Septième jour

Si accepter que j'étais en pleine découverte de ma bisexualité et de mon attirance passagère pour Naruto était envisageable, réaliser que j'étais envers et contre tout parfaitement amoureux de lui était autre chose. Quelque chose d'autrement plus destructeur.
Tant que je ne savais pas pour son mariage, je me plaisais à penser que c'était une attraction, un désir fugace, une sorte de lubie. La possibilité d'une réciprocité rendait cette lubie plausible.
Je croyais lire des regards. J'avais même fini par me dire que ce n'était pas si mal, cette attirance.
L'impossibilité de cette réciprocité changeait néanmoins totalement la donne.

J'étais brisé.

Inutile de préciser que je ne connaissais pas ces sentiments.
Que je ne pensais même pas être en capacité de ressentir quelque chose d'aussi fort.
Parce-que, comment était-ce possible ? Pourquoi étais-je fatalement attiré par son être, par sa présence, pourquoi tout me semblait si fade dès qu'il s'éloignait de moi ?
Pourquoi était-ce possible, de ressentir quelque chose d'aussi puissant, d'aussi violent, à l'égard d'une personne qui n'éprouverait jamais la même chose en retour ?

Après être rentré seul la veille et avoir passé la journée dans la chambre sans que personne ne vienne me demander quelque compte à rendre, je n'étais pas allé dîner, poursuivant ma sieste sans fin et sans sommeil.

Shikamaru avait tenté de me parler, puis Neji, mais je ne voulais entendre personne.


"Hey, Sas."

C'était Shikamaru, remuant légèrement mon épaule.

"Je t'attends. Tu viens manger ?" fit-il.

Je grognai pour toute réponse.

"Sérieux, tu vas pas rester enfermé là, ça empire ton état et t'as besoin de manger.
-J'crois pas."

Il sembla surpris.

"Moi je crois que si. Allez viens." m'encouragea-t-il, me remuant plus vigoureusement.

Je pris une grande inspiration et me décidai à me tourner vers lui.
Sur son visage se dessina un air déconcerté. Perplexe. Peiné.
Il soupira, puis attrapa ma main de la sienne.

"Tu veux parler ?" me proposa-t-il d'une voix basse.

Son geste m'étonna.
Je recouvris sa main de la mienne, la serrant entre mes deux paumes, avant de lui répondre :
"Merci, mais non merci."

Je me levai alors du lit, me dirigeant vers la salle de bain.

"Comme tu veux. Tu sais que je suis là. Je t'attends dans le couloir.
-Hn."

L'eau fraîche sur mon visage me fit du bien, me réveillant après cette trop longue nuit comateuse, mais ce réveil me ramena également brutalement à la réalité, et la froideur de l'eau me fit l'effet d'une claque.


Une claque.

"Comment t'as pu me faire ça ? Bordel mais tu t'es pris pour qui, Sasuke ?"

Ino était enragée. Elle était furieuse et rien ne pouvait la calmer.
Ses yeux étaient rougis, et je ne sais pas si son maquillage avait été effacé par ses larmes ou si elle n'avait simplement pas pris la peine de se maquiller.

"Putain je te faisais confiance, je te disais tout, je pensais que c'était clair entre nous, que c'était vrai, que.. que tu m'aimais ! Je pensais que tu m'aimais, Sasuke !" Sa voix se brisa.

Je gardais les yeux au sol, n'ayant rien à lui répondre.

"C'était qu'un mensonge, tout ça ? Tu savais depuis le début que t'étais gay ? Tu t'es bien foutu de moi. Tu t'es bien servi de moi. T'es fier de toi ? Putain Sasuke t'es fier de toi ? Tu imagines ce que je ressens ?
-J'imagine très bien." la coupai-je sèchement.

"Et parce que tu souffres, c'est une raison pour faire souffrir les autres ?!
-Mais tu crois quoi, Ino ?!" explosai-je.

Elle sembla stupéfaite, et recula soudainement.

"Tu crois vraiment que j'avais tout prévu ?!
-Ben j'en sais rien, moi, figure-toi ! Je sais pas, Sasuke, je sais pas qui tu es ! Je sais pas ce qui est faux et ce qui est vrai ! Je sais juste que tu t'es bien foutu de ma gueule, et tout ça pour quoi ?.. Pour un mec ? Un mec qui a dix ans de plus que toi, qui est fiancé, et qui va sûrement bientôt être père ?! Pour un mec qui est ton putain de formateur, Sasuke ?! Mais putain redescends ! Tu te rappelles que ton Naruto, il a rendez-vous avec un wedding planner aujourd'hui ? C'est réel, Sasuke, c'est ça la réalité !"

La dureté de ses propos me toucha en plein cœur, et cette douleur que je ressentais soudainement avec une forte acuité me fit lâcher un rire sinistre.

"Tu peux pas être sérieux !.."

Elle se trouvait à court de mots, se confondant entre gémissements et sanglots.

"T'aurais souffert dans tous les cas. Que je te quitte avant ou après, t'aurais souffert dans tous les cas." finis-je par lâcher.

"Sûrement un peu moins si t'avais évité de déclarer ta flamme devant tout le monde alors qu'on était apparemment encore ensemble. Je passe pour quoi, moi ?"

Elle renifla, essuyant ses larmes d'un revers de main.

"J'ai même pas de mots pour qualifier ce que t'as fait."

Ino ne me regardait toujours pas. Elle s'en alla.


Karin s'était décidée à me tenir un discours du même genre un peu plus tard.
Je n'avais même jamais été en couple avec elle.
Toutes les filles, il me semblait, étaient venues me communiquer leur désapprobation.

Comme si j'en avais quelque chose à foutre.

Je m'étais senti mal pour Ino, bien sûr, elle ne méritait pas ce que je lui avais fait.
Je n'étais pas fier de ce que je lui faisais subir.
Cependant je savais son amour superficiel, je connaissais Ino et savais qu'elle ne peinerait pas à s'énamourer d'un autre, plus beau, plus musclé, plus intelligent, que sais-je.
J'étais son trophée, pas l'amour de sa vie.

Les sentiments de Karin, d'Ino ou d'autres me semblaient dérisoires.
Qu'est-ce qu'elles connaissaient de moi ? Qu'est-ce qu'elles savaient de ma peine ?
Elle qui soi-disant me connaissait par cœur, elle n'avait rien vu venir. Elle n'avait pas détecté le moindre changement chez moi. Elle n'avait même pas compris que cette déclaration d'amour n'avait pas été un choix que j'avais fait. Je n'y avais même jamais pensé. C'était bien plus fort que moi.

Son chagrin serait mort si tôt qu'on aurait quitté la montagne.

Il en était autrement du mien.


Alors que Karin passait dans le couloir tandis que je me dirigeais vers la sortie, elle me jeta un regard désapprobateur, me condamnant sur place.
C'était tellement ironique, de penser à toutes ces filles, et de réaliser que j'aimais un mec.

Comment était-ce même possible que j'aime un homme ?
Ça n'avait aucun sens, ça n'avait franchement pas lieu d'être.
Mais je pensais à ses yeux. Je pensais à son sourire. Je pensais à sa voix. Et je sentais mon cœur se serrer, se contracter, se comprimer si fort que je ne pouvais que reconnaître la force de mes sentiments. Leur pureté évidente forçait mon admiration.
Je n'avais jamais auparavant ressenti des sentiments avec une telle sincérité.
Mon amour était extraordinairement authentique.

Pourquoi une telle souffrance sinon une telle sincérité.

Je rejoignis Suigetsu et Neji qui étaient assis dehors au soleil, profitant de l'ensoleillement matinal avant de commencer la journée.
Ils me regardèrent sans m'adresser la parole.
Je les observais à mon tour.

"Alors quoi ?" fis-je.
"Rien." commença Neji.
"Rien ?" repris-je.
"Écoute.." c'était Suigetsu, cette fois.
"Je comprends pas. Je comprends pas, Sasuke. Tu sors avec Ino, tu couches avec Karin, tu agis comme si tout allait bien, et puis d'un coup paf, t'es amoureux de.. Uzumaki ?" lâcha-t-il finalement avec incrédulité.

Je le fixais.

"Tu crois que je comprends, moi ?"

Il détourna le regard.

"Ça m'échappe un peu, là, tu m'excuseras. C'est pas cool pour Ino non plus."

Un rire m'échappa.
Il ne comprit pas et sembla vexé – c'était pourtant moi qui l'était.
Ne voyaient-ils pas la peine gravée sur mon visage, bien au-delà des larmes ?

"Je sais que c'est pas cool pour toi non plus Sas.. je sais."

Sur ces mots, il se leva et quitta les lieux.
Neji soupira et me regarda avec un faible sourire.

"Il est vexé que tu lui en aies pas parlé." m'expliqua-t-il.
"J'avoue que je l'ai un peu été aussi, mais j'ai tenté de me mettre à ta place."

Il s'arrêta un instant.

"Je suis désolé Sasuke. Ça finira bien par te passer."

Il tapota doucement mon genou de sa main, avant de m'inciter à me relever.
La journée commençait.


Je n'étais plus dans le groupe de Naruto.
Je ne savais pas ce qu'il avait dit à mes professeurs, je n'avais aucune idée de qui était au courant de quoi et c'était le cadet de mes soucis.
Je savais seulement que je n'étais plus dans son groupe.
Il était arrivé très en retard aujourd'hui, un air épuisé sur le visage, son habituel sourire légèrement fané.

Je me retrouvais finalement avec Shikamaru et Neji, ainsi qu'Ino et Karin.
Je parvenais difficilement à me fondre dans la masse, malgré les efforts successifs de Tsunade le matin et de Madame Sarutobi l'après-midi, les élèves étant restés bloqués sur ma soudaine explosion en larmes de la veille.

Personne ne semblait oser m'approcher cependant.
Je devais dégager des ondes trop obscures et négatives, sûrement.

Shikamaru et Neji essayaient de me changer les idées, de me faire parler d'un sujet ou d'un autre, mais ça ne fonctionnait pas.
J'étais bloqué. Totalement bloqué sur la façon qu'avait eu Naruto de m'éviter toute la journée.
Je ne m'attendais pas à ce qu'il me fasse de grands sourires, mais il me paraîssait particulièrement irréel d'imaginer que la veille, j'étais dans ses bras.

C'était radical.
Le matin, le midi, et maintenant le soir. À chaque pause.
Je l'avais croisé, à midi, dans le réfectoire – presque bousculé sans faire exprès.
Il avait entendu ma voix et n'avait pas pris la peine de se retourner.
Pas même un sourire, pas même un regard.
Son détachement me détruisait.
Je ne voyais que lui, mais il ne me voyait pas. Ses yeux se posaient partout, sauf sur moi.

Comme si ça n'avait pas suffi, il avait fini de m'achever ce soir-même.
Alors que j'avais accompagné Shikamaru fumer à l'extérieur, je l'avais aperçu sortir par la porte à côté de laquelle nous nous tenions, se dirigeant vers sa voiture.
Il avait laissé tomber un gant de sa poche sans faire attention, et je m'étais avancé à sa suite pour le ramasser et le lui rendre.
Il me l'avait pris du bout des doigts, sans me regarder ni m'adresser un mot.
Une telle insensibilité avait fini de m'anéantir.
Pas même un mot.

L'idée de ne plus jamais croiser son regard, de ne plus jamais voir ses yeux bleus se connecter aux miens, de ne plus jamais avoir son attention, de ne plus jamais le voir me sourire, de ne plus jamais l'entendre prononcer mon nom – c'était insupportable.

Il était en train de me tuer.


Je croisai Suigetsu en rentrant vers la chambre.
Je m'arrêtai à ses côtés, lui lançant un regard.

"Et c'est définitif ?" osa-t-il.

J'haussai un sourcil, dubitatif.

"J'veux dire, Ino serait capable de te reprendre.
-Je crois pas." lâchai-je, incrédule.
"Tu veux pas essayer ?"

Une mine résolument perplexe s'afficha sur mon visage tandis que j'essayais de comprendre son idée.

"Essayer quoi ?" repris-je, sur un ton un brin cassant. "De plus être amoureux ?"
"Ça pourrait marcher." fit-il, haussant les épaules.
"Non ?"

Il semblait cependant déterminé dans son illusion.

"Je sais que tu tiens à Ino et que t'essaies juste de trouver une solution pour nous deux mais ça marchera pas.
-Surtout si t'essaies pas."

Je commençai à perdre patience.

"Mais qu'est-ce que tu comprends pas, au juste ?" fis-je d'un ton agacé.
-Sas tu déconnes !" s'impatienta-t-il à son tour. "Tu crois que tu vas aller où avec ça ? Ce que je comprends c'est que ce mec t'aime pas, il te calcule même pas ! À quoi bon lui rester accroché alors qu'il s'en fout ?! Sérieux tourne la page, essaie de revenir vers la base, Ino elle est là pour de vrai, c'est pas un prof prêt à se marier, elle !"

Un rictus difforme se forma sur mes lèvres, un rire sombre et cynique traversant celles-ci.
Je secouais la tête en signe de consternation, avant de tourner lentement les talons pour retourner de là où j'étais venu.


Les étoiles brillaient avec une intensité qui me faisait mal au cœur.
La nuit était magnifique. Un vent léger, très doux m'accompagnait, tandis que la lune semblait me surveiller où que j'aille.
Je suivais un chemin bordé de grands sapins, perdant la trace du sentier recouvert par les feuilles mortes. J'entendais des chouettes au loin, chanter la nuit, correspondre entre elles. Des bruits que je n'aurais su identifier me parvenaient de temps à autres, des branches cassées, des mélodies nocturnes. La montagne gagnait une toute autre atmosphère la nuit venue.

Je ne savais pas où j'allais mais je marchais, ayant déjà parcouru quelques centaines de mètres de dénivelé positif.
J'avais besoin d'air.
Je ne savais pas quelle heure il était, combien de temps j'avais marché, combien de temps j'allais encore marcher. Tout ça m'importait peu.
Je n'avais pas envie d'y retourner.
Pas envie d'à nouveau croiser Suigetsu qui ne me comprenait résolument pas, Ino et sa souffrance discutable, Karin et ses reproches aberrantes, tous ces gens et leurs regards désapprobateurs, tous ces gens et leur incompréhension, tous ces gens et leur rejet.

J'étais las de cette superficialité, las de ces petits jeux auxquels j'avais tant joué.
Je ne pouvais plus être de la partie. C'était fini.

Que me restait-il ?

Constatant que j'avais atteint un point de vue splendide sur les chaînes de montagnes nous entourant, je m'avançai vers quelques rochers et décidai de m'asseoir. Quelques sapins m'encerclaient dans la nuit sombre, tandis que je contemplais le spectacle grandiose de cette immensité figée.

Ce paysage semblait être tout ce qui me restait.
Étaient-ils inquiets ? Shikamaru, Neji, Suigetsu. Se demandaient-ils où j'étais ? Avaient-ils remarqué que je n'étais pas revenu ? L'avaient-ils communiqué aux professeurs ?
Je me demandais si l'on me cherchait.
Qui viendrait me chercher à une heure pareille, dans un endroit pareil ?
Un léger rire m'échappa.
Personne.

Plus personne ne voulait entendre parler de moi. Ils étaient sûrement mieux sans ma présence apparemment dérangeante. Qu'ils se sentent trahis, déçus, trompés – ils avaient tous une bonne raison de ne pas venir me chercher.

Je n'avais pas pris de veste et le froid me saisissait petit à petit, au niveau des mains et du visage.
J'étais fatigué. Épuisé. Las.

Parmi toutes ces réactions, parmi toutes ces émotions dont on me donnait la responsabilité comme si j'étais maître des vies de tous ces lycéens, il y avait mes propres sentiments.
Qui me tordaient le cœur au point de me donner envie de vomir.

Avoir tout le monde à dos, ce n'était rien à côté de l'indifférence de Naruto.
Je m'en fichais bien, de leur désapprobation, si seulement ce blond daignait me lancer un regard.
Si seulement il pouvait m'adresser un mot, me dire bonjour.
Je pouvais avoir la Terre entière à dos, c'était insignifiant.
Mais pas Naruto. Tout le monde sauf lui.

Je ne pouvais pas vivre dans un monde où il m'ignorait. Je sentis mes yeux s'humidifier, ma gorge se serrer. Naruto. Je portais mes mains à mon visage, pleurant silencieusement.

Soudain, des bruits tels ceux que j'avais entendus au cours de mon ascension parvinrent à mes oreilles. Ils étaient plus sonores, et semblaient se rapprocher. Un animal ?
Des bruits de pas résonnèrent alors distinctement, et se mirent à accélérer.

"Sasuke !"

Cette voix ?

"Putain Sasuke !" à bout de souffle, son ton était agité, fébrile.
"Sérieusement Sasuke.." fit-il avec une pointe de soulagement.

Je pensais ne plus jamais l'entendre prononcer mon nom.

"Qu'est-ce que tu fais là ?" lui fis-je, désorienté, alors que je venais subitement de me retourner vers lui.
"Tu crois pas que c'est à moi de te poser cette question ?"

Il était toujours en train de reprendre son souffle.

"Je t'ai cherché pendant des heures, Sasuke." lâcha-t-il.
"T'as pas un mariage à préparer ?" répondis-je de manière désabusée.

Il me fixa de ses yeux perçants et profonds, transperçant mon cœur dont le rythme redoublait d'intensité, me lançant un nouveau, "Sasuke".

"Mais t'es dingue tu connais pas la Montagne et tu t'y aventures comme ça, la nuit, et tu me parles de mon mariage ? Tu crois vraiment que je pourrais me marier quand j'aurais ta mort sur la conscience ?" reprit-il avec véhémence, sur un ton réprobateur.
-Je vois pas pourquoi ce serait sur ta conscience, je suis pas sous ta responsabilité, et tu agis comme si on s'était jamais rencontrés de toute façon."

J'étais hautement déstabilisé par le fait qu'il me parlait à nouveau, plantant son regard dans le mien et exprimant son inquiétude, mais je ne voulais rien laisser transparaître.

"Je sais. Je suis désolé si je t'ai blessé.
-C'est bon, j'ai compris le message, c'est bien pour ça que je me demande ce que tu fais là."

Nos regards s'étaient reliés pour ne plus se pouvoir se délier.
Profondément ancrés l'un dans l'autre, je percevais une myriade d'émotions dans ses yeux bouleversés, comme un trouble.

"Sasuke.. pourquoi tu veux pas comprendre ?"

Je le fixais intensément, longtemps, cherchant dans ses prunelles une réponse.

"Qu'est-ce que tu veux que je comprenne ?" je rompis le silence.
"Je suis sorti avec des filles toute ma vie, je les ai enchaînées, jusqu'à ce que je me rende compte que je couchais avec Ino juste parce-qu'elle me faisait penser à toi. Plus aucune fille ne me parle, et toi non plus. J'ai vraiment pas envie d'être amoureux de toi. Mais j'ai pas non plus envie de me faire du mal à essayer de renier quelque chose qui est bien là. Mais toi qu'est-ce que tu fais là ? Si tu me rejettes fais-le correctement et fous-moi la paix.
-C'est pas tout blanc ou tout noir, tu sais, Sasuke." me fit-il d'un ton ferme.
"Ah non ? Alors raconte-moi, oui, qu'est-ce que tu fais là ? N'importe qui aurait pu venir à ta place, t'avais pas à te déplacer jusqu'ici." le rembarrai-je.

Il soupira.

"Non mais c'est vrai, merde, tu m'évites toute la journée, sans même imaginer une seconde ce que je peux ressentir alors que tu m'ignores complètement, et là tu débarques comme si..
-Comme si quoi ?!" me coupa-t-il. "Je te l'ai dit, je suis désolé ! Ça m'a coûté de faire ça, qu'est-ce que tu crois ? Putain tu penses que ça m'a amusé ?! Tu crois que j'ai pensé à quoi toute la journée ? Tu crois que j'étais concentré sur les gens à qui je parlais ? Tu crois que j'ai pas vu tes regards et ta peine ? Tu crois que ça m'a pas fait mal au cœur ? Tu crois que ça m'a pas brisé le cœur ?!"

Il s'arrêta un instant pour reprendre son souffle, se calmer, et baissa les yeux.

"Juste après avoir quitté le chalet, je suis revenu. Je me sentais tellement mal, j'étais incapable de faire cent mètres de plus sans devenir dingue. Je voulais m'excuser, autant que ça puisse te surprendre. J'ai croisé ton pote, Suigetsu, qui m'a dit que t'étais pas revenu dans la chambre."

Il fit une pause, et planta à nouveau son regard franc dans le mien.

"J'ai pas réfléchi. J'avais peur, j'étais inquiet, et j'avais conscience que quoi qu'il arrive, c'était de ma faute. J'ai fait semblant de pas te comprendre. J'ai fait semblant d'agir innocemment. Je t'ai fait souffrir. J'ai jamais voulu te faire souffrir." sa voix craqua.
"Mon corps a bougé tout seul." finit-il dans un murmure.

Alors que je commençais à bouger, Naruto attrapa ma main et me prit dans ses bras.
Je ne pouvais rien articuler, mes pensées étaient complètement désordonnées.
Il me serrait contre lui, ses mains agrippées à mon pull. Il resserra son emprise, et je pouvais sentir son désarroi. Il semblait perdu, confus. Triste.

Qu'est-ce que ça voulait dire ?
Je pouvais le sentir contre moi, sentir son corps, son odeur, sa présence, mais ça ne semblait pas réel.

Je réalisais alors qu'il pleurait.
Inconsciemment, je relevais automatiquement mes bras pour les amener à sa taille, l'étreignant à mon tour contre moi, avec toute l'affection infinie que je lui portais.

"Tu pleures ?" fis-je d'une voix basse.

J'étais complètement désemparé.

Il desserra son emprise, me faisant face, les yeux embués. Un moment passa sans que nous n'échangeâmes un mot, nos regards inséparables alors fixés l'un dans l'autre, nous soustrayant à ce monde.
Il était incroyablement beau, ses grands yeux bleus emplis de passion, son visage aux traits doux et fins m'apparaîssant comme le seul paysage que je souhaitais contempler.
Un faible sourire se dessina sur ses lèvres, avant que celles-ci ne viennent embrasser les miennes. Elles se déposèrent délicatement, avec une tendresse incroyable.