Notes d'auteur : Bonjour, le chapitre nouveau est arrivé ! Je remercie encore et toujours Umi Chan pour sa précieuse correction. Je vous souhaite à tous une bonne lecture !
Chapitre XVII : Le Candidat
Poursuivre un pirate se révélait plus facile que ce à quoi Diègue s'attendait. Il fallait dire qu'une petite dizaine de marines derrière ledit pirate, ça faisait du bruit. Pour éviter de se faire embarquer en même temps que le jeune fugitif – s'il se faisait attraper – Diègue gardait ses distances, mais s'arrangeait pour ne jamais perdre de vue son objectif. Il s'essouffla plus vite qu'il ne l'aurait cru. Visiblement, les disputes et réconciliations hebdomadaires avec Mireille ne remplaçaient pas le sport efficacement. Il se rassura en voyant des signes de fatigue aussi chez les soldats – il évitait de tenir compte que la poursuite avait commencé avant son arrivée pour le bien être de son orgueil. Quant au garçon, lui, il avait toujours autant la pêche et ne ralentissait pas. Il ne parviendrait jamais à le rattraper et encore moins à lui parler.
Le gamin se faufilait comme une anguille dans des ruelles improbables, faisant tourner ses poursuivants dans tous les sens. Diègue ignorait où il comptait aller comme ça. Après réflexion, son seul but semblait de semer les marines et non d'atteindre un endroit précis. Diègue connaissait très bien les recoins de la ville. Il y était né et y avait bien traîné durant ses pseudos rebellions adolescentes. En se refaisant le parcours dans la tête, il se rendit compte que le gosse n'allait pas aller bien loin de cette façon. S'il continuait, il se retrouverait coincé dans une des nombreuses voies sans issues qui peuplaient cette partie de la ville. Si Diègue ne voulait pas perdre son unique guide vers la piraterie, il fallait l'avertir et l'aider à se sortir de ce guêpier. Il abandonna la poursuite et prit un autre chemin. Il comptait contourner le groupe et arriver face au pirate afin de le guider et lui permettre une fuite efficace. Ça devrait lui faire marquer quelques points auprès de l'équipage et du capitaine s'il sauvait les miches du petit apprenti. Cette motivation lui donna des ailes et il oublia son point de côté. Heureusement car il devait augmenter la cadence s'il voulait arriver à temps.
Une intersection se présenta. Diègue vit le pirate, toujours suivi par les soldats, prendre à gauche. Lui tourna à droite. Il remonta vers l'ouest, doubla une boulangerie et deux épiceries avant de tourner au carrefour et de s'engouffrer dans une impasse. Au fond, seule une vieille grille montait la garde. Il grimpa dessus et se laissa tomber de l'autre côté. Il se retrouva dans la cour privée d'un immeuble. Il la traversa et enjamba le muret qui le séparait de la rue. Combien de fois avait-il fait ça durant ses années lycée avec ses copains rebelles ? Il remarqua avec amertume que l'escalade ne lui était plus chose aussi aisée qu'autrefois. Il allait devoir se remettre en forme pour affronter les mers et le quotidien d'un pirate. Il sentait peser ses vingt-neuf printemps sur lui. Bientôt la trentaine, le début de la décrépitude physique. Il repoussa ces sombres pensées et longea la voie quelques mètres avant de prendre un virage à 90°. Il s'engouffra dans une ruelle si étroite qu'il dut s'y engouffrer de profil, son dos raclant le mur. Il passa la tête en dehors à la sortie. Une rue tortueuse s'étendait devant lui avec une montée raide à son aboutissement. Elle finissait sur deux embranchements sinueux. Diègue savait que tous les deux terminaient sur des impasses. S'il ne se trompait pas le petit pirate devrait débouler ici et foncer droit dans l'une d'entre elles. Car à moins de connaître la ruelle où il se trouvait, il était impossible de la remarquer dans son petit recoin sombre et étroit. Ce serait là qu'il devrait jouer les héros et entraîner le môme là-dedans pour éviter que la Marine ne le cueille.
Mais la rue restait déserte et silencieuse. Le pirate était-il passé par ailleurs ? Ou l'avait-il déjà raté ? S'il se loupait dès sa première action dans la piraterie, Diègue n'était pas près de rentrer chez lui. Enfin les cris des soldats lui parvinrent et le pirate roux fit son apparition, à bout de souffle et les joues rouges. Finalement, la jeunesse aussi avait ses limites. Pour l'instant, les militaires restaient hors de vue. C'était le moment parfait. Diègue surgit de sa ruelle comme un diable de sa boite et attrapa le bras du garçon. Ce dernier sursauta violemment, ne l'ayant pas vu avant, confirmant qu'il ne serait pas passé par la ruelle sans son intervention. Le rouquin voulut se débattre.
« Si tu continues, tu vas te retrouver coincé, l'informa Diègue. Suis-moi, je connais un chemin. »
Bien entendu, l'adolescent eut l'air méfiant et ne fit pas un geste pour le suivre. Cependant, les cris de soldats qui se rapprochaient lui forcèrent la main. Il s'engouffra dans la ruelle sur les pas de Diègue, tout en surveillant son sauveur avec circonspection. Ils avancèrent lentement à cause du peu de place. En guettant par dessus leur épaule, ils purent voir les marines passer devant la ruelle sans lui jeter un regard. La première partie du plan avait fonctionné.
« Faut qu'on se dépêche de sortir d'ici, chuchota Diègue. Ils vont vite comprendre que tu n'as pas continué tout droit. »
Le gosse garda le silence, mais accéléra le pas. Ils sortirent avec soulagement de l'étroit passage. Le pirate sur ses talons, Diègue s'avança vivement dans la rue, revenant sur ses pas. Il conduisit le roux dans la cour d'immeuble et lui fit passer la grille. Il changea de cap vers les épiceries afin de ne pas tourner en rond et prit vers l'est, direction le centre-ville. L'absence de bruit derrière eux les rassura. Ils débouchèrent au bout de quelques minutes dans l'artère principale. Aucun soldat à l'horizon. Le garçon commença à se détendre et cessa de jeter des regards en coin à son guide. Ils fendirent la foule au sein du marché avant de quitter les rues bondées pour d'autres plus calmes et excentrées. Arrivés dans un quartier résidentiel et désert à cette heure, ils se posèrent dans un parc, épuisés.
« Merci, souffla le garçon. Sans toi, je ne sais pas si j'aurais réussi à les semer.
– De rien, répondit Diègue en retirant sa chaussure pour vérifier une ampoule naissante. Je connais cette ville comme ma poche, alors ce n'était pas bien difficile. »
Le jeune pirate s'adossa plus franchement au banc et observa les alentours boisés, profitant du calme et d'un repos bien mérité. Il ne garda pas le silence bien longtemps.
« Je m'appelle Shanks et toi ?
– Diègue.
– Pourquoi tu m'as aidé ? On se connaît pas. »
Diègue réfléchit avant de répondre. Comment devait-il mettre le sujet sur le tapis ? Devait-il aller franchement ou apprivoiser un peu plus le gosse avant ? Il ne l'avait pas aidé par générosité. Shanks risquait-il de se montrer méfiant en comprenant que c'était calculé ? Après, il comptait devenir pirate et ces derniers n'étaient pas connus pour être de braves héros désintéressés. Il montrerait alors un bon état d'esprit pour intégrer l'équipage. Bon après, il n'allait pas sortir tout son curriculum vitae devant un mousse. Il devrait réserver son argumentaire pour le capitaine. Pour l'instant, il devait juste persuader Shanks de le conduire à son chef. Ce serait déjà un bon point de départ.
« Je ne suis pas très fan de la Marine en règle générale, commença t-il à improviser. Et voir tout un groupe après un gosse seul, c'est pas terrible et je voyais bien que t'allais droit dans une impasse. En fait, je n'ai pas fait grand-chose, je t'ai juste guidé.
– Un gosse ? fut la seule partie de son discours que sembla retenir Shanks.
– Bah, on ne peut pas dire que tu es adulte.
– J'ai presque dix-sept ans. Cela fait plus de dix ans que je suis pirate. Je sais parfaitement me débrouiller face à quelques soldats.
– Tu cours vite en effet, commenta ironiquement Diègue.
– Je devais les entraîner loin du navire. Ça faisait partie du plan.
– Je vois. Et ton capitaine, il n'avait personne d'autre sous la main pour accomplir ce plan capital ?
– C'est moi le capitaine. » répliqua froidement le roux.
Diègue sursauta violemment. Ce gamin devait plaisanter. Comment ce petit roux à la silhouette malingre et au visage juvénile pouvait être capitaine d'un bateau pirate ? Il dévisagea sans gêne Shanks. Il paraissait sérieux et les commentaires dubitatifs de Diègue sur ses capacités ne lui avaient pas plu. Si cette demie-portion se révélait être le seul capitaine pirate daignant poser les pieds sur son île, il était mal barré pour devenir un terrible écumeur. Dans un premier temps, il venait de perdre le peu de points qu'il avait marqué auprès de lui. Mais, il fallait être sincère, Shanks semblait loin d'être une potentielle menace sur les mers. Diègue doutait fortement que le rouquin puisse accomplir quoique ce soit qui offrirait des primes colossales à son équipage.
Diègue hésitait. Devait-il essayer de se rattraper et d'entrer dans l'équipage ? Ou ferait-il mieux d'attendre l'arrivée d'un véritable équipage pirate ? La seconde option risquait de prendre du temps, voire de ne jamais arriver. Il ne pourrait indéfiniment passer ses journées au port à attendre. L'île était connue pour abriter la plus importante base navale d'East Blue. Les forbans évitaient les environs comme la peste. La venue de Shanks et de ses hommes était un miracle en soit. Surtout quelques jours après sa dispute avec Mireille. Il ne devait pas laisser passer cette occasion quitte à se dégoter un autre équipage plus tard. Celui de Shanks allait lui permettre d'apprendre la vie en mer et de faire ses armes. Il verrait plus tard pour la prime à cent millions. Le plus urgent était d'embarquer. Même si l'idée de se retrouver sous les ordres d'un gosse de dix-sept ans lui faisait mal à l'égo.
« Ah désolé, reprit Diègue. J'ignorais qu'on pouvait devenir capitaine aussi jeune. »
À la mine renfrognée du roux, il comprit qu'il allait devoir trouver mieux comme excuse et peut-être user d'un ton plus convaincant.
« Ça fait longtemps que tu es capitaine ? Et ton équipage, il est où ? »
Shanks ne répondit. Il se leva et s'éloigna du banc de quelques pas.
« Je ferais mieux d'y aller. On m'attend, se justifia t-il froidement. Merci pour le coup de main. »
Sans laisser le temps à Diègue de trouver un moyen de le retenir, il partit d'un pas rapide et décidé. Vraiment Diègue n'avait jamais été doué pour les entretiens d'embauche, mais là il avait remporté la palme de tout ce qu'il ne fallait pas faire. Ce n'était pas demain qu'il allait naviguer sur les mers. Il poussa un profond soupir, mélange de lassitude et d'amertume. Il n'était pas prêt de rentrer chez lui.
Sa boussole dans une main et l'escargophone de l'autre, Shanks cherchait ses repères pour retourner au Sablonneux. Le gastéropode sonnait et Shanks attendait que Roo décroche en priant pour la Marine n'ait pas repéré le bateau. Normalement, lui et les deux autres avaient dû suffisamment les en éloigner, peut-être même leur sortir de la tête que des pirates ça arrivaient forcément avec un navire. Enfin, Roo décrocha.
« C'est Shanks. Comment ça va de ton côté ?
– Tout va bien. Aucun soldat en vue. Piotr vient d'arriver.
– Super, sourit Shanks. J'arrive aussi vite que possible. Appelle-moi dès qu'il y a du nouveau. Bon ou mauvais. »
Il raccrocha et regarda sa boussole. S'il continuait vers le nord-est, il devrait retrouver la plage où ils avaient jeté l'ancre. Il se mit en route, tout en demeurant sur ses gardes. Il ne rencontra personne sur le chemin et atteignit la plage de dunes une heure avant le coucher du soleil. À une bonne centaine de mètres, le Sablonneux reposait sur la mer calme et semblait l'attendre. Tout était si calme et serein, difficile à croire qu'ils avaient failli finir entre les mains de la Marine quelques heures plus tôt. Il aperçut un canot ramer vers lui. Si Piotr était arrivé avant lui, il avait dû ramener leur barque au bateau. On devait venir le chercher. Roo n'avait pas rappelé. Donc, aucun incident à déplorer. Cependant, cela voulait dire aussi qu'il manquait toujours Beckman à l'appel. Shanks ne s'en inquiéta pas pour le moment. L'ancien sergent était aussi malin que débrouillard. Il s'était peut-être juste plus éloigné que les autres ou attendait la nuit pour traverser l'île sans se faire repérer. Le canot s'arrêta quand sa quille frotta sur le sable. Shanks pataugea dans l'eau pour le rejoindre. Piotr l'y attendait, rames en main. Tout comme lui, il ne présentait aucune blessure. Sa fuite s'était donc déroulée sans dommage. Ils rejoignirent vite le Sablonneux. Roo avait déjà préparé le dîner et les attendait impatiemment. Shanks posa les pieds sur le pont, soulagé. Rien n'avait bougé depuis leur départ.
« Tout s'est bien passé ?
– J'ai rien vu. Pas même des passants, répondit Roo. Ce coin de l'île n'est vraiment pas populaire.
– Preuve qu'on l'a bien choisi, intervint Piotr en finissant d'amarrer le canot au navire. De mon côté, j'ai assez vite faussé compagnie aux marines. J'étais pas tombé sur les plus futés. Il a juste suffit que je tourne à gauche à un moment pendant qu'ils continuaient tout droit. J'ai tourné un peu en ville pour être sûr que je n'étais pas suivi puis je suis revenu ici.
– Des nouvelles de Beckman ? s'enquit Shanks
– Non, avoua Roo.
– Comment veux-tu qu'il donne des nouvelles ? ricana Piotr. Tu lui as piqué l'escargophone. »
Le jeune capitaine se composa un visage innocent qui ne trompa personne. Roo tendit le cou pour observer la plage déserte.
« Je ne me fais pas de soucis pour lui, intervint le roux pour calmer son jeune compagnon. Il doit s'être terré dans un coin et attend que la nuit tombe pour revenir sans risquer de croiser la Marine. »
Ses paroles firent leur effet. Les trois pirates décidèrent de prendre un bon repas en attendant le retour de leur camarade. La nuit arriva et l'assiette de Beckman fut laissée de côté. Malgré un début de fatigue, aucun des trois n'alla se coucher. Emmitouflés dans leurs manteaux et plusieurs couches de pulls, ils restèrent sur le pont à guetter l'obscurité. La plage et ses dunes n'apparaissaient que comme des ombres se découpant dans le ciel éclairci par une pleine lune imposante. Au moins si quelqu'un approchait, ils pourraient le voir arriver même s'il leur serait impossible de deviner son identité. Après, ils pensaient avoir suffisamment côtoyé Beckman pour reconnaître sa silhouette. Mais aucune présence ne se manifesta cette nuit-là.
L'aube se levait et la confiance de Shanks s'étiolait au fur et à mesure que les cieux s'éclaircissaient. L'agitation prenait aussi son équipage. Le trio avait la mine grise et les yeux cernés, mais aucun ne serait parvenu à dormir. L'absence de l'aîné de l'équipage pesait. Qu'il mette tant de temps à les rejoindre n'était pas normal.
« Faut qu'on parte à sa recherche, déclara Shanks qui ne tenait plus sur place.
– Par où on commence ? questionna Piotr. Faut pas oublier que la Marine nous recherche peut-être encore. »
Shanks fronça les sourcils et réfléchit. Roo intervint d'une voix lente, preuve qu'il élaborait sa pensée en même temps qu'il la partageait.
« Faudrait se mettre dans la tête de Beckman. Dans quelle direction serait-il allé ? Il n'a pas dû rester dans le centre-ville. Trop de soldats. Mais faut aussi qu'il y ait des endroits où se cacher.
– Tout en s'éloignant du Sablonneux, ajouta Piotr en se grattant le menton comme si ce geste allait l'aider.
– Fuir la Marine, les éloigner du navire et une bonne planque, résuma Shanks, songeur. Où peut-on trouver tout ça sur cette île ?
– Les docks ? proposa le charpentier.
– Mais y a la base navale à côté, fit remarquer Roo.
– L'idée n'est pas mauvaise, approuva le capitaine avec un demi-sourire. Après tout, les soldats n'iront jamais penser qu'un fugitif irait se cacher sous leur nez. Ils chercheront dans des lieux éloignés de leur QG. Un tel coup de bluff serait bien le genre de Beckman.
– Alors, on attaque les recherches par là ?
– Oui. » se décida le roux.
Ils quittèrent tous les trois le navire. Pas de sentinelle cette fois-ci, aucun d'entre eux ne voulait rester en arrière. Ils cachèrent le canot dans les dunes à la va vite avant de filer vers la ville.
La matinée était claire, mais froide. Il semblait ne pas avoir de marché ce jour-là et les rues se montrèrent bien plus calmes que la veille. Ils restèrent prudents, leurs visages enfouis dans leurs écharpes dans l'espoir de ne pas attirer l'attention. Moins de badauds signifiait une meilleure visibilité et des déplacements plus fluides, mais aussi moins de discrétion. Nerveux, Piotr ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil fréquents aux alentours, malgré les mises en garde de Shanks. Heureusement, les rues étaient vides de soldats. À la fois un soulagement et une angoisse. Où étaient-ils et que faisaient-ils ? Et s'ils étaient déjà trop occupés à attraper voire à surveiller Beckman ? Ils chassèrent cette idée de leur tête. S'ils avaient capturé un pirate, on en entendrait forcément parler. Or le peu d'habitants qu'ils croisèrent allaient au travail ou faisaient leurs courses comme une journée ordinaire. Aucun crieur ne traînait dans les rues pour faire une quelconque annonce et les journaux ne racontaient que des banalités. Le calme ambiant les rassura un peu. Ils contournèrent le centre-ville, préférant éviter les zones à risques.
Ils approchaient des abords du port quand Piotr parut de plus en plus agité. Si Roo ne sembla pas le remarquer, Shanks, lui, s'en agaça. Voyant que ses regards désapprobateurs appuyés demeuraient inefficaces, il claqua la langue avec agacement et lui siffla :
« Reste calme bon sang, on doit avoir l'air juste en promenade. Si tu agis comme un criminel en fuite, tu peux être sûr qu'un des habitants va nous balancer à la Marine.
– Je crois que quelqu'un nous a déjà repéré » se justifia le charpentier en regardant par dessus son épaule.
Shanks fronça les sourcils avant de jeter un œil à son tour. Aucun des deux n'était discret, mais au point où ils en étaient cela n'avait plus d'importance.
Effectivement, un homme était assis devant le perron d'une auberge et les regardait avec insistance. Shanks grimaça en reconnaissant celui qui l'avait aidé à échapper à la Marine la veille. Si au début, il lui avait paru sympathique, très vite sa personnalité et ses paroles teintées de mépris l'avaient rebuté. Même s'il se sentait redevable envers lui, il ne souhaitait plus vraiment avoir affaire à lui. De plus, Diègue le mettait dorénavant mal à l'aise. Après tout, pourquoi l'avait-il aidé ? Il ne paraissait pas avoir de sympathie particulière envers lui. Quel était son intérêt dans cette affaire ? Qu'attendait-il de lui ? L'instinct de Shanks lui soufflait qu'il ne l'avait pas fait gratuitement. Ce type semblait agir par calcul et le regard qu'il leur portait actuellement le confortait dans cette opinion.
Se voyant repéré, Diègue se leva et vint à leur rencontre. Les pirates se figèrent, sur leurs gardes.
« Tu le connais ? demanda Piotr après avoir observé la réaction de son capitaine.
– Vaguement, confirma Shanks.
– Et ?
– Je sais pas trop quoi en penser. »
Cette déclaration ne rassura pas Roo et Piotr. Mais ils n'eurent pas le temps de demander à Shanks d'approfondir car l'homme les avait rejoints. Face à eux, il prenait une pose décontractée, les mains dans les poches, mais ses épaules étaient tendues. Il porta son attention sur Shanks après avoir rapidement balayé les deux autres du regard.
« Toujours ici ? Tu aimes tenter le Diable, remarqua t-il avec un rictus. La Marine connaît ton visage et t'a déjà poursuivi hier.
– J'ai encore des choses à faire ici, répondit Shanks.
– C'est ton… équipage ?
– Une partie. Faut qu'on y aille, on est pressé. »
Il tourna les talons, entraînant les deux autres avec lui. Piotr jeta un regard soupçonneux à Diègue, n'ayant pas apprécié le ton avec lequel il avait dit « équipage ». Roo était déconcerté par la froideur de Shanks. Il n'avait jamais agi de cette façon avec personne.
« Pourquoi on ne lui demande pas s'il a vu ou entendu quelque chose sur Beckman ? » demanda t-il.
Mais le jeune capitaine ne semblait pas l'avoir entendu. Il s'éloignait à grandes enjambées. Le regard du garçon rebondissait entre ses camarades et l'homme qui demeurait planté au milieu de la chaussée. Il fit un rapide demi-tour pour lui poser la question.
« Excuse-moi. On cherche un de nos amis. Tu l'aurais pas vu par hasard ? Un grand brun avec une queue de cheval de vingt-sept ans sûrement en train de fumer. Il a une cicatrice sur l'avant-bras droit et un vieux fusil.
– Ça ne me dit rien, avoua Diègue. Vous l'avez perdu quand, votre pote ?
– On s'est séparé hier après-midi pour échapper à la Marine et il n'est pas venu au point de ralliement.
– Roo, il ne peut pas savoir, intervint Shanks. Il était avec moi hier. Je l'ai rencontré en fuyant la Marine et il m'a filé un coup de main.
– Peut-être qu'il a entendu quelque chose entre temps ?
– Si la Marine l'a capturé, elle s'en est pas vanté. Ce qui n'est pas dans leurs habitudes, reprit Diègue. Donc, il doit toujours courir quelque part. »
La réponse rassura un peu les pirates. Mais en même temps attirèrent bien plus de questions. S'il ne s'était pas fait capturer, alors pourquoi n'était-il pas revenu ? Pourquoi n'avaient-ils aucune nouvelle ?
« D'ailleurs, Shanks, reprit Diègue soudainement, je voulais te parler. »
Le roux releva la tête, fronça les sourcils.
« Je crois que je t'ai vexé quand j'ai relevé ton âge.
– C'est pas ce que tu as dit ou aurais pu dire sur mon âge, le coupa Shanks, qui m'a fait réagir. C'est le fait que, de toute évidence, tu ne me prends pas au sérieux. J'ai même eu l'impression que tu te moquais de moi.
– Ah, et qu'est-ce que j'ai dit ? fit mine de s'étonner Diègue.
– Ça passe pas par les mots, mais par le ton et l'attitude. Comme ce que tu viens de faire. »
Diègue détourna le regard, pris sur le fait. Shanks se montrait plus observateur qu'il ne l'aurait cru et aussi plus vindicatif. Visiblement, le gosse avait ses têtes et il n'en faisait pas partie. Et la méfiance du capitaine semblait influencer l'équipage. Mais comment pouvait-il prendre au sérieux un capitaine pirate au visage aussi glabre qu'un bébé ? Shanks était sans doute son unique chance de prendre la mer, mais il avait du mal à se projeter sous ses ordres. S'ils avaient à peu près le même âge ce serait passé, mais douze ans les séparaient. L'un des deux pirates dépassait aisément les vingt ans et Diègue se demanda comment il faisait pour se mettre ainsi sous l'autorité de Shanks. Et celui qu'ils recherchaient, il avait vingt-sept ans s'il se souvenait de ce que lui avait dit le plus jeune. Qu'avait bien pu accomplir Shanks pour qu'ils le suivent ? Il distinguait la confiance et le respect dans le regard qu'ils portaient sur le rouquin. Lui doutait y arriver. Il ferait peut-être mieux de laisser tomber ou d'attendre le navire suivant. Qui n'arriverait probablement jamais et il finirait ses jours à attendre comme un idiot sur les quais. Il décida finalement de mettre sa fierté de côté et de se jeter à l'eau. Même s'il sentait que c'était perdu d'avance, au moins il aurait tenté.
« Je me fous pas de toi, le contredit Diègue. C'était juste de l'étonnement. Comme je te l'ai dit hier. Je m'étais toujours figuré les capitaines comme des vieux loups de mer. Mais tu sembles avoir la tête sur les épaules et tes hommes ont l'air de te faire confiance. »
Son petit discours ne sembla pas convaincre Shanks. On ne pourrait pas dire qu'il n'avait pas tenté de se rattraper.
« Mais j'imagine que ce qui compte sur les mers, c'est l'expérience et tu m'as dit que tu naviguais déjà depuis un bon bout de temps. De mon côté, je ne connais que ce que j'ai pu en lire.
– Crache le morceau, le coupa Shanks avec une certaine lassitude. Où veux-tu en venir ?
– Je veux prendre la mer et j'aimerais le faire dans ton équipage. »
Seul Roo montra de la surprise. Piotr esquissa un rictus méprisant. Quant au capitaine, son visage demeura fermé et méfiant.
« Merci de ton intérêt, mais c'est un non. » répondit-il sèchement avant de faire signe à ses compagnons d'y aller.
Diègue grimaça. Il aurait pu au moins faire semblant d'y réfléchir avant de le jeter. Lui, il avait pris la peine de se justifier et de s'excuser. Et Diègue était du genre à se vexer facilement.
« Et je peux savoir pourquoi ? s'écria t-il forçant Shanks à se retourner.
– Premièrement, tu ne m'inspires pas confiance. Or, en pleine mer, la confiance en ses compagnons est essentielle. C'est même une question de survie. Et deuxièmement, ta personnalité et ta façon d'être : tu mens comme tu respires, tu cherches à manipuler et tu es méprisant envers nous. Ça te suffit comme raisons ?
– Et comment veux-tu que je vous prenne au sérieux ? Une bande minuscule qui suit les ordres d'un gamin de seize ans ? J'ai presque trente piges, alors je me vois mal courber l'échine devant un gosse qui a la moitié de mon âge. Mais faut que je devienne pirate, alors je prends ce qui vient et, pas de chance, c'est vous. »
Piotr, les dents serrées, aurait bien fait demi-tour pour lui montrer sa façon de penser, mais Shanks le retint par le bras.
« Il en vaut pas la peine et Beckman demeure notre priorité. » lui souffla t-il.
Le petit groupe ignora Diègue avec difficultés et s'éloigna à grands pas. Quant au candidat refoulé, il se laissa tomber sur un perron quelconque. Maintenant, il était énervé pour la journée contre eux, mais surtout contre lui. Mireille avait peut-être raison. Il était un incapable.
La journée s'était écoulée sans qu'ils n'aient trouvé aucune trace de Beckman. Sur le navire, ils avaient laissé en évidence un escargophone avec un mot au cas où il reviendrait au Sablonneux durant leur absence. Mais ils n'avaient reçu aucun appel. Ils décidèrent de retourner à leur idée première, les docks. Dérangés par Diègue, ils y avaient renoncé temporairement afin de ne pas l'avoir dans les pattes. Même si en cet fin d'après-midi morose, ils n'y croyaient plus et y allaient uniquement pour s'occuper et ne pas se sentir trop impuissants. Si Beckman avait trouvé une cachette sûre au port ou ailleurs, il l'aurait déjà quittée depuis longtemps pour les rejoindre. S'ils n'avaient toujours pas de nouvelle, c'était mauvais signe. Ils le savaient, mais ils se refusaient d'abandonner comme un rejet de la réalité, une façon de retarder l'inévitable.
À cette heure, les quais étaient presque déserts. Leur effervescence avait plutôt lieu le matin. Les derniers dockers tiraient paresseusement leur chargement vers les hangars ou les cales des bateaux qui attendaient la dernière marée.
« On demande aux gens directement ou on fouille discrètement les hangars ? se demanda Piotr à voix haute.
– Depuis ce matin, une centaine de personnes a dû défiler dans les hangars, fit remarquer sombrement Shanks. On va voir avec les employés s'ils ont vu ou entendu quelque chose. »
Ils jetèrent leur dévolu sur un homme qui paraissait être chef d'équipe. Il surveillait quelques jeunes et les corrigeait quand ils attachaient mal une caisse. Sa posture décontractée et sa clope au bec leur rappelèrent douloureusement leur camarade disparu. Roo se détacha du groupe pour parler au docker. Un adolescent de treize ans n'attirait pas l'attention et on ne le soupçonnait pas de piraterie. Depuis ce matin, ils préféraient opérer ainsi afin de moins attirer l'attention et que personne ne les dénonce à la Marine. Shanks, ayant une prime, risquait d'être reconnu. Quant à Piotr, entre son crâne rasé, son teint basané et sa tête de repris de justice, il n'inspirait pas la confiance chez les braves et honnêtes gens. La conversation entre Roo et le chef fut courte et la mine déconfite du garçon fit comprendre à ses camarades qu'ils faisaient encore chou blanc.
« Il affirme être là depuis ce matin, développa Roo. Le port a été calme toute la journée et aucun étranger n'a été aperçu. Une troupe de la Marine a fouillé un peu les quais et les bateaux amarrés à l'aube, mais ils sont vite repartis. »
Les épaules de Shanks s'affaissèrent.
« Il doit bien être quelque part, s'entêta t-il. Il ne peut pas avoir disparu.
– On devrait peut-être fouiller un autre coin de l'île, proposa Piotr en observant les docks d'un air dubitatif. Personne n'a rien vu ni entendu quoique ce soit de ce côté. Si Beckman avait été capturé ici, quelqu'un l'aurait forcément vu et raconté autour de lui. Et s'il s'était planqué, il a dû décoller depuis bien longtemps. Sans compter qu'on est trop proche de la base navale, on risque de retomber sur la Marine d'un moment à l'autre. »
Ils ne pouvaient pas nier que le charpentier avait certainement raison. Ils se consultèrent entre eux pour savoir quelle direction prendre. Ils optèrent pour aller dans celle opposée à la base militaire. Ils longèrent les quais vers l'est, laissant le centre-ville et le port officiel derrière eux. Une silhouette vautrée sur une bitte d'amarrage se redressa à leur approche. Avec déplaisir, ils reconnurent les épaules larges et la chevelure hirsute de Diègue. Le local se leva, toujours les mains dans les poches mais cette fois les yeux baissés. Le voyant se diriger vers eux, les pirates s'arrêtèrent, le visage renfrogné. Il s'arrêta à un mètre d'eux, mal à l'aise. Lui qu'ils avaient connu ce matin débordant de morne et d'arrogance, cette posture plus humble les surprit.
« Heu, les gars, bredouilla t-il en fixant le sol. Comment dire ? Je suis désolé. Je vois bien que j'ai mal agi et que c'était franchement pas le bon moment pour vous. Et… Bordel, j'suis pas doué pour les excuses. »
Le silence lui répondit, mais les pirates furent moins sur la défensive. Le visage de Shanks s'était radouci et il semblait attendre qu'il reprenne.
« Vraiment pas doué. » Il mâchouillait à moitié ses mots, mais apparemment il restait assez compréhensif pour son auditoire. « Faut dire que d'habitude, je m'excuse jamais. Avec ma femme, on se fout sur la gueule jusqu'à cequ'il y en aitun qui déclare forfait. Je parle pas avec beaucoup de monde en dehors de ma femme. Que ce soit avec elle ou d'autres personnes, faut toujours que je dises des crasses. Je sais pas pourquoi, je cherche toujours le conflit. Je crois que c'est la partie communication de mon cerveau qu'est mal foutue. Je sais pas. Enfin, je suis désolé. J'aurais pas dû vous parler comme ça. »
Les pirates échangèrent un regard surpris. Surpris autant par les excuses qu'ils n'attendaient pas, mais aussi par l'explication maladroite. Une bonne minute s'écoula avant que Shanks ne prenne la parole.
« J'accepte tes excuses, fit-il avec un demi-sourire. Bon après, je t'avoue que tu n'as pas le meilleur argumentaire pour un possible recrutement. Mais c'était sincère et j'apprécie.
– Ça, je me doute que c'était foutu dès le début, avoua Diègue avec fatalisme. Mais j'avais quand même besoin de m'excuser. Enfin, d'essayer du moins.
– Pourquoi tu voulais nous rejoindre ? s'interrogea Piotr. T'as pas l'air du genre à rêver de voyage, d'aventures, de fortune ou je ne sais quoi d'autre. »
Le visage de Diègue prit une teinte pivoine et il sembla bien gêné par cette question pourtant si simple. Il était bien tenté d'inventer une histoire, mais il se rétracta. Son instinct lui soufflait que Shanks saurait s'il mentait. Et, à vrai dire, il n'avait ni la force ni la motivation pour baratiner quoique ce soit. Cependant, arrondir un peu les angles pour préserver le peu de fierté qui lui restait ne ferait pas de mal.
« Comment dire ? Disons que j'ai fait un pari avec ma femme. En gros, je dois devenir un pirate avec une certaine renommée. C'est compliqué à expliquer, finit-il par résumer en se voûtant au fur et à mesure de ses paroles.
– Un pari ? répéta incrédule Piotr. Moi même, j'aime bien parier et jouer, mais à ce point-là, c'est carrément tordu.
– Sorti du contexte…, commença Diègue en cherchant une justification.
– Faut être débile pour faire un pari comme ça, commenta innocemment Roo.
– Même moi, un truc pareil, je l'aurais pas fait, renchérit Shanks. C'est ça la source de ta motivation ? Juste gagner un pari ?
– C'est surtout que tant que j'aurais pas une prime de cent millions de Berries sur ma tête d'imbécile, j'ai pas le droit de rentrer chez moi ! » laissa échapper Diègue.
Shanks éclata de rire tellement fort qu'à l'autre bout des quais des dockers se tournèrent vers lui, intrigués. L'hilarité de leur capitaine désinhibèrent les deux autres qui à leur tour le suivirent dans son fou rire. Cela faisait du bien après tout le stress cumulé au court des dernières vingt-quatre heures.
« C'est l'histoire la plus tordue que j'aie jamais entendue, fit Shanks entre deux éclats. Et pourtant, j'en ai entendu un paquet.
– Bon sang, t'es complètement cinglé comme gars, commenta Piotr une fois son hilarité calmée. Et ta femme a pas l'air plus saine d'esprit. »
Diègue se contenta de hausser les épaules. Au point où il en était, plus rien ne pouvait l'atteindre. Sauf peut-être la remarque de Roo.
« Cent millions, c'est une sacrée somme ! Tu crois vraiment que tu es capable d'arriver jusque là ? »
Diègue écarquilla les yeux.
« Heu… J'y ai pas vraiment réfléchi.
– Je pense pas qu'on soit en capacité de réfléchir pour faire un pari aussi débile ! cracha Piotr, impitoyable. Sans compter que si tu y arrives, tu auras toute la Marine au cul et tu ne pourras jamais rentrer chez toi sans finir à Impel Down. »
Diègue se décomposa. Ils avaient raison. Il était un idiot fini. Un idiot foutu. Il allait passer le restant de ses jours à dormir dehors. Il se demanda si Mireille avait pensé aux conséquences après leur dispute. Ou si comme lui elle restait sur sa position en attendant de voir comment les évènements allaient se dérouler. Il penchait pour la seconde option, sinon elle serait venue le chercher au port pour lui démontrer par A plus B toute l'étendue de sa bêtise avant de lui refiler toutes les corvées ménagères du mois en échange de pouvoir rentrer chez lui. Il n'y avait pas à dire, ils s'étaient bien trouvés, autant sur le plan de la folie que de l'intellect. C'était une bonne chose qu'ils n'aient pas d'enfant. Il n'osait imaginer ce qu'aurait donné le résultat de leurs gènes mélangés.
« Tu comptes aller jusqu'au bout du pari ? questionna Shanks avec une moue dubitative.
– Pas le choix, soupira Diègue. Sinon, c'est la honte jusqu'à la fin de ma vie. Et ma femme est encore plus entêtée qu moi, elle me laissera jamais abandonner. S'il suffisait d'un bouquet de fleurs et d'une boite de chocolats pour se réconcilier, je ne serais pas dans cette situation.
– Les gars, ne me laissez jamais me marier, lança Piotr visiblement terrifié par le discours de Diègue.
– Et bien, bonne chance, conclut maladroitement Shanks. Tu vas en avoir sacrément besoin, je crois. »
Il salua une dernière fois Diègue et se mit en route. Ils avaient perdu assez de temps. Il fallait retrouver la trace de Beckman. Au bout de quelques pas, il fit cependant demi-tour. Diègue connaissait cette ville comme sa poche. Peut-être pourrait-il leur indiquer où se situent les cachettes les plus probables ? Shanks lui demanda s'il voyait où Beckman aurait pu dénicher une bonne planque. Diègue réfléchit quelques instants avant de lâcher :
« Peut-être vers la zone industrielle. Elle est loin de la base marine et elle est remplie d'endroits déserts, de hangars abandonnés et compagnie. Elle n'est pas très fréquentée. Enfin, perso, si je voulais fuir la Marine, ce serait là que j'irais. »
Les trois pirates assimilèrent l'information. L'idée avait l'air bonne. Après, Beckman ne connaissait pas la ville, alors aurait-il eu l'idée de se perdre de ce côté ? Difficile à dire. Mais c'était un endroit où ils n'avaient pas été et ils ne s'étaient pas approchés de cette partie de l'île. Alors autant y tenter leur chance.
« Merci et bonne chance pour la suite, fit Shanks au nom du groupe.
– Bonne chance à vous aussi, répondit Diègue. J'espère que vous allez retrouver votre ami. »
Un dernier salut de la tête et les pirates filèrent vers la zone indiquée, laissant Diègue reprendre son siège attitré sur les quais.
L'après-midi était bien entamé et la nuit approchait. L'absence de Beckman pesait et inquiétait. Ils devaient le retrouver et vite, sinon ils préféraient ne pas savoir ce que cette absence impliquait.
