Épisode 4 : Fais comme l'oiseau.

Par Juliabakura

Nos aventuriers venaient enfin d'arriver le toit de la tour. Et grâce à eux, les paladins allaient pouvoir l'investir dans la minute et l'occuper. Cependant, lorsqu'ils étaient arrivés, leur sang s'était glacé pendant une seconde à cause d'une immense ombre au sol qui disparut rapidement. Pendant un quart de seconde, ils crurent que c'était un dragon. Or, en levant les yeux, ils virent en fait qu'il s'agissait d'un immense... Gros poulet ? Bob plissa les yeux un instant avant de déclarer :

"C'est une cocatrix."

La créature maintenant décryptée volait en cercle au-dessus d'eux. Pour le moment, elle n'avait pas fait attention aux aventuriers. Elle était plus préoccupé par les paladins en bas de la tour et en train de monter le camp. Mais ce qui attira aussi l'œil de certains, ce fut le grand nid en face d'eux, et surtout à côté, un gros coffre.

Ils n'étaient même pas obligés d'être là. Ils pouvaient juste laisser le coffre aux paladins et repartir. De toute manière la Cocatrix n'allait pas venir les chercher dans les tréfonds du donjon. Vous y croyez sérieusement ?

Grunlek et Shinddha, en tout cas, c'était hors de question. Si quelqu'un devait s'emparer du contenu du coffre, ce n'était pas ces vauriens de paladins mais eux, pour le travail accompli. Ils commencèrent à se chamailler sur qui irait le premier.

Pendant que les deux radins étaient prêt à se jeter sur le coffre, Balthazar analysa à nouveau la créature. Il avait connaissance que certaines d'entre elle avait le pouvoir de pétrifier les gens. Mais d'après ses connaissances et son analyse, cela ne paraissait pas être le cas de celle-ci. Il espérait ne pas se tromper car si c'en était une, l'ordre des paladins allait se faire massacrer mais eux aussi.

Alors que Balthazar réfléchissait à une solution pacifique, Shinddha proposa de tout simplement mettre le feu au nid, récupérer le coffre et se barrer loin d'ici. La cocatrix volerait toujours dans les parages, mais ils auraient accomplis leur mission.

La planification des plans n'était pas la tasse de thé de Mani qui n'écoutait que d'une oreille. Ce dernier préférait se fier à son instinct. Son ouïe fine lui permit d'identifier précisément des piaillements qui venaient de l'intérieur du nid. Il y avait un bébé cocatrix.

« Oh ! C'est trop mignon ! s'enthousiasma l'elfe. »

Les aventuriers lui lancèrent un regard en coin, ne comprenant pas de quoi il parlait et reprirent leur discussion sans tarder.

« Tu sais Shin, il y a certains animaux à qui tu détruits le nid qui ne se barrent tout de suite. Ils viennent te défoncer, précisa Grunlek. »

Aussitôt à l'évocation de la destruction du nid, l'elfe prit les devant en même temps que le pyromage.

« Ah non, non, non. Il est hors de question que vous alliez brûler le nid. Parce qu'il y a un bébé là bas !

- QUOI ? s'étonna Balthazar en se tournant vers l'elfe.

- Il y a un bébé ? Humain ? Gobelin ? s'inquiéta Shin.

- Il y a... Mais, c'est pareil ! Là n'est pas le sujet ! râla l'elfe.

- Non, un bébé cocatryx, clarifia Balthazar, blasé.

- C'est un bébé ! Tu ne peux pas brûler le nid ! supplia Mani en se mettant sur leur route, les bras croisés. »

Ce qui provoqua un fou rire de la part du demi-diable, et des regards compatissants des autres aventuriers qui connaissaient parfaitement la nature de leur ami. Il n'allait pas le convaincre de l'arrêter, il avait rasé toute une région sans sourciller. Après ce petit intermède, une autre information arriva devant les yeux des aventuriers. Une corde pendait autour du cou de la créature. Peut être que les gobelins avaient essayé de la dresser ? Ils n'en savait rien vraiment.

Pendant qu'ils s'extasiaient, le sang de Mani ne fait qu'un tour, il commence à entreprendre une démarche furtive et gracile, en direction du nid, pour sauver ce pauvre petit bout de chou de ses parents indignes. Du moins, dans l'esprit de Mani. Grunlek l'avait repéré de son œil valide craignant que l'elfe ne les devance pour aller récupérer le butin. Cela avait en effet traversé l'esprit de Mani. Le matériel, il allait le garder jusqu'à la majorité de la créature.

Balthazar essayait de comprendre la démarche de Mani. Sauver le petit cocatrix de sa maman cocatrix ? Il ne comprenait pas sa logique ! Pour le manger ? Ou peut être parce que Mani faisait parti des services sociaux des cocatrix ? Peut-être qu'il fallait placer le petit dans une famille d'accueil, suite à des plaintes parce que la maman se pique au jus de Gobelin ? Balthazar allait proposer un nouveau plan, fatigué de la tournure des événements, mais Mani n'en avait que faire. Il demanda même aux autres d'agiter les bras pour faire diversion.

Ils n'en eurent pas le temps. Maman cocatrix repéra l'elfe et se retourna vers lui. Aussitôt Grunlek en profita, Mani faisait diversion à ses dépends. Le nain et le demi-élémentaire se lancèrent vers le coffre en criant. Mani lui fit un timide signe de la main avant de hurler à ses compagnons :

« Sauvez l'enfant ! Sauvez l'enfant ! »

Balthazar soupira lourdement, se retourna et commença à descendre les marches de l'escalier pour redescendre vers l'étage en dessous. Il avait décidé qu'il avait vu assez de merde pour aujourd'hui et qu'il resterait caché jusqu'à la fin des événements.

Shin se jeta sur le coffre et fut le premier à arriver alors que Grunlek essayait d'aller le plus vite possible. Voyant que le demi-élémentaire prenait une sacrée avance, il décida d'utiliser son poing-grappin sur le coffre pour l'agripper et arriver plus rapidement que Shin.

Pendant ce temps là, la cocatrix atterrit lourdement entre eux et Mani. L'elfe soupira, la regarda droit dans les yeux, franco les sourcils, leva les poings au ciel et essaya d'animer une quatrième machette.

« Très bien. A nous deux alors, souffla-t-il d'un ton lugubre »

Mani se prépara à se défendre. Il commence à insuffler de la magie à l'intérieur de ses lames. Elles commençaient à tournoyer autour de lui. Mais la cocatrix poussa un cri agressif qui le destabilisa et elles retombèrent lourdement au sol. Il était désormais complètement sans défense face à la bête. Une diversion parfaite pour ses deux camarades.

Grunlek avait mal calculé le poids de son propre corps. Il racla tout le sol s'approchant lentement vers le précieux objet. Shin avantagé était déjà sur place. Il essaya d'ouvrir ce dernier. Le coffre faisait deux fois la taille du demi-élémentaire. La coque allait être très lourde, bien trop lourde pour lui, laissant le temps à Grunlek d'arriver sur place.

De son puissant bec, la créature essaya de picorer le pauvre Mani qui pleurnichait :

« Je ne suis pas un grain de maïs ! »

Il réussit à esquiver au dernier moment le coup de bec. Des gouttes perlaient le long de son front. Mani attrapa une de ses machette au sol, alors que le poulet géant commençait à battre lourdement des ailes, visiblement énervé par l'esquive, et tentait de le déséquilibrer.

De son point de vue, B.O.B observa tout le cirque. La tête dépassant légèrement de l'étage, il tenta, parce qu'il était un sombre idiot et qu'il n'avait pas de cœur, un trait de feu vers le nid. Certes Mani allait râler, mais cela pourrait peut-être le sauver aussi car il était possible que la maman soit plus inquiète pour son bébé qui crame que pour l'elfe. Visiblement le demi-élémentaire avait eu la même idée. Il allait, une fois le coffre ouvert, user de son saut élémentaire pour pousser le bébé hors du nid.

Ils faisaient sans nul doute un concours de cruauté ce qui déplairait sans aucun doute à Mani et Grunlek. Malheureusement, ils n'avaient aucun moyen de communiquer. Balthazar appliqua son plan sans la permission d'aucun de ses coéquipiers et fit mouche. Les branchages commencèrent à s'enflammer et il recula lentement, un sourire démoniaque aux lèvres.

Mani puisa dans ses pouvoirs faibles et sa vitalité afin de redonner vie à nouveau dans ses lames pour le défendre :

« Sauver l'enfant ! se hurla t-il à lui-même. »

Les machettes s'animèrent. L'elfe avait prévu d'en activer trois, mais sa concentration et sa détermination pour survivre, animèrent la quatrième. Elles se mirent à virevolter autour de lui, prêt à le défendre. En voyant cela, Balthazar s'imagina Mani en train de tirer fortement sur une de ses tresses pour activer le moteur, autrement dit : son cerveau. Il n'était pas trop tôt, comme quoi, des miracles pouvaient se produire n'importe quand dans le Cratère.

Mani renifla soudain l'air. Il y avait comme une odeur de feu de camp. Il sursauta et fit volte-face vers le nid. Face aux flammes, son sang ne fit qu'un tour...

"BOB NONNN !"

Grunlek arriva pendant ce temps au coffre. Il tenta de soulever le couvercle tout seul pendant que Shin reprenait sa respiration. Mais le résultat était identique. Comprenant la difficulté de cette épreuve, Shin revint à la charge en même temps que Grunlek. Malheureusement, la coordination était foireuse et le couvercle solide, narguant les aventuriers qui commencèrent à se battre pour casser la serrure.

Le regard de la cocatrix était perturbé par le trait de flammes en direction de son nid. Allait-elle faire preuve d'instinct maternelle ? Ou alors désirait-elle à tout prix de tuer l'elfe ? Battant des ailes, Mani était un peu déconcentré par le souffle d'air. Quand soudain, la créature se mit lentement à reculer, un peu en marche arrière, passa au-dessus de Shin et Grunlek et commença à se diriger vers son petit. Elle le saisit avec ses griffes. Balthazar, même éloigné, pouvait voir dans son regard qu'elle était un petit peu en colère maintenant. Cette dernière alla mettre son petit en sécurité. Cela n'allait s'accomplir qu'en à peu près trente secondes. Assez de temps, selon le nain, pour prendre ce qu'il y a dans le coffre et se barrer.

Les paladins en bas de la tour étaient un peu paniqué devant le feu qui s'échappait du haut de la tour et l'immense bête qui venait de s'envoler. Balthazar réussit même à entendre un juron de Théo de là où il était. La bête s'envola sûrement pour revenir plus tard régler ses comptes. Comprenant cela, Balthazar tenta une expérience. Un peu à la manière de chasser une araignée avec un balais. Il lui tira dessus pour l'effrayer. Les flammes seraient son balais. Et l'araignée à chasser : la cocatrix.

Les flammes furent tirés, à côtés de ses ailes. Elle manoeuvra un peu pour esquiver le coup. Elle le regarda - avec ses petits yeux noirs de volatiles qui n'ont pas d'émotion dedans - avec une envie de meurtre fantastique. Et commença à disparaître au pied de la tour.

« J'SUIS A SEC ! hurla B.O.B. en secouant son bâton »

Le mage resta planqué en hurlant à ses camarades de se dépêcher, tandis que Mani s'était rendu vers le coffre pour aider ses alliés. Il resta tout de même un peu à l'écart, usant de sa vie et ses pouvoirs télékinétiques pour aider le groupe à ouvrir ce fichu coffre. Grâce à l'aide combiné de Shin et de Mani, Grunlek n'eut pas de mal à ouvrir le coffre. A l'intérieur, il y avait plein de bazar : des épées rouillées, des boucliers fendus. Et il y avait... un arc en bois noble, absolument magnifique. Shin observa la trouvaille avec grande attention pour le comparer avec son arc actuel. Cela allait lui permettre sûrement de tirer des flèches plus puissantes. Même si Grunlek pensait qu'il s'agissait de la merde, car cela n'allait pas dans son sens.

« Merci Grunlek ! Et en même temps ! Je suis arrivé le premier quelque part.

- Oui, mais c'est moi qui l'ai ouvert, bougonna le nain. Mais bon, ça me fait plaisir. Ça me fait plaisir, continua-t-il, mesquin. Tu en avais vraiment besoin vu à quel point tu es mauvais tireur. »

Au moment où ils sortirent l'arc du coffre, un cri énorme retentit. La cocatrix venait de déposer son petit au pied de la tour et était en train de remonter.

« C'est peut être le moment d'essayer l'arc ? proposa Shin.

- Non ! C'est le moment de partir je pense ! râla Grunlek, alors que Balthazar faisait des grands signes pour les ramener à lui. »

Grunlek et Shin passèrent devant Mani qui fermait la marche avec ses lames animées. Heureusement, aucun n'avait trébuché dans la fuite. Ils dévalèrent la tour pour rejoindre les paladins un peu effrayé par le cri d'une cocatrix énervée.

Observant la situation des paladins, Balthazar s'approcha de Grunlek pour lui susurrer :

« Non, mais j'aime beaucoup Théo, vraiment. Mais je crois qu'il va falloir se mettre dans la faction de Kirov pour cette guerre. Parce que ça m'a l'air d'être des glands. »

La remarque fit sourire le nain. Arrivés au pied de la tour, les aventuriers étaient fatigués, épuisés. Certains même blessés. Ils n'avaient plus rien dans leur chaussettes et avaient dépensés toutes leur psy.

Les paladins avaient dressé le campement : tente, matériel et tout le nécessaire pour commencer à tenir le siège. Devant eux, Warren, Théo et Victoria étaient réunis autour d'une table, le nez penché sur une carte, en train visiblement de discuter.

Nos aventuriers s'avancèrent en se soutenant les uns les autres. Victoria les vit arriver et leur adressa un grand sourire mesquin :

« Ouah ! Vous êtes dans un sale état !

- Ca va ? Pas trop fatigué de monter des tentes. Ça ne devait pas être facile dis-donc, s'exclama Grunlek à la grande surprise de Balthazar.

- Autant les gobelins, tout va bien, approuva le mage. Autant là haut, il y avait une petite cocatrix, avec son bébé. Alors elle l'a emporté ailleurs. Il va falloir nous amener des ballistes, parce qu'à quatre. On s'est pas sentis sincèrement.

- On a vu la Coccatryx effectivement, répondit la jeune femme. Elle a déposé son petit un petit peu plus loin.

- Ca va ? Vous arriverez à gérer ça ou pas ? questionna Shin, sarcastique et peut-être un peu impatient de tester sa nouvelle acquisition. »

La guerrière plissa les yeux.

« Non, on va s'en occuper. Merci pour votre ton condescend Shin. On va envoyer des archers là haut pour finir le travail. Mais j'ai cru comprendre que vous avez brûlé le nid ? Car j'ai vu de la fumée se dégager de là haut.

- Ah bah... commença le pyromage, gêné. C'était pour détourner son attention, puis elle a prit le petit, puis elle s'est barrée...

- Puis c'était compliqué... répétèrent Shin et Balthazar. »

Mani pendant ce temps, cherchait un paladin qui ne serait pas en train de mobiliser toute sa psy pour dresser les tentes. Il voulait se soigner et récupérer tout ce qu'il avait perdu. Victoria qui le connaissait bien répondit :

« Ecoutez il n'y a pas de problème, vous pouvez demander à n'importe lequel de nos paladins ici. »

Alors qu'elle commençait son discours, Grunlek chuchota à Mani :

« Ne demande pas à Théo. Ne demande pas à Théo. »

Victoria se reprit rapidement et pointa la table.

« Bon, ce que je voulais vous montrer c'est cette carte. »

Ensemble, ils se postèrent aux côtés de la table afin de faire le point sur la situation.

« Tout d'abord, je sais. Je comprends que vous ne voulez pas prendre parti dans cette guerre qui n'est pas encore arrivée. Et je respecte votre décision. Simplement, on peut avoir besoin de vous pour empêcher cette guerre, expliqua Victoria.

- Oui, nous n'irons pas dans la mêlé. Mais cela ne veut pas dire que l'on réglera pas les problèmes, ajouta Balthazar. La magie qui disparaît, tout ça.

- C'est dans l'intérêt de Castelblanc et l'intérêt de Kirov qu'il n'y ait pas de conflit armé qui se déclenche. Voilà la situation. Actuellement, nous venons de prendre position à Fort Tigre. Nous sommes à la limite de la zone d'influence de Castelblanc. Nous savons qu'il y a des troubles civils à Kirov à cause de nombreux gens qui se convertissent à la lumière et qui sont en train d'oublier leur culte locaux."

- Quelle tristesse n'est-ce pas, rit sarcastiquement Balthazar.

- Oui, vous ne voulez pas la guerre. Mais en attendant, vous ne faites rien pour empêcher ces débordements, ajouta Grunlek énervé.

- Ecoutez, on ne peut pas empêcher les civils de croire à ce qu'ils ont envie de croire, répondit Victoria. Et quoi qu'il en soit, il ne faut pas en parler à moi. Millich est un prêtre. Moi, je suis une militaire. Je suis là pour faire mon travail de militaire. Ce sont les faits. Il y a actuellement des troubles à Kirov. Ils sont en train de mobiliser leur armée pour l'instant. Mais, on pense qu'il s'agit juste d'une mesure préventive. Nous nous sommes venus nous installer à Fort Tigre pour les dissuader d'aller plus loin. Pour l'instant, on en reste là. Le but c'est juste de les dissuader de nous attaquer et de placer un point stratégique, afin de les empêcher de marcher sur Castelblanc. Actuellement, nous savons, grâce aux informations que Mani nous a transmis, que l'empereur de Kirov n'est pas spécialement chaud pour la guerre. Simplement il est poussé par une partie de ses conseillers, qui eux y trouverait un intérêt. Ils pensent que la situation serait simplement de venir à Castelblanc et de se servir de la magie, là où elle est. »

Grunlek stoppa la jeune femme pour poser une question.

« Les personnes qui sont derrière tout ça feraient-elles partis d'un groupe ? C'est peut-être une guilde ?

- Oui, nous avons entendu parler d'un groupe appelé la Mêta-Lignée. Nous n'avons pas vraiment plus d'information là dessus. C'est tout ce que nous pouvons savoir pour l'instant.

- La Mêta-Lignée ? s'étonna le Nain-génieur. »

Mani s'approcha, après avoir pillé les caisses de ressources, un poulet sous le bras. Son regard s'était légèrement assombri.

« La... Mêta-Lignée, vous dites ? »

Victoria reprit.

« Oui. C'est un groupe visiblement en souterrain qui opère auprès des personnes ayant une certaine influence. Mais on n'a pas plus d'informations pour l'instant.

-On ne peut pas juste en rester là ? soupira Mani. Et être récompensé par les paladins et considéré comme si ce n'était plus notre problème ?

- Quoi ? Ils ont mit ta tête à prix ? questionna Balthazar, suspicieux.

- Vous connaissez quelque chose là dessus Mani? demanda Victoria. »

L'elfe détourna le regard.

« C'est probablement un groupe de complotistes, souffla l'elfe. Le plus ambitieux que j'ai connu à ce jour. Et ils ont les moyens. Ils ont les moyens armés. Ils ont les plans. Et ils sont patients. On est dans une...

- Merde, ils manipulent sur quoi ? s'étonna le mage. Le réchauffement climatique ? La subversion des masses ? Des détails un peu ! Parce que là, on avance pas !

- Ils sont spécialisé dans le... »

Mani fit une pause avant de continuer sombrement.

« Dans le kidnapping. Ils conditionnent des personnes talentueuses, pour s'en servir comme assassin, afin de leur servir de plan. Des plans sur des générations.

- Ah ! Des trucs que des elfes pourraient vivre en fait, ajouta le mage à son attention, les yeux plissés.

- Est-ce qu'ils ont un fond de culte, ou ce sont des marchands ? Des nobles ? demanda Grunlek.

- Personne ne sait vraiment qui est à la tête de tout ça. Sauf que... J'ai pu en connaître un rayon là dessus à un moment de ma vie. »

Une nouvelle pause se fit dans les réflexions de Mani avant qu'il continue dans un léger rire gêné.

« Ils n'ont absolument aucun problème avec la morale. »

L'elfe n'avait plus faim. Il posa ses victuailles sur des caisses et repartit se promener dans le camp, terriblement silencieux. Victoria le regarda faire avec inquiétude avant de continuer à délivrer ses informations en sa possession.

« J'ai une autre information pour vous. C'est lié avec la tour des mages. Nous avons perdu tout contact avec eux, cela fait maintenant un certain temps. Jusque là, nous avions pas fait très attention, car vous savez que les mages ne sont pas exactement des gens qui répondent quand on leur envoie du courrier. Au début, on pensait juste que c'était leur mauvais caractère habituel. Mais là, ça fait plusieurs mois que nous leur envoyons des messages par pigeons voyageur et qu'ils nous reviennent sans être délivrés. Nous pensons peut-être que la tour des mages a un rapport avec la réapparition de la magie, d'une quelconque manière.

- J'y... Avais pas pensé du tout, avoua Balthazar. C'est plutôt grave ça. Parce que si la disparition de la magie a affecté d'une manière ou d'une autre la tour des mages, soit, ils sont retournés à l'état sauvage et c'est littéralement la guerre là bas...

- C'est des mages quoi, sourit Grunlek.

- Soit, ils ont toujours de la magie. Ils savent se qu'il se passe. Ils sont en train d'y bosser. Mais, il s'est passé...

- Des mages, sans magie, c'est des glandus, continua Grunlek. »

Balthazar cessa deux secondes son explication avant de reprendre.

« Oui, bah oui. Mais si jamais, ils ont toujours de la magie pour ce que je pense, ils sont peut-être en train d'y bosser et il s'est peut être passé quelque chose de terrible là bas ! Donc du coup, ça m'inquiète. Et ça m'a l'air d'un point plus intéressant à explorer. Parce que le problème, c'est que si on se pointe à Kirov pour enquêter sur la lignée obscure de Mani, qui a fui parce que c'est le prince des ténèbres, on serait pris dans un jeu politique ou même un jeu militaire, sur lequel aucun d'entre nous ne peut travailler en fait. "

Balthazar continuait de réfléchir tandis que Victoria reprit.

"Voilà les deux choix que je vous propose. Ou alors il faut aller à Kirov pour essayer de trouver un quelconque moyen de faire chanter les conseillers qui sont impliqués, qui poussent l'empereur à la guerre. Ou alors il faudrait peut-être aller voir à la tour des mages et essayer de comprendre ce qui se passe avec la magie. Je pense que pour l'instant ceux sont les deux choses essentiels qu'on peut faire. Nous les paladins, nous allons rester ici. On va dissuader Kirov d'aller plus loin. Et vous, si vous voulez rester neutre dans cette affaire et que votre but est d'empêcher cette guerre. Il faut que vous alliez vous occuper de ça."

Ne désirant pas plonger dans les affaires politiques de Kirov, l'équipe se penchait plus pour aller à la tour des mages. Même si Théo répondit :

« Sinon, on pourrait prendre notre armée de leur rentrer dedans. On a la magie. Pas eux.

- Ah oui ! Comme dans la tour avec la cocatrix. Je suis assez d'accord, sourit Mani, provocateur. »

L'ensemble de l'équipe n'avait pas confiance en Théo et préférait qu'il se concentre sur les ordres de sa grande sœur, car dans l'armée d'en face il n'y avait pas de petite fille. Et donc aucun moyen de survivre. Victoria sourit et dit :

"Ouais, Toto, tu ne m'avais pas raconté cette histoire avec la petite fille ? Mais elle n'est pas morte, tu m'avais dit."

Balthazar se retint de rire à cause du surnom de Théo, alors que Shin se rappelait que Victoria l'avait appelé ainsi depuis le départ.

"Il faut pas croire ce qu'il dit, vous savez, rit Grunlek."

Après s'être reposé quelques heures, avoir régénéré leur psyché, pansé les blessures, les aventuriers prirent un petit peu d'équipement de base. L'équipe partit le lendemain, en direction de la tour des mages. Enfin, presque toute l'équipe.

"Et toi, Toto ! Tu reste là par contre ! ordonna Victoria. J'ai besoin de toi ici."

Le paladin bougonna mais ne fit pas d'histoire, à leur grande surprise. Une nouvelle aventure s'engageait pour eux.