Troisième jour
"Salut tout le monde !" lança un blond d'une voix enthousiaste.
Trop enthousiaste à mon goût pour une heure si matinale.
Il était sept heures, et les huit autres élèves et moi étions déjà réunis au salon. Monsieur Uzumaki venait d'arriver, et tentait apparemment de nous communiquer toute sa bonne humeur ainsi que son énergie surprenante, qui semblait ne jamais lui faire défaut.
"Je pense que ça va être vraiment super aujourd'hui, le temps est au top, un grand soleil, pas de vent, et tous mes élèves préférés, à l'heure et déterminés ! Parfait pour aller randonner." poursuivit-il.
Il était résolument de bonne humeur. Suigetsu à mes côtés semblait encore coincé dans le monde du sommeil, et il n'était pas le seul.
Pourtant Monsieur Uzumaki avait raison, cette journée s'annonçait parfaite pour randonner.
Le réveil avait sonné trop tôt à mon goût, mais l'idée d'aller marcher dans la montagne me plaisait, histoire de réellement changer des cours et prendre l'air.
"Je sais pas si j'ai la force Sas…" lança une voix, faiblement.
Je me retournai vers Suigetsu et lui sourit légèrement.
"À ce point ?
-Je veux dire, marcher, marcher.. c'est bien de marcher.. mais il est sept heures, c'est l'heure de dormir..
-Je croyais que t'aimais bien Uzumaki.
-Je croyais aussi.." soupira-t-il.
Je lui donnais une légère tape sur l'épaule avant d'avancer vers la sortie du chalet, suivant le mouvement initié par Monsieur Uzumaki.
"Vous avez tous bien vos affaires ? Chaussures de rando, sacs à dos ?" demanda-t-il.
Des "oui" se firent entendre, tandis que notre prof vérifiait par-ci par-là que tout était en ordre, aidant les uns avec leurs chaussures, les autres avec les réglages de leur sac.
"J'ai une petite idée de motivation pour toi cela dit." lançai-je à Suigetsu.
Il me regarda, dubitatif.
Je lui indiquai ce qui se trouvait à ma gauche – en l'occurrence, une jeune fille.
"Pas de Neji dans le coin.. la voie est libre pour vous." fis-je avec un sourire en coin.
Suigetsu rit doucement.
"Depuis quand tu t'intéresses à ma vie sentimentale, toi ? T'essayes de m'éloigner d'Ino ?
-Pas la peine.." répondis-je.
"Méfie-toi, Uchiha.. on n'est pas à l'abri d'une surprise." dit-il, avec un air mystérieux.
"Je dis juste qu'elle est là, que tu es là, et que Neji n'est pas là.
-C'est une belle observation ça, Sasuke."
Je lui souris.
"Est-ce que t'aurais pas un peu peur, pas hasard ?
-Peur de quoi ? De Neji ? Un peu, ouais, quand on y réfléchit."
Je le regardai, roulant les yeux au ciel.
"Allez, viens." lui fis-je.
Le groupe, mené par Monsieur Uzumaki, avait entamé la marche, et j'étais décidé à rejoindre Hinata en compagnie de Suigetsu. Non pas que je me souciais tellement de sa vie amoureuse, mais ça crevait les yeux que ces deux-là étaient attirés l'un par l'autre, tout autant qu'il était évident qu'ils étaient chacun bien trop intimidés pour faire le premier pas.
Alors, je m'occupais de le faire pour eux, aujourd'hui.
Pour eux, ou plutôt pour moi. En effet je cherchais activement un moyen de détourner mon attention, d'oublier cinq minutes comme j'étais troublé par la présence de Monsieur Uzumaki, perturbé par son sourire qui avait un écho un peu trop puissant dans mon corps. Si ce n'était que dans mon corps. J'étais déboussolé et je n'avais pas envie d'y penser, pas envie de le montrer.
"Sasuke, tu vas où là ?" s'inquiéta Suigetsu.
"Je t'emmène vers ton avenir." répondis-je, traçant mon chemin vers la brune.
Il me regarda d'un air très perplexe.
"Tu me remercieras plus tard." lui fis-je en le regardant avec confiance.
Concentrée sur sa route, Hinata ne nous avait pas vus arriver. Elle marchait seule, apparemment pensive. Ses longs cheveux lisses étaient attachés en une queue de cheval, dégageant son visage délicat. J'appelais doucement son nom, et ses grands yeux clairs rencontrèrent les miens. Puis ceux de Suigetsu. Son visage devint souriant, et elle nous lança un "bonjour" discret.
"Bien dormi ?" lui demandai-je.
"Oui, et vous deux ?" répondit-elle.
"Moi, oui, mais Suigetsu.. le réveil fût difficile.
-J'ai cru comprendre ça." rit-elle doucement.
"Qu'est-ce que tu racontes Sas' ? J'ai la forme, je suis prêt à escalader ces montagnes !" se défendit Suigetsu.
Dans un rire, Hinata le regarda et lui fit,
"Dommage qu'on ne fasse pas d'escalade aujourd'hui alors."
Suigetsu avait les yeux rivés sur elle, comme happé par quelque chose d'unique que la jeune fille dégageait, inexplicablement attiré.
"Ah, oui.." bredouilla-t-il, intimidé par ce soudain échange avec la cousine de Neji.
"Mais je suis prêt à marcher des kilomètres aussi, t'inquiète !" reprit-il.
Je m'effaçais tranquillement tandis qu'ils poursuivaient leur discussion, j'avais accompli ma tâche, et j'en étais plutôt content. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais les voir se réjouir d'être ensemble me réjouissait également. J'imaginais bien que cela réjouirait moins Neji cependant.
Nous avions déjà entamé une bonne partie de la marche, les paysages défilant sous nos yeux. Les arbres arboraient de magnifiques couleurs orangées, et les montagnes aux sommets enneigés nous entouraient de toutes parts. Le soleil brillait et rendait la scène encore plus majestueuse, magique.
On pouvait entendre des chants d'oiseaux qui ne nous étaient pas familiers en ville, croiser toutes sortes d'insectes, et marcher entre les rochers, la terre sèche et les milliers de feuilles automnales.
Le rapprochement de Suigetsu et Hinata ainsi que ma contemplation de la nature m'avaient fait oublier un temps notre guide, et j'en vins à la conclusion que je m'étais trop soucié de lui alors qu'en fait, ce n'était rien. J'étais vaguement perturbé, certes, mais ça arrive, et ça ne m'empêchait pas de penser aussi à Ino ou Karin. Qu'est-ce que je pouvais bien ressentir pour lui, de toute façon ? C'était un homme, et j'étais attiré par les femmes, en plus, il avait bien dix ans de plus que moi, et je ne connaissais rien de sa vie. Vraiment, il ne pouvait pas y avoir de quelconque sentiment.
Je remarquai soudainement que, concentré dans mes pensées, j'avais accéléré le pas et semé Hinata et Suigetsu. J'entendis des rires à ma droite, me tournai, et je vis Monsieur Uzumaki, un grand sourire aux lèvres, discutant avec une élève.
Son équipement révélait sa nature sportive, et il marchait d'un pas décidé, assuré. Le soleil illuminait ses cheveux dorés, sa peau naturellement bronzée. Sentant mon regard posé sur lui, il se retourna, plongeant ses grands yeux céruléens dans les miens. Son sourire était trop lumineux pour que je puisse y répondre, lançant de sa voix enjouée un "ça va Sasuke ?" - prononçant mon nom.
J'étais définitivement troublé. Je n'arrivais même pas à lui rendre son sourire, et je sentais mes joues se colorer, mon regard perdu d'une manière inconnue. C'était quoi, cet effet ? Pourquoi je me sentais comme ça ? Ça n'avait aucun sens, c'était un mec, un mec ! Un adulte ! C'était quoi, cet état ?
Je n'avais plus aucun contrôle. Je ne pouvais pas contrôler le sang qui pulsait soudainement dans mes veines, mon cœur qui s'accélérait et qui tambourinait, qui se serrait, mes pensées qui se stoppaient, son visage pour seul sujet d'intérêt – tout mon corps, tous mes sens, toutes mes émotions étaient dirigés vers lui. Dirigés par lui. Contre ma volonté. Contre mon contrôle. Je ne pouvais rien y faire. Je ne trouvais aucun moyen d'y échapper.
Agacé par ce sentiment hors de ma compréhension, sur lequel je n'avais aucune maîtrise, je me mis à marcher, marcher plus vite, plus loin, ne pouvant plus m'arrêter. J'avais besoin de me libérer, et pour ça je m'épuisais, je traçais, je m'éloignais de lui, de cette situation, et je relâchais ma frustration dans les mouvements rapides de mes jambes. Alors que j'avais toutes les filles à mes pieds, c'était impossible que la personne qui m'intéresse réellement soit ce mec. Rien que d'y penser, c'était ridicule. Ça n'avait aucun sens et surtout, aucun avenir. Et c'était Ino, c'était Karin, c'était les filles qui me plaisaient. Pourquoi j'étais troublé ? Je marchais toujours plus vite. Je n'avais jamais été troublé comme ça par le passé. Mais qu'est-ce que je ressentais, exactement ? Je manquai de trébucher en marchant sur une racine. Ça ne m'arrêta pas. Qu'est-ce que je ressentais ? Un manque de contrôle monumental, totalement imprévu, totalement insensé. Bordel mais pourquoi ?
"Oh ! Tu vas où, là ?" m'interpella une voix.
Je me stoppai et me retournai.
"Tu vas où comme ça ?" reprit-il.
C'était lui.
"Je.." commençai-je, déboussolé.
Il me regarda d'un air interrogateur.
"J'étais pris dans mes pensées, j'ai pas fait attention.. désolé.." fis-je d'une voix basse.
Il se rapprocha de moi et posa sa main sur mon épaule, doucement.
"C'est pas grave, y'a pas de mal. Mais je me suis inquiété quand je me suis retourné et que j'ai constaté que t'avais disparu. Je te connais pas, je sais pas ce qui peut te passer par la tête !
-Oh.. non rien, vraiment. J'étais un peu ailleurs. Je suis désolé de vous avoir inquiété, c'était pas mon but.
-Tout va bien ! Mais c'est que t'as du potentiel pour la rando toi, Sasuke !" me sourit-il.
Sa main quitta mon épaule. Ce contact physique ne m'avait pas laissé indifférent. Son sourire ne me laissait pas indifférent. Le son de sa voix ne me laissait pas indifférent. Sa présence éclipsait tout le reste.
"..On est loin du groupe ?" lui demandai-je timidement.
Timidement ? Moi, Sasuke ?
"Oh, un peu, mais j'ai laissé les commandes à Shino. On est plus très loin du refuge !
-Ah déjà ?"
Ma question le fit rire, "mais tu te rends pas compte toi, t'as tracé comme un dingue !"
Je pensais à comment il avait dû se presser pour me rattraper, et marcher vite à cause de moi, et un rire m'échappa.
"Ah désolé je suis trop rapide pour vous.." fis-je spontanément.
Ses yeux s'agrandirent, surpris, et il me répondit :
"Ah ouais ! C'est comme ça que tu vois les choses !
-Il faut se rendre à l'évidence.." continuai-je.
"Tu me dois un peu de respect, Sasuke, tu sais ?
-Oh mais je vous respecte. Je constate que vous vous êtes fait doubler un peu facilement, c'est tout.
-Dis donc le ténébreux, j'étais tiraillé entre mon groupe et toi et j'ai choisi de venir te rejoindre, si j'avais su que tu m'accueillerais de la sorte.." fit-il en rigolant.
"J'ai choisi de venir te rejoindre". Pourquoi même les mots qu'il prononçait avaient un tel impact, une telle résonance dans tout mon corps ?
"Vous étiez intrigué, vous pouvez l'admettre." répondis-je.
Et pourquoi j'étais soudainement si détendu ? J'avais l'impression d'être avec quelqu'un de familier, quelqu'un avec qui je pouvais être moi-même.
"Ah ! Je mentirais si je disais le contraire, je le reconnais. Toutes les filles parlent de toi tout le temps, je me demande un peu quel est ton secret." avoua-t-il.
Je le regardai en haussant les sourcils de manière mystérieuse, évidemment je n'avais aucun secret.
"Moi à ton âge j'avais pas autant de filles à mes pieds, je suis un peu jaloux.
-Vous n'avez aucune raison d'être jaloux." fis-je naturellement.
Trop naturellement, mes joues prirent soudainement de légères teintes rosées.
"Ah, si tu le dis !"
Il ne semblait pas avoir remarqué.
"Et alors, tu sors avec l'une d'elles ?" me demanda-t-il.
Je haussai les épaules, "plus ou moins".
"Plus ou moins ?" me fit-il.
"Ça, c'est une réponse intéressante.
-Disons que je suis pas sûr que ça vaille la peine d'être mentionné." poursuivis-je.
Il me regardait, un peu perplexe, mais souriant.
Il marchait à mes côtés et nous nous dirigions ensemble vers le refuge, d'un pas plus lent maintenant, je n'aurais pas voulu presser ce moment.
C'était agréable, et discuter avec lui m'avait fait oublier tout ce qui était autour de lui un instant. Je ne voyais que lui, je ne voulais que lui. Il était tellement lumineux, solaire, il me semblait être la personne la plus intéressante, la plus authentique et la plus attirante que j'ai rencontrée.
Il était tellement plus intriguant, plus fascinant que tous les autres. C'était lui, et c'était peut-être pas si mal.
"Sasuke ! T'étais passé où ?" s'exclama une voix.
"Oh, Sui." lui répondis-je tandis qu'il se rapprochait de moi.
"Oui, Sui, sérieux t'étais où ?
-Au paradis."
Il me regarda, un air relativement perplexe sur le visage.
"T'as pris quoi Sas' ? D'abord tu me cases avec Hinata, et ensuite tu me parles de paradis ? Tu sais que t'es assez méconnaissable ?" fit-il, curieux.
"Ah, alors ça s'est bien passé avec Hinata ?" répondis-je en évinçant le sujet.
Il me regarda quelques secondes sans laisser transparaître d'émotions, seulement un air dubitatif.
"Ouais, c'était vraiment cool, cette fille est la meilleure." lâcha-t-il, sincère.
"Ravi de l'entendre." lui souris-je.
Les derniers élèves venaient d'arriver au refuge, et la nuit tombait silencieusement.
Nous nous rendîmes tranquillement à l'intérieur, prêts à s'installer avant d'aller dîner.
"Et donc là, j'entre dans les toilettes, et en fait il y avait quelqu'un…
-Quoi mais attends pourquoi t'es rentré ?
-Mais parce que c'était ouvert ! La nana avait pas fermé, et en plus elle était dans les toilettes des mecs ! Ah non moi j'étais embarrassé, sérieux je m'y attendais pas là."
Kiba pouffa en écoutant l'histoire de Suigetsu, lui tapant l'épaule au passage.
"Ça arrive qu'à toi ce genre de trucs !
-J'attire les femmes j'y peux rien.." conclut-il.
Les garçons autour de lui riaient, tandis qu'Hinata avait les yeux levés vers le ciel, admirant les étoiles. La température était plutôt fraîche mais le spectacle de la nature était splendide, et les élèves s'étaient réunis pour le contempler avant d'aller dormir.
Peu à peu, entraînés par Shino, puis Kiba, et d'autres, mes camarades disparurent dans divers "bonne nuit, à demain", pour laisser place au silence, à la solitude.
"Tiens, il y a encore quelqu'un ?" fit une voix en s'approchant.
Je regardai la personne qui venait de s'installer à mes côtés.
"On dirait bien." lui répondis-je.
C'était Monsieur Uzumaki.
"Ça m'arrange que ce soit toi."
Je sentis mon cœur accélérer et je le questionnai du regard.
"J'ai acheté une bière à l'intérieur mais c'était pas celle que je voulais, du coup j'en ai pris une deuxième. Ça t'intéresse ?
-Est-ce un comportement digne d'un professeur ?" lui fis-je malicieusement.
"Oh c'était juste une suggestion, tu peux oublier si tu préfères, moi…
-C'est bon je la prends." le coupai-je, souriant, en saisissant la bière qu'il me tendait.
Trinquant, nos regards se croisèrent et son sourire m'occasionna un frisson. Je commençai à boire, surpris de la situation, mais tellement content. Je ne l'aurais changée pour rien au monde.
"Pourquoi moi ?" osai-je demander.
Il parût réfléchir.
"T'es différent." finit-il par dire.
"Différent ?
-Ouais. Avec les autres élèves je me sens comme un prof, à devoir un peu les reprendre et les surveiller, mais avec toi j'oublie. Enfin, je suis pas prof, et avec toi, je me sens plus moi-même. C'est sympa. T'es plutôt mature et intéressant, Sasuke."
C'était plus que j'en demandais, et je repris une gorgée d'alcool pour me rafraîchir et tenter de me calmer.
"Mais quand même, de là à acheter une deuxième bière. Vous auriez fait comment sans moi ?" fis-je, changeant de sujet – à moitié.
"Peut-être que je l'ai fait exprès." répondit-il en regardant au loin.
Je manquai de recracher ce que j'étais en train de boire, mes yeux s'écarquillant un instant.
C'était quoi, ça ? Des allusions, de la provocation ? Des illusions, des hallucinations ?
"Non mais ma bière est tellement meilleure que la tienne, en fait." reprit-il.
Il regarda sa bouteille, fier de son choix.
"Tu veux goûter ?" fit-il en me tendant sa boisson.
Je la saisis, nos mains s'effleurant brièvement. Effectivement, elle était meilleure.
Je restai muet un instant et il comprit, et se mit à rire.
Je le rejoignis dans son hilarité, son rire était communicatif.
"D'accord donc vous en vouliez vraiment pas, de l'autre..
-Ben non, tu vois, je pense que tu saisis la différence maintenant." s'esclaffa-t-il.
"Oui, je sais pas trop comment le prendre."
Il sembla réfléchir un instant.
"Non parce que vous avez dit que vous étiez content d'être tombé sur moi, donc vous vouliez me refourguer cette bière à moi, qu'est-ce que ça traduit sur votre opinion à mon sujet ?
-Oh tu cherches trop loin, Sasuke, tu sais que je t'aime bien."
Je rougis à nouveau mais je repris rapidement,
"C'est un peu facile quand même !
-Oui ça l'est." me sourit-il, narquoisement.
"Mais tu m'en veux pas, Sasuke ?
-Je vous en veux pas, Monsieur." confirmai-je.
"Tu peux m'appeler Naruto." fit-il en examinant l'horizon, avant de se retourner vers moi.
Ses yeux tombèrent dans les miens, cette clarté céruléenne éblouissant mes yeux foncés.
Nous restions ainsi un instant, nos regards connectés, perdus dans ce qui semblait nous transporter ensemble vers l'inconnu, vers l'extraordinaire.
Peut-être était-ce simplement mon imagination.
Je décidai d'en sortir.
"Je peux vous appeler Naruto. Je me sens assez privilégié."
Il pouffa, "et tu peux me tutoyer aussi."
"Je t'ai dit, t'es différent." me sourit-il.
"T'es différent aussi." lui répondis-je, mon cœur explosant dans ma poitrine.
"Naruto" - son prénom m'échappa.
Il me questionna du regard.
Je tentai de ne rien laisser transparaître, et lui souris à mon tour.
"Merci pour la bière."
Il me regardait, un air amusé sur le visage.
Son attention était focalisée sur moi. Son attention était focalisée sur moi et ça me mettait dans un état que je ne connaissais pas jusque-là.
J'avais peiné à trouver le sommeil cette nuit-là. Il faisait froid et les lits étaient d'un confort minime, mais ce n'était pas ce qui m'avait perturbé.
De retour au chalet, j'espérais récupérer une bonne nuit de sommeil et peut-être y voir plus clair, peut-être être apaisé, peut-être me sentir mieux. Je ne me sentais pas mal, je commençais à me dire que c'était peut-être une bonne chose d'être attiré par quelqu'un comme lui. Seulement je n'avais aucun contrôle, je ne maîtrisais rien et ça, ça me dérangeait.
"Hey." me lança une voix.
Je me retournai pour découvrir Shikamaru, main dans les poches, arborant son air habituellement détaché.
"Tu m'accompagnes fumer ?" me proposa-t-il.
J'acquiesçai et le suivis dehors. Le froid me saisit et le vent me surprit.
"Il fait super froid", fis-je à Shikamaru.
"Tiens, essaie de te réchauffer." fit-il en me tendant ce qu'il fumait.
"Ou essaie de te détendre." ajouta-t-il.
Je le regardai, étonné. Il me répondit d'un regard, exprimant "je vois ce qui se passe". Ou tout du moins, "je vois qu'il se passe quelque chose". J'expirai la fumée lentement, m'apaisant tranquillement. Je n'étais pas vraiment détendu – je n'étais pas sûr de pouvoir l'être pour le moment, mais je commençais à accepter la situation, à voir le côté positif. Naruto était un rayon de soleil, il semblait m'apprécier, pourquoi aurais-je besoin de me sentir mal ?
Soudain, je perçus des voix au loin. Shikamaru les nota également, et nos regards se dirigèrent vers la source sonore. Je crus distinguer deux silhouettes, un homme et une femme. Puis, un éclat de rire me parvint, et me permit de reconnaître la voix de Naruto.
J'étais sûr que c'était lui.
Mais qui était la deuxième personne ?
"Tiens, c'est pas Uzumaki ?" lança Shikamaru, à moitié intéressé par la réponse.
Je ne lui répondis pas, trop préoccupé par la deuxième silhouette. Qui était-ce ? Une femme ?
Ils marchèrent tranquillement vers une voiture, et, traversant la route, furent momentanément éclairés par un lampadaire.
C'était bien une femme. Grande, mince, avec des cheveux qui me semblaient roux clair. À moins qu'ils ne soient roses. Elle saisit le bras de Naruto en traversant.
Arrivés devant le véhicule, ils s'arrêtèrent discuter un instant, et Naruto l'attrapa par la taille.
Ils s'embrassèrent.
"Donc il a une nana, le blondinet." reprit Shikamaru.
"Hn", répondis-je.
Je tirai autant que possible sur le joint, avant d'exhaler profondément.
Je ne voulais rien laisser transparaître. J'ajoutai même, "elle a l'air pas mal."
Je restai de marbre, impassible, observant la scène avec une apparente indifférence.
Mais quelque chose en moi s'était brisé. Une lueur s'était éteinte.
J'avais mal. J'avais mal et cette douleur était indomptable.
