Coucou, je prends la place de MrJacketBarthes cette semaine puisqu'il est coincé dans ses révisions :D
Episode 6 : La Tour des Mages
Par Myfanwi
Les aventuriers avaient marché plusieurs heures avant d'entrapercevoir, entre les arbres, le bâtiment imposant de la Tour des Mages. Légèrement fatigués, tous paraissaient heureux d'être enfin arrivés, sauf un. Mani avait quitté la sphère d'influence de Castelblanc désormais et sa magie s'en trouvait fortement limitée, contrairement aux autres aventuriers qui, dans l'oeil du cyclone au moment de l'arrêt de la magie, l'avait conservée sans modification majeure. Du moins pour l'instant. L'elfe jeta un coup d'oeil à l'intérieur de son sac : il ne lui restait que deux gemmes de pouvoir de piètre qualité et il n'irait pas très loin avec ça. Fini les lames qui virevoltent, il allait devoir être plus économe désormais.
Le groupe ralentit à l'approche de la tour des enchanteurs, l'entrée la plus à l'ouest de l'Académie. Grunlek, peu concentré, ne cessait de se retourner à la recherche d'Eden, qu'il n'avait pas vu depuis quelques jours et que cela inquiétait. Balthazar, lui, était à des années-lumières de ces considérations puériles. Ses sourcils se froncèrent immédiatement en apercevant une immense bulle translucide qui entourait toute la Tour des Mages. Pire encore, à l'intérieur, alors qu'ils étaient en plein été, les feuilles tombaient des arbres comme en automne.
Le mage arrêta Grunlek, qui continuait à avancer sans voir le danger, et se tourna vers ses compagnons, l'air soucieux.
"Je pensais que c'était un champ de protection au départ, leur dit-il, mais c'est pire que ça, c'est un champ temporel."
Balthazar se baissa, saisit un caillou et le lança sur la paroi. Celui-ci rebondit et atterrit aux pieds de Mani. Shin haussa les épaules et s'approcha. Légèrement tendu, il posa une main sur le bouclier : elle passa au travers, comme si rien ne se trouvait là. Il rentra intégralement, tranquillement, et fit signe à ses compagnons de le rejoindre. Grunlek et Bob le suivirent prudemment. Quant à Mani… Mani se cogna brutalement le visage contre le bouclier et fut repoussé sèchement en arrière. L'elfe retomba sur les fesses en se tenant le nez.
"C'est du racisme ordinaire ! cria t-il à l'attention du sort."
Le mage réfléchit quelques secondes avant d'avoir une illumination.
"Mani, lance une de tes gemmes à travers le champ de force !
- Pourquoi faire ? répondit-il, suspicieux, en serrant son sac contre lui.
- C'est pour l'exemple, fais-moi pas chier !"
Grunlek sourit malicieusement.
"Tu pourrais aussi te couper les cheveux, tu sais les tresses où il y a les araignées, et les jeter à travers.
- Jamais ! s'outra l'elfe en repoussant ses cheveux en arrière, le regard mauvais."
Balthazar, plus sérieux, reprit la parole.
"Le bouclier ne laisse passer que les êtres imprégnés de magie. Grunlek a touché le Titan, Shin… Je dois vraiment en parler ? Et moi, je suis mage, ça me semble logique que je passe. Mais Mani n'a rien de spécial, il ne peut pas passer.
- Je peux essayer de me mettre tout nu, tenta l'elfe.
- Non ! répondirent en choeur les trois aventuriers de l'autre côté."
Mani finit par tendre une gemme à travers le champ de force. Sa main resta coincée de l'autre côté, mais la pierre lui échappa des doigts et tomba de l'autre côté. Nerveux, l'elfe dévisagea sévèrement ses trois amis. Celui qui tentait de s'emparer de SA gemme de pouvoir allait le payer de sa vie. Coincés, les aventuriers tournèrent quelques minutes en rond avant que Grunlek ne balance une idée.
"Bob, tu te rappelles il y a quelques années quand tu m'as mis le feu ? Si on enveloppe l'elfe de feu, ça pourrait fonctionner ? Fous le feu à l'elfe, le tenta t-il, un sourire mesquin plaqué sur le visage."
Shin préféra d'abord tenter de créer un passage de glace, sans succès, son élément n'étant plus magique une fois créé. En revanche, Balthazar voulut lui tenter de créer un portail de flammes, qui elles restaient un élément magique, et qui pourrait permettre à l'elfe de passer assez vite, au risque que… Eh bien que le sort se retourne contre lui à cause de son démon. Mais avaient-ils seulement le choix ?
Le mage tendit les mains et sculpta les flammes pour créer un joli portail. Cependant, quelque chose le gêna sans qu'il ne sache vraiment quoi. Alors qu'il s'interrogeait sur ce qui n'allait pas, Mani vissa sa capuche sur sa tête et s'engagea, confiant, vers le dôme. Au moment où l'elfe passa le passage, celui-ci s'effondra sur lui. Le feu commença immédiatement à attaquer ses vêtements, alors qu'il fut repoussé en dehors de la bulle. Il se roula pathétiquement au sol en criant à l'aide, sous le regard mi-amusé, mi-compatissant de ses amis. Après tout, ce n'était pas comme le demi-diable était fiable d'habitude, ils se demandaient encore pourquoi ils essayaient.
"Eh, si tu te lavais plus souvent, tu serais pas aussi combustible, répliqua Balthazar à l'attention de l'elfe, vexé."
Mani décida de piocher dans sa psy pour passer de lui-même. Balthazar leva un sourcil.
"Je peux réessayer, gâche pas ta magie pour ça !
- Alors, je te propose qu'on y réfléchisse et on reparle lundi, lui répondit l'elfe le regard noir et les vêtements désormais troués et couverts de terre."
L'elfe vida intégralement la gemme de pouvoir qui lui restait et passa finalement de l'autre côté. Il jeta un regard dédaigneux à Bob.
"Sans mourir."
Et il avança vers l'entrée de la Tour des Enchanteurs, la tête haute. Le mage sourit, plus ravi de son petit effet que réellement désolé et lui emboîta le pas, suivi de Grunlek et Shinddha. Et en effet, il faisait beaucoup plus froid de ce côté-ci de la bulle que de celui que les aventuriers venaient de quitter. Quelque chose dans l'atmosphère des lieux ne tournait pas rond. Les aventuriers s'engagèrent sur le sentier qu'une couche fine de givre recouvrait avec méfiance. Ils s'arrêtèrent à quelques pas de l'édifice.
Balthazar s'approcha de ce qui aurait dû être la porte des enchanteurs, du temps où la magie imprégnait encore les lieux. Il n'y avait plus qu'un mur de pierres devant lui, qui s'ouvrait autrefois automatiquement à l'approche des visiteurs. Malheureusement, elle ne bougea cette fois-ci pas d'un pouce. Le visage fermé, il insuffla un peu de psyché dans la porte. La pierre trembla légèrement sous ses doigts, mais il fut interrompu par un grand fracas derrière lui. Plusieurs rochers étaient en train de se déplacer pour former un grand golem de pierres.
Il s'agissait d'un des nombreux gardiens magiques de l'Académie, mais ils étaient normalement censés être inactifs et utilisés en cas d'invasion du bâtiment. Celui-ci n'avait pas franchement l'air en forme. En même temps qu'il se formait, des morceaux de roches s'effritaient au sol. Balthazar capta les regards interrogateurs et inquiets de ses camarades. Le golem n'avait pas été alimenté en magie depuis longtemps, s'il bougeait, c'est parce qu'il avait tenté de s'introduire illégalement dans l'Académie. Ce n'était pas bon signe.
Le monstre fit un pas vers eux, puis un deuxième. Grunlek n'attendit pas qu'il approche davantage pour donner un grand coup de poing mécanique dans son flanc. L'impact fit vaciller le monstre qui perdit une grande partie de son côté droit. Déséquilibré, il tenta de frapper le nain qui s'écarta juste à temps. Porté en avant, le golem s'effondra au sol et se dispersa en rochers devant le groupe d'aventuriers encore immobiles. La menace était déjà écartée. Bien trop vite au goût de Balthazar. Ce n'était pas normal et c'était très inquiétant.
"Fouille-le, dit Balthazar à Grunlek. Il a peut-être encore une gemme de pouvoir utilisable. Ce sera toujours ça de pris."
A ces mots, Mani se redressa et courut vers les restes du golem, poussant Grunlek au passage, pour trouver la précieuse pierre. Il l'arracha du coeur du monstre… Mais elle était vide et déchargée. L'elfe poussa un grognement de mécontentement et retourna vers la porte en traînant des pieds. Ce n'était pas encore aujourd'hui que sa psyché se régénèrerait.
De son côté, Balthazar reprit l'ouverture de la porte. Celle-ci grinça légèrement et se poussa d'à peine quelques centimètres, juste assez pour qu'ils puissent passer chacun leur tour dans la fine ouverture. Lui et Shin passèrent sans problème, Grunlek plus difficilement, et Mani se cogna le front dans l'ouverture. Heureusement que Théo n'était pas là, l'armoire à glace aurait été capable de rester coincée entre les pierres.
La Tour des Enchanteurs était le quartier de l'Académie le moins lumineux. Les mages qui y travaillaient étaient considérés comme les plus proches des humains normaux, tant ils étaient discrets et ouverts au commerce. Les couloirs du bâtiment étaient sobres, tout en pierre du sol au plafond et assez étroits. Dès qu'il eut un aperçu de celui menant vers la sortie, Balthazar comprit que quelque chose allait très mal par ici. Des filins de psyché mauves filaient tranquillement au dessus du groupe d'aventuriers. Ils étaient plus nombreux autour de trois jeunes élèves de l'Académie, figés en pleine course et en plein mouvement, comme si le temps s'était arrêté. Leur visage affichait une expression de terreur, vestige du moment où tout s'était arrêté. Autour d'eux, les torches magiques habituellement alimentées par la magie étaient toutes éteintes.
Le mage, l'air grave, s'accroupit et claqua des doigts devant le visage de l'un d'eux : aucune réaction. Il se releva et tenta d'établir un lien mental. Celui-ci se fit, mais de manière déformée, corrompue. Quelque chose bloquait le lien entre le jeune élève et le demi-diable. Les aventuriers progressèrent dans le couloir. Ils passèrent devant plusieurs entrepôts et salles de classe vides, mais toujours envahis par ces filins de psyché qui eux se mouvaient, contrairement aux organismes vivants qui peuplaient l'endroit. Balthazar commençait à se dire que les mages temporels devaient être à l'origine de tout ce bazar et qu'il allait falloir leur rendre une petite visite très bientôt.
Mani en profita pour s'éclipser dans un entrepôt. Il y trouva de nouveaux vêtements et surtout trois gemmes magiques pleines et de bonne qualité qu'il allait pouvoir siphonner en cas de problèmes à venir. Il trouva également entre deux boîtes un parchemin magique. Il ne savait pas à quoi il pouvait bien servir, mais il brillait, c'était joli, et il décida de l'embarquer. Qu'est-ce qui pouvait mal se passer ?
Balthazar, lui, s'était arrêté quelques mètres plus loin. Une grosse traînée de sang passait sous une porte à sa droite. Les choses se compliquaient.
