mais des reliefs montagneux attiraient son attention. Il regarda autour de l'île et aperçut des pics de roche qui sortaient de la mer et l'entouraient tels une armée de pierre. Il passa la longue-vue à Piotr.

« Y a pas mal de récifs, conclut-il à Shanks, et on fonce droit dessus.

– Juste à cet endroit, je crois, corrigea Shanks qui en avait eu une meilleure vue du nid-de-pie. Si on contourne l'île par l'ouest, ça semble tout à fait dégagé. Par contre, je n'ai pas vu le moindre signe de civilisation. Après, on voit pas grand-chose.

– Si les habitants vivent sur le flanc sud, il est impossible de les voir. »

Piotr rendit la longue-vue à Shanks. Il resserra sa veste autour de son torse en frissonnant.

« Habitée ou pas, y a l'air d'avoir une sacrée forêt sur cette île, fit-il. Si on peut se fournir du bois gratuitement, je suis pas contre.

– Sans compter le temps, fit sombrement le capitaine. Si ça empire encore, on risque la tempête. Je préférerais qu'on jette l'ancre dans un coin tranquille en attendant que ça se calme.

– Alors, il ne reste plus qu'à trouver une plage accostable » conclut Beckman.

Cela faisait déjà plusieurs heures qu'ils avaient ferlé les voiles en conséquence du mauvais temps. Mais le vent continuait de faire avancer le Sablonneux, doublé à l'action des vagues. Shanks fila s'installer derrière la barre pour dévier la trajectoire du navire. S'ils laissaient le courant les entraîner, ils finiraient droit dans les récifs. L'île était assez encore loin pour qu'ils aient le temps de changer le cap sans trop se hâter. Beckman alla réveiller Roo afin que tout le monde soit sur le pont et alerte. La mine encore ensommeillée, le garçon réagit très rapidement. Lui et l'ancien marine s'installèrent à la proue, l'un à tribord et l'autre à bâbord pour vérifier qu'aucun récif ne se trouvait sur leur route. Après tout le mal qu'ils s'étaient donnés pour récupérer ce navire, ils ne tenaient pas à l'échouer sur le premier caillou rencontré. Dans la même optique et pour guider Shanks, Piotr grimpa dans les gréements, longue-vue au poing.

Grinçant sous le vent et l'assaut des vagues, le Sablonneux vira lentement vers l'ouest et, en quelques minutes, il offrit son flanc à l'île. Malgré la pluie qui ne se calmait pas, ils pouvaient voir les terres et ses contours apparaître progressivement. Ils se rapprochaient en douceur tout en tournant autour. Encore une preuve que Shanks savait parfaitement conduire un bateau. Ils laissèrent les récifs derrière eux. L'île devenait de plus en plus distincte. Ses côtes escarpées et rocheuses se révélaient à leurs yeux. Une épaisse forêt de pins verdoyante la peuplait et tapissait le sol presque jusqu'au sommet des montagnes qui trônaient au centre. Aucun signe de civilisation ne perçait ce décor sauvage et opaque. Ils mirent presque une heure à atteindre la face orientale de l'île elle se révéla plus grande qu'ils ne l'auraient cru. Entre-temps, Beckman avait rejoint Shanks à la barre.

« Tu sais où nous sommes ? lui avait-il demandé.

– D'après les cartes, il s'agit d'une île nommée Vaurage.

– Jamais entendu parlé.

– Moi non plus, avoua Shanks. Elle est isolée, aucune autre île à moins d'une semaine de navigation. En fuyant la Marine, on a quitté les routes habituelles. J'ignore complètement si elle est habitée, mais il y a peu de chance pour qu'elle possède une base militaire.

– Elle n'en a pas. Durant mes classes, on m'a fait apprendre par cœur toutes les bases navales d'East Blue. Vaurage n'en faisait pas partie.

– Enfin, une bonne nouvelle »

Le vent et la pluie ne se calmaient, seul l'orage s'était tu. Le pont était autant trempé par les assauts des vagues que par la pluie. Chacun grelottait de froid et espérait voir un endroit où accoster pour pouvoir enfin se mettre à l'abri. Leurs prières furent exaucées et une crique apparut derrière un pic de calcaire. Piotr alla chercher une corde marquée par plusieurs nœuds sur sur sa longueur qui servait à mesurer la profondeur de l'eau. Il ne faudrait pas s'échouer en se précipitant dans des eaux non profondes. Avec précautions, Shanks vira de bord vers la crique et sa plage de galets. Ils n'avaient pas atteint le milieu de la baie qu'ils durent jeter l'ancre, le niveau de l'eau devenant risqué. Mais cela fut suffisant. Ils étaient à l'abri du vent et la mer était plus calme. Trempés et frigorifiés, les quatre pirates se précipitèrent dans les cales une fois le Sablonneux immobilisé.

Deux lampes tempêtes éclairaient faiblement les lieux. Mais elles suffisaient aux pirates pour se sécher et se changer. À présent qu'ils avaient cessé de claquer des dents, ils s'assirent, la pluie tambourinant le pont du bateau, assourdissante. Ils devaient crier pour s'entendre.

« Il faudra que certains d'entre nous aillent explorer l'île ! décréta Beckman en essorant ses cheveux. Il faut qu'on sache rapidement si elle est habitée ou pas !

– Oui ! approuva Shanks, enroulé dans une couverture. Quand le temps se sera un peu calmé ! »

Comme pour lui répondre, la pluie s'intensifia et un grondement lointain annonça un nouvel orage.

« Manquerait plus que la grêle ! grommela Piotr.

– Tais-toi ! l'interrompit Roo. Sinon, il va vraiment grêler ! »

Heureusement, il ne grêla pas. Mais le temps ne se montra pas plus clément. Si le second orage ne s'approcha pas, la pluie se poursuivit sur le reste de la journée et toute la nuit. Il était dix heures du matin quand le vacarme de l'eau sur les planches s'interrompit progressivement. Quand elle se fut complètement tue, Piotr osa sortir des cales. Une maigre bruine avait remplacé le déluge. On en profita pour aller en cuisine sans risquer l'hypothermie et manger. Avec la longue-vue, Shanks repéra des gros nuages noirs à l'horizon. Le mauvais temps reviendrait dans la soirée, prédit-il. Les pirates voulaient profiter de l'accalmie pour faire un tour sur l'île. Voyant l'excitation de ses compagnons, Beckman se désigna pour garder le bateau. Les trois autres sautèrent dans le seul et unique canot qu'il restait au Sablonneux,non sans avoir enfilé des vêtements chauds. Ils arrivèrent rapidement et sans encombre sur la plage. Piotr et Shanks tirèrent le canot pendant que Roo le poussa pour le mettre hors de portée de la marée. Ils ignoraient encore combien de temps ils resteraient sur l'île. Prévoyant, le jeune cuisinier avait mis quelques sandwiches et pommes dans son sac pour lui et ses camarades un peu plus pour lui car il avait un plus grand appétit que les deux autres. Ils manquèrent plusieurs fois de chuter sur les galets glissants avant d'atteindre la forêt.

Les conifères étaient hauts et serrés. Les sous-bois se révélèrent sombres, tapissés d'aiguilles mortes et odorantes. Quelques fougères et autres mauvaises herbes poussaient ici et là entre les roches et les racines. Ils s'enfoncèrent dans la forêt et, peu à peu, le sol devint moins caillouteux. Aucun signe d'activité humaine. Pas de route, pas d'arbre scié, juste une nature sauvage. Après une courte discussion, le petit groupe d'aventuriers se décida à continuer vers le nord. Il fallait bien aller quelque part et c'était facile à repérer pour retourner ensuite au bateau.

Il y avait quelque chose d'angoissant dans ses bois. Shanks s'en faisait la réflexion alors qu'ils serpentaient entre les pins. Les immenses conifères dissimulaient le ciel, offrant un plafond végétal qui semblait vouloir emprisonner les intrus. Certains troncs étaient si proches qu'ils donnaient l'impression de s'avancer l'un vers l'autre dans le but d'écraser les imprudents qui oseraient passer entre eux. Shanks qui avait l'habitude des grands espaces maritimes ne se sentaient vraiment pas à sa place dans cette forêt, ni en sécurité. N'importe quoi pouvait se dissimuler dans l'ombre ou la végétation. Si un danger survenait, nul ne le verrait arriver. Instinctivement, il glissa sa main sur le pommeau de son épée, se félicitant de l'avoir emmenée.

Roo, lui, aimait bien cet endroit. Il appréciait l'odeur des pins et de la terre humide. Ayant toujours vécu en ville, il n'avait jamais été en forêt. Il se rendit compte que c'était la première île qu'il visitait. Sa première aventure de pirate hors des mers. Un pirate explorateur. Qu'allait-il bien pouvoir découvrir sur cette île isolée que nul ne semblait réellement connaître ? Les ruines d'une civilisation disparue ? Un peuple ignorant du monde extérieur ? Ou un lieu préservé de l'influence humaine ? Ses yeux fouillaient autour de lui avec avidité. Il repéra soudain entre les troncs des arbres une généreuse colonie de champignons. Il se rapprocha. C'était des cèpes, il ne pouvait en douter. Les cèpes, ça allait avec tout et c'était drôlement bon.

« Attendez ! lança t-il à ses camarades qui avaient continué à avancer. Je vais ramasser quelques champignons, je pourrais faire des tourtes avec demain. Ou un rôti »

Shanks s'arrêta et l'attendit patiemment. Mais il ne parvenait pas à se détendre. Il guettait le moindre recoin d'ombre. Il avait la sensation d'être une proie qui sentait la présence d'un chasseur sans le voir. Il ignorait s'il se faisait des idées ou si cette forêt renfermait vraiment quelque chose de malsain.

Piotr qui était en tête du groupe avait fait encore quelques mètres. Il lui semblait qu'au-dessus d'un amoncellement de terre la forêt semblait plus dégagée, plus claire. Il se retourna pour vérifier la position de ses camarades et avança. Il grimpa sur le monticule avec quelques difficultés – la terre humide devenait friable sous ses pieds. Il atteint le sommet et écarquilla des yeux. Un sourire fendit son visage et il appela Shanks. Le jeune capitaine le rejoignit aussitôt après avoir prévenu Roo. À son tour, il sourit.

« Bien joué » fit-il au charpentier en découvrant un long et large chemin de terre battue.

Aucun doute n'était possible. Il avait été fait par la main de l'homme. Propre et dégagé, il était toujours emprunté et entretenu. L'orage de le veille n'avait pas suffi à effacer complètement des traces de roues profondément marquées dans le sol. Il restait à savoir dans quel sens le prendre pour trouver le lieu civilisé le plus proche.

Roo, de son côté, faisait toujours le plein de champignons. Du coin de l'œil, il avait vu ses compagnons s'éloigner, mais il les entendait encore. Le mot « route » revenait souvent. Visiblement, ils avaient fini par trouver la preuve que l'île était habitée. Il se hâta de terminer sa cueillette pour pouvoir les rejoindre. Il coupait le pied d'un cèpe quand il sentit une goutte d'eau tomber sur sa nuque. D'un geste machinal, il la chassa. Il reprit son activité quand il se figea. Ses doigts étaient rouges. Une seconde goutte le toucha. Lentement, il y porta sa main. Ce n'était pas de l'eau qui tombait, mais du sang. Pâle, il leva les yeux.

Shanks et Piotr examinaient la route quand le cri de Roo les alerta. Aussitôt, ils revinrent sur leurs pas. Shanks dégaina. Il avait bien senti que cette forêt recelait un danger. En quelques secondes, ils furent auprès du garçon. Il était seul et semblait aller parfaitement bien si ce n'était son inhabituelle pâleur. Sans parvenir à parler, Roo leur désigna les branches des arbres. À leur tour, ils levèrent la tête, écarquillèrent des yeux.

Dans les hautes branches d'un pin, une femme les fixait de son regard vide. Sa robe était déchirée et couverte de sang. Son teint gris et la raideur de son corps indiquaient qu'elle était morte depuis plusieurs heures. Elle était là, immobile, pendue par les pieds, ses bras ballants.

« Elle… elle a été assassinée ? bredouilla Roo.

– De toute évidence, répondit Piotr d'une voix blanche.

– Pourquoi ?

– Je sais pas.

– Ce que je me demande, moi, intervint Shanks sans quitter le cadavre des yeux. C'est comment on a pu l'accrocher aussi haut »

En effet, la femme était suspendue à une vingtaine de mètres du sol, près de la cime des arbres. Les premières branches étaient bien trop hautes pour être escaladées et même : comment grimper aussi haut tout en portant un corps ? Cette question se révéla plus inquiétante et dérangeante que le meurtre en lui-même.

Le retour fut rapide et silencieux. Après leur découverte, le trio n'avait pas eu le cœur à reprendre leurs recherches. Ils se hâtèrent en direction du Sablonneux. Beckman, qui profitait de l'accalmie pour fumer sur le pont, les regarda revenir avec étonnement. Il pensait qu'ils prendraient plus de temps. Leur visage défait lui indiqua que quelque chose s'était passé. Il s'en enquit aussitôt qu'ils eurent posé le pied sur le pont. Shanks lui raconta leur macabre découverte.

« Il faudrait trouver la ville pour les prévenir, fit timidement Roo. On peut pas laisser cette pauvre femme comme ça.

– On la laisse là, le coupa Beckman. Si on va directement voir les habitants avec un cadavre sur les bras, ils nous accuseront de l'avoir tuée.

– Il a raison, le soutint Shanks, sombrement. Il faut qu'on s'éloigne de cette plage et de la scène de crime. On va trouver un autre endroit où jeter l'ancre et faire comme si on avait rien vu. Il doit avoir un port quelque part, ne serait-ce que de pêche. Demain matin, on fera comme si on venait d'arriver. Avec un peu de chance, cette pauvre fille aura été retrouvée entre temps et on ne pourra pas nous accuser de l'avoir trucidée »

Le ton était sans appel. Les pirates levèrent l'ancre et s'éloignèrent précipitamment de cette crique qu'ils avaient crue accueillante en priant pourque personne ne les ait vu.


Petits savoirs inutiles : Le Jolly Roger, dans notre réalité vraie, a bel et bel été utilisé comme symbole pirate pour la première fois par le Capitaine Emmanuel Wynne en 1700, un pirate français (cocorico!). Et il s'agissait effectivement d'une tête de mort avec deux tibias croisés et un sablier.

Le capitaine Flint, lui, n'a jamais existé. C'est le capitaine à qui appartenait le trésor dans L'île au Trésor,le roman de Robert Louis Stevenson. Son second était le célèbre Long John Silver. Avant de mourir, Flint avait caché son trésor sur une île. L'histoire commence des années après sa disparition avec le jeune Jim Hawkins qui découvre la carte indiquant son fabuleux trésor. Avec tous les noms One Pieciens inspirés de ce roman, j'en ai rajouté un ; le plus illustre. Sinon, il y a eu une série sur le capitaine Flint : Black Sails (je vous la conseille, super série sur les pirates).

Pour finir, le pavillon décrit par Piotr et que j'ai attribué à Flint est inspiré de celui du pirate Edward Teach, alias le vrai Barbe-Noire. Si vous voulez en savoir plus sur les pirates ou leur pavillon, je vous conseille le site pirates-corsaires. C'est ma bible dans ce domaine.

J'espère que ce chapitre vous a plu. On se retrouve dans deux semaines pour la suite. À bientôt !