Deuxième pensée
Je me demandais vaguement ce que je faisais là, ne me sentant pas du tout à ma place parmi la foule et la pollution. Le train venait d'arriver en gare et déjà je me sentais perdu à travers cette masse humaine, face à tous ces quais et toutes ces sorties. Je pris mon sac à dos et descendis rapidement du train, déterminé à me retrouver au plus vite au calme. Je m'engouffrais dans le métro en cette fraîche soirée, plutôt maussade à l'idée d'avoir à emprunter ce moyen de transport tous les jours. Pendant une semaine, certes. Peut-être étais-je maussade pour d'autres raisons, mais la grisaille de la ville ne m'aidait pas. Il pouvait y faire beau, je trouvais malgré tout la ville grise.
Arrivé à l'hôtel, je me présentais brièvement avant de monter les escaliers vers ma chambre. Le quartier était peut-être calme, pour moi de toute façon il était trop bruyant. Je fermais ma porte et m'empressai de prendre une douche, me coupant de la réalité un instant. Je n'avais plus non plus l'habitude de me retrouver seul, dans un contexte de plus inhabituel, propice à provoquer toutes sortes de questionnements, à me faire réfléchir à ce que j'évitais plus facilement à la Montagne.
Je n'avais pas envie de passer trop de temps ici. Et je me demandais vraiment ce que je faisais là.
"Bonjour" fis-je en entrant dans la salle de formation, un grand sourire aux lèvres.
Une vingtaine de personnes, plus ou moins âgées, déjà assises, se tournèrent pour me répondre. Je pris place à côté d'un homme plus âgé que moi, perdu dans la lecture d'un bouquin érotique. Je n'étais pas le seul à m'être perdu, apparemment.
"Bonjour ! Moi c'est Naruto." lui fis-je en m'asseyant.
Il se tourna pour me regarder, avant de répondre,
"Enchanté jeune homme. Jiraiya."
Il me fit un sourire en coin, avant de reprendre la lecture de son livre. Je sortis quelques affaires, pensant que Sakura avait peut-être raison. Un petit groupe de personnes arriva en discutant joyeusement, posant quelques affaires sur le bureau face à nous. Un "bonjour tout le monde !" retentit tandis que je les observais. Ils nous expliquèrent brièvement le contenu de la formation, avant de détailler le programme de la journée. C'était beaucoup trop théorique pour moi, et sûrement aussi pour mon voisin qui venait de soupirer, avant de tourner une page de son bouquin. Au moins, je me sentais moins seul.
Je rentrais à mon hôtel durant la pause du midi. Il m'avait traversé l'esprit que ce n'était pas ce qu'il y avait de plus sociable à faire, et que ça ne me ressemblait pas trop, mais j'avais envie d'être seul. Je me faisais réchauffer des nouilles dans ma chambre, avant de me poser sur le balcon, regardant le parc en face de moi, pas vraiment de nature à rivaliser avec le paysage que j'admirais habituellement.
Mon téléphone vibra dans ma poche.
"Alors, tu t'en sors ?" c'était Gaara.
"Oh y'a de quoi s'amuser.
-Tout va bien alors ! Je m'inquiétais presque.
-Quelle mère poule celui-là." répondis-je en riant.
"C'est ça, c'est ça. T'es où ?
-Dans ma tête, je me dirige vers quelques sommets enneigés, là.
-Tu dois plutôt être en pleine ville. Tu manges tout seul ?
-Dis donc, tu m'espionnes ?
-Non mais connaissant ton tempérament…" il marqua une pause. Je ne savais trop quoi répondre.
"Ouais. Je mange tout seul."
J'en profitais pour avaler une bouchée de nouilles, le bruit résonnant dans le téléphone.
"Tout va bien ?" finit-il par me demander.
"Abuse pas non plus.
-Ça va, j'ai le droit de te poser la question.
-Je t'en remercie. Ça ira mieux quand je rentrerai à la Montagne mais, oui, ça va bien. Et toi ?
-Oui, merci. Si tout va bien alors, tant mieux. Je te rappelle bientôt.
-On fait comme ça mec. Bon app d'ailleurs."
Un silence passa.
"Depuis quand tu m'appelles 'mec' ?
-Oh. Ça me rappelait ma jeunesse." répondis-je naturellement.
"Ouais, ouais. Allez à plus." Je ris tandis qu'il raccrochait.
Mon plat terminé, je rentrais vers la cuisine pour ranger. Je me préparais à vérifier mon sac, quand un bout de papier s'échappa de la poche de ma veste. Je le ramassai, je l'avais presque oublié. Immédiatement après l'avoir relu une énième fois, je me maudissais. Je me maudissais de l'avoir emporté avec moi. Mais qu'est-ce que ça aurait bien pu changer que je ne l'emmène pas, que je le jette, puisque je connaissais son contenu par cœur. Plus que d'avoir gardé ce mot, je me maudissais d'être venu ici.
Tandis que je m'asseyais à ma place de ce matin, je constatais que Jiraiya n'était pas là. Je le cherchai du regard dans la salle, avant de le trouver, en pleine discussion avec une jeune fille. D'ailleurs je ne sais pas trop si c'était vraiment une discussion ou plutôt de la drague clairement établie.
Je sortis mon portable pour commencer un jeu, j'avais l'impression d'être un lycéen qui attendait ses profs, c'était assez déplaisant. Jiraiya finit par revenir à mes côtés, soupirant, "ah, les femmes."
"Alors, cette technique de drague, Papi ?" l'interrogeai-je.
"Je te trouve bien insolent, toi, dis-moi." commença-t-il par me répondre, l'air faussement sévère.
"Draguer des femmes qui pourraient être vos filles, c'est peut-être aussi un peu insolent..
-Mais figure-toi que je le fais avec classe et respect. Je le fais comme on ne le fait plus de nos jours. La courtoisie, l'amour, ce sont des choses sacrées, mon petit."
Je souris à sa réponse.
"Tu t'y connais, toi, peut-être ? Si jeune." reprit-il.
-Oh je dirais pas que je m'y connais, non.
-Avec ta bouille, tu dois pas avoir besoin de trop t'y connaître, va.
-Ha, c'est gentil, mais c'est pas si simple." lui fis-je en riant.
"Tu as bien une jeune minette en vue, non ?
-Une minette, vraiment ?" l'interrogeai-je.
"Enfin, une jeune femme.
-Ah, oui, je savais plus trop si on parlait de chat ou d'être humain, là."
Il rit à ma remarque.
"En tout cas, minette ou pas, il faut foncer en amour. J'ai rencontré une femme jadis, et je n'ai jamais osé lui déclarer ma flamme. Peut-être qu'à ce jour, je le regrette encore.
-Peut-être ?"
Il paraîssait pensif. Le cours avait commencé, je crois, mais j'avais trouvé une distraction intéressante.
"Il faut que tu te confesses à cette femme que tu aimes." reprit-il soudainement.
"C'est fait, je vais l'épouser à la fin du mois." fis-je aussi brusquement.
"Oh." réagit-il, l'air surpris. "Tu es sûr que c'est la bonne ?
-Le mariage aussi, c'est sacré ?" lui demandai-je en souriant.
"Hm. Pas autant que l'honnêteté."
"Je vois." fis-je en regardant les papiers de la formation.
"Tu n'as pas répondu à ma question."
Je me tournai vers lui, un regard curieux.
"En tout cas, vous n'avez pas l'air d'en être sûr." lui fis-je avec un rire incertain.
"Pardonne-moi si je suis un peu franc." Il laissa passer un silence, puis reprit : "c'est quelque chose dans ton regard."
Je le fixai, ne sachant quoi répondre. Cet homme ne me connaissait même pas.
Le cours qui se déroulait en face de moi me dépassait. Les quelques lignes inscrites sur ce bout de papier que j'avais gardé tout ce temps clignotaient dans ma tête. J'avais l'impression qu'elles m'appelaient, et je me demandais quelle partie de moi résonnait si fortement avec ces mots. Mon cerveau ? Non. Mon cerveau tentait d'effacer ces mots de ma mémoire.
Huit mois étaient passés. Mon cerveau avait certainement raison. Et pourtant.
L'après-midi touchait à sa fin, et les personnes autour de moi commencèrent à ranger leurs affaires. Je fis de même, hâtivement. Je n'avais rien suivi du cours. Jiraiya m'interpella alors que je quittai la salle. Je l'entendis à peine, courant vers le métro. Je courais, imperméable à toute pensée raisonnée, à toute interpellation. Le cri de mon cœur était plus fort. Il faisait taire tout le reste.
L'adresse inscrite sur le mot que j'avais retrouvé n'était pas si loin de mon hôtel. Je cherchais à me convaincre que ce n'était qu'un petit détour, même si je venais de sortir dans un quartier résidentiel où je n'avais rien à faire. Je cherchais la rue, demandant mon chemin, avant d'arriver vers une allée bordée de maisons avec de petits jardins, une petite colline avait même l'air de se profiler au loin. J'avais tout de suite remarqué que ce quartier était plus vert que le reste de la ville (ou ce que j'en connaissais), et plus calme. Cette allée en était sûrement la meilleure représentation.
Le soleil se couchait tranquillement, et un léger vent soufflait dans les arbres. Quelques voitures circulaient, mais les hauts immeubles avaient disparu et je me sentais apaisé d'être ici.
Soudain, le numéro d'une maison attira mon attention. C'était celui inscrit sur le mot. C'était effectivement l'adresse que Shikamaru m'avait donnée avant de rejoindre le bus.
Je me rapprochais, observant le jardin à travers la haie, près de l'allée. Je discernais la maison au loin, cachée par quelques arbres, et deux voitures étaient garées dans l'allée. Un groupe franchit le seuil de la porte d'entrée. Ils riaient, je crois qu'ils se disaient au revoir. Mon cœur se serra. Je reconnus son groupe d'amis. Je ne savais plus vraiment si j'étais caché. J'étais happé, mon regard fixé sur la silhouette de Sasuke. Il n'avait pas changé. Je pouvais presque entendre son rire, de là où j'étais. Un drôle de sourire se dessina brièvement sur mon visage.
Je crus sentir mon téléphone vibrer dans ma poche. Je n'y prêtai pas attention, mes yeux ne pouvant pas se détacher de la scène se déroulant face à moi. Qu'est-ce que je faisais là ? Qu'est-ce qui m'avait pris de venir jusqu'ici ? Brusquement, je rebroussai chemin sans trop regarder où j'allais, prêt à m'engouffrer dans la première bouche de métro que je trouverais. Je ne reconnaissais pas le chemin, mais j'avançais rapidement. Je trouvais finalement un escalier me menant sous terre, et je soufflai, m'arrêtant près d'un mur.
Sasuke était un adolescent. Il allait au lycée et vivait chez ses parents. Il avait l'air d'aller bien, et c'était tout ce que j'avais besoin de savoir. C'était résolument tout ce que j'avais besoin de savoir.
Et voilà pour le deuxième chapitre ! Qu'en avez-vous pensé ? Dîtes-moi si la suite vous intéresse !
